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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 18:01

 

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Les licenciements massifs d'ouvriers et d'ouvrières se poursuivent et se ressemblent. En quelques années seulement, des centaines de milliers de travailleurs ont perdu leur emploi et se trouvent dans des situations personnelles et familiales dramatiques. Aucun secteur de l'activité économique n'est épargné. De l'automobile au pétrole en passant par le BTP, l'industrie lourde, l'industrie agroalimentaire, le textile, les télécommunications, les transports aériens etc., les entreprises ferment ou suppriment des emplois privant ainsi des hommes et des femmes de leur unique source de revenu, le travail. La liste des entreprises, petites et grandes, qui procèdent aux licenciements collectifs ne cesse de s'allonger(1). Et l'avenir reste sombre pour les salariés qui possèdent encore un emploi. La politique d'austérité menée par Sarkozy et poursuivie par Hollande ne peut qu'aboutir à ce désastre économique et social. D'autres travailleurs seront sacrifiés sur l'autel du profit. Aucune autre classe sociale ne subit autant que la classe ouvrière les conséquences de la crise du capitalisme et les politiques d'austérité qui l'accompagnent menées par les gouvernements successifs. Et pourtant, c'est bel et bien cette classe qui est à la base de toutes les richesses produites dans la société. Cette oppression qui s'exerce sur la classe ouvrière reflète et résume à elle seule les tares de la société capitaliste.

 

 

Alors que la résistance ouvrière s'organise un peu partout contre cette brutalité patronale, Hollande et son gouvernement s'inquiètent non pas pour l'avenir des ouvriers, mais des risques «d’implosions ou explosions sociales». Manuel Valls, ministre de l’intérieur, va jusqu'à menacer les ouvriers qui se battent pour sauvegarder leurs emplois : «Il n'y a pas de place pour la violence, et je lance évidemment un avertissement, la police, elle fait son travail, mais on ne peut pas admettre qu'on cherche à casser l'outil de travail» déclarait-il sur Europe1. Ce sont les patrons qui ferment les usines, détruisent les emplois et condamnent les travailleurs au chômage et à la misère et ce sont les salariés qui sont accusés de vouloir «casser l'outil de travail»!

Mais le gouvernement ne se contente pas d'accuser, il envoie ses troupes mater les salariés en lutte comme les patrons envoient leurs vigiles briser les grèves ouvrières. Face à la détresse des travailleurs, le pouvoir en place n'a rien d'autre à offrir que la répression. Ainsi lors d'une manifestation internationale devant le parlement européen à Strasbourg, la police de Hollande et de Valls n'a pas hésité à tirer des balles en caoutchouc à hauteur d'homme sur les métallos

d’ArcelorMittal. John David, un jeune travailleur belge de 25 ans a perdu définitivement l'usage de son œil. Les cars des métallos ont été arbitrairement arrêtés à la frontière et fouillés de fond en comble dans des conditions humiliantes. Ces provocations policières et cette violence gratuite à l'encontre des travailleurs montrent, si besoin est, à quel point cette classe est méprisée.

 

 

Les médias bourgeois, de leur côté, ne cessent de présenter les salariés en lutte contre les licenciements comme des «casseurs d'emplois», des «irresponsables» qui font «régner la terreur» dans les ateliers PSA à Aulnay-sous-Bois par exemple (2). Leur combat contre le despotisme patronal est déformé, dénigré et méprisé par une presse possédée et dirigée par des groupes puissants (Bouygues, Lagardère, Dassault, Arnault, Bolloré etc.). L'angoisse des salariés d'être reclassés ou précipités dans le chômage est soigneusement occultée. Les médias bourgeois connaissent très bien les traumatismes et les drames qui ravagent au quotidien la vie des chômeurs. Mais ces souffrances sont délibérément ignorées ou présentées comme étant liées à des problèmes personnels ou psychologiques. Ils savent que le chômage tue et parfois d'une manière violente et tragique. Certains chômeurs vont jusqu'à mettre le feu à leur propre corps; d'autres, plus nombreux, se suicident pour protester contre la situation inhumaine que leur impose la société bourgeoise (3). Les chômeurs n'ont plus de place dans cette société qui les méprise; ils sont déjà morts socialement. L'ouvrier doit souffrir et le chômeur mourir pour que la société bourgeoise continue à vivre.

Patrons, gouvernement et médias sont ainsi unis contre les travailleurs qui ne font que défendre dignement leurs emplois.

 

 

Malgré des conditions de lutte difficiles et un rapport de force largement favorable aux patrons,les travailleurs restent debout et mènent un combat formidable. Leur résistance commune contre les capitalistes et leurs représentants politiques et médiatiques forge et aiguise leur conscience de classe. Dans la lutte, les travailleurs apprennent à ne compter que sur eux-mêmes. Ils savent qu'ils sont seuls face à la bourgeoisie et les pouvoirs immenses dont elle dispose. Cette opposition irréductible entre patrons et ouvriers, entre oppresseurs et opprimés n'est que l'expression d'une lutte de classe à classe. L'histoire et l'actualité la plus immédiate enseignent aux travailleurs qu'ils forment une classe particulière non seulement exploitée, mais aussi méprisée, humiliée et réprimée par la bourgeoisie. Cette oppression montre à l'évidence que nous vivons dans une société fondée sur l'antagonisme de classes. La bourgeoisie prétend partout représenter la société toute entière, alors qu'elle ne représente en fait que ses propres intérêts comme le prouve l'existence d'une autre classe sociale asservie et dominée. Les travailleurs du monde entier n'ont rien à attendre de cette société. Leur combat quotidien contre les agressions du capital est nécessaire et indispensable. Mais il ne s'agit là que des luttes contre les effets inévitables du système qui les transforme en marchandise vendable sur le marché. Les travailleurs doivent œuvrer en même temps à la transformation radicale de la société. Dans ce combat «les prolétaires n’ y ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner» écrivaient Marx et Engels dans le Manifeste du Parti Communiste.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.collectifcontrelespatronsvoyous.com/

 

 

Voir également les études réalisées par Trendeo:

http://www.trendeo.net/publications/

 

(2) Voir entre autres:

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/automobile/20130121trib000743869/les-grevistes-de-psa-feraient-regner-la-terreur-sic-a-aulnay.html

 

http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2013/01/31/10001-20130131ARTFIG00805-les-pyromanes-de-l-industrie.php

 

 

(3) http://www.actuchomage.org/2012020719232/La-revue-de-presse/suicides-et-crise-une-realite-ignoree.html

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 13:38

 

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Alors que le chômage et la précarité font ravage en France, François Hollande et son gouvernement, pour mieux masquer la faillite de leur politique économique et sociale, envoient leurs troupes au Mali ! «Nos forces armées ont apporté cet après-midi leur soutien aux unités maliennes pour lutter contre ces éléments terroristes» déclarait solennellement le président français vendredi 11 janvier 2013 (1). La droite et l'extrême droite approuvent et applaudissent. Le plan Vigipirate passe du «rouge» au «rouge renforcé». Il deviendra probablement «rouge écarlate» comme le sang qui va couler au Mali et dans la région ! Les médias bourgeois, sans relâche, propagent leur chauvinisme et distillent comme du venin leur propagande guerrière justifiant l'intervention militaire. Journalistes, hommes et femmes politiques, consultants, militaires et experts en tout genre déferlent sur les plateaux de télévision pour asséner leur «vérité», détournant ainsi l'attention des classes populaires des véritables problèmes qui les rongent au quotidien pour mieux servir les intérêts de la classe dominante.


 

Cette intervention a été décidée au moment même où la bourgeoisie française vient d'obtenir, grâce à François Hollande, tout ce qu'elle voulait en matière de licenciements, de flexibilité de l'emploi et des baisses des rémunérations des salariés (2). Pour les sociaux-démocrates au pouvoir, l’ennemi à combattre n'est pas la bourgeoisie qui fait payer aux peuples ici et en Afrique les terribles conséquences de son système de production, mais «le terrorisme». Il faut donc, vaille que vaille, battre les tambours de la guerre et mobiliser toute la nation derrière son chef, François Hollande. Peu importe le coût de cette énième guerre des sociaux-démocrates. Les politiques d'austérité, de contraintes budgétaires et des réductions des dépenses publiques sont réservées aux classes populaires. Quand on mène une guerre au service des grands groupes français, on ne compte évidemment pas .Tout le discours sur la lutte contre les déficits publics répété bêtement et inlassablement par les représentants de la classe dominante s'évapore comme par enchantement ! On trouve facilement et rapidement les fonds nécessaires pour financer cette opération qui, selon le chef de l’État, «durera le temps nécessaire».

 

La guerre est ainsi déclarée, non pas contre le despotisme des marchés financiers, contre le chômage, contre la misère, contre les injustices sociales mais contre «le terrorisme» au... Mali! C'est vraiment la préoccupation première des ouvriers, des chômeurs, des précaires, des travailleurs pauvres, des sans abris, bref de tous les laissés- pour-compte broyés par la machine capitaliste.

 

De plus en plus de citoyens rejettent la politique du gouvernement Hollande et se rendent compte qu'elle n'est, en fait, que le prolongement de celle menée par Sarkozy : une politique exclusivement au service de la classe dominante. La guerre apparaît alors comme un puissant moyen pour «fabriquer» tout du moins à court terme, un consensus permettant de perpétuer la même politique de classe. Il faut donc inventer des ennemis extérieurs pour mieux servir les intérêts des puissants à l'intérieur: «Dans ces circonstances, le rassemblement des Français est une force supplémentaire pour la réussite de notre action», disait François Hollande.

 

Sur le plan international, l'instrumentalisation de l'occupation du nord-Mali sert d'abord les intérêts des bourgeoisies des pays impérialistes (France, Grande Bretagne et bien sûr les États-Unis notamment). Rappelons que l'occupation d'une partie importante du territoire malien est la conséquence directe de l'intervention impérialiste en Libye. Sans l'intervention de l'OTAN dans ce pays, le Nord-Mali n'aurait probablement jamais été occupé parle Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) et ses alliés islamistes (AQMI, Ansar Dine, Mujao, BokoHaram, etc.). Cette occupation est «rendue possiblegrâce à la complicité des États-Unis, de la France et de leurs serviteurs locaux regroupés dans la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)» (3). Précisons que ces États de l'Afrique de l'Ouest sont dirigés par des despotes entièrement au service de la bourgeoisie occidentale notamment française à l'image d'Alassane Ouattara, président actuel de l'organisation, ou de Macky Sall, président du Sénégal. Ils ont soutenu l'intervention impérialiste en Libye et en Syrie comme ils participent aujourd'hui à cette nouvelle «expédition néocoloniale française». Ce sont les dirigeants de la CEDEAO qui ont imposé au Mali l'intervention française.

 

Il y a trop d'intérêts dans cette région du monde! L’Afrique est aujourd'hui l'objet de grandes convoitises. Paradoxalement, la population du Mali est classée parmi les plus pauvres de la planète par les Nations-Unies (son IDH la classe au175è rang sur 187 pays), alors que son sous-sol est l'un des plus riches du continent africain. Si l'or reste la première richesse du pays, les autres ressources, notamment pétrolières, sont aussi nombreuses que sous-exploitées. Le Niger, dont la population vit dans l'extrême pauvreté, est l'un des plus grands producteurs mondiaux de l'uranium exploité par le groupe nucléaire français Areva depuis une quarantaine d'années. En 2008, le groupe Areva s'est emparé du «droit» d'exploiter la mine géante(5000 tonnes par an) d’Imouraren dont le démarrage est prévu pour 2014. On va taire par pudeur les conditions de travail misérables dans les mines les plus dangereuses du monde contrôlées par Areva. Les révoltes ouvrières contre leurs conditions d'esclaves sont systématiquement réprimées sans jamais trouver le moindre écho dans les médias bourgeois.

