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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 18:06

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Le mercredi 23 novembre 2011, Ali Abdallah Saleh a signé «l'accord de transfert de pouvoir» à Riyad en présence du Roi d'Arabie Saoudite. Cet accord, élaboré par le Conseil de Coopération du Golf (CCG), prévoit la passation du pouvoir à son vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi. Durant une période transitoire de trois mois, Ali Abdallah Saleh restera président «à titre honorifique». Ce plan prévoit également et surtout l'immunité du despote et de ses proches.Les révolutionnaires du Yémen rejettent cet arrangement. Ils luttent non seulement pour renvoyer Ali Abdallah Saleh à la poubelle de l'histoire, à côté de Ben Ali et de Moubarak, mais aussi afin qu'il soit jugé pour les innombrables crimes qu'il a commis contre des manifestants pacifiques. Au Yémen, la révolution continue.

 

 

 

Les États-Unis ont applaudi l'accord et «félicitent le gouvernement yéménite et l'opposition de s'être mis d'accord pour une transition pacifique et ordonnée du pouvoir», a déclaré Mark Toner, porte- parole du département d'État. Le plan a été salué également parBan Ki-moon et Catherine Ashton.

En revanche, le peuple du Yémen, lui, est sorti massivement dès le jeudi 24 novembre dans tout le pays pour dire non à cet «accord» préparé par le CCG dominé par l'Arabie Saoudite, fer de lance de la contre-révolution dans le monde arabe. Rien que pour cette journée, cinq manifestants sont tombés sous les balles des hommes d'Ali Saleh et viennent ainsi s'ajouter à l'interminable liste des martyrs de la révolution. Les jeunes révolutionnaires exigent la traduction devant la justice du dictateur et de ses hommes : «Nous ne quitterons pas la place du Changement jusqu'à la réalisation de tous nos objectifs, et surtout la traduction en justice de Saleh et du régime» (1).

 

Le vendredi 25, baptisé «notre révolution continue», des manifestations impressionnantes ont secoué tout le pays, d'Aden à Sanaa en passant par Hodeida et bien sûr Taëz où la révolution a débuté fin janvier 2011. Depuis cette date, le peuple du Yémen n'a cessé pacifiquement de lutter contre le régime despotique d'Ali Abdallah Saleh dans l'indifférence quasi générale des grands médias occidentaux.

 

 

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«Liberté», «Libération»( Tahrir en arabe) ou encore «Changement» sont des noms qui fleurissent sur les murs des rues et des places des villages et des villes du Yémen. Cette magnifique et discrète révolution refuse d'oublier ses morts.«Le sang des martyrs est dans nos âmes»disent les révolutionnaires. Non seulement leurs portraits sont accrochés un peu partout, mais ils sont gravés dans la mémoire collective de ce peuple courageux. C'est peut-être pour cette raison que les révolutionnaires yéménites rejettent cet accord «fabriqué» par les pires ennemis de la démocratie et du progrès, les monarchies réactionnaires du Golfe. Le peuple du Yémen qui se bat depuis de nombreux mois, «poitrine nue» comme on dit en arabe, pour une société meilleure, se souvient que ce sont ces mêmes monarchies d'un autre âge qui ont envoyé leurs chars, sous le regard complice des bourgeoisies occidentales, pour écraser dans le sang la révolution à Bahreïn (2).

 

L'accord qui prévoit le départ du despote constitue déjà un grand pas vers l'effondrement du régime. Les révolutionnaires ne veulent pas s'arrêter à mi-chemin. Par leurs manifestations quotidiennes, ils veulent pousser leur révolution jusqu'à son terme : renverser un régime devenu un véritable obstacle sur le chemin de la démocratie et du progrès.

 

Mais les ennemis de cette formidable révolution sont nombreux et puissants. Les monarchies du Golfe, regroupées au sein du CCG, n'accepteront jamais l'installation à leur porte d'un Yémen démocratique. Cela risque de constituer un exemple à suivre pour les peuples de la région, opprimés par les dynasties d'Al Saoud, d'Al Khalifa, d'Al Sabbah etc., d'autant plus que des manifestations importantes se déroulent régulièrement notamment à Qatif dans l'Est d' Arabie pour dénoncer le régime saoudien (3).C'est ce qui explique, entre autres, cette ingérence directe de l'Arabie Saoudite dans les affaires intérieures du Yémen. Rappelons pour mémoire que c'est l'Arabie Saoudite qui a soigné Ali Saleh avant de l'envoyer au Yémen pour briser la révolution. Et c'est toujours l'Arabie Saoudite, face à la résistance du peuple du Yémen, qui a «convoqué» le même Ali Saleh à Riyad pour signer «l'accord de transfert de pouvoir» dont la cérémonie a été présidée par le roi Abdallah lui-même et par le prince héritier Nayef. C'est dire la crainte que suscite le soulèvement populaire au Yémen.

Mais c'est surtout l'impérialisme américain, en collaboration directe avec les monarchies pétrolières, qui représente le véritable danger qui guette la révolution. Il suffit de regarder la position géostratégique du Yémen pour comprendre l'intérêt que portent les États-Unis pour ce pays : Golfe d'Aden, Bāb al-Mandab, sa proximité de l'un des plus grands producteurs et exportateurs de pétrole au monde, l'Arabie Saoudite.

 

Les américains et les saoudiens qui n'ont pas réussi à briser la révolution yéménite, tentent aujourd'hui de sauver le régime et leurs intérêts en mettant le pouvoir entre des mains sûres quitteà «sacrifier» Ali Saleh en lui proposant unexil doré en Arabie et des soins aux États-Unis.

 

La révolution yéménite a traversé des étapes marquées par des flux et des reflux incessants. Mais elle se poursuit et se déploie au gré des vicissitudes d'ombres et de lumières sans jamais renoncer à son but : renverser le régime d'Ali Adallah Saleh et mettre le peuple du Yémen sur le chemin de la démocratie et du progrès.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

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(1) http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/11/23/le-president-saleh-se-rend-a-ryad-pour-signer-l-accord-de-transfert-du-pouvoir-au-yemen_1607820_3218.html

 

(2) http://belaali.over-blog.com/article-l-intervention-saoudienne-a-bahrein-et-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-69874090.html

 

(3) http://observers.france24.com/fr/content/20111124-qatif-tanks-roulent-manifestants-chiites-funerailles-blindes-morts-arabie-saoudite-achoura

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 19:59

 

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La droite et la social-démocratie, porte-parole du capital, sont déterminées à imposer à leurs peuples les différents plans d'austérité. En Grèce, même l'extrême droite est appelée à la rescousse ! Les gouvernements qui n'exécutent pas avec zèle et brutalité les décisions des marchés financiers sont promptement et impitoyablement remplacés. La dictature du capital opère désormais au grand jour.Les peuples européens, les uns après les autres, sont ainsi appauvris, humiliés et méprisés par une horde de spéculateurs sans foi ni loi.

 

 

Sarkozy et Merkel «convoquent» le premier ministre grec, «socialiste», à Cannes avant le sommet du G20 pour avoir songé un moment àconsulter son peuple. Et pour le punir de cette étrange idée, on l'a sommé de démissionner et de former dans les plus brefs délais un gouvernement avec la droite. C'est exactement ce qu'il a fait. Et dès le 11 novembre, le nouveau gouvernement grec, dirigé par Lucas Papademos ancien vice-président de la BCE,était prêt pour appliquer les ordres des marchés financiers. Il est composé du Pasok («socialistes»), de la Nouvelle Démocratie (principal parti de droite) et du Laos (extrême droite). Tout va très vite. Il y a trop de milliards en jeu. Aujourd'hui on fait appel à l'extrême droite pour accélérer l'exécution des plans d'austérité. Demain on fera peut-être appel à l'armée si par malheur le peuple relève la tête et refuse de se soumettre au despotisme des marchés. Sociaux-démocrates, conservateurs et extrême droite sont ainsi unis dans un même élan contre le peuple grec!

 

Les agences de notation, elles, continuent à noter, à juger et à distribuer des avertissements aux gouvernements qui s'écartent de leurs dogmes. Leur alphabet est tellement réduit, comme leur vision économique, qu'il ne contient que quatre lettres : A, B, C et D. Tout le génie des peuples est ainsi réduit à ces lettres accordées avec beaucoup de mépris et d'arrogance en fonction uniquement et strictement des intérêts des plus riches.

 

Les médias, à l'unisson, répètent à longueur de journée et de nuit «qu'il n' y a pas d'autres choix économiques que la rigueur». Leur discours, pour paraphraser Orwell, est construit d'une manière telle que le mensonge le plus grossier paraît véridique.

 

Les places financières paniquent dès qu'on leur parle des peuples, de la démocratie etc. et applaudissent lorsque de nouveaux plans d'austérité sont adoptés.

 

Les experts et les économistes expliquent aux peuples, qui ne comprennent pas toujours, les subtilités et les vertus des différents plan d'austérité. La prospérité, expliquent-ils, passe nécessairement par la réduction des déficits et des dépenses publics. Il n' y a aucune autre alternative possible à l'austérité. C'est une loi naturelle comme la fougère qui pousse dans les bois.

 

Seul le pape n'est pas encore intervenu ! Il le fera certainement dans une prochaine homélie qui apaisera la conscience des peuples et les soulagera du fardeau de l'inévitable austérité.

 

François Fillon, premier ministre de Sarkozy, va appliquer à la lettre cette fameuse «loi naturelle», tout droit sortie du cerveau de la bourgeoisie. Lundi 7 novembre 2011, il a présenté un énième plan d'austérité qui nécessitera un «effort supplémentaire de 65 milliards d'euros (...) pour arriver à 0 déficit en 2016» et pour plaire aux agences de notation. Mais celles-ci comme les marchés financiers, la Commission européenne etc. sont insatiables. elles se nourrissent, à l'instar des vampires, du sang des peuples. Plus elles en pompent, et mieux elles se portent !

 

Christine Lagarde, directrice du FMI, est furieuse contre Silvio Berlusconi qui manque selon elle«de crédibilité» dans l'exécution des ordres de la Troïka (FMI, BCE, CE). L'Italie sera désormais surveillée par «la police économique» tous les trois mois . Il s'agit de protéger le peuple italien de la contagion de la crise grecque et de soumettre l'Italie «au testde la réalité», celle des marchés financiers évidemment (1). Silvio Berlusconi, l'homme de tous les scandales, le misogyne, le raciste admiré par toute la bourgeoisie européenne est devenu subitement sinon l'homme à abattre du moins à chasserdu pouvoir. Le «Cavaliere» est tombé à son tour quelques jours seulement après les déclarations de la Troïka c'est à dire le 12 novembre 2011. Son successeur Mario Monti est un ancien commissaire européen au Marché intérieur d'abord et à la Concurrence ensuite !

 

Georges Papandréou et Silvio Berlusconi, deux dirigeants européens sont tombés non pas par le verdict des urnes, ou comme en Tunisie et en Égypte par un soulèvement populaire, mais par la seule volonté des marchés financiers et de leurs représentants. Ces deux pays sont ainsi gouvernés par des technocrates directement installés par des spéculateurs sans scrupules. C'est la démocratie ou, ce qui revient au même, la dictature du capital ! Malgré le masque de la démocratie, le vrai visage de la bourgeoisie apparaît de plus en plus au grand jour, hideux et répugnant.

 

En Espagne, José Luis Zapatero, l'autre dirigeant «socialiste», après avoir ruiné l'économie de son pays, à coup de plans de rigueur et d'austérité, a préféré passer la main en organisant des élections législatives anticipées (20 novembre 2011) pour permettre à la droite de continuer cette œuvre de destruction massive et de mettre à terre ce qui reste encore debout de l'économie espagnole.

