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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 20:44

 

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Le capitalisme s'enfonce profondément dans la crise. Ses places financières sont désorientées. La panique s'empare de ses institutions. Le profit et la croissance sont en baisse. Le chômage et la misère sont en hausse. La nature est saccagée et l'espèce humaine menacée. Ses experts, ses théoriciens et politiciens ne savent plus à quel saint se vouer.

Économique, sociale, écologique et morale, la crise du capitalisme est totale. Créé par l'homme, ce système est en train de se retourner contre lui comme les puissances maléfiques se retournent contre leurs magiciens. Les hommes et les femmes, qui ont fait et font leur histoire, paraissent, déroutés, désenchantés et dépassés. Ils assistent impuissants à leur lente destruction ainsi que celle de leur environnement. Ils constatent effarés, malgré l'idéologie dominante qui tente de masquer la réalité, les ravages du capitalisme. Mais les hommes qui ont produit ce système sont également capables de se dresser contre lui et le dépasser.

 

«Tous les indicateurs arrivent au même résultat : la crise est beaucoup plus profonde que prévu » titrait le journal Le Monde(1). Parmi ces indicateurs la destruction d'emplois par les entreprises qui licencient à tour de bras demeure la première et la plus angoissante de toutes les préoccupations. Plans de restructuration, plan sociaux, chômage partiel, chômage technique et chômage tout court, cette richesse dans le vocabulaire masque une misère insoutenable pour des millions d'hommes et de femmes. Suicides, dépressions, désespoirs, angoisses et souffrances sont les conséquences directes de cette crise.

Dans ce système, l'individu est réduit à l'état de marchandise qui se vend et s'achète sur le marché du travail. Thomas Hobbes dans son Léviathan disait «la valeur d'un homme, son estimation, est, comme pour toutes les autres choses, son prix, c'est à dire exactement ce qu'on en donne pour l'usage de sa force» (2). On peut ajouter pour l'usage de sa force de travail. Mais celle-ci, la seule qui intéresse le capitaliste, est soumise aux aléas de l'économie. On peut donc s'en passer lorsque son usage devient inutile. On la jette comme on a jeté les salariés de la Camif, de Texas Instrument, de Sanofi, de la Redoute, de Total, de Sony, de Continental, de Rhodia et tous les licenciés de toutes les entreprises et de tous les pays. Le salarié c'est à dire le producteur et tout ce qu'il représente, est ainsi réduit au prix de sa force de travail. Le capitalisme méprise l'homme, le rabaisse à l'état d'article de commerce. Il est nié, il n'a pas de place dans ce système. Seule compte la réalisation maximale du profit. L'homme est ainsi amené, par ce processus de déshumanisation, à servir l'économie dont il n'est finalement qu'un simple rouage.


Un système qui méprise l'homme ne peut respecter la nature.

La course effrénée au profit, le fonctionnement même de ce système sont en profonde contradiction avec la nature. Les problèmes écologiques sont donc inséparables du mode de production capitaliste. Celui-ci est basé sur l'exploitation de l'homme et de la nature : «La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse; la terre et le travailleur» (3).

L'homme évidemment fait partie de la nature tout en se distinguant d'elle. Il la transforme pour satisfaire ses besoins. L'homme par son activité transforme les matières fournies par la nature pour les rendre utiles à son propre usage. Mais dans le système capitaliste, la transformation de la nature n'a pas pour objet la satisfaction des besoins humains par la création des valeurs d'usage (valeur utile), mais la production de marchandises destinées à être échangées entre elles (valeur d'échange) pour réaliser un profit maximum. Il faut préciser que le profit est non seulement la raison d'être de ce système, mais aussi une fin en soi. Le procès de production peut donc se répéter à l'infini. Or les ressources naturelles ou tout du moins une partie d'entre elles sont finies.

Les problèmes écologiques sont intimement liés au mode de production capitaliste.

Ce n'est pas un hasard si les patrons des secteurs, entre autres, de la chimie, de la construction automobile, de l'agroalimentaire, de la pêche industrielle, etc. sont systématiquement et farouchement hostiles à tout accord sur l'environnement mettant en cause, même partiellement, leurs marges bénéficiaires.

Détacher ces problèmes de leur contexte économique, social, et historique est une chimère et par-dessus le marché une absurdité.

Aucune conférence, aucun accord, aucun forum, aucune convention ni aucun protocole ne peut mettre fin au «massacre» de l'environnement sans remettre en cause le système lui-même. C'est ce qui explique d'ailleurs, et dans une large mesure, l'échec de ces rencontres et engagements internationaux. Le dernier en date est le Forum mondial de l'eau qui s'est achevé à Istanbul le 22 mars 2009. Ce Forum a réuni 25 000 participants de 192 nationalités. Tout le monde ou presque était présent : entreprises privées, délégations ministérielles, ONG, organisations internationales, associations agricoles etc. etc. Eh bien tout ce beau monde, après de longues palabres, a laissé derrière lui une déclaration finale qui satisfaisait les participants, mais vide de tout sens. Un échec de plus ! (4). Il y aura d'autres protocoles, d'autres accords, d'autres rencontres et...d'autres échecs.

Le «développement durable» ou «soutenable» n'est, lui aussi, qu'un gadget qui permet de faire durer le système et de le soutenir. L'ancien PDG de Renault, Louis Schweitzer, ne déclarait-il pas dans le mensuel «Enjeux Les Echos» en décembre 2004, «le développement durable n'est ni une utopie ni même une contestation, mais la condition de survie de l'économie de marché». Par économie de marché il faut entendre le capitalisme. Il n'est qu'un simple slogan publicitaire rentable pour les entreprises.


En crise totale, le capitalisme donne et continue à donner de belles leçons à celles et ceux qui cherchent encore dans ce système une quelconque morale. Il suffit de voir dans quel état de déconfiture et de faillite sont toutes les valeurs de la bourgeoisie aujourd'hui sans revenir aux guerres terribles, aux crimes innombrables et aux scandales multiples du passé. Des principes comme la démocratie, les droits de l'homme, la séparation des pouvoir, la liberté de la presse etc. s'effondrent les uns après les autres sinon en théorie du moins dans la pratique(5).

Le capitalisme foule aux pieds chaque jour qui passe toute la morale bourgeoise c'est à dire cette immense hypocrisie parée de toutes les vertus. Or comme disait Aristote il y a très longtemps «la richesse, loin d'être la récompense de la vertu, dispensait d'être vertueux» (6).

La crise économique a fait sortir de l'ombre les pratiques les plus sordides et les a projetées dans la lumière la plus éclatante. Parachutes dorés, retraites chapeau, actions gratuites, primes, bonus et autres stock-options sont ainsi distribués allègrement aux dirigeants des entreprises en contre partie des licenciements des salariés et des millions voire des milliards d'euros offerts généreusement par le gouvernement Sarkozy !

Au moment même où des millions d'hommes et de femmes criaient leur colère dans la rue contre le chômage et la baisse de leur pouvoir d'achat, fruit de la politique de classe de ce gouvernement, l'Assemblée nationale a reconduit pour 2009 le bouclier fiscal et a écarté toute taxation des hauts revenus. C'était le 19 mars 2009, le jour de la grève générale!

Il faut préciser que les contribuables les plus riches ( patrimoine de plus de 15,5 millions d'euros), ont reçu au titre de 2008 comme restitution d'impôt, grâce à ce bouclier fiscal, un chèque moyen de 368 261 euros du fisc (7). Mais ce bouclier n'est qu'un cadeau pour les riches parmi tant d'autres. La loi du 21 août 2007 en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat, dite loi «TEPA» ou «paquet fiscal» prévoit d'autres offrandes à «la divinité patronale» : diminution de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), allègement des droits de succession etc. Concernant l'ISF, le gouvernement s'achemine progressivement vers sa suppression purement et simplement(8).

La fraude fiscale n'est pas en reste.Total, Michelin et Adidas font l'objet d'une enquête pour blanchiment de fraude fiscale». Selon Le Parisien, ils possèderaient des «comptes au Liechtenstein détenus par des Fondations liées aux trois groupes français»(9). Ainsi va la morale bourgeoise!

Ce qui est vrai pour la France est également valable pour tous les pays ou règne cette ardente et insatiable soif du profit. Car il s'agit d'un fonctionnement «naturel» du capitalisme. Les lois et mesures adoptées par les Etats pour le «moraliser et le moderniser», comme le décret Fillon par exemple, non seulement sont ridicules, mais permettent de renforcer le capitalisme en donnant l'illusion qu'il est «réformable».




