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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 13:51

 

 

 

«Une société de vigilance voilà ce qu’il nous revient de bâtir (…). C’est tout simplement savoir repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois et les valeurs de la République» (1). Ainsi s'exprimait Emmanuel Macron lors de la cérémonie nationale d'hommage aux victimes de l'attaque du 3 octobre 2019 à la Préfecture de Police de Paris.

 

Le régime de Vichy est de retour, sous une autre forme et dans d'autres conditions. Le musulman remplace le juif. Cet appel à «bâtir une société de vigilance» intervient juste après un «débat» à l'Assemblée nationale sur l'immigration. Les musulmans, les travailleurs immigrés, leurs enfants et leurs petits enfants sont montrés du doigt. Il faut les surveiller. Car il vaux mieux prévenir que guérir. Il faut envoyer des lettres anonymes, des missives délatrices ou téléphoner directement aux autorités compétentes qui se chargeront par la suite de mener des enquêtes, d'effectuer des contrôles, de procéder aux arrestations et éventuellement à des expulsions.

 

L'islamophobie viscérale ou circonstancielle, peu importe, elle est encouragée par la plus haute autorité de l'Etat ; elle est officielle. Le pouvoir trouvera toujours à sa disposition des hommes et des femmes, de «bons et braves citoyens» pour dénoncer leurs semblables afin de construire cette «société de vigilance».

 

Mais derrière toute cette agitation macronienne se cache une réalité que la classe dominante tente d'occulter. En temps de crise économique, la bourgeoisie a toujours besoin d'inventer, de fabriquer des boucs émissaires. Les musulmans remplacent aujourd'hui en quelque sorte, dans des conditions très différentes et toute proportion gardée, les juifs d'hier. La brutalité, la haine, le racisme, la xénophobie, l'islamophobie, la délation etc. sont des éléments essentiels que la classe dominante instrumentalise pour maintenir, vaille que vaille, l’accumulation et la concentration de la richesse entre les mêmes mains.

 

Il ne s'agit pas d'un problème religieux ou ethnique, mais d'un problème social et politique. La bourgeoisie n'attaque pas l'Islam en tant que tel, mais l'utilise comme elle utilise le terrorisme, qu' elle a par ailleurs largement contribué à créer (2), pour mieux masquer sa propre responsabilité dans la situation économique et sociale désastreuse dans laquelle se trouve la France aujourd'hui. La désignation d'un bouc émissaire permet aussi de détourner les masses populaires des vrais problèmes qui les rongent au quotidien.

 

Cet appel à la délation, à la dénonciation de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un musulman, à une musulmane (le port de barbe, du voile, pratique rigoriste de l'Islam etc. selon la liste de Castaner) (3) qui sont évidemment tous et toutes potentiellement terroristes, tombe au « bon » moment pour ce pouvoir aux abois. Sa politique de classe est de plus en plus contestée. Il faut, vaille que vaille, éviter une jonction des luttes, une fraternité et une solidarité de toutes celles et ceux qui se battent contre cette politique au service exclusif des plus riches. Il faut diviser pour mieux régner et dominer. Le « tous ensemble » fait peur à Macron, serviteur zélé des puissants. En montrant du doigt les musulmans, le pouvoir non seulement déforme et travestit la réalité, mais surtout espère créer cette «union nationale» qui lui fait cruellement défaut.

 

Mohamed Belaali

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(1)https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2019/10/07/ceremonie-nationale-dhommage-aux-victimes-de-lattaque-du-3-octobre-2019-a-la-prefecture-de-police-de-paris1)

(2)http://www.belaali.com/2014/11/le-terrorisme-produit-authentique-de-l-imperialisme.html

(3)Avec un peu d'humour : http://www.topito.com/top-meilleur-tweet-signaleunmusulman

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 05:23

«Toute notre action est un cri de guerre contre l'impérialisme et un appel vibrant à l'unité des peuples contre le grand ennemi du genre humain : les Etats-Unis».

Ernesto Che Guevara

 

Il y a cinquante deux ans jour pour jour, Ernesto Che Guevara a été exécuté à la Higuera le

9 octobre 1967 par l'armée bolivienne encadrée par la CIA américaine. Pour l'impérialisme yankee, le Che était devenu l'homme à abattre. Non seulement il représentait un danger pour les intérêts de la bourgeoisie américaine parce que la révolution a triomphé à Cuba à moins de 150 km des Etats-Unis, mais aussi et surtout parce que son combat contre l'impérialisme était total, planétaire. Le Che a bien compris que l'impérialisme, stade suprême du capitalisme, était le véritable ennemi des peuples. Combattre l'impérialisme partout à travers le monde était pour lui «le plus sacré des devoirs» (1) .

 

Poussé par la recherche effrénée du profit, l'impérialisme en tant qu'instrument de pouvoir de la bourgeoisie, tente de soumettre par la violence les peuples des trois continents. Pour le Che, la richesse des pays impérialistes et leur niveau de vie élevé reposent sur l'exploitation des autres peuples de la planète. Leur misère est directement liée à l'hégémonie et à la domination impérialiste :

 

«Depuis que les capitaux monopolistes se sont emparés du monde, ils maintiennent dans la misère la plus grande partie de l'humanité et partagent tous les profits à l'intérieur du groupe des pays les plus puissants. Le niveau de vie de ces pays repose sur la misère des nôtres. Pour élever le niveau de vie des peuples sous-développés, il faut donc lutter contre l'impérialisme» (2) .

 

Cette domination planétaire de l'impérialisme exige donc une lutte et une résistance également planétaires :

 

«En définitive, disait le Che, il faut tenir compte du fait que l’impérialisme est un système mondial, stade suprême du capitalisme, et qu’il faut le battre dans un grand affrontement mondial. Le but stratégique de cette lutte doit être la destruction de l’impérialisme» (3).

 

L'impérialisme américain et sa puissance restent le danger principal de l'humanité, «le grand ennemi du genre humain » comme disait le Che. L'impérialisme pour lui ce sont d'abord les États-Unis :

 

«En envisageant la destruction de l’impérialisme, il convient d’identifier sa tête, qui n’est autre que les Etats-Unis d’Amérique (…) L’impérialisme américain est coupable d’agression : ses crimes sont immenses et s’étendent au monde entier». (4)

 

Que faire alors face à cet ennemi des peuples, puissant et violent ?

 

«Le rôle qui nous revient à nous, exploités et sous-développés du monde, c’est d’éliminer les bases de subsistance de l’impérialisme : nos pays opprimés, d’où ils tirent des capitaux, des matières premières, des techniciens et des ouvriers à bon marché et où ils exportent de nouveaux capitaux (des instruments de domination) des armes et toutes sortes d’articles, nous soumettant à une dépendance absolue. (…) Puisque les impérialistes, avec la menace de la guerre, exercent leur chantage sur l’Humanité, la réponse juste c’est de ne pas avoir peur de la guerre. Attaquer durement et sans interruption à chaque point de l’affrontement doit être la tactique générale des peuples.Cela veut dire une guerre longue. Et, nous le répétons une fois de plus, une guerre cruelle. Que personne ne se trompe au moment de la déclencher et que personne n’hésite à la déclencher par crainte des conséquences qu’elle peut entraîner pour son peuple. C’est presque la seule espérance de victoire» (5).

 

Ernesto Che Guevara était persuadé que la défaite de l'impérialisme passe nécessairement par le triomphe de la révolution mondiale. La victoire ne sera jamais complète tant que d'autres peuples restent soumis à la domination impérialiste. La révolution cubaine n'était pour lui qu'un tremplin pour d'autres bouleversements à travers la planète. L'internationalisme non seulement reste un devoir pour tout révolutionnaire, mais surtout une nécessité stratégique dans la lutte anti-impérialiste. Il faut donc partout étendre et généraliser les luttes et les fronts anti-impérialistes afin de forcer l'ennemi à éparpiller ses forces :

 

«Comme nous pourrions regarder l’avenir proche et lumineux, si deux, trois, plusieurs Vietnam fleurissaient sur la surface du globe, avec leur part de morts et d’immenses tragédies, avec leur héroïsme quotidien, avec leurs coups répétés assénés à l’impérialisme, avec pour celui ci l’obligation de disperser ses forces, sous les assauts de la haine croissante des peuples du monde !»

