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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 19:19

 

Contre la culture de l'amnésie, une date à ne pas oublier : 17 octobre 1961.

Des centaines d'algériens ont été noyés et massacrés ce jour-là en plein Paris par l’État français.

 

https://m.ina.fr/video/1838481001002/dossier-historique-rafle-du-17-octobre-1961-video.html

 

 

 

 

 

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 06:54

A l'occasion du 53 ème  anniversaire de l'assassinat du Che et contre la culture de l'amnésie, je reposte ce texte.

 

 

 

«Toute notre action est un cri de guerre contre l'impérialisme et un appel vibrant à l'unité des peuples contre le grand ennemi du genre humain : les Etats-Unis».

Ernesto Che Guevara

 

 

 

Il y a cinquante trois ans jour pour jour, Ernesto Che Guevara a été exécuté à la Higuera le

9 octobre 1967 par l'armée bolivienne encadrée par la CIA américaine. Pour l'impérialisme yankee, le Che était devenu l'homme à abattre. Non seulement il représentait un danger pour les intérêts de la bourgeoisie américaine parce que la révolution a triomphé à Cuba à moins de 150 km des Etats-Unis, mais aussi et surtout parce que son combat contre l'impérialisme était total, planétaire. Le Che a bien compris que l'impérialisme, stade suprême du capitalisme, était le véritable ennemi des peuples. Combattre l'impérialisme partout à travers le monde était pour lui «le plus sacré des devoirs» (1) .

 

 

Poussé par la recherche effrénée du profit, l'impérialisme en tant qu'instrument de pouvoir de la bourgeoisie, tente de soumettre par la violence les peuples des trois continents. Pour le Che, la richesse des pays impérialistes et leur niveau de vie élevé reposent sur l'exploitation des autres peuples de la planète. Leur misère est directement liée à l'hégémonie et à la domination impérialiste :

 

«Depuis que les capitaux monopolistes se sont emparés du monde, ils maintiennent dans la misère la plus grande partie de l'humanité et partagent tous les profits à l'intérieur du groupe des pays les plus puissants. Le niveau de vie de ces pays repose sur la misère des nôtres. Pour élever le niveau de vie des peuples sous-développés, il faut donc lutter contre l'impérialisme» (2) .

 

Cette domination planétaire de l'impérialisme exige donc une lutte et une résistance également planétaires :

 

«En définitive, disait le Che, il faut tenir compte du fait que l’impérialisme est un système mondial, stade suprême du capitalisme, et qu’il faut le battre dans un grand affrontement mondial. Le but stratégique de cette lutte doit être la destruction de l’impérialisme» (3).

 

L'impérialisme américain et sa puissance restent le danger principal de l'humanité, «le grand ennemi du genre humain » comme disait le Che. L'impérialisme pour lui ce sont d'abord les États-Unis :

 

«En envisageant la destruction de l’impérialisme, il convient d’identifier sa tête, qui n’est autre que les Etats-Unis d’Amérique (…) L’impérialisme américain est coupable d’agression : ses crimes sont immenses et s’étendent au monde entier». (4)

 

Que faire alors face à cet ennemi des peuples, puissant et violent ?

 

«Le rôle qui nous revient à nous, exploités et sous-développés du monde, c’est d’éliminer les bases de subsistance de l’impérialisme : nos pays opprimés, d’où ils tirent des capitaux, des matières premières, des techniciens et des ouvriers à bon marché et où ils exportent de nouveaux capitaux (des instruments de domination) des armes et toutes sortes d’articles, nous soumettant à une dépendance absolue. (…) Puisque les impérialistes, avec la menace de la guerre, exercent leur chantage sur l’Humanité, la réponse juste c’est de ne pas avoir peur de la guerre. Attaquer durement et sans interruption à chaque point de l’affrontement doit être la tactique générale des peuples.Cela veut dire une guerre longue. Et, nous le répétons une fois de plus, une guerre cruelle. Que personne ne se trompe au moment de la déclencher et que personne n’hésite à la déclencher par crainte des conséquences qu’elle peut entraîner pour son peuple. C’est presque la seule espérance de victoire» (5).

 

Ernesto Che Guevara était persuadé que la défaite de l'impérialisme passe nécessairement par le triomphe de la révolution mondiale. La victoire ne sera jamais complète tant que d'autres peuples restent soumis à la domination impérialiste. La révolution cubaine n'était pour lui qu'un tremplin pour d'autres bouleversements à travers la planète. L'internationalisme non seulement reste un devoir pour tout révolutionnaire, mais surtout une nécessité stratégique dans la lutte anti-impérialiste. Il faut donc partout étendre et généraliser les luttes et les fronts anti-impérialistes afin de forcer l'ennemi à éparpiller ses forces :

 

«Comme nous pourrions regarder l’avenir proche et lumineux, si deux, trois, plusieurs Vietnam fleurissaient sur la surface du globe, avec leur part de morts et d’immenses tragédies, avec leur héroïsme quotidien, avec leurs coups répétés assénés à l’impérialisme, avec pour celui ci l’obligation de disperser ses forces, sous les assauts de la haine croissante des peuples du monde !»

(6)

 

Mais le Che ne se contentait pas seulement de discourir et de théoriser la lutte contre l'impérialisme. Il a mené personnellement, les armes à la main, un combat héroïque contre l'impérialisme américain que ce soit dans la Sierra Maestra cubaine, dans le maquis congolais ou encore dans la forêt et les montagnes boliviennes. Il ne suffit pas «de souhaiter le succès à la victime de l’agression, mais de partager son sort, de l’accompagner dans la mort ou dans la victoire» (7).

La pratique et la théorie pour le Che étaient étroitement liées et tellement imbriquées l'une dans l'autre qu'elles ne forment qu'un tout inséparable. Son intégrité, sa sincérité et son honnêteté, de l'avis même de ses ennemis, étaient totales. Sa vie, brève mais intense, se confondait avec ses idées. Il a été jusqu'au bout de ses convictions révolutionnaires, «dans une révolution on triomphe ou on meurt (si elle est véritable)» (8). Le pouvoir, le prestige, les honneurs... ne l'ont jamais corrompu. Son mode de vie gênait et irritait tous les bureaucrates qui s'installent confortablement dans leurs nouveaux postes de commandement.

Dans son combat permanent contre l'impérialisme yankee, Ernesto Che Guevara n'a pas hésité à troquer son poste de ministre de l'industrie contre celui de guérillero dans les maquis congolais et bolivien; «d’autres terres du monde réclament le concours de mes modestes efforts» disait-il (9) . Pour sa famille, il n'a légué aucun bien matériel. A ses enfants, il ne leur a laissé qu'une lettre dans laquelle il leur conseillait «d'étudier beaucoup» mais avant tout, ajoute-t-il «soyez surtout capables de sentir, au plus profond de vous-mêmes, toute injustice commise contre quiconque en quelque partie du monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire» (10) .

 

Le Che pensait que «Chaque fois qu'un pays se détache de l'arbre impérialiste, ce n'est pas seulement une bataille partielle gagnée contre l'ennemi principal, c'est aussi une contribution à son affaiblissement réel et un pas de plus vers la victoire finale. Il n'est pas de frontières dans cette lutte à mort. Nous ne pouvons rester indifférents devant ce qui se passe ailleurs dans le monde, car toute victoire d'un pays sur l'impérialisme est une victoire pour nous ; de même que toute défaite d'une nation est une défaite pour nous» (11) .

C'est dans cet esprit qu'il faut situer l'engagement du Che au Congo et en Bolivie, même si d'autres considérations entrent en ligne de compte, comme ses critiques de plus en plus virulentes à l'égard des pays socialistes : «Les pays socialistes, écrit-il dans son discours d'Alger, ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l'Ouest» (12) . Mais pour lui le combat anti-impérialiste partout à travers le monde, le seul qui vaille, l'emporte sur toute autre considération.

Ernesto Che Guevara était convaincu que «la victoire au Congo montrera aux africains que la libération nationale ouvre la voie au socialisme ; une défaite ouvrira la voie au néo-colonialisme» (13) .

En juin 1960 le Congo, un pays immensément riche en minerais de toute sorte, obtient son indépendance et Patrice Lumumba est élu chef du gouvernement. «Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle, nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang (…) L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain» déclarait Lumumba lors des cérémonies d'indépendance (14) .

Mais, Lumumba avant même de devenir premier ministre était déjà un farouche ennemi du colonialisme et de l'impérialisme. C'est lui qui disait «L’Afrique toute entière est irrésistiblement engagée dans une lutte sans merci contre le colonialisme et l’impérialisme» (15).

Contre l'amnésie historique, rappelons tout de même que «La Belgique était la puissance coloniale européenne la plus sanguinaire et répressive en Afrique. Les belges tant wallons que flamands avaient tués 10 à 12 millions de congolais» (16) .

Sentant leurs intérêts économiques et stratégiques menacés, le pouvoir colonial belge et l'impérialisme américain ont tout simplement décidé d'éliminer physiquement Patrice Lumumba par Tshombé et Mobutu interposés (17).

Après l'assassinat de Lumumba, dans des conditions atroces, d'autres hommes comme Pierre Mulele par exemple ont continué le combat anticolonialiste et anti-impérialiste du héros africain. Mais Mobutu avec l'aide notamment des américains et des belges a réussi à écraser la rébellion au prix de milliers de congolais loyalistes massacrés.

En décembre 1964, de la tribune des Nations Unies, Ernesto Che Guevara dénonce ce carnage et l'exploitation des pays pauvres par l'impérialisme :

 

«La philosophie du pillage, non seulement n'a pas cessé mais elle se maintient, plus forte que jamais; c'est pourquoi ceux-là mêmes qui ont utilisé le nom des Nations Unies pour assassiner Lumumba, assassinent aujourd'hui des milliers de Congolais, au nom de la défense de la race blanche».

Dans son discours du 30 novembre 1964, à l'occasion du 6ème anniversaire du soulèvement de Santiago de Cuba, le Che va encore plus loin dans sa dénonciation des crimes de l'impérialisme qui transforme les hommes en bêtes féroces et rend un vibrant hommage à Patrice Lumumba :

 

«(...) la bestialité de l'impérialisme, bestialité qui n'a pas de frontière précise et qui n'appartient pas à un pays déterminé. Les hordes hitlériennes se sont conduites comme des bêtes féroces, les américains d'aujourd'hui se conduisent comme des bêtes féroces, les parachutistes belges se conduisent comme des bêtes féroces, comme les impérialistes français en Algérie parce que il est dans la nature de l'impérialisme de transformer les hommes en bêtes, d'en faire des bêtes féroces assoiffées de sang qui sont disposées à égorger, assassiner, détruire jusqu'à la dernière image d'un révolutionnaire, d'un partisan d'un régime qui s'est retrouvé sous leur botte et qui lutte pour la liberté. Et la statue qui perpétue le souvenir de Lumumba - aujourd'hui détruite et reconstruite demain - nous rappelle aussi, avec l'histoire tragique de ce martyr de la Révolution mondiale, que l'on ne peut pas faire confiance à l'impérialisme, même pas un tout petit peu, en rien».

 

L’expérience congolaise était un échec. Le Che le dit lui-même sans détours : «Cette histoire est celle d’un échec» (18) . Ernesto Che Guevara ne se limitait pas à critiquer les autres. Il s'accusait lui-même. L'autocritique faisait partie intégrante de son caractère. N'est-ce pas lui qui disait à propos de l'étape congolaise «(...) nous avons échoué. Ma responsabilité est grande» ? (19) . Mais cet échec n'a pas entamé sa volonté de poursuivre son combat anti-impérialiste : « j’ai appris au Congo; il y a des erreurs que je ne ferai plus. Peut-être en répéterai-je d’autres, en commettrai-je de nouvelles aussi. J’en suis sorti avec plus de foi que jamais dans la guérilla» (20) .