Mais, un léger vent d'espoir souffle sur la planète. Des hommes et des femmes relèvent la tête et se mettent en mouvement contre ce système. Des luttes éclatent un peu partout. De Pointe-à-Pitre au Caire, de Mexico à Tokyo en passant par Athènes et Berlin. En France, et sans parler des combats quotidiens menés par les salariés contre leurs patrons,des millions de citoyens se sont mobilisés, entre autres, contre le chômage, c'est à dire le produit le plus authentique de la crise et, partant, du capitalisme.

Au sommet du G20 à Londres, très nombreux étaient les citoyens qui manifestaient au cœur du quartier des affaires et devant la Banque d'Angleterre. Tout un symbole ! Malheureusement un homme est mort dans cette contestation anticapitaliste. La police veille et protège les banques et les banquiers bras financier de ce système ! Sarkozy, lui, est «heureux», et trouve que le sommet a été «au-delà de ce que nous pouvions imaginer»(10).

«Nous allons mettre au défi le capitalisme. Nous voulons montrer qu’il y a de meilleurs moyens de faire marcher le monde. Parce qu’ils ont complètement déconné. Le capitalisme se meurt, il se ronge lui-même» déclarait un manifestant de Londres(11).

A Strasbourg, ville assiégée, les citoyens ont massivement manifesté contre cette organisation guerrière, bras armé du capital.

Partout où les représentants de ce système se présentent, ils trouvent en face d'eux des hommes et des femmes déterminés à lutter contre le capitalisme. Autant les premiers se terrent dans leur bunker, autant les seconds se montrent au grand jours.


En ce début du 21ème siècle, le monde connaît un niveau de développement scientifique, technique, médical etc. jamais atteint dans l'histoire de l'humanité. Pourtant, ce système créé par les hommes mais qui se situe au-dessus d'eux, provoque encore leur malheur et peut être leur perte. Mais ce système est en crise totale et de plus en plus contesté. C'est une occasion historique offerte aux hommes pour qu'ils songent à le remplacer.




Mohamed Belaali




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(1) Le Monde du 21 mars 2009, page10.

(2) T. Hobbes «Léviathan», cité par K Marx dans «Salaire, Prix et Profit».

(3) K. Marx, Le Capital. Tome 1, livre premier, section IV.

(4) Le Monde du 24 mars 2009

(5) Mohamed Belaali, «L'illusion d'une démocratie». http://www.legrandsoir.info/article8006.html

(6) Cité par P. Lafargue dans «Le déterminisme économique de Marx». 1909.

(7) Les Echos http://www.lesechos.fr/patrimoine/impots/300337773-impots---le-bouclier-fiscal-est-maintenu.htm

(8) http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/04/03/une-baisse-de-l-isf-serait-envisagee-pour-ceux-qui-investissent-dans-des-pme_1176083_3234.html

(9) http://www.leparisien.fr/faits-divers/michelin-elf-et-adidas-dans-le-collimateur-de-la-justice-31-03-2009-460351.php

(10) http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04/02/g20-plus-de-1-000-milliards-de-dollars-pour-la-relance-et-l-aide-aux-institutions-financieres

(11) http://fr.euronews.net/2009/04/01/g20-londres-capitale-de-la-contestation/


 

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 20:30

 

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Une fois encore le cas de Haïti vient de démontrer d'une manière éclatante combien l'humanitaire est au service du capital. Tous les pays impérialistes, grands et petits, se sont précipités comme des vautours, au nom de l'humanitaire, sur la tragédie de ce petit pays.


Que voit-on sous nos yeux? D'un côté l'armée américaine, avec ses boys surarmés, qui se déploie dans les rues de Port-au-Prince, qui contrôle l'aéroport de la capitale haïtienne et tous les axes stratégiques. De l'autre, des survivants, hommes, femmes et enfants hagards, affamés et assoiffés qui errent à la recherche d'un introuvable point d'eau, d'une introuvable nourriture. Les uns cherchent à occuper le pays, les autres tentent,vaille que vaille, à survivre au milieu des cris des blessés et des cadavres jonchés à même le sol ou enfouis sous des bâtiments effondrés. Si les troupes américaines sont arrivées dès les premières heures du séisme, la population, elle, attend toujours dans des conditions inhumaines cette fameuse «aide humanitaire». Huit jours après le séisme, des centaines de milliers de sans-abris vivent dans des campements improvisés ou comme le dit l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) « dans des abris de fortune, sans accès à des réseaux d’eau». La rapidité des vols des avions et la rotation des hélicoptères militaires contraste avec la lenteur des secours. Dans les petites villes avoisinantes de la capitale haïtienne, «l'aide humanitaire» est totalement absente.

Et c'est la population elle- même, à mains nues puisqu'elle manque de tout, qui a procédé aux secours d'urgence loin des caméras et du battage médiatique hypocrite. C'est cette même population c'est à dire des rescapés, dans le dénuement total, qui luttent contre la mort, qui sont traités par les grands médias occidentaux de pillards, de bandits, d'émeutiers etc. Ce sont peut-être ces «émeutiers» des quartiers populaires que les américains et leurs caniches européens craignent le plus. Car l'émeute peut se transformer en révolte et celle-ci en résistance à l'occupant.

Barack Obama en compagnie de Bill Clinton et même de Bush promet au peuple haïtien de rester à ses côtés «aujourd'hui, demain et à l'avenir». Les GI ne sont donc pas prêts à quitter le sol de ce pays qu'ils occupent au nom de l'humanitaire mais en toute illégalité.

ONG, entreprises multinationales, artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques sont ainsi enrôlés dans cette sinistre opération coordonnée par un commandement militaire. «La coopération s’opère à tous les niveaux sous la conduite du Pentagone, seul capable d’assurer le rôle de leader(...) le contrôle est laissé au militaire, subordonnant l’acteur civil et humanitaire» disait Stéphane Sisco membre du Conseil d’administration de Médecins du Monde(1). Aujourd'hui à Haïti rien n'échappe à l'œil vigilent du Pentagone. C'est lui qui contrôle, coordonne, dirige et refoule; il est le maître de la situation.10 000 soldats, des navires de guerre dont un porte-avion nucléaire, des hélicoptères en tout genre une base militaire permanente au nord de Port-au Prince etc. sont à la disposition du général Ken Keen qui n'est que l' exécutant des ordres du pentagone.

L'aide humanitaire est évidemment la mission officielle de cette armada : «Notre mission est de fournir une assistance humanitaire", déclarait à L'AFP le colonel Pat Haynes. C'est d'ailleurs le président de l'USAID, agence gouvernementale américaine d'aide au développement, qui a accompagné samedi 16 janvier 2010 Hillary Clinton dans son voyage à Haïti pour accomplir cette noble mission humanitaire. «Nous travaillons de concert avec la constellation d'organisation non gouvernementales qui s'efforcent depuis des années d'améliorer la vie du peuple haïtien.(...) L'argent afflue à la Croix-Rouge et dans d'autres organisations humanitaires» soulignait de son côté Barack Obama président des États-Unis dans un texte publié par Newsweek et Le Monde du 20 janvier 2010.

Les multinationales dont la brutalité exercée sur leurs propres salariés est quotidienne( exploitation, conditions de travail insupportables etc) se métamorphosent en entreprises philanthropiques et envoient, dans un élan de générosité, des millions d'euros ou de dollars aux pauvres haïtiens. Ainsi des banques comme la Société Générale ou le Crédit Agricole, après avoir distribué à leurs dirigeants et «collaborateurs» de substantiels bonus et autres stock options, se sont engagées à envoyer 1 million d'euros aux sinistrés du tremblement de terre. France Telecom, dont la direction des relations humaines a poussé au suicide nombre de ses salariés, a lancé par le biais de sa filiale Orange et en collaboration avec les autres opérateurs Mobile une campagne de récolte de dons par SMS. EADS, célèbre groupe aéronautique pour ses scandales financiers, prête à l'association Action contre la faim un gros porteur A 340 pour porter secours aux haïtiens.

Pour ces entreprises et pour bien d'autres qui participent à cette grande messe humanitaire, le drame haïtien est utilisé, avec beaucoup de cynisme, comme opération de relations publiques. L'humanitaire constitue, pour elles, une aubaine qui leur permet, à peu de frais, d'améliorer leur image de marque bien ternie par des scandales multiples et par leur attitude inhumaine vis à vis de leurs propres salariés.

Quant aux grands médias, notamment la télévision, la tragédie haïtienne est un show rentable qui permet d'augmenter l'audimat et d'engranger des recettes publicitaires en exploitant, eux-aussi, la compassion et la générosité des téléspectateurs. Elle leur permet, par ailleurs, de ne pas parler ou de ne pas montrer les luttes sociales qui éclatent ici ou là.