(6)

 

Mais le Che ne se contentait pas seulement de discourir et de théoriser la lutte contre l'impérialisme. Il a mené personnellement, les armes à la main, un combat héroïque contre l'impérialisme américain que ce soit dans la Sierra Maestra cubaine, dans le maquis congolais ou encore dans la forêt et les montagnes boliviennes. Il ne suffit pas «de souhaiter le succès à la victime de l’agression, mais de partager son sort, de l’accompagner dans la mort ou dans la victoire» (7).

La pratique et la théorie pour le Che étaient étroitement liées et tellement imbriquées l'une dans l'autre qu'elles ne forment qu'un tout inséparable. Son intégrité, sa sincérité et son honnêteté, de l'avis même de ses ennemis, étaient totales. Sa vie, brève mais intense, se confondait avec ses idées. Il a été jusqu'au bout de ses convictions révolutionnaires, «dans une révolution on triomphe ou on meurt (si elle est véritable)» disait-il (8). Le pouvoir, le prestige, les honneurs... ne l'ont jamais corrompu. Son mode de vie gênait et irritait tous les bureaucrates qui s'installent confortablement dans leurs nouveaux postes de commandement.

Dans son combat permanent contre l'impérialisme yankee, Ernesto Che Guevara n'a pas hésité à troquer son poste de ministre de l'industrie contre celui de guérillero dans les maquis congolais et bolivien; «d’autres terres du monde réclament le concours de mes modestes efforts» disait-il (9) . Pour sa famille, il n'a légué aucun bien matériel. A ses enfants, il ne leur a laissé qu'une lettre dans laquelle il leur conseillait «d'étudier beaucoup» mais avant tout, ajoute-t-il «soyez surtout capables de sentir, au plus profond de vous-mêmes, toute injustice commise contre quiconque en quelque partie du monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire» (10) .

 

Le Che pensait que «Chaque fois qu'un pays se détache de l'arbre impérialiste, ce n'est pas seulement une bataille partielle gagnée contre l'ennemi principal, c'est aussi une contribution à son affaiblissement réel et un pas de plus vers la victoire finale. Il n'est pas de frontières dans cette lutte à mort. Nous ne pouvons rester indifférents devant ce qui se passe ailleurs dans le monde, car toute victoire d'un pays sur l'impérialisme est une victoire pour nous ; de même que toute défaite d'une nation est une défaite pour nous» (11) .

C'est dans cet esprit qu'il faut situer l'engagement du Che au Congo et en Bolivie, même si d'autres considérations entrent en ligne de compte, comme ses critiques de plus en plus virulentes à l'égard des pays socialistes : «Les pays socialistes, écrit-il dans son discours d'Alger, ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l'Ouest» (12) . Mais pour lui le combat anti-impérialiste partout à travers le monde, le seul qui vaille, l'emporte sur toute autre considération.

Ernesto Che Guevara était convaincu que «la victoire au Congo montrera aux africains que la libération nationale ouvre la voie au socialisme ; une défaite ouvrira la voie au néo-colonialisme» (13) .

En juin 1960 le Congo, un pays immensément riche en minerais de toute sorte, obtient son indépendance et Patrice Lumumba est élu chef du gouvernement. «Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle, nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang (…) L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain» déclarait Lumumba lors des cérémonies d'indépendance (14) .

Mais, Lumumba avant même de devenir premier ministre était déjà un farouche ennemi du colonialisme et de l'impérialisme. C'est lui qui disait «L’Afrique toute entière est irrésistiblement engagée dans une lutte sans merci contre le colonialisme et l’impérialisme» (15).

Contre l'amnésie historique, rappelons tout de même que «La Belgique était la puissance coloniale européenne la plus sanguinaire et répressive en Afrique. Les belges tant wallons que flamands avaient tués 10 à 12 millions de congolais» (16) .

Sentant leurs intérêts économiques et stratégiques menacés, le pouvoir colonial belge et l'impérialisme américain ont tout simplement décidé d'éliminer physiquement Patrice Lumumba par Tshombé et Mobutu interposés (17).

Après l'assassinat de Lumumba, dans des conditions atroces, d'autres hommes comme Pierre Mulele par exemple ont continué le combat anticolonialiste et anti-impérialiste du héros africain. Mais Mobutu avec l'aide notamment des américains et des belges a réussi à écraser la rébellion au prix de milliers de congolais loyalistes massacrés.

En décembre 1964, de la tribune des Nations Unies, Ernesto Che Guevara dénonce ce carnage et l'exploitation des pays pauvres par l'impérialisme :

 

«La philosophie du pillage, non seulement n'a pas cessé mais elle se maintient, plus forte que jamais; c'est pourquoi ceux-là mêmes qui ont utilisé le nom des Nations Unies pour assassiner Lumumba, assassinent aujourd'hui des milliers de Congolais, au nom de la défense de la race blanche».

Dans son discours du 30 novembre 1964, à l'occasion du 6ème anniversaire du soulèvement de Santiago de Cuba, le Che va encore plus loin dans sa dénonciation des crimes de l'impérialisme qui transforme les hommes en bêtes féroces et rend un vibrant hommage à Patrice Lumumba :

 

«(...) la bestialité de l'impérialisme, bestialité qui n'a pas de frontière précise et qui n'appartient pas à un pays déterminé. Les hordes hitlériennes se sont conduites comme des bêtes féroces, les américains d'aujourd'hui se conduisent comme des bêtes féroces, les parachutistes belges se conduisent comme des bêtes féroces, comme les impérialistes français en Algérie parce que il est dans la nature de l'impérialisme de transformer les hommes en bêtes, d'en faire des bêtes féroces assoiffées de sang qui sont disposées à égorger, assassiner, détruire jusqu'à la dernière image d'un révolutionnaire, d'un partisan d'un régime qui s'est retrouvé sous leur botte et qui lutte pour la liberté. Et la statue qui perpétue le souvenir de Lumumba - aujourd'hui détruite et reconstruite demain - nous rappelle aussi, avec l'histoire tragique de ce martyr de la Révolution mondiale, que l'on ne peut pas faire confiance à l'impérialisme, même pas un tout petit peu, en rien».

 

L’expérience congolaise était un échec. Le Che le dit lui-même sans détours : «Cette histoire est celle d’un échec» (18) . Ernesto Che Guevara ne se limitait pas à critiquer les autres. Il s'accusait lui-même. L'autocritique faisait partie intégrante de son caractère. N'est-ce pas lui qui disait à propos de l'étape congolaise «(...) nous avons échoué. Ma responsabilité est grande» ? (19) . Mais cet échec n'a pas entamé sa volonté de poursuivre son combat anti-impérialiste : « j’ai appris au Congo; il y a des erreurs que je ne ferai plus. Peut-être en répéterai-je d’autres, en commettrai-je de nouvelles aussi. J’en suis sorti avec plus de foi que jamais dans la guérilla» (20) .

Le voilà parti, une fois de plus, avec ses compagnons de différentes nationalités, allumer «deux, trois, plusieurs Viêt-nam» ailleurs qu'en Afrique. C'est «l'heure des brasiers et il ne faut voir que la lumière», cette phrase de José Marti, chère à Guevara, résume bien le nouveau combat anti-impérialiste que le Che veut livrer en Bolivie au cœur même du sous-continent américain. «L’Amérique, disait-il, constitue un ensemble plus ou moins homogène et dans presque tout son territoire les capitaux monopolistes américains maintiennent une primauté absolue. Les gouvernements fantoches, ou, dans le meilleur des cas, faibles et timorés, ne peuvent s’opposer aux ordres du maître yankee.(...) Par ailleurs, les bourgeoisies nationales ne sont plus du tout capables de s’opposer à l’impérialisme ( si elles l’ont jamais été) et elles forment maintenant son arrière-cour. Il n’y a plus d’autres changements à faire : ou révolution socialiste ou caricature de révolution» (21) .

Propager la guérilla révolutionnaire, ouvrir de nouveaux foyers pour affaiblir l'impérialisme yankee qui étouffe tous les peuples d'Amérique latine à commencer par le peuple cubain, voilà la nouvelle mission du Che en Bolivie. «Une nouvelle étape commence aujourd'hui» écrit-il dans la première page de son Journal de Bolivie. Il s'agit de réveiller par la guérilla les consciences endormies des peuples d'Amérique latine et les dresser contre leur ennemi commun, les Etat-Unis. Cette fois, il veut marcher sur les traces du grand libérateur Simon Bolivar.

A peine libérés de l'esclavage colonial espagnol et portugais, les peuples d'Amérique latine sont tombés dans une autre dépendance non moins féroce, celle de l'impérialisme nord-américain. Ce sont ces liens d'exploitation et d'oppression qui les maintiennent dans le sous développement et dans la misère que le Che a voulu, à sa manière, briser.

