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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 09:47

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Israël vient de terminer son travail, fièrement, ostensiblement. Il vient d’achever froidement le massacre le plus horrible de ce début du siècle. Les dirigeants de ce monde insensé ont assisté  sagement au  spectacle de l’horreur absolue. Mais nous, citoyens du monde entier, les tueries collectives, les visages déformés, le linge blanc tâché de sang dans lequel les enfants sont enveloppés, les crânes fracassés,  les chairs transpercées, les corps déchiquetés, les cadavres noirs et gonflés dispersés à travers des rues désertées, et à côté de leurs mères mortes, des enfants affamés et abandonnés, ce spectacle là  nous a révoltés. Il a violé notre conscience d’hommes et de femmes.

 

 

Nous sommes sortis par millions à travers toute la planète crier de toutes nos forces notre dégoût pour cette tragédie humaine. Mais notre cri n’a eu comme réponse  que le silence complice de nos dirigeants. Ils sont restés de marbre. Et le plus insupportable, c’est qu’ils veulent qu’on leur ressemble : devenir des êtres sans âme, calculateurs sordides,  opportunistes, cyniques, sans aucun sentiment humain, bref de véritables brutes.

 

 Jamais le contraste entre les peuples et leurs gouvernements n’a été aussi violent.

 Etrange démocratie qui reste parfaitement compatible avec les crimes contre l’humanité. En son nom, les pires atrocités sont commises. Et c’est la même démocratie, celle de la république de Weimar, qui a produit en son temps un monstre dont on continue aujourd’hui encore à dénoncer les crimes. On va taire par pudeur cette immense escroquerie appelée Droits de l’homme.

A travers leurs médias, nos dirigeants nous expliquent froidement, que ces massacres comme ceux par exemple des  écoles de l’ONU (48 morts) sont nécessaires pour éradiquer le terrorisme. C’est pour notre bien. C’est pour nous protéger de ces barbares qui déposent des bombes un peu partout et mettent le monde en danger. C’est pour cela qu’ils aident et encouragent Israël à utiliser, même si elles sont interdites par toutes les conventions internationales (entre autres par la Commission des Droits Humains de l’ONU), les armes les plus sophistiquées, les plus meurtrières et les plus horribles. Médecins et organisations indépendantes accusent Israël d’avoir fait usage à Gaza des armes à  Uranium Appauvri(1), des bombes à fragmentations, du phosphore blanc et des armes inconnues. Il faut rappeler  que l’utilisation de ces armes notamment à Uranium Appauvri est intimement liée à la notion de génocide. Elles sont considérées comme des armes d’extermination. Mais peu importe. La fin ici  justifie  vraiment les moyens. Comme par exemple le bombardement des hôpitaux  qui manquent de tout et où les blessés par milliers viennent plus pour y mourir que pour se faire soigner. Les ambulances ne sont pas épargnées. Vous comprenez la lutte contre le terrorisme et pour la sécurité d’Israël sont à ce prix. Vous verrez qu’après ces massacres et ces horreurs indispensables, le terrorisme sera vaincu, Israël et le monde vivront en paix.  Le temps viendra effacer de vos  mémoires ces centaines de morts, de mutilés, de défigurés  et les milliers de blessés. Tout rentrera dans l’ordre. Vous verrez.

 

Mais les crimes d’Israël datent depuis sa création en 1948 et même avant. L’histoire de cet Etat est chargée de massacres que l’on peut cacher, mais que personne ne peut nier : Sa’sa’, Qastal, Deir Yassin, al-Dawayma, Eilaboun, Lydda, Kufur Qasim, Sabra et Chatila, Jenine et aujourd’hui Gaza. A quand les prochaines tueries ? Ben Gourion ne disait-il pas qu’il fallait « attaquer sur tout le front et non seulement à l’intérieur de l’Etat d’Israël ou aux frontières de la Palestine, mais de rechercher l’ennemi et de l’écraser partout où il peut être »(2). Le massacre des palestiniens ne date donc pas d’aujourd’hui. Tous les grands dirigeants du sionisme politique (Weizmann, Ben Gourion, Jabotinsky etc.) malgré leurs divergences sur les moyens, avaient le même but final : faire de la Palestine l’Etat du « peuple juif ».

Le sionisme politique, depuis sa fondation au congrès de Bâle en 1897, porte en lui les germes de la négation des palestiniens. « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » dit le slogan sioniste.  Le Grand Israël est incompatible avec l’existence même de ce peuple : Il constitue l’obstacle vivant à la réalisation de ce grand rêve. Il faut donc l’exterminer ou tout du moins le chasser loin de sa terre, la Palestine. « Expulsez-les » disait déjà  Ben Gourion en 1948 en parlant de ces mêmes palestiniens.

La grande Bretagne et le sionisme politique ont enfanté un monstre. Aucun Etat au monde aujourd’hui ne semble pouvoir arrêter sa marche vers la barbarie..

 

Le nombre élevé de victimes dont une partie non négligeable de femmes et d’enfants, le nombre de blessés, de mutilés à vie, les armes utilisées, la destruction de maisons, d’immeubles et autres infrastructures nécessaires à la vie, le degré de brutalité atteint etc. le tout avec l’aide des Etats-Unis, de l’Union Européenne, et de tous les régimes arabes est très inquiétant pour l’avenir de la région. La facilité avec laquelle les dirigeants de ce monde, à deux ou trois exceptions près, acceptent de se soumettre totalement et aveuglément à l’Etat d’Israël constitue en soi un véritable danger pour le monde.

Aucun enseignement digne de ce nom n’a été tiré du passé. Aucune leçon n’a été retenue du présent.  A force de mépriser les leçons de l’histoire, on risque de reproduire d’autres tragédies peut-être plus sanglantes encore.

 K. Marx écrivait quelque part «  celui qui ignore l’histoire est condamné à la revivre ».

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7842

     http://www.amnesty.ch/fr

 

(2) Ben Gourion, Rebirth and destiney of Israël. Cité par Lotfallah Soliman dans Pour une histoire profane de la Palestine. La Découverte, p. 120.

 

 

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 21:21

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Matan Vilnaï, vice ministre de la défense israélien déclarait le 29 février 2008 « Plus les tirs de roquettes Qassam s'intensifieront, plus les roquettes augmenteront de portée, plus la shoah à laquelle ils s'exposeront sera importante »(1).

« A notre grand regret, il y a des victimes civiles, même si elles ne sont pas nombreuses. Nous ne voulons pas porter atteinte à des femmes, des enfants, des hommes, et nous n'empêchons pas une aide humanitaire" », déclarait avec cynisme Ehud Barak lundi 29 décembre 2008 (2), alors que les bombes israéliennes ont déjà fait 400 victimes, femmes hommes et enfants.

Ces déclarations ne doivent pas faire oublier les morts et les souffrances  qu’Israël inflige aux palestiniens depuis sa création.

 

Albert Einstein écrivait en 1948 en parlant de Menahem Begin et du massacre du village palestinien de Deir Yassin « Les déclarations publiques du parti de Begin ne montrent rien quant à leur caractère réel. Aujourd'hui ils parlent de liberté, de démocratie et d'anti-impérialisme, alors que jusqu'à récemment ils ont prêché ouvertement la doctrine de l'Etat Fasciste(…)Le 9 Avril, d'après le New-York Times, des bandes de terroristes ont attaqué ce village paisible, qui n'était pas un objectif militaire dans le combat, ont tué la plupart de ses habitants - 240 hommes, femmes et enfants - et ont maintenu quelques uns en vie pour les faire défiler comme captifs dans les rues de Jérusalem ». A. Einstein poursuit « C'est dans ses actions que le parti terroriste trahit son véritable caractère. De ses actions passées nous pouvons juger ce qu'il pourrait faire à l'avenir ». (3)

Effectivement en juin 1982, Menahem Begin, devenu premier ministre, et son ministre de la défense Ariel Sharon envahissent le Liban. Le jeudi16 septembre les milices phalangistes pénètrent, avec l’aide de l’armée israélienne, les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Les mots et les images auront certainement du mal à décrire ce qui s’est passé dans les deux camps durant les nuits de jeudi à vendredi et du vendredi à samedi.

 Pourtant, un homme, poète et écrivain, a su rendre compte avec une grande précision des détails de ce que les kataëbes chrétiennes protégées par Tsahal ont laissé derrière elles : «la femme palestinienne était probablement âgée car elle avait des cheveux gris. Elle était étendue sur le dos, déposée ou laissée là sur des moellons, des briques, des barres de fer tordues, sans confort. D'abord j'ai été étonné par une étrange torsade de corde et d'étoffe qui allait d'un poignet à l'autre, tenant ainsi les deux bras écartés horizontaux, comme crucifiés. Le visage noir et gonflé, tourné vers le ciel, montrait une bouche ouverte, noire de mouches, avec des dents qui me semblèrent très blanches, visage qui paraissait, sans qu'un muscle ne bougeât, soit grimacer soit sourire ou hurler d'un hurlement silencieux et ininterrompu. Ses bas étaient en laine noire, la robe à fleurs roses et grises, légèrement retroussée ou trop courte, je ne sais pas, laissait voir le haut des mollets noirs et gonflés, toujours avec de délicates teintes mauves auxquelles répondaient un mauve et un violet semblable aux joues. Étaient-ce des ecchymoses ou le naturel effet du pourrissement au soleil ? ». Voilà ce que Jean Genet écrivait dans « Quatre heures à Chatila. » (4)

Menahem Begin déclarait à la Knesset « A Chatila, à Sabra, des non-juifs ont massacré des non-juifs, en quoi cela nous concerne-t-il ? » (4)

M. Begin a raison. Israël n’est jamais concerné ni inquiété. C’est un Etat au-dessus de toutes les lois, conventions et autres résolutions. Ici seul le « droit » du plus fort s’applique.

 

Israël a trop de pouvoir pour commettre et faire passer  ses massacres  pour de la légitime défense. Il a le soutien des Etats-Unis, de l’Europe et de tous les régimes arabes. Cela fait beaucoup pour le peuple palestinien qui est toujours sans Etat ni véritable territoire. Ce pouvoir, dans lequel s’enfonce Israël, risque de se retourner contre lui et l’engloutir.

Aujourd’hui encore, l’Etat d’Israël s’enlise dans la même logique, celle du crime et démontre à nouveau son mépris absolu pour la vie humaine : « Des flots de sang qui arrivent de Gaza envahissent ma maison et s’immiscent dans mon nez, dans ma bouche, dans mes yeux...Je suffoque sous ce sang rouge et frais, celui des touts petits enfants de Gaza, celui de leurs parents » écrivait une israélienne(5). 280 morts dimanche 28 décembre 2008, 350 morts le 29, 384 morts le 30, 394 morts le 31, 400 morts le 1er janvier 2009. Combien de morts demain ? Et après demain ? Seule certitude, des morts viendront se rajouter à d’autres morts, sans parler des blessés dont le nombre se chiffre par milliers,  sous le regard et avec le soutien total des dirigeants américains, européens et arabes qui assistent avec placidité au spectacle de la moderne barbarie montée par leurs propres soins et exécutée par Israël.