L'humanitaire sert de paravent aux visées hégémoniques impérialistes. Il exploite cyniquement les sentiments altruistes et de solidarité des citoyens pour servir, en dernière analyse, les intérêts d'une classe sociale minoritaire, mais qui possède tous les pouvoirs.


Mohamed Belaali


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(1) Mohamed Belaali « L'humanitaire au service du capital»:http://www.legrandsoir.info/L-humanitaire-au-service-du-capital.html


























 

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 12:46

 

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« nous avons les meilleures relations avec les ONG, qui sont un tel multiplicateur de forces pour nous, une part si importante de notre équipe de combat. (...) Car [nous] sommes tous engagés vers le même but singulier, aider l’humanité, aider chaque homme et chaque femme dans le monde qui est dans le besoin, qui a faim (...), donner à tous la possibilité de rêver à un avenir qui sera plus radieux » disait Collin Powell (1). «Les Etats démocratiques doivent se mobiliser et exiger ce qui n'est au fond que le début de la démocratie, que des personnels humanitaires d'autres pays puissent porter secours à des populations innocentes» renchérit Nicolas Sarkozy à l'occasion du 90ème anniversaire de la Croix Rouge (2).« Ensemble pour l’humanité : 90 ans et au-delà » lui répond Juan Manuel Suárez del Toro son président. Bernard Kouchner, lui, parle de «l'idéologie occidentale des droits de l'homme» et du «droit d'ingérence humanitaire ». Mais ce droit n'est, en fait, que le droit du plus fort c'est-à-dire du non droit. L'humanitaire, quelques soient sa forme et ses acteurs, sert de prétexte et de couverture à des visées hégémoniques et impérialistes. Il est strictement au service du capital et des classes dominantes.



 

Hier on envoyait les missionnaires pour civiliser les «sauvages» en leur apportant lumière et civilisation, aujourd'hui on « s'ingère humainement » pour leur offrir démocratie et liberté. L'humanitaire a remplacé le missionnaire.

Un homme comme Bernard Kouchner, principal promoteur du «droit d'ingérence humanitaire», symbolise très bien l'hypocrisie, le cynisme et la violence de cette vision «humanitaire» du monde utilisée par les pays riches. Il est l'incarnation vivante de ce que représente ce droit. Payé par Total, il rédige un rapport niant, si l'on peut dire, totalement le travail forcé et les traitements inhumains infligés par le groupe pétrolier aux ouvriers birmans. Kouchner l'humanitaire, était également un farouche partisan de la guerre contre l'Irak (3) dont le nombre de victimes dépasse le million de morts. Kouchner, après Bush et Sarkozy, préparait aussi le monde au «pire» c'est-à-dire à «la guerre» contre, cette fois, l'Iran (4).Son amour pour l'humanitaire n'a d'égal que son admiration pour la guerre!

L'humanitaire et la guerre sont deux moyens contradictoires mais complémentaires avec un seul objectif :servir les intérêts des classes dominantes. Il est difficile de distinguer clairement l'humanitaire du militaire tellement les deux instruments sont imbriqués l'un dans l'autre. On fait la guerre au nom de l'humanitaire et on invoque l'humanitaire pour justifier la guerre. Mais l'humanitaire reste souvent subordonné au militaire comme le rappelle Stéphane Sisco membre du Conseil d'administration de Médecins du Monde, «La coopération s'opère à tous les niveaux sous la conduite du Pentagone, seul capable d'assurer le rôle de leader. Comme nous le voyons en Irak les forces armées fixent l'ordre des priorités et maîtrisent le déroulement de la mission, du pré-déploiement à la sortie de crise (exit strategy). Le contrôle est laissé au militaire, subordonnant l'acteur civil et humanitaire»(5). Idem en Afghanistan : «La militarisation de l’aide, les ERP [Equipes de reconstruction provinciales dirigées par l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord, OTAN], le trop grand nombre de services de sécurité et la confusion croissante des rôles ont contribué à réduire l’espace humanitaire et à véhiculer de fausses images sur le travail des ONG », confiait à l'IRIN (un département d'informations humanitaires des Nations Unies) Ashley Jackson, chercheur pour Oxfam à Kaboul(6). Les mêmes raisons engendrent les mêmes comportements au-delà des convictions des militants.

C'est au nom du droit d'ingérence humanitaire que les pays occidentaux (États-Unis,Union Européenne notamment) souvent avec l'aide de l'OTAN, leur bras armé, que le Kurdistan irakien fut envahi en 1991, l'opération «Restore hope» menée en Somalie en 1992, ou l’envoi d’une force d’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999 etc. Quant à l'opération «Turquoise» menée par la France au Rwanda en 1994, toujours au nom de l'humanitaire, après le génocide des Tutsi auquel elle a largement contribué , voilà ce qu'en pensent les prêtres catholiques rescapés de cette tragédie humaine: «Les responsables du génocide sont les soldats et les partis politiques du MRND et de la CDR, à tous les échelons, mais plus particulièrement aux échelons supérieurs, appuyés par la France qui a entraîné leurs milices. C’est pourquoi nous considérons que l’intervention soi-disant humanitaire de la France est une entreprise cynique» (7).

Ainsi le droit d'ingérence, sous des prétextes humanitaires, permet et facilite l'ingérence impérialiste. Le droit d'ingérence est le droit du plus fort. Seuls les États les plus puissants peuvent intervenir et envahir militairement les pays pauvres sous la bannière humanitaire pour mieux piller leurs richesses. C'est pourquoi les pays du sud ont rejeté ce «droit d’intervention humanitaire» à la Havane en 2000 lors du sommet du G77(qui représente tout de même environ les 4/5 de l'humanité).

Les pays capitalistes ne font appel au droit d'ingérence humanitaire que pour mieux servir leurs propres intérêts. Dans le cas contraire, ils invoquent le droit de non ingérence dans les affaires intérieures des États souverains. Cette vision sélective de l'humanitaire conduit ces États à intervenir massivement par exemple au Kosovo et à rester passif face aux massacres perpétrés par l'armée israélienne à Gaza. C'est de l'humanitaire à géographie variable!

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) et autres associations liées à l'humanitaire, quelque soit par ailleurs la sincérité de leurs militants, ne peuvent que se mouvoir dans les limites de ce cadre général tracées par les intérêts économiques des classes dominantes. La plupart des ONG humanitaires dépendent financièrement de leurs propres États, des instances européennes comme le service d’aide humanitaire de la Commission Européenne (DG-ECHO) ou des institutions internationales. Ainsi par exemple Save the Children USA, International Rescue Committee et World Vision ont reçu un financement de 2 millions de dollars de USAID, l’agence américaine pour la coopération et l’aide humanitaire, pour «soulager» la population irakienne(8). C'est le cas également des ONG humanitaires scandinaves, belges et hollandaises où la part du financement public reste prédominante (9). Et même lorsque ces ONG et associations sont financées essentiellement par des fonds privés comme c'est le cas de Médecins sans frontières(MSF), Médecins du monde(MDM), La Fédération internationale de la Croix-Rouge, Action contre la Faim etc(10), l'influence de l'État reste déterminante ne serait-ce qu'à travers les très généreuses exonérations d'impôts liées aux dons.

La collecte de dons justement (fundraising comme elles disent) devient, de plus plus, l'une des priorités pour ne pas dire la priorité des grandes associations humanitaires. Pour atteindre cet objectif vital pour elles, les ONG humanitaires recourent aux mêmes techniques de gestion que les entreprises privées. Pour séduire le généreux donateur, toute une panoplie de techniques est utilisée: marketing (humanitaire?), publicité commerciale, recours aux agences spécialisées dans les techniques de communication, alliance avec les fondations comme celle du milliardaire bill Gates par exemple et surtout avec les multinationales (on dit partenariat cela fait plus moderne) qui à leur tour instrumentalisent ces associations pour améliorer leur image de marque etc.(11).

Mais au-delà de ces techniques, ce qui est frappant c'est cette marchandisation croissante et sans scrupules des principes même de l'humanitaire. Celui-ci, là encore, se révèle un outil intéressant au service de l'entreprise et, partant, du capital.

Les entreprises se servent volontiers également de la loi du 4 février 1995 sur le congé de solidarité internationale qui leur permet d'envoyer leurs salariés en mission humanitaire à l'étranger. Le Crédit Agricole , le Club Méditerranée, Price Waterhouse Coopers, IBM, L'Oréal, SFR, Areva etc.(12) ont bien compris l'intérêt de cette opération de relations publiques qui leur permet, à peu de frais, de redorer leur blason bien terni par des scandales sociaux, écologiques et éthiques liés à leur recherche effrénée du profit.