 

Mais cette prospérité tant promise par les gouvernements, agences de notation, marchés financiers, FMI, BCE, Commission Européenne etc., les peuples l'attendent toujours. La Commission européenne prévoit dans ses dernières publications un sombre avenir pour l'Europe : «la croissance s'est arrêtée en Europe et nous pourrions connaître une nouvelle phase de récession», a prévenu le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn (2). Angela Merkel estime qu'il faudrait encore à l'Europe une décennie pour sortir de la crise !

 

En attendant l'opulence qui surgirait un jour de l'austérité, c'est plutôt la misère qui ronge le quotidien des peuples. En Espagne et en Grèce on parle même de la grande misère. La soupe populaire a fait son apparition en Grèce. Des milliers et des milliers de citoyens grecs, frappés de plein fouet par le chômage de masse et la précarité conséquences directes des plans de rigueur et d'austérité, n'ont que ce moyen humiliant pour se nourrir. Ici les salaires ne cessent de baisser, comme le nombre de fonctionnaires, comme les différentes allocations, les pensions de retraite etc. Le taux de suicide, selon le gouvernement grec, a augmenté de 40 % les six premiers mois de 2011 par rapport à la même période de 2010 (3). En Espagne cinq millions d'hommes et de femmes sont déjà sans emploi dont deux millions ne touchent aucune indemnité. Quasiment la moitié des actifs de moins de 24 ans sont au chômage. On compte 1,4 millions de familles où les deux parents sont sans travail. Les files d'attente des malades s'allongent de plus en plus dans les couloirs des hôpitaux. La situation n'est guère meilleure en Italie, au Portugal, au Royaume Unis, en France, en Irlande etc. La faillite de l'Union européenne, de sa politique économique et de ses institutions politiques est totale. Et la crise est loin d'être terminée; car elle est intimement liée au capitalisme lui-même.

 

La bourgeoisie européenne aveuglée par son arrogance et son despotisme ne voit dans les peuples qu'une masse infâme dépouillée de toute dignité et vidée de toute humanité. Les peuples notamment les travailleurs n'existent, pour elle, que pour produire sans trêve, quand elle en a besoin, du profit. Mais elle oublie un peu vite que ce sont justement ces peuples, qu'elle méprise tant, qui font l'histoire. Son système de production en déliquescence qui engendre tant de malheurs, produit en même temps les conditions de sa propre disparition. Seule l'union de tous les travailleurs et de tous les peuples d'Europe peut précipiter le renversement du monde absurde de la bourgeoisie.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Le Monde du 6/7 novembre 2011 page 12

 

(2)http://www.romandie.com/news/n/_L_Europe_menacee_par_une_nouvelle_phase_de_recession_avertit_Bruxelles101120111011.asp

 

(3) http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/11/11/kill-the-bill-crise-de-la-dette-et-hausse-des-suicides-en-europe/

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 20:54

 

 

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«Nous sommes les 99 %» s'écriaient les contestataires américains le 17 septembre2011. «Nous n'avons rien pendant que l'autre pour cent a tout» s'exclamaient les protestataires. «Occupons Wall Street»répondaient d'autres encore. Ces cris d'indignations ont raisonné comme un tonnerre dans le ciel des États-Unis. Ailleurs dans le monde, le 15 octobre des hommes et des femmes, par centaines de milliers, marchaient pacifiquement contre les marchés financiers, les banques, les gouvernements qui désormais ne les représentent plus. Ils se présentent eux-même comme les héritiers des révolutionnaires égyptiens. Ils sont «tous unis pour un changement global». Quelles que soient les formes et les dimensions que prend ce mouvement dans chaque pays, la contestation du capitalismeest planétaire. Il reste maintenant à transformer l'indignation en révolte et la révolte en révolution.Il ne s'agit pas seulement d'améliorer la société capitaliste pour la rendre supportable, mais de l'abolir.


 

Les révoltes dans le Monde arabe, en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Australie etc. sont le produit de la lutte des classes imposée par le capitalisme lui-même à travers le monde. Au Nord comme au Sud de la planète, nonobstant des conditions matérielles d'existence très différentes d'une formation sociale à l'autre, c'est toujours une petite minorité, la bourgeoisie, qui exploite et domine l'immense majorité de la population. Le slogan des contestataires américains «Nous sommes les 99 %» illustre bien cette situation de conflit de classes. Même si le mouvement aux Etat-Unis n'est qu'à ses débuts, il fait déjà preuve d'une certaine maturité politique en s'attaquant au symbole du capitalisme comme le montre le nom même du mouvement «Occupons Wall Street». Wall Street est le centre du capitalisme mondial et son symbole le plus visible contrairement à la finance internationale qui, elle, reste abstraite pour la plupart des citoyens. Dénoncer Wall Street, les guerres impérialistes et la crise économique avec ses cortèges de millions de chômeurs, de précaires, de sans abris etc. inscrit d'emblée le mouvement dans une perspective et dans un combat progressistes.

Il faut donc marcher main dans la main avec les “indignés” contre la bourgeoisie. Toute contestation de cette classe sociale et de son système, même symbolique, constitue un pas en avant sur le chemin de l'unité dans l'action.

 

Mais l'indignation, quelles que soient d'ailleurs sa force et sa sincérité, ne permet pas de bouleverser radicalement la société capitaliste. Il ne s'agit pas seulement de mener un combat pour améliorer momentanément les conditions d'existence des travailleurs et des salariés en général pour rendre la société capitaliste supportable, mais de lutter pour une nouvelle société. La tendance générale du capitalisme n'est pas d'améliorer ces conditions, mais de les dégrader.Les politiques de “rigueur et d'austérité” imposées par la bourgeoisie ne font que préparer d'autres crises plus violentes et moins prévisibles avec toutes les conséquences terribles pour les travailleurs. Or les “indignés” avouent eux-mêmes que leur mouvement n'est pas «une révolution, mais plutôt une évolution» (1). «Nous ne sommes pas contre le système, c’est le système qui est contre nous!»dit un slogan des «indignés» qui reflète bien cette position ambiguë qui consiste à dénoncer les conséquences du capitalisme tout en acceptant le système qui les engendre!

L'indignation s'apparente ici davantage à une revendication morale que politique. On fait appel en quelque sorte à la classe dominante pour améliorer la situation sans vraiment la remettre radicalement en cause. On s'indigne contre le chômage de masse, contre les marchés financiers, contre les inégalités, contre la corruption des dirigeants etc., sans réellement mettre en exergue les fondements matériels dont ils sont le reflet. L'indignation, comme la morale, n'a pas d'autonomie; elle est intimement liée au système capitaliste qui la produit. C'est le capitalisme en crise profonde qui a donné naissance aumouvement des «indignés». Ce n'est pas un hasard si le Mouvement est apparu d'abord en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie c'est à dire dans des pays ravagés par la crise, conséquence directe d'un système aux abois. En Espagne par exemple, le chômage a battu tous les records : 21,2 % de la population active (près de 5 millions d'hommes et de femmes) et 46,2 % des jeunes de moins de 25 ans sont privés d’emploi ! 2 millions de chômeurs ne touchent aucune prestation. La grande misère ronge des millions d'espagnols alors que la crise est loin d'être terminée (2). La situation de la Grèce est encore pire ! Et ce n'est certainement pas avec l'indignation et les “assemblées populaires” que l'on mettra un terme à cette souffrance infligée par la bourgeoisie à des millions d'hommes et de femmes dans toute l'Union Européenne.

 

L'histoire nous enseigne que la bourgeoisie ne renonce jamais à ses privilèges, qu'elle n'accorde jamais rien par générosité ou grandeur d'âme et qu'elle ne recule devant rien pour sauver ses intérêts.

 

Évidemment, il ne s'agit pas de renoncer à la lutte pour l'amélioration de la situation des salariés dans le cadre même du système. Mais ce combatinévitable reste largement insuffisant. C'est le salariat lui-même,cette forme d'esclavage moderne, qu'il faut abolir.

 

C'est cette position réformiste des “indignés” qui explique, entre autres, la longue liste de soutiens hypocrites apportés au Mouvement par les porte-parole du capital. On peut citer pêle-mêle et à titre d'exemple seulement, Ben Bernanke président de la Banque centrale américaine, Jean-Claude Trichet et Mario Draghi, ancien et nouveau présidents de la Banque Centrale Européenne (BCE), Angela Merkel, Herman Von Rompuy, José Manuel Barroso et des milliardaires comme Warren Buffett ou Georges Soros qui dirige un Fonds spéculatif qui porte son nom. Même Obama disait qu'il comprenait le mouvement des «indignés».

Par cette “sympathie” douteuse, la bourgeoisie tente de récupérer le Mouvement pour le dévier de sa trajectoire initiale et le vider de sa substance progressiste. La classe dominante peut également recourir à son arme fétiche, la répression pour empêcher le Mouvement de devenir plus combatif. Elle a déjà réprimé violemment les manifestants de la Plaça Catalunya à Barcelone, le campement d'Oaklanden Californie et dans d'autres villes américaines, européennes et australiennes. EnFrance,la police de Sarkozy réprime systématiquement les rassemblements des «indignés»et les militants sont parfois traduits devant les tribunaux (3).La bourgeoisie occidentale brutalise ainsi ses propres citoyens qui manifestent pacifiquement tout en dénonçant cyniquement les atteintes aux droits de l'homme ailleurs dans le monde !

La classe dirigeante combinera tentatives de récupération et répression pour étouffer le Mouvement ou tout du moins le canaliser.

 

 

Malgré ses faiblesses, le mouvement des «indignés» reste un événement majeur dans la lutte anticapitaliste. Il est l'expression d'une colère planétaire contre tous les symboles du système. Son mérite réside dans son existence même. Mais il doit se débarrasser lui même des tendances réformistes et petites-bourgeoises qui l'animent et le maintiennent encore dans l'illusion de pouvoir moraliser un système amoral. Il doit dépasser l'indignation pour aller vers un changement radicalde la société. Il ne peut le faire qu'en s'alliant avec la classe ouvrière, seule classe réellement révolutionnaire malgré le chômage de masse et la bureaucratie des directions des partis et syndicats qui se réclament d'elle. Sinon, il restera un mouvement démocrate petit-bourgeois aspirant à moraliser et à améliorer le capitalisme avant d'être domestiqué par la classe dominante. Le capitalisme porte en lui les germes de sa propre destruction. Il a largement démontré, à travers ses crises à répétition, son inefficacité et sa dangerosité pour l'homme et la nature. Il n'a pas d'avenir. Les travailleurs et les laissés-pour-compte du monde entier doivent s'unir pour hâter sa disparition.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Voir l'entretien d'Ignacio Sierra, porte-parole du groupe Democracia Real Ya accordé au journal algérien El Watan reproduit par le site «Poètes Indignés» http://poetesindignes.wordpress.com/2011/07/22/%C2%ABles-indignes-refusent-le-pacte-de-l%E2%80%99euro%C2%BB/

 

(2) http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/10/24/la-grande-misere-avance-a-grands-pas_1593031_3214.html#ens_id=1268560

 

 

(3)Onze «indignés» jugés par le TGI de Paris Le 31 octobre 2011 pour avoir "décollé" la vitre d'un fourgon de police dans lequel ils pénétraient après une manifestation le 19 septembre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 18:22

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Le peuple du Yémen continue à offrir généreusement des martyrs par centaines et des blessés par milliers pour se débarrasser de la dictature d'Ali Abdallah Saleh portée à bout de bras par les américains et leur serviteur local l'Arabie Saoudite. Le peuple libyen, lui, doit subir un Conseil National de Transition (CNT) installé par l'impérialisme américain et européen grâce à l'OTAN, leur bras armé. Au Yémen, l'impérialisme tente d'écraser la révolte populaire en maintenant, vaille que vaille, au pouvoir un despote haï par sa propre population. Ici non seulement on ne se précipite pas à l'ONU «pour assurer la protection des civils», mais on soigne et on arme Ali Abdallah Saleh pour anéantir les aspirations à la dignité et à la démocratie du peuple du Yémen. En Libye on impose militairement un CNT illégitime, réactionnaire et raciste(1). Au Yémen l'impérialisme cherche à dominer le détroit de Bāb al-Mandab qui commande l’entrée à la mer Rouge et surtout le Golfe d'Aden. En Libye la volonté de l'impérialisme, à l'instar d'un vampire, à pomper le pétrole libyen est sans limite. Dans un cas comme dans l'autre, l'impérialisme est l'ennemi des peuples.