Ehoud Barak, Tzipi Livni et  Ehoud Olmert sont les successeurs de  Menahem Begin et d’Ariel Sharon  avec toujours cette folle envie de tuer  le plus de palestiniens possibles qui représentent, pour eux, l’obstacle vivant au Grand Israël. Mais depuis 1948 la résistance palestinienne est toujours là comme la terre sur laquelle elle a grandi.

D’autres dirigeants israéliens viendront commettre à leur tour les massacres nécessaires  au nom de ce « grand  rêve ».  .

Israël poursuit donc et poursuivra méthodiquement et froidement son « sale boulot ». Ses crimes sont plus ou moins acceptés, plus ou moins justifiés, mais rarement dénoncés par les grands médias occidentaux. Les massacres d’Israël se font « dans les murmures ou dans le silence total »(6). On est loin des célébrations et cérémonies des attentats du 11 septembre 2001. Décidément les morts n’ont pas la même valeur. On peut légitimement alors s’interroger sur la sincérité des sentiments de compassion envers Israël, étalés par ces grands médias ; car leur « douleur » s’arrête là où commence celle des palestiniens.   

Les gouvernements successifs d’Israël, et ce depuis sa création, ont élevé les israéliens dans le mépris et la haine du palestinien.

Pourtant, les deux peuples ont vécu ensemble en paix des siècles durant. Leur amour pour cette terre de Palestine n’a d’équivalent que leur haine réciproque. Leurs proclamations d’indépendance montrent d’ailleurs, une étrange ressemblance : « Eretz- Israël est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il réalisa son indépendance et créa une culture d’une portée à la fois nationale et universelle. » (Proclamation d’indépendance de l’Etat d’Israël, 15 mai 1948). La déclaration des palestiniens commence ainsi : « Terre des messages divins révélés à l’humanité, la Palestine est le pays natal du peuple arabe palestinien. C’est là qu’il a grandi qu’il s’est développé et s’est épanoui » (Déclaration d’indépendance de l’Etat palestinien, 15 novembre 1988).

  Le poète palestinien Mahmoud Darwish écrivait «  Nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d’amour et de paix. ».


Mohamed Belaali

 

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(1) Le Monde du 01/03/2008

(2) http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/proche_moyenorient/20081227.OBS7368/affrontements_israelhamas__les_reactions.html

(3) http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2008-03-03%2010:56:36&log=lautrehistoire

(4) Jean Genet, « L’ennemi déclaré ». Textes et entretiens. Gallimard. Page 243.

(5) http://bellaciao.org/fr/spip.php?article76817

(6) J. Genet, op.cit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 18:56

 

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La France, dans le cadre d'un capitalisme en crise, tend lentement vers un régime que personne ne sait encore comment qualifier. Mais peu importe les adjectifs et les qualificatifs. Tous les signes d'un sombre avenir pour la majorité de la population sont, hélas, bien présents : précarité, chômage, misère, répression , suppression progressive des libertés publiques, propagande etc. Le citoyen est ainsi enserré par un pouvoir omnipotent qui, comme les tentacules d'une pieuvre géante, l'étouffe. Car la richesse doit rester, vaille que vaille, concentrée entre les mains d'une seule et même classe sociale minoritaire mais possédant tous les pouvoirs.

 

 

La France, pays riche, compte aujourd'hui des millions de travailleurs pauvres, de précaires, de chômeurs, de sans abris, de sans papiers, bref des millions d'hommes et de femmes broyés par la machine capitaliste . Ces laissés-pour-compte sont de plus en plus nombreux, et la politique d'austérité que le gouvernement prépare en ce moment même, ne fera qu'accroître encore un peu plus leur nombre. La destruction du système de retraite par répartition, basé sur la solidarité entre générations, va entrainer inévitablement l'augmentation du nombre de personnes cumulant vieillesse et pauvreté. Sombre avenir pour une partie de la population de plus en plus importante!

Mais cette misère n'a d'égal que la richesse accumulée par une petite minorité de très riches dont les revenus ont augmenté par exemple entre 2004 et 2007 de 40 % selon l'Insee (1). Malgré la crise, les profits des entreprises du CAC 40 (cotation assistée en continu) ont atteint 49 milliards d'euros en 2009. Grâce à un montage technique et financier sophistiqué, appelé dans leur jargon «optimisation fiscale», ces groupes paient nettement moins d'impôt que les entreprises plus modestes. Le manque à gagner pour l'État s'élève à 8 milliards d'euros (2).

Et comme cette richesse amassée grâce aux revenus du capital et non du travail ne leur suffit pas, l'État leur verse des millions d'euros chaque année au titre du fameux bouclier fiscal (585,5 millions d' euros rien que pour 2009) sans parler d'innombrables exonérations et autres privilèges fiscaux. Le recours massif à la fraude (3) et aux niches fiscales est une pratique courante et récurrente des nantis. Et on va taire tous les scandales immobiliers à répétition de certains membres du gouvernement (voir entre autres les affaires Gaymard et Estrosi). La richesse est ainsi produite directement par les uns et confisquée indirectement par les autres !

L'État, complice de ce pillage, organise en même temps, à travers ses organismes notamment ceux de la sécurité sociale, une véritable chasse aux «fraudeurs» des prestations sociales, c'est à dire aux travailleurs pauvres, aux précaires et aux chômeurs. Il a même créé à cet effet le Répertoire National Commun de la Protection Sociale (RNCPS). Il est à préciser que le nombre de ces «fraudeurs» et le montant total de la fraude sont dérisoires (4). L'État bienveillant avec les uns, est impitoyable avec les autres !

Pour masquer cette cruelle réalité et éviter toute résistance d'envergure, la bourgeoisie utilise l'État et tout son appareil idéologique et répressif. Les grands médias, tous entre les mains d'industriels, vont jouer un rôle déterminant dans le maintien et la reproduction de cette situation. Ils demeurent l'instrument le plus redoutable et le plus efficace pour anesthésier une population active déjà traumatisée et démobilisée par le chômage. Experts, spécialistes, artistes et autres intellectuels sont eux aussi enrôlés pour répandre la «vérité» de la classe dirigeante. Bref tous les moyens, petits et grands, sont mobilisés pour perpétuer les privilèges et les injustices de l'ordre établi. Plus le système s'empêtre dans ses propres contradictions et s'enfonce dans la crise, plus la propagande devient intense, futile et cynique. Le moindre fait divers, aussi insignifiant soit-il, devient affaire d'État. Le fait divers est érigé en fait politique majeur. Il est élevé au rang des préoccupations et priorités nationales. Président de la république, ministres, parlementaires, préfets et commissaires, chacun dans son domaine, réfléchit comment résoudre par exemple le problème de la femme verbalisée (22 euros) pour port de niqab au volant et de son mari soupçonné par le pouvoir d'avoir plusieurs épouses. Les journalistes, eux, vont se charger d'expliquer, à longueur de journée et de nuit, aux citoyens la gravité de l'affaire pour la nation. Le gouvernement va jusqu'à décréter l'urgence sur... le projet d'interdire totalement la burqa ! Il faut que la loi soit adoptée avant l'été car il y va de la dignité des femmes et de l'intérêt de toute la nation, rien que cela !

L'État français a été également mobilisé dans «l'affaire de la rumeur» concernant la vie privée du couple présidentiel. Là encore, la police, la justice, les services de contre-espionnage, les ministres anciens et nouveaux, les conseillers du président ont déployé un zèle singulier pour remonter aux sources ...de la rumeur ! Et la démesure de cette mobilisation a été étalée lamentablement dans les médias. D'autres faits divers viendront alimenter la chronique dans l'espoir de détourner l'attention de la population des décisions graves qui se trament contre elle comme par exemple la destruction de ce qui reste encore du système de retraite par répartition.

Mais pour que les «réformes» passent, il faut contrôler, surveiller, ficher, réprimer, bref il faut terroriser les citoyens qui refusent de courber l'échine. Il devient, en effet, de plus en plus difficile aujourd'hui de ne pas rencontrer la police dans la rue. Elle est omniprésente voire omnipotente. Chaque manifestation est sévèrement et massivement encadrée par des policiers en tout genre. A côté des CRS en tenue de combat et armés de flash-ball, matraques et gaz lacrymogène, des policiers en civil se mélangent et défilent avec les manifestants. Les membres des brigades départementales de sécurité, souvent masqués, surveillent de loin le déroulement de la manifestation entassés dans leurs véhicules grillagés. La BAC (Brigade Anti-Criminalité), la matraque montrée de manière ostentatoire et provocante, encadre de très près les cortèges tout en filmant les manifestants. La brutalité accompagne souvent les interpellations arbitraires à la fin de la manifestation. La garde à vue dans les commissariats est vécue comme un cauchemar par la plupart de celles et ceux qui en ont fait l'expérience : «Quand les policiers m’ont “invitée” à m’asseoir sur un banc pour y être menottée, le mur contre lequel je devais m’adosser était maculé de sang encore frais. J’ai dû me déshabiller totalement pour la fouille. Puis j’ai été poussée dans une cellule souillée d’excréments. J’étais traitée comme un animal. La volonté d’humilier était évidente» témoignait l'avocate Caroline Wassermann (5). Plus d'un demi-millions de citoyens ont connu la garde à vue en 2008, 67 % de plus qu'en 2001! (6). Personne n'est à l'abri d'une telle humiliation. Car la garde à vue se généralise et se banalise. Elle est institutionnalisée. Il faut faire peur à la population et la dissuader de toute velléité de résistance. Tout acte d'opposition à la politique du pouvoir, aussi élémentaire soit-il, est brutalement réprimé. Même les lycéens n'échappent pas à cette répression policière. Ces jeunes à qui on a appris que la police était là pour les protéger dans le cadre de l'État de droit, se sont vus gazés, matraqués, brutalisés, jetés à terre et traînés au sol sans ménagement comme de dangereux criminels par cette même police. Ces adolescents ont été parfois arrêtés devant leur lycée, conduits au commissariat et gardés à vue sans pouvoir communiquer avec leurs parents. Après le commissariat, les procureurs prennent la relève au tribunal et profèrent des propos violents et traumatisants pour des gamins qui réclamaient juste un enseignement de qualité et ouvert à tous.

La répression les poursuit à l'intérieur même de l'école. Vidéo-surveillance, portiques de sécurité, policiers etc. vont transformer progressivement l'école en prison. 5 247 «correspondants sécurité-école» sont choisis parmi les policiers et les gendarmes. Mais Sarkozy veut aller plus loin :«Il y a quelques jours j'ai souhaité que dans les 53 établissements identifiés comme les plus difficiles de France, on aille plus loin en proposant l'installation d'un bureau pour le policier ou le gendarme référent au sein même du lycée et du collège»(7). A quand l'installation d'un véritable commissariat à l'intérieur des établissements scolaires? Quelle est jolie la démocratie bourgeoise qui méprise et brutalise sa jeunesse !