L'humanitaire et les grands médias notamment la télévision entretiennent des relations intimes, voire incestueuses. La misère du monde est régulièrement projetée sur la scène médiatique non pas pour expliquer aux citoyens ses véritables causes et dénoncer ses responsables, pourtant connus, mais pour augmenter l'audimat en exploitant les bons sentiments altruistes du téléspectateur. La souffrance humaine se transforme en spectacle. Artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques etc. sont ainsi utilisés dans ce show médiatique. Le malheur des autres, l'émotion, la détresse humaine attirent le public et, par conséquent, augmentent les recettes publicitaires des chaînes télévisuelles.

Les acteurs de l'humanitaire, eux, avec leur rationalité capitaliste de gestion, tentent de «vendre» les souffrances des victimes, à travers les médias, aux précieux donateurs qui sont en quelque sorte leurs «clients».


L'humanitaire ne fait que soulager, dans le meilleur des cas, très momentanément la détresse humaine. Il ne s'attaque pour ainsi dire jamais aux racines des malheurs des hommes c'est-à-dire au capitalisme et son fonctionnement. Dans ce sens, il est non seulement au service de l'ordre établi, mais il le perpétue. L'humanitaire dans un système inhumain, est donc une illusion pour ne pas dire une absurdité.


Mohamed Belaali


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(1) Conférence à Washington, 26 octobre 200, cité par Rony Brauman «Mission civilisatrice, ingérence humanitaire» in Le Monde diplomatique de septembre 2005:

(2) http://www.francesoir.fr/politique/2009/05/04/nicolas-sarkozy-defend-l-ingerence-humanitaire.html

(3) http://www.rue89.com/2007/08/22/kouchner-en-2003-facile-detre-contre-la-guerre

(4) voir l'AFP du 16 septembre 2007.

(5) http://www.infosentinel.com/info/article_09_sisco.php

(6) http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=85779

(7) African Rights, Death, Despair, 1142. http://www.voltairenet.org/article8056.html

(8) http://www.grip.org/bdg/g2050.html

(9) «Les organisations non gouvernementales (ONG) : un acteur incontournable de l'aide

humanitaire», Philippe Ryfman

(10) Voir les sites officiels de ces ONG/Associations notamment leurs rapports financiers.

(11) Pour plus de développements sur cet aspect du sujet, voir le travail de Zsuzsa Ferenczy «Les ONG humanitaires, leur financement et les médias». Institut Européen des Hautes études Internationales. Comme exemple de ce marketing «humanitaire», voir l'affiche d'Action contre la Faim http://www.culture-buzz.fr/blog/Street-Marketing-Humanitaire-261.html

(12) Pour plus de détails, voir le site de Planète Urgence http://www.planete-urgence.org/


 

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 22:26

Najialali1

Trois cent soixante-cinq jours sont passés et la tragédie est encore dans toutes les mémoires.

Le responsable ? Un État, mais un État qui ne ressemble à aucun autre. Un État fondé sur une immense injustice. Face à lui, un peuple qui subit chaque jour les pires persécutions et les pires humiliations mais qui est toujours debout.

 

Il s'agit d'un État au-dessus de toutes les lois.

Un État qui tue froidement hommes et femmes, enfants et vieillards, filles et garçons.

Un État qui viole tous les jours le droit international et toutes les résolutions de l'ONU.

Un État où le racisme est érigé en institution.

Un État qui défie tous les peuples et tous les autres États du monde.

Un État dirigé par un gouvernement d'extrémistes et de fanatiques.

Un État qui au nom du droit à l'existence d'un peuple est déterminé à exterminer un autre peuple. Un État qui dresse un mur de quelques 700 Kilomètres de longueur et de plusieurs mètres de hauteur et fait construire par, gouvernement interposé, un autre mur souterrain entièrement en acier de 20 à 30 mètres de profondeur pour assiéger et étouffer toute une population.

Un État qui sème des check-points un peu partout pour briser tout mouvement libre de l'autre peuple.

Un État qui fait inlassablement la guerre au nom de la paix.

Un État qui capture les enfants et les rend la nuit à leur famille le corps recousu du menton à l'abdomen et vidé de ses organes vitaux.

Un État qui bombarde sans scrupules écoles, hôpitaux, ambulances, maisons d'habitation et lieux de culte.

Un État qui pratique des crimes de guerre en toute impunité.

Un État sans véritable opposition interne ni réelle pression externe.

 

Face à cet État oppresseur, se dresse un peuple opprimé.

Un peuple qui a été arraché à sa terre comme on a arraché ses vignes, ses oliviers, ses citronniers et ses orangers.

Un peuple dont on a effacé jusqu'aux noms de ses villages détruits et sur leurs ruines on a élevé kibboutz et colonies.

Un peuple qui, transformé en exilé et en réfugié, est réduit à errer à travers le monde et à survivre dans des camps de concentration sous des tentes .

Un peuple qui continue à payer de son sang et de sa chaire la complaisance, l'hypocrisie et la lâcheté de ce que l'on appelle encore la communauté internationale.

Un peuple dont le nom évoque irrésistiblement les massacres les plus cruels et les plus horribles qu'aient connu le XX et ce début du XXI siècle.


Mais aujourd'hui à l'intérieur même de cet État, quelques bourgeons ici et là éclatent. Ils fleurirons peut-être demain sur l'ensemble de cette terre martyre. Ouvriers solidaires, soldats désobéissants, religieux ouverts, pacifistes humanistes, journalistes, intellectuels et universitaires courageux s'opposent de toute leur énergie à la barbarie de leur propre État.

De son côté, la résistance, comme ces petites fleurs sauvages qui traversent les murs les plus solides, ira rejoindre celle, encore embryonnaire, de ces hommes et de ces femmes admirables qui refusent et rejettent avec courage ce monstre/ État qui se place au-dessus de tout.

De leur lutte commune naîtra un autre État et un autre peuple formé des deux peuples qui, auparavant, s'opposaient et s'entretuaient. Ils démentiront et remplaceront par leur existence même le mensonge qui a fait couler trop de sang :« une terre sans peuple pour un peuple sans terre».

Ensemble, ils mettront un terme à des décennies de drames, de souffrances et de malheurs.

 

Mais le chemin à parcourir est encore long, très long. Des morts viendront s'ajouter à d'autres morts. Des tragédies succéderont à d'autres tragédies.

Cependant cet État très singulier et très puissant n'est pas invincible; car élevé sur les cadavres et les terres d'un autre peuple.

Les puissances qui l'ont porté à bout de bras des décennies durant ne sont plus aujourd'hui les maîtres absolus du monde. D'autres États contestent de plus en plus ouvertement cet État devenu anachronique.

Cet État n'a plus en face de lui comme avant des armées régulières qu'il peut vaincre en quelques jours, mais des hommes et des femmes armés qui sont partout et nulle part qui le harcèlent en permanence. Incapable de leur venir à bout, il retourne alors sa puissance de feu démesurée contre des civils innocents.

Des citoyens de plus en plus nombreux, de toutes nationalités, de toutes professions et de toutes confessions, boycottent les activités économiques et culturelles de ce régime d'apartheid. C'est un phénomène ancien dans son principe mais nouveau par son ampleur. Il se nourrit de la résistance armée en même temps qu'il la consolide.

 

Des fissures fines et minuscules encore apparaissent sur le visage hideux de ce monstre/État. Il faut les élargir pour que cette terre tant aimée et tant disputée devienne ce qu'elle a toujours été, une terre de paix.

Les murs tomberont et le soleil pourra alors «passer sans que les soldats lui tirent dessus» comme le disait le poète Salim Jabrane.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 19:02

 

 

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«La France dont je rêve est une France qui ne laisse tomber personne, une France qui est comme une famille où le plus faible, le plus vulnérable, le plus fragile a droit à autant d’amour, autant de respect, autant d’attention que le plus fort» affirmait Sarkozy le 22 avril 2007. Cette belle déclaration contraste violemment avec la réalité de la France d'aujourd'hui :chômage de masse, paupérisme, suicides au travail et dans les prisons, destruction systématique du service public, répression des mouvements sociaux, contrôle et surveillance des citoyens, propagande nationaliste, grande souffrance infligée aux sans papiers, népotisme, médias aux ordres, etc. etc.

 

En deux ans et demi de pouvoir quasi absolu de Sarkozy, la situation économique, sociale et politique de la France s'est nettement dégradée et va continuer, hélas, à s'aggraver : «on s'attendait au pire, ce fût pire» disait un anonyme.

