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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 22:16

«Malheur au génie qui s’oppose fièrement à la société bourgeoise et qui forge les armes qui lui donneront le coup de grâce. A un tel génie, la société bourgeoise réserve des supplices et des tortures qui peuvent paraître moins barbares que ne l’étaient le chevalet de l’Antiquité et le bûcher du Moyen Age, mais qui au fond n’en sont que plus cruels». Franz Mehring (1).

 

 

Marx est né le 5 mai 1818 à Trèves en Allemagne. Deux cents ans après sa naissance, sa pensée n'a jamais été aussi vivante et aussi actuelle qu'aujourd'hui. L'humanité toute entière continue de subir, directement ou indirectement, le joug d'une minorité d'exploiteurs, d'oppresseurs et d' esclavagistes modernes c'est à dire les capitalistes. Le grand mérite de Marx est d'avoir montré par une analyse scientifique que le capitalisme n'a pas d'avenir et que le communisme reste l'horizon ultime de l'humanité. Ses travaux scientifiques ne sont que des moyens au service de la révolution c'est-à dire le renversement de l'ordre établi bourgeois. «Marx a été l’homme le plus exécré et le plus calomnié de son temps(...) car Marx était avant tout un révolutionnaire ». Ainsi parlait sobrement Engels de Marx lors de la cérémonie de son enterrement. Détesté par les gouvernements réactionnaires d'Allemagne, de France et de Belgique, Marx a trouvé refuge à Londres où il a vécu dans des conditions matérielles extrêmement difficiles jusqu'à la fin de ses jours. Marx dérange toujours malgré toutes les funérailles qu’on lui a célébrées. La lecture ou la relecture de Marx est indispensable pour celles et ceux qui veulent comprendre et surtout changer le monde dans lequel nous vivons. «Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer» disait Marx (2).

 

 

La lutte des classes reste pour Marx le moteur de l'histoire :

«l'histoire de toute société jusqu'à nos jours, n'a été que l'histoire de luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte (…) La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant. (…) Mais la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires» (3).

Mais pour Marx la lutte des classes doit mener à la dictature du prolétariat et celle-ci, qui ne constitue qu'une phase transitoire, laissera place à une société sans classes :

«la lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat; que cette dictature elle-même ne représente qu'une transition vers l'abolition de toutes les classes et vers une société sans classes» (4).

 

Pour s'emparer du pouvoir politique indispensable à leur émancipation, les prolétaires doivent s'organiser au niveau planétaire, même si la classe ouvrière doit d'abord lutter contre sa propre bourgeoisie, car l'internationalisation du capital conduit nécessairement à l'internalisation du travail. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'appel de Marx à l'union de tous les travailleurs :

« PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !» (5).

Marx va consacrer une partie importante de sa vie à la solidarité internationale des travailleurs. Ainsi en 1864, des ouvriers français et anglais ont chargé Marx, après la rencontre du 28 septembre au St Martin's Hall à Londres, de rédiger les statuts et la première Adresse de l'internationale ouvrière, l'Association internationale des travailleurs :

« Si l'émancipation des classes travailleuses requiert leur union et leur concours fraternels, comment pourraient-elles accomplir cette grande mission si une politique étrangère, qui poursuit des desseins criminels, met en jeu les préjugés nationaux et fait couler dans des guerres de piraterie le sang et dilapide le bien du peuple? Ce n'est pas la prudence des classes gouvernantes de l'Angleterre, mais bien la résistance héroïque de la classe ouvrière à leur criminelle folie qui a épargné à l'Europe occidentale l'infamie d'une croisade pour le maintien et le développement de l'esclavage outre Atlantique » (6). 

 

Marx a dévoilé par un immense travail « la loi économique du mouvement de la société moderne » (7). Il a démontré d'une manière brillante ce qui se cache derrière la valeur de la marchandise, de la monnaie, de la plus-value, de l'accumulation du capital, de la tendance historique de cette accumulation etc. etc.

La richesse dans les sociétés capitalistes disait Marx

« s'annonce comme une « immense accumulation de marchandises». L'analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches» (8).

