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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 12:32

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 « Mon cœur abrite toute la tristesse d'une vie entière

  Mais si j'me laisse faire , c'est un aller direct au cimetière» *



Ali Ziri 69 ans, Mohamed Boukrourou  41 ans,  Abou Bakari Tandia 38ans, Pascal Taïs 32 ans,  Abdelkarim Aouad 30 ans, Wissam El-Yamni, 30 ans, Mohammed Saoud 26 ans, Abdelilah El Jabri 25 ans, Malik Oussekin 22 ans, Hakim Ajimi 22 ans, Zied et Bouna 17 et 15 ans … La liste des hommes morts dans les commissariats, ou lors des interpellations policières est longue, trop longue. Et il ne s'agit là que de quelques noms des victimes connues et répertoriées. D'autres morts viendront, hélas s'ajouter à cette interminable liste macabre. Car la police n'est qu'un instrument parmi tant d'autres que la bourgeoisie utilise pour asseoir sa domination de classe. L'ordre bourgeois, défendu par les forces de l'ordre, a constamment besoin pour se maintenir d'inventer des boucs émissaires. Chaque période, chaque crise produit ses propres victimes. Aujourd'hui en France, les enfants et les petits-enfants des travailleurs immigrés parqués dans des ghettos entourant les grandes métropoles industrielles sont l'une des cibles privilégiées de la classe dirigeante, ce qui lui permet de mieux masquer son désastre économique, social et politique.


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La brutalité exercée sur cette partie de la population fragilisée par le chômage de masse (1) n'est pas seulement le fait de la police. La propagande médiatique présente souvent les jeunes des quartiers populaires comme des «voleurs», «dealeurs», «violeurs» etc. Cette stigmatisation généralisée facilite par la suite la tâche des hommes politiques en mal de voix d'une frange de la population élevée dans la haine de l'autre. Il faut nettoyer au «Kärcher» les cités de ces «sauvageons» et de cette «racaille» qui troublent la paix des «honnêtes gens». Il faut reconquérir ces «zones de non droit».
Les tribunaux, où les verdicts sont connus d'avance, prennent la relève des hommes politiques. La présomption d'innocence est rarement respectée. Les peines d’emprisonnement ferme et les comparutions immédiates où les droits de la défense sont moins garantis, restent largement supérieures à la moyenne nationale (2). La rapidité avec laquelle les jeunes des quartiers ouvriers sont jetés en prison n'a d'égale que la lenteur des procédures impliquant des policiers. En France, il est difficile pour cette partie de la population d'obtenir la condamnation d'un policier. C'est une constante inscrite non pas dans un quelconque code, loi ou constitution, mais dans les faits. «Il vaut mieux être policier que simple citoyen. Ils sont couverts» disait Boubaker Ajimi, père d'Hakim Ajimi mort, victime des violences policières(3). Amnesty International constate les faits suivants : «Insultes racistes, recours excessif à la force, coups, homicides illégaux – telles sont les allégations de violations des droits humains commises par certains policiers français». L'organisation dénonce «un système qui favorise l'impunité des policiers accusés de ces actes» (4). Il s'agit d'une véritable justice de classe. L'indépendance de la justice est une chimère que le discours dominant a du mal à masquer.
Police, justice, médias et hommes politiques sont ainsi unis, sans jamais le reconnaître, dans leur croisade contre les jeunes des cités populaires. Ce sont eux qui attisent la haine entre citoyens pour mieux les diviser en jouant sur les préjugés nationaux, raciaux et religieux. Ce sont eux qui fabriquent des coupables en utilisant la délation rémunérée. Et ce sont toujours eux qui présentent les jeunes des cités comme responsables des malheurs de la France pour mieux masquer la faillite économique, sociale et morale de la bourgeoisie qu'ils servent.

Paupérisés, marginalisés et méprisés par une bourgeoisie qui n'a plus besoin de leur force de travail, les jeunes des cités se révoltent à intervalles réguliers. Leur rage et leur colère jaillissent, comme les flammes des voitures qu'ils brûlent, des conditions matérielles d'existence inhumaines. Leur révolte n'est pas dirigée uniquement contre les brutalités policières; elle embrasse l'ensemble des symboles et institutions de l'ordre bourgeois qui les opprime au quotidien à commencer par l'école. Celle-ci n'est que le reflet d'une société de classe. Le tri, le classement, la hiérarchisation et la sélection restent, pour l'essentiel, son mode de fonctionnement. L'école broie celles et ceux qui ne possèdent pas ou qui ne maîtrisent pas les codes culturels eux-mêmes déterminés par le milieu social malgré le courage et le dévouement de ses personnels qui travaillent dans des conditions difficiles. Même les experts d'une organisation  libérale comme l'OCDE le reconnaissent : « En France plus qu’ailleurs, la réussite dépend du milieu économique» (5).

La révolte des cités n'est pas seulement le fait des jeunes. Nombre d'adultes témoignent de leur solidarité à l'égard des émeutiers, sans parler des familles qui soutiennent leurs enfants, car elles subissent les mêmes problèmes et les mêmes humiliations.

Ces humiliés ont montré à plusieurs reprises qu'ils sont capables de se mettre en colère, de se révolter et de se dresser contre un ordre injuste contrairement à un lumpenproletariat qui se trouve souvent du côté de la classe dominante. Leur révolte est un acte social et politique dirigé contre un État policier qui opprime et punit les plus fragiles de la classe ouvrière même si l'on s'obstine à ne pas le reconnaître. Pour la classe dirigeante, il ne s'agit que de «voyous» et de bruleurs de voitures organisés en bandes qui troublent l'ordre public et qu'il faut impitoyablement réprimer. «le rétablissement de l'ordre public était un préalable(...) Nous faisons face à des individus déterminés, à des bandes structurées, à de la criminalité organisée, qui ne recule devant aucun moyen pour faire régner le désordre et la violence» déclarait Dominique de Villepin dans un ton aristocratique devant un hémicycle de l'Assemblée Nationale comble (6).

«La racaille» va alors payer cher son audace et son insolence à vouloir secouer cet ordre qui l'humilie et la méprise en permanence. Après les émeutes de 2005, la police a procédé à des milliers d'interpellations et les tribunaux ont distribué des années de prison ferme. Le gouvernement a même proclamé l'état d'urgence et le couvre-feu qui l'accompagne; décision rare dans l'histoire récente de la France. En fouillant dans son passé, la République bourgeoise a trouvé une loi, celle 1955, conçue pour imposer l'ordre colonial en Algérie. Cinquante ans après, elle l'exhume pour mater la révolte des enfants et des petits-enfants des travailleurs immigrés ! Aux problèmes sociaux et politiques, l'État français répond par des mesures guerrières !

Cet État qui mobilise des moyen répressifs extraordinaires pour briser les révoltes d'une population qui n'aspire qu'à vivre dignement, montre une grande faiblesse complice face par exemple aux marchés financiers qui détruisent l'économie de tout un peuple ! La bonne société bourgeoise qui s'indigne tant de la violence des jeunes des quartiers ouvriers s'accommode très bien de la brutalité autrement plus profonde des vautours de la finance internationale. Cette révolte a eu au moins le mérite de montrer au grand jour la lâcheté de la bourgeoisie et les valeurs hypocrites de sa République.


 
Les forces du progrès ne doivent pas abandonner les habitants des ghettos-cités aux forces obscures et réactionnaires. Les travailleurs immigrés, leurs enfants et leurs petits-enfants qui sont nés sur le sol de ce pays font partie intégrante, pour la grande majorité d'entre eux, de la classe ouvrière. Ils subissent plus que les autres les ravages du chômage, de la précarité et les affres des humiliations en tout genre. Cette insécurité et cette violence permanentes exercées sur cette fraction vulnérable et fragile de la société par une bourgeoisie arrogante et brutale, montrent à l'évidence que leur révolte est légitime. Ses morts, nombreux et anonymes, ne sont pas reconnus et encore moins décorés par la République.
Leur combat doit être celui de toutes les forces qui s'opposent à cet ordre injuste. Prolétaires, précaires et chômeurs de tous les quartiers unissez-vous contre votre ennemi commun, la bourgeoisie.

Mohamed Belaali

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*  MANU KEY, Karl et Yezy L’Escroc :  «Dans nos têtes et dans nos coeurs»

(1) http://www.ville.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_onzus_2011.pdf

(2) Voir l'intéressante étude de Fabien Jobard et Sophie Névanen «La couleur du jugement»
       http://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2007-2-page-243.htm

(3) http://lmsi.net/Des-policiers-au-dessus-des-lois


(4) http://www.amnesty.org/fr/library/asset/EUR21/003/2009/fr/37f51e9b-e064-4f1f-8656-1683851cc215/eur210032009fra.html


(5) http://www.france24.com/fr/20101207-france-education-ocde-rapport-systeme-enseignement-baisse-niveau-scolaire-chatel-zep

(6) http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/11/08/a-l-assemblee-m-de-villepin-justifie-l-etat-d-urgence_708050_3224.html

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 18:48

 

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L'impérialisme américain et son caniche européen cherchent par tous les moyens à déstabiliser la Syrie pour mieux l'asservir. Après la Libye, c'est le tour de la Syrie. L'impérialisme avait déjà, dans un passé récent, détruit la Yougoslavie, envahi l'Afghanistan, ravagé l'Irak et ruiné la Côte d'Ivoire. Destructions, massacres, génocides et violence extrême sont ses caractéristiques essentielles. Poussé par la recherche effrénée du profit, l'impérialisme en tant qu'instrument du pouvoir de la bourgeoisie, tente de soumettre tous les peuples de la planète. Esclavage, colonialisme, néocolonialisme etc., son histoire n'est, en dernière analyse, que pillage, par la violence et la cruauté, des richesses des peuples. Vouloir installer en Syrie par la force un gouvernement à sa botte, l'impérialisme ne fait que perpétuer cette logique hégémonique et despotique. L'impérialisme est toujours et partout l'ennemi des peuples.