 

Mais cette «nouvelle étape», aussi désespérée qu'héroïque, sur son chemin de lutte contre l'impérialisme, était la dernière. Sa mort tragique et prématurée ne lui a pas laissé le temps d'aller jusqu'au bout de ses convictions libératrices. Le 9 octobre 1967, le grand Ernesto Che Guevara est mort sur le sol de cette Amérique latine où il a rencontré dans sa jeunesse tant de misères et de souffrances de ses ouvriers, de ses mineurs, de ses lépreux, de ses indigènes et de ses paysans. Mais le Che en tant qu'internationaliste disait «Qu’importe où nous surprendra la mort ; qu’elle soit la bienvenue pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu’une main se tende pour empoigner nos armes, et que d’autres hommes se lèvent pour entonner les chants funèbres dans le crépitement des mitrailleuses et des nouveaux cris de guerre et de victoire» (22).

 

Aujourd'hui l'impérialisme américain contre lequel s'est élevé le Che, les armes à la main, sème encore la terreur et la désolation à travers le monde. C'est lui qui menace d'attaquer le Venezuela et l'Iran comme il a attaqué hier l'Afghanistan, la Yougoslavie, l'Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen etc.

L'impérialisme américain est toujours aussi déterminé que par le passé à détruire et à anéantir tout gouvernement, toute opposition et toute résistance qui menacent ses intérêts économiques et stratégiques. Il est la négation du Droit des nations à disposer d'elles-mêmes.

Aujourd'hui l'impérialisme américain dans sa forme guerrière est devenu un monstre dont les conséquences notamment pour les peuples du Sud ont atteint des dimensions épouvantables.

Aujourd'hui, les États-Unis sont dirigés par un président réactionnaire, misogyne et raciste. Ce président milliardaire vient de durcir encore l’embargo sur Cuba. Rappelons que les américains occupent toujours une parcelle du territoire cubain où ils ont installé la base militaire de Guantanamo qui leur sert, entre autres, de centre de... torture !

L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, demeure toujours comme le disait le Che l'ennemi de l'homme. Et le système qui méprise les hommes ne peut respecter la nature.

Le combat héroïque et parfois désespéré mené par le Che à son époque et dans d'autres conditions contre l'impérialisme américain, n'a jamais été aussi actuel qu'aujourd'hui. La résistance se poursuivra inévitablement, dans des conditions différentes, tant que la violence et l'oppression impérialistes existent.

 

Le Che est mort, mais son souvenir restera, pour celles et ceux qui luttent contre l'impérialisme et contre toutes les formes d'injustices, «enfoui tel un trésor dans la partie la plus profonde, la plus secrète et la plus riche de leur être, réchauffant leur courage, attisant leur énergie» (23).

 

Mohamed Belaali

 

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(1)«En los nuevos campos de batalla llevaré la fe que me inculcaste, el espíritu revolucionario de mi pueblo, la sensación de cumplir con el más sagrado de los deberes: luchar contra el imperialismo dondequiera que esté: esto reconforta y cura con creces cualquier desgarradura». discursos/1965/esp/f031065e.html ierno/http://www.cuba.cu/gob

(2)Discours d'Alger (24 février 1965) :

https://unitecommuniste.fr/wp-content/uploads/2017/04/alger.pdf

(3)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(4)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(5) https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(6)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(7)Ibid.

(8)http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/1965/esp/f031065e.html

(9) http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/1965/esp/f031065e.html

(10)http://www.cubadebate.cu/especiales/2017/10/04/che-a-sus-hijos-su-padre-ha-sido-un-hombre-que-actua-como-piensa/#.XY25EUYzaUk

(11)https://unitecommuniste.fr/wpcontent/uploads/2017/04/alger.pdf

(12)Ibid.

(13)Pierre Kalfon « Che Ernesto Guevara, une légende du siècle » p.403.

(14)http://africultures.com/le-discours-dindependance-de-lumumba-9826/.

(15)[Exposé de Patrice Lumumba, Congrès pour la Liberté et la Culture», Université d'Ibadan. 22 mars 1959. Texte extrait du livre "La pensée politique de Patrice Lumumba" éditions Présence Africaine 1963 ] http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1447

(16)Tariq Ali dans « Les dilemmes de Lénine », page 186.

Voir aussi : https://information.tv5monde.com/afrique/Il-pleut-des-mains-sur-le-congo-lethnocide-colonial-belge-oublie

(17)https://www.jeuneafrique.com/105156/culture/assassinat-de-lumumba-2/

(18) « Passages de la guerre révolutionnaire : le Congo ».

(19)Ibid.

(20)Ibid.

Sur la Guérilla, voir « La guerre de guérilla » du Che, voir également le travail de MICHAEL LOWY https://www.persee.fr/docAsPDF/homso_0018-4306_1971_num_21_1_1443.pdf .

(21)Message à la Tricontinentale. Op. cit.

(22) Op.Cit.

(23)Ahmed Ben Bella premier président de l'Algérie indépendante. Le Monde diplomatique, octobre 1997.

 

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 15:58

 

Un homme vient de mourir. La République lui rend un hommage royal : journée de deuil national, honneurs militaires, drapeaux en berne, minute de silence etc. Son corps est béni par l’Archevêque et les évêques. Les grands, les riches, les célébrités de ce monde, visages graves, se prosternent devant le cercueil du puissant porté par des gardes républicains. Accablée par le chagrin, la classe politique au pouvoir ne peut contenir son émotion. Les écoles, les parcs, les places, les rues, les musées porteront le nom du puissant défunt. Les médias, qui à longueur de jour et de nuit exaltent ses qualités, sont unanimes : c'était un génie, un grand homme, plein de générosité et d'amour pour le petit peuple.

 

Mais pour que la classe dominante puisse célébrer ainsi la mort de l'un de ses fidèles serviteurs, il faut qu'une autre classe meure dans l'anonymat, l'indifférence et pour les plus pauvres, dans l'indignation et l'humiliation. Leur mort comme leur vie est une misère silencieuse. Pour les classes inférieures, la mort est presque une consolation. Et comme disait Baudelaire «C'est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ; C'est le but de la vie ». Dans la société de classes, les dominés sont, dans leur vie comme dans leur mort, méprisés et dépouillés de leur humanité. Ils sont l'incarnation d'une société inhumaine.

 

Mohamed Belaali

 

 

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 15:45

Pour qu'une classe puisse vivre dans le luxe, il faut qu'une autre classe vive dans le dénuement et l'asservissement. Pour que François de Rugy et son épouse puissent étaler leur faste aux frais des contribuables, notamment les plus modestes d'entre-eux, il faut en même temps crever les yeux et arracher les mains de celles et ceux qui refusent de subir cet ordre bourgeois pourri.

 

Macron, de Rugy et tous les membres du gouvernement ainsi que ceux qui les ont hissés brutalement à la tête de l'Etat ne voient dans les classes populaires qu’une masse infâme, des êtres sans dignité, déshumanisés, des esclaves.

 

Les pauvres doivent encore et toujours fournir des efforts. Les puissants sont insatiables. Ils se nourrissent, à l’instar des vampires, du sang du peuple. Plus ils en pompent, et mieux ils se portent ! Au moment où la classe dirigeante exige de la population des sacrifices de plus en plus lourds, au moment où les chômeurs et les précaires se comptent par millions, cette classe n’hésite pas à étaler ostensiblement, dans une république affaiblie, les fastes d’un pouvoir quasi monarchique. Elle aime l’argent, le luxe, l’apparat, le cérémonial... La folie dynastique de cette classe n’a d’égale que le mépris ostentatoire qu’elle affiche pour le peuple. Deux classes irréconciliables que tout sépare. Mais l'une représente le passé, l'autre l'avenir.

 

Mohamed Belaali

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 16:44

 

«Être radical, c'est prendre les choses par la racine».  K. Marx (*).

 

 

 

Sur le plan idéologique, le capitalisme et la classe qui le porte produisent avec un certain succès un ensemble d'idées et de conceptions dans le but de tromper les masses populaires et d'anéantir toute idéologie de combat et d'émancipation notamment celle développée par Marx et Engels. Il s'agit pour la bourgeoisie non seulement de démoraliser la classe des travailleurs, mais surtout de la désarmer en la privant de ses instruments idéologiques qui lui permettent de résister et de lutter efficacement contre toute sorte d'exploitation et d'oppression. Pour la classe dirigeante, il faut absolument inculquer aux larges masses de la population que la révolution est un formidable anachronisme, que le socialisme a définitivement échoué et que le capitalisme reste l'horizon ultime de l'humanité. Ces idées ainsi que bien d'autres, indispensables pour perpétuer l'ordre établi, sont répandues essentiellement par les médias, les instituts de sondages, les intellectuels, les experts, les industries culturelles etc. Face à ces attaques, il est nécessaire pour toutes celles et ceux qui se battent contre le capitalisme, ennemi de l'homme et de la nature, de lutter contre cette idéologie de la classe dominante, portée et diffusée également par tous les opportunistes de « gauche » malheureusement.