 

Après la Côte d'Ivoire, la Libye, c'est le tour du Mali et peut-être demain l'Algérie qui risque d'être victime des rapaces impérialistes qui menacent en permanence la paix du monde au profit de leurs bourgeoisies respectives. Le Qatar, lui, joue le rôle du sous traitant des impérialiste. Hier en Libye, aujourd'hui au Mali et en Syrie, le Qatar continue à financer des groupes armés au bénéfices de ses maîtres impérialistes.

 

Les «terroristes» que l'on prétend combattre aujourd'hui sont le produit du capitalisme mondialisé. Les bourgeoisies occidentales, notamment américaine ont contribué largement à l'affaiblissement dans le monde arabe et musulman de toute pensée laïque et progressiste. Nombreux sont les ouvriers, paysans, intellectuels, artistes chanteurs ou de simples militants progressistes tombés sous les balles des fanatiques religieux armés et financés par des régimes réactionnaires et corrompus soutenus par les États-Unis. Rappelons pour mémoire, que les Talibans d'aujourd'hui, on les appelait hier, lorsqu'ils combattaient l'armée Soviétique en Afghanistan, les Moujahidines de la liberté (combattants de la liberté). Les politiques libérales d'ajustement structurel imposées par le FMI et la Banque mondiale, bras financier de l'impérialisme, le soutien indéfectible de ces bourgeoisies à l’État sioniste d'Israël, la guerre en Irak et ses ravages (4) pour ne citer que ces exemples, ont jeté une partie de la population arabe et musulmane dans les bras de l'islam politique. L'élan et la vitalité du soulèvement populaire dans le monde arabe ont été brisés par l'impérialisme. En Tunisie comme en Égypte, les bourgeoisies occidentales ont favorisé l'accès au pouvoir des mouvements obscurantistes et réactionnaires. A Bahreïn, l'impérialisme américain a envoyé les chars de l'Arabie Saoudite pour mater et réprimer dans le sang l'une des plus belles et des plus pacifiques révolte du monde arabe (5).

 

 

 

La social-démocratie européenne, main dans la main avec l'impérialisme, a toujours mené des guerres, «tantôt ouvertes, tantôt dissimulées» contre les peuples de la planète pour servir les intérêts exclusifs de la bourgeoisie. Entre autres exemples, ils ont déclenché l'une des plus meurtrières guerre de l’histoire en 1914. Ce sont eux qui ont assassiné Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, figures emblématiques de la classe ouvrière allemande en 1919. «Les armes vont parler» disait François Mitterrand pour annoncer la première guerre du Golfe en 1991. Ce sont encore eux qui ont brisé l'unité des peuples de la Yougoslavie. «Le président de la République, en accord avec le gouvernement, a décidé la participation des forces françaises aux actions militaires, devenues inévitables, qui vont être engagées dans le cadre de l’Alliance atlantique» disait un communiqué conjoint du président J.Chirac et du premier ministre L. Jospin. Le 25 septembre 2012 aux Nations Unies, F. Hollande déclarait devant l'Assemblée générale «La première des urgences s’appelle la Syrie», l'autre urgence « qui doit nous mobiliser cette semaine, est le Sahel(...) Oui, il faut que le Mali retrouve l’intégrité de son territoire et que le terrorisme soit écarté de cette zone du Sahel» (6). Le 11 janvier 2013, le même François Hollande envoie, au nom de la France, l'armée au Mali. Pour servir l'intérêt des puissants, les sociaux-démocrates ne reculent devant aucun moyen, y compris le plus abject, la guerre. A l'intérieur comme à l'extérieur, ils sont les ennemis des travailleurs. A ces guerres impérialistes au service des classes dominantes, les ouvriers et l'ensemble des classes populaires du monde entier doivent opposer la guerre civile contre leur propre bourgeoisie et leurs alliés sociaux-démocrates.

 

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) http://www.elysee.fr/declarations/article/declaration-du-president-de-la-republique-sur-la-situation-au-mali-4/

 

(2) http://www.humanite.fr/sites/default/files/pdf/2013/securisation_de_lemploi_10-01-2013_v_definitif_bis.pdf

 

(3) http://www.belaali.com/article-la-libye-apres-l-intervention-imperialiste-108002868.html

 

(4) http://www.belaali.com/article-les-ravages-de-la-guerre-imperialiste-en-irak-48981793.html

 

(5) http://www.belaali.com/article-l-intervention-saoudienne-a-bahrein-et-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-69874090.html

 

(6) http://www.belaali.com/article-les-premieres-urgences-de-fran-ois-hollande-111993802.html

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 10:30

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L'image de Mohamed Morsi fuyant le 4 décembre 2012 la foule qui encercle le Palais présidentiel, reflète l'état de tension qui règne en Égypte aujourd'hui entre les Frères Musulmans au pouvoir, leurs alliés Salafistes et le reste de la population. « Morsi dégage», «Le peuple veut la chute du régime» scandait la foule nombreuse pour être canalisée par les forces de l'ordre. Ce sont les mêmes slogans qui ont précipité la chute de Moubarak. Mais il s'agit là des mots d'ordre du passé et l'histoire ne se répète jamais à l'identique. L'Égypte d'aujourd'hui n'est pas celle des grands soulèvements de janvier/février 2011. La lutte des classes qui déchire ce pays se déroule dans des conditions et circonstances différentes. Les opposants au nouveau pouvoir invoquent le passé pour construire l'avenir ! Marx écrivait dans «Le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte» que «les hommes (…) même quand ils semblent occupés à se transformer, eux et les choses, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, c'est précisément à ces époques de crise révolutionnaire qu'ils appellent craintivement les esprits du passé à leur rescousse, qu'ils leurs empruntent leurs noms, leurs mots d'ordre, leurs costumes, pour jouer une nouvelle scène de l'histoire» (1).

 

 

L’Égypte est à nouveau face à l'histoire. Une nouvelle phase de la lutte pour le pouvoir se déroule sous nos yeux entre les différentes classes sociales. De Mohammed Ali jusqu'à Mohamed Morsi en passant par l'occupation britannique, Nasser, la chute de Moubarak, l'histoire de cette vieille nation n'est qu'une succession de luttes et de combats entre les oppresseurs et les opprimés, entre les conservateurs et les progressistes, entre le passé et l'avenir : l'empire britannique contre Mohammed Ali et son projet de modernisation, les puissances occidentales et Israël contre Nasser qui menaçait leurs intérêts dans la région, Sadate et Moubarak, agents de la bourgeoisie et de l'impérialisme américain, contre les intérêts de leur propre peuple. Depuis le début du XIXe siècle, l'Égypte tente de relever la tête et à chaque fois les classes dominantes locales en étroite collaboration avec les bourgeoisies occidentales font avorter ce grand projet de développement industriel et économique cher à Mohammed Ali et à Nasser.

 

L'étincelle tunisienne qui a embrasé le monde arabe n'a pas épargné le plus grand d'entre-eux, l’Égypteavec la chute de Moubarak. C' était une nouvelle occasion pour lÉgypte de sortir du sous développement et de la misère. Le soulèvement populaire était porteur d'espoir non seulement pour les masses égyptiennes mais aussi pour tous les opprimés dans le monde arabe. Mais l'impérialisme américain et la bourgeoisie égyptienne ne peuvent tolérer ni accepter une telle perspective potentiellement révolutionnaire. C'est dans ce cadre général qu'il faut situer l'accession au pouvoir des Frères musulmans. Rappelons pour mémoire que les Frères étaient les derniers à rejoindre la Place Tahrir et les premiers à la quitter tellement leur crainte d'un changement réellement révolutionnaire était forte. Les Frères musulmans ont refusé de participer à la première manifestation contre le régime le 25 janvier 2011, laissant les jeunes révolutionnaires seuls face à l'appareil répressif de Moubarak qui a fait plusieurs victimes parmi les contestataires. Et pourtant ce sont eux qui sont aujourd'hui au pouvoir comme d'ailleurs en Tunisie avec Annahda!

 

Le nouveau pouvoir n'est que le prolongement, dans des conditions différentes, de l'ancien instauré par Sadate après la mort de Nasser en 1970 et développé par Moubarak. C'est le changement dans la continuité ! Les États-Unis soutiennent aujourd'hui Morsi comme ils ont soutenu dans le passé Sadate et Moubarak. Pour eux, le nouveau pouvoir égyptien constitue le meilleur rempart contre un changement radical qui risque d'emporter leurs intérêts dans la région. D'autant plus que les Frères musulmans n'ont jamais contesté ni remis en cause les fondements du capitalisme, à savoir la propriété privée des moyens de production, l'exploitation patronale, le profit, la libre entreprise, les lois du marché, etc. Bien au contraire, face aux grèves ouvrières et luttes paysannes, ils se trouvaient souvent du côté du pouvoir. Morsi et son gouvernement ne cessent d'accuser les syndicats indépendants de bloquer l'économie égyptienne par leurs grèves à répétition. Les revendications ouvrières sont absentes des programmes et des traditions des Frères musulmans. L'instauration d'un salaire minimum qui représentait l'une des revendications essentielles des ouvriers avant et après la chute du despote est renvoyée aux calendes grecques; alors que les soldats et les policiers ont vu, eux, leur salaire augmenter de 50 %. Les ouvriers ne sont, pour les dirigeants bourgeois de la Confrérie, qu'une masse infâme utile à leur propagande religieuse. Ils partagent ce mépris pour la classe ouvrière avec leurs alliés extrémistes, les Salafistes.

La Confrérie possède et gère des hôpitaux, des entreprises, des banques, des supermarchés, des écoles, etc. D'ailleurs depuis le 5 décembre 2012, une campagne de boycott de produits et magasins des Frères est lancée par l'opposition dans tout le pays (2). Derrière le masque de l'Islam, se cache en fait une idéologie profane, conservatrice et réactionnaire.

Leur programme économique ne peut que s'inscrire dans le cadre libéral supervisé et contrôlé par les bourgeoisies occidentales à travers leurs institutions comme le FMI,la Banque mondiale, etc. etfinancé en partie par les monarchies du Golfe. Nonobstant leur rhétorique religieuse, leur discours sur la répartition équitable des richesse et la lutte contre la corruption, les pratiques de la Confrérie dans le domaine économique sont clairement au service des classes dominantes dont elle fait partie intégrante.

 

La manière et la rapidité avec lesquelles Mohamed Morsi gouverne, montrent que les classes dominantes menées par la Confrérie ont hâte, afin de consolider leur pouvoir, de mettre un terme à la situation de contestation quasi-permanente qui règne aujourd'hui en Égypte. Elles trahissent en même temps le caractère de classe de ce processus contre-révolutionnaire soutenu et encouragé par les États-Unis.

Président depuis seulement juin 2012, Morsi se trouve aujourd'hui avec la totalité des pouvoirs entre ses mains. Dès le mois de novembre, il a décidé de rendre l'ensemble de ses décisions définitif et au-dessus de tout contrôle. Il a révoqué dans la foulée le Procureur général et enlevé au pouvoir judiciaire toute possibilité de dissoudre l'assemblée constituante dominée par les Frères musulmans. La constitution, tant décriée, a été adoptée dans des conditions pour le moins contestables. Morsi et sa Confrérie se trouvent de fait détenteurs de la totalité des pouvoirs.