Le voilà parti, une fois de plus, avec ses compagnons de différentes nationalités, allumer «deux, trois, plusieurs Viêt-nam» ailleurs qu'en Afrique. C'est «l'heure des brasiers et il ne faut voir que la lumière», cette phrase de José Marti, chère à Guevara, résume bien le nouveau combat anti-impérialiste que le Che veut livrer en Bolivie au cœur même du sous-continent américain. «L’Amérique, disait-il, constitue un ensemble plus ou moins homogène et dans presque tout son territoire les capitaux monopolistes américains maintiennent une primauté absolue. Les gouvernements fantoches, ou, dans le meilleur des cas, faibles et timorés, ne peuvent s’opposer aux ordres du maître yankee.(...) Par ailleurs, les bourgeoisies nationales ne sont plus du tout capables de s’opposer à l’impérialisme ( si elles l’ont jamais été) et elles forment maintenant son arrière-cour. Il n’y a plus d’autres changements à faire : ou révolution socialiste ou caricature de révolution» (21) .

Propager la guérilla révolutionnaire, ouvrir de nouveaux foyers pour affaiblir l'impérialisme yankee qui étouffe tous les peuples d'Amérique latine à commencer par le peuple cubain, voilà la nouvelle mission du Che en Bolivie. «Une nouvelle étape commence aujourd'hui» écrit-il dans la première page de son Journal de Bolivie. Il s'agit de réveiller par la guérilla les consciences endormies des peuples d'Amérique latine et les dresser contre leur ennemi commun, les Etat-Unis. Cette fois, il veut marcher sur les traces du grand libérateur Simon Bolivar.

A peine libérés de l'esclavage colonial espagnol et portugais, les peuples d'Amérique latine sont tombés dans une autre dépendance non moins féroce, celle de l'impérialisme nord-américain. Ce sont ces liens d'exploitation et d'oppression qui les maintiennent dans le sous développement et dans la misère que le Che a voulu, à sa manière, briser.

 

Mais cette «nouvelle étape», aussi désespérée qu'héroïque, sur son chemin de lutte contre l'impérialisme, était la dernière. Sa mort tragique et prématurée ne lui a pas laissé le temps d'aller jusqu'au bout de ses convictions libératrices. Le 9 octobre 1967, le grand Ernesto Che Guevara est mort sur le sol de cette Amérique latine où il a rencontré dans sa jeunesse tant de misères et de souffrances de ses ouvriers, de ses mineurs, de ses lépreux, de ses indigènes et de ses paysans. Mais le Che en tant qu'internationaliste disait «Qu’importe où nous surprendra la mort ; qu’elle soit la bienvenue pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu’une main se tende pour empoigner nos armes, et que d’autres hommes se lèvent pour entonner les chants funèbres dans le crépitement des mitrailleuses et des nouveaux cris de guerre et de victoire» (22).

 

Aujourd'hui l'impérialisme américain contre lequel s'est élevé le Che, les armes à la main, sème encore la terreur et la désolation à travers le monde. C'est lui qui menace d'attaquer le Venezuela et l'Iran comme il a attaqué hier l'Afghanistan, la Yougoslavie, l'Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen etc.

L'impérialisme américain est toujours aussi déterminé que par le passé à détruire et à anéantir tout gouvernement, toute opposition et toute résistance qui menacent ses intérêts économiques et stratégiques. Il est la négation du Droit des nations à disposer d'elles-mêmes.

Aujourd'hui l'impérialisme américain dans sa forme guerrière est devenu un monstre dont les conséquences notamment pour les peuples du Sud ont atteint des dimensions épouvantables.

Aujourd'hui, les États-Unis sont dirigés par un président réactionnaire, misogyne et raciste. Ce président milliardaire vient de durcir encore l’embargo sur Cuba. Rappelons que les américains occupent toujours une parcelle du territoire cubain où ils ont installé la base militaire de Guantanamo qui leur sert, entre autres, de centre de... torture !

L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, demeure toujours comme le disait le Che l'ennemi de l'homme. Et le système qui méprise les hommes ne peut respecter la nature.

Le combat héroïque et parfois désespéré mené par le Che à son époque et dans d'autres conditions contre l'impérialisme américain, n'a jamais été aussi actuel qu'aujourd'hui. La résistance se poursuivra inévitablement, dans des conditions différentes, tant que la violence et l'oppression impérialistes existent.

 

Le Che est mort, mais son souvenir restera, pour celles et ceux qui luttent contre l'impérialisme et contre toutes les formes d'injustices, «enfoui tel un trésor dans la partie la plus profonde, la plus secrète et la plus riche de leur être, réchauffant leur courage, attisant leur énergie» (23).

 

Mohamed Belaali

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(1)«En los nuevos campos de batalla llevaré la fe que me inculcaste, el espíritu revolucionario de mi pueblo, la sensación de cumplir con el más sagrado de los deberes: luchar contra el imperialismo dondequiera que esté: esto reconforta y cura con creces cualquier desgarradura». discursos/1965/esp/f031065e.html ierno/http://www.cuba.cu/gob

(2)Discours d'Alger (24 février 1965) :

https://unitecommuniste.fr/wp-content/uploads/2017/04/alger.pdf

(3)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(4)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(5) https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(6)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(7)Ibid.

(8)http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/1965/esp/f031065e.html

(9) http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/1965/esp/f031065e.html

(10)http://www.cubadebate.cu/especiales/2017/10/04/che-a-sus-hijos-su-padre-ha-sido-un-hombre-que-actua-como-piensa/#.XY25EUYzaUk

(11)https://unitecommuniste.fr/wpcontent/uploads/2017/04/alger.pdf

(12)Ibid.

(13)Pierre Kalfon « Che Ernesto Guevara, une légende du siècle » p.403.

(14)http://africultures.com/le-discours-dindependance-de-lumumba-9826/.

(15)[Exposé de Patrice Lumumba, Congrès pour la Liberté et la Culture», Université d'Ibadan. 22 mars 1959. Texte extrait du livre "La pensée politique de Patrice Lumumba" éditions Présence Africaine 1963 ] http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1447

(16)Tariq Ali dans « Les dilemmes de Lénine », page 186.

Voir aussi : https://information.tv5monde.com/afrique/Il-pleut-des-mains-sur-le-congo-lethnocide-colonial-belge-oublie

(17)https://www.jeuneafrique.com/105156/culture/assassinat-de-lumumba-2/

(18) « Passages de la guerre révolutionnaire : le Congo ».

(19)Ibid.

(20)Ibid.

Sur la Guérilla, voir « La guerre de guérilla » du Che, voir également le travail de MICHAEL LOWY https://www.persee.fr/docAsPDF/homso_0018-4306_1971_num_21_1_1443.pdf .

(21)Message à la Tricontinentale. Op. cit.

(22) Op.Cit.

(23)Ahmed Ben Bella premier président de l'Algérie indépendante. Le Monde diplomatique, octobre 1997.

 

 

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 06:58

 

«Transition écologique», «Croissance verte », «Développement durable», etc. l'écologie est devenue aujourd'hui la ruse du capitalisme, son cheval de Troie qui lui permet de poursuivre sa course effrénée au profit. Il suffit de voir avec quelle facilité le système a réussi à intégrer et à domestiquer la plupart des partis, organisations, mouvements, associations, personnalités etc. qui se réclament de la défense de la nature. Le combat écologique est ainsi transformé en combat pour la survie du système lui-même.

 

De par sa logique, le capitalisme tend à transformer l'écologie en une vulgaire marchandise, un article de commerce qui se vend et s'achète sur le marché. Pour les entreprises, l'écologie est un bon produit marketing, un marketing vert bien sûr, qui peut se révéler rentable même à court terme. Il s'agit de vendre aux consommateurs «responsables» des produits «protégeant» la nature, comme les voitures, le pétrole, les produits cosmétiques ou ceux de l'industrie agroalimentaire ! Les multinationales les plus polluantes et leurs patrons se présentent et se considèrent déjà comme des «militants» écologistes. Dans une lettre ouverte, ils appellent «à une mobilisation collective pour faire de la relance économique un accélérateur de la transition écologique». Parmi ces grands dirigeants d'entreprises, on trouve le patron de Total, d'Air France, de Saint-Gobain, d'Airbus, ArcelorMittal etc. (1) . Près de 200 responsables politiques, syndicaux, dirigeants d'entreprises, think tanks et ONG appellent à une «alliance européenne pour une relance verte» (2) . Même le Pape déplore une «conscience trop faible de la classe dirigeante face à l'urgence climatique» (3). Ainsi tout le monde ou presque s'inquiète pour l'avenir de notre planète. Tout le monde donc est « écolo » .

 


L'écologie politique (ou plutôt l'écologie dépolitisante) n'est pas en reste. Son but, en dernière analyse, n'est pas de sauver la planète, mais bel et bien le système qui est directement responsable de sa destruction, le capitalisme. C'est sa raison d'être. D'Al Gore à Greta Thunberg en passant par Nicolas Hulot et Yannick Jadot pour ne citer que ceux-là, leur rhétorique consiste, chaque jour qui passe, à nous convaincre que la lutte contre le réchauffement climatique passe inévitablement par le développement durable, la transition écologique et autre économie soutenable. Aucune de ces figures médiatisées ne remet en cause le capitalisme, premier et dernier responsable de la destruction de l'homme et de la nature. Bien au contraire. Elles ne sont là que pour le servir tout en faisant croire qu'elles travaillent pour préserver l'environnement.

 

Al Gore, le héros écologiste et fondateur du fonds d’investissement durable Generation Investment Management, le dit lui-même : le capitalisme est «fondamentalement supérieur à tout autre système d’organisation de l’activité économique» (4) . Il est même «impressionné par Emmanuel Macron» qui a nommé Nicolas Hulot comme  ministre d'État, ministre de la Transition écologique et solidaire. Pour Al Gore, Macron «a fait de la crise du climat une priorité absolue» (5) .

 

Nicolas Hulot, «personnalité préférée des français» et ministre de la Transition écologique de Macron donc, est une bonne marque, une garantie écologiste fiable pour le système. Tous les présidents français voulaient travailler avec lui, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron en passant par Nicolas Sarkozy et François Hollande. Pourtant son bilan écologique en tant que ministre de Macron est catastrophique. Il a même fini par démissionner. Mais cela ne l'a pas empêché de garder «une immense amitié pour ce gouvernement» (6) .

Nicolas Hulot continue à s'enrichir en vendant des shampoings et gels douches "Ushuaïa", des produits classés par Greenpeace sur la "liste rouge" des produits chimiques dangereux (7) .

 

J'admire et je soutiens Greta Thunberg disait l'aristocrate Christine Lagarde à Davos, haut lieu des des puissants grands défenseurs de la planète. Rappelons que Christine Lagarde était directrice du Fonds monétaire international avant de devenir présidente de la Banque centrale européenne, deux institutions capitalistes par excellence, ennemies des peuples et de la nature (8) .

Pendant que les maîtres du monde se réunissent à Davos, année après année avec ou sans Greta Thunberg, leur système continue d'affamer les peuples et de détruire la nature. Chaque jour, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants meurent de faim (9). Un système qui méprise l'homme ne peut respecter la nature.

 

Quant àYanick Jadot, un opportuniste dont l'écologie n'est qu'un paravent derrière lequel l'homme cache ses ambitions personnelles, il n'exclut aucune alliance y compris avec les forces politiques les plus réactionnaires pour arriver à ses fins. Même le Medef juge que le candidat Jadot est «le plus convaincant» pour les élections présidentielles de 2022 (10).

Il faut dire que Jadot n'a cessé de se prosterner devant le patronat en défendant «le capitalisme européen et le modèle social européen, qui ne sont pas les modèles chinois ou américain». Christiane Lambert présidente de la FNSEA, un syndicat dont le respect de la nature est de notoriété publique, est séduite par Yanick Jadot : «Vous n’êtes pas un vert radical, un vert foncé, vous êtes un vert nuancé» (11). Et pour être tout à fait crédible aux yeux de la classe dirigeante, Jadot n'a pas hésité à surfer lui aussi sur les thèmes de l'extrême droite comme la sécurité ou l'islamophobie devenues aujourd'hui, hélas, la doxa dominante. Dans une interview accordée à l'Obs, il déclare entre autres : «Nos sociétés sont tellement crispées et déstabilisées que des groupes tentent de remettre en question la sécularisation, de sortir des lois de la République au nom d’une idéologie ou de principes religieux. C’est inacceptable. Le burkini, ça n’a rien à faire dans une piscine !» (12). Rappelons pour mémoire qu'en 2005 déjà, Jadot avait défendu, avec tous les serviteurs de la classe dominante, le « oui » au référendum sur le traité établissant une constitution pour l'Europe(13).