 

La négation de la lutte des classes fait partie de ces idées répandues par la classe dirigeante. Le but ici est de remplacer ce combat politique de classe contre classe par des revendications et des actions éparpillées, isolées, corporatistes et séparées les une des autres; ce qui les rend particulièrement inefficaces. Les luttes par exemple contre les inégalités, le racisme, les discriminations, le sexisme, la destruction de notre planète, l'exclusion etc.etc. sont menées sans lien avec le capitalisme qui les produit. Celui-ci est ainsi mis à l'abri de toute critique pour mieux assurer les privilèges des puissants. Or il est illusoire de vouloir résoudre valablement ces problèmes importants sans remettre en cause le système lui-même. Car l'inégale répartition des richesses, l'écologie...sont d'abord les conséquences des rapports sociaux de classes au sein d'un système économique déterminé. Il ne faut pourtant pas être d'une grande perspicacité pour comprendre que la destruction systématique de notre planète par exemple est intimement liée à cette course effrénée au profit qui caractérise le capitalisme. On ne peut résoudre raisonnablement ces problèmes graves qu'en s'attaquant aux causes qui les engendrent et non à leurs conséquences : «plus on va parler des changements climatiques dans les médias, moins on va expliquer leurs causes et plus on va parler de leurs conséquences. Or quand on traite des causes, on peut en venir assez vite à des explications structurelles relevant de l’ordre social, et donc politique — ce qui n’est pas le cas avec les conséquences du problème (...)Tant que l’écologie ne sera pas pensée d’abord comme une lutte idéologique contre le capitalisme, elle aura toujours le souffle un peu court» (1).

 

L'invention par la bourgeoisie du concept de «développement durable» participe de cette même entreprise de manipulation des masses. Celui-ci est ainsi défini comme un développement qui permet «de répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations à venir de satisfaire les leurs» (2). Ce développement appelé aussi « soutenable » est créé  justement pour soutenir et faire durer un système, le capitalisme, premier et dernier responsable de la destruction de la nature. Grâce à sa puissance économique, la classe dominante impose sa vision écologique du monde : faire du profit tout en faisant croire qu’elle travaille à la sauvegarde des intérêts des générations actuelles et futures. Là encore les entreprises, petites et grandes, les gouvernements, les collectivités locales, les ONG, l’Union Européenne, l’ONU et ses institutions etc. tentent, chaque jour qui passe, de nous convaincre que le salut de notre planète passe par le développement durable. Séminaires, colloques, conférences, rencontres internationales, forums, expositions, bref des manifestations en tout genre et en tout lieu se multiplient à travers la planète pour promouvoir le développement durable. Le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD) qui regroupe 200 entreprises internationales participe lui aussi au « développement durable par la croissance économique, l’équilibre écologique et le progrès social » (3). Global 100, un cabinet américain de conseil en investissement spécialisé dans la gestion des risques non traditionnels, sélectionne et classe les 100 multinationales les plus engagées dans le développement durable (4). Ses rapports sont publiés à l’occasion du forum économique mondial de Davos.

 

«L'humanitaire», un autre concept à la mode, est lui aussi instrumentalisé pour mieux cacher aux citoyens le véritable responsable des malheurs des Hommes, le capitalisme. L’humanitaire ne fait que soulager, dans le meilleur des cas, momentanément la détresse humaine. Mais quelques soient sa forme et ses acteurs, il sert souvent de prétexte et de couverture à des visées hégémoniques et impérialistes. Il est au service du capital et des classes dominantes. La plupart des ONG humanitaires dépendent financièrement de leurs propres États, des instances européennes comme le service d’aide humanitaire de la Commission Européenne (DG-ECHO) ou des institutions internationales. Faire de l'humanitaire dans un système inhumain est une illusion pour ne pas dire une absurdité (5).

 

L'illusion démocratique contribue également à cette gigantesque escroquerie idéologique selon laquelle en dehors de la démocratie bourgeoise point de salut. La démocratie parlementaire est présentée par les classes dominantes comme la clef de tout changement, capable de réaliser les aspirations les plus profondes de l’immense majorité de la population. Or elle n’est en réalité qu’un paravent à la domination économique et, partant, politique. La démocratie est toujours une démocratie de classe. La démocratie dans l'absolu, la démocratie en général n'existe nulle part. Ce qui existe réellement c'est la démocratie de la classe qui domine économiquement et politiquement. Elle l'utilise comme instrument idéologique pour servir ses propres intérêts. Doit-on déduire de tout cela qu'il ne faut pas utiliser le parlementarisme bourgeois ? Absolument pas. Il faut utiliser cette forme de démocratie transitoire sans pour autant exagérer le résultat final de cette participation électorale. Car les intérêts de classes sont irréconciliables. Il ne s’agit pas seulement de réformer ou d’améliorer la société capitaliste pour la rendre supportable, mais de l’abolir.

 

Les classes dirigeantes ont intérêt à propager les idées, les conceptions et les pratiques qui servent leurs intérêts et perpétuent leurs privilèges. Elles ont réussi à faire croire, notamment à ceux qui ont objectivement intérêt à changer radicalement leurs conditions d’existence, que la révolution appartient désormais au passé et que la fin de l’Histoire est une réalité des temps modernes. Pourtant, la révolution tant haïe par ces classes, n’a jamais été aussi légitime et aussi nécessaire que maintenant. Aucun remède ni aucune thérapie ne sont en mesure de guérir notre monde de cette maladie mortelle, le capitalisme.Toutes les demi-mesures, toutes les réformes et toutes les luttes catégorielles etc. etc., si elles ont contribué à améliorer provisoirement la situation des esclaves modernes que sont les salariés, restent insuffisantes. Continuer sur la voie tracée par une minorité d'exploiteurs capitalistes ne peut mener qu' au chaos, à la barbarie et à la destruction de l’Homme et de la nature.

 

Mohamed Belaali

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(*) K Marx « Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel »

(1)https://www.revue-ballast.fr/jean-baptiste-comby/

(2) Définition de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le Rapport Brundtland): https://www.diplomatie.gouv.fr/sites/odyssee-developpement-durable/files/5/rapport_brundtland.pdf

(3)https://www.wbcsd.org/

(4)http://www.corporateknights.com/reports/global-100/

(5)http://www.belaali.com/article-l-humanitaire-au-service-du-capital-49296435.html

 

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25 mai 2019 6 25 /05 /mai /2019 08:51

«Les ouvriers n'ont pas de patrie»

K Marx et F Engels

 

L'immigration occupe une place centrale dans l'espace politique des pays capitalistes notamment lors des campagnes électorales. Les élections européennes du mois de mai 2019 ne font pas exception à cette règle. La violence et le cynisme des déclarations des partis bourgeois de ces pays n'ont d'égal que le vide de leurs programmes. L'immigration est présentée aux électeurs comme responsable de tous les malheurs. La démagogie, le racisme, la xénophobie ...sont ainsi utilisés par la classe dominante pour stigmatiser tout ce qui ressemble de près ou de loin aux immigrés. Son discours de haine (grand remplacement, invasion, explosion, tri, quotas, contrôle, vagues successives, tolérance zéro, zéro débarquement....) propagé jour après jour par les médias lui permet non seulement d’occulter sa responsabilité et celle de son système dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît le monde aujourd’hui, mais aussi de détourner les travailleurs et les masses populaires des vrais problèmes qui les rongent au quotidien : chômage, précarité et régression sociale généralisée. L'instrumentalisation de l'image de l'«Autre », celle de l'étranger présenté comme un danger, comme un ennemi permet également de renforcer le mythe de «l'identité nationale» et de souder ainsi les masses populaires derrière la classe des exploiteurs.