 

Ali Abdallah Saleh est au pouvoir depuis 1978.Et comme Moubarak en Egypte, il préparait activement son fils Ahmed à lui succéder en 2013 .Il a réussi à construire, à l'aide des États-Unis et de l'Arabie Saoudite, un régime despotique et corrompu jusqu'à la moelle épinière.

Par contre Ali Saleh a totalement échoué à mettre le Yémen sur le chemin du développement économique et social. Aujourd'hui ce pays est l'un des plus pauvres de la planète. Il est relégué, pour son Indicateur de Développement Humain (IDH), aux dernières places par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Et c'est justement contre cette misère et cette dictature que le peuple du Yémen s'est soulevé. Il sait pertinemment que les maux dont il souffre au quotidien sont le fruit de décennies de gestion d'un pouvoir dont les préoccupations de la population à une vie meilleure ne font pas partie de ses priorités. Seul compte pour le clan d'Ali Saleh son maintien au pouvoir pour perpétuer ses privilèges et servir les intérêts de ses protecteurs américains et saoudiens en utilisant systématiquement la force et la violence.

En janvier 2011, encouragé par la révolution tunisienne et égyptienne, le peuple du Yémen est descendu massivement dans la rue non pas pour réclamer des réformes politiques, mais pour exiger la fin du régime d'Ali Abdallah Saleh : «le peuple veut renverser le régime» scandaient les manifestants dans les rues de Sanaa, d'Aden, d'Al Mukalla, de Taez et dans toutes les villes du Yémen. Depuis, les manifestations pacifiques, malgré les tentatives de militariser la révolution, n'ont jamais cessé et le peuple continue toujours à réclamer le départ d'Ali Abdallah Saleh.

Mais le tyran s'accroche au pouvoir de toutes ses forces en s'appuyant sur une partie de l'armée et les multiples organes de sécurité dirigés souvent par les membres de sa propre famille et des partisans qui lui sont restés fidèles.

Mais c'est surtout le soutien des États-Unis et de l'Arabie Saoudite qui reste décisif. Les américains, pour dominer durablement cette région stratégique et«bourrée» de pétrole, utilisent leur arme fétiche «la lutte contre le terrorisme», ce qui leur permet de bombarder régulièrement le sud Yémen. «Nous nourrissons une réelle inquiétude sur la capacité d'Al-Qaida (au Yémen) à conduire de nouvelles attaques sur le sol américain et contre des intérêts américains à l'étranger» déclarait James Clapper directeur national du renseignement devant le Congrès le 13 septembre 2011 (2). Ali Abdallah Saleh agite constamment la menace d'Al-Qaïda pour se maintenir au pouvoir et les américains instrumentalisent «cette menace terroriste» pour mieux contrôler la région.

L'Arabie Saoudite, elle, considère le Yémen presque comme le prolongement de son territoire. Les affaires internes du Yémen sont les affaires intérieures de l'Arabie Saoudite. La famille Al-Saoud qui règne sur l'Arabie a dès le début soutenu le régime despotique d'Ali Saleh qu'elle juge comme le meilleur garant de ses intérêts. C'est l'Arabie Saoudite qui a permis le transfert d'Ali saleh de Sanaa à Riyad, le lendemain du bombardement de son palais le 3 juin par le chef tribal Sadek al-Ahmar . C'est également l'Arabie Saoudite qui a soigné dans ses hôpitaux le président gravement blessé et permis enfin son retour au Yémen le 23 septembre 2011.

Ce que craignent les américains et les saoudiens c'est la contagion et l'embrasement de la région. Car le triomphe de la révolution populaire et démocratique au Yémen peut servir d'exemple et encourager les autres peuples de la région à se soulever à leur tour contre leurs propres tyrans qui les oppriment depuis des décennies. C'est ce qui explique par ailleurs l'intervention militaire saoudienne, avec la complicité des États-Unis, à Bahreïn pour écraser le soulèvement populaire dans ce petit royaume (3).

 

 

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Ce qui est vrai du Yémen, ne l'est pas moins de la Libye même si les situations des deux pays paraissent différentes. Dans un cas comme dans l'autre c'est toujours l'impérialisme qui décide à la place des peuples uniquement et strictement pour ses propres intérêts. Au Yémen il tente de briser la révolution qui risque d'emporter un régime despotique et, partant, les intérêts américains et saoudiens dans la région. En Libye l'impérialisme installe un pouvoir lui permettant de pomper allègrement le pétrole du peuple libyen et de surveiller de plus près les révolutions tunisienne et égyptienne.


L'impérialisme américain et ses caniches britanniques et français ont renversé le régime de Kadhafi non pas parce que celui-ci est un despote, mais parce que Kadhafi, à leur yeux, n'était pas un despote fiable pour servir leurs intérêts.

Tirant la leçon des révolutions tunisienne et égyptienne qui ont partiellement échappé à leur contrôle, les bourgeoisies américaine et européenne ont confisqué au peuple libyen sa révolution pour la remplacer par des groupes armés qui cherchent à prendre la place de Kadhafi. On est très loin des grandes manifestations populaires tunisiennes et égyptiennes qui ont emporté Ben Ali et Moubarak. Le CNT n'est pas arrivé au pouvoir grâce à une révolution populaire. Il a été créé, armé, financé et installé là où il est aujourd'hui par l'impérialisme américain et européen au prix de milliers de victimes innocentes pour assouvir leur soif du pétrole libyen. Et dès le premier septembre 2011,les puissances impérialistes se sont précipitées à Paris, alors que les confrontations n'avaient pas encore cessé, pour partager le butin. Et ils l'ont fait au grand jour, comme au bon vieux temps colonial, sans complexe et sans pudeur aucune. La résolution 1973, la protection des civils, la démocratie etc.n'étaientque des paravents derrière lesquels les bourgeoisies occidentales dissimulaient leur véritable objectif : pomper à satiété l'or noir libyen. Mais comme ces vampires sont nombreux et leur voracité sans limite, le «partage» du pétrole libyen se fera probablement au profit du plus puissant d'entre eux. Belles batailles en perspective !

 

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Omar Al Mokhtar

 

Le CNT n'est pas le représentant du peuple libyen. Il ne représente qu'une partie de la population, celle qui a accepté de combattre Kadhafi sous l'égide de l'OTAN, bras armé de l'impérialisme. Dans les soulèvements populaires arabes, le CNT est l'incarnation de la contre-révolution avec comme symbole le drapeau libyen de l'ex-roi Idris Ier, renversé en 1969.

Le CNT a trahi la mémoire d'Omar Al Mokhtar (1862/1931) et l'esprit de résistance contre l'occupant étranger qu'il incarnait. Mais si le peuple libyen a engendré dans le passé des héros de la tremped' Al Mokhtar, il est certainement capable de produire aujourd'hui des hommes et des femmes qui balayeront tous les traîtres et mettrons un terme au pillage organisé de leurs ressources par les nouveaux envahisseurs.

 

 

Le soutien militaire, financier, médiatique etc. de l'impérialisme aux despotes du monde arabe est une évidence qu'il faut rappeler constamment. Démocratie, liberté, droit de l'homme ne sont que des slogans qu'il utilise pour mieux écraser des soulèvements réellement populaires et démocratiques. Qui peut soutenir sérieusement que les pouvoirs qui sévissent à Bahreïn, au Yémen, en Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unies et dans tout le monde arabe, exception faite de la Palestine et du Liban, sont des régimes démocratiques ? Et pourtant l'impérialisme porte à bout de bras ces régimes qui exploitent, oppriment, marginalisent et humilient leurs peuples. Toute l'histoire de l'impérialisme américain n'est que soutien aux dictatures les plus terribles de la planète. Aucune guerre, aucune intervention n'est menée pour soutenir les révoltes populaires et démocratiques; bien au contraire. En Iran, la CIA a renversé le gouvernement Mossadegh en 1953 qui a eu le malheur de nationaliser les ressources pétrolières de son pays pour réinstaller le chah Reza Pahlavi. Au Chili, Les États-Unis ont participé activement en 1973 au renversement du gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende pour installer la dictature du général Pinochet. En Argentine, l'impérialisme américain a soutenu en 1976 le coup d'État militaire du général Videla. Ben Ali et Moubarak n'étaient que des marionnettes entre ses mains. Et on va taire, tellement la liste est longue, les noms des autres dictateurs aussi féroces les uns que les autres installés directement ou indirectement par la bourgeoisie américaine et accessoirement européenne. L'impérialisme américain et européen ont détruit des pays entiers comme la Yougoslavie, l'Afghanistan, l'Irak ou encore la Côte d'Ivoire laissant derrière eux des victimes par centaines de milliers. Aujourd'hui ils sont en train de détruire le Yémen et la Libye. L'impérialisme est l'ennemi du progrès et de la démocratie. Les bourgeoisies américaines et européennes, inlassablement, parlent des Droits de l'homme, mais massacrent un peu partout les hommes qui leur tiennent tête. Toute leur histoire n'est que mépris et négation de l'homme. Mais malgré tous les malheurs dont il accable les peuples, l'impérialisme produit en même temps les hommes qui le mettront à mort. Les dictateurs qu'il a installés tombent les uns après les autres. C'est déjà le cas en Amérique Latine. Dans le monde arabe, même entravé par l'impérialisme, les peuples poursuivent leur combat y compris en Arabie Saoudite (4) pour une société démocratique débarrassée des régimes despotiques et corrompus. Aux États-Unis même, des hommes et des femmes par milliers manifestent leur indignation contre les vautours de Wall Street, mais aussi contre les guerres impérialistes. Ce n'est pas un hasard si la grande manifestation de Washington du 6 octobre 2011 où les manifestants scandaient, entre autres, «Arrêtez la guerre, ramenez les troupes à la maison» coïncidait avec le dixième anniversaire de l'intervention impérialiste en Afghanistan le 7 octobre 2001.La solidarité entre les peuples est une condition vitale pour mettre un terme définitif à cette hégémonie impérialiste.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Ses crimes contre lesnoirs libyens et africains témoignent d'un racisme de classe d'un autre âge. Car dans leur immense majorité, ces persécutés du CNT sont des travailleurs!

 

(2)http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/09/13/al-qaida-constitue-un-danger-croissant-au-yemen-selon-la-cia_1571810_3218.html

 

 

(3) L’intervention saoudienne à Bahreïn et le silence complice des bourgeoisies occidentales. Mohamed Belaali

 

(4) http://observers.france24.com/fr/content/20111005-chiites-arabie-saoudite-al-awamiyah-soulevement-cocktails-molotov-forces-police-manifestations

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 19:37

 

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Face à la régression économique, sociale et politique sans précédent menée par la bourgeoisie européenne, les peuples d'Europe opposent une résistance qui n'est encore qu'à ses débuts. De la Grèce à l'Irlande, de l'Espagne à la Grande Bretagne en passant par le Portugal, l'Italie et la France, la lutte contre la confiscation de la richesse au profit d'une minorité de riches s'organise. Les gouvernements européens, quelle que soit d'ailleurs leur coloration politique, sont chargés d'exécuter les ordres de la bourgeoisie en adoptant la même politique «de rigueur et d'austérité». En organisant ce gigantesque transfert de richesses du travail vers le capital, la classe dominante prépare en même temps de nouvelles crises plus violentes et moins prévisibles. De crise en crise, le capitalisme devient un immense obstacle au développement de la production et menace l'existence même de la société bourgeoise. L'unité de tous les prolétaires d'Europe est vitale pour hâter la disparition d'un système ennemi de l'homme et de la nature.