 

Dès ses origines, le parti Baath éprouvait une aversion profonde pour le marxisme et la lutte des classes qui, selon ses fondateurs, étaient étrangers aux valeurs de la nation arabe. Le communisme à leurs yeux était par essence internationaliste, incompatible avec l'union des peuples arabes. Leur foi mythique dans cette « nation arabe» et dans «le socialisme arabe» a fait du Baath, en dernière analyse, un parti plutôt nationaliste au service des intérêts de la bourgeoisie et de la classe moyenne syrienne.

En 1963, lors du sixième Congrès National, l'aile gauche du parti avait adopté des résolutions réellement progressistes. Il faut préciser que les militants qui animent cette tendance radicale du Baath ont des origines sociales populaires contrairement à la vieille garde dont les dirigeants appartiennent à la bourgeoisie citadine. La lutte des classes s'est en quelque sorte introduite, au grand dam des conservateurs, à l'intérieur même du parti !

Pour contrecarrer ces résolutions et renverser cette tendance, Michel Aflak, Salah Bitar et leurs fidèles ont pris la décision, lourde de conséquences, de recourir à l'armée. En militarisant le parti, les fondateurs ont de fait éliminé toute possibilité de régler les conflits et les divergences d'opinions par le débat et les urnes. En Irak comme en Syrie, deux pays où le Baath est arrivé au pouvoir, le parti est devenu un repère d'officiers assoiffés de pouvoir. «La renaissance arabe», «L'unité arabe» et «le socialisme arabe» ont été relégués aux calendes grecques. Leur seul et unique objectif est de se maintenir, vaille que vaille, au pouvoir.

La répression sous toutes ses formes est devenue pour ces militaires le moyen le plus efficace pour taire toute contestation et éliminer toute opposition. Les services de renseignements, les redoutables «Moukhabarat» pourchassent, torturent et éliminent impitoyablement les opposants. Le général Hafez Al Assad a pris le contrôle de la Syrie en 1970. Trente ans plus tard, il livre à son fils Bachar une Syrie «nettoyée» de toute opposition. Même les fondateurs historiques du Baath n'ont pas échappé à la répression. Michel Aflak et Salah Bitar ont été condamnés à mort par contumace avant d'être graciés. Mais Salah Bitar a été assassiné rue Hoche à paris en 1980.

Aujourd'hui encore, l'état d'urgence est toujours en vigueur et l'article 8 de la constitution donne au Baath le statut de dirigeant exclusif de l'État et de la société (1).

Mais le Baath est le produit des rapports sociaux de la société syrienne. Il appartient au peuple syrien et à lui seul, en fonction de ces mêmes rapports sociaux, de le garder ou au contraire de le renverser.

 

Les soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, au Yémen, à Bahreïn etc. ont suscité d'énormes espoirs de changement dans les masses arabes opprimées y compris en Syrie.

Mais l'impérialisme ne peut supporter cette marche autonome des peuples vers la démocratie et le progrès. Les maintenir dans la soumission et la misère qui bloquent leur vitalité et leur émancipation reste pour lui le meilleur moyen de les dominer pour mieux les exploiter.

L'impérialisme s'immisce directement dans les affaires des peuples en leur refusant le droit de prendre eux-mêmes en charge leur propre destin. C'est ainsi qu'il a écrasé dans le sang, par l'intermédiaire de l'Arabie Saoudite, la révolution du peuple de Bahreïn pour maintenir au pouvoir la dynastie des Al khalifa, son fidèle serviteur local. C'est toujours lui qui a financé, armé et porté au pouvoir le Conseil National de Transition (CNT) en Libye au prix de milliers de morts et de destruction de tout un pays. Et c'est encore l'impérialisme qui a manœuvré au Yémen, par le biais du Conseil de Coopération du Golfe, pour confisquer la révolution au peuple en demandant à Ali Abdallah Saleh de mettre le pouvoir entre des mains sûres avant de s'exiler en Arabie Saoudite ou aux États-Unis. L'impérialisme est la négation du Droit des nations à disposer d'elles-mêmes.

 

L'hystérique propagande menée contre la Syrie n'a d'égale que le silence sur les révoltes réellement populaires au Yémen, à Bahreïn, en Arabie Saoudite ou encore au Maroc. Combien de citoyens américains et européens savent que le peuple marocain par exemple manifeste massivement et pacifiquement tous les dimanches depuis le 20 février 2011? Cette intense propagande dans l'occident impérialiste rappelle étrangement celle qui a précédé l'invasion de l'Irak et de la Libye.

 

L'impérialisme américain avec l'aide notamment de la Grande Bretagne, de la France, de la Turquie, de l'Arabie Saoudite et du Qatar se prépare activement à intervenir militairement en Syrie pour installer un pouvoir qui servira ses intérêts comme en Afghanistan, en Irak ou encore en Libye. Déjà l'Armée Libre Syrienne (ALS), pure créature de la Turquie, revendique un certain nombre d'actions sanglantes contre l'armée régulière syrienne. L'opposition au régime de Bachar Al Assad, dominée par les Frères Musulmans est de plus en plus violente. Il s'agit d'affaiblir la Syrie avant de l'envahir comme ce fut le cas en Libye.

 

Dans le monde arabe, l'impérialisme brise l'élan des soulèvements populaires pacifiques et le remplace par la violence d'une opposition qui lui est soumise. Il écrase les aspirations et les luttes des peuples pour leur imposer des régimes qui lui sont totalement acquis. L'exemple de la Libye est édifiant à cet égard. Aujourd'hui, il tente d'envahir la Syrie pour servir ses intérêts et tenir son peuple dans l'oppression et la servitude.

 

Un régime installé à Damas par la volonté des États-Unis et de leurs satellites est la pire chose qui puisse arriver au peuple syrien, notamment pour ses classes laborieuses. Il suffit de voir dans quelle situation tragique se trouve aujourd'hui la population irakienne sans eau ni électricité pour s'en convaincre. Avant leur départ tout relatif, les américains ont laissé derrière eux, en plus d'un pouvoir corrompu et à leur solde, un pays divisé, ravagé, martyrisé et meurtri : plus d'un million de victimes et des centaines de milliers de blessés (2). Ce crime contre l'humanité «donne la mesure de la cruauté dont le capitalisme et la bourgeoisie qui le porte sont capables» (3). Et on va taire par pudeur les pratiques barbares des soldats américains sur des prisonniers irakiens sans défense notamment dans la tristement célèbre prison d'Abou Ghraib. La propagande la plus odieuse et les mensonges les plus grotesques ont été utilisés pour justifier l'invasion de l'Irak. La bourgeoisie, on le voit, ne recule devant rien pour assouvir sa soif du pétrole irakien.

Ce qui est vrai de l'Irak ne l'est pas moins de la Libye où la population survit dans des conditions dramatiques après les destructions massives de l'OTAN, bras armé de l'impérialisme. Pendant ce temps-là, les grandes compagnies pétrolières comme ENI, Total, BP, ExxonMobil, Shell etc., continuent, tels des vampires, à pomper allègrement le pétrole libyen !

Par ailleurs, l'Alliance atlantique refuse toujours de fournir le moindre chiffre sur le nombre de civils innocents tués par ses soldats. Ce silence en dit long sur les massacres perpétrés par l'OTAN et le CNT contre le peuple libyen. Rappelons tout de même que ces crimes ont été commis sous la bannière de la protection des civils et de l'aide humanitaire comme le précise la résolution 1973 de l'ONU : « Le Conseil de sécurité(...) se déclarant résolu à assurer la protection des civils et des secteurs où vivent des civils, et à assurer l'acheminement sans obstacle ni contretemps de l'aide humanitaire»!

La victoire de l'impérialisme en Syrie, est la défaite non seulement du peuple syrien mais de tous les peuples.

 

Mais ces guerres que les bourgeoisies américaines et européennesimposent aux peuples à travers le monde ne sont, en dernière analyse, que le prolongement des guerres économiques et sociales qu'elleslivrent dans leur propre paysaux travailleurs et aux salariés en général. Les plans de rigueur et d'austérité qui se succèdent aux États-Unis et en Europe constituent une véritable guerre que la bourgeoisie livre aux classes populaires. «La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens» disait Clausewitz. La guerre est directement liée à la lutte des classes.

 

Guerres de classes à l'intérieur, guerres impérialistes à l'extérieur, voilà ce que l'histoire nous enseigne sur cette classe sociale, la bourgeoisie, dont la seule et unique raison d'être est la maximisation du profit par tous les moyens y compris par le plus abject, la guerre sous toutes ses formes. D'une manière générale, les guerres intérieures et extérieures sont intimement liées à l'exploitation des uns par les autres. «Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation» écrivaient Marx et Engels dans le Manifeste (3).

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) «The leading party in the society and the state is the Socialist Arab Ba'ath Party. It leads a patriotic and progressive front seeking to unify the resources of the people's masses and place them at the service of the Arab nation's goals».

http://www.mideastinfo.com/documents/Syria_Constitution.htm

 

(2) http://www.justforeignpolicy.org/iraq/iraqdeaths_fr.html

 

 

(3) Voir, entre autres, «Les ravages de la guerre impérialiste en Irak»

http://belaali.over-blog.com/article-les-ravages-de-la-guerre-imperialiste-en-irak-48981793.html

 

(4) K. Marx et F. Engels dans le «Manifeste du parti communiste», page 56. Éditions de Pékin.

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 20:21

 

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Socrates Brasileiro Sampaio de Sousa Vieira de Oliveira vient de nous quitter à l'âge de 57 ans. Socrates était un talentueux et élégant joueur de football. Il était également médecin diplômé de la prestigieuse faculté de San Paulo. Mais il était avant tout un militant. Jusqu'à sa mort, il n'a jamais renié ses convictions progressistes. Il a toujours dénoncé le «foot-business» et l'utilisation par la classe dominante de ce sport populaire pour servir ses intérêts économiques et idéologiques.