Et comme cela ne suffit pas, il faut mettre le pays sous surveillance et supprimer progressivement les libertés publiques chèrement acquises. Il faut installer des caméras partout, croiser les fichiers informatiques, prélever des empruntes digitales et génétiques y compris sur des enfants, en un mot il faut que le contrôle sur la population soit total. La France n'est pas encore le Royaume-Unis où 4,2 millions de caméras filment en permanence les faits et gestes des citoyens et où la police peut interpeller n'importe qui, n'importe quand sans la moindre justification, presque comme dans 1984 de George Orwell. Cependant, le gouvernement français a la ferme volonté de tripler le nombre des caméras (de 20 000 à 60 000) sur la voie publique, dans les établissements scolaires, dans les transports en commun, bref il faut que l'œil du pouvoir observe et contrôle tout le monde.

Mais surveillance et profit sont deux faces d'une même réalité. Car la vidéo-surveillance c'est aussi un marché fleurissant dont la croissance entre 2003 et 2012 varie selon l'équipement acheté entre 60 et 400 % (8). Pour engraisser davantage encore les entreprises du secteur, Michèle Alliot-Marie a signé un décret le 22 janvier 2009 facilitant l’accès à la vidéo-surveillance aux établissements publics et privés utilisant moins de 8 caméras. La surveillance généralisée a un bel avenir devant elle.

La classe dominante, non contente d'avoir précarisé et paupérisé les travailleurs, exige en plus qu'on les punisse, qu'on les cache. Les pauvres doivent rester invisibles. Car ils sont la preuve vivante de la faillite de son système économique. Les prisons regorgent de pauvres. A l'extérieur de la prison, leur force de travail est devenue inutile, superflue.

Violence, surpopulation, humiliation, souffrance, arbitraire de l'administration pénitentiaire, mesures d'isolement de longue durée, bref des conditions de détention d'un autre âge font de la prison un haut lieu de la déshumanisation des hommes. Il ne faut donc pas s'étonner que la France détienne le triste record du nombre de suicides dans les prisons. Comme le taux de chômage, celui de la détention et du suicide ne cessent d'augmenter. Malgré les condamnations successives des instances européennes, internationales et des associations des droits de l'homme, ces taux continueront, hélas, à augmenter. Car ils sont intimement liés à la politique pénale et carcérale de la classe dirigeante qui utilise le dogme de la «tolérance zéro» pour plaire à une frange de la population et pour évacuer les problèmes économiques (chômage de masse, politique d'austérité etc), et sociaux ( sécurité sociale, santé...). La sécurité demeure l'enjeu majeur des campagnes électorales.

Cette politique n'est, toutefois, que l'expression d'un système dont le profit reste l'unique objectif. Là encore, prison et profit vont de pair : la prison c' est aussi un marché non seulement au niveau des produits liés à la sécurité (bracelets électroniques, caméras...) mais aussi au niveau de la construction et de la gestion des prisons. Les constructions, les rénovations des prisons font le bonheur des entreprises comme Bouygues, Eiffage Construction, Vinci... sur le malheur des détenus. Les entreprises privées s'occupent également de la restauration, de la formation professionnelle, de l' accueil des familles etc. L'État est réduit à fournir le plus de détenus possible afin d' alimenter les bénéfices de ces entreprises privées. La prison est une affaire très rentable (9).

 

Les perspectives électorales sont elles aussi sombres. Elles se réduisent à un «choix» binaire : PS/UMP – UMP/PS ou pire encore UMP/FN. Lorsque l'on regarde de plus près non pas les discours mais les actes, on constate, malgré des nuances voire parfois des différences, que ces deux partis majoritaires (PS/UMP) servent en dernière analyse les intérêts de la classe dominante.


Mais l'histoire nous a appris que la lumière peut aussi jaillir de l'obscurité. Malgré cet asservissement général dû au capitalisme et les malheurs dont il accable les salariés, le système produit de lui-même les conditions de sa propre disparition. Ses crises à répétition montrent à quelle enseigne ce système est inefficace et dangereux pour l'homme et la nature. Aux travailleurs d'unir leur force et de la diriger contre le système lui-même et non contre ses effets. Toutefois cette lutte ne peut aboutir que si les producteurs directs de richesses sont conscients de leur exploitation commune. La prise de conscience et l'unité de tous les travailleurs sont donc une nécessité vitale et un préalable au dépassement du capitalisme.


Mohamed Belaali



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(1) Les revenus et le patrimoine des ménages, Insee http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=REVPMEN10a


(2) http://www.latribune.fr/depeches/reuters/les-groupes-du-cac-40-paieraient-moins-d-impots-que-les-pme.html


(3) sur les fraudes comptables et financières commises par les entreprises voir http://www.oca-audit.com/offres/file_inline_src/211/211_P_4161_1.pdf


(4) http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3660


(5) Témoignage de l’avocate Caroline Wassermann publié dans L’Humanité du 20 novembre 2009. Cité par LDH Toulon http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3527


(6) http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3527


(7) http://www.elysee.fr/president/les-actualites/discours/2010/discours-sur-les-violences-scolaires.8748.html


(8) http://www.msi-etudes.fr


(9) http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article693









 

 

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 14:52

 

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Abdelkrim, cet homme qui a tant aimé les montagnes et les vallées du Rif et de tout le Maroc, lui qui s'est dressé courageusement contre le joug colonial, n'a toujours pas sa tombe dans son propre pays près d'un demi siècle après sa mort.

Aujourd'hui encore et malgré une farouche volonté du pouvoir politique pour occulter le passé, son souvenir reste gravé dans la mémoire populaire et enfoui dans le cœur du peuple marocain.

Cet homme, dont la simplicité et la modestie impressionnaient toutes celles et ceux qui l'ont connu, a pu tenir tête, dans une véritable guerre de libération, à l'Espagne et à la France. Ce précurseur et grand oublié de l'histoire, qui est-il ?

 

Abdelkrim avec quelques milliers de combattants divisés en groupes très mobiles et une maîtrise parfaite du terrain, a infligé une humiliante défaite au général espagnol Silvestre pourtant à la tête d'une armée autrement plus puissante. C'était en juillet 1921 à Anoual dans le Rif marocain. La résistance l'a emporté sur l'envahisseur. De ce point de vue, on peut dire qu'Abdelkrim était le précurseur de la guérilla moderne. Plus tard, Hô Chi Minh puis Mao le citeront en exemple.


Abdelkrim devient avec cette victoire le symbole de la lutte anticoloniale et donne en même temps l'espoir aux peuples qui luttent pour leur libération.


La défaite espagnole a permis au général Miguel Primo de Rivera de s'emparer du pouvoir par un coup d'État. C'était le 13 septembre 1923. Il faut préciser également que c'est durant la guerre du Rif que s'est illustré par sa cruauté un certain Francisco Franco ce qui lui a valu d'être promu général !


Mais Abdelkrim veut libérer tout le Maroc. Il concentre ses troupes sur la ville de Fès occupée par la France comme l'essentiel du territoire marocain. Le maréchal Lyautey, jugé hésitant face aux avancées du guérilléro du Rif par le gouvernement de Paul Painlevé, est remplacé par un autre maréchal, Philippe Pétain. C'était en juillet 1925.

Abdelkrim était là encore l'un des premiers à avoir combattu le fascisme européen que représentaient Miguel Primo de Rivera, Francisco Franco et Philippe Pétain sur le sol de ce Rif où il aurait tant aimé se reposer définitivement.


A cette époque Abdelkrim était seul à combattre ces hommes qui seront responsables plus tard de la guerre civile(Espagne) et de la collaboration avec les nazis( France) dans leur propre pays.


La république du Rif était une autre création de cet homme tant méprisé par les colonialistes, impérialistes et autres fascistes. Après la victoire d'Anoual, Abdelkrim proclama la république dans un pays où les rois se succédaient les uns après les autres et ce depuis des siècles. Abdelkrim fut le premier président du Maroc moderne !


Le triomphe d'Abdelkrim fut aussi éphémère que sa république. Malgré un vaste mouvement de solidarité de la classe ouvrière européenne notamment française, Abdelkrim était seul avec ses combattants; seul avec ses idées qui n'étaient pas vraiment dans l'air du temps : se battre contre le colonialisme, l'impérialisme, la domination, l'exploitation etc. etc. Il rêvait d'un Maroc, d'une Algérie, d'une Tunisie et de tout le Monde arabe totalement libérés et modernisés. Il faisait exploser dans cette région du monde des projets et des idées, pour l'époque, révolutionnaires.


Contre ce rêve, ces projets et ces idées, il avait face à lui deux États dont la France, une véritable puissance coloniale, trois généraux fascistes et non des moindres, le Makhzen et même les nationalistes bourgeois marocains.


Ses compagnons, des hommes rudes et austères habitués à la vie dure de cette région du Maroc coincée entre la méditerranée et des montagnes sauvages, étaient traités par Paul Painlevé de barbares et de bien d'autres adjectifs encore "..Ces barbares! Ces populations obscures...qui diffèrent de nous, par la couleur de la peau et qui, ayant "tout à apprendre de l´Europe" n´en menacent pas moins la civilisation européenne".

«Ces barbares», avec des rêves dans la tête et les armes à la main menaçaient donc «la civilisation européenne». Il faut les écraser.


Le maréchal Pétain et le dictateur Miguel Primo de Rivera ont scellé un accord en vertu duquel les deux armées, française et espagnole, doivent s'unir contre le rebelle rifain.

Abdelkrim, malgré le courage de ses combattants, ne pouvait affronter seul deux Etats en même temps. Il décida donc de se rendre à la France. C'était en mai 1926.

 

L'envahisseur l'a emporté sur la résistance! La force brutale des armes a écrasé les idées de libération, de modernité et de prospérité que portaient Abdelkrim et ses compagnons.

Abdelkrim fut déporté à La Réunion. C'était un départ sans retour!


Cet exil définitif, n'a pas empêché les deux armées coalisées de se venger des populations civiles. Des armes chimiques, interdites par les conventions internationales, ont été utilisées notamment le gaz moutarde(l'ypérite). Les douars, les villages,et les souks du Rif ont été aspergés de ce gaz toxique. Des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants sont morts dans des conditions atroces. Pourtant, la protection des civils était l'une des conditions de la reddition d'Abdekrim. Sa demande n'a pas été respectée. Mais comment aurait-elle pu l'être? Les vainqueurs imposent toujours leur volonté aux vaincus. Cela rappelle étrangement, mais dans des condition très différentes, le comportement de l'armée israélienne et des phalangistes libanaises lorsqu'elles se sont vengées sur les réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila après le départ d'Arafat de Beyrouth vers Tunis. C'était en septembre 1982.


On peut légitimement s'interroger sur ce culte, poussé parfois jusqu'au fétichisme, qu'a le colonisateur ou l'occupant pour la mort et la souffrance des populations civiles.


Abdelkrim et sa famille passeront de longues et pénibles années d'isolement et de réclusion sur l'île de La Réunion. C'est au cours de son transfert vers la France et durant l'escale de Port-Saïd qu'Abdelkrim a «réussi à s'évader» avec l'aide de quelques nationalistes marocains, algériens et tunisiens. C'était en mai 1947.