D'ici les élections présidentielles, Yanick Jadot aura encore le temps de présenter d'autres gages aux oppresseurs capitalistes, responsables des catastrophes écologiques à répétition au nom bien sûr de la défense de l'environnement. Mais Jadot n'est que l'arbre qui cache la forêt. Europe écologie les verts ( EELV) a produit d'autres opportunistes de la trempe de Jadot comme Cohn-Bendit,  Pascal Canfin, Barbara Pompili ou encore François de Rugy. EELV est une véritable machine à fabriquer des carriéristes utiles au capitalisme qui les instrumentalise pour ses propres fins : exploitation de l'homme et destruction de la nature. Elle produira sans nul doute encore et encore des hommes et des femmes qui au nom de l'écologie viendront légitimer un système dont les lois et les mécanismes sont en profonde contradiction avec l'homme et son environnement.

 

L'écologie telle qu'elle est véhiculée par l'idéologie dominante est une immense manipulation de masse. C'est un instrument efficace au service du capital. Elle lui permet de masquer la rapidité et la brutalité avec lesquelles le système continue de détruire l'homme et la nature.  Il ne faut pourtant pas être d'une grande perspicacité pour comprendre que la destruction systématique de notre planète est intimement liée à cette course effrénée au profit qui caractérise le capitalisme. Faut-il en déduire qu'il ne faut rien faire dans l'immédiat ? Absolument pas. Mais il ne faut pas se limiter à cette guerre d'escarmouches. Il faut être conscient qu'on s'attaque aux effets et non aux causes qui engendrent ces effets. Il est illusoire de vouloir sauver la planète sans remettre en cause le système lui-même. La tendance générale du capitalisme n'est pas de préserver l'environnement, mais de le détruire. Il ne s'agit donc pas de le transformer ou de le réformer pour le rendre compatible avec l'environnement, mais de l'abolir par une révolution socialiste.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/03/mettons-l-environnement-au-c-ur-de-la-reprise-economique_6038523_3232.html?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1588524788

(2)https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/140420/coronavirus-pres-de-200-signataires-pour-une-relance-verte-europeenne?onglet=full

(3)https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/COP25-pape-Francois-appelle-une-volonte-politique-claire-2019-12-04-1201064440

(4)https://www.rse-magazine.com/Al-Gore-poursuit-sa-promotion-d-un-capitalisme-durable_a117.html

(5)https://www.parismatch.com/Actu/Environnement/Al-Gore-Je-suis-impressionne-par-Emmanuel-Macron-1269464

(6)https://reporterre.net/Nicolas-Hulot-demissionne-ce-qu-il-a-dit

(7)https://www.challenges.fr/politique/shampoings-ushuaia-la-machine-a-cash-de-nicolas-hulot-dans-le-viseur-du-canard-enchaine_485239

(8)https://www.srf.ch/play/tv/news-clip/video/greta-thunberg-trifft-christine-lagarde-engl-?urn=urn:srf:video:9d498101-0f0d-4409-a2cf-26799c446c27

(9)https://www.un.org/fr/chronicle/article/chaque-jour-25-000-personnes-meurent-de-faim

(10)https://www.franceinter.fr/eelv-et-le-medef-du-dialogue-de-l-ouverture-mais-pas-de-connivence

(11)https://www.la-croix.com/France/Yannick-Jadot-vert-nuance-devant-entrepreneurs-2020-08-28-1201111137

(12)https://www.nouvelobs.com/politique/20200916.OBS33387/exclusif-securite-laicite-islamisme-yannick-jadot-devoile-ce-que-ferait-un-president-ecolo.html

(13)https://fr.wikipedia.org/wiki/Yannick_Jadot

 

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8 septembre 2020 2 08 /09 /septembre /2020 07:10

Les violences policières sont d'abord et avant tout l'expression de la violence qui règne dans la société fondée sur la lutte des classes. Derrière la police il y a l'Etat et derrière l'Etat il y a le capital.

La violence policière n'est qu'un moyen d'asservissement et de domination de classe. La violence, la brutalité, le racisme, la xénophobie etc. font partie intégrante du fonctionnement de la société bourgeoise. L'oppression dans le capitalisme est multidimensionnelle. Les violences policières exercées sur les travailleurs immigrés, leurs enfants et leurs petits enfants, sur les Gilets jaunes et sur le mouvement social dans sa globalité s'inscrivent dans cette logique du maintien de l'ordre politique établi. Par cette violence et cette haine des classes populaires, la bourgeoisie tente de faire tourner la roue de l'histoire en arrière. Dans ce sens, elle est réactionnaire.

 

 

La situation faite aux enfants des travailleurs immigrés par la classe dominante, dont elle n'a plus besoin de leur force de travail (« armée de réserve industrielle»), est insupportable. Parqués dans des ghettos entourant les grandes métropoles industrielles, ils subissent plus que les autres catégories de la population toute sorte de violence, de racisme, d’humiliation et de mépris (1).

Pour les jeunes des banlieues, la lutte contre toute sorte de brimades et de brutalités est un combat quotidien. Ils affrontent constamment un système judiciaire qui les condamne promptement et injustement à de lourdes peines de prison et une police dont la violence les conduit souvent à la mort (2). Adama Traoré n'est que l'arbre qui cache la forêt tellement la liste des hommes morts dans les commissariats ou lors des interpellations policières est longue, trop longue.

L'ordre bourgeois, défendu par les forces de l'ordre, a constamment besoin pour se maintenir, d'inventer des boucs émissaires. Chaque période, chaque crise produit ses propres victimes. Aujourd'hui en France, les enfants et les petits-enfants des travailleurs immigrés sont l'une des cibles privilégiées de la classe dirigeante, ce qui lui permet de mieux masquer son désastre économique, social et politique. L'amalgame entre islam, terrorisme, séparatisme... sont des armes efficaces utilisées par la classe dominante, à travers le pouvoir médiatique, judiciaire et politique, pour mieux occulter sa responsabilité dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît la France aujourd'hui.

 

La violence médiatique, l'autre face de l'Etat, présente constamment les jeunes des cités populaires comme des «voleurs», «dealers», «violeurs», «terroristes»... Les grands médias, service public compris, donnent systématiquement des quartiers populaires une image partielle et partiale réduisant ainsi les injustices de classes à des phénomènes de violence et de délinquance.

 

La justice n'est pas en reste. Les verdicts sont connus d'avance. La présomption d'innocence est rarement respectée. Les peines d’emprisonnement ferme et les comparutions immédiates restent largement supérieures à la moyenne nationale . La rapidité avec laquelle les jeunes des quartiers ouvriers sont jetés en prison n'a d'égale que la lenteur des procédures impliquant des policiers. En France, il est difficile pour cette partie de la population d'obtenir la condamnation d'un policier. C'est une constante inscrite non pas dans un quelconque code, loi ou constitution, mais dans les faits. 

 

Cette situation facilite énormément la tâche d'une classe politique totalement domestiquée par le capital et en mal de voix d'une frange de la population élevée dans la haine de l'autre.

Les habitants des quartiers populaires sont traités de «sauvageons» (3) et de «racaille» qu'il faut nettoyer au «Kärcher» (4). Macron lui, veut tout simplement bâtir une société de vigilance contre l'islamisme et la radicalisation : «Une société de vigilance voilà ce qu’il nous revient de bâtir (…). C’est tout simplement savoir repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois et les valeurs de la République» (5). Cet appel intervient juste après un «débat» à l'Assemblée nationale sur l'immigration. Jean Castex à peine nommé premier ministre, déclarait préparer «Un projet de loi sur la lutte contre les séparatismes» (6). Quant à Gérald Darmanin, le nouveau Ministre de l'intérieur de Macron, « l'islam politique est un ennemi mortel pour la République» (7) et «il faut stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société» (8).

L'ironie de l'histoire, est que ce terme de «l'ensauvagement» a été déjà utilisé par Aimé Césaire il y a longtemps mais cette fois pour désigner la colonisation européenne qui a entraîné «l'ensauvagement du continent» ! (9)

 

«Sauvageons », «ensauvagement», «racaille», «séparatistes», «terroristes», les musulmans, les travailleurs immigrés, leurs enfants et leurs petits-enfants sont ainsi montrés du doigt.

En France, à la veille de chaque élection notamment présidentielle, la classe dominante et ses serviteurs nous ressassent inlassablement les mêmes mots et les mêmes propos haineux : démagogie, racisme (voir l'affaire Obono entre autres), islamophobie, xénophobie etc. Il s'agit d'ingrédients essentiels instrumentalisés par cette classe pour maintenir, vaille que vaille, l’accumulation et la concentration de la richesse entre les mêmes mains. Il lui est facile dans ces conditions de créer de toute pièce des boucs émissaires et de les jeter en pâture à la vindicte populaire.

Mais les jeunes, et les moins jeunes d'ailleurs, des quartiers populaires ne sont pas les seuls à subir les violences policières. Les Gilets jaunes sont probablement le mouvement le plus réprimé dans l'histoire récente de la France : utilisation des armes de guerre qu'aucun pays en Europe n'utilise, des yeux crevés, des mains arrachées, des blessures à la tête par centaines, des personnes placées en garde à vue par milliers etc. etc. (10).

Cette violence d'Etat condamnée par le Défenseur des Droits (11), Amnesty International (12), l'ONU (13), le Parlement européen (14) , le Conseil de l'Europe (15) reste impunie.

 

Et comme cette répression physique et judiciaire ne suffit pas, la classe au pouvoir utilise une autre arme non moins violente que les LBD ou les condamnations à des peines d’emprisonnement ferme; il s'agit de la propagande médiatique pour stigmatiser et discréditer le Mouvement aux yeux de « l'opinion publique » nationale et internationale. Président de la République, Gouvernement, journalistes, intellectuels, experts...défilent sur les plateaux de télévisions et stations de radio pour déverser leur haine de classe : une «foule haineuse», des «bœufs», des casseurs », des «nervis», des «salopards d’extrême droite et extrême gauche», des «fascistes», des «conspirationnistes», des «antisémites» etc. Certains vont même jusqu'à appeler les forces de l'ordre et l'armée à se servir des armes : «qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois ! […] On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies» disait Luc ferry ancien ministre de l'Education nationale ! (16).

 

La répression sauvage subie par les Gilets jaunes a mis en lumière le caractère de classe des violences policières. Au-delà des revendications économiques légitimes, la lutte des Gilets jaunes est d'abord un combat politique. «Macron démission » scandent les manifestants tous les samedis. Dès les premières manifestations, les Gilets jaunes sont allés crier leur colère et leur indignation sur les lieux même du pouvoir. «Emmanuel Macron oh tête de c. on vient te chercher chez toi» chantaient à pleins poumons les Gilets jaunes. Leur combat ne se limite donc pas seulement à des revendications immédiates mais s'attaque aussi aux conditions dans lesquelles les injustices de classe se reproduisent. Ce combat, le pouvoir ne peut le tolérer.

Dès que les damnés de la terre relèvent la tête et tentent d'améliorer leur misérable sort, ils trouvent face à eux non seulement la police et l'armée (le peuple comme ennemi intérieur), mais aussi une justice aux ordres et une propagande médiatique sans bornes. Et plus la lutte dure dans le temps et prend de l'ampleur, plus la classe au pouvoir devient brutale, arrogante et odieuse. Tous les discours sur l'Etat de droit, droit de l'homme, droit de manifester... ne sont que des mensonges qui, hélas, perdurent depuis trop longtemps.

 

La bourgeoisie ne recule devant rien pour se maintenir au pouvoir et perpétuer ses privilèges. Guerres, Esclavagisme, Colonialisme, Nazisme etc. toute son histoire n'est que violence et mépris des classes opprimées. La bourgeoisie française en attaquant les travailleurs immigrés et les Gilets jaunes s'attaque en fait à l'ensemble de la classe ouvrière. Toutes les forces progressistes, tous les citoyens appauvris, méprisés et humiliés doivent se dresser unis contre cette classe violente et arrogante. Sans cette unité, sans ce lien fraternel de solidarité, la classe dirigeante, ennemie du progrès, poursuivra sa politique de mépris et de haine de classe.