 

Contrairement à la plupart des footballeurs brésiliens, Socrates n'a pas courbé l'échine face à la dictature militaire (1964-1985) qui sévissait au Brésil. Bien au contraire, en utilisant son talent de grand joueur, il a fondé au sein de son équipe Corinthians de San Paolo la «Démocratie Corinthiane». Ce système qui permettait aux joueurs de prendre totalement en charge le destin de leur club, était une expérience audacieuse comparativement à la gestion en vigueur dans tous les autres clubs du monde basée uniquement et strictement sur la réalisation du profit. C'était également une manière de dénoncer le contrôle et la mainmise de la dictature non seulement sur le football, sport populaire par excellence au Brésil, mais aussi sur tout un peuple. Ce fait unique dans l'histoire récente du football, dominée par la corruption, le dopage et les scandales en tout genre, était un acte politique courageux, d'autant plus que cette terrible dictature, soutenue par les États-Unis, ne tolérait aucune contestation aussi symbolique soit-elle.

Socrates et ses camarades transformaient les stades en lieux de contestation de la dictature. Nulle publicité idiote payée par telle ou telle marque sur leurs maillots, mais seulement des slogans politiques contre la junte militaire.

S'il est difficile de déterminer la part de cette équipe courageuse dans le renversement de la dictature, on peut néanmoins dire qu'elle y a largement contribué en utilisant la magie du football.

«Quand Lula est arrivé au pouvoir, il y a eu une liste de ‘ministrables’ qui a circulé, et j’étais dedans, mais j’ai pris les devants, et j’ai dit ‘non’. Je ne crois pas trop à la politique institutionnelle»(1) confessait Socrates. Il avait une autre conception du combat politique.

 

Puisse le combat de Socrates servir d'exemple aux nouvelles générations de sportifs pour débarrasser le sport non pas d' une quelconque dictature militaire, mais d'une autre dictature beaucoup plus dangereuse, celle de l'argent.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) http://www.sofoot.com/la-mort-de-socrates-150501.html

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 18:06

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Le mercredi 23 novembre 2011, Ali Abdallah Saleh a signé «l'accord de transfert de pouvoir» à Riyad en présence du Roi d'Arabie Saoudite. Cet accord, élaboré par le Conseil de Coopération du Golf (CCG), prévoit la passation du pouvoir à son vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi. Durant une période transitoire de trois mois, Ali Abdallah Saleh restera président «à titre honorifique». Ce plan prévoit également et surtout l'immunité du despote et de ses proches.Les révolutionnaires du Yémen rejettent cet arrangement. Ils luttent non seulement pour renvoyer Ali Abdallah Saleh à la poubelle de l'histoire, à côté de Ben Ali et de Moubarak, mais aussi afin qu'il soit jugé pour les innombrables crimes qu'il a commis contre des manifestants pacifiques. Au Yémen, la révolution continue.

 

 

 

Les États-Unis ont applaudi l'accord et «félicitent le gouvernement yéménite et l'opposition de s'être mis d'accord pour une transition pacifique et ordonnée du pouvoir», a déclaré Mark Toner, porte- parole du département d'État. Le plan a été salué également parBan Ki-moon et Catherine Ashton.

En revanche, le peuple du Yémen, lui, est sorti massivement dès le jeudi 24 novembre dans tout le pays pour dire non à cet «accord» préparé par le CCG dominé par l'Arabie Saoudite, fer de lance de la contre-révolution dans le monde arabe. Rien que pour cette journée, cinq manifestants sont tombés sous les balles des hommes d'Ali Saleh et viennent ainsi s'ajouter à l'interminable liste des martyrs de la révolution. Les jeunes révolutionnaires exigent la traduction devant la justice du dictateur et de ses hommes : «Nous ne quitterons pas la place du Changement jusqu'à la réalisation de tous nos objectifs, et surtout la traduction en justice de Saleh et du régime» (1).

 

Le vendredi 25, baptisé «notre révolution continue», des manifestations impressionnantes ont secoué tout le pays, d'Aden à Sanaa en passant par Hodeida et bien sûr Taëz où la révolution a débuté fin janvier 2011. Depuis cette date, le peuple du Yémen n'a cessé pacifiquement de lutter contre le régime despotique d'Ali Abdallah Saleh dans l'indifférence quasi générale des grands médias occidentaux.

 

 

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«Liberté», «Libération»( Tahrir en arabe) ou encore «Changement» sont des noms qui fleurissent sur les murs des rues et des places des villages et des villes du Yémen. Cette magnifique et discrète révolution refuse d'oublier ses morts.«Le sang des martyrs est dans nos âmes»disent les révolutionnaires. Non seulement leurs portraits sont accrochés un peu partout, mais ils sont gravés dans la mémoire collective de ce peuple courageux. C'est peut-être pour cette raison que les révolutionnaires yéménites rejettent cet accord «fabriqué» par les pires ennemis de la démocratie et du progrès, les monarchies réactionnaires du Golfe. Le peuple du Yémen qui se bat depuis de nombreux mois, «poitrine nue» comme on dit en arabe, pour une société meilleure, se souvient que ce sont ces mêmes monarchies d'un autre âge qui ont envoyé leurs chars, sous le regard complice des bourgeoisies occidentales, pour écraser dans le sang la révolution à Bahreïn (2).

 

L'accord qui prévoit le départ du despote constitue déjà un grand pas vers l'effondrement du régime. Les révolutionnaires ne veulent pas s'arrêter à mi-chemin. Par leurs manifestations quotidiennes, ils veulent pousser leur révolution jusqu'à son terme : renverser un régime devenu un véritable obstacle sur le chemin de la démocratie et du progrès.

 

Mais les ennemis de cette formidable révolution sont nombreux et puissants. Les monarchies du Golfe, regroupées au sein du CCG, n'accepteront jamais l'installation à leur porte d'un Yémen démocratique. Cela risque de constituer un exemple à suivre pour les peuples de la région, opprimés par les dynasties d'Al Saoud, d'Al Khalifa, d'Al Sabbah etc., d'autant plus que des manifestations importantes se déroulent régulièrement notamment à Qatif dans l'Est d' Arabie pour dénoncer le régime saoudien (3).C'est ce qui explique, entre autres, cette ingérence directe de l'Arabie Saoudite dans les affaires intérieures du Yémen. Rappelons pour mémoire que c'est l'Arabie Saoudite qui a soigné Ali Saleh avant de l'envoyer au Yémen pour briser la révolution. Et c'est toujours l'Arabie Saoudite, face à la résistance du peuple du Yémen, qui a «convoqué» le même Ali Saleh à Riyad pour signer «l'accord de transfert de pouvoir» dont la cérémonie a été présidée par le roi Abdallah lui-même et par le prince héritier Nayef. C'est dire la crainte que suscite le soulèvement populaire au Yémen.

Mais c'est surtout l'impérialisme américain, en collaboration directe avec les monarchies pétrolières, qui représente le véritable danger qui guette la révolution. Il suffit de regarder la position géostratégique du Yémen pour comprendre l'intérêt que portent les États-Unis pour ce pays : Golfe d'Aden, Bāb al-Mandab, sa proximité de l'un des plus grands producteurs et exportateurs de pétrole au monde, l'Arabie Saoudite.

 

Les américains et les saoudiens qui n'ont pas réussi à briser la révolution yéménite, tentent aujourd'hui de sauver le régime et leurs intérêts en mettant le pouvoir entre des mains sûres quitteà «sacrifier» Ali Saleh en lui proposant unexil doré en Arabie et des soins aux États-Unis.

 

La révolution yéménite a traversé des étapes marquées par des flux et des reflux incessants. Mais elle se poursuit et se déploie au gré des vicissitudes d'ombres et de lumières sans jamais renoncer à son but : renverser le régime d'Ali Adallah Saleh et mettre le peuple du Yémen sur le chemin de la démocratie et du progrès.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

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(1) http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/11/23/le-president-saleh-se-rend-a-ryad-pour-signer-l-accord-de-transfert-du-pouvoir-au-yemen_1607820_3218.html

 

(2) http://belaali.over-blog.com/article-l-intervention-saoudienne-a-bahrein-et-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-69874090.html

 

(3) http://observers.france24.com/fr/content/20111124-qatif-tanks-roulent-manifestants-chiites-funerailles-blindes-morts-arabie-saoudite-achoura

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 19:59

 

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La droite et la social-démocratie, porte-parole du capital, sont déterminées à imposer à leurs peuples les différents plans d'austérité. En Grèce, même l'extrême droite est appelée à la rescousse ! Les gouvernements qui n'exécutent pas avec zèle et brutalité les décisions des marchés financiers sont promptement et impitoyablement remplacés. La dictature du capital opère désormais au grand jour.Les peuples européens, les uns après les autres, sont ainsi appauvris, humiliés et méprisés par une horde de spéculateurs sans foi ni loi.

 

 

Sarkozy et Merkel «convoquent» le premier ministre grec, «socialiste», à Cannes avant le sommet du G20 pour avoir songé un moment àconsulter son peuple. Et pour le punir de cette étrange idée, on l'a sommé de démissionner et de former dans les plus brefs délais un gouvernement avec la droite. C'est exactement ce qu'il a fait. Et dès le 11 novembre, le nouveau gouvernement grec, dirigé par Lucas Papademos ancien vice-président de la BCE,était prêt pour appliquer les ordres des marchés financiers. Il est composé du Pasok («socialistes»), de la Nouvelle Démocratie (principal parti de droite) et du Laos (extrême droite). Tout va très vite. Il y a trop de milliards en jeu. Aujourd'hui on fait appel à l'extrême droite pour accélérer l'exécution des plans d'austérité. Demain on fera peut-être appel à l'armée si par malheur le peuple relève la tête et refuse de se soumettre au despotisme des marchés. Sociaux-démocrates, conservateurs et extrême droite sont ainsi unis dans un même élan contre le peuple grec!

 

Les agences de notation, elles, continuent à noter, à juger et à distribuer des avertissements aux gouvernements qui s'écartent de leurs dogmes. Leur alphabet est tellement réduit, comme leur vision économique, qu'il ne contient que quatre lettres : A, B, C et D. Tout le génie des peuples est ainsi réduit à ces lettres accordées avec beaucoup de mépris et d'arrogance en fonction uniquement et strictement des intérêts des plus riches.

 

Les médias, à l'unisson, répètent à longueur de journée et de nuit «qu'il n' y a pas d'autres choix économiques que la rigueur». Leur discours, pour paraphraser Orwell, est construit d'une manière telle que le mensonge le plus grossier paraît véridique.