 

 

«Le gouvernement moderne n'est qu'un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise toute entière» écrivaient Marx et Engels dans Le Manifeste du parti communiste. Aujourd'hui les gouvernements, dans leur quasi-totalité, étouffent leurs peuples à travers des plans de «rigueur et d'austérité» pour servir, en dernière analyse, les intérêts de leurs bourgeoisies respectives.

Leur mission véritable est de servir leurs maîtres. Leur rapidité à exécuter les ordres des marchés financiers, des agences de notation, de la BCE, du FMI etc. derrière lesquels se cache la classe dominante est stupéfiante. Leur soumission aux intérêts de la bourgeoisie est totale. Il suffit de voir leurs réactions serviles face aux agences de notation pour s'en convaincre. La souveraineté nationale comme d'ailleurs la souveraineté populaire ne sont ici que des mots et des concepts dénués de tout sens. Qu'on le veuille ou non, ce sont des gouvernements de classe! Dans ce sens, le combat contre cette classe, ennemie du progrès, et les gouvernements qui gèrent ses intérêts ne peut être qu'un combat de classe, c'est à dire un combat politique.

 

Une folie collective s'est emparée des bourgeoisies européennes pour ce qu'elles appellent les plans de «rigueur et d'austérité». Ces plans se succèdent et se ressemblent. Leur but est d'engraisser encore et encore une classe sociale déjà très riche, la bourgeoisie. Mais cet enrichissement ne peut se faire qu'en paupérisant toutes les autres classes de la société.

A travers ces «plans», la bourgeoisie attaque brutalement tout ce que les salariés en général et les ouvriers en particulier, génération après génération, ont arraché de haute lutte : les salaires, les emplois, le code du travail, les indemnités chômage, la retraite, les aides sociales, les entreprises et les services publics, la réduction du temps de travail, etc.etc. Des milliards et des milliards d'euros sont ainsi détournés chaque année par ces gouvernements, à travers ces plans, au profit de ceux-là même qui ont conduit l'Europe à la faillite économique: les banques, les compagnies d'assurance, les industriels et toute la horde des spéculateurs sans foi ni loi comme les hedge funds, Fonds de pension et autres Fonds souverains quiréalisent d'énormes profits en spéculant sur la dette et en prêtant à taux exorbitants aux pays en difficultés.

D'autres plans, de plus en plus violents, de plus en plus sauvages, vont se succéder. Car non seulement la bourgeoisie est insatiable, mais surtout elle n'a rien d'autre à offrir à la classe laborieuse que la souffrance et la misère. Demain, elle ne pourra peut-être même pas assurer à une partie de travailleurs, de plus en plus importante, les conditions d'existence leur permettant de vivre, même dans la servitude! Rien qu'en France la pauvreté et l'indigence font ravage chez les chômeurs, les travailleurs pauvres, les précaires, les retraités et même chez les smicards. Selon une étude de l'Insee publiée le 30 août 2011(1), la pauvreté et le nombre de pauvres ne cessent d'augmenter. Plus de 8 millions d'hommes et de femmes, soit 13,5 % de la population, souffrent de ce terrible fléau social. Et il ne s'agit là que des chiffres de 2009 où les différents «plans d'austérité» n'avaient pas encore épuisé leurs terribles effets. En Espagne où le Parti Socialiste vient de voter, main dans la main avec la droite, l'inscription dans la constitution de «la règle d'or» de l'équilibre budgétaire, le chômage a battu tous les records : 21,2 % de la population active et 46,2 % des jeunes de moins de 25 ans sont privés d'emploi ! De plus en plus de jeunes espagnols retournent vivre chez leurs parents ou quittent leur pays. L'Espagne est loin d'être un cas particulier. Malgré quelques différences de degré et non d'essence, la situation de la Grèce, de l'Italie, de la Grande Bretagne, de l'Irlande, de la France, du Portugal etc. n'est guère meilleure.58,6 % des jeunes adultes italiens par exemple continuent de vivre chez leurs parents poussés par un chômage pharamineux qui selon Eurostat dépasse les 27 % !

 

Les mêmes politiques menées par les mêmes acteurs pour servir les mêmes intérêts dans le cadre du même système produisent, à quelques différences près, les mêmes effets. Il ne s'agit pas d'une crise de tel ou tel pays, mais bel et bien de la crise du capitalisme lui-même.

 

Si la bourgeoisie, notamment sa fraction financière, profite largement de ces «plans d'austérité», la politique qu'elle mène risque de préparer de nouvelles crises plus violentes et moins prévisibles. Aujourd'hui, la Grèce, mais aussi l'Espagne et le Portugal s'enfoncent profondément dans la crise nonobstant tous «les plans de sauvetage» qu'on leur a fait subir. Demain ce sera peut-être le tour de toute l'Europe.

 

Certes, la bourgeoisie a toujours su surmonter ces crises en «détruisant par la violence une masse de forces productives, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens»(2). Mais aujourd'hui elle paraît désorientée, dépassée et sans stratégie pour sauver un système qui est peut-être en train d'agoniser de ses propres contradictions. Ses gouvernements, ses institutions, ses économistes, ses idéologues et ses experts sont impuissants face à l'ampleur des crises, de plus en violentes, qui secouent le capitalisme. L'Union Européenne n'a jamais été aussi proche du précipice qu'en ce moment.

 

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Pour sortir de la crise, il faut sortir du capitalisme qui est en train de détruire les hommes et la nature : «La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse; la terre et le travailleur» (3). Mais la bourgeoisie ne reculera devant rien pour défendre ses intérêts et sauvegarder son système. La violence reste sa marque la plus authentique . Le capital est venu au monde« suant le sang et la boue par tous les pores»écrivait Marx (4). Toute l'histoire de la bourgeoisie depuis sa naissance n'est qu'une suite de guerres, de massacres, d'exterminations, de pillage et d'asservissement des peuples. Aujourd'hui encore on la voit guerroyer un peu partout à travers le monde, comme par exemple en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Côte d'Ivoire etc. Elle n'hésitera devant aucun moyen, même le plus abject, pour maintenir sa suprématie de classe et ses privilèges. Le capitalisme ne disparaîtra donc pas uniquement de ses contradictions. Mais aujourd'hui ces contradictions sont portées à leur paroxysme créant ainsi des conditions favorables à sa destruction.

 

Les peuples d'Europe notamment les travailleurs commencent à prendre conscience des dangers et des limites objectives de ce système inefficace, ennemi de l'homme et de la nature. Des luttes éclatent régulièrement un peu partout en Europe. Mais ce combat n'est malheureusement pas encore à la hauteur des enjeux. La force des travailleurs réside dans leur nombre. Mais leur désunion les empêche d'affronter efficacement la bourgeoisie qui, elle, ne reculera devant aucun moyen pour briser leur combativité. L'union de tous les prolétaires d'Europe est une nécessité vitale pour renverser l'ordre social et politique existant.


 

Mohamed Belaali

 

 

 

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(1) «Les niveaux de vie en 2009», Insee Première n° 1365.

(2) K. Marx et F. Engels, Manifeste du parti communiste. Ed. de Pekin, page 40.

(3) K. Marx, Le Capital. Tome 1, livre premier, section IV. Ed. Du Progrès, page 479 et 480.

(4) Le Capital. Tome1, livre premier, l'accumulation primitive. Éd. du Progrès, page 726 et 727.

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 16:54

 

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Les habitants de Marinaleda poursuivent avec toujours autant de courage, d'enthousiasme et de détermination leur originale et formidable expérience. Ils savent combien les autres communes souffrent des conséquences de la crise à répétition du capitalisme et des politiques désastreuses du gouvernement espagnol. Ce n'est pas un hasard s'ils ont infligé une lourde défaite au PSOE aux élections municipales du mois de mai dernier (1). En cet été 2011, Marinaleda foisonne de projets et de rêves pour améliorer encore et encore la situation matérielle et intellectuelle de l'ensemble de ses habitants. Ces projets et ces rêves collectifs permettent à Marinaleda d'avancer sur le chemin du progrès et de réaliser des avancées sociales concrètes sans lesquelles la démocratie reste un concept creux sans contenu réel.


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Nouvelles maisons à 15 euros

 

En face de l'Ayuntamiento (mairie), de nouvelles maisons à 15 euros par mois viennent s'aligner à côté des anciennes permettant ainsi aux familles entières d'ouvriers de bénéficier concrètement de ce droit vital dont parle l'article 25.1 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. A Marinaleda, le logement cesse d'être une marchandise qui s'achète et se vend sur le marché, avec les terribles conséquences économiques et sociales que l'on connaît, et devient un droit tangible. Il ne s'agit nullement d'une quelconque propriété privée, mais d'un droit d'utiliser le logement par l'habitant et ses descendants sans jamais le posséder. Et comme l'écrivait K. Marx dans les Manuscrits de 1844 «La propriété privée nous a rendus si stupides et si bornés qu'un objet n'est nôtre que lorsque nous le possédons»!

 

Mais le logement aussi vital soit-il ne suffit pas à assurer une vie décente aux ouvriers et aux ouvrières de Marinaleda. Il faut le compléter par l'emploi. Ici, les habitants ne connaissent pas le chômage et ses drames humains qui ravagent l'Espagne et toute l'Europe. La crise du capitalisme et les politiques ultralibérales du Parti Socialiste Ouvrier d'Espagne (PSOE) au pouvoir ont privé des millions d'espagnols de leur travail et les ont jetés dans la misère. L' Andalousie compte, à elle seule, 1 200 000 hommes et femmes sans emplois et 3 000 000 de pauvres. Des milliers de familles qui ne peuvent plus rembourser leurs emprunts aux banques, sont jetées dans la rue. Beaucoup de chômeurs des communes proches viennent travailler à Marinalida notamment l'été où l'activité agricole le permet. D'autres sans emploi viennent de plus loin, du Maroc, de la Roumanie et même de la Grèce! Les habitants et l'équipe municipale font de leur mieux pour satisfaire tout le monde dans la mesure du possible. Le village travaille d'arrache-pied pour pouvoir multiplier par deux le nombre d'emplois dans l'industrie agro-alimentaire. Une nouvelle coopérative vient d'être créée ce qui porte leur nombre total à huit unités. Les ouvriers et les ouvrières de Marinaleda projettent également d'augmenter la capacité productive des coopératives déjà existantes en investissant massivement dans le progrès technique. Le surplus dégagé par l'activité des coopératives est automatiquement réinvesti pour créer toujours plus d' emplois conformément à leur projet collectif initial élaboré lorsqu'ils ont récupéré les terres au Duc de l’Infantadoaprès une longue lutte pacifique. Ici il n'y a ni bénéfices à réaliser ni dividendes à distribuer. Seuls comptent la création massive d'emplois

et le bien être des travailleurs. 

 

 

Et ce qui est vrai du logement et de l'emploi, ne l'est pas moins des autres réalisations sportives et intellectuelles indispensables pour le bien être et le développement individuel et collectif de tous. Marinaleda est déjà riche en équipements collectifs : piscine, complexe sportif, garderie, bibliothèque, parc naturel, amphithéâtre pour spectacles, services à domicile pour personnes âgées etc. etc. Tous ces équipements et ces services sont offerts gratuitement ou quasi-gratuitement à l'ensemble des habitants. Mais le conseil municipal et les assemblées générales, sans relâche, proposent, débattent décident de nouveaux projets, de nouvelles constructions, de nouvelles améliorations et agrandissements des équipements existants. La quête du bien être de l'ensemble des habitants est ici une lutte et une construction permanente. Ainsi, il a été décidé que la magnifique piscine de Marinaleda devait servir toute l'année et non seulement durant la période estivale. Les travaux de la première phase de cette nouvelle piscine couverte ont déjà commencé. Elle comportera une zone pour la pratique de la natation et une autre sera réservée aux personnes, pour des raisons médicales, nécessitant une rééducation.

