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Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /Mai /2010 16:49

Travailler plus pour gagner plus, travailler jusqu’à 70 ans, travailler le dimanche, le lundi, le mardi et tous les autres jours, travailler jour et nuit avec des heures supplémentaires et plus de trente cinq heures par semaine ! Les hommes et les femmes (et bientôt peut-être les enfants) sont ainsi réduits à l’état de machine à produire sans trêve du travail.


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Dans la nuit, celle du vendredi à samedi pendant le week-end de la Toussaint, les députés ont adopté, au détour de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2009, une mesure permettant aux employeurs de faire travailler les salariés « volontaires » jusqu’à 70 ans. Le ridicule de la justification contraste tristement avec les conséquences de la mesure : « Vous savez depuis combien de temps on en parle de ce dossier ? Depuis le départ du professeur Montagnier. Parce que le professeur Montagnier était trop âgé pour chercher et pour trouver en France, mais il ne l'était pas assez pour aller aux Etats-Unis et avoir des succès aux Etats-Unis. (…) L'an dernier, même chose, Guy Roux. Guy Roux trop âgé pour rester en activité, pour entraîner. Alors on s'était dit qu'il fallait faire bouger les choses...» (1)

Il faut préciser qu’à 35 ans l’espérance de vie d’un ouvrier, par rapport aux autres catégories sociales, n’est que de 41 ans c'est-à-dire il ne pourra profiter, en moyenne, de sa retraite que quelques années et dans des conditions matérielles et sanitaires déplorables, cumulant ainsi vieillesse et misère. Pire, son espérance de vie, toujours à 35 ans, mais sans incapacité n’est que de 24 ans (sur les 41) contre par exemple 34 pour un cadre (2).

Avant cette retraite très tardive, la vie du salarié se confond presque avec sa force de travail. Son temps libre ou libéré du travail salarié se réduit de plus en plus. De moins en moins il aura du temps à consacrer à sa famille, à ses amis, à la lecture, à l’écriture, au sport, à la pêche à la vie politique et associative, bref à la vie tout simplement. Le travail salarié tend à le priver de toutes ses fonctions sociales indispensables à son développement physique et intellectuel. Il lui laisse tout de même  le temps, après une journée de travail bien chargée, de se « divertir » notamment devant le petit écran (qui le poursuit un peu partout) en regardant des émissions aussi médiocres que vulgaires. Les mots et les images qu’il reçoit, en plus des spots publicitaires, forment son cerveau à des représentations légitimant l’ordre établi.

Pour l’idéologie dominante, le travail salarié est présenté comme source de tout développement et de tout épanouissement physique et psychique.

Mais les statistiques, elles, montrent une réalité bien différente. Ainsi l’épidémie de troubles musculo-squelettique (TMS)  provoquée par des gestes répétitifs a quasiment doublé entre 2000 et 2006 (3). Les accidents mortels du travail continuent à tuer beaucoup de salariés (537 exactement  en augmentation de 13,3 % en 2006)  notamment sur les chantiers (4).

4 à 8,5 %  des décès par cancer sont imputables à l’activité professionnelle selon le Plan national santé-environnement 2004. Le travail reste, hélas, en tête des facteurs des risques de cancer. L’amiante, entre autres substances toxiques et cancérigènes, continue à faire des victimes. Le travail salarié génère également des souffrances psychiques (harcèlement, humiliations, stress, dépression, etc.) et pousse parfois le salarié, ouvrier ou cadre, à commettre l’irréparable. La multiplication des cas de suicides sur le lieu de travail ou lié au travail est une réalité dramatique mais qui tend, malheureusement, à se banaliser.

Pour la classe dominante, le temps libéré pour vivre n’est que paresse, mère de tous les vices. La « fainéantise » est le péché …capital. Les chômeurs par exemple ne sont que rarement  présentés comme des victimes des lois et des mécanismes implacables du capitalisme. Ils sont, par contre, souvent montrés comme des paresseux qui ne cherchent pas et ne veulent pas travailler. Les chômeurs sont donc seuls responsables de leur triste sort. Or le chômage, en exerçant une pression à la baisse sur les salaires, constitue une véritable aubaine pour les entreprises. Ainsi non seulement il faut faire travailler le salarié plus longtemps, mais sa rémunération doit être la plus faible possible.


Derrière ce fétichisme pour le travail se cache le capital, le vrai, c'est-à-dire ce rapport social qui permet d’exploiter le travail. L’une des caractéristiques de ce capital là, est qu’il a une passion sans bornes pour le travail. Car c’est le seul et l’unique moyen qui lui permet de faire du profit sans lequel il lui est impossible de survivre. Le capital ne s’inquiète guère de la santé des salariés, ni de leurs souffrances au travail. Toutes les avancées sociales dont bénéficient aujourd’hui les travailleurs lui ont été arrachées de haute lutte.

« Le capital est du travail mort, qui semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage »(5).

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) http://www.marianne2.fr/Travail-jusqu-a-70-ans-la-faute-a-Guy-Roux-!_a92946.html

(2) http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1341/publi_pdf1_441.pdf

(3) 4e enquête européenne sur les conditions de travail, citée par Alternatives Economiques hors série n° 78 page 44.