 

Mohamed Belaali

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(1)https://www.maire-info.com/upload/files/onzus_rapport_2014.pdf

(2)Voir, entre autres, l'intéressante étude de Fabien Jobard et Sophie Névanen «La couleur du jugement» : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2007-2-page-243.htm

(3)https://www.dailymotion.com/video/x780qfe

(4) https://www.youtube.com/watch?v=JvS6eG0JFOk

(5)https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2019/10/07/ceremonie-nationale-dhommage-aux-victimes-de-lattaque-du-3-octobre-2019-a-la-prefecture-de-police-de-paris

(6)https://www.gouvernement.fr/partage/11654-declaration-de-politique-generale-de-m-jean-castex-premier-ministre-assemblee-nationale

(7)https://www.youtube.com/watch?v=oLvT7-2ExDc

(8)https://twitter.com/gdarmanin/status/1286734267515572224

(9)https://www.socialgerie.net/IMG/pdf/cesairediscours_sur_le_colonialisme.pdf

(10)https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan

(11)http://www.assemblee-nationale.fr/presidence/Rapport-MO-09-01-18.pdf

(12)https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/usage-excessif-de-la-force-lors-des-manifestations

(13)https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=24166&LangID=F

(14)https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-8-2019-0127_FR.pdf?redirect(14)

(15)https://www.coe.int/fr/web/commissioner/-/maintaining-public-order-and-freedom-of-assembly-in-the-context-of-the-yellow-vest-movement-recommendations-by-the-council-of-europe-commissioner-for-

(16)https://www.dailymotion.com/video/x70bgv3

 

 

 

 

 

 

 

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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 06:05

«Toute violence politique repose primitivement sur une fonction économique»

F. Engels (1)

 

 

Aujourd'hui la peine de mort et les crimes à répétition de la police américaine contre les noirs remplacent les lynchages, les bûchers, les mutilations et autres pendaisons d'hier. Mais derrière la violence raciale se cache l'oppression de classe.

 

 

Aux États-Unis, 28 États sur 50 appliquent encore la peine de mort. 1518 personnes ont été exécutées depuis 1977 (2) . 2817 condamnés dont 53 femmes attendent dans les couloirs de la mort (Death Row) (3) . On va taire par pudeur la cruauté de ces exécutions.

 

L'arme politique que constitue la peine capitale est essentiellement utilisée contre les classes défavorisées : 95 % des personnes condamnées à mort provenaient de milieux pauvres (4).

Les privilégiés quant à eux, même en commettant les pires crimes, ont tous les moyens d'échapper à la mort.

 

Aux condamnations de classes, s'ajoutent les préjugés de race. La peine de mort constitue un indicateur essentiel du racisme anti-noir qui règne aux États-Unis. Ainsi, 42 % des condamnés sont noirs alors qu'ils ne représentent que 12 % de la population totale (5). 98 % des Procureurs, c'est à dire ceux qui décident réellement de la vie ou de la mort des accusés, sont blancs ! (6).

 

Les crimes perpétrés par la police contre les citoyens noirs et pauvres se succèdent et se ressemblent. Des policiers blancs asphyxient ou tirent à plusieurs reprises sur des noirs désarmés. Les policiers criminels sont très rarement condamnés (7). La complicité du système judiciaire américain avec l'institution policière est totale.

 

L'oppression raciale et l'oppression économique vont de pair. L'oppression raciale sert de justification et de légitimation à l'oppression économique. Pour comprendre cette relation et cette violence extrême exercée sur les noirs et les plus démunis en général, pour mieux les exploiter, il faut remonter aux XVIIème et au XVIIIème siècles avec la création des plantations coloniales qui nécessitaient une main-d’œuvre massive et servile.

 

Après l'extermination des indiens, les anglais et les français ont d'abord utilisé des esclaves blancs venus d'Europe. Mais avec le développement prodigieux des plantations de riz, coton, tabac et autres canne à sucre, le travail des esclaves blancs ne suffisait plus. L'importation d'esclaves africains devenait vitale pour la survie des plantations. L’Afrique est ainsi transformée comme disait Marx «en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires» (8). Il fallait absolument fournir ces plantations en force de travail la plus servile et la plus rentable possible :«Les esclaves sont envoyés dans toutes les plantations américaines de Sa Majesté qui ne peuvent subsister sans eux» (9). Aucun planteur n'était encore prêt à embaucher des salariés.

 

Ainsi la richesse fabuleuse accumulée par les planteurs américains était produite, sous le fouet, par des africains arrachés à leur continent par la force et la violence. Combien ont succombé à leurs souffrances dans les champs de coton, de tabac ou de canne à sucre ? Combien ont été castrés, mutilés, lynchés (10), brûlés vif, ou encore pendus ? Nul ne le sait avec précision.

 

A cette époque c'est à dire fin XVIIème et début du XVIIIème siècle, les esclaves blancs et noirs étaient considérés comme une main-d’œuvre servile et rentable, traités par conséquent avec la même violence. Les historiens rapportent même leurs luttes communes contre l'esclavage  : «Parce qu'ils travaillent ensemble dans les mêmes champs, les premiers américains de race noire et de race blanche, à l'exception des aristocrates, ont tissé de puissants liens de sympathie et de réciprocité. Ils se sont révoltés ensemble » (11). L'esclave noir n'était pas considéré comme un être inférieur ou supérieur à l'esclave blanc. Seules comptaient leur productivité et leur rentabilité. On ne trouve dans les écrits des trafiquants d'esclaves de cette époque aucune trace, aucun relent de racisme (12).

 

L'apparition du racisme anti-africain a commencé avec la lutte pour l'abolition de l'esclavage dans un contexte de développement du salariat en Europe et en Amérique du Nord. Pour faire face à cette menace, défendre leurs privilèges et perpétuer l'esclavage, les planteurs, les marchands d'esclaves et les esclavagistes en général ont utilisé des théories pseudo-scientifiques montrant que le noir s'approche davantage du singe que de l'homme (13). Les blancs (les européens) sont donc supérieurs aux noirs (les africains) physiquement et intellectuellement. Le racisme vient ainsi justifier et légitimer l'esclavage. Le concept économique et social de l'esclavage est devenu un concept racial. Le racisme est un produit authentique de l'esclavage.

 

Le racisme anti-noir s'est nettement développé par la suite. Il a fallu toute une guerre civile (guerre de Sécession 1861/1865), dont le rôle des anciens esclaves était décisif, pour mettre un terme au commerce des êtres humains entre l'Afrique et les États-Unis.

 

Si l'esclavage a été aboli, au moins formellement, le racisme quant à lui continue à se développer au grès des vicissitudes du développent du capitalisme. A l'esclavage succède le salariat, nouvelle forme de servitude. Le racisme doit s'adapter à son tour, sans disparaître totalement, à la nouvelle forme d'exploitation pour mieux la servir.

 

Malgré la nouvelle situation, le Sud défait, humilié et ruiné continuait pourtant à s'accrocher à ses valeurs esclavagistes et racistes. La frustration et la haine du noir devenu citoyen, ont créé un climat propice au développement d'organisations terroristes et racistes. La plus connue et la plus violente aussi est certainement le Ku Klux Klan. L'organisation jouissait à ses débuts d'une grande popularité et d'une complicité des autorités politiques (président Andrew Johnson) et judiciaires( codes noirs, lois Jim Krow). Le Klan se présentait comme le défenseur de la suprématie de la race blanche menacée par le péril noir. Sa priorité était de s'attaquer aux noirs affranchis. L'organisation ne reculait devant aucun moyen pour terroriser la population noire: lynchages, bûchers sur les places publiques , pendaisons, assassinats, mutilations, viols etc. Il est difficile de donner un nombre précis des victimes noires du Klan (14).

 

Le Ku Klux Klan a connu plusieurs vies et plusieurs versions différentes de 1865, date de sa création, à aujourd'hui sans jamais abandonner réellement sa doctrine originelle, la suprématie de la race blanche et la haine du noir même si le racisme basé sur la supériorité biologique n'a aucune base scientifique. Le Klan a mené en fait un combat d'arrière garde. Il n'a jamais compris que l'esclavage ne correspondait plus à la réalité d'un capitalisme en plein développement et que le prolétaire avait remplacé l'esclave. De surcroît le prolétaire noir est plus rentable et plus corvéable que le prolétaire blanc.

 

Mais le nouveau Klan tente de s'adapter, avec beaucoup de retard et de difficultés, à la réalité d'aujourd'hui. Car le Ku Klux Klan est toujours utile pour la classe dominante ne serait-ce que pour entretenir et perpétuer, par son agitation et les préjugés raciaux qu'il propage, la division au sein de la classe ouvrière. Le Klan a réussi à transmettre à de nombreuses organisations racistes cette culture de violence et de haine envers la population noire. C'est d'ailleurs l'une de ces organisations, le « New empire knights » se réclamant du Klan, qui a appelé à soutenir Darren Wilson le policier qui a assassiné le jeune noir Michael Brown à Ferguson le 9 août 2014. Pour cette organisation, le policier blanc « n'a fait que son boulot contre le nègre criminel» (15).

 

 

Le racisme, la violence et d'une manière générale l'oppression de classe et de race ne sont que des moyens au service du profit et de l'accumulation du capital. Le racisme a servi dans le passé l'esclavage, il sert aujourd'hui, sous des formes différentes, l'esclavage capitaliste, le salariat. Il est vrai aussi que cette violence revêt une dimension spécifique aux États-Unis du fait du fardeau de l'histoire. Le travailleur noir subit l'exploitation de classe mais aussi l'oppression de race. Pour les travailleurs noirs, la lutte contre le racisme est un combat quotidien, vital. Ils affrontent constamment, entre autres, les brutalités policières et la violence d'un système judiciaire qui les envoie souvent et injustement dans les couloirs de la mort. Mais la lutte des travailleurs noirs, aussi fondamentale soit-elle, ne suffit pas à les libérer des chaînes du capital. L'alliance avec les travailleurs blancs est indispensable pour améliorer leurs conditions quotidiennes d'existence et surtout pour entreprendre ensemble une lutte d'envergure pour l'abolition du salariat source de leurs division et de leur oppression.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)F. Engels «Le rôle de la violence dans l'histoire». Éditions Sociales, page 37.

(2)https://www.peinedemort.org/usa/executions

(3)https://acatfrance.fr/public/manuel-pdm2018-web.pdf

(4)https://www.acatfrance.fr/actualite/peine-de-mort-aux-etats-unis---les-pauvres-en-premiere-ligne

(5)http://www.deathpenaltyinfo.org/documents/FactSheet.pdf

 

https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/us.html

 

(6)https://files.deathpenaltyinfo.org/legacy/files/pdf/WholivesFrench.pdf

 

(7)https://www.americanbar.org/groups/crsj/publications/human_rights_magazine_home/human_rights_vol36_2009/spring2009/the_right_to_life_policing_race_and_criminal_injustice/

(8)Le Capital - Livre premier. L'accumulation primitive :

 

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm

 

(9)Document de la Royal African Company fondée en 1672, cité par S.U. Abramova in «Aspects idéologiques, doctrinaux, philosophiques, religieux et politiques du commerce des esclaves noirs » :

 

http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001236/123654fo.pdf

 

(10)L'origine du mot « lynchage » est controversée. Certains l'attribuent à William Lynch (1742-1820) , d'autres à Charles Lynch (1736-1796), d'autres encore citent Willy (ou Willie) Lynch auteur présumé d'un texte de 1712 où il explique comment briser la résistances des esclaves noirs. Mais dans tous les cas le terme « lynchage » désigne des exécutions sommaires et barbares se généralisant au sud des États-Unis notamment pour mieux soumettre la population noire.