 

Les places financières paniquent dès qu'on leur parle des peuples, de la démocratie etc. et applaudissent lorsque de nouveaux plans d'austérité sont adoptés.

 

Les experts et les économistes expliquent aux peuples, qui ne comprennent pas toujours, les subtilités et les vertus des différents plan d'austérité. La prospérité, expliquent-ils, passe nécessairement par la réduction des déficits et des dépenses publics. Il n' y a aucune autre alternative possible à l'austérité. C'est une loi naturelle comme la fougère qui pousse dans les bois.

 

Seul le pape n'est pas encore intervenu ! Il le fera certainement dans une prochaine homélie qui apaisera la conscience des peuples et les soulagera du fardeau de l'inévitable austérité.

 

François Fillon, premier ministre de Sarkozy, va appliquer à la lettre cette fameuse «loi naturelle», tout droit sortie du cerveau de la bourgeoisie. Lundi 7 novembre 2011, il a présenté un énième plan d'austérité qui nécessitera un «effort supplémentaire de 65 milliards d'euros (...) pour arriver à 0 déficit en 2016» et pour plaire aux agences de notation. Mais celles-ci comme les marchés financiers, la Commission européenne etc. sont insatiables. elles se nourrissent, à l'instar des vampires, du sang des peuples. Plus elles en pompent, et mieux elles se portent !

 

Christine Lagarde, directrice du FMI, est furieuse contre Silvio Berlusconi qui manque selon elle«de crédibilité» dans l'exécution des ordres de la Troïka (FMI, BCE, CE). L'Italie sera désormais surveillée par «la police économique» tous les trois mois . Il s'agit de protéger le peuple italien de la contagion de la crise grecque et de soumettre l'Italie «au testde la réalité», celle des marchés financiers évidemment (1). Silvio Berlusconi, l'homme de tous les scandales, le misogyne, le raciste admiré par toute la bourgeoisie européenne est devenu subitement sinon l'homme à abattre du moins à chasserdu pouvoir. Le «Cavaliere» est tombé à son tour quelques jours seulement après les déclarations de la Troïka c'est à dire le 12 novembre 2011. Son successeur Mario Monti est un ancien commissaire européen au Marché intérieur d'abord et à la Concurrence ensuite !

 

Georges Papandréou et Silvio Berlusconi, deux dirigeants européens sont tombés non pas par le verdict des urnes, ou comme en Tunisie et en Égypte par un soulèvement populaire, mais par la seule volonté des marchés financiers et de leurs représentants. Ces deux pays sont ainsi gouvernés par des technocrates directement installés par des spéculateurs sans scrupules. C'est la démocratie ou, ce qui revient au même, la dictature du capital ! Malgré le masque de la démocratie, le vrai visage de la bourgeoisie apparaît de plus en plus au grand jour, hideux et répugnant.

 

En Espagne, José Luis Zapatero, l'autre dirigeant «socialiste», après avoir ruiné l'économie de son pays, à coup de plans de rigueur et d'austérité, a préféré passer la main en organisant des élections législatives anticipées (20 novembre 2011) pour permettre à la droite de continuer cette œuvre de destruction massive et de mettre à terre ce qui reste encore debout de l'économie espagnole.

 

Mais cette prospérité tant promise par les gouvernements, agences de notation, marchés financiers, FMI, BCE, Commission Européenne etc., les peuples l'attendent toujours. La Commission européenne prévoit dans ses dernières publications un sombre avenir pour l'Europe : «la croissance s'est arrêtée en Europe et nous pourrions connaître une nouvelle phase de récession», a prévenu le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn (2). Angela Merkel estime qu'il faudrait encore à l'Europe une décennie pour sortir de la crise !

 

En attendant l'opulence qui surgirait un jour de l'austérité, c'est plutôt la misère qui ronge le quotidien des peuples. En Espagne et en Grèce on parle même de la grande misère. La soupe populaire a fait son apparition en Grèce. Des milliers et des milliers de citoyens grecs, frappés de plein fouet par le chômage de masse et la précarité conséquences directes des plans de rigueur et d'austérité, n'ont que ce moyen humiliant pour se nourrir. Ici les salaires ne cessent de baisser, comme le nombre de fonctionnaires, comme les différentes allocations, les pensions de retraite etc. Le taux de suicide, selon le gouvernement grec, a augmenté de 40 % les six premiers mois de 2011 par rapport à la même période de 2010 (3). En Espagne cinq millions d'hommes et de femmes sont déjà sans emploi dont deux millions ne touchent aucune indemnité. Quasiment la moitié des actifs de moins de 24 ans sont au chômage. On compte 1,4 millions de familles où les deux parents sont sans travail. Les files d'attente des malades s'allongent de plus en plus dans les couloirs des hôpitaux. La situation n'est guère meilleure en Italie, au Portugal, au Royaume Unis, en France, en Irlande etc. La faillite de l'Union européenne, de sa politique économique et de ses institutions politiques est totale. Et la crise est loin d'être terminée; car elle est intimement liée au capitalisme lui-même.

 

La bourgeoisie européenne aveuglée par son arrogance et son despotisme ne voit dans les peuples qu'une masse infâme dépouillée de toute dignité et vidée de toute humanité. Les peuples notamment les travailleurs n'existent, pour elle, que pour produire sans trêve, quand elle en a besoin, du profit. Mais elle oublie un peu vite que ce sont justement ces peuples, qu'elle méprise tant, qui font l'histoire. Son système de production en déliquescence qui engendre tant de malheurs, produit en même temps les conditions de sa propre disparition. Seule l'union de tous les travailleurs et de tous les peuples d'Europe peut précipiter le renversement du monde absurde de la bourgeoisie.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Le Monde du 6/7 novembre 2011 page 12

 

(2)http://www.romandie.com/news/n/_L_Europe_menacee_par_une_nouvelle_phase_de_recession_avertit_Bruxelles101120111011.asp

 

(3) http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/11/11/kill-the-bill-crise-de-la-dette-et-hausse-des-suicides-en-europe/

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 20:54

 

 

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«Nous sommes les 99 %» s'écriaient les contestataires américains le 17 septembre2011. «Nous n'avons rien pendant que l'autre pour cent a tout» s'exclamaient les protestataires. «Occupons Wall Street»répondaient d'autres encore. Ces cris d'indignations ont raisonné comme un tonnerre dans le ciel des États-Unis. Ailleurs dans le monde, le 15 octobre des hommes et des femmes, par centaines de milliers, marchaient pacifiquement contre les marchés financiers, les banques, les gouvernements qui désormais ne les représentent plus. Ils se présentent eux-même comme les héritiers des révolutionnaires égyptiens. Ils sont «tous unis pour un changement global». Quelles que soient les formes et les dimensions que prend ce mouvement dans chaque pays, la contestation du capitalismeest planétaire. Il reste maintenant à transformer l'indignation en révolte et la révolte en révolution.Il ne s'agit pas seulement d'améliorer la société capitaliste pour la rendre supportable, mais de l'abolir.


 

Les révoltes dans le Monde arabe, en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Australie etc. sont le produit de la lutte des classes imposée par le capitalisme lui-même à travers le monde. Au Nord comme au Sud de la planète, nonobstant des conditions matérielles d'existence très différentes d'une formation sociale à l'autre, c'est toujours une petite minorité, la bourgeoisie, qui exploite et domine l'immense majorité de la population. Le slogan des contestataires américains «Nous sommes les 99 %» illustre bien cette situation de conflit de classes. Même si le mouvement aux Etat-Unis n'est qu'à ses débuts, il fait déjà preuve d'une certaine maturité politique en s'attaquant au symbole du capitalisme comme le montre le nom même du mouvement «Occupons Wall Street». Wall Street est le centre du capitalisme mondial et son symbole le plus visible contrairement à la finance internationale qui, elle, reste abstraite pour la plupart des citoyens. Dénoncer Wall Street, les guerres impérialistes et la crise économique avec ses cortèges de millions de chômeurs, de précaires, de sans abris etc. inscrit d'emblée le mouvement dans une perspective et dans un combat progressistes.

Il faut donc marcher main dans la main avec les “indignés” contre la bourgeoisie. Toute contestation de cette classe sociale et de son système, même symbolique, constitue un pas en avant sur le chemin de l'unité dans l'action.

 

Mais l'indignation, quelles que soient d'ailleurs sa force et sa sincérité, ne permet pas de bouleverser radicalement la société capitaliste. Il ne s'agit pas seulement de mener un combat pour améliorer momentanément les conditions d'existence des travailleurs et des salariés en général pour rendre la société capitaliste supportable, mais de lutter pour une nouvelle société. La tendance générale du capitalisme n'est pas d'améliorer ces conditions, mais de les dégrader.Les politiques de “rigueur et d'austérité” imposées par la bourgeoisie ne font que préparer d'autres crises plus violentes et moins prévisibles avec toutes les conséquences terribles pour les travailleurs. Or les “indignés” avouent eux-mêmes que leur mouvement n'est pas «une révolution, mais plutôt une évolution» (1). «Nous ne sommes pas contre le système, c’est le système qui est contre nous!»dit un slogan des «indignés» qui reflète bien cette position ambiguë qui consiste à dénoncer les conséquences du capitalisme tout en acceptant le système qui les engendre!

L'indignation s'apparente ici davantage à une revendication morale que politique. On fait appel en quelque sorte à la classe dominante pour améliorer la situation sans vraiment la remettre radicalement en cause. On s'indigne contre le chômage de masse, contre les marchés financiers, contre les inégalités, contre la corruption des dirigeants etc., sans réellement mettre en exergue les fondements matériels dont ils sont le reflet. L'indignation, comme la morale, n'a pas d'autonomie; elle est intimement liée au système capitaliste qui la produit. C'est le capitalisme en crise profonde qui a donné naissance aumouvement des «indignés». Ce n'est pas un hasard si le Mouvement est apparu d'abord en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie c'est à dire dans des pays ravagés par la crise, conséquence directe d'un système aux abois. En Espagne par exemple, le chômage a battu tous les records : 21,2 % de la population active (près de 5 millions d'hommes et de femmes) et 46,2 % des jeunes de moins de 25 ans sont privés d’emploi ! 2 millions de chômeurs ne touchent aucune prestation. La grande misère ronge des millions d'espagnols alors que la crise est loin d'être terminée (2). La situation de la Grèce est encore pire ! Et ce n'est certainement pas avec l'indignation et les “assemblées populaires” que l'on mettra un terme à cette souffrance infligée par la bourgeoisie à des millions d'hommes et de femmes dans toute l'Union Européenne.