La marchandise, quelle que soit sa forme, sa qualité... est le produit du travail humain. Elle a été enfantée par le travailleur. Sa valeur et sa grandeur trouvent leur origine dans le travail humain socialement nécessaire à sa production. Mais tout ce qui est utile, voire vital à l'homme (l'air par exemple), ne constitue pas une marchandise, car il ne résulte pas de son travail. Les marchandises s'échangent les unes contre les autres à condition que leurs valeurs d'échange soient équivalentes c'est à dire qu'elles renferment la même quantité de travail socialement nécessaire. Une marchandise ne peut s'échanger contre une autre si la quantité de travail pour les produire n'est pas égale :

« C'est donc seulement le quantum de travail, ou le temps de travail nécessaire, dans une société donnée, à la production d'un article qui en détermine la quantité de valeur. Chaque marchandise particulière compte en général comme un exemplaire moyen de son espèce. Les marchandises dans lesquelles sont contenues d'égales quantités de travail, ou qui peuvent être produites dans le même temps, ont, par conséquent, une valeur égale. La valeur d'une marchandise est à la valeur de toute autre marchandise, dans le même rapport que le temps de travail nécessaire à la production de l'une est au temps de travail nécessaire à la production de l'autre» (9).

 

 

La formule initiale de la circulation des marchandises était : marchandise, argent, marchandise (M-A-M) c'est-à-dire vendre et acheter des marchandises. Avec le développement de la production, l'argent se transforme en capital et celui-ci permet d'acheter pour vendre avec profit. La formule devient alors : argent, marchandise, argent (A-M-A'). La circulation des marchandises commence et se termine avec l'argent :

«Dans la formule M-A-M, c'est la marchandise, et dans la formule A-M-A, c'est l'argent qui constitue le point de départ et le point d'aboutissement du mouvement. Dans la première formule, l'argent est le moyen de l'échange des marchandises et, dans la dernière, c'est la marchandise qui permet à la monnaie de devenir argent. L'argent, qui apparaît comme simple moyen dans la première formule, apparaît dans la dernière comme but final de la circulation, alors que la marchandise, qui apparaît comme le but final dans la première formule, apparaît dans la deuxième comme simple moyen» (10).

L'augmentation de la valeur de l'argent dans la deuxième formule constitue selon Marx la plus-value. L'argent se transforme ainsi en capital, c'est-à-dire en rapport social de production spécifique au capitalisme.

Mais cette augmentation de la valeur de l'argent ne peut résulter de la circulation des marchandises, puisque celles-ci sont réputées équivalentes. D'où vient alors cette plus-value ? Elle provient d'une marchandise très singulière dont la consommation produit en même temps de la valeur :

« Pour pouvoir tirer une valeur échangeable de la valeur usuelle d'une marchandise, il faudrait que l'homme aux écus eût l'heureuse chance de découvrir au milieu de la circulation, sur le marché même, une marchandise dont la valeur usuelle possédât la vertu particulière d'être source de valeur échangeable, de sorte que la consommer, serait réaliser du travail et par conséquent, créer de la valeur. Et notre homme trouve effectivement sur le marché une marchandise douée de cette vertu spécifique, elle s'appelle puissance de travail ou force de travail» (11).

 

Sur le marché, le capitaliste achète la force de travail à sa juste valeur c'est-à-dire le temps de travail nécessaire à sa production. Le travail nécessaire à la production de la force de travail est égal au travail qu'il faut pour produire tous les éléments nécessaires à la reproduction de cette puissance de travail de l'ouvrier et de sa progéniture (alimentation, vêtements, logement …) :

 « Qu'est-ce donc que la valeur de la force de travail ? Exactement comme celle de toute autre marchandise, sa valeur est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production. La force de travail d'un homme ne consiste que dans son individualité vivante. Pour pouvoir se développer et entretenir sa vie, il faut qu'il consomme une quantité déterminée de moyens de subsistance. Mais l'individu, comme la machine, s'use, et il faut le remplacer par un autre. Outre la quantité d'objets de nécessité courante dont il a besoin pour sa propre subsistance, il lui faut une autre quantité de ces mêmes denrées de première nécessité pour élever un certain nombre d'enfants qui puissent le remplacer sur le marché du travail et y perpétuer la race des travailleurs » (12).