(11)Lerone Bennett cité par Haïti Infos :

 

http://www.haitiinfos.net/2012/12/les-origines-du-racisme/

 

(12)S.U. Abramova, op cit. Voir également sur ce point les travaux de l'historien américain Isaac Saney

 

(13)Voir entre autres, les travaux de : P. Camper sur l'angle facial :

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Petrus_Camper

 

(14)Par contre Equal Justice Initiative a publié récemment une étude sur le Lynchage aux Etats-Unis :

 

https://eji.org/wp-content/uploads/2019/10/lynching-in-america-3d-ed-080219.pdf

 

 

(15)http://www.usatoday.com/story/news/nation-now/2014/08/19/ku-klux-klan-ferguson-police-michael-brown/14275115/

 

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 06:09

 

   

   Macron vient de démontrer d'une manière éclatante que la séparation des pouvoirs chère à John Locke, à Montesquieu et à tous les bourgeois n'existe tout simplement pas. La preuve ? Le Président de la République rédige de ses propres mains une lettre envoyée au Parquet national financier pour lui demander de classer l'affaire de son ami Kohler, secrétaire général de l’Élysée. Effectivement, le premier rapport de police qui accablait le bras droit de Macron a été réécrit à nouveau à la lumière de cette attestation afin de dédouaner Alexis Kohler. Résultat, l'affaire a été classée. Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres (1).

 

La séparation des pouvoirs est un gros mensonge que l'idéologie dominante, c'est-à-dire celle de la classe qui domine économiquement, a réussi à fixer dans le crâne des citoyens comme une vérité indiscutable.

 

Ainsi fonctionne la justice bourgeoise. Pour les uns, la justice frappe durement et lourdement, pour les autres, elle est plus indulgente et complaisante.

 

La justice, le droit, la loi...ne sont en dernière analyse que l'expression des rapports de production et de domination. Ils n'ont aucune autonomie, aucune histoire ni aucune logique propre.

 

Macron comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs, représentants serviles de la bourgeoisie, peuvent en totale impunité violer non seulement la séparation des pouvoirs mais aussi toutes les lois.

 

Toutes les protestations si elles sont utiles voire indispensables pour montrer ce visage hideux de la bourgeoisie, demeurent insuffisantes. Il ne faut pas se faire d'illusion sur le résultat final de ces dénonciations ; car elles s'attaquent aux conséquences et non aux racines du mal. 

 

 Il ne faut donc pas se borner à lutter seulement contre les effets du système qui produit cette violation et cette violence, mais à travailler en même temps au renversement du pouvoir du capital.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.mediapart.fr/journal/france/090620/emmanuel-macron-s-exempte-de-la-separation-des-pouvoirs

 

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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 07:09

 

Ce texte a été écrit en janvier 2012. Il reste, hélas, dramatiquement actuel. Depuis cette date, de nombreuses victimes des violences policières sont venues allonger une liste déjà trop longue. Adama Traoré, Steve Caniço, Cédric Chouviat, Sabri Chouhbi... morts comme beaucoup d'autres lors de leur interpellation ne seront, malheureusement, pas les derniers à mourir entre les mains de la police.

 

 

 

Ali Ziri 69 ans, Mohamed Boukrourou 41 ans, Abou Bakari Tandia 38 ans, Amadou Koumé 33 ans, Pascal Taïs 32 ans, Abdelkarim Aouad 30 ans, Wissam El-Yamni 30 ans, Mohammed Saoud 26 ans, Abdelilah El Jabri 25 ans, Lamine Dieng 25 ans, Malik Oussekin 22 ans, Hakim Ajimi 22 ans, Rémi Fraisse 21 ans, Zied et Bouna 17 et 15 ans … La liste des hommes morts dans les commissariats, ou lors des interpellations policières est longue, trop longue. Et il ne s'agit là que de quelques noms des victimes connues et répertoriées. D'autres morts viendront, hélas s'ajouter à cette interminable liste macabre. Car la police n'est qu'un instrument parmi tant d'autres que la bourgeoisie utilise pour asseoir sa domination de classe. L'ordre bourgeois, défendu par les forces de l'ordre, a constamment besoin pour se maintenir d'inventer des boucs émissaires. Chaque période, chaque crise produit ses propres victimes. Aujourd'hui en France, les enfants et les petits-enfants des travailleurs immigrés parqués dans des ghettos entourant les grandes métropoles industrielles sont l'une des cibles privilégiées de la classe dirigeante, ce qui lui permet de mieux masquer son désastre économique, social et politique.

 

La brutalité exercée sur cette partie de la population fragilisée par le chômage de masse (1) n'est pas seulement le fait de la police. La propagande médiatique présente souvent les jeunes des quartiers populaires comme des «voleurs», «dealeurs», «violeurs», «terroristes» etc. Cette stigmatisation généralisée facilite par la suite la tâche des hommes politiques en mal de voix d'une frange de la population élevée dans la haine de l'autre. Il faut nettoyer au «Kärcher» les cités de ces «sauvageons» et de cette «racaille» qui troublent la paix des «honnêtes gens». Il faut reconquérir ces «zones de non droit».

Les tribunaux, où les verdicts sont connus d'avance, prennent la relève des hommes politiques. La présomption d'innocence est rarement respectée. Les peines d’emprisonnement ferme et les comparutions immédiates où les droits de la défense sont moins garantis, restent largement supérieures à la moyenne nationale (2). La rapidité avec laquelle les jeunes des quartiers ouvriers sont jetés en prison n'a d'égale que la lenteur des procédures impliquant des policiers. En France, il est difficile pour cette partie de la population d'obtenir la condamnation d'un policier. C'est une constante inscrite non pas dans un quelconque code, loi ou constitution, mais dans les faits. «Il vaut mieux être policier que simple citoyen. Ils sont couverts» disait Boubaker Ajimi, père d'Hakim Ajimi mort, victime des violences policières(3). Amnesty International constate les faits suivants : «Insultes racistes, recours excessif à la force, coups, homicides illégaux – telles sont les allégations de violations des droits humains commises par certains policiers français». L'organisation dénonce «un système qui favorise l'impunité des policiers accusés de ces actes» (4). Il s'agit d'une véritable justice de classe. L'indépendance de la justice est une chimère que le discours dominant a du mal à masquer.

Police, justice, médias et hommes politiques sont ainsi unis, sans jamais le reconnaître, dans leur croisade contre les jeunes des cités populaires. Ce sont eux qui attisent la haine entre citoyens pour mieux les diviser en jouant sur les préjugés nationaux, raciaux et religieux. Ce sont eux qui fabriquent des coupables en utilisant la délation rémunérée. Et ce sont toujours eux qui présentent les jeunes des cités comme responsables des malheurs de la France pour mieux masquer la faillite économique, sociale et morale de la bourgeoisie qu'ils servent.

Paupérisés, marginalisés et méprisés par une bourgeoisie qui n'a plus besoin de leur force de travail, les jeunes des cités se révoltent à intervalles réguliers. Leur rage et leur colère jaillissent, comme les flammes des voitures qu'ils brûlent, des conditions matérielles d'existence inhumaines. Leur révolte n'est pas dirigée uniquement contre les brutalités policières; elle embrasse l'ensemble des symboles et institutions de l'ordre bourgeois qui les opprime au quotidien à commencer par l'école. Celle-ci n'est que le reflet d'une société de classe. Le tri, le classement, la hiérarchisation et la sélection restent, pour l'essentiel, son mode de fonctionnement. L'école broie celles et ceux qui ne possèdent pas ou qui ne maîtrisent pas les codes culturels eux-mêmes déterminés par le milieu social malgré le courage et le dévouement de ses personnels qui travaillent dans des conditions difficiles. Même les experts d'une organisation libérale comme l'OCDE le reconnaissent : « En France plus qu’ailleurs, la réussite dépend du milieu économique» (5).

La révolte des cités n'est pas seulement le fait des jeunes. Nombre d'adultes témoignent de leur solidarité à l'égard des émeutiers, sans parler des familles qui soutiennent leurs enfants, car elles subissent les mêmes problèmes et les mêmes humiliations.

Ces humiliés ont montré à plusieurs reprises qu'ils sont capables de se mettre en colère, de se révolter et de se dresser contre un ordre injuste contrairement à un lumpenproletariat qui se trouve souvent du côté de la classe dominante. Leur révolte est un acte social et politique dirigé contre un État policier qui opprime et punit les plus fragiles de la classe ouvrière même si l'on s'obstine à ne pas le reconnaître. Pour la classe dirigeante, il ne s'agit que de «voyous» et de brûleurs de voitures organisés en bandes qui troublent l'ordre public et qu'il faut impitoyablement réprimer. «le rétablissement de l'ordre public était un préalable(...) Nous faisons face à des individus déterminés, à des bandes structurées, à de la criminalité organisée, qui ne recule devant aucun moyen pour faire régner le désordre et la violence» déclarait Dominique de Villepin dans un ton aristocratique devant un hémicycle de l'Assemblée Nationale comble (6).

«La racaille» va alors payer cher son audace et son insolence à vouloir secouer cet ordre qui l'humilie et la méprise en permanence. Après les émeutes de 2005, la police a procédé à des milliers d'interpellations et les tribunaux ont distribué des années de prison ferme. Le gouvernement a même proclamé l'état d'urgence et le couvre-feu qui l'accompagne; décision rare dans l'histoire récente de la France. En fouillant dans son passé, la République bourgeoise a trouvé une loi, celle 1955, conçue pour imposer l'ordre colonial en Algérie. Cinquante ans après, elle l'exhume pour mater la révolte des enfants et des petits-enfants des travailleurs immigrés ! Aux problèmes sociaux et politiques, l'État français répond par des mesures guerrières !

Cet État qui mobilise des moyen répressifs extraordinaires pour briser les révoltes d'une population qui n'aspire qu'à vivre dignement, montre une grande faiblesse complice face, entre autres, aux hommes politiques corrompus, face aux marchés financiers qui détruisent l'économie de tout un peuple. La bonne société bourgeoise qui s'indigne tant de la violence des jeunes des quartiers ouvriers s'accommode très bien de la brutalité autrement plus profonde des vautours de la finance internationale. Cette révolte a eu au moins le mérite de montrer au grand jour la lâcheté de la bourgeoisie et les valeurs hypocrites de sa République.

 

Les forces du progrès ne doivent pas abandonner les habitants des ghettos-cités aux forces obscures et réactionnaires. Les travailleurs immigrés, leurs enfants et leurs petits-enfants qui sont nés sur le sol de ce pays font partie intégrante, pour la majorité d'entre eux, de la classe ouvrière. Ils subissent plus que les autres les ravages du chômage, de la précarité et les affres des humiliations en tout genre. Cette insécurité et cette violence permanentes exercées sur cette fraction fragile de la société par une bourgeoisie arrogante et brutale, montrent à l'évidence que leur révolte est légitime. Ses morts, nombreux et anonymes, ne sont pas reconnus et encore moins décorés par la République.

Leur combat doit être celui de toutes les forces qui s'opposent à cet ordre injuste. Prolétaires, précaires et chômeurs de tous les quartiers unissez-vous contre votre ennemi commun, la bourgeoisie.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.ville.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_onzus_2011.pdf

(2)Voir l'intéressante étude de Fabien Jobard et Sophie Névanen «La couleur du jugement» :

http://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2007-2-page-243.ht

(3)http://lmsi.net/Des-policiers-au-dessus-des-lois

(4)http://www.amnesty.org/fr/library/asset/EUR21/003/2009/fr/37f51e9b-e064-4f1f-8656-1683851cc215/eur210032009fra.html

(5)http://www.france24.com/fr/20101207-france-education-ocde-rapport-systeme-enseignement-baisse-niveau-scolaire-chatel-zep

(6)http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/11/08/a-l-assemblee-m-de-villepin-justifie-l-etat-d-urgence_708050_3224.html

 

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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 07:18

«Keep America great!» dit Trump. Regardons de plus près cette prétendue «grandeur» de l'Amérique : près de 2 000 000 de personnes infectées par le covid-19, plus de 100 000 morts, des cadavres jetés dans des fosses communes creusées par des prisonniers dans la ville de New York, des chômeurs par millions avec des indemnités dérisoires, des soupes populaires avec leurs files d'attente interminables distribuées dans tout le pays, des infrastructures sanitaires défaillantes, une assurance maladie quasi inexistante, un racisme toujours présent qui s'étend même à d'autres couches de la société (1) et choque le monde entier par sa brutalité et sa barbarie (2), des ventes d'armes à feu qui ont doublé (3), un président irresponsable et incompétent...Voilà le triste visage de l'Amérique révélé au grand jour par le coronavirus. Et pour mieux cacher cette situation honteuse qui résume à elle seule toutes les tares de la société américaine, le milliardaire Trump passe son temps à tweeter et à inventer des boucs émissaires externalisant ainsi sa gestion criminelle de la pandémie, le tout à quelques mois des élections de novembre 2020. Étrange président qui tire sa force de sa faiblesse, qui justifie son échec présent contre le virus par des victoires futures, qui puise sa science médicale dans le charlatanisme (4) et sa popularité dans le mépris qu'il inspire.