(4) http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/Chap_19-2.pdf

(5) K. Marx, Le Capital. Livre I, chapitre X.

 

 

 

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Vendredi 30 avril 2010 5 30 /04 /Avr /2010 18:08

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«L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de lutte de classes.(...) Oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée». (1)

«Qu'est ce que c'est que cette histoire d'aller séquestrer les gens ? (...) Je ne laisserai pas faire les choses comme ça» menaçait N. Sarkozy» (2). De leur côté, les organisations patronales s'inquiètent de la multiplication de cette forme de lutte sociale : «La CGPME, le MEDEF et l’UPA sont préoccupés par l’évolution du débat sur les séquestrations de dirigeants ou de collaborateurs d’entreprises»(3).

«Plutôt crever que de satisfaire les salariés» déclarait brutalement Didier Leroy, directeur de Toyota France. (4)

«Ils ne comprennent pas que ça fait cinq semaines qu'on est gentils, qu'on ne dit rien, qu'on se retient. Ils ont eu des moutons, et maintenant ils ont des lions» disait Xavier Mathieu délégué CGT de Continental (5).

«Toutes mes propositions ont pour objectif d'associer les salariés et les actionnaires à la destinée des entreprises(...). Cette coopération permettrait de mettre fin à l'esprit de lutte des classes» pense très sincèrement Serge Dassault (6).

N'en déplaise au chef de l'Etat et aux patrons, la lutte des classes est bel et bien une réalité.

 

 

Séquestrations, occupations d'usines, grèves et autres manifestations se succèdent et se développent au rythme des licenciements et des fermetures de sites. Capital contre travail, exploiteur contre exploité, profit contre salaire, violence sociale ouvrière contre violence sociale patronale !


Mais la violence patronale est masquée, invisible; elle est même légale. Licencier les salariés pour motif économique par exemple est une disposition inscrite dans le code du travail : «Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs (…) résultant d'une suppression ou transformation d'emploi consécutives notamment à des difficultés économiques ou à des mutations technologiques»(article L 321-1).

 

La violence salariale, elle, est montrée, visible, médiatisée et de surcroît rendue illégale. «Les salariés de Continental saccagent la sous-préfecture de Compiègne» titrait en gros le journal Le Monde(7). «La colère explose chez les salariés de Continental» annonce de son côté Le Dauphiné Libéré (8). Et toute «entrave à la liberté de travailler» est punie par la loi. Ainsi le17 avril 2009, dix-neuf salariés de l'entreprise Caterpillar ont été traînés devant la justice et condamnés pour ce motif (9). Le 22 avril le premier ministre François Fillon menaçait les salariés de Continental de «poursuites judiciaires». Combien de salariés ont été et seront traduits devant les tribunaux alors qu'ils ne demandent justement qu'à travailler ? «On pourrait travailler. La fermeture, c'est pour mettre une pression supplémentaire», a déclaré à l'AFP un salarié de Continental (10). Mais pour les patrons, «liberté de travailler» signifie avant tout liberté de licencier !


Le vocabulaire utilisé n'est pas innocent non plus: plan de restructuration, plan social, licenciement, chômage partiel etc. ne sont pas en eux-même des termes violents même s'ils masquent des réalités terribles pour les salariés. Par contre des mots comme séquestrations, occupations et blocages d'usines, piquets de grève etc. évoquent une certaine violence même s'il ne s'agit, le plus souvent, que de moyens symboliques utilisés par les ouvriers pour se défendre justement contre la violence sociale patronale. Elle constitue une réaction à la violence sociale des employeurs. Il serait plus juste de parler de résistance ouvrière contre brutalité patronale. C'est peut-être l'une des raisons qui explique qu'elle est comprise voire soutenue par une majorité de citoyens. Les salariés sont contraints et poussés par le fonctionnement même du capitalisme à se défendre, à se révolter. Ils refusent cette situation aliénante qu'on leur impose. Ils sont conscients de leur existence inhumaine. La bourgeoisie, elle, ne voit dans cette situation que les signes de sa puissance et de sa domination. Cet état lui donne l'illusion d'une existence humaine. Elle se complaît dans sa propre aliénation ! Elle est inconsciente des ravages qu'elle engendre. Cette classe est condamnée par l'histoire. Seule la classe des travailleurs est porteuse d'espoir.


Aujourd'hui, les salariés sont sur la défensive. Leur lutte contre le capital ne vise pas à arracher de nouveaux droits sociaux, mais, dans la plupart des cas, se battent pour garder leurs emplois ou obtenir de meilleures conditions pour les quitter.