Il s'est installé au Caire où il a repris son combat anticolonial et fondé le"Comité de libération du Maghreb arabe".


Fidèle à ses principes de résistant et à la mémoire de ses combattants tombés les armes à la main, Abdelkrim refusait de remettre ses pieds sur le sol marocain tant que le dernier soldat étranger n'aurait pas quitté le Maghreb.


«Je suis venu trop tôt» disait-il juste avant sa mort (2). Trop tôt pour que les idéaux, pour lesquels il a sacrifié sa vie et sa liberté, triomphent. Cétait un précurseur, un avant-gardiste et un internationaliste qui exigeait, pour son époque, presque l'impossible.


Abdelkrim s'est éteint au Caire le 6 février 1963 loin de son Ajdir natal.


Le visiteur étranger sera frappé par l'état de pauvreté dans lequel vivent aujourd'hui les habitants du Rif. Le combat de leurs ancêtres était aussi contre cette misère et pour un Maroc prospère, mais ils étaient écrasés par des ennemis beaucoup plus puissants. En partie, la France et l'Espagne coloniales sont responsables de cette situation. Mais le même visiteur remarquera également que dans beaucoup de foyers notamment les plus modestes, le portrait d'Abdelkrim est toujours accroché au mur comme pour se rappeler que son combat est toujours actuel.


Mohamed Belaali




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  1. Germain Ayache, cité par Chems Eddine Chitour in « L´épopée de l´Emir Abdelkrim El Khattabi » http://www.alterinfo.net/L%C2%B4epopee-de-l%C2%B4Emir-Abdelkrim-El-Khattabi_a20679.html

  2. http://www.humanite.fr/2004-05-22_Medias_1919-1926-la-guerre-du-Rif





 

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 15:59

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«L'Iran est à portée de Rafale» annonçait allègrement le journaliste de France Info le matin du 26 mai 2009. Cette joyeuse annonce contrastait tristement avec l'agressivité envers un pays qui n'est pas en guerre contre la France! On provoque un pays en installant une base militaire à quelques centaines de kilomètres seulement de ses côtes, on fanfaronne dans les grands médias et on appelle cette agression, comble du cynisme, «Camp de la paix». En effet Nicolas Sarkozy a inauguré le 26 mai la première base militaire française à Abou Dhabi très loin de la France et très proche de l'Iran. Est-ce une manière de sortir de la crise en prolongeant la guerre économique par la guerre tout court ? La question mérite d'être posée. Non seulement la guerre peut fournir des débouchés intéressants pour la bourgeoisie, mais les foyers de tension se multiplient dangereusement à travers la planète : Afghanistan, Pakistan, Soudan, Tchad, Irak, Israël, Nigeria, Somalie, etc. etc. Et dans le Golfe, région hautement stratégique où transitent à travers le détroit d'Ormuz près de 40 % de pétrole,  l'armada américaine est puissamment présente. Les classes dominantes des pays impérialistes, grands et petits, mettent ainsi en permanence le monde en état de guerre larvée et montent les peuples les uns contre les autres.


Dans l'avion de Nicolas Sarkozy, il y avait non seulement le ministre de la Défense, Hervé Morin, et trois autres ministres mais surtout toute une kyrielle de patrons dont l'avionneur Charles Edelstenne patron de Dassault Aviation : l'État au service d'une bourgeoisie avide de profit quelque soit le moyen y compris le plus abject, la guerre. Des milliards d'euros sont à portée de main comme l'Iran est à portée de Rafale. Dassault espère vendre justement 60 Rafales aux Émirats pour un montant de 6 à 8 milliards d'euros(1). Cette base dirigée essentiellement contre l'Iran, peut également servir de vitrine commerciale à d'autres engins de mort. Les affaires commerciales et les affaires militaires entremêlées conduites par le chef de l'État lui-même viennent assouvir cette insatiable soif de profit de la classe dominante. La bourgeoisie, poussée par ses propres intérêts de classe, engage ainsi toutes les autres classes dans un éventuel conflit criminel : «Si l'Iran attaquait, effectivement, nous serions attaqués aussi» (2). Tout est dans le «nous».Or ce ne sont pas les enfants de cette classe qui reviendront dans des cercueils recouverts du drapeau tricolore, mais bel et bien ceux des classes populaires. La bourgeoisie encaisse les milliards d'euros aujourd'hui, laissant aux familles défavorisées, si par malheur la guerre éclatait, le soin de compter demain ses morts. «On croit mourir pour la patrie et on meurt pour des industriels» disait Anatole France. Mourir à la fleur de l'âge à Abou Dhabi pour enrichir Dassault et d'autres marchands d'armes, voilà, pour les enfants de ces familles, une terrible perspective qui risque, malheureusement, de se réaliser. L'exemple afghan est là pour le rappeler. D'autant plus que les Émirats arabes unis (EAU) se trouvent dans une région que l'on ne peut qualifier de paisible. Israël n'est pas loin, et sa détermination à vouloir détruire les installations nucléaires iraniennes est connue du monde entier. Cette destruction est devenue l'obsession des dirigeants israéliens qui veulent garder, coûte que coûte, leur monopole nucléaire dans la région : «Nous tenons à souligner que le plus gros problème au Moyen-Orient actuellement, c'est l'Iran» déclarait Avgdor Lieberman le ministre extrémiste des affaires étrangères israélien(3). Israël possède déjà une certaine expérience dans ce domaine. En 1981, il a détruit totalement le site d'Osirak qui regroupait l'essentiel des installations nucléaires irakiennes. De leur côté, les iraniens,eux aussi, sont déterminés à mener jusqu'à son terme,vaille que vaille, leur programme nucléaire. Que vient faire Sarkozy avec sa base militaire entre ces deux États au bord de la guerre? Sarkozy est un ami de l'État d'Israël. C'est ce qu'il a affirmé dans un discours à la Knesset le 23 juin 2008: «Il y a entre Israël et la France une amitié profonde qui a résisté depuis 60 ans à toutes les turbulences de l’Histoire (…) je suis venu la renouveler, la renouveler solennellement au nom du peuple français» (4) rien que cela ! Et en même temps, il affiche clairement et fermement son hostilité pour l'Iran et pour son programme nucléaire « le programme nucléaire militaire de l’Iran appelle une réaction d’une extrême fermeté de toute la communauté internationale. Israël doit savoir qu’Israël n’est pas seul ! La France est déterminée à poursuivre avec ses partenaires une politique alliant des sanctions de plus en plus dures»(4). Sarkozy voudrait-il engager la France comme force supplétive des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran ? Voudrait-il entraîner la France dans un conflit qui n'est pas le sien et dont les conséquences seraient tragiques pour tous les peuples de la région? Ce qui est sûr, c'est que Sarkozy engage toute la France pour satisfaire les intérêts de la classe qui l'a porté au pouvoir et pour laquelle il sacrifie toute son énergie. Précisons que Dassault Aviation traverse une période difficile. L'avionneur va mettre 2000 personnes au chômage partiel en France et licencier quelques centaines de salariés aux États-Unis. Dassault Aviation n'a jamais réussi à exporter son avion de combat Rafale. «Un contrat sur le Rafale résoudrait une grande partie des problèmes»(5). Abou Dhabi sera peut-être le premier client de Rafale. Le salut de Dassault viendra peut-être des émires du pétrole mais surtout des tensions qui règnent dans la région. On comprend dans ces conditions pourquoi Sarkozy déploie autant d'efforts pour convaincre les dirigeants des EAU à acheter Rafale. Mais Sarkozy a défendu également à Abou Dhabi les intérêts d 'autres entreprises françaises comme Areva, Total, EDF etc. Il est le serviteur des industriels français. C'est un gouvernement de classe au service d'une seule classe, la bourgeoisie.


D'une manière générale, les tensions, les conflits et les guerres servent les intérêts de cette classe. Son système, le capitalisme, n'est nullement incompatible avec ce terrible fléau qu'est la guerre; bien au contraire. Elle lui permet, entre autres, de dépasser ses contradictions, de relancer l'économie surtout lorsque les autres moyens «plus classiques» s'amenuisent. Étrange système pour qui la paix constitue un problème et la guerre une solution. Dans le système capitaliste, le profit a pris toute la place, et pour le réaliser il ne recule devant aucun moyen même le plus hideux.

«Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage» disait Jaurès qui a combattu de toutes ses forces la guerre et l'impérialisme français avant d'être assassiné en 1914.




Mohamed Belaali


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(1) http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-05-25/vente-du-rafale-dassault-les-negociations-avec-les-emirats-se-poursuivent/924/0/346296

(2) http://www.ouest-france.fr/actu/economieDet_-Sarkozy-vendra-t-il-des-Rafale-aux-emirats-_3634-943852_actu.Htm

(3) http://www.lefigaro.fr/international/2009/05/05/01003-20090505ARTFIG00015-israel-lance-une-offensive-diplomatique-contre-l-iran-.php

(4) http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/israel-territoires-palestiniens_413/france-israel_1160/visites_8647/discours-prononce-par-m.-nicolas-sarkozy-devant-knesset-23-juin-2008_63849.html

(5) http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/dassault-aviation-annonce-chomage-partiel-en-france-et-licenciements-aux-usa-11-05-2009-509077.php

 

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 17:12

 

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Les pays capitalistes se déchaînent en ce moment contre l'Iran. Les États-Unis et l'Europe essentiellement, c'est-à-dire des pays impérialistes, mènent une intense propagande contre la République Islamique d'Iran. Les résultats des élections ne sont qu'un grossier prétexte. Le monde entier et notamment les peuples opprimés savent que ces pays ont soutenu des dictateurs et des dictatures les plus féroces. Commençons par l'Amérique latine : Artur da Costa e Silva au Brésil, Augusto Pinochet au Chili, Juan Carlos Onganía et Videla en Argentine, le régime somoziste au Nicaragua, Maximiliano Hernández Martínez au Salvador, le régime de Fulgencio Batista à Cuba, de Marcos Pérez Jiménez au Venezuela, de Banzer en Bolivie etc. En Asie on peut trouver Soeharto en l'Indonésie, Marcos aux Philippines, Musharraf au Pakistan. En Afrique on peut citer, entre autres, Hosni Moubarak en Egypte, Gnassingbé Eyadéma au Togo, Idriss Déby au Tchad, Denis Sassou N’Guesso au Congo, Paul Biya au Cameroun sans oublier le fidèle serviteur de l'impérialisme français Omar Bongo. Ce dernier résume à lui seul le comportement de l'impérialisme français en Afrique. Le 16 juin 2009 aux obsèques de ce dictateur, qui a ruiné son pays et son peuple, Nicolas Sarkozy l'actuel président de la République et l'ancien président Jacques Chirac ont été hués par la population gabonaise. Car elle sait que la politique de ces deux hommes et celle de tous les présidents français depuis qu'Omar Bongo est au pouvoir et même avant sont largement sources de sa misère alors que le pays regorge de richesses: «La France est ingrate. Bois, pétrole, manganèse, on vous a tout donné» scandaient les gabonais ou encore «On ne veut plus de vous, partez!». Les grands médias français, s'ils ont évoqué cette visite, ont été très discrets sur l'hostilité de la population à l'égard de Sarkozy et de Chirac, car ils préfèrent parler des élections iraniennes.