 

En achetant la force de travail de l'ouvrier, le capitaliste acquiert du même coup le droit de la consommer comme toute autre marchandise achetée sur le marché. Mais la valeur de la force de travail et sa consommation ou son utilisation sont deux choses différentes. Si par exemple l'ouvrier a besoin de 4 heures pour produire sa force de travail, rien ne l'empêche de travailler 8 heures ou plus. Le capitaliste, propriétaire momentané de la force de travail du salarié, peut très bien le faire travailler au-delà des 4 heures nécessaires à la production de la force de travail. Si le capitaliste fait travailler l'ouvrier 8 heures par exemple alors qu'il l'a payé 4 heures seulement, il réalise une plus-value de 4 heures. L'ouvrier a travaillé donc une partie de la journée pour renouveler sa force de travail et l'autre partie, il a travaillé gratuitement pour le compte de son patron, c'est la plus-value. Le taux de la plus-value dans cet exemple est égal à 100 % :

«La valeur de la force de travail est déterminée par la quantité de travail nécessaire à son entretien ou à sa reproduction, mais l'usage de cette force de travail n'est limité que par l'énergie agissante et la force physique de l'ouvrier. La valeur journalière ou hebdomadaire de la force de travail est tout à fait différente de l'exercice journalier ou hebdomadaire de cette force, tout comme la nourriture dont un cheval a besoin et le temps qu'il peut porter son cavalier sont deux choses tout à fait distinctes (...) En payant la valeur journalière ou hebdomadaire de la force de travail de l'ouvrier fileur, le capitaliste s'est acquis le droit de se servir de celle-ci pendant toute la journée ou toute la semaine. Il le fera donc travailler, mettons, 12 heures par jour. En sus et au surplus des 6 heures qui lui sont nécessaires pour produire l'équivalent de son salaire, c'est-à-dire de la valeur de sa force de travail, le fileur devra donc travailler 6 autres heures que j'appellerai les heures de surtravail, lequel surtravail se réalisera en une plus-value et un surproduit. (…)  C'est sur cette sorte d'échange entre le capital et le travail qu'est fondée la production capitaliste, c'est-à-dire le salariat; et c'est précisément cette sorte d'échange qui doit constamment amener l'ouvrier à se produire en tant qu'ouvrier et le capitaliste en tant que capitaliste» (13).

 

L'avidité de la plus-value du capitaliste est insatiable. Dans le capitalisme, seule compte la valeur d'échange qui lui permet d'exploiter le travail humain et d'extraire la plus-value. Le capital ne peut vivre et se développer sans pomper cette nourriture qui lui est vitale, la plus-value :

« Le capital est du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant, et sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage» (14).

 

 

Marx a développé un autre point extrêmement important, l'accumulation du capital. Ainsi une partie de la plus-value est investie dans la production c'est-à-dire dans les moyens de production (capital constant) et dans les salaires (capital variable).

A mesure que croît cette accumulation du capital sous l'effet notamment de la concurrence et du crédit, la part du capital constant augmente au détriment du capital variable. Le besoin et la demande de la force de travail diminuent ainsi que son prix. L'accumulation du capital rend donc inutile une partie de la population ouvrière que Marx appelle armée de réserve industrielle :

«Si l'accumulation, le progrès de la richesse sur la base capitaliste, produit donc nécessairement une surpopulation ouvrière, celle-ci devient à son tour le levier le plus puissant de l'accumulation, une condition d'existence de la production capitaliste dans son état de développement intégral. Elle forme une armée de réserve industrielle qui appartient au capital d'une manière aussi absolue que s'il l'avait élevée et disciplinée à ses propres frais. Elle fournit à ses besoins de valorisation flottants, et, indépendamment de l'accroissement naturel de la population, la matière humaine toujours exploitable et toujours disponible» (15).