 

 

La première puissance est ainsi incapable de soigner et de protéger ses propres citoyens dont une partie souffrait déjà de maladies chroniques et d'obésité (5) et a fortiori incapable d'apporter la moindre assistance aux autres pays du monde. Non seulement les États-Unis n'apportent aucune aide aux autres nations, mais empêchent des pays comme Cuba, dont le système de santé est l'un des plus efficaces au monde, d'envoyer ses brigades en blouses blanches partout à travers le monde pour combattre le terrible virus (6).

Alors que la pandémie est planétaire, les États-Unis n'envisagent aucune aide ni aucune coopération avec les autres nations en matière de recherche d'un vaccin par exemple pour combattre cette maladie mortelle. Ils sont restés sourds à toute forme de solidarité internationale. L'Amérique n'a pas pris non plus la tête d'une coalition contre le virus comme elle sait bien le faire lorsque il s'agit d'envahir militairement les autres pays. Autant elle est prompte à semer la mort un peu partout à travers le monde pour défendre ses intérêts économiques et stratégiques, autant elle est totalement impuissante lorsqu'il s'agit de sauver des vies humaines. «On observe dans la crise actuelle une absence totale de leadership américain» constate le politologue Matthew Kavanagh (7).

Certains vont jusqu'à penser que «nous sommes peut-être en train de vivre le moment où la puissance géopolitique va se détourner des États-Unis et de leurs alliés» (8).

Il est donc manifeste que les États-Unis sont incapables de jouer pour longtemps le rôle de leadership mondial. Désormais ils ne peuvent plus, comme par le passé, imposer aux autres nations leur vision du monde.

 

Pour mieux détourner l'opinion mondiale et masquer sa responsabilité dans la gestion criminelle de la pandémie, l'administration Trump invente, sur fond des élections de novembre, des boucs émissaires. Ainsi le président des États-Unis a décidé de punir l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) alors en pleine bataille contre la pandémie en lui retirant sa contribution financière «sous prétexte qu’elle a  gravement failli dans la gestion de la pandémie et qu’elle en a dissimulé la propagation» (9). Le 29 mai 2020, Trump rompt définitivement ses relations avec l'OMS (10).

Les conséquences de cette décision peuvent se révéler à court terme dramatiques notamment pour les pays pauvres dont le système de santé dépend en partie de l'OMS. La revue scientifique médicale The Lancet affirme que «la décision du président Trump de nuire à une agence dont le seul but est de protéger la santé et le bien-être des peuples du monde est un crime contre l'humanité» (11).

Mais l'ennemi principal des États-Unis reste la Chine. Dès le début de la crise sanitaire, Trump parlait du «virus chinois», expression qu'il utilisait ad libitum (12). En accusant la Chine, Trump non seulement externalise son propre échec, mais cela lui permet de se présenter comme un «sauveur», un «chef de guerre» contre un ennemi puissant et dangereux qui a laissé «échapper» volontairement le virus d'un laboratoire de Wuhan que Mike Pompeo appelle d'ailleurs «le virus de Wuhan». Il n'en faut pas plus pour exciter sa base et la mettre en ordre de bataille surtout si ce qualificatif de «chinois» s'accompagne de l'indignation des militants des droits de l'homme, des anti-racistes... Peu importe s'il n'existe aucune preuve, jusqu'à aujourd'hui, pour corroborer ces accusations. Le président américain veut même «limiter l’entrée des ressortissants chinois sur son territoire». L'administration Trump va encore plus loin. Elle veut faire payer la Chine pour tous les dégâts causés par le coronavirus non seulement aux États-Unis mais dans le monde entier ! (13).

Mais pour sa réélection, qui reste la priorité absolue, Trump ne se contente pas d'attaquer la Chine,

il faut aussi et surtout que l'économie redémarre. La crise économique et son corollaire le chômage de masse peuvent entraver sérieusement cette réélection. Les mesures de restriction constituent pour lui des obstacles qu'il faut éliminer quitte à sacrifier des dizaines de milliers de vies humaines. Il multiplie alors ouvertement les appels à la révolte contre le confinement (14). Des manifestants, certains les armes à la main, sont descendus dans la rue dans plusieurs Etats répondant ainsi aux appels de rébellion de Trump (15). Alors que le virus est hors de contrôle, Trump ordonne aux américains de reprendre le travail.

Pendant ce temps, la pandémie continue à ravager le pays. Le seuil des 100 000 morts est franchi sachant que le nombre réel des contaminations et des décès est beaucoup plus élevé (16). Mais Trump est déjà en campagne électorale et promet aux américains «une année incroyable, économiquement.(...)l’année prochaine va être une très grande année. Il y a une énorme demande. Vous le voyez avec le marché boursier» (17). Il transforme ainsi sa défaite actuelle sur le plan sanitaire avec toutes ses conséquences par une victoire future sur le plan économique.

 

Il ne s'agit pas de rendre Trump seul responsable de cette situation ni de lui attribuer des forces extraordinaires qu'il ne possède pas. Les événements qui se déroulent actuellement sous nos yeux aux États-Unis ne se sont pas produits comme un éclair dans un ciel sans nuages. Ils sont le produit des rapports de classes que la crise sanitaire et économique ont exacerbés. Ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis n'est ni un problème local ni national mais un problème social qui touche, avec évidemment d'énormes différences de degré mais jamais d'essence, tous les pays où règne la loi du profit.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/09/coronavirus-aux-etats-unis-victimes-de-discrimination-les-asiatiques-contre-attaquent_6036105_3210.html

(2)https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/aux-etats-unis-la-violence-contre-les-noirs-de-plus-en-plus-exposee-en-images-cac95e546320f28269856dbd630637bd

(3)https://www.nytimes.com/interactive/2020/04/01/business/coronavirus-gun-sales.html

(4)https://www.ladepeche.fr/2020/04/24/coronavirus-donald-trump-suggere-un-traitement-aux-uv-ou-des-injections-a-leau-de-javel,8860606.php

(5)https://www.nytimes.com/2018/03/23/health/obesity-us-adults.html

(6)http://www.belaali.com/2020/04/hommage-a-l-aide-medicale-internationale-de-cuba.html

(7)https://www.liberation.fr/planete/2020/03/31/face-au-coronavirus-on-observe-une-absence-totale-de-leadership-americain_1783673

(8)http://www.slate.fr/story/189642/covid-19-trump-fin-leadership-americain-chine

(9)https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/16/trump-et-l-oms-un-jeu-dangereux_6036778_3232.html

(10)https://www.20minutes.fr/monde/2789419-20200530-video-coronavirus-donald-trump-coupe-ponts-oms

(11)https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30969-7/fulltext

(12)https://factba.se/search#chinese%2Bvirus

(13)http://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20200428-coronavirus-trump-n-exclut-pas-demander-r%C3%A9parations-chine

(14)https://www.liberation.fr/direct/element/trump-appelle-a-la-revolte-contre-le-confinement_112465/

(15)https://www.20minutes.fr/monde/2762919-20200418-coronavirus-manifestations-anti-confinement-multiplient-etats-unis-trump-semble-encourager

(16)https://www.france24.com/fr/20200527-covid-19-les-%C3%A9tats-unis-passent-la-barre-des-100-000-morts

(17)https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/07/coronavirus-donald-trump-determine-a-rouvrir-au-plus-vite-les-etats-unis_6038938_3210.html

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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 07:40

La pandémie a non seulement mis en lumière, plus encore qu'en temps ordinaire, les inégalités et les injustices sociales existantes, mais surtout elle les a amplifiées et exacerbées. Mais si le virus est planétaire et touche toutes les classes sociales, il frappe d'abord et surtout les plus démunis. Les prolétaires du monde entier sont les premières victimes du Covid-19. En effet, de par leurs conditions d'existence, ils développent plus que les autres des formes graves du virus. Si l'âge, le genre etc., ont leur importance, le critère de classe reste déterminant. Le virus ne frappe pas indistinctement «les premiers de cordée» et «les premiers de corvée». Les classes sociales ne sont pas égales face à cette terrible maladie. En plus de la pandémie, les travailleurs subissent plus que toute autre catégorie sociale les affres de la crise économique et de l'exploitation. Ainsi, aux inégalités sanitaires s'ajoutent les inégalités économiques. Les prolétaires subissent ainsi la double peine : entre un virus mortel et la misère, leur dilemme reste insoluble. Pour qu'une classe puisse vivre, il faut qu'une autre se sacrifie. Si les deux crises alimentent un sentiment d'injustice et de révolte, nul ne peut prédire aujourd'hui si les damnés de la terre vont pouvoir relever la tête et mener un combat politique, ou au contraire seront broyés par des gouvernements qui utilisent déjà la crise sanitaire comme une opportunité pour empêcher toute contestation et toute résistance à leur gestion criminelle de la pandémie et à leur politique de régression et de misère sociale.

 

Les travailleurs de tous les secteurs de l'activité économique sont les premières victimes du Covid-19. De par leur position dans le processus de production, ils sont plus exposés que les autres classes sociales. Ce sont eux qui produisent les richesses, dans des conditions difficiles, pour des salaires de misère. Ils cumulent de ce fait tous les facteurs susceptibles de les rendre plus vulnérables face au virus : précarité, santé, logement, densité, insalubrité...

Le cas du département de la Seine-Saint-Denis est un exemple éloquent à cet égard : «les quartiers et populations les moins favorisés semblent plus sévèrement touchés par la crise sanitaire liée au Covid-19. De nombreux éléments le montrent en Seine-Saint-Denis» (1). Les emplois occupés par les prolétaires du département sont souvent mal payés et surexposés au virus, et le télétravail est tout simplement impossible : aide-soignantes, caissières, agents de sécurité ou dans l'agroalimentaire, la propreté etc. (2). Précisons que la Seine-Saint-Denis est le département le plus pauvre de toute la France selon L'INSEE (3) malgré la présence sur son territoire «de nombreuses grandes entreprises, telles que PSA Peugeot-Citroën à Aulnay-sous-Bois, Aventis, Alstom, L'Oréal, Kodak, Aéroports de Paris ou Saint-Gobain» (4).

Mais la pandémie et ses conséquences comme le confinement frappent également la santé mentale des plus démunis : « "Je suis le Covid" : depuis le confinement, des psychiatres de Seine-Saint-Denis voient arriver à l’hôpital des jeunes sans antécédents atteints de "bouffées délirantes" aiguës» (5).

 

En Angleterre, le coronavirus tue deux fois plus dans les quartiers prolétaires que dans les autres zones : «Les personnes vivant dans des zones plus défavorisées ont connu des taux de mortalité COVID-19 plus du double de celles vivant dans des zones moins défavorisées» (6).

 

Aux États-Unis, la pandémie frappe particulièrement les populations les plus pauvres : «Le coronavirus infecte et tue les Noirs américains à un rythme alarmant» souligne le Washington Post (7). Selon ce journal, les Noirs représentent jusqu'à 40 % du total des décès par le virus dans l'Etat du Michigan alors qu'ils ne représentent que 14 % de la population. Cette communauté dans sa grande majorité occupe des emplois précaires, vit dans des quartiers pauvres, dépourvue de toute assurance maladie, de toute indemnité chômage et bien sûr souffre des stigmates de ségrégation accumulés depuis des siècles. Le Covid fait ravage également dans les quartiers défavorisés de New York alors que les quartiers huppés sont relativement épargnés. «Sur les vingt quartiers qui enregistrent le moins de contaminations, dix-neuf sont en effet situés dans des zones de Manhattan où le salaire moyen est très élevé» (8). Par contre, les zones pauvres de la ville comme le quartier Corona (ironie du sort) dans le Queens, restent les plus touchées de New York : «Plus de 77% des 1227 résidents de Corona testés ont reçu la confirmation qu'ils avaient le virus mortel, selon les données du New York City Health Department» (9).