Sarkozy et Chirac ne représentaient pas la France à l'enterrement du dictateur, mais la bourgeoisie française. Le journal Le Monde du 16 juin 2009 décrivait ainsi l'hommage rendu par les patrons français à Omar Bongo : «des centaines de couronnes mortuaires sont empilées sous des tentes face à l'océan. Axa, Bolloré ou Air France y adressent leurs condoléances et leurs «regrets éternels». L'une d'elles a été déposée par l'ancien patron d'Elf, Loïk Le Floch-Prigent en personne au nom de sa société pétrolière Pilatus Group».

«L'ampleur de la fraude est proportionnelle à la violence de la réaction» déclarait Sarkozy du palais présidentiel devant le cercueil de son ami dictateur, Omar Bongo, en parlant des élections iraniennes. On peut être à la fois démocrate et ami des dictateurs !

Toutes ces dictatures ont été installées avec l'aide des États-Unis, de la France, de la Grande Bretagne (en se rendant complice des coups d'État ou en validant des élections truquées). Ils leur apportent un soutien économique, financier et militaire décisif sans lequel ces régimes ne peuvent survivre. Ils se taisent également sur les exactions et les violations des droits de l'homme commises par ces dictateurs contre leur propre population.

Donc ce n'est ni la démocratie, ni la régularité des élections, ni les droits de l'homme qui motivent aujourd'hui cette hystérique propagande contre l'Iran, mais bel et bien son programme nucléaire.

Il y a trop de pétrole dans cette région ! Il faut que ces puissances impérialistes puissent accéder sans trop de contraintes ni d'entraves à cette richesse indispensable à leur économie et, partant, aux profits de leurs bourgeoisies. La création de l'État d'Israël dans cette région du monde répond d'abord à cette impérieuse nécessité. Ce n'est pas un hasard si cet État est la seule puissance nucléaire et dont les grands médias n'en parlent (du nucléaire israélien) pour ainsi dire jamais. Il joue le rôle du gendarme dans cette région tourmentée. Aucun autre pays du Moyen Orient ne peut développer un programme nucléaire sans qu'Israël et les pays impérialistes, grands et petits, ne réagissent très violemment. Ainsi en 1981 Israël, qui redoutait que l'Irak ne se dote de l'arme nucléaire, a totalement détruit le réacteur Osirak. Aujourd'hui, il est insupportable pour Israël que l'Iran deviennent à son tour une puissance nucléaire. Il veut garder, vaille que vaille, le monopole sur cette terrible arme conformément aux seuls intérêts des bourgeoisies des pays impérialistes. Détruire les installations nucléaires iraniennes est devenu l'obsession des dirigeants israéliens. Benyamin Netanyahou en fait même la mission de sa vie(1).


Pendant que cette hystérique propagande contre l'Iran se poursuit inlassablement, la bourgeoisie des pays impérialistes, qui possède l'essentiel des grands médias, continue à jeter par milliers des familles d'ouvriers dans le chômage et la misère. Des «plans sociaux» succèdent à d'autres «plans sociaux». Pire, elle demande même aux salariés de travailler gratuitement(voir le cas de British Airways) ou d'être partiellement payés! Parler de l'Iran permet aussi de détourner la population des vrais combats à mener et au gouvernement de faire passer, sans trop de résistance, des «réformes» douloureuses pour l'immense majorité de la population.


Les iraniens sont capables, comme les autres peuples, de régler eux-mêmes leurs problèmes. Ils n'ont surtout pas besoin des pays impérialistes dont toute l'histoire est chargée de conquêtes coloniales, de crimes et d'asservissement des peuples.


Mohamed Belaali



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(1) http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2749



 



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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 19:02

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Les événements qui se déroulent sous nos yeux en Grèce et leurs conséquences

économiques politiques et sociales sont d'une grande importance. Il s'agit d'un conflit de classes exemplaire. Que voyons-nous ? Face au capital et ses patrons, ses banquiers, ses spéculateurs, ses agences de notation, ses marchés financiers, ses institutions financières comme le FMI de Dominique Strauss-kahn, la Commission européenne, la BCE, les dirigeants des États de l'Union, les parlementaires etc. etc., se dresse courageusement le peuple grec notamment les travailleurs. Il s'agit d'un combat inégal entre le capital et le travail. D'un côté des parasites en tout genre qui, comme des vautours, dévorent encore ce qui reste de leur proie grecque, de l'autre des hommes et des femmes qui luttent pour leur emploi, leur salaire, leur retraite, leur école, leur hôpital...


Les marchés financiers profitant de la situation, stimulés par les agences de notation, exigent pour leurs éventuels prêts à la Grèce des taux d'intérêt exorbitants. Les milliards apportés par les États européens et le FMI ont été empruntés sur les marchés à 1,4 ou 1,5 % et prêtés à la Grèce à 5 % ! «En aidant la Grèce, on s’aide nous-mêmes. Les 6 milliards d’euros prêtés à la Grèce par la France on ne les a pas trouvés dans les caisses de l’Etat. On les emprunte à un taux d’environ 1,4 ou 1,5% et on les prête aux Grecs à environ 5%. Donc nous ferons un gain là-dessus. C’est bon pour le pays, c’est bon pour la Grèce, c’est surtout bon pour la zone euro. Il faut rassurer les marchés» déclarait M.Eric Woerth, ministre français des affaires sociales (1) ; c'est la notion capitaliste de l'aide! Marchés financiers, gouvernements européens, FMI , tels des vampires pompent ainsi généreusement la richesse du peuple grec.


La crise grecque montre également et d'une manière éclatante la faillite de toute la construction européenne. Ses institutions se sont révélées incapables de réagir et d'apporter la moindre solution à un pays pourtant membre de l'Union. La BCE, la Commission européenne, le Conseil européen, l'Eurogroupe et le Parlement européen sont comme tétanisés, paralysés face à la situation grecque. Le plan de stabilisation de 750 milliards d'euros adopté le 9 mai 2010, peut calmer à court terme l'appétit des marchés financiers, mais les problèmes de fond demeurent sans réponse. En revanche elles sont très promptes et actives pour imposer au peuple grec les différents plans dits d'austérité qui, eux, s'inscrivent dans la durée. Elles exécutent ainsi servilement les ordres des spéculateurs parasites et des requins de la finance internationale. Faut-il rappeler qu'en dehors du Parlement européen, aucune institution ne possède la légitimité démocratique. Dans ces conditions, elles ne peuvent agir que sous le contrôle et les exigences des marchés financiers. Jean-Claude Junker président de l'Eurogroupe n'a-t-il pas déclaré d'ailleurs que «Si les marchés mettent en cause la crédibilité de la démarche grecque, des mesures additionnelles devront être prises. La zone euro n'interviendra que lorsque cela aura été fait » ? C'est exactement ce qui s'est passé: après le premier plan d'austérité, les marchés financiers et les agences de notation avec la complicité des États de l'Union ont estimé que ce premier plan n'était pas suffisant pour mettre la Grèce à l'abri d'un défaut de paiement. Le 6 mai 2010, le parlement grec vota un deuxième plan détruisant un peu plus ce qui reste encore des services publics et poussant les travailleurs grecs à la misère. «Nous pouvons garantir que le pays ne fera pas faillite» a lancé le ministre des Finances, Georges Papaconstantinou. Signalons au passage que ce plan, «d'une sévérité inédite»(3) selon la presse bourgeoise elle-même, a été voté grâce aux voix des socialistes du Pasok et de... l'extrême droite !


Pendant que les parlementaires discutaient de la manière la plus efficace pour étrangler les travailleurs grecs afin de satisfaire les marchés financiers, l'Union Européenne, le FMI etc. des dizaines de milliers de manifestants scandaient «FMI et UE nous volent un siècle d'acquis sociaux», ou encore «Non à la destruction des droits des travailleurs», «La crise ce sont les dirigeants qui doivent la payer : les voleurs, les spéculateurs» etc.


Entre les deux plans, les taux d'intérêt des obligations d'État grec à dix ans se sont envolés. Ils ont atteint des niveaux historiques à 12,506 % le 7 mai 2010 alors qu'ils ne sont qu' à 2,727 % en Allemagne et de 3,030 % en France (4). A quand le troisième plan ? L' enrichissement de quelques uns n'a d'égal que la souffrance du plus grand nombre. Vive l'Union Européenne !


Les bourgeoisies européennes sont donc déterminées à exploiter le peuple grec jusqu'à la moelle épinière. Les gouvernements européens de droite ou socio-démocrates, au solde de ces classes dominantes, ne reculeront devant rien pour briser la résistance des travailleurs grecs. Ils n'hésiteront pas à utiliser tout leur appareil répressif pour imposer leur volonté et garder leurs privilèges. Aujourd'hui c'est le peuple hellénique qui paie très cher les conséquences de la crise du capitalisme dont seule la bourgeoisie est responsable. Demain, sera peut-être le tour des travailleurs espagnols, portugais, irlandais, italiens, français etc. Le capital ne connait pas de frontières. Dans sa logique et ses lois, il ne connait que le profit. Nicolas Sarkozy, par la voix de son premier ministre François Fillon, prépare déjà les travailleurs à supporter les conséquences des «réformes» qu'il comptait imposer avec ou sans les marchés financiers. Le gouvernement français peut même utiliser la situation grecque pour accélérer sa politique de destruction des acquis sociaux afin que la richesse reste concentrée entre les mains d' une minorité de la population.


La classe ouvrière européenne n'a pas d'autres choix que de se préparer au combat que lui impose le capital si elle ne veut pas que sa situation, déjà dégradée, ne s'aggrave encore davantage. Mais ce combat ne peut être gagné que dans l'unité de l'ensemble des travailleurs européens. L'union de tous les prolétaires d'Europe est donc une nécessité vitale.