Ce coup d’État des Frères musulmans sur les institutions du pays a été facilitégrâce à la bénédiction de Washington. Morsi a pris son décret, le mettant au-dessus des lois, le 22 novembre 2012 immédiatement après avoir reçu au Caire Hillary Clinton pour mettre un terme à la nouvelle agression israélienne contre Gaza, c'est à dire le 21 novembre! Les États-Unis, comme Israël d'ailleurs, n'ont cessé de couvrir d'éloges un président égyptien docile et résolument pro-impérialiste. Après avoir porté à bout de bras les régimes détestables de Sadate et de Moubarak, la bourgeoisie américaine apporte aujourd'hui son soutien à celui des Frères musulmans et leurs alliés salafistes. Les aspirations à la démocratie, à la dignité et au développement économique et social des peuples ne pèsent pas lourd devant les intérêts de cette puissante minorité de riches. En Égypte comme ailleurs, l'impérialisme est l'ennemi du progrès et de la démocratie. Il est toujours et partout l'ennemi des peuples.


 

Les révolutionnaires d’Égypte doivent donc affronter, dans des conditions nouvelles, non seulement les nouveaux pharaons déguisés en musulmans, mais aussi leurs alliés intérieurs et extérieurs . Ce bloc réactionnaire cherche à faire tourner en arrière les roues de l'histoire en empêchant l’Égypte d'avancer sur la voie du progrès et de la prospérité. L'histoire de la nation égyptienne, tout du moins depuis Mohammed Ali, est un combat permanent contre l'impérialisme et ses alliés locaux avec des périodes de flux et de reflux, des avancées et des échecs. La tâche des révolutionnaires est de poursuivre ce formidable mouvement d'émancipation en s'appuyant sur la résistance ouvrière et paysanne, deux classes victimes plus que toutes les autres classes sociales de l'exploitation patronale et des grands propriétaires terriens. Ces classes opprimées et méprisées par l'ancien et le nouveau pouvoir constituent pourtant les deux seuls piliers solides d'un pont vers l'avenir et vers une société nouvelle.

 

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) K Marx «le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte». Éditions Sociales, page 69.

 

(2) http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/0/7/133/1285/Campagnes-antifr%C3%A8res-Le-boycott,-arme-politique.aspx

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 20:22

 

Gaza-5-copie-1.jpg

 

« En 2012, ici, à Toulouse, un meurtrier, alimenté par la haine, a massacré trois petits enfants juifs» disait Netanyahou, lors de la cérémonie d’hommage aux victimes de Mohamed Merah, à l’école Ozar Hatorah, le 1er novembre 2012 (1). «Nous vivons un moment exceptionnel parce qu'ici s'est produite une tragédie, elle-même, exceptionnelle» lui répond François hollande (2). Étrange cérémonie! Le même Netanyahou, qui exploite le drame de Toulouse pour gagner les législatives anticipées de janvier 2013, massacre quasiment tous les jours femmes, enfants et vieillards palestiniens. Il est à la tête d'un État qui depuis sa création en 1947 s'est spécialisé dans les expulsions, les meurtres et les massacres des palestiniens comme le montre, une fois encore, la nouvelle offensive sur Gaza qui a fait des dizaines de morts et des centaines de blessés parmi la population civile . Depuis la Nakba (catastrophe), la vie au quotidien de ce peuple est faite de drames, de malheurs et de résistance. Si l'assassinat de «trois petits enfants juifs» à Toulouse est qualifié par François Hollande de tragédie exceptionnelle, comment peut-on alors nommer la réalité palestinienne?

 

 

Le cynisme des deux hommes n'a pas de bornes. Leur calcul politique se fait sur les cadavres des victimes innocentes à Toulouse comme à Gaza. L'un veut gagner les élections législatives anticipées du 22 janvier 2013 et entraîner la France dans un un conflit avec l'Iran, l'autre veut plaire à un lobby sioniste extrêmement puissant et influent. Dans son recueillement à l’école Ozar Hatorah de Toulouse, Netanyahou pensait probablement davantage au 22 janvier qu'aux «trois petits enfants juifs». La cérémonie de commémoration est ainsi transformée en meeting politique.Une fois qu'il a harangué la foule, il s'est mis à chanter «Am Israël Haï» (Le peuple d’Israël est vivant!). Les victimes n'étaient qu'un prétexte. Le mépris des vies humaines est une constante chez les dirigeants israéliens. Toute l'histoire de l’État sioniste n'est qu'une longue, très longue suite de massacres des populations civiles palestiniennes qui constituent pour Israël un obstacle vivant à la réalisation du rêve sioniste du Grand Israël. Contre l'oubli et pour comprendre le nouveau massacre perpétré par l'entité sioniste à Gaza, il est peut-être utile de rappeler les tueries les plus connues et reconnues sans verser, par pudeur, dans une comptabilité macabre des chiffres des victimes.

 

A l'aube du 9 avril 1948, les forces combinées de l'Irgoun et de Lehi-Stern, dirigées par deux futurs premiers ministres Begin et Shamir, ont massacré, selon les sources, entre 250 et 347 villageois palestiniens de Deir-Yassine . Arie Yitzahi, historien pourtant officiel, écrira plus tard en 1972« si nous regroupons les faits, nous réalisons que dans une très large mesure, la bataille [de Deir-Yassine] obéissait au schéma habituel d'occupation des villages arabes en 1948. (…) Au cours de ces opérations, de nombreux vieillards, femmes et enfants étaient abattus dès qu'il y avait une résistance» (3).

Sabra et Chatila sont déjà entrés dans l'histoire et reflètent comme un miroir le visage hideux du sionisme et de tout ce qu'il représente. «La solitude des morts, dans le camp de Chatila était encore plus sensible parce qu'ils avaient des gestes et des poses dont ils ne s'étaient pas occupés. Morts n'importe comment. Morts laissés à l'abandon. Cependant, dans le camp, autour de nous toutes les affections, les tendresses, les amours flottaient, à la recherche des palestiniens qui n'y répondraient plus» écrivait Jean Genet dans «Quatre heures à Chatila».

«Rempart» (Jénine), «Plomb durci», «Pilier de défense» ne sont que des noms qu'Israël donne à des massacres commis à intervalles réguliers. Mais plus important encore que les tueries elles-mêmes, ce sont les répercussions du soutien indéfectible des bourgeoisies occidentales à l’État hébreux. Cette complicité sans faille est un puissant encouragement qui a permis aux dirigeants israéliens de commettre leurs forfaits sans scrupules et sans impunité aucune. De nouveaux carnages viendront s'ajouter aux anciens.


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Dès le début de la nouvelle offensive israélienne sur Gaza, Barack Obama s'est empressé, comme d'habitude, pour apporter le soutien total des États-Unis à Israël. Alors que Gaza était sous les bombes, François Hollande, lui, a préféré, apporter directement son soutien en téléphonant à son ami, l'extrémiste Netanyahou : «je lui ai dit que nous étions conscients de l'exigence pour Israël de sa propre sécurité mais qu'il y avait aussi à éviter justement de tomber dans des provocations qui pourraient dégénérer. Nous continuerons d'utiliser toute notre influence pour éviter une escalade ». Si la position de Barack Obama est directe, brutale et somme toute franche, celle de François Hollande est hypocrite, lâche et cynique. Elle ne dénonce nullement le massacrede la population civile palestinienne. La tuerie devient un acte de légitime défense. Seule compte la sécurité de l'agresseur. Hollande qui est prêt à livrer la guerre en Syrie pour «sauver des vies humaines», se taitlâchement sur les assassinats et les mutilations des hommes, des femmes et des enfants de Gaza !

 

La social-démocratie, et en particulier le Parti Socialiste français, n'a jamais eu le courage de regarder en face le problème israélo-palestinien. La négation de l'existence et des souffrances du peuple palestinien rend les dirigeants de ce parti incapables d'apporter une réelle contribution à l'édification de la paix entre les deux peuples dans cette région tourmentée.

 

De Léon Blum à François Hollande en passant par François Mitterrand, l'alignement des dirigeants «socialistes» sur le sionisme est total. Selon F. Hollande«C’est sans doute au PS que l’on trouve le plus grand nombre d’amis d’Israël et du peuple juif» (5). Manuel Valls va encore plus loin en déclarant lors des primaires socialistes «Je suis lié de manière éternelle à Israël» (6). Mais c'est Pierre Moscovici qui résume relativement bien les convictions de nombreux dirigeants du parti: «Si j’ai adhéré au Parti socialiste, en tant que juif, français et socialiste, c’est aussi en pensant à Léon Blum. Il faut réfléchir et essayer de savoir pourquoi il se serait battu aujourd’hui. Or, cet homme s’est battu pour la République, pour la gauche et le socialisme, ainsi que, sur la fin de sa vie, pour le sionisme, porteur à son sens d’une paix pour le Proche-Orient» (7).En guise de la paix, ce sont les expulsions, les assassinats ciblés, les tueries, les «check points»,le mur, les destructions massives d'hôpitaux, d'écoles, de mosquées, d'infrastructures civiles etc. qui rythment la vie quotidienne des palestiniens. Voilà de quoi est porteur le sionisme! Car sa nature et son projet sont radicalement incompatibles avec la paix. Réaliser le «Grand Israël» suppose la négation totale du peuple palestinien.


 

Hollande n'a jamais brillé par son courage. S'il a fait le fanfaron à l'Onu le 25 septembre 2012 en déclarant «que l’urgence aujourd’hui est l’intervention militaire en Syrie et au Sahel!»(4), alors que le chômage et ses conséquences ravagent la France, il a rapidement courbé l'échine devant les dirigeants israéliens extrémistes qui n'ont aucun respect ni pour la vie humaine ni pour les lois et les conventions internationales. Les résolutions des Nations-Unies sont systématiquement violées par l’État hébreux. Israël est la négation même du Droit international. En France, François Hollande et son parti, multiplient les cadeaux aux patrons et paupérisent les travailleurs et les classes populaires. Un pouvoir qui méprise tant sa propre population ne peut respecter la résistance et le combat des peuples qui souffrent des injustices. Il ne peut être que du côté des puissants, des oppresseurs à l'intérieur comme à l'extérieur.

 

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) http://jssnews.com/2012/11/02/disc-neta-toul/

 

 

(2) http://www.elysee.fr/president/les-actualites/discours/2012/intervention-de-m-le-president-de-la-republique.14191.html

 

 

(3) Il s'agit d'un article publié le 14 avril 1972 dans le Yediot Aharonot. Voir L. Soliman «Pour une histoire profane de la Palestine». La Découverte, page 126.

 

(4) http://www.belaali.com/

 

(5) http://www.crif.org/fr/lecrifenaction/fran%C3%A7ois-hollande-re%C3%A7oit-le-crif

 

(6) http://jforum.fr/forum/france/article/francois-hollande-et-israel

 

(7) Ibid.

 

 

 

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 13:50

 

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«Nous devons agir. Agir ensemble et agir vite, car il y a urgence. La première des urgences s'appelle la Syrie». L'autre priorité qui préoccupe le guerrier Hollande est le Sahel africain: «La dernière urgence, et c’est peut-être la première qui doit nous mobiliser cette semaine, est le Sahel(...) Oui, il faut que le Mali retrouve l’intégrité de son territoire et que leterrorisme soit écarté de cette zone du Sahel», disait le président belliqueux devant l'Assemblée générale des Nations

Unies le 25 septembre 2012 (1). Alors que le chômage, la précarité et la misère matérielle et morale qui en découlefont ravage en France, François Hollande déclare solennellement à New York que l'urgence aujourd'hui est l'intervention militaire en Syrie et au Sahel ! Guerre économique et sociale à l'intérieur et menaces de guerre à l'extérieur sont deux faces d'une seule et même politique. Ce fétichisme de la guerre va de pair avec le mépris de la social-démocratie pour les intérêts des classes populaires. La fabrication des ennemis à combattre, à l'intérieur comme à l'extérieur, permet aux sociaux-démocrates au pouvoir de mieux servir les intérêts de la classe dominante.