 

Au Maroc, les ouvriers et notamment les ouvrières ont payé un lourd tribut au Covid-19 nous rapporte la presse : «En quelques jours, des dizaines de cas ont ainsi été enregistrés dans des usines et des grandes surfaces à Casablanca, Tanger, Fès et Larache» (10). Il faut dire que le régime marocain, en totale complicité avec le patronat, n'a pas jugé utile de fermer les usines non essentielles exposant ainsi la vie des travailleurs au danger de la mort. Ici comme dans tous les pays capitalistes, le profit passe avant la santé des citoyens.

 

Mais les prolétaires sont doublement pénalisés : ils risquent de perde non seulement leur vie, mais aussi leurs moyens de survie. Ainsi selon l'Organisation internationale du travail (OIT), «Plus de la moitié des 3,3 milliards de travailleurs dans le monde risquent de perdre leurs moyens de subsistance au cours de ce deuxième trimestre en raison de la pandémie» (11).

Quel sens peut avoir le confinement pour ces prolétaires lorsque leur survie dépend uniquement des emplois mal payés, précaires ou souvent informels et sans protection sociale aucune dans les pays pauvres. Le confinement signifie concrètement pour des millions de travailleurs à travers la planète, chômage, perte totale de revenus avec toutes les conséquences dramatiques que cela implique. Et comme le dit Guy Ryder Directeur général de l’OIT «Pour des millions de travailleurs, l’absence de revenus signifie plus rien à manger, et l’absence totale de sécurité et d’avenir» (12).

 

Dans certains pays comme l'Inde, pourtant puissance économique, la presse nous rapporte déjà des situations de famine liées au confinement. « Au Bihar, un enfant de 8 ans est mort de faim six jours seulement après le début du confinement. D’autres cas sont malheureusement attendus étant donné la situation nutritionnelle de l’Inde, caractérisée par une malnutrition chronique» (13).

 

En Afrique où le secteur informel occupe 85 % des emplois et le télétravail ne concerne qu'une minorité de salariés, le confinement est tout simplement impossible à respecter. Les prolétaires africains n'hésitent pas à braver le «confinement pour pouvoir survivre» (14).

 

Même dans des pays riches comme l'Italie «les gens ont faim, ils disent qu’ils n’ont pas le choix et que pour donner à manger à leurs enfants, ils doivent voler. Car avec le confinement ils ne trouvent plus de travail et leurs poches sont vides, attention car la situation risque de dégénérer et très rapidement» constate Filomena Scaglione (15).

 

A Genève, l'une des villes les plus riches du monde, on organise des distributions de vivres à ces travailleurs de l'ombre, des laissés-pour-compte de la société capitaliste qui attendent sagement alignés derrière une ligne imaginaire des heures durant pour recevoir un colis alimentaire (16).

 

Aux États-Unis, selon La Brookings Institution près de 20 % d' enfants de prolétaires ne mangent pas à leur faim à cause de la pandémie et d'un niveau du chômage jamais atteint depuis la crise de 1929 (17).

 

Ainsi dans tous les pays capitalistes, riches ou pauvres avec des différences de degré et non d'essence, ce sont toujours les mêmes qui paient un lourd tribut à la pandémie et ses conséquences, les prolétaires. Les classes dirigeantes sont incapables de leur assurer un revenu les mettant à l'abri du virus mortel ou leur permettre de vivre même dans la servitude. Le coronavirus a eu au moins le mérite d'exposer en pleine lumière la misère et les souffrances plus ou moins masquées en temps ordinaire par le discours politique et médiatique. Au XXIe siècle le prolétaire est toujours pauvre et le deviendra encore davantage tant que le profit reste la seule et l'unique loi qui dirige le monde.

 

Pourtant Ici ou là, des luttes éclatent en émeutes. Des hommes et des femmes refusent l'humiliation et la violence de la charité, prennent d'assaut les supermarchés, manifestent ou se mettent en grève.

«Nous n’avons pas d’argent, nous devons manger» crient des consommateurs qui ne peuvent plus payer leurs caddies remplis de denrées alimentaires dans un supermarché de Palerme (18).

 

A Mexico «73 personnes ont été arrêtées pour pillage et vol dans des centres commerciaux […] en pleine éventualité du nouveau coronavirus» (19)

 

En Afrique du Sud comme au Nigeria, les dirigeants ont été contraints de déconfiner pour éviter que les révoltes populaires ne prennent de l'ampleur (20).

Au Bangladesh, les ouvriers et les ouvrières de textile sont descendus dans la rue pour réclamer le paiement de leurs salaires et contre les conséquences du confinement : «Si nous n'avons pas de nourriture dans notre estomac, à quoi bon suivre le confinement ? Nous sommes plus inquiets de la faim ou du paiement de notre loyer que du virus» (21).

Aux États-Unis, selon le site Payday Report les grèves liées à la pandémie se multiplient un peu partout et embrassent tous les secteurs de l'activité économique (22).

 

Ainsi aux quatre coins de la planète, les damnés de la terre commencent à relever la tête (23).

Ils sont poussés à la révolte par cette contradiction que leur impose le capitalisme entre leur statut de citoyens et leur existence réelle misérable. C'est un cri d'hommes et de femmes conscients de leur situation inhumaine qui tentent d'y mettre fin. Mais il ne s'agit pour l'instant que des émeutes spontanées, dispersées et sans grande envergure. C'est plus un mouvement de colère, de désespoir qu'une lutte consciente et organisée. Mais si la crise économique, plus encore que la crise sanitaire, prenait de l'ampleur, les conditions de ces prolétaires deviendraient de plus en plus insupportables et les conflits avec leurs maîtres inévitables. Les damnés de la terre, de chaque pays, sentiraient peut-être la nécessité d'une résistance collective organisée pour mener une lutte déterminée non seulement économique mais aussi et surtout politique. C'est la seule manière efficace de se débarrasser de leurs maîtres et de leurs conditions d'existence inhumaine.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/infographies-coronavirus-les-populations-defavorisees-plus-vulnerables-face-a-l-epidemie_3917541.html

(2)https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-en-france-la-triple-peine-pour-la-seine-saint-denis-6802665

(3)https://www.insee.fr/fr/statistiques/3291402

(4)https://www.senat.fr/rap/r06-049-1/r06-049-166.html

Pour les autres quartiers populaires en France voir entre autres : https://www.20minutes.fr/sante/2772875-20200504-coronavirus-marseille-face-clusters-familiaux-quartiers-nord-medecins-somment-autorites-agir

 

https://www.mediacites.fr/enquete/lyon/2020/03/25/confines-en-banlieue-lyonnaise-ici-on-na-pas-de-residence-secondaire-ou-se-refugier/#

 

(5)https://www.sudouest.fr/2020/05/01/bouffees-delirantes-decompensations-les-psychiatres-face-aux-pathologies-du-confinement-7452792-4696.php

(6)https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/birthsdeathsandmarriages/deaths/bulletins/deathsinvolvingcovid19bylocalareasanddeprivation/deathsoccurringbetween1marchand17april

(7)https://www.washingtonpost.com/nation/2020/04/07/coronavirus-is-infecting-killing-black-americans-an-alarmingly-high-rate-post-analysis-shows/?arc404=true

(8)http://www.slate.fr/story/189228/etats-unis-new-york-coronavirus-covid-19-pandemie-quartiers-pauvres-corona-queens

(9)https://patch.com/new-york/new-york-city/corona-nycs-epicenter-coronavirus-outbreak

(10)https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/04/27/coronavirus-au-maroc-les-ouvriers-paient-un-lourd-tribut_6037893_3212.html

(11)https://www.capital.fr/entreprises-marches/emploi-2-milliards-de-personnes-risquent-de-voir-leurs-moyens-de-subsistance-aneantis-1368782

(12)https://news.un.org/fr/story/2020/04/1067732

(13)https://laviedesidees.fr/L-Inde-face-a-la-crise-du-Covid-19.html

(14)https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-en-afrique-le-confinement-sauve-des-vies-mais-ruine-des-existences-6802228

 

Pour l'Amérique latine, voir : https://www.sciencespo.fr/opalc/sites/sciencespo.fr.opalc/files/Populations%20vuln%c3%a9rables%20en%20AL%20face%20au%20Covid%20-%20Roman%20Perdomo%20-%2008-04-2020%20222_0.pdf

 

(15)https://www.marianne.net/monde/les-gens-ont-faim-entre-crise-sanitaire-et-precarite-la-colere-gronde-au-sud-de-l-italie

(16)https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/05/geneve-la-pandemie-de-covid-19-revelateur-d-une-misere-sociale-invisible_6038709_3210.html

(17)https://www.huffingtonpost.fr/entry/coronavirus-pres-dun-enfant-americain-sur-cinq-ne-mange-pas-a-sa-faim_fr_5eb3bd36c5b646b73d27d48c

(18)https://www.liberation.fr/planete/2020/03/30/confine-dans-sa-misere-le-sud-de-l-italie-au-bord-de-la-revolte_1783647

(19)https://lepoing.net/emeute/pillages-a-mexico/

(20)https://www.20minutes.fr/monde/2763251-20200418-coronavirus-afrique-sud-habitants-bidonvilles-affames-confinement

 

Voir aussi :

http://www.adiac-congo.com/content/coronavirus-un-deconfinement-contre-les-emeutes-de-la-faim-au-nigeria-et-en-afrique-du-sud

(21)https://www.francetvinfo.fr/monde/bangladesh/coronavirus-les-ouvriers-du-textile-au-bangladesh-manifestent-pour-exiger-le-paiement-de-leurs-salaires_3913461.html

(22)https://paydayreport.com/covid-19-strike-wave-interactive-map/

(23)https://lepoing.net/revue-de-presse-des-emeutes-2?paged=15

 

 

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 08:25

A l'occasion du premier mai, journée internationale des travailleurs, je reposte ce texte en hommage au grand Karl Marx.

 

«Malheur au génie qui s’oppose fièrement à la société bourgeoise et qui forge les armes qui lui donneront le coup de grâce. A un tel génie, la société bourgeoise réserve des supplices et des tortures qui peuvent paraître moins barbares que ne l’étaient le chevalet de l’Antiquité et le bûcher du Moyen Age, mais qui au fond n’en sont que plus cruels». Franz Mehring (1).

 

Marx est né le 5 mai 1818 à Trèves en Allemagne. Deux cents ans après sa naissance, sa pensée n'a jamais été aussi vivante et aussi actuelle qu'aujourd'hui. L'humanité toute entière continue de subir, directement ou indirectement, le joug d'une minorité d'exploiteurs, d'oppresseurs et d' esclavagistes modernes c'est à dire les capitalistes. Le grand mérite de Marx est d'avoir montré par une analyse scientifique que le capitalisme n'a pas d'avenir et que le communisme reste l'horizon ultime de l'humanité. Ses travaux scientifiques ne sont que des moyens au service de la révolution c'est-à dire le renversement de l'ordre établi bourgeois. «Marx a été l’homme le plus exécré et le plus calomnié de son temps(...) car Marx était avant tout un révolutionnaire ». Ainsi parlait sobrement Engels de Marx lors de la cérémonie de son enterrement. Détesté par les gouvernements réactionnaires d'Allemagne, de France et de Belgique, Marx a trouvé refuge à Londres où il a vécu dans des conditions matérielles extrêmement difficiles jusqu'à la fin de ses jours. Marx dérange toujours malgré toutes les funérailles qu’on lui a célébrées. La lecture ou la relecture de Marx est indispensable pour celles et ceux qui veulent comprendre et surtout changer le monde dans lequel nous vivons. «Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer» disait Marx (2).

 

 

La lutte des classes reste pour Marx le moteur de l'histoire :

«l'histoire de toute société jusqu'à nos jours, n'a été que l'histoire de luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte (…) La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant. (…) Mais la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires» (3).