Mohamed Belaali



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  1. http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-05-03-Aider-la-Grece

     

  1. http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/02/juncker-on-ne-laissera-pas-tomber-la-gr%C3%A8ce.html

     

  2. http://www.lexpress.fr/actualites/1/grece-manifestations-emaillees-d-incidents-apres-l-adoption-du-plan-d-austerite_890146.html?actu%20=%201

     

  3. http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20100507trib000506846/grand-ecart-historique-pour-les-taux-d-interet-en-zone-euro-.html

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 11:21

 

«Dans tous ces écrits, je ne me qualifie jamais de social-démocrate, mais de communiste. Pour Marx, comme pour moi, il est absolument impossible d'employer une expression aussi élastique pour désigner notre conception propre»*

F. Engels

 

 

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Didier Migaud et Michel Charasse ont été nommés par Sarkozy, l'un premier président de la Cour des comptes, l'autre au Conseil constitutionnel. L'un est député socialiste, l'autre est un ancien ministre et ami de Mitterrand. Mais Sarkozy a recruté également Michel Rocard pour effectuer plusieurs missions, entre autres, pour réfléchir au grand emprunt national et servir d'ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. Jack Lang, lui, a été envoyé à Cuba comme émissaire spécial du président et en Corée du Nord pour «mission d'information». Eric Besson, qui a quitté Ségolène Royal et le PS juste après les résultats du premier tour des présidentielles de 2007, est nommé d'abord Secrétaire d'État avant de devenir Ministre de l'immigration. Martin Hirsch était confortablement installé dans son fauteuil de Haut Commissaire aux Solidarités Actives et à la Jeunesse avant de quitter le gouvernement le 22 mars 2010. Jean-Marie Bockel occupe le poste de secrétaire d'État auprès de la ministre de la Justice et des libertés. Bernard Kouchner, ministre des gouvernements socialistes de Michel Rocard à Lionel Jospin, travaille aujourd'hui pour Sarkozy en tant que ministre des Affaires étrangères et européennes. Le cas de Dominique Strauss-kahn est plus délicat et moins flagrant. Sarkozy n'avait, si l'on peut dire, que soutenu activement sa candidature à la présidence du Fonds Monétaire International( FMI). Il ne s'agit là que de la personnification d'une collaboration de classes d'un courant politique ancien, celui de la social-démocratie.

 

Ces hommes qui se déclarent toujours de «gauche» occupent des postes de ministres, de secrétaires d'État, de présidents ou membres d'institutions importantes pour aider Sarkozy à appliquer une politique entièrement au service des classes dominantes.

Répudier et renier ses propres principes politiques est devenu une habitude chez les socio-démocrates. Et ce renoncement se fait naturellement sans état d'âme et sans scrupule. Il est difficile de distinguer sérieusement aujourd'hui un dirigeant social-démocrate d'un dirigeant de droite, tellement leurs idées et leurs pratiques politiques se confondent. Privatisations, destruction des services publics, précarisation et «flexibilisation» de l'emploi, baisse des charges pour les entreprises, cadeaux fiscaux accordés aux plus riches, réduction des dépenses publiques, mépris des couches populaires et soumission au patronat sont quelques aspects de leur gestion commune du libéralisme. Leur vénération du marché et du profit les rend insensibles et indifférents aux injustices, aux inégalités et à l'irrationalité du capitalisme qui produit en même temps richesses pour une minorité et misère pour la majorité de la population. La guerre reste pour eux , comme pour la bourgeoisie, l'un des moyens qu'ils utilisent au niveau international pour régler les conflits.


Les socio-démocrates ont depuis longtemps renoncé à vouloir changer le monde. Ils se sentent plus à l'aise, tellement le mot révolution leur fait peur, dans la gestion de la brutalité et de la barbarie du capitalisme qu'ils considèrent comme un système naturel et donc inéluctable.

Déjà en 1891, après la chute de Bismarck, les socio-démocrates allemands ont abandonné leur programme révolutionnaire contre un programme de réformes démocratiques. Depuis, les socio-démocrates au pouvoir en Europe, avec des différences de degré et non d'essence, n'ont cessé de mener des politiques de collaboration de classes.

En 1914 ils ont voté, au Reichstag, les crédits de la guerre impérialiste avec ces termes : «Nous n’abandonnerons pas la patrie à l’heure du danger». Avec ce vote, les dirigeants socio-démocrates allemands ont contribué à déclencher l'une des plus meurtrières guerre de l'histoire : 9 millions de morts! La Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO) se rallie, elle aussi, à l'effort de guerre et à «l'Union sacrée» juste après l'assassinat de Jean Jaurès en juillet 1914! Socio-démocrates et classes dominantes sont ainsi unis pour mener ensemble cette terrible guerre.

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, figures emblématiques de la classe ouvrière allemande, sont assassinés en 1919 sur ordre de la social-démocratie.

Ces évolutions ont brisé l'unité du mouvement socialiste. En France, le congrès de Tours de 1920 a consacré la rupture entre les révolutionnaires et les réformateurs (socio-démocrates) qui ont gardé le nom de la SFIO jusqu'à la fin des années soixante avec la création du parti socialiste. Et on va taire par pudeur les positions honteuses de la social-démocratie concernant la colonisation.


Aujourd'hui, cette collaboration de classe est encore plus flagrante; elle est même revendiquée et assumée: «Les différences entre la droite et la gauche sont obsolètes» disait T. Blair (1). La «troisième voie» n'a t-elle pas été présentée justement comme le dépassement de la gauche et de la droite?

Subjugués par le marché et la mondialisation capitaliste, les socio-démocrates anglais vont jusqu'à emprunter à M Thatcher ses convictions politiques et économiques. Le Labour party est devenu le New Labour pour mieux marquer leur adhésion au néolibéralisme. Cette thatcherisation du parti travailliste a été facilitée, entre autres, par la défaite des mineurs anglais qui avaient mené un combat héroïque contre Thatcher et l'État britannique en déclenchant l'une des plus dures et des plus longues grèves (1984/1985) de l'histoire de la classe ouvrière anglaise. Les lois conservatrices anti-syndicales n'ont pas été remises en cause par Blair lorsqu'il est arrivé au pouvoir en 1997. L'Employment Act de 2002 ne cherchait, au contraire, qu'à étouffer les revendications des salariés et développer le partenariat (partnership) c'est-à-dire la paix sociale entre travailleurs et patrons.

La politique étrangère menée par la social-démocratie anglaise et son avatar la troisième voie, est surtout marquée par l'alignement inconditionnel sur les États-Unis. La guerre en Irak, qui a fait près de deux millions de morts, est un exemple éloquent de cette coopération étroite entre les républicains américains et les socio-démocrates anglais. Blair n'était-il pas d'ailleurs le meilleur soutien de Bush dans cette boucherie irakienne?

L'autre allié de T. Blair n'est que le social-démocrate allemand Gerhard Schröder. La collaboration de classes passe cette fois non pas par la troisième voie, mais par «le nouveau centre»!

De 1998 à 2005, Schröder a mené des politiques économiques et sociales en faveur du patronat que même le gouvernement Kohl ne pouvait réaliser. Le marché du travail a été flexibilisé et précarisé par les réformes de l'Agenda 2010 et les lois Hartz (2003/2005). Les indemnités chômage ne sont versées que sur 12 mois seulement au lieu de 32 auparavant. Les chômeurs de longue durée, qui sont tenus d'accepter n'importe quelle offre d'emploi, ne reçoivent qu'une allocation minimale de 350 euros mensuel. Les pensions de retraite ont été diminuées etc. Schröder a ainsi précarisé et paupérisé l'ouvrier allemand. Par contre, il a fortement baissé les impôts pour les plus riches. Ainsi le taux marginal d'imposition est passé de 53 à 42 %.

En 2005, la collaboration de classe s'est concrétisée par la formation de la «grande coalition» formée du SPD et de l’Union chrétienne-démocrate CDU-CSU. Là encore, il est difficile de distinguer le SPD des partis bourgeois avec lesquels il gouverne. Il est devenu au fil du temps, par sa politique antisociale, un instrument efficace au service de la bourgeoisie allemande.

Le SPD, comme les Verts d'ailleurs, a engagé la Bundeswehr (l'armée allemande) dans la guerre au Kosovo et en Afghanistan. C'est cette même armée qui est responsable du massacre de Kunduz en 2009 qui a coûté la vie à 142 personnes dont de nombreux civils.

En France, le Parti socialiste (PS) ne fait pas exception à cette complicité de classes chère aux socio-démocrates européens. Si des politiques en faveur des classes dominantes ont été menées dès 1983, c'est surtout le gouvernement Jospin (1997-2002) qui s'est le plus éloigné des classes populaires. Jospin ne disait-il pas lui-même «mon programme n’est pas socialiste»? Son gouvernement s'est illustré effectivement par un nombre impressionnant de privatisations et d'ouvertures de capital d'entreprises publiques : France Télécom, Air France, EADS, Crédit lyonnais, Thomson Multimédia, GAN, CIC, Crédit Foncier de France (CFF), Caisse nationale de prévoyance (CNP) etc. etc. En terme de recettes liées à ces privatisations, Jospin a fait mieux que ses deux prédécesseurs de droite Juppé et Balladur réunis! Les conséquences de cette vente massive au privé sont désastreuses pour les salariés et les citoyens usagers des services publics : suppressions de postes par milliers, restructuration et dégradation de la qualité du service rendu. Le «new management», introduit dans ces entreprises privatisées notamment à France Télécom, a poussé nombre de salariés au suicide.

Dominique Strauss Kahn et Laurent Fabius, deux ministres du gouvernement Jospin, ont adopté des mesures fiscales très avantageuses en faveur des stocks options. Laurent Fabius a également mené une politique fiscale très favorable pour les entreprises et les classes aisées. Par contre lorsqu'il s'agit des intérêts des ouvriers, le gouvernement Jospin semble indifférent. Son dynamisme et son volontarisme à servir le patronat n'a d'égal que son impuissance à défendre les ouvriers :«l'État ne peut pas tout» déclarait Jospin lorsque Michelin avait annoncé le licenciement de 7500 salariés!

Sarkozy prépare en ce moment un plan pour venir à bout de ce qui reste encore du régime de retraite par répartition. Pour lui faciliter la tâche, François Hollande expliquait le 28 mars 2010 «qu'il faut sans doute allonger la durée des cotisations». Martine Aubry disait-elle autre chose lorsqu'elle a déclaré, avant de se rétracter, «je pense qu'on doit aller, qu'on va aller très certainement, vers 61 ou 62 ans» ?

Cette collaboration interne de classe, se prolonge également sur le plan externe. La guerre impérialiste en Yougoslavie était menée, main dans la main, par Chirac et Jospin derrière l'OTAN.

Dans un communiqué conjoint du 24 mars 1999, on apprend que «le président de la République, en accord avec le gouvernement, a décidé la participation des forces françaises aux actions militaires, devenues inévitables, qui vont être engagées dans le cadre de l’Alliance atlantique»(2). Le 23 mars c'est à dire le jour même où les attaques aériennes contre la Yougoslavie furent décidées, Jospin déclarait à l' Assemblée nationale «la France est déterminée à prendre toute sa part à l’action militaire devenue inévitable». Même détermination, même collaboration de classe et même soumission à l'impérialisme américain!

«Les armes vont parler» disait François Mitterrand pour annoncer la première guerre du Golfe en 1991. Lorsqu'il s'agit de défendre ses intérêts, la bourgeoisie ne recule devant aucun moyen y compris le plus abject, la guerre. Et elle n'éprouve aucune difficulté à entraîner dans son sillage la social-démocratie.