 

L'histoire nous enseigne que la bourgeoisie ne renonce jamais à ses privilèges, qu'elle n'accorde jamais rien par générosité ou grandeur d'âme et qu'elle ne recule devant rien pour sauver ses intérêts.

 

Évidemment, il ne s'agit pas de renoncer à la lutte pour l'amélioration de la situation des salariés dans le cadre même du système. Mais ce combatinévitable reste largement insuffisant. C'est le salariat lui-même,cette forme d'esclavage moderne, qu'il faut abolir.

 

C'est cette position réformiste des “indignés” qui explique, entre autres, la longue liste de soutiens hypocrites apportés au Mouvement par les porte-parole du capital. On peut citer pêle-mêle et à titre d'exemple seulement, Ben Bernanke président de la Banque centrale américaine, Jean-Claude Trichet et Mario Draghi, ancien et nouveau présidents de la Banque Centrale Européenne (BCE), Angela Merkel, Herman Von Rompuy, José Manuel Barroso et des milliardaires comme Warren Buffett ou Georges Soros qui dirige un Fonds spéculatif qui porte son nom. Même Obama disait qu'il comprenait le mouvement des «indignés».

Par cette “sympathie” douteuse, la bourgeoisie tente de récupérer le Mouvement pour le dévier de sa trajectoire initiale et le vider de sa substance progressiste. La classe dominante peut également recourir à son arme fétiche, la répression pour empêcher le Mouvement de devenir plus combatif. Elle a déjà réprimé violemment les manifestants de la Plaça Catalunya à Barcelone, le campement d'Oaklanden Californie et dans d'autres villes américaines, européennes et australiennes. EnFrance,la police de Sarkozy réprime systématiquement les rassemblements des «indignés»et les militants sont parfois traduits devant les tribunaux (3).La bourgeoisie occidentale brutalise ainsi ses propres citoyens qui manifestent pacifiquement tout en dénonçant cyniquement les atteintes aux droits de l'homme ailleurs dans le monde !

La classe dirigeante combinera tentatives de récupération et répression pour étouffer le Mouvement ou tout du moins le canaliser.

 

 

Malgré ses faiblesses, le mouvement des «indignés» reste un événement majeur dans la lutte anticapitaliste. Il est l'expression d'une colère planétaire contre tous les symboles du système. Son mérite réside dans son existence même. Mais il doit se débarrasser lui même des tendances réformistes et petites-bourgeoises qui l'animent et le maintiennent encore dans l'illusion de pouvoir moraliser un système amoral. Il doit dépasser l'indignation pour aller vers un changement radicalde la société. Il ne peut le faire qu'en s'alliant avec la classe ouvrière, seule classe réellement révolutionnaire malgré le chômage de masse et la bureaucratie des directions des partis et syndicats qui se réclament d'elle. Sinon, il restera un mouvement démocrate petit-bourgeois aspirant à moraliser et à améliorer le capitalisme avant d'être domestiqué par la classe dominante. Le capitalisme porte en lui les germes de sa propre destruction. Il a largement démontré, à travers ses crises à répétition, son inefficacité et sa dangerosité pour l'homme et la nature. Il n'a pas d'avenir. Les travailleurs et les laissés-pour-compte du monde entier doivent s'unir pour hâter sa disparition.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Voir l'entretien d'Ignacio Sierra, porte-parole du groupe Democracia Real Ya accordé au journal algérien El Watan reproduit par le site «Poètes Indignés» http://poetesindignes.wordpress.com/2011/07/22/%C2%ABles-indignes-refusent-le-pacte-de-l%E2%80%99euro%C2%BB/

 

(2) http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/10/24/la-grande-misere-avance-a-grands-pas_1593031_3214.html#ens_id=1268560

 

 

(3)Onze «indignés» jugés par le TGI de Paris Le 31 octobre 2011 pour avoir "décollé" la vitre d'un fourgon de police dans lequel ils pénétraient après une manifestation le 19 septembre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 18:22

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Le peuple du Yémen continue à offrir généreusement des martyrs par centaines et des blessés par milliers pour se débarrasser de la dictature d'Ali Abdallah Saleh portée à bout de bras par les américains et leur serviteur local l'Arabie Saoudite. Le peuple libyen, lui, doit subir un Conseil National de Transition (CNT) installé par l'impérialisme américain et européen grâce à l'OTAN, leur bras armé. Au Yémen, l'impérialisme tente d'écraser la révolte populaire en maintenant, vaille que vaille, au pouvoir un despote haï par sa propre population. Ici non seulement on ne se précipite pas à l'ONU «pour assurer la protection des civils», mais on soigne et on arme Ali Abdallah Saleh pour anéantir les aspirations à la dignité et à la démocratie du peuple du Yémen. En Libye on impose militairement un CNT illégitime, réactionnaire et raciste(1). Au Yémen l'impérialisme cherche à dominer le détroit de Bāb al-Mandab qui commande l’entrée à la mer Rouge et surtout le Golfe d'Aden. En Libye la volonté de l'impérialisme, à l'instar d'un vampire, à pomper le pétrole libyen est sans limite. Dans un cas comme dans l'autre, l'impérialisme est l'ennemi des peuples.

 

Ali Abdallah Saleh est au pouvoir depuis 1978.Et comme Moubarak en Egypte, il préparait activement son fils Ahmed à lui succéder en 2013 .Il a réussi à construire, à l'aide des États-Unis et de l'Arabie Saoudite, un régime despotique et corrompu jusqu'à la moelle épinière.

Par contre Ali Saleh a totalement échoué à mettre le Yémen sur le chemin du développement économique et social. Aujourd'hui ce pays est l'un des plus pauvres de la planète. Il est relégué, pour son Indicateur de Développement Humain (IDH), aux dernières places par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Et c'est justement contre cette misère et cette dictature que le peuple du Yémen s'est soulevé. Il sait pertinemment que les maux dont il souffre au quotidien sont le fruit de décennies de gestion d'un pouvoir dont les préoccupations de la population à une vie meilleure ne font pas partie de ses priorités. Seul compte pour le clan d'Ali Saleh son maintien au pouvoir pour perpétuer ses privilèges et servir les intérêts de ses protecteurs américains et saoudiens en utilisant systématiquement la force et la violence.

En janvier 2011, encouragé par la révolution tunisienne et égyptienne, le peuple du Yémen est descendu massivement dans la rue non pas pour réclamer des réformes politiques, mais pour exiger la fin du régime d'Ali Abdallah Saleh : «le peuple veut renverser le régime» scandaient les manifestants dans les rues de Sanaa, d'Aden, d'Al Mukalla, de Taez et dans toutes les villes du Yémen. Depuis, les manifestations pacifiques, malgré les tentatives de militariser la révolution, n'ont jamais cessé et le peuple continue toujours à réclamer le départ d'Ali Abdallah Saleh.

Mais le tyran s'accroche au pouvoir de toutes ses forces en s'appuyant sur une partie de l'armée et les multiples organes de sécurité dirigés souvent par les membres de sa propre famille et des partisans qui lui sont restés fidèles.

Mais c'est surtout le soutien des États-Unis et de l'Arabie Saoudite qui reste décisif. Les américains, pour dominer durablement cette région stratégique et«bourrée» de pétrole, utilisent leur arme fétiche «la lutte contre le terrorisme», ce qui leur permet de bombarder régulièrement le sud Yémen. «Nous nourrissons une réelle inquiétude sur la capacité d'Al-Qaida (au Yémen) à conduire de nouvelles attaques sur le sol américain et contre des intérêts américains à l'étranger» déclarait James Clapper directeur national du renseignement devant le Congrès le 13 septembre 2011 (2). Ali Abdallah Saleh agite constamment la menace d'Al-Qaïda pour se maintenir au pouvoir et les américains instrumentalisent «cette menace terroriste» pour mieux contrôler la région.

L'Arabie Saoudite, elle, considère le Yémen presque comme le prolongement de son territoire. Les affaires internes du Yémen sont les affaires intérieures de l'Arabie Saoudite. La famille Al-Saoud qui règne sur l'Arabie a dès le début soutenu le régime despotique d'Ali Saleh qu'elle juge comme le meilleur garant de ses intérêts. C'est l'Arabie Saoudite qui a permis le transfert d'Ali saleh de Sanaa à Riyad, le lendemain du bombardement de son palais le 3 juin par le chef tribal Sadek al-Ahmar . C'est également l'Arabie Saoudite qui a soigné dans ses hôpitaux le président gravement blessé et permis enfin son retour au Yémen le 23 septembre 2011.

Ce que craignent les américains et les saoudiens c'est la contagion et l'embrasement de la région. Car le triomphe de la révolution populaire et démocratique au Yémen peut servir d'exemple et encourager les autres peuples de la région à se soulever à leur tour contre leurs propres tyrans qui les oppriment depuis des décennies. C'est ce qui explique par ailleurs l'intervention militaire saoudienne, avec la complicité des États-Unis, à Bahreïn pour écraser le soulèvement populaire dans ce petit royaume (3).

 

 

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Ce qui est vrai du Yémen, ne l'est pas moins de la Libye même si les situations des deux pays paraissent différentes. Dans un cas comme dans l'autre c'est toujours l'impérialisme qui décide à la place des peuples uniquement et strictement pour ses propres intérêts. Au Yémen il tente de briser la révolution qui risque d'emporter un régime despotique et, partant, les intérêts américains et saoudiens dans la région. En Libye l'impérialisme installe un pouvoir lui permettant de pomper allègrement le pétrole du peuple libyen et de surveiller de plus près les révolutions tunisienne et égyptienne.


L'impérialisme américain et ses caniches britanniques et français ont renversé le régime de Kadhafi non pas parce que celui-ci est un despote, mais parce que Kadhafi, à leur yeux, n'était pas un despote fiable pour servir leurs intérêts.