 

 

 

Les guerres extérieures désirées par le président Hollande, ne sont en fait que le prolongement de la guerre économique et sociale livrée sans trêve à l'intérieur par les sociaux-démocrates aux travailleurs et aux salariés en général. Pendant que François Hollande déclarait la guerre à la Syrie et poussait à l'intervention militaire au Mali, les députés, eux, se préparaient dans l'ombre à ratifier cette terrible arme économique que constitue le Traité européen de stabilité, de coordination et de gouvernance (TSCG). La quasi-simultanéité des déclarations guerrières de François Hollande aux Nations Unies et le vote du budget européen montrent que les deux dimensions de cette politique belliqueuse sont intimement liées. Les menaces de guerre proférées par François Hollande n'ont de sens que par rapport à la guerre de classes que la social-démocratie mène contre de larges couches de la population. Cet activisme guerrier à l’extérieur s'accompagne par une croisade à l'intérieur contre les intérêts des classes populaires. Son agressivité à l'égard des autres peuples n'est que l'expression de la violence économique qu'elle exerce à l'intérieur sur les travailleurs. Car la social-démocratie reste un rouage essentiel de l'exploitation capitaliste et un instrument redoutable de l'impérialisme. Elle est, à l'intérieur comme à l'extérieur, au service des classes dominantes.

 

Avec ces menaces guerrières à l'extérieur, les sociaux-démocrates tentent d'avoir la paix intérieure pour mieux mener à bien leur politique de misère contre les classes populaires. La fabrication des ennemis extérieurs leur permet de détourner la lutte des travailleurs contre les véritables responsables de la situation économique désastreuse pour la diriger et la concentrer sur des ennemis inventés de toutes pièces. Pour la social-démocratie au pouvoir, l'ennemi n'est pas le chômage, la précarité et la misère matérielle et morale qui rongent au quotidien la vie de millions d'hommes et de femmes en France, mais les «terroristes» qui occupent le Nord-Mali et le régime syrien. D'un côté, de véritables problèmes que l'on peut mesurer et quantifier, de l'autre, des ennemis créés et présentés comme dangereux et hostiles à l'intérêt de la nation, de la démocratie, des droits de l'homme etc. Alors que la France n'a pas véritablement d'ennemis, la bourgeoisie française et la social-démocratie qui sert ses intérêts inventent en permanence des ennemis à combattre. Derrière cette construction de l'ennemi, qui change selon les circonstances et le rapport de force, se cache la volonté du pouvoir de soumettre et de rassembler autour de sa politique ceux-là mêmes qui en sont les victimes, les classes populaires. Servir les oppresseurs nécessite le consentement et la soumission des opprimés.

 

Mais comme l'ennemi extérieur ne suffit pas, le gouvernement Hollande, comme celui de Nicolas Sarkozy avant lui, invente des ennemis intérieurs. «Je veux ainsi affirmer la détermination du gouvernement à lutter contre le terrorisme, de le faire tant à l’intérieur de notre pays qu’à l’extérieur de nos frontières» déclarait Jean-Marc Ayrault premier ministre (2). Car «La France doit être rassemblée, elle doit être rassemblée pour venir à bout de tous ceux qui croient pouvoir, par la violence, remettre en cause l’unité de la Nation» (3). Le mot «rassemblée»est utilisé deux fois dans la même phrase! Rassembler la France autour de la politique d'austérité qui ravage la vie d'une partie de la population de plus en plus grande reste l'objectif à atteindre. Pour les sociaux-démocrates, ce qui est bon pour les puissants doit l'être également pour toute la population. Les intérêts des uns ne peuvent que coïncider avec les intérêts des autres. Les conflits de classes n'existent pas !

Les politiques d'austérité imposées par la bourgeoisie et appliquées avec un zèle singulier par le gouvernement en place, qui détruisent progressivement les droits et les acquis sociaux arrachés de haute lutte par la classe laborieuse au prix d'énormes sacrifices, sont bonnes pour l'ensemble de la population. Il y a longtemps que les sociaux-démocrates ont abandonné le marxisme et la lutte des classes. Ils sont par contre subjugués par le capitalisme, et les guerres impérialistes. La trahison des intérêts des travailleurs et la collaboration de classes sont une constante dans l'histoire de la social-démocratie (4).

Il faut donc, vaille que vaille, rassembler toute la nation autour du gouvernement et de sa politique.

C'est dans ce cadre qu'il faut situer cette «mobilisation la plus totale de l’État pour lutter contre toutes les menaces terroristes» comme le déclarait François Hollande lui-même (5). Car pour rassembler une population de plus en plus traumatisée par les effets des plans d'austérité à répétition, il faut lui trouver un ennemi ou des ennemis intérieurs qui puissent l'occuper et la détourner de ses véritables préoccupations. La théâtralisation et la médiatisation à outrance des opérations policières de «lutte contre le terrorisme» montrent que le pouvoir tente de convaincre la population que l'urgence du moment est la guerre contre «le terrorisme» (bien entendu «islamiste»). Les interventions, interpellations et autres perquisitions se font le plus souvent sous les projecteurs des caméras et les flashs des photographes. Les membres du gouvernement, du ministre de l'intérieur jusqu'au président de la République, prennent la relève et commentent à chaud les tenants et aboutissants du dossier et assurent la population de leur détermination totale à combattre «le terrorisme».

 

Par contre le gouvernement est beaucoup plus discret sur les opérations de licenciements massifs opérés par les patrons des grandes et petites entreprises un peu partout en France et dans tous les secteurs de l'activité économique. Le sort des victimes de ce «terrorisme économique» n'intéresse pas vraiment les sociaux-démocrates au pouvoir. La « mobilisation la plus totale de l’État» est réservée à la lutte contre «le terrorisme» à l'intérieur comme à l'extérieur mais en aucun cas contre le chômage et la misère. Pire, la politique d'austérité menée avec beaucoup de cynisme par François Hollande et son gouvernement produit chaque jour qui passe de nouvelles victimes qui iront grossir les rangs des millions d'autres chômeurs. Les sociaux-démocrates sont ainsi très éloignés des préoccupations et des souffrances des classes populaires dont ils prétendent pourtant servir les intérêts.

 

 

Leur mépris des masses et leur vénération des puissants ont fait des sociaux-démocrates un instrument redoutable du capital. Par leur opportunisme et leur trahison des intérêts des travailleurs et de l'ensemble des classes populaires, les sociaux-démocrates perpétuent les injustices et les privilèges de ceux qui ont déjà tous les pouvoirs. Leur engagement total aux côtés de la classe dominante dans son offensive contre toutes les avancées sociales montre qu'ils sont résolument pour l'ordre établi avec toutes ses tares et tous ses dangers pour l'homme et la nature. Conservateurs, ils constituent un véritable obstacle à la transformation radicale de la société et au dépassement du capitalisme.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.elysee.fr/president/les-actualites/discours/2012/discours-du-president-de-la-republique-a.13974.html

 

(2) http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/interventions/10_09_declaration_de_jean-marc_ayrault_premier_ministre_a_lissue_de_lentretien_avec_christiane_taubira_et_manuel_valls.pdf

 

(3) ibid.

 

(4) Voir sur ce sujet « Social-démocratie et collaboration de classes»: http://www.belaali.com/article-social-democratie-et-collaboration-de-classes-50152165.html

 

(5) http://www.elysee.fr/president/les-actualites/toutes-les-actualites/declaration-a-la-presse-de-m-le-president-de-la.14030.html

 

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 06:20

«Être radical, c'est saisir les choses à leur racine. (…)

Cette critique aboutit à l'impératif catégorique de renverser toutes les conditions sociales dans lesquelles l'homme est un être avili, asservi, abandonné, méprisable» (*).

   K. Marx

 

 

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Que faire pour sortir de la crise économique et sociale qui ravage l'Europe? La révolution!!!

Cela peut paraître anachronique voire étrange de parler aujourd'hui de la révolution. La classe dominante a réussi à faire croire, notamment à ceux qui ont objectivement intérêt à révolutionner leurs conditions d'existence, que le mot révolution appartient désormais au passé et que la fin de l'Histoire est une réalité des temps modernes. Pourtant, la révolution tant haïe par les classes dominantes, n'a jamais été aussi légitime et aussi nécessaire que maintenant. Aucun remède ni aucune thérapie ne sont en mesure de guérir une Europe atteinte d'une maladie mortelle, le capitalisme. Aucune politique économique, conjoncturelle ou structurelle, libérale ou keynésienne, n'est capable de sortir l'Europe de cette marche suicidaire vers l’abîme. Aucune institution européenne, aucun gouvernement ni aucune élection ne sont à la hauteur de la tâche à accomplir: délivrer les travailleurs et les masses populaires d'Europe de cet assujettissement aux détenteurs du capital seuls responsables de cette situation intolérable.

 

Les travailleurs d'Europe supportent et subissent quasiment seuls toutes les charges et toutes les souffrances produites par le capitalisme et ses crises à répétition. Leur situation matérielle empireà mesure que croissent les profits et les privilèges de la classe dirigeante. Leur horizon est de plus en plus sombre. La bourgeoisie ne leur offre comme perspective que la misère économique et morale engendrée par l'accumulation des plans d'austérité. Fermetures d'usines, plans sociaux, restructuration dans toutes les branches de l'économie, dépôts de bilan etc., se succèdent et se banalisent. Le chômage et la précarité de masse qui s'inscrivent désormais dans la durée, provoquent chez les salariés des ravages économiques, sociaux et psychologiques insoutenables.«La pauvreté revient en Europe»disait l'un des dirigeants du puissant groupe anglo-néerlandais de l'agroalimentaire Unilever cherchant une nouvelle stratégie de vente pour au moins maintenir leur niveau de profit (1). Au-delà de ce cynisme patronal, la paupérisation des travailleurs aujourd'hui est une réalité incontestable.Il s'agit d'une classe exploitée, paupérisée, méprisée et humiliée. L'entente des classes est une chimère, une rêverie produite et entretenue par les classes exploiteuses. Elle est contredite chaque jour par les faits. Seule l'appropriation des moyens de production par les travailleurs permettra de briser cette servitude économique, source première de leurs malheurs.

 

L' Europe est aujourd'hui à la croisée des chemins: continuer sur cette voie tracée par une minorité d'exploiteurs qui mène au chaos, à la barbarie et à la destruction de l'homme et de la nature ou, au contraire, briser et réduire en miettes l'ordre établi. Il va sans dire que la bourgeoisie, qui concentre entre ses mains tous les pouvoirs, est prête à tout pour perpétuer ses privilèges. Le cynisme et la brutalité avec lesquels elle impose aujourd'hui sa politique de misère un peu partout en Europe, montrent qu'elle n'est absolument pas prête à la concertation et au «dialogue entre partenaires sociaux». Son Traité de Stabilité, de Coopération et de Gouvernance (TSCG) qui interdit à chaque État d'avoir un déficit budgétaire structurel supérieur à 0,5 % du PIB («règle d'or»), est un exemple édifiant à cet égard. Le non respect de ce dogme entraîne ipso facto de lourdes sanctions financières. Les manifestations et les contestations de ses plans d'austérité sont souvent réprimées et même brutalement réprimées dans certains pays comme la Grèce ou l' Espagne par exemple. Et si demain la lutte des classes s'intensifie, s'aiguise et dure dans le temps, elle n'hésitera pas à recourir à la violence et à la répression sous toutes ses formes. La bourgeoisie, malgré sa force, expression de sa puissance matérielle, craint en fait le réveil des peuples qui risque de remettre en cause sa légitimité et son régime. Elle s'accrochera de toutes ses forces au système de production et d'exploitation sur lequel elle repose.