Offensive ou défensive, le combat des salariés contre leurs employeurs reste permanent. Les lois et les mécanismes du système basés sur l'exploitation du travail salarié, les intérêts contradictoires des deux classes qu'il engendre, ne peuvent que produire et reproduire cette guerre de classes. Celle-ci n'est cependant pas toujours menée ouvertement.mais toujours présente et, somme toute, brutale nonobstant les apparences. Ici, les salariés et les patrons se transforment en «partenaires sociaux». Ils se rencontrent, discutent, dialoguent, signent des accords, lisent ensemble des communiqués de presse etc. Ils donnent l'impression de s'entendre, que leurs intérêts sont, à quelques nuances près, les mêmes. Ils représentent «les forces vives de la nation» qui travaillent main dans la main au maintien de la paix sociale. Classes et lutte de classes seraient désormais des mots du passé , des vieilleries d'un autre âge. La lutte des classes est ter-mi-née( pour paraphraser Orwell). Souvent, elle est feutrée, voilée, maquillée,


Mais la réalité est têtue. Elle s'impose à tout le monde malgré l'intense propagande de l'idéologie dominante pour la dissimuler. La guerre livrée sans pitié aux ouvriers par les patrons continue à faire ravage dans les usines, dans les ateliers, sur les chaînes de montage et partout où le profit impose sa loi : licenciements collectifs, précarité, flexibilité, chômage partiel et heures supplémentaires souvent non payées, cadences infernales, humiliations, harcèlement en tout genre, etc.

A l'extérieur de l'entreprise, l'Etat prend la relève : démantèlement du droit du travail, remise en cause des trente-cinq heures, atteinte au droit de grève, suppression de l'autorisation administrative de licenciement et de l'indexation des salaires sur les prix. En même temps, L'Etat accorde des milliards et des milliards d'euros aux patrons des banques et de de l'automobile, réduit la TVA dans la restauration, supprime la taxe professionnelle et l'impôt forfaitaire annuel, diminue les cotisations sur les bas salaires, en particulier la fameuse «ristourne Juppé» et «Réduction Fillon». La liste des exonérations et des cadeaux fiscaux octroyés aux employeurs est trop longue pour pouvoir la reproduire ici.

La lutte des classes est donc menée par ceux-là même qui la nient !


Les salariés qui luttent pour sauvegarder leurs emplois, pour l'augmentation des salaires ou pour l'amélioration générale de leur situation, doivent comprendre aussi qu'ils se battent contre les effets et non contre les causes de ces mêmes effets. Ce combat est indispensable s'ils veulent éviter de tomber encore plus bas dans la misère. Mais cela ne suffit pas. Il faut qu'ils s'attaquent également aux racines du mal c'est à dire au capitalisme lui-même.


Mohamed Belaali



 

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(1) K. Marx, F Engels. Manifeste du parti communiste


(2) http://www.lefigaro.fr/politique/2009/04/07/01002-20090407ARTFIG00493-sequestrations-des-patrons-sarkozy-ne-laissera-pas-faire-.php


(3) http://www.medef92nord.fr/main/core.php?pag_id=138275

(4) http://www.usinenouvelle.com/article/toyota-onnaing-usine-debloquee-apres-14-jours-de-greve.162890


(5) Le Monde Diplomatique, mai 2009 p.15.

(6)http://www.lefigaro.fr/debats/20061109.FIG000000038_la_gestion_participative_pour_en_finir_avec_la_lutte_des_classes.html


(7) http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/04/21/les-salaries-de-continental-deboutes-sur-tous-les-points_1183615_3234.html


(8) http://www.ledauphine.com/la-colere-explose-chez-les-salaries-de-continental-deboutes-par-le-tribunal-de-sarreguemines-@/index.jspz?article=122669


(9) http://www.ledauphine.com/justice-dix-neuf-salaries-condamnes-caterpillar-a-eu-gain-de-cause-@/index.jspz?article=121114&chaine=14


(10)http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gvJpKM23DQXorzDAMFCN_ZzvpMJw

 

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Jeudi 29 avril 2010 4 29 /04 /Avr /2010 21:52

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« Les Irlandais devront revoter » déclarait avec force Nicolas Sarkozy le 15 juillet 2008 après le rejet par le peuple irlandais du Traité de Lisbonne qui  reprenait l’essentiel d’un autre traité  rejeté lui aussi par les français et les néerlandais en 2005. Les peuples lorsque les gouvernements les consultent doivent voter non pas  pour exprimer leur propre volonté mais celle de « leurs » dirigeants. Mais il ne s’agit là que d’un exemple parmi tant d’autres, montrant  que la démocratie bourgeoise n’est qu’un concept creux sans réel contenu. Les classes dominantes l’utilisent comme instrument idéologique au service de leurs seuls intérêts de classes.

 

Effrayés par le « Non » français et néerlandais (les seuls peuples consultés par référendum) au Traité instituant une Constitution pour l’Europe (TCE), les dirigeants européens ont signé  le 13 décembre 2007 à Lisbonne un traité qui ressemble étrangement à celui qui vient d’être rejeté. Pendant que les chefs d’Etats ou de gouvernements sabraient le champagne dans le splendide monastère des Hiéronymites, des centaines de milliers de manifestants scandaient dans les rues de la capitale portugaise des slogans hostiles à cette Europe  libérale qui se fait contre la volonté des peuples. Ce contraste rappelle un peu une scène de la Ferme des Animaux  de G. Orwell où la majorité des animaux regardaient ébahis  les cochons faire la fête « (…) et les chopes furent vidées avec entrain. Mais alors que les animaux observaient la scène du dehors, il leur parut que quelque chose de bizarre était en train de se passer. » (1).