Tirant la leçon des révolutions tunisienne et égyptienne qui ont partiellement échappé à leur contrôle, les bourgeoisies américaine et européenne ont confisqué au peuple libyen sa révolution pour la remplacer par des groupes armés qui cherchent à prendre la place de Kadhafi. On est très loin des grandes manifestations populaires tunisiennes et égyptiennes qui ont emporté Ben Ali et Moubarak. Le CNT n'est pas arrivé au pouvoir grâce à une révolution populaire. Il a été créé, armé, financé et installé là où il est aujourd'hui par l'impérialisme américain et européen au prix de milliers de victimes innocentes pour assouvir leur soif du pétrole libyen. Et dès le premier septembre 2011,les puissances impérialistes se sont précipitées à Paris, alors que les confrontations n'avaient pas encore cessé, pour partager le butin. Et ils l'ont fait au grand jour, comme au bon vieux temps colonial, sans complexe et sans pudeur aucune. La résolution 1973, la protection des civils, la démocratie etc.n'étaientque des paravents derrière lesquels les bourgeoisies occidentales dissimulaient leur véritable objectif : pomper à satiété l'or noir libyen. Mais comme ces vampires sont nombreux et leur voracité sans limite, le «partage» du pétrole libyen se fera probablement au profit du plus puissant d'entre eux. Belles batailles en perspective !

 

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Omar Al Mokhtar

 

Le CNT n'est pas le représentant du peuple libyen. Il ne représente qu'une partie de la population, celle qui a accepté de combattre Kadhafi sous l'égide de l'OTAN, bras armé de l'impérialisme. Dans les soulèvements populaires arabes, le CNT est l'incarnation de la contre-révolution avec comme symbole le drapeau libyen de l'ex-roi Idris Ier, renversé en 1969.

Le CNT a trahi la mémoire d'Omar Al Mokhtar (1862/1931) et l'esprit de résistance contre l'occupant étranger qu'il incarnait. Mais si le peuple libyen a engendré dans le passé des héros de la tremped' Al Mokhtar, il est certainement capable de produire aujourd'hui des hommes et des femmes qui balayeront tous les traîtres et mettrons un terme au pillage organisé de leurs ressources par les nouveaux envahisseurs.

 

 

Le soutien militaire, financier, médiatique etc. de l'impérialisme aux despotes du monde arabe est une évidence qu'il faut rappeler constamment. Démocratie, liberté, droit de l'homme ne sont que des slogans qu'il utilise pour mieux écraser des soulèvements réellement populaires et démocratiques. Qui peut soutenir sérieusement que les pouvoirs qui sévissent à Bahreïn, au Yémen, en Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unies et dans tout le monde arabe, exception faite de la Palestine et du Liban, sont des régimes démocratiques ? Et pourtant l'impérialisme porte à bout de bras ces régimes qui exploitent, oppriment, marginalisent et humilient leurs peuples. Toute l'histoire de l'impérialisme américain n'est que soutien aux dictatures les plus terribles de la planète. Aucune guerre, aucune intervention n'est menée pour soutenir les révoltes populaires et démocratiques; bien au contraire. En Iran, la CIA a renversé le gouvernement Mossadegh en 1953 qui a eu le malheur de nationaliser les ressources pétrolières de son pays pour réinstaller le chah Reza Pahlavi. Au Chili, Les États-Unis ont participé activement en 1973 au renversement du gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende pour installer la dictature du général Pinochet. En Argentine, l'impérialisme américain a soutenu en 1976 le coup d'État militaire du général Videla. Ben Ali et Moubarak n'étaient que des marionnettes entre ses mains. Et on va taire, tellement la liste est longue, les noms des autres dictateurs aussi féroces les uns que les autres installés directement ou indirectement par la bourgeoisie américaine et accessoirement européenne. L'impérialisme américain et européen ont détruit des pays entiers comme la Yougoslavie, l'Afghanistan, l'Irak ou encore la Côte d'Ivoire laissant derrière eux des victimes par centaines de milliers. Aujourd'hui ils sont en train de détruire le Yémen et la Libye. L'impérialisme est l'ennemi du progrès et de la démocratie. Les bourgeoisies américaines et européennes, inlassablement, parlent des Droits de l'homme, mais massacrent un peu partout les hommes qui leur tiennent tête. Toute leur histoire n'est que mépris et négation de l'homme. Mais malgré tous les malheurs dont il accable les peuples, l'impérialisme produit en même temps les hommes qui le mettront à mort. Les dictateurs qu'il a installés tombent les uns après les autres. C'est déjà le cas en Amérique Latine. Dans le monde arabe, même entravé par l'impérialisme, les peuples poursuivent leur combat y compris en Arabie Saoudite (4) pour une société démocratique débarrassée des régimes despotiques et corrompus. Aux États-Unis même, des hommes et des femmes par milliers manifestent leur indignation contre les vautours de Wall Street, mais aussi contre les guerres impérialistes. Ce n'est pas un hasard si la grande manifestation de Washington du 6 octobre 2011 où les manifestants scandaient, entre autres, «Arrêtez la guerre, ramenez les troupes à la maison» coïncidait avec le dixième anniversaire de l'intervention impérialiste en Afghanistan le 7 octobre 2001.La solidarité entre les peuples est une condition vitale pour mettre un terme définitif à cette hégémonie impérialiste.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Ses crimes contre lesnoirs libyens et africains témoignent d'un racisme de classe d'un autre âge. Car dans leur immense majorité, ces persécutés du CNT sont des travailleurs!

 

(2)http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/09/13/al-qaida-constitue-un-danger-croissant-au-yemen-selon-la-cia_1571810_3218.html

 

 

(3) L’intervention saoudienne à Bahreïn et le silence complice des bourgeoisies occidentales. Mohamed Belaali

 

(4) http://observers.france24.com/fr/content/20111005-chiites-arabie-saoudite-al-awamiyah-soulevement-cocktails-molotov-forces-police-manifestations

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 19:37

 

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Face à la régression économique, sociale et politique sans précédent menée par la bourgeoisie européenne, les peuples d'Europe opposent une résistance qui n'est encore qu'à ses débuts. De la Grèce à l'Irlande, de l'Espagne à la Grande Bretagne en passant par le Portugal, l'Italie et la France, la lutte contre la confiscation de la richesse au profit d'une minorité de riches s'organise. Les gouvernements européens, quelle que soit d'ailleurs leur coloration politique, sont chargés d'exécuter les ordres de la bourgeoisie en adoptant la même politique «de rigueur et d'austérité». En organisant ce gigantesque transfert de richesses du travail vers le capital, la classe dominante prépare en même temps de nouvelles crises plus violentes et moins prévisibles. De crise en crise, le capitalisme devient un immense obstacle au développement de la production et menace l'existence même de la société bourgeoise. L'unité de tous les prolétaires d'Europe est vitale pour hâter la disparition d'un système ennemi de l'homme et de la nature.

 

 

«Le gouvernement moderne n'est qu'un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise toute entière» écrivaient Marx et Engels dans Le Manifeste du parti communiste. Aujourd'hui les gouvernements, dans leur quasi-totalité, étouffent leurs peuples à travers des plans de «rigueur et d'austérité» pour servir, en dernière analyse, les intérêts de leurs bourgeoisies respectives.

Leur mission véritable est de servir leurs maîtres. Leur rapidité à exécuter les ordres des marchés financiers, des agences de notation, de la BCE, du FMI etc. derrière lesquels se cache la classe dominante est stupéfiante. Leur soumission aux intérêts de la bourgeoisie est totale. Il suffit de voir leurs réactions serviles face aux agences de notation pour s'en convaincre. La souveraineté nationale comme d'ailleurs la souveraineté populaire ne sont ici que des mots et des concepts dénués de tout sens. Qu'on le veuille ou non, ce sont des gouvernements de classe! Dans ce sens, le combat contre cette classe, ennemie du progrès, et les gouvernements qui gèrent ses intérêts ne peut être qu'un combat de classe, c'est à dire un combat politique.

 

Une folie collective s'est emparée des bourgeoisies européennes pour ce qu'elles appellent les plans de «rigueur et d'austérité». Ces plans se succèdent et se ressemblent. Leur but est d'engraisser encore et encore une classe sociale déjà très riche, la bourgeoisie. Mais cet enrichissement ne peut se faire qu'en paupérisant toutes les autres classes de la société.

A travers ces «plans», la bourgeoisie attaque brutalement tout ce que les salariés en général et les ouvriers en particulier, génération après génération, ont arraché de haute lutte : les salaires, les emplois, le code du travail, les indemnités chômage, la retraite, les aides sociales, les entreprises et les services publics, la réduction du temps de travail, etc.etc. Des milliards et des milliards d'euros sont ainsi détournés chaque année par ces gouvernements, à travers ces plans, au profit de ceux-là même qui ont conduit l'Europe à la faillite économique: les banques, les compagnies d'assurance, les industriels et toute la horde des spéculateurs sans foi ni loi comme les hedge funds, Fonds de pension et autres Fonds souverains quiréalisent d'énormes profits en spéculant sur la dette et en prêtant à taux exorbitants aux pays en difficultés.

D'autres plans, de plus en plus violents, de plus en plus sauvages, vont se succéder. Car non seulement la bourgeoisie est insatiable, mais surtout elle n'a rien d'autre à offrir à la classe laborieuse que la souffrance et la misère. Demain, elle ne pourra peut-être même pas assurer à une partie de travailleurs, de plus en plus importante, les conditions d'existence leur permettant de vivre, même dans la servitude! Rien qu'en France la pauvreté et l'indigence font ravage chez les chômeurs, les travailleurs pauvres, les précaires, les retraités et même chez les smicards. Selon une étude de l'Insee publiée le 30 août 2011(1), la pauvreté et le nombre de pauvres ne cessent d'augmenter. Plus de 8 millions d'hommes et de femmes, soit 13,5 % de la population, souffrent de ce terrible fléau social. Et il ne s'agit là que des chiffres de 2009 où les différents «plans d'austérité» n'avaient pas encore épuisé leurs terribles effets. En Espagne où le Parti Socialiste vient de voter, main dans la main avec la droite, l'inscription dans la constitution de «la règle d'or» de l'équilibre budgétaire, le chômage a battu tous les records : 21,2 % de la population active et 46,2 % des jeunes de moins de 25 ans sont privés d'emploi ! De plus en plus de jeunes espagnols retournent vivre chez leurs parents ou quittent leur pays. L'Espagne est loin d'être un cas particulier. Malgré quelques différences de degré et non d'essence, la situation de la Grèce, de l'Italie, de la Grande Bretagne, de l'Irlande, de la France, du Portugal etc. n'est guère meilleure.58,6 % des jeunes adultes italiens par exemple continuent de vivre chez leurs parents poussés par un chômage pharamineux qui selon Eurostat dépasse les 27 % !