Au sud de l'Europe, les socio-démocrates se distinguent, eux, par un zèle particulier à servir les classes dominantes. Ainsi le Pasok (parti socialiste grec) et le Parti socialiste portugais, tous les deux au pouvoir, ont décidé avec la complicité de leurs parlements et contre leurs populations, des plans d'austérité dirigés contre les classes populaires : gèle des salaires et des retraites, hausse de la TVA payée essentiellement par les pauvres, privatisations massives (au Portugal), suppressions ou réductions de certains acquis sociaux, réductions des dépenses publiques etc.(3). Au moment où le capitalisme connaît une crise profonde, ces partis socialistes au pouvoir tentent par tous les moyens de le sauver! Étrange socialisme que celui de la social-démocratie!

En Espagne l'âge de départ à la retraite a été repoussé. José Luis Zapatero, socialiste lui aussi, a condamné ainsi les salariés espagnols à travailler jusqu'à l'âge de 67 ans! Le premier ministre espagnol a également apporté son soutien(avec d'autres socialistes européens) à la candidature de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne. Non seulement l'ancien premier ministre portugais est à la tête de l'une des institutions les plus libérales, qui a détruit tout ce que des générations entières ont construit comme progrès social en Europe, mais il est aussi l'organisateur du sommet (aux Açores portugaises avecGeorge W. Bush, Tony Blair et José Maria Aznar), où fut décidée la guerre en Irak.

Aujourd'hui, plus qu'hier encore, la social-démocratie est très éloignée des intérêts des classes populaires. Au pouvoir, elle déploie un zèle singulier pour servir les riches et les puissants. S'il lui arrive de jeter quelques miettes aux dominés, c'est pour mieux cacher sa vraie nature et se présenter comme une alternative aux représentants des dominants. Elle a une lourde responsabilité dans l'étouffement des mouvements sociaux et elle est toujours prompte à participer aux guerres impérialistes. En un mot, elle est, à l'intérieur comme à l'extérieur, au service de la classe dominante. Il est peut-être temps de songer à construire une alternative en dehors de ce courant politique qui constitue un véritable obstacle au changement et au dépassement du capitalisme.


Mohamed Belaali



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* F. Engels, préface à la brochure du Volksstaat de 1871-1875. Marx, Engels «La social-démocratie allemande». 10/18, 1975, page 7.


(1) Cité par Philippe Marlière :http://www.cahiersdusocialisme.org/2009/07/04/la-social-democratie-demasquee-la-voie-blairiste/


(2) Communiqué des autorités françaises, le 24 mars 1999, Documents d’actualité internationale, 1999, no 9, p 342 http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/FD001153.pdf


(3) http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/03/03/cure-d-austerite-pour-la-grece_1313689_3214.html. Pour le Portugal voir Le Monde du 27 mars 2010










 

 

 

 

 

 

 

 

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 11:38

 

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Cinq mois après l'horreur des massacres de décembre /janvier derniers, le peuple de gaza dignement et dans la solitude presque totale continue à panser ses profondes blessures. Malgré la douleur et la souffrance liées à la disparition des êtres chers, malgré les privations, les restrictions, les humiliations et les sanctions collectives, l'attachement instinctif à la vie des hommes, des femmes et des enfants de Gaza est plus fort que la machine de mort d'Israël. Cette folle envie de vivre des palestiniens, vaille que vaille, à Gaza assiégée et qui manque de tout n'a d'égale que la farouche volonté d'Israël de les exterminer. Car le Grand Israël (Eretz Israel Hashlema ) ne peut être construit justement que sur les cadavres palestiniens. Cette dialectique de la vie et de la mort déroute Israël et son armée. Il s'agit là peut-être d'une nouvelle forme de résistance palestinienne : vivre pour résister et résister pour vivre.

 

Prise au piège de sa propre logique d'extermination, la société israélienne, élevée depuis 1948 dans la haine du palestinien, non seulement produit des fanatiques en tout genre comme par exemple Yigal Amir l'assassin de Rabin, mais choisit, pour la diriger, des hommes et des femmes qu'elle juge capables d'aller jusqu'au bout de leur mission : Benyamin Netanyahou (Le Likoud), Avigdor Lieberman (Israël Beitenou), Elie Yishaï (Shass), Daniel Herschkowitz (Foyer juif), M.Yaakov Litzman (Judaïsme Unifié de la Torah) etc.(1). Tous ces hommes sont issus de formations politiques de droite et d'ultra-droite. Mais ces qualificatifs ne sont pas assez forts : Un homme comme Ehoud Barak «socialiste» ou Tzipi Livni «centriste» (comme François Bayrou!), ont mené ostensiblement et froidement l'un des massacres le plus horrible de ce début du XXIème siècle. Que dire alors d'un homme comme Lieberman sans parler des fanatiques Daniel Herschkowitz ouYaakov Litzman ?

Un gouvernement de cette nature n'a apparemment pas choqué la bonne conscience des dirigeants américains, européens et arabes. A. Lieberman comme les autres membres de ce gouvernement d'ailleurs ont été et seront reçus dans ces pays. Car les intégristes, les fanatiques et autres extrémistes infréquentables sont évidemment toujours du côté palestinien et d'une manière générale du côté musulman! Pourtant tel qu'il est constitué, le gouvernement israélien représente bel et bien un véritable danger pour la paix dans la région et dans le monde.

Mais Israël nous a habitués à ce genre de dirigeants dont l'unique objectif est la réalisation du Grand Israël et la négation des palestiniens : Ben Gourion, Moshe Dayan, Itzhak shamir, Menahem Begin, Ariel Sharon, Ehud Olmert, Ehud Barak et bien d'autres encore. Anéantir toute entité et toute identité palestinienne reste la singularité la plus profonde de ces hommes. Leur «carrière» dans ce domaine est bien remplie. Leurs noms sont intimement liés à des lieux, aujourd'hui connus de tout le monde: Deir Yassine, Kafr Qassem, Sabra et Chatila, Jenine et Gaza pour ne citer que ceux là.

D'autres dirigeants viendront allonger cette liste macabre déjà trop longue. Avigdor Lieberman ne reprochait-il pas à Barak et à Livni «le travail inachevé» par l'armée israélienne à Gaza ? Il propose non seulement de «transférer» les palestiniens, mais surtout de «continuer à combattre le Hamas comme les Etats-Unis ont combattu les Japonais durant la Seconde guerre mondiale" en faisant clairement allusion à l'utilisation de la bombe atomique(2). L'accession de cet homme au pouvoir ne fait que refléter le vrai visage et la vraie nature d'Israël.

Combien de temps les dirigeants occidentaux et leurs médias continueront-ils à soutenir de tels gouvernements extrémistes ?

 

Etrange Etat où l'existence d'un peuple, le peuple israélien, doit passer nécessairement par la négation de l'autre peuple, le peuple palestinien. Le modèle d'extermination qui fonde cet Etat, structure l'ensemble des rapports de la société israélienne. Une société fermée, raciste, sans opposition ou presque, qui s'habitue de plus en plus aux souffrances qu'elle inflige tous les jours aux palestiniens, qui devient insensible à leurs malheurs, sourde à leurs cris de douleurs et aveugle à leur présence.

Elle s'entoure d'un immense mur qui, à certains endroits, atteint neuf mètres de hauteur avec des miradors armés, des tranchées, des clôtures électriques et qui lui permet en même temps d'annexer un peu plus de terres et d'isoler davantage les populations palestiniennes les unes des autres. Contre ce mur, personne ne viendra se lamenter sur les malheurs des palestiniens !

Elle sème un peu partout les checkpoints qui réduisent la mobilité des palestiniens, les empêchent de se rencontrer, de voyager et les obligent à supporter, dans l'humiliation, des files d'attente interminables. Combien de femmes palestiniennes enceintes ont dû accoucher dans ces checkpoints faute de pouvoir arriver à temps à l'hôpital? Se rendre à son travail, à l'école ou tout simplement rendre visite à ses proches devient, dans ces conditions, une insupportable corvée.

Elle multiplie les colonies en arrachant les villageois palestiniens à leur terre au mépris de toutes les lois internationales. A leur place elle installe, dans des maisons confortables, des colons fanatisés qui peuvent admirer de leurs fenêtres des paysages magnifiques sans jamais voir le drame palestinien qui se déroule pourtant sous leur yeux.

A Washington, le 18 mai 2009, Benyamin Netanyahu expliquait fermement à Barack Obama son désir de «poursuivre la politique d'agrandissement des implantations existantes» tuant ainsi toute tentative et tout espoir de paix avec les palestiniens (3). L'ancien porte-parole de la Maison Blanche Joe Lockhart, n'avait-il pas décrit d'ailleurs le premier ministre israélien comme "l'un des personnages les plus odieux qu'il (lui) a été donné de rencontrer, doublé d'un menteur et d'un tricheur"(4).

 

 

Comme la mort doit planer constamment sur eux, les palestiniens s'accrochent de toute leur force à la vie. Chaque instant, chaque moment qui passe est, pour eux, une victoire sur la mort. La résistance à la mort et donc à l'occupant devient dans ces conditions une nécessité vitale.«Ni la faim, ni la mort ne nous feront plier et notre résistance se poursuivra» dit un slogan palestinien . Il ne s'agit là que d'un slogan, mais à bien des égards, il reflète une certaine réalité. Les palestiniens que le sionisme politique ne veut plus voir sont toujours là. Plus de soixante ans d'occupation, de massacres, de nettoyage ethnique, de déportation, d'exode, d'errance à travers le monde; plus de soixante ans que les palestiniens comptent leurs morts dans l'indifférence quasi générale, mais leur volonté à vouloir vivre sur cette terre qu'ils aiment tant et qui les a vu naître et grandir reste totale. Chaque parcelle volée de cette terre palestinienne, chaque enfant, chaque femme, chaque homme tué est gravé dans leur mémoire collective blessée. Les poètes mieux peut-être que quiconque savent traduire cet attachement indéfectible à la terre et à la vie comme l'écrivait le grand poète palestinien Toufik Zayyad :

 

«Je graverai le numéro de chaque parcelle

de notre terre violée

et l’emplacement de notre village et ses limites

et ses maisons qu’ils ont dynamitées

et mes arbres qu’ils ont déracinés

et toutes les fleurs sauvages qu’ils ont arrachées

afin de me souvenir.

Je graverai inlassablement

toutes les saisons de mes douleurs...» (5).

 

 

Mohamed Belaali.

 

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(1) http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo

(2) http://www.japoninfos.com/Gaza-faire-au-Hamas-ce-que-les.html

(3) http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-39326023@7-37,0.html

(4) http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/05/18/a-washington-benyamin-netanyahou-defend-sa-vision-du-dossier-palestinien_1194619_3218.ht

(5) http://www.humanite.fr/1998-05-14_International_Poeme-pour-ne-pas-oublier

 

 

 

 

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 11:43

 

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« La délinquance ne procède que très rarement de la souffrance sociale.(...)   L’idéologie dominante était fondée sur l’idée que la misère engendre naturellement la criminalité qui ne peut donc être traitée que par des mesures sociales. Je dis exactement le contraire : c’est la criminalité qui favorise la misère en aggravant l’exclusion, et la stigmatisation d’une partie de la société française»(1). Ainsi s'exprimait, en grand théoricien, Nicolas Sarkozy le 28 mai juste avant les élections européennes du 7 juin 2009. Et il poursuit «Une vingtaine de quartiers en région parisienne sont particulièrement victimes de la violence des bandes (...)Les agressions dirigées contre les policiers ou les gendarmes ne sont ni plus ni moins qu’un défi lancé à la République». Ce discours plaît non seulement à l'extrême droite, à la droite, mais aussi à une partie de la gauche.