Mois après mois, année après année le chômage poursuit inlassablement son ascension. Le salarié, devenu chômeur, perd toute existence et toute reconnaissance sociale. Fragilisé et sans ressources matérielles suffisantes, il accepte toute offre d'emploi pour survivre. Cette insécurité sociale fait de lui un être totalement soumis aux exigences du capital. C'est là l'une des fonctions essentielles du chômage: créer des conditions objectives permettant la soumission du travail au capital.

La flexibilité, la précarité, le démantèlement du code du travail et la remise en cause du droit de grève n'ont d'autres objectifs que de soumettre totalement le salarié au patron. Poussé par la bourgeoisie qui l'a hissé à la tête de l'État, Sarkozy s'attaquera systématiquement à tout ce qui protège de près ou de loin le salarié, le livrant ainsi sans défense aucune au patronat.

A l'usine comme au bureau, le salarié doit donc subir le despotisme du profit : produire toujours plus dans un laps de temps de plus en plus réduit. Pour atteindre cet objectif, c'est-à-dire pour intensifier le travail humain, les propriétaires du capital vont pousser le salarié jusqu'aux limites extrêmes de ses facultés physiques et intellectuelles en s'appuyant sur une horde de directeurs, managers et autres collaborateurs armés de «new management». Stress, dépressions et autres violences psychologiques vont se multiplier et s'accélérer. Le salarié ainsi pressuré, méprisé, humilié, atomisé et isolé va utiliser le suicide comme ultime moyen de protestation contre le capital. Les victimes des accidents du travail, elles, sont tout simplement considérées par Sarkozy comme des privilégiés. Il faut donc taxer leurs maigres indemnités. Cette mesure a été adoptée par l'Assemblée Nationale le 13 novembre 2009. Les économies ainsi réalisées sur le dos d' hommes et de femmes que le travail a amputé d'une partie d'eux-mêmes, seront certainement prodiguées aux banquiers, aux industriels et autres bourgeois créateurs d'emplois, n'est-ce-pas ?

Le salarié est ainsi cerné de toute part. Occupant un emploi, il subit le diktat d'un patronat en position de force à cause du chômage de masse et protégé de surcroît par un État que Sarkozy a entièrement mis à sa disposition. Chômeur, il survit avec une indemnité de plus en plus faible ce qui accentue sa dépendance vis à vis du capital d'autant plus qu'il livre en même temps une concurrence acharnée à tous les autres chômeurs.

Mais notre salarié peut également devenir travailleur pauvre alternant activité et chômage avec des salaires et des indemnités de misère. Chômeur ou travailleur, il est de plus en plus pauvre. Face à lui se dresse une insolente et puissante richesse, celle d'une minorité de possesseurs du capital, qui le domine. Cette paupérisation du salariat est une caractéristique fondamentale du capitalisme.

Appauvri et menant une existence précaire, notre salarié tombe malade. Il hésite,comme des millions de ses concitoyens, à se faire soigner tellement les frais qui restent à sa charge sont lourds. Il sait par exemple qu'il doit payer sur chaque boîte de médicaments 0,50 euros, que la liste des médicaments qui étaient jusqu'alors remboursés à 100 % et qui ne le sont plus est de plus en plus longue et que les honoraires des médecins ne cessent d'augmenter. Il constate également que l'État abandonne progressivement l'hôpital public au profit des cliniques privées dont l'unique but est de faire du profit. Sarkozy est également déterminé à vouloir fermer les blocs opératoires réalisant moins de 1500 interventions chirurgicales par an et les maternités qui pratiquent moins de 100 actes chirurgicaux. La chirurgie est un acte médical coûteux que les plus démunis ne peuvent s'offrir dans les cliniques privées. Seul l'hôpital public leur reste accessible. En fermant une partie des blocs opératoires du public, Sarkozy force les patients à se diriger vers le privé. Or plus de 80 % des chirurgiens des cliniques commerciales sont en secteur 2 c'est-à-dire en dépassement d'honoraires souvent très importants. Sarkozy compte aussi, à partir de 2010, augmenter le forfait hospitalier qui passera de 16 à 18 euros par jour somme qui, ajoutée aux autres frais restant à la charge des patients, exclut la partie de la population qui a le plus besoin de soins, comme notre salarié, car plus vulnérable que les autres catégories sociales.

De tout cela, notre salarié ressent une profonde injustice et un vague sentiment de révolte le traverse. Craintif, il ne veut pas perdre son emploi en affrontant par exemple la direction. Il reste néanmoins admiratif de ses camarades qui, pour crier leur colère contre cette injustice et pour améliorer leur triste sort, sacrifient régulièrement une partie de leur salaire déjà faible en se mettant des journées entières en grève. Il sait aussi que Sarkozy, pour défendre les intérêts de la classe qu'il représente, utilise systématiquement la force brutale pour étouffer la moindre manifestation et la moindre contestation. Même lorsqu'il se déplace, il exige des préfets et des responsables de la police, sous peine de sanctions, d'éloigner le plus possible les citoyens mécontents de sa politique et de leur confisquer tracts, pancartes et autres banderoles. En vrai autocrate, il ne supporte aucune contestation populaire. Si la plupart des présidents de la République aimaient et cherchaient même le contact avec la population, ne serait-ce que pour soigner leur image dans l'opinion publique, Sarkozy, lui, a peur des citoyens. Contre eux, il mobilise tout l'appareil répressif de l'État.

Combien de manifestants ont été brutalisés, humiliés et traduits devant les tribunaux pour avoir crié leur indignation et leur colère contre les dérives d'un homme qui concentre tous les pouvoirs entre ses mains? On se souviendra longtemps de ce professeur de philosophie arrêté et trainé devant le tribunal de police pour avoir simplement crié...«Sarkozy, je te vois»! Combien de syndicalistes, de militants associatifs, de défenseurs de sans papiers ou de simples citoyens qui refusent de courber l'échine n'ont pas été confrontés à la violence policière depuis que Sarkozy est au pouvoir?

Sarkozy utilise également la technologie la plus moderne pour contrôler et surveiller les citoyens. La vidéosurveillance par exemple est devenue l'obsession et «la priorité absolue» de son gouvernement(1). «la priorité absolue» n'est donc pas de lutter contre le chômage ou contre la misère qui ronge une frange de plus en plus grande de la population, mais de surveiller les citoyens! Ainsi 20 000 caméras sont déjà installées dans les rues de France et Sarkozy espère atteindre les 60 000 en 2011. La surveillance et le contrôle des mouvements des citoyens s'étendront même «aux parties communes des habitations, transport, commerce» etc.(1). D'autres pratiques se généralisent et se banalisent comme les prélèvements d'ADN, la surveillance du Net ou encore le fichage de la population. Car le contrôle doit être total !

Mais cette véritable guerre que la bourgeoisie mène sans répit contre le reste de la population n'est que le reflet de cette lutte de classes qu'elle nie obstinément tout en l'exerçant au quotidien.

Pour se consoler, notre salarié sait qu'il y a des situations pires encore que la sienne. Il pense plus particulièrement aux travailleurs sans-papiers, même s'il avoue qu'il lui arrive de les considérer comme des concurrents. Parfois il sent même qu'il est attiré par les idées de ses ennemis de classe( xénophobie, racisme etc.), mais il sait au fond de lui même qu'un travailleur même sans- papiers reste un travailleur. Et c'est en côtoyant Moussa, Nadia et Mamadou, travailleurs sans-papiers, qu'il est devenu sensible à leur drame. C'est alors qu'il a appris que les Sarkozy, Hortefeu, et autres Besson reconduisaient manu militari les sans-papiers afghans dans leurs pays en guerre, arrachaient «les enfants, qui hurlaient de terreur(...)à leurs parents pour obliger ces derniers, qui s'y refusaient, à sortir des locaux d'hébergement du centre de rétention» (2), traquaient les enfants de sans-papiers à l'intérieur comme à l'extérieur des écoles maternelles etc. etc. Combien de vies humaines Sarkozy et son clan ont-ils brisées? Sarkozy, Hortefeu et Besson auront-ils un jour le courage de publier ces statistiques comme ils publient régulièrement et fièrement celles des expulsions?

En écrivant ces lignes, on apprend qu'un travailleur sans-papiers Mohamed Ida, s'est suicidé mardi 17 novembre 2009 dans sa cellule de la maison d’arrêt de Borgo en Corse (3).