 

Les mêmes politiques menées par les mêmes acteurs pour servir les mêmes intérêts dans le cadre du même système produisent, à quelques différences près, les mêmes effets. Il ne s'agit pas d'une crise de tel ou tel pays, mais bel et bien de la crise du capitalisme lui-même.

 

Si la bourgeoisie, notamment sa fraction financière, profite largement de ces «plans d'austérité», la politique qu'elle mène risque de préparer de nouvelles crises plus violentes et moins prévisibles. Aujourd'hui, la Grèce, mais aussi l'Espagne et le Portugal s'enfoncent profondément dans la crise nonobstant tous «les plans de sauvetage» qu'on leur a fait subir. Demain ce sera peut-être le tour de toute l'Europe.

 

Certes, la bourgeoisie a toujours su surmonter ces crises en «détruisant par la violence une masse de forces productives, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens»(2). Mais aujourd'hui elle paraît désorientée, dépassée et sans stratégie pour sauver un système qui est peut-être en train d'agoniser de ses propres contradictions. Ses gouvernements, ses institutions, ses économistes, ses idéologues et ses experts sont impuissants face à l'ampleur des crises, de plus en violentes, qui secouent le capitalisme. L'Union Européenne n'a jamais été aussi proche du précipice qu'en ce moment.

 

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Pour sortir de la crise, il faut sortir du capitalisme qui est en train de détruire les hommes et la nature : «La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse; la terre et le travailleur» (3). Mais la bourgeoisie ne reculera devant rien pour défendre ses intérêts et sauvegarder son système. La violence reste sa marque la plus authentique . Le capital est venu au monde« suant le sang et la boue par tous les pores»écrivait Marx (4). Toute l'histoire de la bourgeoisie depuis sa naissance n'est qu'une suite de guerres, de massacres, d'exterminations, de pillage et d'asservissement des peuples. Aujourd'hui encore on la voit guerroyer un peu partout à travers le monde, comme par exemple en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Côte d'Ivoire etc. Elle n'hésitera devant aucun moyen, même le plus abject, pour maintenir sa suprématie de classe et ses privilèges. Le capitalisme ne disparaîtra donc pas uniquement de ses contradictions. Mais aujourd'hui ces contradictions sont portées à leur paroxysme créant ainsi des conditions favorables à sa destruction.

 

Les peuples d'Europe notamment les travailleurs commencent à prendre conscience des dangers et des limites objectives de ce système inefficace, ennemi de l'homme et de la nature. Des luttes éclatent régulièrement un peu partout en Europe. Mais ce combat n'est malheureusement pas encore à la hauteur des enjeux. La force des travailleurs réside dans leur nombre. Mais leur désunion les empêche d'affronter efficacement la bourgeoisie qui, elle, ne reculera devant aucun moyen pour briser leur combativité. L'union de tous les prolétaires d'Europe est une nécessité vitale pour renverser l'ordre social et politique existant.


 

Mohamed Belaali

 

 

 

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(1) «Les niveaux de vie en 2009», Insee Première n° 1365.

(2) K. Marx et F. Engels, Manifeste du parti communiste. Ed. de Pekin, page 40.

(3) K. Marx, Le Capital. Tome 1, livre premier, section IV. Ed. Du Progrès, page 479 et 480.

(4) Le Capital. Tome1, livre premier, l'accumulation primitive. Éd. du Progrès, page 726 et 727.

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 16:54

 

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Les habitants de Marinaleda poursuivent avec toujours autant de courage, d'enthousiasme et de détermination leur originale et formidable expérience. Ils savent combien les autres communes souffrent des conséquences de la crise à répétition du capitalisme et des politiques désastreuses du gouvernement espagnol. Ce n'est pas un hasard s'ils ont infligé une lourde défaite au PSOE aux élections municipales du mois de mai dernier (1). En cet été 2011, Marinaleda foisonne de projets et de rêves pour améliorer encore et encore la situation matérielle et intellectuelle de l'ensemble de ses habitants. Ces projets et ces rêves collectifs permettent à Marinaleda d'avancer sur le chemin du progrès et de réaliser des avancées sociales concrètes sans lesquelles la démocratie reste un concept creux sans contenu réel.


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Nouvelles maisons à 15 euros

 

En face de l'Ayuntamiento (mairie), de nouvelles maisons à 15 euros par mois viennent s'aligner à côté des anciennes permettant ainsi aux familles entières d'ouvriers de bénéficier concrètement de ce droit vital dont parle l'article 25.1 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. A Marinaleda, le logement cesse d'être une marchandise qui s'achète et se vend sur le marché, avec les terribles conséquences économiques et sociales que l'on connaît, et devient un droit tangible. Il ne s'agit nullement d'une quelconque propriété privée, mais d'un droit d'utiliser le logement par l'habitant et ses descendants sans jamais le posséder. Et comme l'écrivait K. Marx dans les Manuscrits de 1844 «La propriété privée nous a rendus si stupides et si bornés qu'un objet n'est nôtre que lorsque nous le possédons»!

 

Mais le logement aussi vital soit-il ne suffit pas à assurer une vie décente aux ouvriers et aux ouvrières de Marinaleda. Il faut le compléter par l'emploi. Ici, les habitants ne connaissent pas le chômage et ses drames humains qui ravagent l'Espagne et toute l'Europe. La crise du capitalisme et les politiques ultralibérales du Parti Socialiste Ouvrier d'Espagne (PSOE) au pouvoir ont privé des millions d'espagnols de leur travail et les ont jetés dans la misère. L' Andalousie compte, à elle seule, 1 200 000 hommes et femmes sans emplois et 3 000 000 de pauvres. Des milliers de familles qui ne peuvent plus rembourser leurs emprunts aux banques, sont jetées dans la rue. Beaucoup de chômeurs des communes proches viennent travailler à Marinalida notamment l'été où l'activité agricole le permet. D'autres sans emploi viennent de plus loin, du Maroc, de la Roumanie et même de la Grèce! Les habitants et l'équipe municipale font de leur mieux pour satisfaire tout le monde dans la mesure du possible. Le village travaille d'arrache-pied pour pouvoir multiplier par deux le nombre d'emplois dans l'industrie agro-alimentaire. Une nouvelle coopérative vient d'être créée ce qui porte leur nombre total à huit unités. Les ouvriers et les ouvrières de Marinaleda projettent également d'augmenter la capacité productive des coopératives déjà existantes en investissant massivement dans le progrès technique. Le surplus dégagé par l'activité des coopératives est automatiquement réinvesti pour créer toujours plus d' emplois conformément à leur projet collectif initial élaboré lorsqu'ils ont récupéré les terres au Duc de l’Infantadoaprès une longue lutte pacifique. Ici il n'y a ni bénéfices à réaliser ni dividendes à distribuer. Seuls comptent la création massive d'emplois

et le bien être des travailleurs. 

 

 

Et ce qui est vrai du logement et de l'emploi, ne l'est pas moins des autres réalisations sportives et intellectuelles indispensables pour le bien être et le développement individuel et collectif de tous. Marinaleda est déjà riche en équipements collectifs : piscine, complexe sportif, garderie, bibliothèque, parc naturel, amphithéâtre pour spectacles, services à domicile pour personnes âgées etc. etc. Tous ces équipements et ces services sont offerts gratuitement ou quasi-gratuitement à l'ensemble des habitants. Mais le conseil municipal et les assemblées générales, sans relâche, proposent, débattent décident de nouveaux projets, de nouvelles constructions, de nouvelles améliorations et agrandissements des équipements existants. La quête du bien être de l'ensemble des habitants est ici une lutte et une construction permanente. Ainsi, il a été décidé que la magnifique piscine de Marinaleda devait servir toute l'année et non seulement durant la période estivale. Les travaux de la première phase de cette nouvelle piscine couverte ont déjà commencé. Elle comportera une zone pour la pratique de la natation et une autre sera réservée aux personnes, pour des raisons médicales, nécessitant une rééducation.

 

Marinaleda s'est équipée également de toutes les installations nécessaires pour pouvoir offrir Internet gratuitement à l'ensemble de ses habitants leur facilitant ainsi l'accès aux moyens modernes de communications et partant une certaine ouverture sur le monde.

Le conseil municipal et les assemblées générales projettent aussi d'équiper, dans un premier temps, tous les édifices publics, le complexe sportif, les prochaines maisons à 15 euros et la Résidence des personnes âgées, de capteurs solaires. Ce projet, avec la collaboration étroite de la commune limitrophe de Matarredonda, s'inscrit dans un vaste programme d'utilisation des énergies alternatives (solaire et éolienne) pour atteindre l'autosuffisance énergétique.

Par ailleurs, une partie des retraités dispose depuis cet été de ce que l'on appelle ici «huertos sociales»(jardins sociaux). Il s'agit de parcelles de terre offertes gratuitement à chaque retraité pour cultiver ce que bon lui semble. Ces «jardins sociaux»constituent non seulement une espèce de «thérapie active» pour les personnes à la retraite, mais aussi une occasion pour la commune de tester et d'utiliser les techniques de l'agriculture biologique. La commue compte généraliser ces «jardins sociaux» à l'ensemble des retraités de Marinaleda.

D'autres projets sont prévus ou en voie de réalisation dans cette commune andalouse de 3000 habitants, comme par exemple, cette nouvelle Résidence pour personnes âgées en voie de construction et qui a coûté quatre millions d'euros à l'ensemble des habitants. Il s'agit d'un hommage collectif rendu aux anciens qui ont tant lutté et tant souffert de la misère avant la récupération des terres. Marinaleda fête d'ailleurs tous les ans la journée des personnes âgées en leur offrant, à chacune d'entre elles, un cadeau symbolique en signe «d'affection et de respect».