 

Marinaleda s'est équipée également de toutes les installations nécessaires pour pouvoir offrir Internet gratuitement à l'ensemble de ses habitants leur facilitant ainsi l'accès aux moyens modernes de communications et partant une certaine ouverture sur le monde.

Le conseil municipal et les assemblées générales projettent aussi d'équiper, dans un premier temps, tous les édifices publics, le complexe sportif, les prochaines maisons à 15 euros et la Résidence des personnes âgées, de capteurs solaires. Ce projet, avec la collaboration étroite de la commune limitrophe de Matarredonda, s'inscrit dans un vaste programme d'utilisation des énergies alternatives (solaire et éolienne) pour atteindre l'autosuffisance énergétique.

Par ailleurs, une partie des retraités dispose depuis cet été de ce que l'on appelle ici «huertos sociales»(jardins sociaux). Il s'agit de parcelles de terre offertes gratuitement à chaque retraité pour cultiver ce que bon lui semble. Ces «jardins sociaux»constituent non seulement une espèce de «thérapie active» pour les personnes à la retraite, mais aussi une occasion pour la commune de tester et d'utiliser les techniques de l'agriculture biologique. La commue compte généraliser ces «jardins sociaux» à l'ensemble des retraités de Marinaleda.

D'autres projets sont prévus ou en voie de réalisation dans cette commune andalouse de 3000 habitants, comme par exemple, cette nouvelle Résidence pour personnes âgées en voie de construction et qui a coûté quatre millions d'euros à l'ensemble des habitants. Il s'agit d'un hommage collectif rendu aux anciens qui ont tant lutté et tant souffert de la misère avant la récupération des terres. Marinaleda fête d'ailleurs tous les ans la journée des personnes âgées en leur offrant, à chacune d'entre elles, un cadeau symbolique en signe «d'affection et de respect».


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L'amphithéâtre au milieu du parc

 

Est-ce à dire que tout va bien à Marinaleda? Loin s'en faut ! Les ouvriers et les ouvrières qui dirigent la petite ville ne prétendent nullement à l'infaillibilité, caractéristique détestable des dirigeants bourgeois. Ils essaient par leur travail quotidien, humblement, modestement d'améliorer leur situation matérielle et culturelle. Toutes leurs décisions sont prises démocratiquement et dans la transparence la plus totale. Leurs paroles et leurs actes, y compris leurs défaillances, sont affichés et mis à la disposition de tous. Et il reste encore beaucoup de choses à faire ou à améliorer. Même si le domaine de la Santé par exemple relève des attributions du gouvernement espagnol, Marinaleda manque cruellement de médecins et d'infirmières. Les habitants le savent et tentent de suppléer l'absence de l'État occupé en ce moment à privatiser ce domaine vital. Ils ont engagé exactement

1 250 000 euros pour créer un nouveau «dispensaire» ouvert à tous (Nuevo consultorio médico de Marinaleda). Ils luttent également, avec les autres communes de la région, pour améliorer l'état désastreux des urgences médicales existantes qui sont considérées par les habitants comme «des attentats contre la vie et la santé pour tous ceux qui ont le malheur de tomber malade».

 

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Slogan mural sur l'avenue principale

 

Il reste certainement encore beaucoup de chose à faire ou à améliorer à Marinaleda. Mais combien de communes en Andalousie et dans toute l'Espagne voire dans toute l'Europe offrent-elles un emploi et un logement quasi-gratuitement à leurs habitants? Combien de communes ont-elles pu traduire autant de projets sociaux dans la réalité la plus concrète? Combien de communes où le maire et les conseillés municipaux, pour les charges qui leurs incombent, ne touchent le moindre centime d'euro, ne bénéficient du moindre privilège et consacrent leur temps et leur énergie à lutter côte à côte avec l'ensemble des habitants pour le bien être de tous? Ici il n' y a ni corruption, ni corrompu. Il n'y a que des hommes et des femmes qui par leur lutte et leur travail au jour le jour construisent ensemble, à leur échelle, avec courage et détermination une autre société radicalement différente de la société capitaliste.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Aux élections municipales et régionales du mois de mai 2011, le PSOE a perdu deux sièges sur les quatre qu'il possédait auparavant. Ainsi les représentants des ouvriers et des ouvrières agricoles menés par Juan Manuel Gordillo occupent désormais neuf sièges, au lieu de sept, sur onze que compte le conseil municipal de Marinaleda.

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 12:27

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Quartier populaire par excellence de Tanger, Béni Makada s'est distingué par son rôle avant-gardiste dans la contestation de la situation politique actuelle au Maroc. Personne ne connaît avec précision le nombre d'habitants de cet immense quartier prolétaire. Et son développement anarchique se poursuit toujours. Il attire vers lui une main-d'œuvre essentiellement féminine bon marché venue de tout le Maroc. Les chômeurs de toute la région du nord et les petits paysans, chassés de leur terre par les promoteurs immobiliers et les hauts propriétaires terriens, viennent s'ajouter à une population déjà pléthorique de ce faubourg frondeur.

 

Dès l'aube, une véritable agitation s'empare de Béni Makada. Ouvrières et ouvriers par groupes , poches en plastique à la main contenant le repas de la journée, s'entassent dans des fourgonnettes qui vont les disperser dans les différentes usines des secteurs textile-habillement, câblages automobile, agroalimentaire, métallurgie etc.. Un peu plus tard, sur l'artère principale du quartier, femmes de ménage, peintres en bâtiment, maçons, carreleurs, plombiers et autres électriciens s'alignent sur le trottoir avec leurs instruments de travail pour vendre leur «savoir faire» à d'éventuels clients. Le quartier s'anime davantage encore avec l'ouverture des magasins, des boutiques des commerçants, des marchands ambulants de fruits et légumes et surtout avec cette catégorie particulière de vendeurs, poussés par la misère et le chômage, qui étalent à même le sol toute sorte de marchandises possibles et imaginables: des vêtements neufs ou d'occasion, des lunettes, des jouets pour enfants, des médicaments, des chaussures, des crèmes solaires, des produits de beauté, des livres, etc. etc. Le cri des vendeurs entremêlé aux klaxons des bus, des taxis et des voitures qui ont du mal à circuler donne une allure singulière à cette immense avenue.

 

C'est au bout de cette Avenue que se trouve la grande place du quartier baptisée pour la circonstance «Place du Changement». C'est sur cette fameuse place poussiéreuse, depuis le 20 février 2011, que des hommes et des femmes anonymes et assoiffés de dignité se rassemblent tous les dimanches à 18h pour une longue marche pacifique. La manifestation ne réunissant que quelques centaines de personnes au début, grossit au fur et à mesure qu'elle traverse les autres quartiers populaires pour finir au centre-ville de Tanger avec plusieurs milliers de contestataires faisant ainsi de ces marches pacifiques hebdomadaires parmi les plus importantes du Maroc. Au passage des manifestants dans chaque quartier, des groupes entiers avec leurs étendards, banderoles et pancartes se joignent au cortège accueillis par les applaudissements des marcheurs. Ici ou là cependant, quelques rares «provocateurs» lancent des insultes et des pierres sur les contestataires ou sur les «forces de l'ordre», mais sont rapidement repérés et maîtrisés par un efficace «service d'ordre» du Mouvement du 20 février et les manifestants reprennent alors leurs slogans devenus désormais classiques :«silmiya, silmiya» (pacifique, pacifique). Mais le plus souvent, les marcheurs sont applaudis et encouragés du haut des terrasses et des balcons par des sympathisants qui se reconnaissent dans les revendications des jeunes du 20 février. Ces revendications sont d'ailleurs bien résumées dans des slogans simples et populaires scandés d'une manière rythmée par des milliers et des milliers de manifestants : «pourquoi sommes-nous là et pourquoi contestons-nous? Parce que la vie est devenue trop chère pour nous» ou encore « les sardines sont trop chères alors que mon pays est sur deux mers» etc. Mais devant la Wilaya (préfecture), les manifestants ont crié de toutes leurs forces «liberté, dignité, justice sociale», «oh corrompus nous voilà !», «Makhzen dégage», «vive le peuple!» au lieu de l'éternel «vive le roi!», «sa majesté le peuple», «pouvoir au peuple», etc. etc. La remise en cause de la sacralité de la personne du roi, par des opprimés de surcroît , constitue presque un blasphème et en même temps un événement majeur dans un pays où, depuis des siècles, les sujets de sa majesté doivent se prosterner pour prouver leur servitude au commandant suprême.

 

Les masses de Béni Makada et des autres quartiers populaires de tout le Maroc relèvent la tête et défilent dignement contre l'arbitraire. Hommes, femmes et enfants marchent des heures durant avec une discipline remarquable, sans provoquer le moindre débordement, la moindre violence. Celle-ci vient directement ou indirectement du Makhzen. Les masses populaires tant méprisées par le pouvoir font ici preuve d'une maturité politique et organisationnelle magnifique. Le Mouvement est financé essentiellement par les marcheurs eux-mêmes. Il ne possède en tout et pour tout que deux fourgonnettes, dont une a été confisquée par le pouvoir, et quelques haut- parleurs. Mais cette misère matérielle est largement compensée par une conviction implacable dans la légitimité de leurs revendications.

 

 

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Le rôle des femmes, voilées ou non, jeunes ou moins jeunes, dans ces manifestations «dominicales», malgré les pesanteurs sociales très fortes, reste essentiel. Leur présence massive dans ces marches, leur détermination, montrent, si besoin est, combien la femme marocaine aspire, à côté de l'homme, à révolutionner ses conditions d'existence. Elles savent que leur situation est pire que celle des hommes, que le régime ne lâchera rien sans combat, sans résistance et sans sacrifice. Elles ont compris que l'amélioration de leur sort passe par un changement profond et radical, c'est à dire par un réel combat politique. Alors elles ont décidé de se battre courageusement et pacifiquement. Malika, une femme d'un certain âge disait «ici dans notre quartier, nous sommes très nombreuses à avoir refusé d'aller voter pour la nouvelle constitution», et elle ajoute «cette comédie des élections nous a été jouée depuis l'indépendance, il faut que cela change pour de vrai». A côté de malika, une autre femme avec son fils portait une petite pancarte sur laquelle on pouvait lire

«pour la dignité nous nous battons».

 

 

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Ces marcheurs de la dignité du Mouvement du 20 février sont combattus non seulement par le pouvoir, son appareil répressif, ses médias et ses intellectuels, mais aussi par la plupart des partis politiques y compris l'Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) ou encore le Parti de la Justice et du Développement ( PJD islamiste) totalement soumis au Palais et, partant, complétement coupés du peuple et de ses aspirations au changement. Malgré cette coalition des forces réactionnaires, le Mouvement du 20 février arrive à mobiliser une partie de plus en plus importante du peuple marocain. Il est le produit des rapports sociaux, une conséquence de la lutte des classes. Les soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, au Yémen, à Bahreïn etc. n'ont fait qu'accélérer le mouvement de contestation. L'aiguisement de la lutte des classes au Maroc et l'apparition du Mouvement du 20 février ont dépouillé ces partis politiques de leur auréole idéologique et les ont montrés au peuple tels qu'ils sont réellement c'est à dire des partis domestiqués au service d'un pouvoir absolu et corrompu.


 

Béni Makada est plus qu'un quartier entré en résistance pacifique contre l'arbitraire et l'absolutisme, comme il a fait dans le passé contre l'administration internationale de Tanger. Il est la concentration et le reflet de toutes les humiliations, de toutes les injustices et de toutes les souffrances que lui inflige la caste au pouvoir depuis des décennies; il est le miroir de tout le Maroc. Son combat et son espoir pour une nouvelle société est le combat et l'espoir de tout un peuple.