 

Toute l'histoire des classes dominantes n'a été que férocité et cruauté exercées sur les dominés pour se maintenir au pouvoir. Et à chaque fois ce pouvoir de la minorité exploiteuse a été brisé par une révolution violente. L'histoire nous apprend que le passage d'un stade de développement à un autre qui lui est supérieur s'effectue dans la violence qui est la conséquence directe de la résistance des oppresseurs : «des mers de sang à travers lesquelles l'humanité poursuit sa route sous le régime de l'esclavage, du servage et du salariat» écrivait Lénine dans L’ État et la révolution (2).

 

La marche en avant vers le socialisme ne peut résulter d'une quelconque perfection de la démocratie bourgeoise, de la conciliation des classes etc. Seule une révolution violente est en mesure de mettre un terme à la résistance de la minorité d'exploiteurs, et d'enfanter une nouvelle société, comme l'écrivait si bien Engels critiquant la vision idéaliste du professeur Eugen Dühring : « Pour M. Dühring la violence est le mal absolu, le premier acte de violence est pour lui le péché originel (…) Mais que la violence joue encore dans l'histoire un autre rôle, un rôle révolutionnaire; que, selon les paroles de Marx, elle soit l'accoucheuse de toute vieille société qui en porte une nouvelle dans ses flancs, qu'elle soit l'instrument grâce auquel le mouvement social l'emporte et met en pièces des formes politiques figées et mortes-de cela, pas un mot chez M. Dühring» (3).

 

Mais la révolution ne se décrète pas! Elle n'est pas le produit de la volonté des révolutionnaires, des idéologues ou de l'activité cérébrale des grands penseurs. Leur volonté et leur idéologie ne sont en définitive que l'expression des rapports sociaux qui les produisent. Les révolutions ne peuvent être provoquées par on ne sait quel pouvoir magique extérieur aux masses : «(...) les révolutions ne se font pas arbitrairement et par décret, mais qu'elles furent partout et toujours la conséquence nécessaire de circonstances absolument indépendantes de la volonté et de la direction de partis déterminés et de classes entières» (4).

 

Mais si la révolution ne se décrète pas, elle se prépare. Et qui sont les mieux disposés à la préparer que ceux et celles qui subissent au quotidien l'exploitation et le despotisme du capital ? Les travailleurs, et d'une manière générale les salariés, non seulement sont le produit le plus authentique de la bourgeoisie, mais possèdent les moyens et la force de paralyser le pouvoir économique et partant politique de la minorité dominante. Leur intérêt objectif est de renverser de fond en comble toutes les conditions d'existence matérielles et morales dans lesquelles ils sont asservis et méprisés.

Mais en période de chômage de masse, les travailleurs et les salariés en général livrent une concurrence fratricide sur le marché du travail qui brise leur union et les empêche de construire des organisations et des directions capables d'affronter efficacement la minorité exploiteuse. Or, l'union des travailleurs est la condition première de leur émancipation du joug du capital. Les conditions de la révolution sont donc loin d'être mûres.

 

Toutefois les mobilisations de la classe ouvrière et d'autres couches de la population en Grèce, au Portugal et en Espagne montrent que les travailleurs prennent de plus en plus conscience que la confrontation avec la bourgeoisie est inévitable. Leur combat trouve un écho favorable chez de larges franges de la population. La guerre de classe que mène sans trêve la minorité dirigeante à travers ses plans d'austérité à répétition et le chaos dans lequel elle plonge l'économie européenne, éloignent de plus en plus de citoyens de leurs gouvernants qui, désormais, ne les représentent plus. Les intérêts des gouvernements, qui ne sont en fait que des marionnettes entre les mains de la bourgeoisie, et ceux des masses populaires sont de moins en moins conciliables. La lutte des travailleurs du sud de l'Europe montre la voie à suivre. Le combat contre le capitalisme et la classe qui le porte doit s'étendre et se répandre partout en Europe. Mais pour que la révolution triomphe, l'union et la solidarité fraternelle des travailleurs d'Europe restent «un impératif catégorique».

 

 

Même si les conditions ne sont peut-être pas toutes réunies, la révolution reste l'unique solution. Sans un changement radical, point de salut ! Les obstacles immenses et innombrables qui se dressent face à ce changement ne sauraient effacer ni la légitimiténi la nécessité de la révolution. Car il n' y a pas d'autres moyens pour se débarrasser du capitalisme. Toutes les demi-mesures et toutes les réformes, si elles ont contribué à améliorer provisoirement la situation des esclaves modernes que sont les salariés, restent insuffisantes. Pire, les réformes économiques, sociales et politiques, aussi nécessaires soient-elles, ne font en dernière analyse que perpétuer l'asservissement général engendré par le système. Sans révolution, il est impossible de renverser et de bouleverser l'ordre bourgeois. Il ne s'agit pas seulement de réformer la société capitaliste pour la rendre supportable mais de l'abolir.

 

Prolétaires de toute l'Europe unissez-vous!

 

Mohamed Belaali

 

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(*) K Marx «Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel»

 

 

(1) http://www.challenges.fr/entreprise/20120827.CHA9810/quand-unilever-se-prepare-au-retour-de-la-pauvrete-en-europe.html

 

 

(2) V. Lénine, «L’ État et la révolution». Éditions en langues étrangères, Pékin 1976, page 113.

 

(3) F. Engels, «Le rôle de la violence dans l'histoire». Éditions Sociales, Paris 1976, page 38.

 

(4) F. Engels «Principes du communisme», 1847

 

http://www.marxists.org/francais/marx/47-pdc.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 07:32

 

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Les manifestations contre la dynastie des Al Saoud notamment dans les provinces orientales se poursuivent et se ressemblent. Chaque manifestation se termine par une répression sanglante. Cette violence exercée sur des manifestants pacifiques se fait à huis clos. Le silence des États-Unis, de l'Europe et de leurs médias sur ces exactions est impressionnant. Leur complicité avec ce Royaume moyenâgeux est totale. Les richesses pétrolières enfouies sous le sable de l'Arabie, le rôle de défenseur des intérêts impériaux de l'impérialisme américain font de cet État féodal un «ami» de toutes les bourgeoisies occidentales et l'ennemi de tous les travailleurs et de tous les peuples qui aspirent à se libérer du joug des régimes d'un autre âge et de leurs protecteurs impérialistes.

 

 

« Nous ne sommes pas la Tunisie, ni l’Égypte, ni ...» répètent souvent le régime saoudien et ses médias. Certes la contestation en Arabie Saoudite n'a ni l'ampleur ni la portée des soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, à Bahreïn ou au Yémen. Mais le peuple saoudien, comme l'ensemble des peuples arabes, aspire lui aussi à se débarrasser de la dynastie des Al Saoud et à se réapproprier sa fabuleuse richesse pétrolière. Il sait également que cette richesse est la plus convoitée et la plus protégée au monde. La famille royale qui possède tous les pouvoirs, n'est en fait qu'un instrument entre les mains de l'impérialisme américain qui l'utilise conformément à ses propres intérêts. Le pétrole reste encore une ressource économique vitale pour la bourgeoisie américaine d'autant plus que ses propres réserves ne cessent de diminuer.

 

Les compagnies pétrolières des États-Unis étaient présentes sur le sol saoudien dès 1933 avec la Standard Oil of California (Socal) qui formera un groupe avec Texas Oil Company (Texaco) et Mobil (1). A la fin de la deuxième guerre mondiale, la mainmise américaine sur le pétrole saoudien est totale avec la création d'Arabian American Oil Company (Aramco). Pour parachever leur domination et protéger les puits de pétrole saoudiens, une base de l'US Air Force est créée à Dhahran dans l'est du pays. Il est donc très difficile pour le peuple de l'Arabie Saoudite d'affronter dans ces conditions l'un des régimes les plus protégés et les plus cruels au monde.

 

Cette cruauté du régime saoudien plonge ses racines dans les sourcesmême du pouvoir des Al Saoud. Il faut revenir au XVIIIe siècle et plus exactement à l'époque de Mohammad Ibn Abdel Wahhâb (1703-1792), prêcheur fanatique, et le «mithaq» (pacte) qu'il a conclu en 1744 avec Mohammad Ibn Saoud, un émir qui rackettait ses propres sujets et ambitionnait de soumettre les autres tribus à son autorité, pour comprendre les origines despotiques du pouvoir saoudien actuel.

La violence de l'ultra-dogmatisme d' Ibn Abdel Wahhâb se manifestait non seulement dans ses discours (inégalité homme/femme, rigorisme des rapports sociaux etc.), mais surtout dans les châtiments corporels : lapidation à mort de l'adultère, amputation des voleurs, exécutions publiques, etc. Il s'agit à la fois d'une doctrine et d'une pratique. Les sanctions découlent directement des normes et préceptes avancés par Abdel Wahhâb. Cette mise en pratique des prêches et les effets des châtiments cruels ont effrayé les chefs religieux. Contraint de quitter son oasis natale, Abdel Wahhâb se réfugia dans les bras d' Ibn Saoud, émir de la province de Najd. Ensemble ils ont créé le wahhabisme. Mais Ibn Saoud a su mettre le talent, la ferveur et l'énergie d'Abdel Wahhâb au service de ses ambitions personnelles : la religion au service de la politique. Le prêcheur du désert est devenu le serviteur exclusif de l'émir et donne ainsi une justification et une couverture religieuse aux ambitions politiques de son protecteur. Le wahhabisme est la rencontre entre le fanatisme religieux et le cynisme politique.

 

La dynastie des Al Saoud qui gouverne aujourd'hui l'Arabie Saoudite est née de cette alliance confessionnelle et politique. La découverte du pétrole dans les années trente n'a fait que renforcer cette instrumentalisation de la religion. L'Islam est utilisé comme idéologie de légitimation pour perpétuer le pouvoir et les privilèges du clan des Al Saoud.

 

La religion et le pétrole sont des armes dont se sert cette monarchie d'un autre âge pour étouffer et éliminer toute contestation. Les châtiments cruels et inhumains sont régulièrement prononcés par les tribunaux saoudiens. Le nombre d'hommes et de femmes décapités dans ce pays ami des États-Unis et de l'Europe ne cesse d'augmenter (2). En Arabie Saoudite, les manifestations sont strictement interdites comme d'ailleurs les partis politiques, les syndicats et les associations. Aucune critique du roi et aucune opposition à son gouvernement ne sont tolérées dans cette monarchie absolutiste choyée et protégée par les bourgeoisies occidentales. Toute protestation et toute critique sont condamnées et considérées par le pouvoir comme contraire à L'Islam.

 

Pourtant, depuis les soulèvements populaires dans le monde arabe, l'Arabie Saoudite est le théâtre de manifestations récurrentes nonobstant l'appareil répressif sophistiqué du régime et sa cruauté. Craignant la contagion des soulèvements tunisien et égyptien à la péninsule, la caste au pouvoir a distribué sous forme d'avantages divers l'équivalent de 130 milliards de dollars pour taire la protestation et calmer la colère qui montait dans tout le pays. Mais le peuple saoudien, à l'instar des peuples arabes, aspire profondément au changement. Les manifestations, même d'une manière sporadique, se poursuivent. La répression est devenue encore plus brutale. Personne ne connaît avec précision le nombre de victimes tombées sous les balles de la police saoudienne formée et armée par les États-Unis. La tuerie se déroule à huis clos !

 

Les médias bourgeois, «profondément attachés aux droits de l'homme», se taisent lâchement sur les massacres des Al Saoud. Les assassinats des manifestants pacifiques sont occultés et souvent justifiés. Les contestataires qui défient courageusement, au prix de leur vie, l'ordre moyenâgeux saoudien, sont présentés par les gouvernements occidentaux et leurs médias comme des «terroristes» ou comme des «chiites manipulés par l'Iran». Le même discours est tenu par le régime saoudien qui parle de complot iranien qui vise à déstabiliser toute la région. «Les chiites sont des demi-juifs cachés»(3) disait Nayef ben Abdul-Aziz al Saoud, prince héritier et ministre de l'Intérieur d'Arabie Saoudite, demi-frère de l'actuel roi Abdallah, décédé le 16 juin 2012 et remplacé par le prince Salman, ministre de la Défense.