Mais pour Marx la lutte des classes doit mener à la dictature du prolétariat et celle-ci, qui ne constitue qu'une phase transitoire, laissera place à une société sans classes :

«la lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat; que cette dictature elle-même ne représente qu'une transition vers l'abolition de toutes les classes et vers une société sans classes» (4).

Pour s'emparer du pouvoir politique indispensable à leur émancipation, les prolétaires doivent s'organiser au niveau planétaire, même si la classe ouvrière doit d'abord lutter contre sa propre bourgeoisie, car l'internationalisation du capital conduit nécessairement à l'internalisation du travail. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'appel de Marx à l'union de tous les travailleurs :

« PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !» (5).

Marx va consacrer une partie importante de sa vie à la solidarité internationale des travailleurs. Ainsi en 1864, des ouvriers français et anglais ont chargé Marx, après la rencontre du 28 septembre au St Martin's Hall à Londres, de rédiger les statuts et la première Adresse de l'internationale ouvrière, l'Association internationale des travailleurs :

« Si l'émancipation des classes travailleuses requiert leur union et leur concours fraternels, comment pourraient-elles accomplir cette grande mission si une politique étrangère, qui poursuit des desseins criminels, met en jeu les préjugés nationaux et fait couler dans des guerres de piraterie le sang et dilapide le bien du peuple? Ce n'est pas la prudence des classes gouvernantes de l'Angleterre, mais bien la résistance héroïque de la classe ouvrière à leur criminelle folie qui a épargné à l'Europe occidentale l'infamie d'une croisade pour le maintien et le développement de l'esclavage outre Atlantique » (6). 

 

Marx a dévoilé par un immense travail « la loi économique du mouvement de la société moderne » (7). Il a démontré d'une manière brillante ce qui se cache derrière la valeur de la marchandise, de la monnaie, de la plus-value, de l'accumulation du capital, de la tendance historique de cette accumulation etc. etc.

La richesse dans les sociétés capitalistes disait Marx :

« s'annonce comme une « immense accumulation de marchandises». L'analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches» (8).

La marchandise, quelle que soit sa forme, sa qualité... est le produit du travail humain. Elle a été enfantée par le travailleur. Sa valeur et sa grandeur trouvent leur origine dans le travail humain socialement nécessaire à sa production. Mais tout ce qui est utile, voire vital à l'homme (l'air par exemple), ne constitue pas une marchandise, car il ne résulte pas de son travail. Les marchandises s'échangent les unes contre les autres à condition que leurs valeurs d'échange soient équivalentes c'est à dire qu'elles renferment la même quantité de travail socialement nécessaire. Une marchandise ne peut s'échanger contre une autre si la quantité de travail pour les produire n'est pas égale :

« C'est donc seulement le quantum de travail, ou le temps de travail nécessaire, dans une société donnée, à la production d'un article qui en détermine la quantité de valeur. Chaque marchandise particulière compte en général comme un exemplaire moyen de son espèce. Les marchandises dans lesquelles sont contenues d'égales quantités de travail, ou qui peuvent être produites dans le même temps, ont, par conséquent, une valeur égale. La valeur d'une marchandise est à la valeur de toute autre marchandise, dans le même rapport que le temps de travail nécessaire à la production de l'une est au temps de travail nécessaire à la production de l'autre» (9).

 

 

La formule initiale de la circulation des marchandises était : marchandise, argent, marchandise (M-A-M) c'est-à-dire vendre et acheter des marchandises. Avec le développement de la production, l'argent se transforme en capital et celui-ci permet d'acheter pour vendre avec profit. La formule devient alors : argent, marchandise, argent (A-M-A'). La circulation des marchandises commence et se termine avec l'argent :

«Dans la formule M-A-M, c'est la marchandise, et dans la formule A-M-A, c'est l'argent qui constitue le point de départ et le point d'aboutissement du mouvement. Dans la première formule, l'argent est le moyen de l'échange des marchandises et, dans la dernière, c'est la marchandise qui permet à la monnaie de devenir argent. L'argent, qui apparaît comme simple moyen dans la première formule, apparaît dans la dernière comme but final de la circulation, alors que la marchandise, qui apparaît comme le but final dans la première formule, apparaît dans la deuxième comme simple moyen» (10).

L'augmentation de la valeur de l'argent dans la deuxième formule constitue selon Marx la plus-value. L'argent se transforme ainsi en capital, c'est-à-dire en rapport social de production spécifique au capitalisme.

Mais cette augmentation de la valeur de l'argent ne peut résulter de la circulation des marchandises, puisque celles-ci sont réputées équivalentes. D'où vient alors cette plus-value ? Elle provient d'une marchandise très singulière dont la consommation produit en même temps de la valeur :

« Pour pouvoir tirer une valeur échangeable de la valeur usuelle d'une marchandise, il faudrait que l'homme aux écus eût l'heureuse chance de découvrir au milieu de la circulation, sur le marché même, une marchandise dont la valeur usuelle possédât la vertu particulière d'être source de valeur échangeable, de sorte que la consommer, serait réaliser du travail et par conséquent, créer de la valeur. Et notre homme trouve effectivement sur le marché une marchandise douée de cette vertu spécifique, elle s'appelle puissance de travail ou force de travail» (11).

 

Sur le marché, le capitaliste achète la force de travail à sa juste valeur c'est-à-dire le temps de travail nécessaire à sa production. Le travail nécessaire à la production de la force de travail est égal au travail qu'il faut pour produire tous les éléments nécessaires à la reproduction de cette puissance de travail de l'ouvrier et de sa progéniture (alimentation, vêtements, logement …) :

« Qu'est-ce donc que la valeur de la force de travail ? Exactement comme celle de toute autre marchandise, sa valeur est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production. La force de travail d'un homme ne consiste que dans son individualité vivante. Pour pouvoir se développer et entretenir sa vie, il faut qu'il consomme une quantité déterminée de moyens de subsistance. Mais l'individu, comme la machine, s'use, et il faut le remplacer par un autre. Outre la quantité d'objets de nécessité courante dont il a besoin pour sa propre subsistance, il lui faut une autre quantité de ces mêmes denrées de première nécessité pour élever un certain nombre d'enfants qui puissent le remplacer sur le marché du travail et y perpétuer la race des travailleurs » (12).

 

En achetant la force de travail de l'ouvrier, le capitaliste acquiert du même coup le droit de la consommer comme toute autre marchandise achetée sur le marché. Mais la valeur de la force de travail et sa consommation ou son utilisation sont deux choses différentes. Si par exemple l'ouvrier a besoin de 4 heures pour produire sa force de travail, rien ne l'empêche de travailler 8 heures ou plus. Le capitaliste, propriétaire momentané de la force de travail du salarié, peut très bien le faire travailler au-delà des 4 heures nécessaires à la production de la force de travail. Si le capitaliste fait travailler l'ouvrier 8 heures par exemple alors qu'il l'a payé 4 heures seulement, il réalise une plus-value de 4 heures. L'ouvrier a travaillé donc une partie de la journée pour renouveler sa force de travail et l'autre partie, il a travaillé gratuitement pour le compte de son patron, c'est la plus-value. Le taux de la plus-value dans cet exemple est égal à 100 % :

«La valeur de la force de travail est déterminée par la quantité de travail nécessaire à son entretien ou à sa reproduction, mais l'usage de cette force de travail n'est limité que par l'énergie agissante et la force physique de l'ouvrier. La valeur journalière ou hebdomadaire de la force de travail est tout à fait différente de l'exercice journalier ou hebdomadaire de cette force, tout comme la nourriture dont un cheval a besoin et le temps qu'il peut porter son cavalier sont deux choses tout à fait distinctes (...) En payant la valeur journalière ou hebdomadaire de la force de travail de l'ouvrier fileur, le capitaliste s'est acquis le droit de se servir de celle-ci pendant toute la journée ou toute la semaine. Il le fera donc travailler, mettons, 12 heures par jour. En sus et au surplus des 6 heures qui lui sont nécessaires pour produire l'équivalent de son salaire, c'est-à-dire de la valeur de sa force de travail, le fileur devra donc travailler 6 autres heures que j'appellerai les heures de surtravail, lequel surtravail se réalisera en une plus-value et un surproduit. (…)  C'est sur cette sorte d'échange entre le capital et le travail qu'est fondée la production capitaliste, c'est-à-dire le salariat; et c'est précisément cette sorte d'échange qui doit constamment amener l'ouvrier à se produire en tant qu'ouvrier et le capitaliste en tant que capitaliste» (13).

 

L'avidité de la plus-value du capitaliste est insatiable. Dans le capitalisme, seule compte la valeur d'échange qui lui permet d'exploiter le travail humain et d'extraire la plus-value. Le capital ne peut vivre et se développer sans pomper cette nourriture qui lui est vitale, la plus-value :

« Le capital est du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant, et sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage» (14).

 

 

Marx a développé un autre point extrêmement important, l'accumulation du capital. Ainsi une partie de la plus-value est investie dans la production c'est-à-dire dans les moyens de production (capital constant) et dans les salaires (capital variable).

A mesure que croît cette accumulation du capital sous l'effet notamment de la concurrence et du crédit, la part du capital constant augmente au détriment du capital variable. Le besoin et la demande de la force de travail diminuent ainsi que son prix. L'accumulation du capital rend donc inutile une partie de la population ouvrière que Marx appelle armée de réserve industrielle :

«Si l'accumulation, le progrès de la richesse sur la base capitaliste, produit donc nécessairement une surpopulation ouvrière, celle-ci devient à son tour le levier le plus puissant de l'accumulation, une condition d'existence de la production capitaliste dans son état de développement intégral. Elle forme une armée de réserve industrielle qui appartient au capital d'une manière aussi absolue que s'il l'avait élevée et disciplinée à ses propres frais. Elle fournit à ses besoins de valorisation flottants, et, indépendamment de l'accroissement naturel de la population, la matière humaine toujours exploitable et toujours disponible» (15).

 

Marx dénonce avec force cette accumulation capitaliste mais qui en même temps permet de jeter les bases matérielles d'une nouvelle société :

«Le capitaliste n'a aucune valeur historique, aucun droit historique à la vie, aucune raison d'être sociale, qu'autant qu'il fonctionne comme capital personnifié. Ce n'est qu'à ce titre que la nécessité transitoire de sa propre existence est impliquée dans la nécessité transitoire du mode de production capitaliste. Le but déterminant de son activité n'est donc ni la valeur d'usage, ni la jouissance, mais bien la valeur d'échange et son accroissement continu. Agent fanatique de l'accumulation, il force les hommes, sans merci ni trêve, à produire pour produire, et les pousse ainsi instinctivement à développer les puissances productrices et les conditions matérielles qui seules peuvent former la base d'une société nouvelle et supérieure » (16).

 

Au crépuscule de sa vie, malade et affaibli, Marx n'a pu supporter la mort en 1881 de sa femme Jenny. Le médecin lui a même interdit de l'accompagner à sa dernière demeure. En janvier 1883, un autre drame vient lui ôter ses dernières forces, la mort subite de sa fille Jenny Longuet. Le 14 mars 1883, Marx, le grand Karl Marx a cessé de vivre.

En 1917, Lénine, un autre révolutionnaire écrira dans l’État et la révolution : « Il arrive aujourd'hui à la doctrine de Marx ce qui est arrivé plus d'une fois dans l'histoire aux doctrines des penseurs révolutionnaires et des chefs des classes opprimées en lutte pour leur affranchissement. Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'incessantes persécutions; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de "consoler" les classes opprimées et de les mystifier; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu , on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire» (17).

Mohamed Belaali

 

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(1) Franz Mehring, «Karl Marx, Histoire de sa vie », Bartillat, page 261.

(2) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450001.htm

(3) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm

(4) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1852/03/km18520305.htm

(5) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000d.htm

(6) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1864/09/18640928.htm

(7) K Marx, Le capital, Livre premier, page 18, Éditions du progrès.

(8) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-I-1.htm

(9) (https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-I-1.htm

(10) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/km18590100k.htm

(11) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-6.htm

(12) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626h.htm

(13) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626i.htm

(14) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-10-1.htm

(15) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-3.htm

(16) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-3.htm

(17) https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er1.htm#c1.1

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