 

La rencontre de Lisbonne n’avait pour ainsi dire qu’un seul objectif : faire passer le nouveau traité sans consulter les peuples concernés. Chaque Etat doit alors se « débrouiller » pour trouver le moyen qui lui permet de faire avaler à sa propre population, sous des apparences démocratiques, la potion très amère d’un traité entièrement au service d’une minorité de nantis. Un seul pays ne pouvait le faire, l’Irlande dont la constitution exige un référendum pour chaque traité européen. Les irlandais furent donc consultés le 12 juin 2008 et comme les français et les néerlandais, ils ont à leur tour rejeté le nouveau traité.

 

Mais les dirigeants européens méprisent la volonté des peuples. Ils sont d’abord là pour gérer les intérêts de la classe qu’ils représentent. Traités, accords et autres directives doivent, vaille que vaille, passer. Les irlandais doivent donc revoter et re-revoter tant que le « Oui » n’est pas obtenu. Le vote n’a qu’une seule fonction ici, soumettre le peuple à la volonté et aux intérêts de la classe qui l’organise. Il ne faut pas que le peuple déçoive la confiance des dirigeants. Bertolt Brecht disait dans un de ses poèmes « (…) Le peuple avait par sa faute perdu la confiance du gouvernement et que seul un travail redoublé lui permettrait de la reconquérir. Ne serait-il pas encore plus simple que le gouvernement dissolve le peuple et en élise un autre?».(2).

 

Le fonctionnement « très démocratique » de l’Union Européenne n’est, hélas, pas le seul exemple ; l’omniprésence voire l’omnipotence du président de la république et l’absence quasi-permanente du premier ministre des affaires politiques en est un autre. Or L'article 21 de la Constitution du 4 octobre 1958 stipule « Le Premier Ministre dirige l'action du Gouvernement » et l’article 20 de la même constitution précise « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ». Force est de constater que ces deux articles sont violés au quotidien par l’omni président Sarkozy. C’est une situation singulière où Mr. Fillon, le premier ministre fantôme, n’est que l’ombre de son maître. Il est réduit à faire quelques apparitions ici ou là pour « radoter » des décisions déjà prises et connues par tout le monde avant de disparaître à nouveau ! Fin décembre 2008, le Premier ministre a « choisi » d’être absent physiquement et politiquement, et ce, pour une durée indéterminée. Il a décidé de prolonger ses vacances de luxe, déjà longues, dans la station balnéaire de Charm el-Cheikh en Egypte.

On est à mille lieux de la constitution, loi suprême source de la légalité et de la légitimité comme disent les juristes. Loi suprême, légalité et légitimité sont des mots qui n’ont de sens que par rapport aux intérêts de la classe dominante qui, seule, possède le pouvoir de les transgresser en toute impunité.

Mr. Sarkozy, lui, décide de tout, nomme les ministres (encore une autre violation de la constitution), marginalise gouvernement et  parlement, empiète sur le pouvoir judiciaire, contrôle les grands médias, nomme le président de France Télévisions, surveille tout grâce à sa police et à ses innombrables fichiers, déplace préfets et commissaires  sans se soucier le moins du monde des règles et procédures tout simplement parce que le président était chahuté par des manifestants en colère contre sa politique etc. etc.

Ainsi le principe sacré de la séparation des pouvoirs, cher à Montesquieu et garanti par la constitution, celui de la liberté de la presse etc. sont, chaque jour, profanés.

 

La société française s’enfonce lentement, dans le cadre d’un capitalisme mondialisé et en crise, dans un régime qui n’a de démocratique que la forme, qui paupérise des franges de populations de plus en plus larges, étouffe petit à petit le peu de libertés qui  restent encore aux citoyens et réprime toute velléité de résistance.

Mais M. Sarkozy n’est pas seul responsable de cette situation. Il est le fruit des circonstances et des rapports sociaux engendrés par la lutte des classes aujourd’hui en France. Peut-être M. Sarkozy a su profiter de ces circonstances dont il n’est que l’agent inconscient.

 

Victor Hugo parlait de Napoléon (le petit) en ces termes : « M. Louis Bonaparte a réussi. Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte »(3). Sévère réquisitoire ! Mais un réquisitoire  qui reste essentiellement moral. Victor Hugo attaquait Louis-Napoléon lui-même rendu responsable de tous les malheurs. Marx, lui, raisonne en termes de classes et de luttes des classes : « je montre comment la lutte des classes en France créa des circonstances et une situation telle qu’un personnage médiocre et grotesque put faire figure de héros » (4).

La France d’aujourd’hui n’est pas celle de 1851 et Nicolas Sarkozy n’est pas Louis-Napoléon Bonaparte. Mais toute tentative d’analyse doit tenir compte du rapport de force actuel.