Pourtant, la bourgeoisie a bel et bien besoin de cette immigration non seulement comme bouc émissaire, comme instrument redoutable de division des ouvriers en jouant sur leurs préjugés nationaux, raciaux et religieux, mais surtout comme force de travail taillable et corvéable à merci. Il ne s'agit en fait que d'une contradiction apparente liée à l'hypocrisie et au double jeu de la classe dominante. Car le capitalisme tend toujours vers l'utilisation d'une main-d’œuvre bon marché quelque soit sa nationalité, sa religion etc. D'autant plus que les travailleurs immigrés, notamment la frange la plus vulnérable («clandestins», sans papiers, réfugiés etc.), n'ont pour ainsi dire aucun droit, alors qu'une partie des ouvriers « nationaux » sont plus ou moins corrompus par des salaires plus élevés. Les analyses de Marx non seulement restent d'une étonnante actualité, mais surtout permettent de mieux comprendre pourquoi la main-d’œuvre immigrée reste une nécessité vitale pour le capitalisme mondialisé.

 

 

L'immigration est pour la bourgeoisie une source inépuisable de profit et celui-ci ne connaît pas de frontières. Le capitalisme, dès sa naissance, ne pouvait grandir et se développer qu'en exploitant avec une grande violence les populations de tous les continents. Avec la découverte des Amériques et l'extermination des indiens, les anglais et les français ont d'abord utilisé des esclaves blancs venus d'Europe. Mais avec le développement prodigieux des plantations de riz, coton, tabac et autres canne à sucre, le travail des esclaves blancs ne suffisait plus. L'importation d'esclaves africains devenait vitale pour la survie des plantations.  L’Afrique est ainsi transformée «en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires» disait Marx (1).

Il fallait absolument fournir ces plantations en force de travail la plus servile et la plus rentable possible : «Les esclaves sont envoyés dans toutes les plantations américaines de Sa Majesté qui ne peuvent subsister sans eux» (2). Aucun planteur n'était encore prêt à embaucher des salariés. Ainsi la richesse fabuleuse accumulée par les planteurs américains était produite, sous le fouet, par des africains arrachés à leur continent par la force et la violence. Combien ont succombé à leurs souffrances dans les champs de coton, de tabac ou de canne à sucre ? Combien ont été castrés, mutilés, lynchés, brûlés vif, ou encore pendus ? Nul ne le sait avec précision.

 

L'esclavage a permis le développement des centres industriels en Angleterre, berceau du capitalisme comme Manchester, Liverpool, Glasgow... «Ce fut la traite des nègres qui jeta les fondements de la grandeur de Liverpool ; pour cette ville orthodoxe, le trafic de chair humaine constitua toute la méthode d'accumulation primitive. (…) Dans le même temps que l'industrie cotonnière introduisait en Angleterre l'esclavage des enfants, aux États-Unis elle transformait le traitement plus ou moins patriarcal des Noirs en un système d'exploitation mercantile. En somme, il fallait pour piédestal à l'esclavage dissimulé des salariés en Europe, l'esclavage sans phrase dans le Nouveau Monde» (3).

 

Mais au cours de son développement, le capitalisme tente de réduire par tous les moyens y compris par l'immigration, la demande de travail et rendre l'offre plus abondante créant ainsi non seulement des chômeurs, mais aussi une concurrence fratricide entre salariés occupants un emploi au bénéfice des patrons : «(...) le système capitaliste développe aussi les moyens de tirer plus de travail du salarié, soit en prolongeant sa journée, soit en rendant son labeur plus intense, ou encore d’augmenter en apparence le nombre des travailleurs employés en remplaçant une force supérieure et plus chère par plusieurs forces inférieures et à bon marché, l’homme par la femme, l’adulte par l’adolescent et l’enfant, un yankee par trois Chinois. Voilà autant de méthodes pour diminuer la demande de travail et en rendre l’offre surabondante, en un mot, pour fabriquer des surnuméraires» (4).

 

L'utilisation de la main-d’œuvre étrangère permet aux employeurs de grossir la masse des chômeurs créant sur le marché du travail une terrible guerre entre prolétaires nationaux et immigrés avec pour conséquence une baisse des salaires pour tous : «l’Irlande envoie son surplus de population vers le marché du travail anglais, et fait baisser ainsi les salaires, et dégrade la condition morale et matérielle de la classe ouvrière anglaise. Et le plus important de tout! Chaque centre industriel et commercial en Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles, les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais ». Cette concurrence, en plus de la baisse des salaires, donne aux ouvriers nationaux un sentiment de supériorité par rapport à la main-d’œuvre étrangère renforçant du même coup le pouvoir de domination de leurs propres exploiteurs : «L’ouvrier anglais moyen hait l’ouvrier irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie. Par rapport au travailleur irlandais, il se sent un membre de la nation dominante, et ainsi se constitue en un instrument des aristocrates et des capitalistes de son pays contre l’Irlande, renforçant ainsi leur domination sur lui-même. Il nourrit des préjugés religieux, sociaux et nationaux contre le travailleur irlandais. Son attitude envers lui est très semblable à celle des «pauvres blancs» envers les «nègres» des anciens Etats esclavagistes des USA. L’Irlandais lui rend d’ailleurs la pareille, et avec intérêts. Il voit dans l’ouvrier anglais à la fois le complice et l’instrument stupide de la domination anglaise en Irlande»(5).

 

Hier comme aujourd'hui, la bourgeoisie a tout intérêt à dresser les travailleurs les uns contre les autres en jouant sur leurs préjugés respectifs pour mieux les diviser et les exploiter. Cette guerre fratricide entre travailleurs est «l'arme la plus acérée de la bourgeoisie dans sa lutte contre le prolétariat» écrivait Engels (6). Briser l'unité des travailleurs est une condition essentielle qui permet à la bourgeoisie d'affaiblir toute résistance de la part des exploités. Elle ne recule devant aucun moyen dont elle dispose pour entretenir et perpétuer cette division : racisme, xénophobie, sentiment de supériorité nationale, méfiance des étrangers etc. : « Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l'impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C'est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente» (7).

Le véritable problème n'est donc pas l'immigration, mais le système qui la produit, le capitalisme.

Mais ce système qui accable les travailleurs du monde entier de tant de misère, crée en même temps les conditions pour former une classe ouvrière mondiale. Les travailleurs des pays pauvres migrent vers les pays riches attirés par des salaires plus élevés. Le développement du capitalisme accentuera davantage encore cette tendance en effaçant progressivement les frontières, en brisant les préjugés nationaux créant ainsi une sorte de classe ouvrière planétaire à l'instar de la bourgeoisie. Les migrations de la main-d’œuvre vont s'amplifier et se généraliser. Les rideaux de fer, les nouveaux murs et les polices des frontières ne pourront jamais empêcher de nouveaux migrants, chassés par la misère et les guerres provoquées par le système lui-même, de venir frapper à la porte des pays riches.

 

Les prolétaires ont non seulement à mener un combat au niveau national contre leur ennemi commun, mais aussi et surtout au niveau mondial. Cet internationalisme peut constituer la base de leur unité et de leur émancipation. Mais cette unité ne peut être réalisée qu'au prix d'un long et difficile combat politique de classe contre classe. Durant toute leur vie, Marx et Engels ont insisté sur l'unité des travailleurs de tous les pays. Sans cette union, leur combat pour l'émancipation sera voué à l'échec. « L'expérience du passé nous a appris comment l'oubli de ces liens fraternels qui doivent exister entre les travailleurs des différents pays et les exciter à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes pour l'affranchissement, sera puni par la défaite commune de leurs entreprises divisées» (8). Pour s’emparer du pouvoir politique indispensable à leur émancipation, les prolétaires doivent s’organiser au niveau planétaire, même si la classe ouvrière doit d’abord lutter contre sa propre bourgeoisie, car l’internationalisation du capital conduit nécessairement à l’internalisation du travail. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’appel de Marx à l’union de tous les travailleurs : « PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! » (9).

 

Mohamed Belaali

 

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(1)Le Capital - Livre premier. L’accumulation primitive.

 https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm

(2)Document de la Royal African Company fondée en 1672, cité par S.U. Abramova in « Aspects idéologiques, doctrinaux, philosophiques, religieux et politiques du commerce des esclaves noirs »

https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000123654

(3)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm

(4)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-3.htm

(5)https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc062.htm

(6)https://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315_3.htm

(7) Ibidem

(8)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1864/09/18640928.htm

(9)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000d.htm

 

 

 

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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 12:34

 

«Nous, médecins, rappelons notre attachement viscéral au secret professionnel. C’est pourquoi nous refusons le fichage des Gilets jaunes blessés arrivant aux urgences. De même que nous nous opposons à tout autre fichage des patients sans leur consentement, visant à une transmission des données en dehors de l’hôpital à des fins autres que médicales » (1). Ainsi commence le texte de cent médecins qui refusent le fichage des Gilets jaune blessés.