 

Mohamed Belaali


 

 

 

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 17:45

révolu et contre révolu1

 

 

L'étincelle allumée par Mohamed Bouazizi en Tunisie au mois de décembre 2010 a enflammé les masses arabes opprimées du Maroc à Bahreïn, de l'Egypte au Yémen en passant par l'Irak, la Syrie et la Jordanie. Aucun pays n'a véritablement échappé à cette vague de révoltes qui a déferlé sur le monde arabe. Une profonde aspiration à la démocratie et à la dignité s'est emparée des peuples de cette région du monde. Deux dictateurs sont déjà tombés. Le troisième, Ali Abdallah Saleh restera probablement en Arabie Saoudite en compagnie de Ben Ali. En tout cas le peuple du Yémen considère que son départ est sans retour. Mais les révolutions et les contre-révolutions vont de pair. La révolution arabe n'a pas échappé à cette dialectique de la lutte des classes.

 

 

Les classes dirigeantes arabes, avec l'aide de l'impérialisme américain, font tout pour se maintenir au pouvoir, et celles qui l'ont déjà perdu, n'aspirent qu'à le reprendre. Surpris par la rapidité avec laquelle les régimes tunisien et égyptien sont tombés, l'impérialisme américain et son caniche européen tentent de sauver les autres despotes de la colère de leurs peuples. Ainsi ils ont envoyé le 14 mars 2011 l'armée saoudienne à Bahreïn, dans le cadre du Conseil de Coopération du Golfe(CCG), pour briser la révolte du peuple de ce petit royaume et sauver la dynastie des Al Khalifa dont les jours étaient comptés. La place de la Perle, haut lieu de la résistance populaire a été évacuée dans le sang le 16 mars et son monument a été détruit comme l'ont été également plusieurs mosquées. «Tous les moyens, dont les plus abjects et les plus infâmes, sont utilisés pour briser cette magnifique volonté de changement du peuple de Bahreïn»(1). La répression sauvage contre un mouvement pacifique reste la seule arme dont dispose la classe dirigeante et ses alliés extérieurs pour se maintenir au pouvoir. Le 22 juin 2011, un tribunal spécial a condamné à perpétuité huit personnalités, figures emblématiques de la contestation du Royaume. La famille Al-Khalifa poursuit également devant ses tribunaux 48 chirurgiens, médecins, infirmières les accusant de vouloir renverser la monarchie, alors qu'ils ne faisaient que soigner les manifestants pacifiques blessés par les balles de la police du régime. Le silence complice des bourgeoisies américaine et européenne sur les condamnations à mort, les tortures, les assassinats et la répression féroce des manifestations pacifiques, la poursuite devant les tribunaux des médecins etc. montre à quel point l'impérialisme est l'ennemi des peuples, de la démocratie et du progrès.

 

Au Yémen, malgré un puissant mouvement populaire de protestation, Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 1978 n'a pu se maintenir à la tête de l'État que grâce, entre autres, au soutien de Washington. Le dictateur du Yémen est considéré par les américains comme un allié dans ce qu'ils appellent «la lutte contre le terrorisme». Si le peuple du Yémen a enregistré sa première victoire avec le départ de Saleh en Arabie Saoudite pour se faire soigner, le régime et ses institutions sont toujours en place. La contre-révolution menée par les États-Unis et l'Arabie Saoudite vont utiliser la situation chaotique que connaît le Yémen, les divisions qui déchirent les différents acteurs et opposants d'Ali Saleh, la révolte des Houthis au Nord, les sécessionnistes au Sud etc. pour détourner les objectifs de la révolution au profit d'un nouveau régime qui servira leurs intérêts. Selon le New York Times du 8 juin 2011, Washington intensifie ses frappes aériennes au Yémen (2). Encore une fois, la lutte contre Al Qaida sert de prétexte pour s'immiscer dans les affaires intérieures des pays souverains. En fait ce qui intéresse surtout les États-Unis, c'est la situation géostratégique du Yémen. Ce n'est pas la lutte contre le terrorisme qui pousse la bourgeoisie américaine à s'installer dans cette région, mais c'est bel et bien le détroit de Bāb al-Mandab et le Golfe d'Aden, deux voies maritimes par lesquelles transite une partie importante du commerce mondial dont une bonne part de pétrole à destination de la Chine et de l'Europe.

La France, qui a toujours soutenu Ali Abdallah Saleh, n'a pas de présence véritable dans cette région. En échange de quelques contrats liés à la vente du matériel de défense et de sécurité notamment, elle a décoré de la légion d'honneur en 2010 Amar Saleh, neveu du président et directeur-adjoint de la sécurité nationale, qui s'est illustré par sa cruauté dans la répression des manifestants.

De ce chaos yéménite, émerge le mouvement des jeunes révolutionnaires dont le but est de construire un Yémen uni, démocratique et moderne(3). Leur ennemi est le régime d'Ali Saleh qu'ils veulent renverser pacifiquement. La contre-révolution intérieure et extérieure mobilisera tous les moyens dont elle dispose pour contrecarrer et anéantir ce projet révolutionnaire. Seul le temps nous dira si la révolution triomphera de l'ensemble de ses ennemis et mettra le Yémen sur la voie de la démocratie et des réformes sociales progressistes.

 

La situation en Libye est différente de celle de Bahreïn et du Yémen. La fuite de Ben Ali vers l'Arabie Saoudite le 14 janvier 2011 a soulevé un immense espoir de changement dans tout le monde arabe. S'adressant au peuple tunisien non pas pour le féliciter, mais pour regretter le départ de son ami dictateur, Kadhafi déclarait avec beaucoup de mépris et d'arrogance : «Vous avez subi une grande perte (...) Il n'y a pas mieux que Zine(El Abidine Ben Ali) pour gouverner la Tunisie,(...) Je n'espère pas seulement qu'il reste jusqu'à 2014, mais à vie» (4). Ainsi parlait Kadhafi de la révolution tunisienne. Pour lui comme pour tous les dictateurs, le pouvoir n'est pas un moyen mais une fin en soi; le pouvoir pour le pouvoir. Après 42 ans de règne sans partage, la Libye de Kadhafi est encore une société archaïque et tribale alors que le pays regorge de pétrole et de gaz naturel. Kadhafi comme l'écrivait à juste titre Samir Amin «n’a jamais été qu’un polichinelle dont le vide de la pensée trouve son reflet dans son fameux «Livre vert» »(5). Tantôt socialiste, tantôt nationaliste, Kadhafi n'a réellement jamais été ni l'un ni l'autre. Bien avant les révoltes des peuples arabes, il avait engagé la Libye sur la voie du libéralisme en ouvrant l'exploitation de sa richesse pétrolière et gazière aux compagnies américaines et européennes. Commence alors une période marquée par les privatisations, les réductions des dépenses publiques et l'explosion du chômage. Ces difficultés économiques et sociales, conséquences des politiques libérales, combinées aux soulèvements populaires qui ont chassé Ben Ali et Moubarak dans la Tunisie et l'Égypte voisines ont probablement entraîné l'explosion de février 2011. Ces événements traduisent en même temps la volonté du peuple libyen, comme les autres peuples de la région, d'un changement profond. Mais la Libye n'est ni la Tunisie ni l'Égypte. Dès le départ, cette aspiration au changement du peuple libyen a été confisquée par des groupes armés qui veulent prendre la place de Kadhafi. Le contraste est saisissant entre les masses tunisiennes et égyptiennes qui ont renversé les deux dictateurs pacifiquement, et le Conseil National de Transition libyen (CNT) livrant une véritable guerre au régime de Khadafi pour s'emparer du pouvoir. Le monde entier a vu ces images d'hommes et de femmes scander à l'unisson «Ben Ali dégage» sur l'avenue Bourguiba, ou sur la désormais célèbre place Tahrir des centaines de milliers d'égyptiens exiger pacifiquement le départ de Moubarak. De la Libye, nous avons surtout vu, avant l'intervention de l'OTAN, des hommes en treillis surarmés, des pick-up équipés d'armes antiaériennes, des ruines, des cadavres, bref des images d'une véritable guerre civile entre l'armée d'un despote et un gouvernement provisoire autoproclamé qui parle au nom des libyens et téléguidé par l'impérialisme américain et européen. Car le CNT n'a pas tardé à faire appel à l'OTAN pour renverser le régime de Kadhafi. Et c'est le Conseil de Coopération du Golfe qui a demandé une réunion extraordinaire de la Ligue arabe et a invité «le Conseil de sécurité de l'ONU à protéger les civils libyens, notamment à l'aide d'une zone d'exclusion aérienne».Ce sont ceux-là mêmes qui massacrent des manifestants pacifiques à Bahreïn et qui exigent la protection des civils en Libye!! Le CCG, instrument de l'impérialisme américain, joue de plus en plus le rôle de la contre-révolution dans le monde arabe.

Depuis son intervention en Libye, combien de victimes civiles innocentes sont tombées sous les bombes de l'OTAN ? Dans la nuit du samedi 18 juin, l'OTAN a mené un raid aérien sur un quartier populaire de Tripoli faisant plusieurs morts dont deux enfants. Les corps ont été retirés des décombres devant la presse mondiale. Il ne s'agit là que d'un crime en plus parmi les innombrables massacres de la bourgeoisie occidentale commis à travers le monde, loin des États-Unis et de l'Europe. En guise de protéger les civils, on les massacre!!

La volonté de l'impérialisme de pomper, à l'instar d'un vampire, le pétrole libyen est sans limite. Il est prêt à sacrifier autant de vies humaines que nécessaire pour assouvir sa soif de l'or noir dont il a besoin pour faire tourner sa machine économique, base matérielle de sa domination (6).

 

En Syrie, le parti Baath est confronté à son tour à cette formidable volonté de changement qui secoue le monde arabe. Le peuple syrien, à l'instar des autres peuples arabes, aspire profondément lui aussi au changement, à la liberté et à la démocratie. Même Bachar Al Assad a reconnu dans son discours du 20 juin 2011 la nécessité des réformes :«le processus de réformes est une conviction totale dans l'intérêt de la patrie et aucune personne raisonnable ne peut aller à l'encontre de la volonté du peuple» disait-il. Mais le parti Baath au pouvoir depuis 1963 peut-il répondre à cette aspiration vusa base sociale petite bourgeoise et sa nature policière dont les deux piliers restent l'armée et les services secrets, les fameuses et redoutables «Moukhabarat»? C'est ce qui explique, entre autres, le nombre important de victimes.

Le Baath syrien s'est éloigné lui-même de sa propre idéologie nationaliste panarabe (une espèce de foi mystique dans la nation arabe) et laïque. La renaissance arabe(baath signifie en arabe renaissance, résurrection) a été abandonnée. Le parti Baath qui était au pouvoir en Syrie et en Irak n'a jamais réussi à unir ces deux pays. La laïcité est restée un concept creux, vide de tout sens et le parti est devenu un instrument entre les mains de militaires assoiffés de pouvoir. Hafez Al Assad est le principal bénéficiaire de cette dégénérescence du parti. La Syrie est devenue la propriété privée du clan Al Assad. La priorité des priorités est de garder le pouvoir non pas pour transformer la société et sortir la Syrie du sous développement en menant des réformes sociales progressistes, mais pour le pouvoir lui-même. La rhétorique anti-sioniste du régime contraste cruellement avec sa passivité face à l'occupation du plateau du Golan par Israël. Le statu quo reste le meilleur garant de l'hégémonie de l'État sioniste dans la région et la négation des droits du peuple palestinien.

Pour Israël, qui semble regretter quelque peu cette remarquable stabilité, l'affaiblissement du régime syrien risquerait de précipiter celui-ci dans les bras de l'Iran, son principal ennemi dans la région.

Mais l'opposition actuelle représente-t-elle vraiment le peuple syrien? Quel est son programme ?