 Les masses populaires, même s’il faut rester très prudent, ont montré à plusieurs reprises quelles sont mûres pour affronter ce pouvoir qui les méprise. La belle  et imposante manifestation du 29 janvier 2009 est un signe  fort envoyé à la classe dominante. Alors que la situation économique et sociale des plus démunis devient chaque jour plus dramatique,   M. Sarkozy, comme à son habitude, à opposé aux revendications des millions de manifestants mépris et arrogance. Par contre, au patronat (une petite minorité), il a, une fois de plus, prodigué quelques milliards d’euros tout en appauvrissant gravement les caisses des collectivités locales (suppression de la taxe professionnelle). Reconnaissante, Mme. Parisot, présidente du MEDEF, s’est félicitée de ce nouveau cadeau : «Bien sûr, c'est une bonne mesure, très compliquée à mettre en œuvre, mais c'est une bonne mesure à condition qu'elle ne soit pas remplacée par un autre impôt qui va pénaliser le même secteur d'activité». (5)

Les classes populaires, elles, avaient bien compris qu’il n’y avait rien à attendre de ce pouvoir

de classes qui se présente pourtant comme le représentant de tous les français. Elles « appellent à poursuivre la mobilisation »(6). Seront-elles entendues par les directions syndicales et politiques ?

 

Ces quelques exemples montrent que la démocratie bourgeoise, même si elle est utile sur le chemin de l’émancipation de l’esclavage du salariat, non seulement sert les intérêts de la classe dominante, mais surtout permet de les perpétuer en donnant l’illusion qu’elle est la clef  de tout changement, capable de réaliser les aspirations les plus profondes de l’immense majorité de la population. Or elle n’est qu’un paravent à la domination économique et, partant, politique.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1)G. Orwell : « La ferme des animaux ». Gallimard. Folio. Page 150.

(2) Bertolt Brecht « La solution ».

(3) Victor Hugo : « Napoléon le Petit ». Réédité chez Actes Sud (2007) par Jean-Marc Hovasse.

(4) K. Marx. Le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte, préface de 1869, p.60

(5)                      http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=34d97b560c26b72ebca47ef6709eaa7c

(6) http://www.humanite.fr/Ce-que-veulent-les-Francais-apres-le-29-janvier-notre-sondage-exclusif#nb1

 

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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 22:44

 

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Le capitalisme s'enfonce profondément dans la crise. Ses places financières sont désorientées. La panique s'empare de ses institutions. Le profit et la croissance sont en baisse. Le chômage et la misère sont en hausse. La nature est saccagée et l'espèce humaine menacée. Ses experts, ses théoriciens et politiciens ne savent plus à quel saint se vouer.

Économique, sociale, écologique et morale, la crise du capitalisme est totale. Créé par l'homme, ce système est en train de se retourner contre lui comme les puissances maléfiques se retournent contre leurs magiciens. Les hommes et les femmes, qui ont fait et font leur histoire, paraissent, déroutés, désenchantés et dépassés. Ils assistent impuissants à leur lente destruction ainsi que celle de leur environnement. Ils constatent effarés, malgré l'idéologie dominante qui tente de masquer la réalité, les ravages du capitalisme. Mais les hommes qui ont produit ce système sont également capables de se dresser contre lui et le dépasser.

 

«Tous les indicateurs arrivent au même résultat : la crise est beaucoup plus profonde que prévu » titrait le journal Le Monde(1). Parmi ces indicateurs la destruction d'emplois par les entreprises qui licencient à tour de bras demeure la première et la plus angoissante de toutes les préoccupations. Plans de restructuration, plan sociaux, chômage partiel, chômage technique et chômage tout court, cette richesse dans le vocabulaire masque une misère insoutenable pour des millions d'hommes et de femmes. Suicides, dépressions, désespoirs, angoisses et souffrances sont les conséquences directes de cette crise.

Dans ce système, l'individu est réduit à l'état de marchandise qui se vend et s'achète sur le marché du travail. Thomas Hobbes dans son Léviathan disait «la valeur d'un homme, son estimation, est, comme pour toutes les autres choses, son prix, c'est à dire exactement ce qu'on en donne pour l'usage de sa force» (2). On peut ajouter pour l'usage de sa force de travail. Mais celle-ci, la seule qui intéresse le capitaliste, est soumise aux aléas de l'économie. On peut donc s'en passer lorsque son usage devient inutile. On la jette comme on a jeté les salariés de la Camif, de Texas Instrument, de Sanofi, de la Redoute, de Total, de Sony, de Continental, de Rhodia et tous les licenciés de toutes les entreprises et de tous les pays. Le salarié c'est à dire le producteur et tout ce qu'il représente, est ainsi réduit au prix de sa force de travail. Le capitalisme méprise l'homme, le rabaisse à l'état d'article de commerce. Il est nié, il n'a pas de place dans ce système. Seule compte la réalisation maximale du profit. L'homme est ainsi amené, par ce processus de déshumanisation, à servir l'économie dont il n'est finalement qu'un simple rouage.


Un système qui méprise l'homme ne peut respecter la nature.