La bourgeoisie française non satisfaite d'avoir éborgné et mutilé des Gilets jaunes, exige maintenant qu'ils soient fichés lorsqu'ils arrivent blessés aux urgences. Ce fichage, réclamé par le pouvoir, se fait évidemment sans le consentement des patients. La bourgeoisie veut ainsi transformer la science médicale et les médecins en complices, en simples supplétifs de la police. Le secret professionnel, la déontologie et l’éthique médicale n'ont de valeur que lorsqu'ils servent ses propres intérêts. Précisons que toute transgression du secret professionnel peut entraîner des poursuites pénales ou disciplinaires. L'article R. 4127-4 du code de la santé publique dit clairement que «toute personne prise en charge par un professionnel, un établissement, un réseau de santé ou tout autre organisme participant à la prévention et aux soins a droit au respect de sa vie privée et du secret des informations la concernant». «Ce qu'on nous demande de faire est illégal, un médecin n'a pas à ficher ses patients », s'insurge un médecin urgentiste de l'AP-HP (2). Mais pour cette classe, la loi c'est toujours la loi du plus fort. Pour elle, les Gilets jaunes ne sont pas des blessés, des patients, mais des opposants qu'il faut réprimer, traquer, ficher même dans les hôpitaux. Réclamer la justice fiscale et sociale dans la France d'aujourd'hui est une revendication devenue insupportable pour la classe dirigeante. Les barrières juridiques s'effacent progressivement laissant place à un régime autoritaire ne tolérant aucune opposition, aucune contestation populaire d'envergure comme c'est le cas en ce moment avec les Gilets jaunes.

Mais le fichage des blessés « jaunes » n'est que le symptôme, parmi tant d'autres, de la société capitaliste d'aujourd'hui. Le fichage n'est pas une dérive, mais une politique volontariste d'un système qui, pour se maintenir et se perpétuer, a besoin d'étendre sa surveillance, son contrôle sur l'ensemble des citoyens notamment les plus pauvres et les plus conscients d'entre-eux. Les contrôles, facilités par les technologies du numérique, se généralisent et touchent tous les domaines.(3).

Ce fichage « jaune » dont les médias bourgeois ne parlent plus, est en soi une autre forme de violence (4) faite aux Gilets jaunes et à tous les mouvements sociaux. Le but non avoué de ce silence est de rendre toute cette violence d'Etat invisible, inexistante. On ne parle plus du fichage des blessés « jaunes » comme on ne parle plus de l'humiliation collective des jeunes de Mantes-la-Jolie, de Zineb Redouane, des yeux crevés, des mains arrachées, des centaines de signalements déposés à l'IGPN sans résultat, des mensonges répétés du pouvoir etc.etc. Dans l'immédiat, il faut créer chez les citoyens un sentiment, une impression que tous ces événements n'ont pour ainsi dire jamais existé. La bourgeoisie tentera par la suite de les effacer de la mémoire collective qui représente toujours une menace, un danger pour les régimes autoritaires. Il lui sera plus facile plus tard de réécrire sa propre vérité, légitimant et perpétuant son pouvoir.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://reporterre.net/Cent-medecins-refusent-le-fichage-des-Gilets-jaunes-blesses

(2)https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2019/04/24/fichage-des-gilets-jaunes-ce-quon-nous-demande-est-illegal-temoigne-un-urgentiste-de-lap-hp_868245

(3) Il existe d'innombrables articles sur ce sujet. Voir entre autres :

https://www.uspsy.fr/IMG/pdf/le_Fichage_des_patients_en_psychiatrie_LLPF_no195.pdf

(4).https://reporterre.net/Gilets-jaunes-La-question-de-la-violence-revele-une-crise-democratique?fbclid=IwAR2d93oMDXD6nof-yzeYSTC7TfLsqlLtTzoO6UvsBpF9yj37m_UT7j1qmTE

 

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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 11:07

 

 

«Donne un cheval à celui qui dit la vérité; il en aura besoin pour s’enfuir».

Proverbe arabe

 

En révélant au monde entier les guerres génocidaires, les crimes, les massacres et les mensonges des pays impérialistes, Julian Assange savait qu'il mettait sa vie en danger. Il a ainsi dévoilé la nature profonde de ces pays.Toutes les guerres impérialistes par exemple ont été déclenchées sur la base de mensonges. Assange a osé dire la vérité. Or celle-ci est incompatible avec le fonctionnement même des sociétés capitalistes où le mensonge est érigé en principe sacré, en dogme. Toute profanation de cette règle constitue un sacrilège. Il faut laisser la population dans l'ignorance. Et comme disait Orwell dans 1984 «L'ignorance c'est la force» ! La propagande et l’endoctrinement permanents des citoyens remplacent l’information et le faux devient vrai. Les intérêts d'une seule classe deviennent alors ceux de toutes les classes. Les responsables de ce blasphème seront alors durement punis. Car dans cette société, les hérétiques n'ont pas leur place. Leur vérité constitue une offense, un affront et une insulte au discours mensonger dominant. Julian Assange doit être châtié, persécuté. L'obscurité du mensonge contre la lumière de la vérité. La guerre est donc déclarée contre cet homme. Il n'a aucune chance de la gagner ni même d'obtenir un procès équitable sans le soutien massif des citoyens. Pour les Etats-Unis, le Royaume-Uni et tous les autres pays capitalistes, Assange est l'homme à abattre. En 2010 par exemple, il a eu le courage de montrer au monde entier, à travers des centaines de milliers de documents classifiés de l'armée américaine, la réalité de l'invasion de l'Irak : crimes de guerre, massacres, tortures... la souffrance infligée à la population irakienne, réduite à vivre dans des conditions infra-humaines, donne la mesure de la cruauté dont les pays capitalistes sont capables (1). Les documents publiés donnent l'ampleur de cette tragédie irakienne : 109 032 victimes dont 60 % de civils (2). A l'époque, les médias aux ordres parlaient des «frappes chirurgicales» ! Et quel est le crime de chacune de ces victimes ? Selon Bush et Blair, l'Irak représente un véritable danger pour le monde. Il possède les armes de destruction massive et demeure le foyer mondial du terrorisme. Il faut donc sécuriser ce pays et apporter à sa population démocratie, liberté et prospérité. Des mensonges et toujours des mensonges !

 

Le président équatorien  Lenin Moreno, celui par qui le scandale est arrivé, disait : « J’ai demandé à la Grande-Bretagne la garantie que M. Assange ne serait pas extradé vers un pays où il pourrait être torturé ou condamné à mort». (3)

Moreno sait très bien que les Etats-Unis ont émis une ordonnance d'extradition de Julian Assange avec un acte d'accusation précis (4) et que son pays et le Royaume-Uni feront tout pour faciliter ce transfèrement. Une fois aux Etats-Unis, la vie de Julian Assange sera en danger ou comme disent les experts de l'ONU, l'extradition met « potentiellement sa vie en danger» (5),

Rappelons que la majorité des Etats (trente sur cinquante) appliquent encore la peine de mort et que la pratique de la torture est bien réelle. Le sort d'Assange n'aura probablement rien à envier à celui de l'autre lanceur d'alerte Chelsea Manning qui a « enduré de longues périodes d’isolement et de torture. Elle a tenté à deux reprises de se suicider en prison. Elle connaît par expérience douloureuse les innombrables façons dont le système peut vous briser psychologiquement et physiquement» (6).

 

Voilà ce que réservent les pays impérialistes à ceux et celles qui, au détriment de leur vie, osent dire la vérité aux citoyens en les informant sur les abus du pouvoir. Les pays capitalistes ne peuvent fonctionner que sur la base de mensonge et de répression dans tous les domaines.

Laissons le dernier mot à la mère de Julian Assange :«La vie de mon fils, le journaliste Julian Assange, est en danger imminent et grave. Je vous remercie tous d’entendre l’appel d’une mère qui vous demande de l’aider à le sauver (…) Parce qu’il s’agit d’une persécution politique transnationale par une superpuissance sauvage en collusion avec ses alliés, sauver Julian nécessite l’indignation des peuples du monde. (...) Tout au long de l’histoire, lorsque les abus de pouvoir sont devenus insupportables pour le peuple, celui-ci s’est uni et s’est levé pour les faire cesser» (7).