Quelle est l'influence des Frères musulmans, des hommes d'affaires et de la réaction en général au sein de cette opposition? Quel est le rôle de la Turquie dans ce mouvement de protestation? Pour l'instant l'opposition se contente de slogans et de vouloir renverser le régime. La conférence d'Antalya, financée par la riche famille Wassim Sanqar, qui a réuni du 31 mai au 3 juin 2011 quelques centaines d'opposants n'a pas vraiment apporté de réponses à ces interrogations. Toutefois la déclaration finale des participants affirme «le rejet sans équivoque d’une intervention militaire étrangère» (7).

La manipulation de l'opposition par l'impérialisme pour casser l'axe Syrie/ Iran / Hezbollah / Hamas n'est pas à exclure non plus.

 

Au Maroc, le Mouvement du 20 février exige une monarchie parlementaire où le roi règne mais ne gouverne pas. C'est une véritable révolution pour un pays habitué à être gouverné par des rois depuis des siècles.

A la suite des manifestations pacifiques, Mohamed VI est intervenu à la télévision le 9 mars pour annoncer un ensemble de réformes constitutionnelles importantes comme le «renforcement du statut du Premier ministre en tant que chef d’un pouvoir exécutif effectif», la «consolidation du principe de séparation et d’équilibre des pouvoirs», ou encore «l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives» etc. Il a désigné une commission ad hoc pour la révision de la constitution. Le 17 juin le roi du Maroc a présenté le projet de la nouvelle constitution qui sera soumis au référendum le premier juillet 2011. La plupart des partis politiques plus ou moins liés au pouvoir, la Confédération générale des entreprises du Maroc(patronat) ont applaudi chaleureusement ce projet comme d'ailleurs l'Union européenne, l'Administration Obama, l'ONU, le FMI etc.

Par contre, le Mouvement du 20 février estime que ni le discours, ni le projet de la nouvelle constitution ne répondent aux aspirations profondes du peuple marocain à un véritable changement. Pour le Mouvement, la constitution doit être votée par une assemblée constituante elle-même élue démocratiquement. Le Mouvement du 20 février appelle le peuple marocain à poursuivre le combat «historique et pacifique contre l'oppression, la corruption et pour la liberté, la dignité et la justice sociale» par des marches pacifiques dans tout le pays et à boycotter le référendum. Il faut préciser par ailleurs que si la direction de l'Union Socialistes des Forces Populaires (USFP) a appelé à voter pour le projet, sa base notamment sa jeunesse appelle, elle, à voter contre.

De son côté, le pouvoir mobilise tous les moyens dont il dispose y compris le recours au lumpenproletariat pour casser la dynamique créée par le Mouvement et faire voter le projet de la nouvelle constitution.

La résistance au changement est menée sur le plan intérieur, pour simplifier au maximum, par la bourgeoisie marocaine tant industrielle que financière très liée au Makhzen (appareil du pouvoir au Maroc), les grands propriétaires terriens, les partis politiques qui depuis de longues décennies ont accepté les règles du jeu politique tracées par le pouvoir. Sur le plan extérieur, nous retrouvons, comme dans tous les pays arabes, l'impérialisme américain et européen qui sont farouchement contre tout changement aussi minime soit-il. Car le processus de changement en cours est fondamentalement en contradiction avec l'immobilisme et le statu quo garants de leurs intérêts. Face à ce bloc réactionnaire se dresse l'ensemble des couches populaires et même la classe moyenne laminée par la mondialisation capitaliste. Les jeunes issus de ces deux classes dont une bonne partie d'entre eux souffrent du chômage ou survivent avec des petits boulots, sont à la pointe de la contestation. Leur maîtrise de la technologie de l'information et de la communication les a aidés à dépasser l'idéologie dominante véhiculée notamment par les grands médias au service du pouvoir.

 

En Égypte, la contre-révolution est menée par la bourgeoisie (avec toutes ses fractions civiles, militaires, religieuses etc.) et les grands propriétaires terriens. Ces deux composantes de la réaction sont intimement liées à l'impérialisme américain et ses institutions internationales comme le FMI, La Banque mondiale etc. La contre-révolution ne cherche pas à «ressusciter» l'ancien régime qui a fait son temps, mais à limiter l'ampleur des changements démocratiques et surtout détourner les objectifs de la révolution pour sauvegarder ses propres intérêts. Ce bloc réactionnaire utilise non seulement l'État et son appareil, mais également les organisations politiques notamment la confrérie des Frères musulmans pour atteindre ses objectifs. Rappelons que ce courant politique conservateur était le dernier à rejoindre le soulèvement populaire et le premier à le quitter pour aller «dialoguer» avec le vice-président Omar Souleiman qui, dans une ultime tentative de sauver le régime de Moubarak, avait appelé au dialogue national. La révolution égyptienne du 25 janvier est démocratique et non religieuse. Les États-Unis peuvent jouer la carte des Frères musulmans pour éviter une Égypte démocratique qui remettrait en cause les intérêts de l'impérialisme et d'Israël dans la région.

L'Administration Obama ne se contente pas seulement de déverser directement des milliards de dollars sur le nouveau pouvoir égyptien pour le maintenir dans sa dépendance, mais elle utilise également le FMI, ennemi de tous les peuples, pour ancrer l'économie égyptienne dans le libéralisme à travers ses programmes d'ajustement structurel (PAS) condition essentielle de sa dépendance vis à vis de la mondialisation capitaliste. C'est ce qui explique cette précipitation du FMI à accorder 3 milliards de dollars début juin 2011 au gouvernement égyptien. Les monarchies du Golfe, qui jouent le rôle de la contre-révolution dans le monde arabe, ne sont pas en reste. L'Arabie Saoudite et le Qatar veulent également «aider» au redressement de l'économie égyptienne en investissant 14 milliards de dollars notamment dans le secteur de la presse pour mieux contrôler les médias égyptiens et propager leur idéologie réactionnaire. Au sommet du G8 à Deauville, les dirigeants ont évoqué un «partenariat durable» avec les nouveaux régimes tunisien et égyptien.

Conscient des dangers qui guettent la révolution, le peuple d'Égypte descend régulièrement dans la rue pour rappeler au Conseil suprême des forces armées(CSFA), qui dirige la transition, et à la contre-révolution, son attachement aux objectifs de la révolution et qu'il est prêt à se mobiliser massivement à nouveau pour les réaliser. Ainsi une immense manifestation a réuni plusieurs millions d'égyptiens dans tout le pays le vendredi 27 mai. Le 8 juillet 2011, les jeunes révolutionnaires appellent les citoyens à manifester massivement «pour protéger la révolution». Le combat du peuple égyptien pour la démocratie et la justice sociale est un combat permanent.

 

En Tunisie, d'où est partie l'étincelle qui a embrasé tout le monde arabe (8), la contre-révolution est partout. Car si la tête du régime est tombée, son corps est toujours là. Les figures familières de l'ancien régime sont omniprésentes, à commencer par Fouad Mebazaâ l'actuel président par intérim de la Tunisie.Les difficultés économiques constituent un obstacle de taille que la contre-révolution n'hésitera pas à exploiter, d'une manière ou d'une autre, pour briser la jeune révolution tunisienne. C'est aussi un prétexte supplémentaire pour les États-Unis et la France en collaboration avec la bourgeoisie locale d' enfermer la Tunisie dans des stratégies économiques ultra-libérales à travers notamment les prêts du FMI et de la Banque mondiale.

Mais le véritable danger qui guette la révolution tunisienne, et toutes les révolutions en général, est la déception des classes populaires qui voulaient révolutionner leur condition d'existence, et qui constatent que celles-ci n'ont pratiquement pas changé. Elles avaient mis tout leur espoir dans la révolution. Les chômeurs, qui se comptent par centaines de milliers, sont déçus. Beaucoup d'entre eux, tentés par une vie meilleure en Europe (qui les expulse sans scrupules), quittent la Tunisie. Les mesures prises par le gouvernement (allocations versées aux familles pauvres, titularisation d'une partie des précaires dans la fonction publique, subventions des produits de première nécessité, politique de réinsertion des jeunes diplômés à travers le programme Amal etc.)sont peu visibles, car sans effet réel sur les plus démunis. Trotsky avait raison lorsqu'il a écrit en 1926 que «La désillusion d’une partie considérable des masses opprimées dans les acquis immédiats de la révolution et le déclin de l’énergie et de l’activité révolutionnaire de classe engendre un regain de confiance parmi les classes contre-révolutionnaires»(9).

 

La révolution et la contre-révolution dans le monde arabe sont le produit de la lutte des classes. Ce sont les conditions matérielles d'existence inhumaines de larges fractions des couches populaires qui ont produit ces soulèvements. Le refus de la démocratie et la résistance à tout changement des bourgeoisies locales et de l'impérialisme, responsables de décennies entières d'exploitation et d'humiliation, montrent que la révolution est un combat de longue haleine. Mais la contre-révolution a également ses propres limites. Les États-Unis sont empêtrés dans une crise économique et financière dont ils n'arrivent pas à s'en sortir. La chambre des représentants a adopté le 13 juin 2011 un amendement interdisant d'utiliser les fonds pour financer l'intervention en Libye. Les États-Unis n'ont plus les moyens, comme il y a encore quelques années, de leurs ambitions. L'échec cuisant de leurs interventions en Irak et en Afghanistan sont des exemples de l'affaiblissement de l'impérialisme américain. L'Arabie Saoudite elle-même doit affronter le rejet du statu quo et la profonde aspiration au changement du peuple saoudien. Sur les réseaux sociaux, les jeunes s'expriment aussi et préparent l'avenir qui passera nécessairement par la contestation de la monarchie. La convergence des luttes des peuples du sud et du nord de la méditerranée peut ouvrir des perspectives plus lumineuses. Et comme l'écrivait le romancier et journaliste yéménite Ahmad Zein dans sa lettre à Mohamed Bouazizi :

«Plus rien n'est impossible depuis que tu as ouvert la route avec ton corps qui continue de brûler comme une torche de lumière dans l'esprit des peuples».

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Voir «Répression et résistance à Bahreïn» balaali.over-blog.com

 

(2) http://www.nytimes.com/2011/06/09/world/middleeast/09intel.html?_r=1&hp

 

(3) Voir en arabe http://www.facebooom/media/set/?set=a.182693685113633.42241.169040416478960

 

(4) http://www.france24.com/fr/20110115-le-colonel-kadhafi-regrette

 

(5) http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1536

 

(6) Des centaines d'hommes et de femmes notamment des travailleurs africains meurent également en méditerranée en tentant de fuir la Libye. Le Gisti va déposer plainte contre l’OTAN, l’Union européenne et les pays de la coalition en opération en Libye.

http://www.gisti.org/spip.php?article2304

Voir également le témoignage de Donatella Rovera conseillère spéciale d'Amnesty International qui accuse les «rebelles libyens» de commettre des crimes contre les migrants africains, Le Monde du 24 juin 2011 page 5.

 

(7) http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10793#01

 

(8) http://belaali.over-blog.com/article-que-l-etincelle-tunisienne-embrase-tout-le-monde-arabe

 

(9) http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1926/11/lt19261126.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 16:59

 

 

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Place Tahrir

 

 

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Puerta del Sol

 

 

«Nous sommes plus qu’hier mais moins que demain!» disaient les révoltés espagnols de la Puerta del Sol au centre de Madrid. «La plus grande violence est la pauvreté»scandaient les indignés de la place Syntagma d'Athènes. «A bas la dictature financière!» s'exclamaient les manifestants de Rossio à Lisbonne. Les peuples se réveillent les uns après les autres. Ils sont déterminés à prendre en charge eux-mêmes leur destin pour l'arracher à un système qui tend de plus en plus à dominer et à contrôler la vie des hommes pour mieux la transformer en une vulgaire marchandise. De la Tunisie à l'Égypte, du Maroc au Yémen, de l'Espagne au Portugal, de la Grèce à l'Islande, les citoyens, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, travailleurs et chômeurs relèvent la tête et opposent une magnifique résistance pacifique au pouvoir de leurs gouvernements, élus ou non, qui exécutent servilement les décisions du FMI, de la Banque mondiale, des marchés financiers, des agences de notation, des banquiers etc. La résistance au capitalisme a traversé la méditerranée et s'installe en Europe.