La course effrénée au profit, le fonctionnement même de ce système sont en profonde contradiction avec la nature. Les problèmes écologiques sont donc inséparables du mode de production capitaliste. Celui-ci est basé sur l'exploitation de l'homme et de la nature : «La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse; la terre et le travailleur» (3).

L'homme évidemment fait partie de la nature tout en se distinguant d'elle. Il la transforme pour satisfaire ses besoins. L'homme par son activité transforme les matières fournies par la nature pour les rendre utiles à son propre usage. Mais dans le système capitaliste, la transformation de la nature n'a pas pour objet la satisfaction des besoins humains par la création des valeurs d'usage (valeur utile), mais la production de marchandises destinées à être échangées entre elles (valeur d'échange) pour réaliser un profit maximum. Il faut préciser que le profit est non seulement la raison d'être de ce système, mais aussi une fin en soi. Le procès de production peut donc se répéter à l'infini. Or les ressources naturelles ou tout du moins une partie d'entre elles sont finies.

Les problèmes écologiques sont intimement liés au mode de production capitaliste.

Ce n'est pas un hasard si les patrons des secteurs, entre autres, de la chimie, de la construction automobile, de l'agroalimentaire, de la pêche industrielle, etc. sont systématiquement et farouchement hostiles à tout accord sur l'environnement mettant en cause, même partiellement, leurs marges bénéficiaires.

Détacher ces problèmes de leur contexte économique, social, et historique est une chimère et par-dessus le marché une absurdité.

Aucune conférence, aucun accord, aucun forum, aucune convention ni aucun protocole ne peut mettre fin au «massacre» de l'environnement sans remettre en cause le système lui-même. C'est ce qui explique d'ailleurs, et dans une large mesure, l'échec de ces rencontres et engagements internationaux. Le dernier en date est le Forum mondial de l'eau qui s'est achevé à Istanbul le 22 mars 2009. Ce Forum a réuni 25 000 participants de 192 nationalités. Tout le monde ou presque était présent : entreprises privées, délégations ministérielles, ONG, organisations internationales, associations agricoles etc. etc. Eh bien tout ce beau monde, après de longues palabres, a laissé derrière lui une déclaration finale qui satisfaisait les participants, mais vide de tout sens. Un échec de plus ! (4). Il y aura d'autres protocoles, d'autres accords, d'autres rencontres et...d'autres échecs.

Le «développement durable» ou «soutenable» n'est, lui aussi, qu'un gadget qui permet de faire durer le système et de le soutenir. L'ancien PDG de Renault, Louis Schweitzer, ne déclarait-il pas dans le mensuel «Enjeux Les Echos» en décembre 2004, «le développement durable n'est ni une utopie ni même une contestation, mais la condition de survie de l'économie de marché». Par économie de marché il faut entendre le capitalisme. Il n'est qu'un simple slogan publicitaire rentable pour les entreprises.


En crise totale, le capitalisme donne et continue à donner de belles leçons à celles et ceux qui cherchent encore dans ce système une quelconque morale. Il suffit de voir dans quel état de déconfiture et de faillite sont toutes les valeurs de la bourgeoisie aujourd'hui sans revenir aux guerres terribles, aux crimes innombrables et aux scandales multiples du passé. Des principes comme la démocratie, les droits de l'homme, la séparation des pouvoir, la liberté de la presse etc. s'effondrent les uns après les autres sinon en théorie du moins dans la pratique(5).

Le capitalisme foule aux pieds chaque jour qui passe toute la morale bourgeoise c'est à dire cette immense hypocrisie parée de toutes les vertus. Or comme disait Aristote il y a très longtemps «la richesse, loin d'être la récompense de la vertu, dispensait d'être vertueux» (6).

La crise économique a fait sortir de l'ombre les pratiques les plus sordides et les a projetées dans la lumière la plus éclatante. Parachutes dorés, retraites chapeau, actions gratuites, primes, bonus et autres stock-options sont ainsi distribués allègrement aux dirigeants des entreprises en contre partie des licenciements des salariés et des millions voire des milliards d'euros offerts généreusement par le gouvernement Sarkozy !

Au moment même où des millions d'hommes et de femmes criaient leur colère dans la rue contre le chômage et la baisse de leur pouvoir d'achat, fruit de la politique de classe de ce gouvernement, l'Assemblée nationale a reconduit pour 2009 le bouclier fiscal et a écarté toute taxation des hauts revenus. C'était le 19 mars 2009, le jour de la grève générale!

Il faut préciser que les contribuables les plus riches ( patrimoine de plus de 15,5 millions d'euros), ont reçu au titre de 2008 comme restitution d'impôt, grâce à ce bouclier fiscal, un chèque moyen de 368 261 euros du fisc (7). Mais ce bouclier n'est qu'un cadeau pour les riches parmi tant d'autres. La loi du 21 août 2007 en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat, dite loi «TEPA» ou «paquet fiscal» prévoit d'autres offrandes à «la divinité patronale» : diminution de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), allègement des droits de succession etc. Concernant l'ISF, le gouvernement s'achemine progressivement vers sa suppression purement et simplement(8).