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L'amphithéâtre au milieu du parc

 

Est-ce à dire que tout va bien à Marinaleda? Loin s'en faut ! Les ouvriers et les ouvrières qui dirigent la petite ville ne prétendent nullement à l'infaillibilité, caractéristique détestable des dirigeants bourgeois. Ils essaient par leur travail quotidien, humblement, modestement d'améliorer leur situation matérielle et culturelle. Toutes leurs décisions sont prises démocratiquement et dans la transparence la plus totale. Leurs paroles et leurs actes, y compris leurs défaillances, sont affichés et mis à la disposition de tous. Et il reste encore beaucoup de choses à faire ou à améliorer. Même si le domaine de la Santé par exemple relève des attributions du gouvernement espagnol, Marinaleda manque cruellement de médecins et d'infirmières. Les habitants le savent et tentent de suppléer l'absence de l'État occupé en ce moment à privatiser ce domaine vital. Ils ont engagé exactement

1 250 000 euros pour créer un nouveau «dispensaire» ouvert à tous (Nuevo consultorio médico de Marinaleda). Ils luttent également, avec les autres communes de la région, pour améliorer l'état désastreux des urgences médicales existantes qui sont considérées par les habitants comme «des attentats contre la vie et la santé pour tous ceux qui ont le malheur de tomber malade».

 

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Slogan mural sur l'avenue principale

 

Il reste certainement encore beaucoup de chose à faire ou à améliorer à Marinaleda. Mais combien de communes en Andalousie et dans toute l'Espagne voire dans toute l'Europe offrent-elles un emploi et un logement quasi-gratuitement à leurs habitants? Combien de communes ont-elles pu traduire autant de projets sociaux dans la réalité la plus concrète? Combien de communes où le maire et les conseillés municipaux, pour les charges qui leurs incombent, ne touchent le moindre centime d'euro, ne bénéficient du moindre privilège et consacrent leur temps et leur énergie à lutter côte à côte avec l'ensemble des habitants pour le bien être de tous? Ici il n' y a ni corruption, ni corrompu. Il n'y a que des hommes et des femmes qui par leur lutte et leur travail au jour le jour construisent ensemble, à leur échelle, avec courage et détermination une autre société radicalement différente de la société capitaliste.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Aux élections municipales et régionales du mois de mai 2011, le PSOE a perdu deux sièges sur les quatre qu'il possédait auparavant. Ainsi les représentants des ouvriers et des ouvrières agricoles menés par Juan Manuel Gordillo occupent désormais neuf sièges, au lieu de sept, sur onze que compte le conseil municipal de Marinaleda.

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 12:27

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Quartier populaire par excellence de Tanger, Béni Makada s'est distingué par son rôle avant-gardiste dans la contestation de la situation politique actuelle au Maroc. Personne ne connaît avec précision le nombre d'habitants de cet immense quartier prolétaire. Et son développement anarchique se poursuit toujours. Il attire vers lui une main-d'œuvre essentiellement féminine bon marché venue de tout le Maroc. Les chômeurs de toute la région du nord et les petits paysans, chassés de leur terre par les promoteurs immobiliers et les hauts propriétaires terriens, viennent s'ajouter à une population déjà pléthorique de ce faubourg frondeur.

 

Dès l'aube, une véritable agitation s'empare de Béni Makada. Ouvrières et ouvriers par groupes , poches en plastique à la main contenant le repas de la journée, s'entassent dans des fourgonnettes qui vont les disperser dans les différentes usines des secteurs textile-habillement, câblages automobile, agroalimentaire, métallurgie etc.. Un peu plus tard, sur l'artère principale du quartier, femmes de ménage, peintres en bâtiment, maçons, carreleurs, plombiers et autres électriciens s'alignent sur le trottoir avec leurs instruments de travail pour vendre leur «savoir faire» à d'éventuels clients. Le quartier s'anime davantage encore avec l'ouverture des magasins, des boutiques des commerçants, des marchands ambulants de fruits et légumes et surtout avec cette catégorie particulière de vendeurs, poussés par la misère et le chômage, qui étalent à même le sol toute sorte de marchandises possibles et imaginables: des vêtements neufs ou d'occasion, des lunettes, des jouets pour enfants, des médicaments, des chaussures, des crèmes solaires, des produits de beauté, des livres, etc. etc. Le cri des vendeurs entremêlé aux klaxons des bus, des taxis et des voitures qui ont du mal à circuler donne une allure singulière à cette immense avenue.

 

C'est au bout de cette Avenue que se trouve la grande place du quartier baptisée pour la circonstance «Place du Changement». C'est sur cette fameuse place poussiéreuse, depuis le 20 février 2011, que des hommes et des femmes anonymes et assoiffés de dignité se rassemblent tous les dimanches à 18h pour une longue marche pacifique. La manifestation ne réunissant que quelques centaines de personnes au début, grossit au fur et à mesure qu'elle traverse les autres quartiers populaires pour finir au centre-ville de Tanger avec plusieurs milliers de contestataires faisant ainsi de ces marches pacifiques hebdomadaires parmi les plus importantes du Maroc. Au passage des manifestants dans chaque quartier, des groupes entiers avec leurs étendards, banderoles et pancartes se joignent au cortège accueillis par les applaudissements des marcheurs. Ici ou là cependant, quelques rares «provocateurs» lancent des insultes et des pierres sur les contestataires ou sur les «forces de l'ordre», mais sont rapidement repérés et maîtrisés par un efficace «service d'ordre» du Mouvement du 20 février et les manifestants reprennent alors leurs slogans devenus désormais classiques :«silmiya, silmiya» (pacifique, pacifique). Mais le plus souvent, les marcheurs sont applaudis et encouragés du haut des terrasses et des balcons par des sympathisants qui se reconnaissent dans les revendications des jeunes du 20 février. Ces revendications sont d'ailleurs bien résumées dans des slogans simples et populaires scandés d'une manière rythmée par des milliers et des milliers de manifestants : «pourquoi sommes-nous là et pourquoi contestons-nous? Parce que la vie est devenue trop chère pour nous» ou encore « les sardines sont trop chères alors que mon pays est sur deux mers» etc. Mais devant la Wilaya (préfecture), les manifestants ont crié de toutes leurs forces «liberté, dignité, justice sociale», «oh corrompus nous voilà !», «Makhzen dégage», «vive le peuple!» au lieu de l'éternel «vive le roi!», «sa majesté le peuple», «pouvoir au peuple», etc. etc. La remise en cause de la sacralité de la personne du roi, par des opprimés de surcroît , constitue presque un blasphème et en même temps un événement majeur dans un pays où, depuis des siècles, les sujets de sa majesté doivent se prosterner pour prouver leur servitude au commandant suprême.

 

Les masses de Béni Makada et des autres quartiers populaires de tout le Maroc relèvent la tête et défilent dignement contre l'arbitraire. Hommes, femmes et enfants marchent des heures durant avec une discipline remarquable, sans provoquer le moindre débordement, la moindre violence. Celle-ci vient directement ou indirectement du Makhzen. Les masses populaires tant méprisées par le pouvoir font ici preuve d'une maturité politique et organisationnelle magnifique. Le Mouvement est financé essentiellement par les marcheurs eux-mêmes. Il ne possède en tout et pour tout que deux fourgonnettes, dont une a été confisquée par le pouvoir, et quelques haut- parleurs. Mais cette misère matérielle est largement compensée par une conviction implacable dans la légitimité de leurs revendications.

 

 

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Le rôle des femmes, voilées ou non, jeunes ou moins jeunes, dans ces manifestations «dominicales», malgré les pesanteurs sociales très fortes, reste essentiel. Leur présence massive dans ces marches, leur détermination, montrent, si besoin est, combien la femme marocaine aspire, à côté de l'homme, à révolutionner ses conditions d'existence. Elles savent que leur situation est pire que celle des hommes, que le régime ne lâchera rien sans combat, sans résistance et sans sacrifice. Elles ont compris que l'amélioration de leur sort passe par un changement profond et radical, c'est à dire par un réel combat politique. Alors elles ont décidé de se battre courageusement et pacifiquement. Malika, une femme d'un certain âge disait «ici dans notre quartier, nous sommes très nombreuses à avoir refusé d'aller voter pour la nouvelle constitution», et elle ajoute «cette comédie des élections nous a été jouée depuis l'indépendance, il faut que cela change pour de vrai». A côté de malika, une autre femme avec son fils portait une petite pancarte sur laquelle on pouvait lire

«pour la dignité nous nous battons».

 

 

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Ces marcheurs de la dignité du Mouvement du 20 février sont combattus non seulement par le pouvoir, son appareil répressif, ses médias et ses intellectuels, mais aussi par la plupart des partis politiques y compris l'Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) ou encore le Parti de la Justice et du Développement ( PJD islamiste) totalement soumis au Palais et, partant, complétement coupés du peuple et de ses aspirations au changement. Malgré cette coalition des forces réactionnaires, le Mouvement du 20 février arrive à mobiliser une partie de plus en plus importante du peuple marocain. Il est le produit des rapports sociaux, une conséquence de la lutte des classes. Les soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, au Yémen, à Bahreïn etc. n'ont fait qu'accélérer le mouvement de contestation. L'aiguisement de la lutte des classes au Maroc et l'apparition du Mouvement du 20 février ont dépouillé ces partis politiques de leur auréole idéologique et les ont montrés au peuple tels qu'ils sont réellement c'est à dire des partis domestiqués au service d'un pouvoir absolu et corrompu.


 

Béni Makada est plus qu'un quartier entré en résistance pacifique contre l'arbitraire et l'absolutisme, comme il a fait dans le passé contre l'administration internationale de Tanger. Il est la concentration et le reflet de toutes les humiliations, de toutes les injustices et de toutes les souffrances que lui inflige la caste au pouvoir depuis des décennies; il est le miroir de tout le Maroc. Son combat et son espoir pour une nouvelle société est le combat et l'espoir de tout un peuple.

 

Mohamed Belaali


 

 

 

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