 

C'est cette même propagande et cette même complicité des bourgeoisies américaines et européennes qui ont conduit, entre autres, à l'intervention saoudienne à Bahreïn le 14 mars 2011 pour mater ces «chiites manipulés par l'Iran» et ces «demi-juifs cachés» afin de sauver une autre dynastie, celle des Al Khalifa, au pouvoir depuis des siècles(4). Ce sont donc les gouvernements et les classes dominantes américaines et européennes qui ont permis à l'Arabie Saoudite de briser le soulèvement populaire à Bahreïn et de maintenir une véritable dictature au pouvoir. Les victimes de ces interventions et ingérences étrangères sont toujours les mêmes : des hommes et des femmes qui se sont soulevés pour une société meilleure et qui ont vu leur révolte confisquée par l'impérialisme et ses auxiliaires régionaux. Dans cette guerre menée contre les aspirations à la démocratie et à la dignité des masses arabes opprimées, l'Arabie Saoudite, soutenue par les États-Unis et l'Europe, joue un rôle majeur. Elle est le rempart contre tout changement démocratique et progressiste dans le monde arabe. Elle est l'incarnation de la contre-révolution.

 

 

Par contre, en Syrie, l'occident impérialiste et ses serviteurs locaux comme l'Arabie Saoudite parlent plutôt «de combattants pour la démocratie», «des révolutionnaires», «des rebelles» pour désigner en fait des hommes armés, entraînés, dirigés et financés par les États-Unis, l'Europe, la Turquie et bien sûr «la grande démocratie» qu'est l'Arabie Saoudite ! Il faut, vaille que vaille, installer à Damas un pouvoir servile à leur botte comme en Libye.

 

Mais le pouvoir saoudien aussi puissant soit-il connaît des fissures qui ne cessent de s'élargir. La dynastie des Al Saoud est contestée dans tout le pays. Elle ne tient sa «légitimité» que de la répression et de la protection de la bourgeoisie américaine. Au sein même de la famille régnante, des rivalités entre princes, clans et autres réseaux plus ou moins formels se font jour quant à la succession du roi Abdallah (88 ans). Une crise de succession pourrait être, pour l'avenir du régime, un facteur sinon d'instabilité du moins d'incertitude. A cela s'ajoutent des problèmes d'ordre économique, conséquences d'une concentration excessive des richesses entre les mains de la famille royale et de l'élite des affaires qui lui est liée. Les politiques libérales préparées par les experts du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale avec la complicité du pouvoir ont dégradé, entre autres, la situation du marché du travail notamment pour les jeunes saoudiens. En Arabie Saoudite, pays riche, les jeunes peinent à trouver du travail !

 

Le contraste est violent entre une gérontocratie qui vit dans un luxe suranné et une jeunesse frustrée à qui le pouvoir, pour la calmer, jette quelques miettes de cette fabuleuse richesse dont regorge le pays. Le Wall Street Journal, porte-parole du capital, laisse passer ces remarques:«L'âge moyen du triumvirat de princes régnants est de 83ans, alors que 60 % des Saoudiens ont moins de 18 ans. Grâce à la télévision par satellite, à Internet et aux réseaux sociaux, les jeunes sont désormais parfaitement conscients de la corruption des autorités - tout comme ils savent que 40 % des Saoudiens vivent dans la pauvreté et que près de 70 % ne peuvent se payer un logement. Ces Saoudiens vivent des vies dignes du Tiers Monde, ils souffrent d'une éducation lamentable et sont incapables de trouver du travail dans un secteur privé où 90 % des employés sont des étrangers» (5). Les hommes qui dirigent l'Arabie Saoudite ainsi que leur régime ont fait leur temps. Ils ne correspondent plus à la marche de l'histoire. S'ils sont toujours au pouvoir, c'est essentiellement grâce au soutien indéfectible des bourgeoisies américaines et européennes.

 

 

Ainsi va le monde absurde et barbare de la bourgeoisie. Elle méprise les peuples et leur volonté à disposer d'eux-mêmes. Grâce à sa puissance de feu, elle force toutes les nations qui ne peuvent se défendre à se soumettre à ses intérêts. La bourgeoisie est l'ennemie de la paix et du progrès. Elle soutient les régimes les plus rétrogrades et les plus cruels. Son «triomphe» en ex-Yougoslavie, en Irak, en Côte d'Ivoire, en Libye et peut-être demain en Syrie, c'est aussi le triomphe du despotisme, de la corruption et de la misère économique et politique. Les opprimés en Arabie Saoudite comme dans l'ensemble du monde arabe n'ont pas dit leur dernier mot malgré les avancées réelles de la contre-révolution et la prise du pouvoir par les forces réactionnaires et obscurantistes en Tunisie et en Égypte. La révolte gronde toujours. Leur espoir dans une société nouvelle est aussi grand que leur détermination à se débarrasser de leurs oppresseurs et de leurs despotes anciens et nouveaux.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.lesclesdumoyenorient.fr/Etats-Unis-et-petrole-saoudien.html

 

(2) http://www.amnesty.org/fr/region/saudi-arabia/report-2012

 

(3) http://www.grotius.fr/wp-content/uploads/2012/02/POLE_MO_PDF_chiite_La-menace-g+%C2%AEopolitique-chiite-%C3%A1-analyse-dune-repr+%C2%AEsentation-saoudienne.pdf

 

(4) http://www.belaali.com/article-l-intervention-saoudienne-a-bahrein-et-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-69874090.html

 

(5)The Wall Street Journal cité par le Courrier international du 26 août 2012 : http://www.courrierinternational.com/article/2011/02/18/attention-la-jeunesse-est-sur-facebook

 

 

 

 

 

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 19:14

 

 

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Mardi 24 juillet 2012 les ouvriers agricoles, menés par leur syndicat SOC-SAT (1), occupent la finca «Las Turquillas» au cœur de l'Andalousie à quelques kilomètres seulement de Marinaleda dans la région de Sevilla. Par cette occupation, les ouvriers ne cherchent pas à posséder cette ferme de 1200 hectares, propriété du ministère de la défense, mais seulement à la transformer en coopérative agricole permettant à des familles entières de vivre du fruit de leur travail.

 

Les militaires n'utilisent que 20 hectares seulement de la finca pour la reproduction des chevaux; le reste des terres est en friche. Dans la Comarca, le canton où se situe la ferme, le chômage atteint 40 % de la population active ! La situation n'est guère meilleure dans les autres cantons de l'Andalousie et dans toute l'Espagne. Face à cette terrible crise économique qui ravage tout le corps social espagnol, les journaliers agricoles andalous agissent et renouent avec les occupations des terres. Juste après la mort de Franco, les occupations des domaines appartenant à des familles aristocratiques espagnoles se sont multipliées. L'exemple le plus célèbre et le plus réussi reste celui de Marinaleda (2). C'est cet exemple que les occupants de la finca «las Turquillas» veulent suivre. Car il ne s'agit pas seulement d'occuper des terres, mais de construire un projet collectif viable de créations d'emplois et de justice sociale grâce aux coopératives ouvrières. L'occupation de «las Turquillas» s'inscrit donc dans la durée.


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Mais cette action et ce projet collectif ne dépendent pas seulement de la volonté des journaliers agricoles et de leur syndicat, ils dépendent également du rapport de force engagé avec le gouvernement et les militaires propriétaires de la finca. Les hommes et les femmes qui occupent en permanence la ferme sont déterminés à travailler, à irriguer et à faire fleurir cette finca andalouse. Ils sont soutenus par la plupart des habitants des communes alentours dont les maires (de Marinaleda, de Pedrera, de Lantejuela notamment) sont souvent présents à las «Turquillas». Marinaleda par exemple mobilise toute la population de la commune et met à la disposition de l'ensemble des militants et sympathisants des bus pour aller soutenir leurs camarades en lutte. Cette commune est prête également à mettre à la disposition des occupants de la finca «Las Turquillas» son savoir-faire technique et agronomique, comme elle le fait déjà avec la finca Somonté à Palma de Rio occupée elle aussi par les travailleurs agricoles du SAT depuis le 4 mars 2012. Les poivrons de Somonte par exemple seront transformés dans les coopératives industrielles de Marinaleda. L'ingénieur agronome de la commune met ses connaissances scientifiques à la disposition des ouvriers agricoles qui occupent la finca Somonte.

La réussite de l'occupation de cette ferme donne beaucoup d'espoir aux occupants de «Las Turquillas». La détermination , le soutien populaire et l'aide précieuse de la commune de Marinaleda sont des armes efficaces dont se servent les ouvriers et les ouvrières qui occupent la finca «Las Turquillas» contre le gouvernement qui, pour l'instant, ne songe pas à utiliser la force envers les occupants. Quoi qu'il en soit, les journaliers agricoles n'ont pas d'autres choix que d'occuper cette ferme s'ils ne veulent pas subir les souffrances et la misère du chômage. Et si jamais on décide de les expulser, ils reviendront autant de fois que nécessaire jusqu'à ce que le gouvernement cède cette terre aux travailleurs : «si nos expulsan, volveremos y lo haremos hasta que el gobierno ceda esas tierras a los trabajadores» (3).

 

Si le pouvoir politique ne sait que produire des chômeurs par millions, les ouvriers agricoles, eux, savent créer des emplois qui font vivre des familles entières en occupant et en travaillant la terre souvent laissée en friche ou dédiée comme ici à «Las Turquillas» à l'élevage et à la reproduction des chevaux. Fabrication du chômage et des chômeurs d'un côté, création d'emplois de l'autre !

 

Les politiques économiques poursuivies par les gouvernements espagnols successifs et la crise du capitalisme ont produit la situation désastreuse que connaît l'Espagne aujourd'hui. Mais elles ont produit en même temps des hommes et des femmes qui se battent pour vivre dignement du fruit de leur travail et non de la spéculation ou de l'exploitation du travail d'autrui. C'est le cas des journaliers agricoles andalous qui mènent un combat admirable pour que la terre serve celles et ceux qui la travaillent. Ils ne cherchent nullement à posséder la terre (au sens de propriété privée), mais seulement son utilisation : «No queremos la propiedad de la tierra, queremos su uso» disait Diego Cañamero porte-parole national du SAT le jour de l'occupation de «Las Turquillas» (4).

 

El Humoso de Marinaleda hier, Somonte et «Las Turquillas» aujourd'hui sont des exemples de combats d'ouvriers et d'ouvrières sans terre contre les injustices de classes et pour que la terre appartienne à celles et à ceux qui la travaillent. D'autres fermes seront peut-être occupées demain dans cette Andalousie ravagée par le chômage de masse. Le SOC-SAT a déjà lancé un appel à tous les travailleurs sans terre les encourageant et les incitant à mener des actions d'occupation des terres dans toute l'Andalousie. Seuls le travail et la sueur des hommes et des femmes sont capables de faire fleurir cette terre andalouse et redonner à des milliers de travailleurs espoir et dignité. Et comme l'écrivait le grand poète espagnol Miguel Hernández :

«Dites, andalous de Jaen,

qui a fait naître l'olivier ?                                

O andalous de Jaen

Ce ne fut pas le néant

Ni l'argent, ni le Seigneur,

Mais la terre silencieuse,

Le travail et la sueur».