La fraude fiscale n'est pas en reste.Total, Michelin et Adidas font l'objet d'une enquête pour blanchiment de fraude fiscale». Selon Le Parisien, ils possèderaient des «comptes au Liechtenstein détenus par des Fondations liées aux trois groupes français»(9). Ainsi va la morale bourgeoise!

Ce qui est vrai pour la France est également valable pour tous les pays ou règne cette ardente et insatiable soif du profit. Car il s'agit d'un fonctionnement «naturel» du capitalisme. Les lois et mesures adoptées par les Etats pour le «moraliser et le moderniser», comme le décret Fillon par exemple, non seulement sont ridicules, mais permettent de renforcer le capitalisme en donnant l'illusion qu'il est «réformable».




Mais, un léger vent d'espoir souffle sur la planète. Des hommes et des femmes relèvent la tête et se mettent en mouvement contre ce système. Des luttes éclatent un peu partout. De Pointe-à-Pitre au Caire, de Mexico à Tokyo en passant par Athènes et Berlin. En France, et sans parler des combats quotidiens menés par les salariés contre leurs patrons,des millions de citoyens se sont mobilisés, entre autres, contre le chômage, c'est à dire le produit le plus authentique de la crise et, partant, du capitalisme.

Au sommet du G20 à Londres, très nombreux étaient les citoyens qui manifestaient au cœur du quartier des affaires et devant la Banque d'Angleterre. Tout un symbole ! Malheureusement un homme est mort dans cette contestation anticapitaliste. La police veille et protège les banques et les banquiers bras financier de ce système ! Sarkozy, lui, est «heureux», et trouve que le sommet a été «au-delà de ce que nous pouvions imaginer»(10).

«Nous allons mettre au défi le capitalisme. Nous voulons montrer qu’il y a de meilleurs moyens de faire marcher le monde. Parce qu’ils ont complètement déconné. Le capitalisme se meurt, il se ronge lui-même» déclarait un manifestant de Londres(11).

A Strasbourg, ville assiégée, les citoyens ont massivement manifesté contre cette organisation guerrière, bras armé du capital.

Partout où les représentants de ce système se présentent, ils trouvent en face d'eux des hommes et des femmes déterminés à lutter contre le capitalisme. Autant les premiers se terrent dans leur bunker, autant les seconds se montrent au grand jours.


En ce début du 21ème siècle, le monde connaît un niveau de développement scientifique, technique, médical etc. jamais atteint dans l'histoire de l'humanité. Pourtant, ce système créé par les hommes mais qui se situe au-dessus d'eux, provoque encore leur malheur et peut être leur perte. Mais ce système est en crise totale et de plus en plus contesté. C'est une occasion historique offerte aux hommes pour qu'ils songent à le remplacer.




Mohamed Belaali




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(1) Le Monde du 21 mars 2009, page10.

(2) T. Hobbes «Léviathan», cité par K Marx dans «Salaire, Prix et Profit».

(3) K. Marx, Le Capital. Tome 1, livre premier, section IV.

(4) Le Monde du 24 mars 2009

(5) Mohamed Belaali, «L'illusion d'une démocratie». http://www.legrandsoir.info/article8006.html

(6) Cité par P. Lafargue dans «Le déterminisme économique de Marx». 1909.

(7) Les Echos http://www.lesechos.fr/patrimoine/impots/300337773-impots---le-bouclier-fiscal-est-maintenu.htm

(8) http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/04/03/une-baisse-de-l-isf-serait-envisagee-pour-ceux-qui-investissent-dans-des-pme_1176083_3234.html

(9) http://www.leparisien.fr/faits-divers/michelin-elf-et-adidas-dans-le-collimateur-de-la-justice-31-03-2009-460351.php

(10) http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04/02/g20-plus-de-1-000-milliards-de-dollars-pour-la-relance-et-l-aide-aux-institutions-financieres

(11) http://fr.euronews.net/2009/04/01/g20-londres-capitale-de-la-contestation/


 

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Mardi 27 avril 2010 2 27 /04 /Avr /2010 22:30

 

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Une fois encore le cas de Haïti vient de démontrer d'une manière éclatante combien l'humanitaire est au service du capital. Tous les pays impérialistes, grands et petits, se sont précipités comme des vautours, au nom de l'humanitaire, sur la tragédie de ce petit pays.


Que voit-on sous nos yeux? D'un côté l'armée américaine, avec ses boys surarmés, qui se déploie dans les rues de Port-au-Prince, qui contrôle l'aéroport de la capitale haïtienne et tous les axes stratégiques. De l'autre, des survivants, hommes, femmes et enfants hagards, affamés et assoiffés qui errent à la recherche d'un introuvable point d'eau, d'une introuvable nourriture. Les uns cherchent à occuper le pays, les autres tentent,vaille que vaille, à survivre au milieu des cris des blessés et des cadavres jonchés à même le sol ou enfouis sous des bâtiments effondrés. Si les troupes américaines sont arrivées dès les premières heures du séisme, la population, elle, attend toujours dans des conditions inhumaines cette fameuse «aide humanitaire». Huit jours après le séisme, des centaines de milliers de sans-abris vivent dans des campements improvisés ou comme le dit l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) « dans des abris de fortune, sans accès à des réseaux d’eau». La rapidité des vols des avions et la rotation des hélicoptères militaires contraste avec la lenteur des secours. Dans les petites villes avoisinantes de la capitale haïtienne, «l'aide humanitaire» est totalement absente.