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.legrandsoir.info/Les-ravages-de-la-guerre-imperialiste-en-Irak.html

(2)https://www.ojim.fr/portraits/julian-assange-master-hacker/

(3)https://twitter.com/Lenin/status/1116271659512684544

(4)https://www.legrandsoir.info/acte-d-accusation-contre-julian-assange.html

(5)https://news.un.org/fr/story/2019/04/1040961

(6)https://www.legrandsoir.info/chelsea-manning-et-la-nouvelle-inquisition-truthdig.html

(7)https://www.youtube.com/watch?v=5nxigIRUkcU

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 09:07

«c'est précisément dans les républiques les plus démocratiques que règnent en réalité la terreur et la dictature de la bourgeoisie, terreur et dictature qui apparaissent ouvertement chaque fois qu'il semble aux exploiteurs que le pouvoir du capital commence à être ébranlé». Lénine (1).

 

La révolte des Gilets jaunes a révélé au monde entier le caractère de classe de la démocratie en France. Parler de la démocratie dans l'absolu, non seulement n'a pas beaucoup de sens, mais permet surtout de nier l'existence même des classes et de la lutte des classes. Dans le système capitaliste, il n'existe pas de démocratie en dehors des classes sociales. La démocratie française, comme dans tous les pays capitalistes, est une démocratie bourgeoise. Cette classe qui possède tous les pouvoirs impose à toutes les autres classes, c'est à dire à l'immense majorité des citoyens, sa propre démocratie. La résistance des Gilets jaunes au pouvoir bourgeois a mis à nue cette démocratie tant vantée.Une partie du peuple commence à se rendre compte que L’État de droit, la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse, d'expression, de circulation, de manifestation, etc. ne sont que de grossiers mensonges destinés à tromper les classes populaires et à perpétuer les privilèges de la classe des possédants et des exploiteurs.

 

Le mouvement des Gilets jaunes montre d'une manière éclatante que la liberté de la presse par exemple n'existe tout simplement pas. Les moyens de communication de masse sont quasiment tous dominés par le grand capital. La bourgeoisie qui possède les moyens de production matériels, concentre également entre ses mains les moyens de production de l'information. Derrière chaque grand quotidien, chaîne de télévision, station de radio etc. se cachent un ou plusieurs milliardaires voire toute une famille de riches : le Monde pour Xavier Niel et Daniel Křetínský, TF1 pour la famille Bouygues, BFM TV pour Patrick Drahi, CNews et canal plus pour Bolloré, Le Figaro pour la famille Dassault, Europe1 pour Lagardère, etc. etc.(2).

Les chaînes et radios publiques sont, quant à elles, toutes aux ordres du pouvoir politique.

La presse et l'information dans la démocratie bourgeoise ne sont que des marchandises qui s'achètent et se vendent sur le marché comme n'importe quel article de commerce. Elles ne peuvent être achetées que par les plus riches. Économiquement, ces groupes puissants et influents, ne sont là que pour faire du profit et idéologiquement pour servir les idées de leur propre classe. La liberté de la presse dans cette démocratie c'est la liberté de corrompre les journalistes, de façonner et de fabriquer une « opinion publique » qui transpire l'idéologie dominante.

 

Lorsque les exploités relèvent la tête, ils trouvent face à eux non seulement la police et l'armée comme dans des régimes autoritaires (le peuple comme ennemi intérieur) (3), mais aussi une propagande médiatique sans bornes. Les Gilets jaunes sont ainsi traités dans les médias du capital avec une extrême violence. Le Président de la République, les ministres, anciens et nouveaux, les journalistes, mais aussi les intellectuels, les « experts »... défilent sur les plateaux de télévision et de stations de radios pour déverser sans retenue aucune leur haine de classe : une « foule haineuse », des «bœufs», des « casseurs » des « nervis », des «salopards d’extrême droite et extrême gauche», des «fascistes», des «conspirationnistes», des «antisémites» et bientôt peut-être des mangeurs d'enfants ! Certains vont même jusqu'à appeler les forces de l'ordre et l'armée à se servir des armes : «qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois ! […] On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies» (4).

Les Unes, les éditos, les chroniques, les compte-rendus, les reportages ou encore les tweets n'ont qu'un seul et même objectif, détruire le mouvement des Gilets jaunes. La minorité d'exploiteurs, à travers l'appareil répressif de l’État et la propagande des médias, ne peut supporter que des « gueux » lui tiennent tête, de surcroît sur une aussi longue durée (cinq mois déjà !). Elle tente alors par tous les moyens de terroriser les manifestants afin de les réduire au silence pour mieux perpétuer ses privilèges. Au-delà des Gilets jaunes, ce sont tous ceux et celles qui critiquent cette politique de régression sociale sans précédent et qui aspirent à plus de justice sociale et à un meilleur partage des richesses qui sont visés par cette propagande et répression aveugle.

 

Le principe sacré de la séparation des pouvoirs, cher à Montesquieu, est lui aussi chaque jour profané. Les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif ne forment en réalité qu'un seul et même pouvoir : derrière les parlementaires et les juges, il y a Macron et derrière Macron il y a la classe qui l'a hissé brutalement à la tête de l’État, la bourgeoisie. Sans remonter loin dans l'histoire de cette fable de la séparation des pouvoirs, quelques exemples liés au combat des Gilets jaunes suffisent à montrer que ce principe est un leurre. Madame Belloubet, ministre de la Justice, s'est ainsi déplacée personnellement au tribunal de Paris «pour annoncer, à la place du Procureur de la République de Paris, que deux-tiers des personnes placées en garde-à-vue seront déférées et jugées dans le cadre de la comparution immédiate». Il s'agit des personnes arrêtées durant la manifestation des Gilets jaunes pour lesquelles la ministre exige « une réponse pénale extrêmement ferme » (5).

Dans une lettre envoyée le 12 janvier 2019 aux membres du parquet, le procureur de Paris, Rémy Heitz nommé explicitement par Macron, ordonne clairement de maintenir les Gilets jaunes en garde à vue jusqu’à la fin des manifestations : «Les levées des gardes à vue doivent être privilégiées le samedi soir ou le dimanche matin afin d’éviter que les intéressés grossissent à nouveau les rangs des fauteurs de troubles» (6). Quand ce n'est pas le ministre qui parle à la place du procureur, c'est le procureur qui parle à la place des magistrats ! La justice est ainsi instrumentalisée par le pouvoir pour venir à bout du mouvement des Gilets jaunes. La justice n'est en fait qu'un moyen dont dispose le pouvoir politique pour maintenir l'ordre. Dans cette démocratie, l'ordre bourgeois prime sur la justice ! Les institutions bourgeoises, aux prérogatives déjà limitées, sont rabaissées au rang de simples instances aux ordres du Président. Macron, en tant que pouvoir exécutif devenu relativement indépendant, légifère par ordonnances et décrets, réduit le nombre de députés et limite le droit d’amendement. Sa domination sur le législatif est totale.

 

Et pendant que la classe dirigeante prétend défendre et célèbre la liberté de circuler et de manifester dans les médias, ses institutions répressives, traquent, matraquent, mutilent, interpellent, jugent, condamnent et emprisonnent des manifestants (7). Les condamnations des gilets jaunes à des peines d'emprisonnement ferme ou avec sursis atteignent des proportions inédites. Selon la ministre de la justice elle-même, il y a eu depuis le début du Mouvement (17 novembre 2018), 9000 interpellations. Sur les 2000 condamnations annoncées, «40 % sont des peines d’emprisonnement ferme et 60 % sont d’autres types de sanction, par exemple des travaux d’intérêt général, des sursis, etc.» (8). Il s'agit des chiffres qui s'arrêtent le 24 mars 2019. Depuis d'autres interpellations et d'autres condamnations sont intervenues.

Une nouvelle loi vient d'être votée par le parlement le 12 mars 2019 qui se rajoute à l'arsenal juridique répressif qui existe déjà (lois antiterroristes, état d'urgence désormais inscrit dans le droit commun...). Mais cette fois elle ne concerne pas des terroristes mais des hommes et des femmes qui ont décidé de prendre leur destin en main, les Gilets jaunes. Il s'agit de la loi «anticasseurs» imposée par le pouvoir et qui constitue une attaque sans précédent contre le droit de manifester même si son article 3 a été censuré par le conseil constitutionnel (9).

 

Partout on interdit aux Gilets jaunes de manifester. La liste des villes où les manifestations sont interdites dans les centre-villes et dans certains quartiers est longue : Paris, Nice, Toulouse, Marseille, Rouen, Metz, Poitiers, Lyon, Bordeaux, Avignon, Dijon etc.