 

Les liens de solidarité et de fraternité entre les peuples en lutte effacent les frontières et les préjugés nationaux qui les séparent et les opposent les uns aux autres. La révolte contre l'injustice et pour la dignité les a unis dans la lutte pour un monde différent et meilleur. Les révoltés de la Puerta del Sol ont reçu ce message de soutien des jeunes révolutionnaires égyptiens de la place Tahrir «Nous, en tant qu'activistes égyptiens, qui avons protesté à Tahrir pendant de nombreuses journées (...) saluons votre lutte. Grâce à notre unité entre les différentes forces et mouvements sociaux(...) nous avons fait un grand pas en avant pour un monde meilleur» (1).

 

Dans le monde arabe, les peuples se soulèvent contre de véritables dictatures, soutenues par les bourgeoisies occidentales, qui les oppriment et les humilient depuis des décennies. En Europe, c'est la dictature de l'argent qui les étouffe et les marginalise. Il s'agit dans les deux cas de deux visages, hideux, d'un même système, le capitalisme. Au Nord comme au Sud, nonobstant les spécificités et les différences importantes de chaque formation sociale locale, ce sont les conditions d'existence réelles qui ont poussé les peuples à se soulever. Ce sont les mêmes vautours qui élaborent lâchement dans l'ombre les différents plans d'ajustement structurel, de rigueur, d'austérité etc. pour affamer les peuples par le biais d'une classe politique corrompue et totalement soumise au diktat du capital. Les peuples l'ont compris. Ils rejettent ces partis politiques qui, une fois au pouvoir, les trahissent systématiquement et appliquent avec un zèle singulier des politiques économiques qui servent uniquement et strictement les intérêts des plus riches. «Nos rêves ne rentrent pas dans vos urnes» disait un slogan de la Puerta del Sol. Il ne s'agit bien sûr que d'un slogan, mais il montre bien la méfiance des citoyensenverscette démocratie du capital qui a enfanté une espèce de dictature imposant aux citoyens de «choisir» entre deux partis qui appliquent la même politique; c'est le parti unique de la bourgeoisie ! «Ce que nous voulons c’est une vraie démocratie, une vraie politique élaborée par les citoyens (...) Le message que nous voulons envoyer c’est que nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiques et des banquiers»disait une indignée de la Puerta del Sol (2).

 

De Ben Ali à Sarkozy, de Moubarak à Zapatero en passant par Socrates et Papandréou,les visages et les situations sont certes différents, mais les politiques imposées sont toujours au service d'une seule et même classe sociale, la bourgeoisie développée ou sous développée. La complicité des dirigeants du Nord avec ceux du Sud est un fait bien établi. Ce n'est pas par hasard quele gouvernement français a soutenu le dictateur tunisien jusqu'au dernier pas dans l'avion qui l'a transporté en Arabie Saoudite, l'autre dictature qui écrase en ce moment même la révolte du peuple de Bahreïn (3). Ce n'est pas par hasard non plus si l'administration américaine a apporté son soutien à Moubarak au mépris des millions d'égyptiens qui demandaient son départ. Et lorsque les peuples relèvent la tête et commencent à camper sur les places publiques et à occuper les rues et les quartiers pacifiquement, les classes dominantes utilisent d'abord leur arme redoutable et efficace, les médias. Leur silence aujourd'hui sur les luttes des peuples arabes et les mouvements d'indignation qui se développent en Espagne, en Grèce et au Portugal notamment, est éloquent. Et si les citoyens continuent ensuite à résister et relèvent le plafond de leurs exigences, la classe politique au pouvoir utilise la répression et la brutalité. Évidemment, la bourgeoisie européenne est plus «civilisée» et sa brutalité est moins «violente» que celle déployée à Bahreïn ou au Yémen par exemple. Mais cela ne l'empêche pas de brutaliser les manifestants pacifiques de la Plaça Catalunya à Barcelone ou de la Bastille à Paris. Silence sur les luttes, répression et brutalité exercées sur des citoyens et citoyennes pacifiques, au Nord comme au Sud de la méditerranée, sont les seules réponses que peuvent offrir les classes dirigeantes aux revendications légitimes des peuples.

 

Les révoltes dans le Monde arabe et en Europe sont le produit des circonstances et des conditions matérielles réelles dans lesquelles, malgré des différences notables, les hommes et les femmes sont méprisés et humiliés. Et c'est contre ces conditions sociales méprisables que les masses se sont soulevées pour les renverser radicalement.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) «Nosotros, como activistas egipcios que protestamos en Tahrir durante muchos días, exigiendo la democracia y la justicia social, enviamos nuestro saludo a vuestra lucha. Con nuestra unidad en Tahrir entre las diferentes fuerzas y movimientos sociales, entre jóvenes y mayores, uniendo a millones de personas pobres y trabajadoras, derrocamos al dictador Mubarak, y dimos un gran paso adelante en la lucha por un mundo mejor» http://tomalaplaza.net/apoyos/

 

(2) http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article415

 

 

(3) voir «répression et résistance à Bahreïn» http://www.legrandsoir.info/Repression-et-resistance-a-Bahrein.html

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 10:15

 

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Assassinats, torture, loi martiale, condamnations à mort de manifestants, censure et poursuite des journalistes, licenciements massifs d'ouvriers, prisonniers politiques par centaines, répression sauvage des manifestations, voilà comment la dynastie des Al Khalifa veut se maintenir, vaille que vaille, au pouvoir. Mais malgré cette répression sans précédent dans ce petit royaume, le peuple de Bahreïn résiste et continue à se battre, d'une manière différente, pour la démocratie et la dignité. Il s'agit d'un combat exemplaire mené par un peuple, armé de sa détermination et de son courage, contre une dictature cruelle utilisant les engins de mort les plus sophistiqués. Dans ce combat inégal et injuste, le régime est soutenu par les États du Golfe et surtout par l'impérialisme américain et européen (1). Les révoltes des peuples arabes ont démontré d'une manière éclatante, une fois encore, la complicité directe ou indirecte des États-Unis et de l'Europe avec les dictatures les plus féroces.


 

Les crimes et les atrocités commis par la dynastie des Al Khalifa contre le peuple de Bahreïn n'ont pas de limites. Même les médecins et les infirmières, qui ont eu le tort de tenter de sauver des vies humaines et de soigner les blessés, n'échappent pas à cette folie répressive. Au mépris de toutes les conventions internationales notamment celle de Genève, les manifestants blessés, ne méritent aucun soin ! Ainsi l'assistance médicale est refusée à tous lesblessés ! La dictature pense aussi que les médecins et l'ensemble des soignants, qui sont parfois arrêtés par l'armée à l'intérieur même de l'hôpital,disposent «de preuves des atrocités commises par les autorités, les forces de sécurité et la police anti-émeute» (2).

Les mosquées ne sont pas épargnées non plus. Toute une campagne de destruction de ces lieux de culte est menée par les autorités (3). Le monument de la place de la Perle, haut lieu de la contestation populaire, a été détruit. La dictature veut effacer tous les symboles de la résistance. Cette place rappelle également la fameuse place Attahrir du Caire témoin éloquent de la chute d'une autre dictature, celle de Moubarak.

Les journalistes qui tentent de dénoncer la répression sont arrêtés et traduits devant les tribunaux, lorsqu'ils sortent vivant de la détention! Karim Fakhrawi, membre du parti d’opposition Al-Wefaq et du directoire du quotidien Al-Wasat, est mort en détention après son arrestation. Les circonstances de son décès n'ont jamais été élucidées. Le correspondant de l'Agence Reuters Frederik Richter a été expulsé. Il faut que cette féroce répression se déroule à huis clos.

 

Après les arrestations et les tortures dans les centres clandestins du régime où quatre personnes ont déjà trouvé la mort, les tribunaux militaires prennent la relève pour juger des civils. Les procès expéditifs qui vont parfois jusqu'à la condamnation à mort des manifestants pacifiques, ont brisé des familles entières (4). En ce moment même, un tribunal militaire juge une vingtaine de leaders de l'opposition au régime; ils risquent la peine de mort.Bref, tous les moyens, dont les plus abjects et les plus infâmes, sont utilisés pour briser cette magnifique volonté de changement du peuple de Bahreïn.

 

Cette répression et cette brutalité contre une population qui manifeste pacifiquement sont pratiquées sous le regard bienveillant des États-Unis et de l'Europe. Le silence des médias bourgeois sur ces exactions dans l'occident civilisé, n'a d'égal que le bruit assourdissant de la propagande qu'ils distillent chaque jour comme un venin dans les cerveaux des citoyens sur les droits de l'homme, la démocratie, la liberté etc.

 

Pour les États-Unis comme pour l'Europe, la liberté, la démocratie, la dignité etc. ne sont que des mots vides de tout sens; mais qu'ils utilisent comme instruments de propagande pour mieux servir leurs propres intérêts. Faut-il rappeler que c’est à Bahreïn que se trouvent le quartier général de la Ve flotte et le port d’attache des bâtiments de guerre américains, et que l'Arabie Saoudite est le chien de garde local des intérêts des États-Unis dont elle représente un élément clé de leur sécurité énergétique? Les dynasties locales qui règnent depuis des siècles sur cette région «bourrée» de pétrole utilisent toutes leurs forces pour briser la moindre velléité de changement qui risque d'emporter leurs immenses privilèges. L'Arabie Saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et Qatar regroupés au sein du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) tentent d'écraser directement ou indirectement tout soulèvement populaire non seulement dans la région du Golfe mais aussi dans tout le monde arabe; c'est la contre-révolution coalisée. Le Conseil cherche à attirer d'autres pays. La Jordanie et le Maroc feront peut-être bientôt partie de ce riche ensemble puisque les discussions sur leur adhésion sont en cours.

 

Le peuple de Bahreïn a été puni pour avoir osé relever la tête et réclamer un État moderne et démocratique. Le châtiment qui lui a été infligé, montre jusqu'à quel degré de cruauté dans la vengeance ces dictatures peuvent s'élever.

 

Cette folle cruauté dans la répression a nettement affaibli la lutte du peuple de Bahreïn, mais elle ne l'a pas écrasée. Tant que la contestation se poursuit, les forces du Conseil de coopération du golfe, dirigées par l'Arabie Saoudite, resteront à Bahreïn a déclaré le chef des armées du royaume. La population continue en effet, dans des conditions extrêmement difficiles, à s'opposer à la dictature. La résistance a pris d'autres formes. Tous les soirs à 22 heures, la population scande sur les toits des slogans contre l'intervention militaire saoudienne et pour le changement du régime. Les manifestations se déroulent souvent la nuit loin de Manama la capitale totalement quadrillée par les forces de «sécurité».

 

Le soulèvement populaire à Bahreïn est le produit de décennies d'injustices, d'oppression et d'humiliations. On peut le réprimer, voire l'écraser, mais il renaîtra, tel un phénix, de ses cendres. Car il est né et a grandi sur le sol du despotisme et de l'arbitraire. Pour l'éradiquer, il faut que les gouvernements extirpent le despotisme et l'arbitraire qui sont les conditions qui leurs permettent de régner.

 

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Voir «L’intervention saoudienne à Bahreïn et le silence complice des bourgeoisies occidentales»

http://www.legrandsoir.info/L-intervention-saoudienne

 

(2) http://bahrain.phrblog.org/ cité par Info-Palestine

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10524

 

(3) While Bahrain demolishes mosques, U.S. stays silent, By Roy Gutman.

http://www.mcclatchydc.com/2011/05/08/113839/while-bahrain-demolishes-mosques

(4) http://www.peinedemort.org/document.php?choix=5095

 

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