 

En France pour gagner les élections, il faut « taper» sur les plus démunis notamment les enfants et les petits enfants des travailleurs immigrés. Car c'est cette «racaille» là qui est responsable des millions de chômeurs, de la destruction des services publics, de la disparition des libertés individuelles et de tous les malheurs de la France. C'est le mal absolu ! Il faut les pourchasser partout ces voyous des cités populaires et «aucune rue, aucune cave, aucune cage d’escalier ne doit être abandonnée aux voyous. Je souhaite que se multiplient, immédiatement, les opérations “coup de poing” dans les cités» (1). Tous les moyens doivent être mobilisés : les grands médias, les experts en tout genre, tout l'appareil judiciaire, les unités mobiles, la police, la gendarmerie et peut-être aussi l'armée : «Je souhaite une mobilisation complète des forces de l’ordre sur cet impératif majeur» (1). Ce déploiement extraordinaire de la force contraste avec l'impunité et la complicité de ce même gouvernement envers les vrais responsables de la situation de crise dans laquelle se trouve la France aujourd'hui : les dirigeants d'entreprises et la classe au pouvoir. Plus de liberté et de tolérance pour les uns et plus de contrôle et de «tolérance zéro» pour les autres.

Mais la traque ne s'arrête pas là. Elle se poursuit à l'intérieur même de l'école. Préfets, recteurs, procureurs, chefs d'établissement, policiers à la retraite et autres personnes volontaires sont sommés de repérer ces collégiens et lycéens responsables de l'insécurité en France. Entre les trousses, les cahiers et les livres, des révolvers, des bombes et autres explosifs peuvent être dissimulés. Les cartables doivent être fouillés, les portiques de sécurité et la vidéo surveillance installés; car c'est la sécurité de la république qui est en jeu . Il faut rappeler que l'on voulait même détecter la délinquance dès l'âge de 3 ans c'est-à-dire dès la crèche ou la première année de la maternelle en s'appuyant sur le rapport de l' INSERM publié en 2005 (2). Misérable politique !


Voilà donc la tonalité de ce discours. Il s'agit de propos vides politiquement, mais chargés de démagogie et de calculs politiciens. Il s'adresse à une partie de la population imbibée d'idées rétrogrades et xénophobes. Cette frange de la population a été éduquée, élevée et habituée à ce genre de discours. A la veille de chaque élection on lui ressasse inlassablement les mêmes mots et les mêmes images : l'insécurité et l'immigration restent et demeurent le problème le plus grave de la France ! Apeurée, elle se jette dans les bras d'un pouvoir qu'elle croit protecteur notamment en période de crise économique. Ce type de discours démagogique arrive, grâce au matraquage méthodique et systématique des grands médias, à transformer l'insécurité sociale, bien réelle, en insécurité tout court; c'est sa force. Le chômage, la déréglementation et la précarisation de l'emploi, des notions intimement liées au mode de production capitaliste, plongent l'individu dans l'incertitude et l'insécurité économique et sociale. Pour calmer son angoisse, il faut lui présenter, en chaire et en os, les responsables de cette situation. Le travailleur immigré, ses enfants , ses petits enfants etc. sont les parfaits boucs émissaires. On «ne peut accueillir toute la misère du monde» n'est-ce pas? La désignation et la stigmatisation de l'étranger permettent également de créer un semblant de «cohésion nationale» sans cesse mise à mal par la mondialisation libérale.


Le drame, c'est qu'une partie de la gauche adopte la même position et utilise, elle aussi, à quelques nuances près le même discours. Elle est convaincue que le pouvoir est au bout du chemin tracé par la droite voire l'extrême droite. Il suffit donc de le suivre. Car comme le disait Manuel Valls «Une grande partie des idées de gauche se sont épuisées». Alors il faut que les idées de gauche deviennent les idées de droite «Nous pouvons faire un bout de chemin avec la majorité(...)Je pense aux moyens qu'il faut donner à la justice, à la lutte contre la criminalité ou encore au dossier de l’immigration» (Le Figaro, 22 août 2007). Plus récemment, il récidive en s'adressant à Christian Gravel, son directeur de cabinet : «Belle image de la ville d'Evry… Tu me mets quelques blancs, quelques whites, quelques blancos…» ! Encore et toujours l'insécurité et l'immigration. La politique est ainsi réduite à ces deux mots. Valls est non seulement dirigeant du PS, mais maire et député. Misérable politique !

Un autre député-maire André Gerin, lui, veut libérer la femme musulmane en décidant à sa place. Il lui choisira ses vêtements, ce qu'elle doit porter et surtout ce qu'elle ne doit pas porter comme le voile dit islamique ou la Burqa par exemple. Pour lui, la libération de la femme passe par les vêtements ! La marchandisation du corps de la femme par la publicité, l'insupportable inégalité de salaires pour le même diplôme, le même niveau de qualification entre homme et femme, la présence ridicule des femmes au sein du parlement et dans toutes les instances de décision, le chômage, la précarité et le temps partiel subi qui frappent davantage les femmes que les hommes etc. sont des vieilleries d'un autre âge pour lesquelles aucun combat digne de ce nom ne mérite d'être mené. Le véritable problème de la France c'est la Burqa ! A. Gerin, incapable d'affronter la bourgeoisie et le capitalisme qui rabaissent l'être humain ( hommes et femmes) à l'état de marchandise, préfère s'unir avec la droite pour mener un combat d'arrière garde en s'attaquant à la frange de la population la plus fragile, la femme musulmane. Mais les Valls et les Gerin ne sont que quelques arbres qui cachent une véritable forêt dans cette partie de la gauche à la dérive, toujours prête à vendre son âme pour plaire à la classe dominante.


Malheureusement les femmes (musulmanes ou non), les «sauvageons» comme disait Chevènement, ne sont pas les seuls à subir les foudres du pouvoir. Les lycéens, les étudiants et tous les jeunes qui contestent la politique de ce pouvoir omniprésent et omnipotent lui ont déjà payé un lourd tribut.

Face aux revendications légitimes des lycéens, le gouvernement oppose répression et brutalité. Combien d'adolescents et d'adolescentes ont été insultés, giflés, matraqués, gazés, humiliés et brutalisés par les CRS pour avoir tout simplement revendiqué dans la rue un enseignement de qualité ouvert à tous ? Que garderont ces enfants plus tard de cette société qui les méprise tant ?

Les étudiants de leur côté, ont mené un long et admirable combat, comme d'ailleurs leurs camarades grecs, espagnols, italiens etc., contre la transformation de l'université en entreprise et le savoir en vulgaire marchandise. La répression, le mensonge et la stigmatisation de la contestation à travers les grands médias tous entre les mains de la classe au pouvoir, sont utilisés comme moyens pour atteindre ces objectifs. La guerre est menée sans trêve contre toute contestation de cette pitoyable et misérable politique du gouvernement.

Pour empêcher la moindre résistance, pour intimider les citoyens les plus conscients politiquement, on invente de toute pièce des ennemis de l'Etat, auxquels on attribue des qualificatifs parfois surprenants : militants de l'ultra-gauche, terroristes, anarchos autonomes, anarchistes, néosituationnistes et même nihilistes nietzschéo-corézienne ! Pour faire peur à la population, on organise des opérations policières spectaculaires médiatisées à outrance. Ainsi le 11 novembre 2008, policiers et journalistes débarquent à Tarnac. Les premiers procèdent à des interpellations musclées (c'est un euphémisme), les seconds braquent leurs projecteurs et leurs caméras sur...des jeunes corréziens parmi lesquels le désormais célèbre Julien Coupat. Il s'agit pour la police comme pour les grands médias, d'un commando violent qui a saboté des lignes TGV : «Le commando avait fait de ce village en Corrèze son QG .(...) Le groupe a décidé de rentrer en clandestinité et de s’installer en Corrèze. Plus de téléphone, plus d’Internet mais des actions comme celles commises sur les voies ferrées» affirmait sans aucune précaution dès le 11 novembre Audrey Goutard journaliste à France 2 (3). Puisque le dossier est vide, il faut absolument trouver quelque chose qui ressemble à «une preuve».

Le vide sera comblé par... un livre ! Il s'agit de «l'insurrection qui vient». La justice, la police et les grands médias se précipitent alors sur l'ouvrage comme la meute sur sa proie. On verse carrément un livre au dossier de l'instruction ! C'est un fait rarissime qui en dit long sur l'état des libertés aujourd'hui sous le régime de Sarkozy et de la démocratie bourgeoise. Mais l'opuscule est signé par un «comité invisible». Eric Hazan auteur et éditeur (La Fabrique) de livres progressistes, antisioniste courageux fut entendu par la Police Judiciaire le 9 avril 2009 sans vraiment savoir pourquoi puisqu'il n'était pas témoin des faits qu'on lui reproche. Il est juste l'éditeur de «L'insurrection qui vient». Mais le dossier reste désespérément vide. Julien Coupat, le dangereux terroriste, fut libéré le 28 mai 2009 après plus de six mois de détention pour rien. Michèle Alliot-Marie ne sachant comment justifier cette débandade politique , judiciaire et médiatique, déclarait que si Julien Coupat «demeure sous contrôle judiciaire, cela signifie quelque chose» (4). Mais justement que signifie sur le plan du Droit «cela signifie quelque chose»? En fait cela ne signifie absolument rien, si ce n'est l'arbitraire.


Le 22 juin 2009, Sarkozy a réuni à Versailles ses courtisans dans un faste ( au frais du contribuable) digne des monarques des siècles passés, humiliant ainsi un peu plus une république qui ne lui reste de démocratique que les apparences. Là encore le président a parlé, entre autres, de la Burqa. Emu, A Gerin ne pouvait que saluer «l'attitude positive et pondérée» de Sarkozy (5). Le comble pour un communiste !

En cette période de chômage de masse, l' insécurité, l' immigration, le terrorisme, la Burqa, bref des discours et des mots vides, voilà ce que la classe dominante, qui continue à s'enrichir et qui capte l'essentiel des ressources financières de l'Etat, offre à la population comme solution pour la soulager de ses souffrances sociales. Pitoyable politique !


Mohamed Belaali


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(1) http://www.elysee.fr/download/?mode=press&

(2) http://ist.inserm.fr/basisrapports/trouble-conduites.html

(3) http://www.acrimed.org/article3152.html

(4)http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200922/coupat-un-fiasco-selon-la-gauche_212914.html

(5)http://www.lemonde.fr/politique/son/2009/06/23/burqa-andre-gerin-salue-l-attitude-positive-et-ponderee-de-nicolas-sarkozy_1210532_823448.html#xt


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