Et c'est la population elle- même, à mains nues puisqu'elle manque de tout, qui a procédé aux secours d'urgence loin des caméras et du battage médiatique hypocrite. C'est cette même population c'est à dire des rescapés, dans le dénuement total, qui luttent contre la mort, qui sont traités par les grands médias occidentaux de pillards, de bandits, d'émeutiers etc. Ce sont peut-être ces «émeutiers» des quartiers populaires que les américains et leurs caniches européens craignent le plus. Car l'émeute peut se transformer en révolte et celle-ci en résistance à l'occupant.

Barack Obama en compagnie de Bill Clinton et même de Bush promet au peuple haïtien de rester à ses côtés «aujourd'hui, demain et à l'avenir». Les GI ne sont donc pas prêts à quitter le sol de ce pays qu'ils occupent au nom de l'humanitaire mais en toute illégalité.

ONG, entreprises multinationales, artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques sont ainsi enrôlés dans cette sinistre opération coordonnée par un commandement militaire. «La coopération s’opère à tous les niveaux sous la conduite du Pentagone, seul capable d’assurer le rôle de leader(...) le contrôle est laissé au militaire, subordonnant l’acteur civil et humanitaire» disait Stéphane Sisco membre du Conseil d’administration de Médecins du Monde(1). Aujourd'hui à Haïti rien n'échappe à l'œil vigilent du Pentagone. C'est lui qui contrôle, coordonne, dirige et refoule; il est le maître de la situation.10 000 soldats, des navires de guerre dont un porte-avion nucléaire, des hélicoptères en tout genre une base militaire permanente au nord de Port-au Prince etc. sont à la disposition du général Ken Keen qui n'est que l' exécutant des ordres du pentagone.

L'aide humanitaire est évidemment la mission officielle de cette armada : «Notre mission est de fournir une assistance humanitaire", déclarait à L'AFP le colonel Pat Haynes. C'est d'ailleurs le président de l'USAID, agence gouvernementale américaine d'aide au développement, qui a accompagné samedi 16 janvier 2010 Hillary Clinton dans son voyage à Haïti pour accomplir cette noble mission humanitaire. «Nous travaillons de concert avec la constellation d'organisation non gouvernementales qui s'efforcent depuis des années d'améliorer la vie du peuple haïtien.(...) L'argent afflue à la Croix-Rouge et dans d'autres organisations humanitaires» soulignait de son côté Barack Obama président des États-Unis dans un texte publié par Newsweek et Le Monde du 20 janvier 2010.

Les multinationales dont la brutalité exercée sur leurs propres salariés est quotidienne( exploitation, conditions de travail insupportables etc) se métamorphosent en entreprises philanthropiques et envoient, dans un élan de générosité, des millions d'euros ou de dollars aux pauvres haïtiens. Ainsi des banques comme la Société Générale ou le Crédit Agricole, après avoir distribué à leurs dirigeants et «collaborateurs» de substantiels bonus et autres stock options, se sont engagées à envoyer 1 million d'euros aux sinistrés du tremblement de terre. France Telecom, dont la direction des relations humaines a poussé au suicide nombre de ses salariés, a lancé par le biais de sa filiale Orange et en collaboration avec les autres opérateurs Mobile une campagne de récolte de dons par SMS. EADS, célèbre groupe aéronautique pour ses scandales financiers, prête à l'association Action contre la faim un gros porteur A 340 pour porter secours aux haïtiens.

Pour ces entreprises et pour bien d'autres qui participent à cette grande messe humanitaire, le drame haïtien est utilisé, avec beaucoup de cynisme, comme opération de relations publiques. L'humanitaire constitue, pour elles, une aubaine qui leur permet, à peu de frais, d'améliorer leur image de marque bien ternie par des scandales multiples et par leur attitude inhumaine vis à vis de leurs propres salariés.

Quant aux grands médias, notamment la télévision, la tragédie haïtienne est un show rentable qui permet d'augmenter l'audimat et d'engranger des recettes publicitaires en exploitant, eux-aussi, la compassion et la générosité des téléspectateurs. Elle leur permet, par ailleurs, de ne pas parler ou de ne pas montrer les luttes sociales qui éclatent ici ou là.

L'humanitaire sert de paravent aux visées hégémoniques impérialistes. Il exploite cyniquement les sentiments altruistes et de solidarité des citoyens pour servir, en dernière analyse, les intérêts d'une classe sociale minoritaire, mais qui possède tous les pouvoirs.


Mohamed Belaali


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(1) Mohamed Belaali « L'humanitaire au service du capital»:http://www.legrandsoir.info/L-humanitaire-au-service-du-capital.html


























 

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