On ne veut plus voir ces « gueux » qui défilent dans l'espace public sans pudeur et qui osent de surcroît demander à Macron de démissionner et aux riches de rendre l'ISF. Il faut les réprimer, les condamner et les emprisonner. Il faut terroriser et cacher ce petit peuple de pauvres qui fait honte à la nation. Qu'elle est belle la démocratie bourgeoise.

Cette terrible répression qui s'abat en ce moment sur les Gilets jaunes est en soi une négation éclatante de cette démocratie des riches et une confirmation par et dans les faits de la dictature du capital. Lénine disait que «La démocratie bourgeoise, tout en constituant un grand progrès historique par rapport au moyen âge, reste toujours (...)  une démocratie étroite, tronquée, fausse, hypocrite, un paradis pour les riches, un piège et un leurre pour les exploités, pour les pauvres» (10).

 

Il est grand temps que tous les exploités et tous les pauvres se réveillent et rejoignent ceux et celles qui mènent depuis presque cinq mois maintenant un magnifique combat contre une classe sociale ultra-minoritaire mais qui possède tous les pouvoirs. Leur lutte dépasse le cadre étroit des revendications corporatistes et s'inscrit dans une perspective plus large, celle d'un combat contre les injustices de classe et la misère sociale. Le Mouvement des Gilets jaunes a réveillé de profondes espérances, mais il ne peut réussir que s'il mène une résistance collective, consciente et déterminée, une lutte politique de classe contre classe.Toutes les forces qui se réclament de la classe ouvrière, tous les progressistes, tous les citoyens appauvris, méprisés et humiliés, soyons donc tous avec le Mouvement des gilets jaunes contre les privilèges et pour l'abolition de la domination de classe. Sans cette unité, sans ce lien fraternel de solidarité, le mouvement risque d'échouer et la classe dirigeante, ennemie du progrès, poursuivra sa politique de régression et de misère sociale.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/03/19190304.htm

(2) https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA#&gid=1&pid=1

(3)http://www.belaali.com/2019/02/la-revolte-des-gilets-jaunes-et-la-violence-d-etat.html

(4)https://www.dailymotion.com/video/x70bgv3

(5)http://lesaf.org/madame-belloubet-la-separation-des-pouvoirs-ca-vous-parle/

(6)https://www.mediapart.fr/journal/france/120319/gilets-jaunes-paris-le-procureur-invente-la-garde-vue-sans-motif

(7)https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=24166&LangID=F

(8)https://www.bfmtv.com/politique/gilets-jaunes-nicole-belloubet-affirme-que-2000-jugements-ont-ete-rendus-1658603.html

Voir également :

https://www.bastamag.net/Pour-quels-faits-et-a-quelles-peines-de-prison-des-centaines-de-gilets-jaunes

(9)https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2019/2019780DC.htm

(10)https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110c.htm

 

 

 

 

 

 

 

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 09:10

«L’État est une machine qui permet aux uns de réprimer les autres». Lénine.

 

 

Selon le Ministère de l'intérieur, il y a eu depuis la révolte populaire des Gilets jaunes, 1 900 blessés, 8 400 interpellations, 1 800 condamnations, 243 signalements déposés à l'IGPN, 133 enquêtes de l'IGPN, 9 228 tirs de LBD et 1 300 blessés parmi les forces de l'ordre (1).

Derrière ces chiffres bruts se cache une réalité humaine dramatique : une femme de quatre vingts ans tuée par une grenade lacrymogène à Marseille, 20 éborgnés, 5 mains arrachées, 193 blessures à la tête, 446 signalements etc. etc. (2). D'autres victimes viendront malheureusement allonger cette liste déjà longue tant que le Mouvement des Gilets jaunes poursuit son combat et sa résistance à la politique de classe menée par Macron. Précisons d'emblée que la police n’est qu’un instrument utilisé par la classe dirigeante pour asseoir sa domination. L’ordre bourgeois ne peut se maintenir sans l'utilisation de la force. Car la bourgeoisie a toujours besoin d'un appareil répressif pour garder sa domination et perpétuer ses privilèges. Cette machine qui produit la violence au service de la classe dominante, c'est l’État. La violence est au cœur de l’État bourgeois.

 

Aucune république, aucune monarchie même la plus démocratique, ne peut se passer de la violence pour maintenir la majorité de la population dans la soumission. L'existence du suffrage universel, du gouvernement, du parlement et de toutes les institutions qui gravitent autour de l’État ne change rien au fond du problème : l’État reste ce qu'il est réellement, un appareil qui réprime par la violence toute contestation de l'ordre établi. Il ne peut en être autrement dans une société de classes où l’État possède le monopole de la violence. L’État au service du peuple, de l'ordre public, de l'intérêt général etc. ne sont que des grossiers mensonges véhiculés par la classe dirigeante pour mieux justifier ses privilèges et sa domination. La répression exercée sur les Gilets jaunes et sur le mouvement social dans sa globalité montre bien que le rôle confié par l’État à la police est celui de briser toute contestation, toute résistance, aussi minime soit-elle, à l'ordre bourgeois. L’État est donc intimement lié à la société fondée sur la lutte des classes.

 

C'est dans ce cadre général qu'il faut situer la guerre que mène aujourd'hui l’État français contre la révolte populaire des Gilets jaunes. Leur combat a mis en pleine lumière, non seulement la brutalité de l’État, mais aussi les valeurs hypocrites de la république bourgeoise : État de droit, Droit de l'homme, liberté de manifester, de circuler etc. Et lorsque le conflit s'aiguise, la classe dirigeante n'a d'autres choix que d'utiliser la violence pour perpétuer sa domination. Plus la lutte perdure et prend de l'ampleur, plus la répression devient intense et brutale.Toute l’histoire des classes dominantes n’a été que férocité et cruauté exercées sur les dominés pour se maintenir au pouvoir. Voici comment Engels décrivait cette cruauté de la bourgeoisie versaillaise lors des derniers jours de la Commune :« Ce n'est qu'après une lutte de huit jours que les derniers défenseurs de la Commune succombèrent sur les hauteurs de Belleville et de Ménilmontant, et c'est alors que le massacre des hommes, des femmes et des enfants sans défense, qui avait fait rage toute la semaine, et n'avait cessé de croître, atteignit son point culminant. Le fusil ne tuait plus assez vite, c'est par centaines que les vaincus furent exécutés à la mitrailleuse. Le Mur des fédérés, au cimetière du Père-Lachaise, où s'accomplit le dernier massacre en masse, est aujourd'hui encore debout, témoin à la fois muet et éloquent de la furie dont la classe dirigeante est capable dès que le prolétariat ose se dresser pour son droit» (3).

 

Aucune force, aucune institution ne peut arrêter ce déchaînement de violence. L’État français peut éborgner les manifestants, arracher leurs mains, défigurer leurs visages ou tout simplement les éliminer physiquement en totale impunité. La justice, l' Inspection Générale de la Police Nationale, le Conseil d’État, le Défenseur des Droits (4), Amnesty International (5), l'ONU (6), le Parlement européen (7), le Conseil de le l'Europe (8) et toutes les protestations, d'où qu'elles viennent, si elles sont utiles voire indispensables pour montrer ce visage hideux de la bourgeoisie et ouvrir les yeux de la population sur la vraie nature de l’État, demeurent insuffisantes pour arrêter cette violence de classe. Il ne faut pas se faire d'illusion sur le résultat final de ces dénonciations ; car elles s'attaquent aux conséquences et non aux racines du mal. Dans le capitalisme, la police n'est que l'un des bras armés de l’État dont la mission est d'assurer en permanence une répression de tout ce qui menace, de près ou de loin, l'ordre établi bourgeois.

 

Derrière la violence policière il y a l’État et derrière l’État il y a le capital. Il ne faut donc pas se borner à lutter seulement contre les effets du système qui produit cette violence mais à travailler en même temps au renversement du pouvoir du capital.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan

(2) https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan

(3) https://www.marxists.org/francais/engels/works/1891/03/fe18910318.htm

(4) http://www.assemblee-nationale.fr/presidence/Rapport-MO-09-01-18.pdf

(5) https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/usage-excessif-de-la-force-lors-des-manifestations

(6) https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=24166&LangID=F

(7) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+TA+P8-TA-2019-0127+0+DOC+PDF+V0//FR

(8)https://www.coe.int/fr/web/commissioner/-/maintaining-public-order-and-freedom-of-assembly-in-the-context-of-the-yellow-vest-movement-recommendations-by-the-council-of-europe-commissioner-for-

 

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