Mais Sarkozy doit éprouver un singulier plaisir à caresser les idées d'une frange de la population xénophobe et raciste en infligeant cette grande souffrance à des hommes et des femmes sans défense. Cette lâcheté n'a d'égal que les voix de celles et de ceux dont l'acte politique se réduit à la haine de l'autre. Et pour entretenir cette partie de la population, qui ne bénéficie d'ailleurs aucunement de la politique de Sarkozy mais utile au moment du vote, la bourgeoisie utilise en ce moment toute la puissance de l'État pour mener une véritable propagande nationaliste, baptisée «Grand débat sur l'identité nationale» qui rappelle les moments les plus sombres de l'histoire de France.

Épuisé après une journée de travail bien chargée, notre salarié s'assoit devant le petit écran pour se détendre. Il voit défiler devant lui une avalanche d'images et de commentaires sur le mur de Berlin diffusées depuis plus d'une semaine. Il commence alors à douter de la sincérité de cette forme particulière d 'information. En la répétant inlassablement, celle-ci devient une plate tautologie et se transforme par la suite en une vulgaire et grossière propagande à la gloire de l'ordre établi. La classe dominante cherche par le biais des grands médias à dresser de véritables murs dans le cerveau des gens les empêchant ainsi de voir et de réagir au-delà des limites de la propagande. Ces images à répétition lui rappellent celles de l'affaire Clearstream, de Grégory, du colon de Johnny, du décès de Michael Jackson, de la grippe A, des matchs de foot et leurs résultats, de la météo, d'une liste interminable de faits divers et bien sûr de la figure omniprésente de Sarkozy. Il constate également une quasi-absence d'images et de commentaires sur les murs que la bourgeoisie construit un peu partout dans le monde, comme celui de Ceuta, celui installé par les États-Unis à la frontière avec la Mexique, celui qui sépare les chiites des sunnites en Irak ou encore celui qui encercle la population palestinienne et enferme, paradoxalement, la société israélienne. Le même silence s'abat sur les luttes sociales, sur la souffrance des chômeurs, les suicides dans les prisons, la brutalité légale et illégale pendant les gardes à vue dans les commissariats, le drame des sans-papiers etc.

Le zèle que les journalistes des grands médias déploient pour propager les idées de la classe dominante qui les emploie contraste tristement avec le mutisme qu'ils opposent à toute résistance et toute contestation de l'ordre établi. Leur soumission au pouvoir économique et politique incarné à la tête de l'État par Sarkozy n'a jamais été aussi totale.

Sous le régime de Sarkozy, produit de la lutte des classes aujourd'hui en France, la domination et la répression sont plus directes et plus brutales. Le seul mérite de Sarkozy , si l'on peut dire, c'est d'avoir démystifié l'État républicain, la démocratie, la liberté de la presse, la séparation des pouvoirs, les droits de l'homme et bien d'autres concepts de l'idéologie bourgeoise dont la fonction principale est de masquer la violence des rapports d'exploitation capitaliste.


Mohamed Belaali


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(1) Le Monde du 13 novembre 2009

(2) http://www.midilibre.com/articles/2009/11/04/NIMES-Des-Georgiens-renvoyes-de-force-en-Pologne-984849.php5

(3)http://www.ldh-france.org/Suicide-d-un-sans-papier-a-la




 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 10:48

« C’est toujours nous les travailleurs qui payons » disait une manifestante grecque. « Même s’ils nous terrorisent, les mesures ne passeront pas » scandaient les grévistes. Qu’est ce qui se trame contre la classe ouvrière et les couches populaires en Grèce ? Les mesures d’austérité décidées par le gouvernement grec et adoptées par le parlement sont approuvées par la Commission européenne, la Banque Centrale Européenne, le FMI, les agences de notation et saluées par l’ensemble des gouvernements européens. Ce plan est dirigé contre les classes populaires grecques. Par contre les industriels, les banquiers et autres parasites financiers c’est à dire les vrais responsables de la crise économique que connaît la Grèce, ne sont nullement concernés par ce plan dit d’austérité.

L’aristocrate Christine Lagarde tenait absolument à saluer les décisions prises par le gouvernement grec : « Je rends hommage à la lucidité et au réalisme du gouvernement grec et au caractère tangible du dispositif mis en place. [...] Si ça n’avait été que des mesures marginales ou structurelles probables, on aurait pu être sceptique, mais là c’est du dur, c’est du tangible ». « C’est un signal très important envoyé aux marchés pour qu’ils regagnent confiance dans la Grèce mais aussi dans l’euro » renchérit Angela Merkel [1].

Les bourgeoisies européennes et leurs institutions se congratulent et se félicitent mutuellement pour avoir réussi à faire adopter par le Pasok ( le Parti socialiste grec dirigé par Georges Papandréou au pouvoir) un plan économique intitulé « mesures d’urgence pour faire face à la crise financière » destiné à réaliser près de 5 milliards d’euros sur le dos des classes populaires. La TVA, qui passe de 19 à 21 %, est un impôt sur la consommation payé essentiellement par les pauvres qui ne peuvent épargner. Les plus riches ne sont donc pas vraiment concernés par cette hausse. Le parti socialiste au pouvoir va également réduire de 30 % le 13ème mois et de 60 % le 14ème mois de salaire des fonctionnaires. Ce sont toujours les salaires et jamais les profits qui sont touchés. Le plan prévoit également le gel des pensions de retraite du privé comme du public. Le carburant qui a connu une hausse de près de 25 centimes par litre en février, augmente à nouveau de 8 centimes pour le litre d’essence et de 3 centimes pour celui du diesel. Seules les couches populaires vont supporter les conséquences dramatiques de ces mesures injustes. C’est une véritable guerre que le gouvernement déclare non pas à la dette comme il le prétend, mais à l’ensemble des classes populaires. Les marchés financiers, eux, se frottent les mains : « le soulagement est évident sur les marchés monétaires depuis que la Grèce a annoncé ses mesures d’austérité supplémentaires » déclare un spécialiste du Crédit Agricole [2].

La réponse de la population fut immédiate et massive : en moins d’une semaine, le 5 et le 11 mars, deux journées de grève générale dans tout le pays sans parler des grandes manifestations du 23 et 24 février 2010. Ouvriers, employés, enseignants, retraités, infirmières, marins, journalistes, étudiants, se sont retrouvés côte à côte dans les rues d’Athènes et des autres villes grecques pour crier leur colère contre ce plan d’austérité. Les services publics étaient paralysés, les avions cloués au sol, les trains bloqués à la gare, les navires étaient à l’ancre, les banques travaillaient au ralenti etc. Face à cette résistance populaire, le gouvernement n’a offert comme seule et unique réponse, la répression ! Une véritable lutte de classe se déroule sous nos yeux en Grèce. D’un côté une minorité de riches menée par le parti socialiste au pouvoir soutenu par toutes les bourgeoisies européennes et leurs institutions, de l’autre, le peuple grec guidé par la classe ouvrière et ses organisations légitimes. Les premiers, responsables de la ruine du pays, s’accrochent à leurs privilèges, les seconds c’est à dire l’immense majorité de la population se battent pour maintenir leur niveau de vie et leurs acquis sociaux qu’ils ont arraché de haute lutte. Le combat que mène en ce moment le peuple grec est riche d’enseignements. Il met en exergue le fait que les intérêts des classes populaires sont diamétralement opposés à ceux du gouvernement et du parlement. Cette lutte a une portée qui dépasse largement le cadre grec. Elle concerne l’ensemble des travailleurs européens. De l’issue de la résistance grecque dépendra celle des travailleurs des autres pays de l’Union qui ne vont pas tarder à subir à leur tour des plans similaires. Car la situation grecque ne diffère pas vraiment de celle de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande etc. Les événements qui se déroulent aujourd’hui en Grèce, se développeront peut-être demain sur tout le continent.

Le combat du peuple grec jette une lumière éclatante sur les sombres objectifs de l’Union Européenne. Il s’agit d’une construction au service exclusif des entreprises, des banques, des compagnies d’assurance, bref au service du capital. Les bourgeoisies européennes sont unies contre la classe ouvrière et déterminées à lui faire supporter tout le fardeau de la crise du capitalisme dont elles sont responsables. Mais les politiques économiques récessives qu’elles sont amenées à appliquer risquent d’aggraver davantage la situation économique, exigeant de nouvelles mesures encore plus dures. La confrontation avec les couches populaires devient, dans ces conditions, inévitable. La classe ouvrière européenne doit se préparer à ces nouveaux combats. Les gouvernements européens au solde de la bourgeoisie, eux, ne reculeront devant rien pour imposer leur volonté et briser la résistance populaire. L’ unité de la classe ouvrière est donc une nécessité vitale.