 

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) Sindicato de Obreros del Campo-Sindicato Andaluz de Trabajadores

 

(2) http://www.belaali.com/article-un-village-andalou-55816840.html

 

(3) http://www.sindicatoandaluz.org/?q=node/1004


(4) http://www.sindicatoandaluz.org/?q=node/1004

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 15:49

 

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"Profitant des soulèvements populaires dans le monde arabe, l’impérialisme américain et son caniche européen tentent par tous les moyens d’intervenir en Libye pour installer un régime qui servira leurs intérêts (…) Le peuple libyen serait alors privé de sa révolution, de sa richesse et connaîtrait une situation aussi tragique que celle que subit actuellement le peuple irakien ou afghan par exemple" (1). Aujourd'hui cette tragédie est de plus en plus évidente. Règlements de comptes, torture, violence ethnique, corruption généralisée, milices surarmées formées d'anciens «rebelles» se retournant les unes contre les autres, tribus réclamant leur autonomie, pouvoir central impuissant et compagnies pétrolières étrangères pompant allègrement le pétrole du peuple libyen, voilà à quoi ressemble la Libye après l'intervention impérialiste.

 

 

Du 27 juin au 1er juillet 2012, des affrontements entre tribus rivales ont fait 47 morts et plus d'une centaine de blessés dans le sud-est libyen (2). Dans le sud-ouest et plus précisément dans les villes de Mizdah et Al-Chakika des combats entre les tribus de Zentan et d’Al-Machachiya ont fait 105 victimes et des centaines de blessés. En avril 2012, des groupes armés s'affrontaient près de Zouara à 80 km de Tripoli (3). Les différentes milices (plus de 100 rien qu'à Tripoli!) non contentes de s'entretuer, font régner une véritable terreur sur l'ensemble du territoire libyen. Leurs trafics notamment d'armes et d'alcool dégénèrent en règlements de comptes violents : «Chaque milice a son quartier et une véritable économie de la violence s’est mise en place. Il y a de l’alcool, des armes, des trafics des luttes d’influence. Tout cela dégénère très vite en règlements de comptes; on a tous les ingrédients d’une guerre civile larvée...» disait Patrick Haimzadeh ancien diplomate français (4). Dans son dernier rapport sur la Libye, Amnesty International constate que «un an après le soulèvement, des milices au comportement "anarchique" commettent des violations massives». Les milices de Misratah et de Zintan «ont ainsi chassé de chez eux tous les habitants de Tawargha, soit environ 30 000 personnes, et ont pillé et incendié leurs logements en représailles contre des crimes que des Tawarghas sont accusés d’avoir commis pendant le conflit. Des milliers de membres de la tribu des Mashashyas ont eux aussi été forcés à quitter leur village par des miliciens de Zintan» (5).Il ne s'agit là que de quelques exemples de ces crimes, de ces affrontements entre tribus, milices et autres seigneurs de guerre. Malgré cette «guerre de tous contre tous», la production de pétrole assurée par des compagnies étrangères, quant à elle, coule à flots. Elle a même retrouvé son niveau d'avant l'intervention impérialiste !

La violence, l'arbitraire et l'anarchie, au mauvais sens du terme, font partie intégrante du quotidien des libyens auxquels l'OTAN avait pourtant promis démocratie, liberté, respect des droits de l'Homme et tutti quanti. Non seulement le Conseil National de Transition (CNT) tolère ces crimes, mais il les encourage. Ainsi le 2 mai 2012, le CNT a voté une loi(loi 38) protégeant les responsables de ces exactions si elles ont pour but de « promouvoir ou protéger la révolution» (6).

 

L'intervention impérialiste a brisé également l'unité du peuple libyen. En mars 2012, la Cyrénaïque, un tiers du territoire, où se trouve l'essentiel des ressources pétrolières et gazières a proclamé son autonomie. Son Conseil intérimaire est dirigé par le prince Ahmed Al Zoubaïr al Senoussi petit neveu du roi Idriss Al Sanoussi.

A quelques jours des élections de l'assemblée constituante du 7 juillet 2012, des incidents violents se sont produits dans cette région de l'est libyen.

Le 1er juillet 2012, des hommes armés ont saccagé les bureaux de la commission électorale de Benghazi pour protester contre la répartition des sièges dans la future assemblée constituante qui devrait être élue le 7 juillet. Ils réclament pour la Cyrénaïque un nombre de sièges égal à celui des des deux autres régions, la Tripolitaine (ouest) et le Fezzane (sud). Le 5 juillet, c'est le dépôt contenant le matériel électoral qui a été incendié à Ajdabiya. Le 6 juillet, un fonctionnaire de la commission électorale a été abattu. Son hélicoptère, qui transportait des urnes, a été la cible des tirs d'armes légères (7). Le 7 juillet, un homme hostile aux élections a été tué dans un échange de tirs à Ajdabiya.

La Cyrénaïque comme d'ailleurs les Toubous (ethnie du sud d'origine africaine) appellent au boycott du scrutin du 7 juillet 2012.

 

Berbères, Toubous et autres Touaregs revendiquent, eux, leur spécificité culturelle et linguistique (8) et les tensions avec les tribus arabes dominantes se règlent souvent les armes à la main faisant plusieurs dizaines de morts. L'éclatement de la nation libyenne, construction récente et fragile, en entités plus ou moins indépendantes du pouvoir central et dominées par des tribuss'entretuant mutuellement est un risque réel, conséquence directe de l'intervention impérialiste.

 

L'autre conséquence directe de l'intervention militaire occidentale en Libye est le morcellement du Mali. Car si l'OTAN n'avait pas envahi la Libye et imposé un CNT à sa solde, jamais le Nord du Mali n'aurait pu être occupé par le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) et ses alliés islamistes. L'occupation de vastes territoires maliens est rendu possible grâce à la complicité des États-Unis, de la France et de leurs serviteurs locaux regroupés dans la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les armes qui ont permis aux assaillants de s'emparer des deux tiers du territoire malien provenaient des arsenaux libyens. Le Qatar qui a participé à la guerre en Libye et qui finance avec l'Arabie Saoudite l'opposition syrienne, apporte son soutien financier, sous couvert d'aide humanitaire, aux mouvements armés qui agissent au nord du Mali. «Le gouvernement français sait qui soutient les terroristes. Il y a le Qatar par exemple qui envoie soi-disant des aides, des vivres tous les jours sur les aéroports de Gao, Tombouctou etc.» disaitSadou Diallo maire de Gao (9). Mais ce que le maire n'a pas compris, c'est que la France dont il demande l'intervention militaire, travaille main dans la main avec le Qatar sous la houlette des États-Unis qui, eux, agissent bien sûr à travers l'OTAN mais aussi à travers l'AFRICOM (Commandement militaire des États-Unis pour l'Afrique ). Ce commandement leur permet non seulement de contrer la présence chinoise en Afrique, mais aussi et surtout de s'approprier les immenses richesses minières et pétrolières du continent. C'est dans ce cadre général qu'il convient de situer l'intervention impérialiste en Libye et ses prolongements au Mali.

 

L'intervention impérialiste en Libye a fait des dizaines de milliers de victimes innocentes. Elle a détruit l'essentiel de l'infrastructure économique du pays. Elle a brisé l'unité de la nation libyenne. L'impérialisme américain et son supplétif européen ont imposé au peuple libyen par la violence un pouvoir sans légitimité aucune, mais qui leur est totalement soumis. Les bourgeoisies occidentales, à travers leurs compagnies, peuvent désormais pomper, tels des vampires, le pétrole libyen en toute quiétude. Mais ces rapaces sont insatiables. Leurs visées impérialistes portent maintenant sur le sous sol de tout le Sahel africain en exploitant les mécontentements des populations marginalisées par les régimes en place. La destruction de la Libye rappelle étrangement la destruction de l'ex-Yougoslavie, de l'Irak, de l'Afghanistan, de la Côte d'Ivoire et bien d'autres États encore. Aujourd'hui, l'impérialisme américain et européen avec l'aide de leurs alliés locaux (Arabie Saoudite, Qatar, Turquie etc.) sont en train de détruire la Syrie pour imposer, là encore, un pouvoir à leurs bottes. Toutes les nations qui n'ont pas les moyens militaires pour se défendre sont des cibles potentielles de l'impérialisme. Cette violence exercée sur des peuples sans défense est intimement liée aux fondements même du système capitaliste dont le seul et unique but est la maximisation du profit par tous les moyens. Rien n'arrêtera cette minorité d'exploiteurs d'exercer sur l'immense majorité d'exploités, à travers le monde, une répression et une cruauté sans limite pour atteindre leur objectif. La résistance et le combat pour la destruction du capitalisme doivent être planétaires.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.belaali.com/article-l-imperialisme-est-l-ennemi-des-peuples-le-cas-de-la-libye-68565735.html

 

(2) http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20120701101410/

 

(3)http://www.rfi.fr/afrique/20120404-libye-reprise-affrontements-entre-groupes-armes-zouara-ouest-tripoli

 

(4) http://www.bbc.co.uk/afrique/nos_emissions/2012/02/120215_invite.shtml

 

(5) http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Crises/Afrique-du-Nord-Moyen-Orient/Actualites/Libye-un-apres-le-soulevement-des-milices-commettent-des-violations-massives-4673

 

(6) http://allafrica.com/stories/201205110309.html

 

(7) http://www.humanite.fr/monde/libye-premieres-elections-sous-tension-500391

 

(8) http://www.irinnews.org/fr/Report/95542/LIBYE-Les-minorit%C3%A9s-libyennes-revendiquent-leurs-droits

 

(9) http://www.rtl.fr/actualites/culture-loisirs/international/article/sadou-diallo-maire-de-gao-au-mali-le-gouvernement-francais-sait-qui-soutient-les-terroristes-il-y-a-le-qatar-775034

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 17:07

 

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La bourgeoisie française peut s'estimer heureuse ! Après le sarkozysme qui l'a comblée au- delà même de ses espérances, voilà la social-démocratie qui s'apprête à son tour avec un dévouement singulier à servir les mêmes maîtres. Certes, les pratiques dans leurs apparences, le style, les mots d'ordre et le discours de la social-démocratie diffèrent des manières du gouvernement précédent. Mais il ne s'agit là que des formes et d'un déguisement acceptable, qui reflètent plus ou moins nettement le fond commun : servir la même classe sociale, la bourgeoisie qui les place à tour de rôle à la tête de l'État.

 

 

«Le premier devoir du président de la République, c'est de rassembler» affirmait François Hollande le soir de son élection.La France a besoin«d'apaisement, de réconciliation, de rassemblement»insistait-il dans son premier discours à l'Élysée le 15 mai 2012.

 

La collaboration de classes est une constante et une caractéristique essentielle de la social-démocratie. Des figures éminentes de ce courant politique collaboraient déjà avec Nicolas Sarkozy. Michel Rocard, Jack Lang, Michel Charasse, Bernard Kouchner etc. ont tous travaillé sans état d'âme avec Sarkozy pour l'aider à appliquer une politique entièrement dédiée à la classe dominante. Il y a longtemps que les sociaux-démocrates français et européens ont abandonné la confrontation avec la bourgeoisie. Ils sont «plus à l’aise, tellement le mot révolution leur fait peur, dans la gestion de la brutalité et de la barbarie du capitalisme qu’ils considèrent comme un système naturel et donc inéluctable»(1). Depuis la fin du XIX siècle, leur histoire n'est qu'une succession de trahisons des classes populaires et d'une collaboration implacable avec les classes dominantes. De retour au pouvoir, la social-démocratie française n'est donc absolument pas prête à remettre en cause les intérêts et les privilèges de la bourgeoisie. Bien au contraire, elle tentera, au delà du discours, de les consolider.

 

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Après avoir abandonné Dominique Strauss Kahn à sa vie nocturne dissolue, la bourgeoisie a jeté son dévolu sur François Hollande. Ses médias et ses instituts de sondage lui ont apporté une aide décisive. Même Sarkozy ne comprenait pas qu'on lui préférait Hollande, lui qui avait la haute main sur cette redoutable arme que sont les médias grâce à ses amis comme Martin Bouygues (un tiers des audiences télévisuelles), Arnaud Lagardère (Europe 1, Paris Match, leJDD entre autres), Bernard Arnault (La Tribune), François Pinault (Le Point) et bien sûr Serge Dassault propriétaire du Figaro sans compter les différentes nominations et placements de ses proches un peu partout.

 

Pour la bourgeoisie, Hollande est l'homme de la situation. Il est capable de préserver les intérêts des riches tout en faisant croire aux masses populaires qu'il entreprend des réformes en leur faveur. Le sarkosysme avec sa manière directe et brutale de servir la classe dominante ne correspond plus à la nouvelle réalité de la lutte des classes. Place aux nouveaux serviteurs de l'ordre établi !

 

Pour produire l'illusion du changement et donner l'impression de créer quelque chose de tout à fait nouveau, ils doivent travestir la réalité. Leur langage, leur style, leur comportement et leurs actes doivent faire oublier le gouvernement précédent. François Hollande et ses ministres doivent se draper dans un déguisement respectable pour que la différence avec l'ancien pouvoir paraisse éclatante. Ils ont besoin pour se distinguer de l'ancien gouvernement de jouer une nouvelle comédie sur la scène politique française. Ainsi, le nouveau président et ses ministres, pour leurs déplacements, sont invités et encouragés à préférer le train à l'avion. On ne parle plus de rigueur et d'austérité, mais de croissance. La parité entre hommes et femmes au sein du gouvernement est respectée. «Un coup de pouce» au SMIC sera donné. Le «contrôle au faciès» sera combattu. «Le pouvoir sera exercé au sommet de l'État avec dignité et simplicité» et les comportements seront d'une «scrupuleuse sobriété ». Fini donc la période «bling-bling», le «Fouquet's», les fanfaronnades, les vaines agitations, les mutilations de la langue et autres vulgarités de l'ancien président. L'État non seulement «sera impartial», mais aussi «la propriété de tous les français».

Les nouveaux serviteurs ont besoin de magnifier et d'exagérer les tâches à accomplir pour mieux masquer leur véritable mission, servir les puissants.

 

Il est évidemment trop tôt pour pouvoir analyser concrètement les décisions et les réalisations du nouveau gouvernement. Mais des signes et des déclarations des nouveaux serviteurs trahissent déjà leurs discours et creusent de larges fissures sur leur masque laissant entrevoir le vrai visage de la social-démocratie. La croissance économique par exemple est le mot fétiche des nouveaux serviteurs. Ils le répètent à longueur de journée, sans jamais expliquer aux citoyens le contenu réel de cette fameuse croissance. Aucune mesure précise n'est prise concernant la hausse du pouvoir d'achat des travailleurs et des classes populaires susceptible de stimuler la consommation, élément central de la croissance économique. Silence également sur les moyens à mobiliser pour combattre réellement le chômage qui ravage la vie de larges couches de la population. Par contre, les sociaux-démocrates au pouvoir insistent déjà sur la réduction des dépenses publiques et du déficit public. Ils parlent même d'équilibre budgétaire : «nous nous tiendrons à nos engagements (...)de ramener les déficits en dessous de 3% du PIB en 2013». Une loi de programmation des finances publiques sera élaborée cet été, tracera «le cheminement contraignant» qui mènera «à l'équilibre en 2017» assurait le nouveau ministre des Finances Pierre Moscovici à Berlin le 21 mai 2012. Il va donc «falloir faire un effort, c'est certain, mais cet effort sera justement réparti» disait François Hollande le 30 mai sur le plateau de France 2.Sous la croissance l'austérité ! Les nouveaux serviteurs se préparent donc à poursuivre en douceur le travail de démolition des acquis sociaux entamé avant eux par le gouvernement précédent conformément auxseulsintérêts de la classe dominante. L'ancien pouvoir parlait de politique de rigueur, le nouveau de la croissance pour désigner en fait, à quelques inflexions près, une même politique au service de la même classe sociale, la bourgeoisie qu'ils sont tenus l'un et l'autre de servir.

 

Manuel Valls, le nouveau ministre de l'intérieur, veut quant à lui, faire mieux que Brice Hortefeux, Éric Besson et Claude Guéant réunis. Son fétichisme pour la sécurité et son mépris, qu'il affiche avec une certaine fierté pour les populations des quartiers populaires, sont sans bornes.

Rarement dans l'histoire récente de la France, on a brisé autant de familles, infligé autant de souffrances et humilié autant d'hommes, de femmes et même d' enfants sans papiers que sous le règne de Sarkozy. Rarement les travailleurs immigrés, les Roms, les musulmans etc. n'ont été la cible privilégiée des politiques xénophobes et boucs émissaires pour mieux occulter la faillite économique de la bourgeoisie, que sous le pouvoir quasi monarchique de l'ancien président. Manuel Valls s'inscrit totalement dans cette détestable politique sécuritaire qui l'a propulsé au-devant de la scène politique. Comme tout opportuniste et carriériste qui se respecte, Valls a construit toute sa carrière sur le terrain de la sécurité, de la xénophobie et de la haine des travailleurs immigrés comme les Le Pen, père et fille, et Sarkozy. Toutes les opportunités sont bonnes pour parler de l'insécurité et rendre hommage aux forces de l'ordre (2) même si la liste des hommes morts dans les commissariats, ou lors des interpellations policières est trop longue (3). Jamais Manuel Valls n'a eu la moindre pensée pour ces hommes, nombreux et anonymes, tués justement par ces forces au service de l'ordre établi. Seule compte pour lui sa carrière. Il va certainement déployer un zèle singulier, d'une manière différente que ses prédécesseurs, pour masquer la faillite économique et morale de la bourgeoisie en présentant les travailleurs immigrés, les musulmans, les sans papiers etc. comme responsables des malheurs de la France. L'agitation des sociaux-démocrates autour de l'insécurité/immigration n'a d'égale que leur silence sur le chômage et la précarité de l'emploi qui plongent l'individu dans l'incertitude et l' insécurité économique et sociale la plus totale.

 

La soumission des sociaux-démocrates aux intérêts des puissants à l'intérieur du pays, se reflète plus nettement encore dans leur politique extérieure et dans leur vision guerrière du monde.

 

Depuis 1914, la social-démocratie a participé à toutes les guerres impérialistes conformément aux intérêts exclusifs des classes dominantes.En août 1914, les sociaux démocrates allemands ont voté les crédits de guerre au Reichstag se rangeant ainsi du côté deGuillaume II, c'est à dire du côté de la bourgeoisie allemande. La Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO), l'ancêtre du Parti Socialiste, se rallie, elle aussi, à «l'effort de guerre» juste après l'assassinat de Jean Jaurès ! Les sociaux-démocrates se sont ainsi mis au service de leurs bourgeoisies respectives et ont largement contribué à dresser les ouvriers et les peuples les uns contre les autres. Rappelons tout de même que cette boucherie a fait 9 millions de morts !

«Les armes vont parler» disait François Mitterrand pour annoncer la première guerre du Golfe en 1991.

La guerre impérialiste en Yougoslavie a été menée, main dans la main, par Chirac et Jospin derrière les américains en 1999.

Les sociaux-démocrates ont soutenu sans hésitation aucune Nicolas Sarkozy pour l'intervention des forces de l'OTAN en Libye permettant, entre autres, à Total de pomper sans trop de contraintes le pétrole du peuple libyen au prix de dizaines de milliers de morts et de la destruction d'une grande partie du pays.

Deux semaines à peine après son installation au pouvoir, Hollande parle déjà d'intervention armée en Syrie encouragé par le «grand humaniste» de tous les temps, Bernard-Henri Lévy.

Le départ prévu des puissances impérialistes de l'Afghanistan est la conséquence directe de la défaite de l'OTAN face à la résistance afghane. Là encore la seule différence entre Sarkozy et Hollande est le calendrier ! Le premier prévoyait le retrait fin 2013, le second fin 2012. Sur les raisons impérialistes de l'intervention dans ce pays, les deux serviteurs de la bourgeoisie sont entièrement d'accord.

Les sociaux-démocrates français entretiennent, par ailleurs, d'excellentes relations avec les plus rétrogrades des régimes et les plus dangereux pour la paix de la planète. Il serait peut-être fastidieux d'énumérer ici toutes les dictatures qu'ils ont soutenues ou qu'ils soutiennent encore. Israël arrive en tête de ces États qui menacent la paix du monde et admiré par les sociaux-démocrates. Ni l'occupation, ni les massacres à répétition, ni les condamnations de l'ONU, ni les souffrances infligées au quotidien au peuple palestinien etc. n'entament leur vénération et leur soutien inconditionnel à l'État sioniste.

Leur soutien va également aux régimes d'un autre âge comme celui de l'Arabie Saoudite, du Qatar et ceux de toutes les monarchies du Golfe. Aujourd'hui, les nouveaux serviteurs font beaucoup de bruit autour du cas de Mme.Ioulia Timochenko en boycottant l'Euro 2012 organisé en Ukraine : «aucun membre du gouvernement n'assistera aux matches en Ukraine» déclarait Valérie Fourneyron ministre de la jeunesse et du sport au journal l'Équipe (4). Cette déclaration contraste violemment avec le silence du candidat Hollande sur la Formule 1 qui s'est déroulée à Bahreïn du 20 au 22 avril 2012 (5). Ce silence, qui dure toujours, est interprété par le peuple de Bahreïn comme un soutien à la dictature des Al Khalifa.

Les sociaux-démocrates ont également des amis un peu partout comme par exemple les Bongo, père et fils, en Afrique. Laurent Fabius, qui a visité le Gabon en février 2012, disait « Nous avons parlé des relations entre le Gabon et la France qui sont des relations excellentes et j'ai dit mon souhait qu'elles se développent dans le futur» (6).

Il ne s'agit là que de quelques exemples montrant ce dévouement des sociaux-démocrates à servir les intérêts de la bourgeoisie française partout à travers le monde.

 

 

Le nouveau pouvoir se présente tel un prestidigitateur habile attirant et fixant, par un tour extraordinaire, l'attention des classes populaires sur les quelques aspects plutôt positifs de ses décisions pour mieux cacher sa véritable mission, servir la classe dominante. Les sociaux-démocrates donnent l'illusion d'être radicalement différents des gouvernements précédents, ce qui leur permet de tenir endormis les travailleurs et l'ensemble des classes populaires. Ils sont donc plus difficiles à combattre que l'ancien pouvoir. Mais les illusions vont bientôt se dissiper avec la poursuite de la rigueur même déguisée en croissance, l'arrivée des licenciements massifs d'ouvrières et d'ouvriers, la multiplication des entreprises en faillite, le despotisme de la Commission Européenne, des marchés financiers, des agences de notation etc. etc. Le nouveau gouvernement apparaîtra alors tel qu'il est réellement, c'est-à-dire un instrument au service de la classe dominante.

Toutes les forces du progrès qui se réclament des travailleurs doivent s'unir pour construire ensemble une autre alternative à la social-démocratie qui est non seulement éloignée des intérêts des classes populaires, mais constitue également un véritable obstacle sur le chemin du dépassement du capitalisme.

 

 

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://belaali.over-blog.com/article-social-democratie-et-collaboration-de-classes-50152165.html

 

(2) Manuel Valls : «Sécurité: la gauche peut tout changer», Éditions du Moment, 2011.

 

(3) http://belaali.over-blog.com/article-crimes-ordinaires-de-l-etat-fran-ais-98240680.html

 

(4) http://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Les-politiques-boycotteront-l-euro/288065

 

(5) http://belaali.over-blog.com/article-bahrein-la-formule-1-au-service-de-la-tyrannie-103865292.html

 

(6) http://www.rfi.fr/afrique/20120215-voyage-ex-premier-ministre-francais-laurent-fabius-gabon-interpelle-francafrique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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