Mohamed Belaali


 

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 20:13

 

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«Le plus grand pourvoyeur de violence du monde est mon propre pays»

Martin Luther King *

 

Combien d’enfants, de femmes et d’hommes innocents sont morts en Irak depuis l’invasion de ce pays par l’armée américaine et ses alliés ? Personne ne le sait avec précision. Mais ce qui est sûr, c’est que leur nombre se chiffre par centaines de milliers. Combien de blessés, d’estropiés, de veuves, d’orphelins, de réfugiés etc. ? On passe rapidement, cette fois, des centaines de milliers, à des millions. Bombes au napalm, au phosphore blanc, à fragmentation, chars, navires, avions, bombardiers, véhicules aériens sans équipage, missiles, bref des armes légales et illégales de toute sorte, coordonnées par une structure de commandement planétaire, ont été utilisées pour cette tuerie collective. Et quel est le crime de chacune de ces victimes ? Selon Bush, Blair, Aznar, Sarkozy, Obama etc. ce pays représente un véritable danger pour le monde. Car l’Irak possède, entre autres, les armes de destruction massive et demeure le foyer mondial du terrorisme. Il faut donc sécuriser ce pays et apporter à sa population démocratie, liberté et prospérité.

Aujourd’hui, près de sept ans après l’invasion américaine, l’Irak est dans une situation tragique. La population est réduite à vivre dans des conditions infra-humaines. Ce que subit aujourd’hui le peuple irakien donne la mesure de la cruauté dont le capitalisme et la bourgeoisie qui le porte sont capables.

L’électricité par exemple est devenue presque un luxe ; les irakiens n’en bénéficient que 4 à 6 heures seulement par jour. L’eau potable leur manque cruellement :« Ici, l’eau courante n’est pas disponible plus de deux heures par jour », dit une habitante de Bagdad sachant que les températures atteignent, l’été, facilement les 50 degrés Celsius (1). La population irakienne a soif alors que deux majestueux fleuves le Tigre et l’Euphrate, qui rendaient la vie possible depuis des millénaires et permettaient également avant l’invasion de fournir aux irakiens l’eau potable dont ils avaient besoin, coulent toujours. Mais cette eau « potable » est souvent mélangée avec des eaux usées « Le pourcentage d’eau sale, impropre à la consommation humaine risque de provoquer des maladies plus dangereuses que le choléra, et notamment certains types d’hépatites et de diarrhées potentiellement mortels » affirmait le ministre irakien de la santé(2). Selon les Nations Unies, plus de 300 cas de choléra ont été recensés officiellement (3). Les hôpitaux irakiens, qui manquent quasiment de tout, reçoivent chaque jour des patients notamment des enfants souffrant des maladies liées à l’eau impropre à la consommation. L’absence de médicaments et d’infrastructures médicales mettent ces malades en danger de mort.

Le manque d’eau se transforme ainsi en une arme silencieuse qui tue sans faire de bruit. Il ne s’agit là que de quelques aspects de cette tragédie subie au jour le jour par la population irakienne. Elle qui bénéficiait avant les sanctions économiques( 1990-2003) et la guerre dite du Golfe(1991), d’un niveau de vie relativement élevé et d’infrastructures éducatives, sanitaires, hydrauliques, routières etc. des plus développées de la région, est réduite à vivre aujourd’hui dans la misère la plus noire. Il faut rappeler que ces sanctions économiques imposées par les États-Unis et le Royaume- uni et autorisées par l’ONU sont les plus violentes et les plus longues de l’histoire des Nations Unies. Il s’agit en fait d’un châtiment collectif infligé à tout un peuple(4). Ces sanctions ont, entre autres crimes, tué environ un demi million d’enfants. Pour Madeleine Albright, secrétaire d’État de l’administration Clinton, la vie des enfants irakiens n’a aucune valeur, mais un prix : « Nous pensons que c’est le prix à payer »(5). Sauf que ce « prix » est payé, une fois encore, par le peuple irakien

Et comme si ces terribles souffrances ne suffisaient pas, W. Bush et son caniche T. Blair, deux criminels de guerre décidèrent d’envahir l’Irak.

Les citoyens du monde entier dans un immense élan de solidarité avec le peuple irakien et contre la guerre ont défilé par centaines de milliers dans les rues de New-York, du Caire, de Paris, Caracas, Londres, Istanbul, Berlin, Jakarta, Tokyo, Lagos, Madrid etc. etc. Les citoyens du monde d’un côté, les bourgeoisies américaine et anglaise, à travers leurs représentants politiques, de l’autre dans un face à face qui a vite tourné à l’avantage de Bush et de Blair. La paix fut vaincue une fois encore. La guerre l’a emporté sur la paix et les intérêts d’une minorité ont triomphé contre la volonté d’une immense majorité.

Le 20 mars 2003, l’armée américaine et ses supplétifs ont franchi les frontières irakiennes. Depuis cette date, la population irakienne vit un long et interminable calvaire. Les irakiens sont torturés et humiliés dans leur propre pays par une soldatesque ivre de violence. La terreur, organisée directement ou indirectement par l’armée américaine et la police locale, règne dans les villes irakiennes. Ces villes sont, par ailleurs, dévastées et défigurées par des murs de sécurité érigés un peu partout ; les rues sont quadrillées de barbelés et d’ engins militaires de toute sorte. Mercenaires, forces spéciales, escadrons de la mort s’acharnent contre une population constamment soupçonnée de soutenir la résistance. Fallujah, ville martyre, connaît « un accroissement sans précédent du nombre d’enfants et de fœtus morts avec des malformations congénitales monstrueuses » conséquence de l’utilisation massive par l’armée américaine des armes interdites par toutes les conventions internationales (6).

Mais cette violence ne s’exerce pas seulement directement sur les hommes, elle s’étend également à leur mémoire, à leur histoire et à leur patrimoine. Faut-il rappeler que l’Irak est le berceau de la civilisation humaine ? La Mésopotamie (entre deux fleuves en grec), qui correspond à l’Irak d’aujourd’hui, a vu naître sur son sol de brillantes et splendides civilisations. C’est sur cette terre que l’écriture et le calcul, entre autres, furent inventés. Mais la Mésopotamie c’est aussi Babylone et ses jardins suspendus (septième merveille du monde), Hammourabi et son code, Nabuchodonosor II et sa conception architecturale etc. etc. Bush savait-il quelque chose de tout cela ? Pourquoi avait-il laissé ses troupes piller et détruire l’histoire et le patrimoine du peuple irakien et de toute l’humanité ? Le musée et la bibliothèque de Bagdad ainsi que d’autres sites qui renferment des antiquités, des documents et des manuscrits sans prix ont été pillés et parfois incendiés sous les yeux des soldats américains. Des objets d’art par milliers notamment les deux lions en terre cuite de Babylone ont été détruits. Pourtant les conventions internationales, celle de Genève et de La Haye par exemple, interdisent le pillage et imposent à la puissance occupante de protéger le patrimoine culturel du pays occupé. Mais le droit c’est aussi le droit du plus fort.

Si aux yeux de l’administration américaine l’histoire et le patrimoine culturel de l’Irak ne méritent que mépris et indifférence, les puits de pétrole, eux, par contre étaient bien protégés et bien « sécurisés » pour utiliser le langage militaire et médiatique.

Les universités n’ont pas été non plus épargnées. La Mustansiriya, la grande université de Bagdad qui date du XIII siècle a été bombardée et les archives, manuscrits, livres rares etc. de sa bibliothèque ont été volés ou brûlés au grand jour et sous le regard de l’occupant.

Ce mépris affiché par l’administration américaine pour la vie des hommes, pour leur intelligence et leur patrimoine culturel rappelle quelque peu les réactions pleines de haine des phalangistes espagnols et le discours du courageux Miguel de Unamuno le 12 octobre 1936 à l’université de Salamanca dont il était recteur :« Cette université est le temple de l’intelligence. Et je suis son grand prêtre. C’est vous qui profanez son enceinte sacrée. Vous vaincrez parce que vous disposez de la force brutale ; vous ne convaincrez pas car il vous manque la raison » disait calmement le grand philosophe basque. « Vive la mort », « à bas l’intelligence » vociféraient les franquistes.

Il manquait peut-être à l’université de Bagdad un Unamuno irakien. Mais chaque époque et chaque pays produisent ses propres héros. L’Espagne de 1936 n’est pas l’Irak de 2003 et Franco n’est pas Bush. Pourtant le 14 décembre 2008 à Bagdad, un homme, Mountazer al-Zaïdi, s’est levé et a osé lancer ses chaussures sur Bush le président des États-Unis ! C’est un acte dérisoire face à l’ampleur de la tragédie irakienne. Mais ce geste a suffi pour enflammer les masses en Irak et à travers tout le monde arabe et bien au-delà. Partout à travers la planète, de temps à autre, les hommes et les femmes lancent leurs chaussures contre ceux qui, à leurs yeux, incarnent l’injustice. En Irak, il est devenu le symbole de la résistance à l’occupant.

La résistance irakienne, comme d’ailleurs la résistance afghane, qui est de mieux en mieux organisée et de plus en plus soutenue par la population, assène des coups significatifs à l’occupant. Pour la discréditer, la machine de propagande américaine et européenne que sont les grands médias traitent ces combattants de terroristes, d’islamistes, de poseurs de bombes, de bandits etc. Des accusations classiques de tout occupant envers toute résistance. Mais ces mêmes médias ne soufflent mot sur la tragédie que vit la population irakienne, ni sur une occupation basée sur un immense mensonge : les armes de destruction massive ! Bien au contraire, ils parlent de processus de normalisation, de gouvernement irakien légitime, d’élections libres et démocratiques etc.

La guerre de libération que mènent les combattants irakiens contre l’occupant est une résistance juste et légitime. Tous les citoyens du monde qui étaient des millions à crier leur hostilité à cette guerre impérialiste et, au-delà, tous les hommes et toutes les femmes qui aspirent à un monde débarrassé de cette barbarie destructrice de vies humaines pour, en dernière analyse, enrichir une minorité de privilégiés sans âme et sans coeur, doivent apporter leur soutien à la résistance irakienne.

 

Mohamed Belaali

 


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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 21:53

 

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Commentateurs, analystes, experts, hommes et femmes politiques vont se précipiter une nouvelle fois sur les plateaux de télévision et les salles de rédaction. Il s'agit des élections régionales des 14 et 21 mars 2010. Une élection de plus et une déception de plus! Le bavardage et le show médiatique des soirées spéciales sont destinés, au fond, à tromper et à duper la population. Car quelque soit le score des uns et des autres notamment celui du PS et de l'UMP, la réalité du pouvoir politique, elle, restera la même c'est à dire entre les mains de la classe économiquement dominante. Pour mieux légitimer la démocratie bourgeoise, on accordera quelques miettes à ceux que l'on appelle encore avec beaucoup de mépris les petits partis. S'il faut l'utiliser pour lutter contre la classe dirigeante, dénoncer son système et si possible améliorer la situation des classes dominées, elle ne permet nullement, loin s'en faut, le dépassement du capitalisme. L'horizon ultime de cette démocratie du capital, intimement liée à la propriété privée et à l'Argent, reste l'exploitation du travail salarié et la réalisation du profit. C'est une démocratie mutilée, aliénante, enfermée dans ses propres contradictions et ses propres limites.


 

La démocratie bourgeoise est « toujours confinée dans le cadre étroit de l'exploitation capitaliste et, de ce fait, elle reste toujours, quand au fond, une démocratie pour la minorité, uniquement pour les classes possédantes, uniquement pour les riches»(1). C'est une démocratie de et pour la classe minoritaire. Une étrange démocratie où l'immense majorité de la population doit se soumettre à l'infime minorité des riches! Et seuls les plus fortunés profitent, à travers les institutions bourgeoises, de l'essentiel des richesses. Ainsi le président de la République et le parlement, institutions fondamentales de l'État, tous les deux élus démocratiquement ont distribué aux classes aisées en 2008, 7.7 milliards d'euros (loi Tepa adoptée en 2007). De 2000 à 2008, l'État a accordé, sous forme d'allègements fiscaux et sociaux, une offrande de 30 milliards d'euros aux plus riches(2). Des milliards et des milliards d'euros des contribuables ont été déversés sur les banques et les industries automobiles pour les sauver d'éventuelles faillites. Il ne s'agit là que de quelques exemples parmi une infinité d'autres. En même temps, le gouvernement et le parlement s'acharnent contre les ouvriers et les employés c'est à dire la majorité de la population active, en promulguant lois et décrets leur imposant des «réformes» toujours plus douloureuses : moins de dépenses pour la Santé, pour l'Éducation, démantèlement des avancées sociales comme la réduction du temps de travail ou la retraite, plus de chômage, de précarité et de misère. Quelque soit la coloration politique du gouvernement et du parlement ce sont toujours les classes possédantes qui profitent de cette démocratie.

La liberté de la presse, pourtant inscrite dans la constitution, est un leurre et surtout une arme redoutable entre les mains de la bourgeoisie. Toutes les grandes chaînes de télévision, privées et publiques, tous les grands journaux, revues, AFP et autres instituts de sondages appartiennent à la classe dominante qui les instrumentalise pour servir ses propres intérêts présentés comme étant les intérêts de toutes les classes. Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) et France Télévisions dont le président est nommé par Sarkozy, sont également sous le contrôle et au service de cette même classe sociale. Et c'est cet appareil médiatique sophistiqué qui, en général, présélectionne les candidats, façonne l'opinion des citoyens et manipule leur choix. Il joue un rôle déterminant dans la production et la reproduction des idées de la minorité dominante. Par contre les idées liées aux intérêts de la majorité de la population sont subtilement écartées, ignorées, méprisées et étouffées. Celles et ceux qui relèvent la tête et contestent l'ordre établi sont dénigrés, stigmatisés et réprimés. Leurs actes et leurs paroles non seulement sont invisibles dans les grands médias mais parfois leur lutte est criminalisée.

Les périodes électorales sont d'une médiocrité et d'une misère affligeantes. Celle-ci ne fait pas exception. Démagogie, vulgarité et racisme caractérisent les déclarations des représentants de la classe dominante. Des mots doivent résonner dans les cerveaux imbibés d'idées rétrogrades et xénophobes d'une partie de la population élevée dans la haine de l'Autre: «racaille», «national», «insécurité», «immigration», «musulmans», «voile», «burqa» etc. Mais aussi des expressions et des phrases toutes faites: «nettoyage au Karcher», «Le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ça ne sera plus la France», «Une tronche pas trop catholique», «Tu me mets quelques blancs, quelques whites, quelques blancos,», «délinquant multirécidiviste chevronné» etc. etc.

Par contre, rien ou presque rien sur le chômage, la précarité et la pauvreté des plus démunis. Silence également sur les entreprises qui, en même temps, réalisent des profits et licencient (Total, Philips, Sanofi Aventis, Air Liquide etc.) ! Rien non plus sur les milliards d'euros distribués sous forme de Parachutes dorés, de retraites-chapeau, de bonus, de stock-option et d' actions gratuites à des «collaborateurs», opérateurs et autres traders. Pas un mot sur ces parasites spéculateurs qui raflent, sans travailler, des milliards d'euros. Et pendant que les riches continuent à s'engraisser, leurs représentants gavent «démocratiquement», à travers les grands médias notamment, les citoyens de mots et de phrases dans le seul but de les duper et de les détourner des vrais problèmes. La futilité, le racisme et le cynisme des propos des représentants des riches contrastent tristement avec la misère matérielle dans laquelle vivent, dans un pays pourtant riche, des millions d' hommes, de femmes et d'enfants . Pitoyable démocratie!

Une fois les élections terminées, on prépare les prochaines. Les élections constituent en effet une aubaine pour la classe dirigeante. Elles lui permettent de faire passer ses propres intérêts au nom de toute la population. Ses représentants, qui occupent à tour de rôle des sinécures grassement rétribuées, aussitôt élus, renient leurs promesses et foulent aux pieds les intérêts de l'immense majorité des citoyens pour servir ceux d'une minorité de riches. C'est là leur fonction essentielle!


La démocratie bourgeoise, par rapport aux régimes qui l'ont précédée, représente un énorme progrès. Elle favorise et facilite les luttes sociales et constitue une étape précieuse sur le chemin de la libération de l'esclavage salarié. Mais elle ne permet nullement de résoudre la contradiction fondamentale entre le travail et le capital, entre l'exploiteur et l'exploité. Il ne s'agit que d'une étape et non d'une limite infranchissable. C'est une démocratie où l'immense majorité est soumise à une infime minorité. Elle reste prisonnière de ses propres chaînes, celles du capitalisme. Toute marche vers le socialisme doit briser ces chaînes pour se libérer de cette dictature du capital.


Mohamed Belaali



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(1) V. Lénine, l'État et la Révolution. Édition de Pékin 1976, page 108.


(2)http://www.alternatives-economiques.fr/il-n-y-a-pas-que-le-bouclier-fiscal-_fr_art_633_42332.html



 

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 11:22

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