 

Marx dénonce avec force cette accumulation capitaliste mais qui en même temps permet de jeter les bases matérielles d'une nouvelle société :

«Le capitaliste n'a aucune valeur historique, aucun droit historique à la vie, aucune raison d'être sociale, qu'autant qu'il fonctionne comme capital personnifié. Ce n'est qu'à ce titre que la nécessité transitoire de sa propre existence est impliquée dans la nécessité transitoire du mode de production capitaliste. Le but déterminant de son activité n'est donc ni la valeur d'usage, ni la jouissance, mais bien la valeur d'échange et son accroissement continu. Agent fanatique de l'accumulation, il force les hommes, sans merci ni trêve, à produire pour produire, et les pousse ainsi instinctivement à développer les puissances productrices et les conditions matérielles qui seules peuvent former la base d'une société nouvelle et supérieure » (16).

 

Au crépuscule de sa vie, malade et affaibli, Marx n'a pu supporter la mort en 1881 de sa femme Jenny. Le médecin lui a même interdit de l'accompagner à sa dernière demeure. En janvier1983, un autre drame vient lui ôter ses dernières forces, la mort subite de sa fille Jenny Longuet. Le 14 mars 1983, Marx, le grand Karl Marx a cessé de vivre.

En 1917, Lénine, un autre révolutionnaire écrira dans l’État et la révolution : « Il arrive aujourd'hui à la doctrine de Marx ce qui est arrivé plus d'une fois dans l'histoire aux doctrines des penseurs révolutionnaires et des chefs des classes opprimées en lutte pour leur affranchissement. Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'incessantes persécutions; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de "consoler" les classes opprimées et de les mystifier; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu , on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire» (17).

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Franz Mehring, «Karl Marx, Histoire de sa vie », Bartillat, page 261.

(2) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450001.htm

(3) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm

(4) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1852/03/km18520305.htm

(5) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000d.htm

(6) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1864/09/18640928.htm

(7) K Marx, Le capital, Livre premier, page 18, Éditions du progrès.

(8) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-I-1.htm

(9) (https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-I-1.htm

(10) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/km18590100k.htm

(11) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-6.htm

(12) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626h.htm

(13) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626i.htm

(14) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-10-1.htm

(15) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-3.htm

(16) https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-3.htm

(17) https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er1.htm#c1.1

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 16:23

Après Sarkozy et Hollande, voilà donc Macron, le nouveau serviteur des riches. « Macron, c'est moi en mieux » disait Sarkozy (1). Ce qui caractérise ces trois présidents c'est leur soumission absolue aux puissants et leur mépris profond pour le peuple. La guerre ouverte et sans répit que mène aujourd'hui Macron, comme hier Sarkozy et Hollande, contre l'immense majorité de la population a au moins le mérite de démystifier l’État républicain, la démocratie, la liberté de la presse, la séparation des pouvoirs, les droits de l’homme et bien d’autres concepts de l’idéologie bourgeoise dont la fonction principale est de masquer la violence des rapports sociaux de domination. Après quelques mois seulement du «macronisme», le masque tombe et le visage hideux de la classe dirigeante apparaît alors au grand jour.

 

Les exigences de la bourgeoisie en matière économique, sociale et politique sont satisfaites avec un zèle rare : destruction du code du travail, précarisation et flexibilisation de l'emploi, démantèlement du service et de la fonction publique, suppression des contrats aidés, baisse du montant de l'APL(Aide Personnalisée au Logement), augmentation de la CSG (Contribution Sociale Généralisée) pour les retraités, baisse programmée des retraites, flicage des chômeurs, sélection à l'entrée de l'Université, suppression de  l'impôt sur la fortune (ISF), prélèvement forfaitaire unique (PFU) ou « flat tax » plafonné à 30 %, sur les revenus du capital (intérêts, dividendes, plus-values de cession de valeurs mobilières etc.), projet de loi pour museler davantage encore la liberté d'expression, intégration de l'état d'urgence dans le droit commun, projet de privatisation de la SNCF, mépris absolu des migrants etc. etc. Et il ne s'agit là que d'un début ! D'autres décisions encore plus violentes pour les plus démunis viendront allonger cette interminable liste de mesures en faveur des riches. C'est un véritable hold-up sur la richesse de toute une nation.

La bourgeoisie est aux anges. Aucun autre président ne l'a comblée autant que Macron. Ni Chirac, ni Sarkozy, ni Hollande n'ont mené une politique aussi brutale et aussi rapide contre le peuple et pour la minorité des puissants. Pour l'instant, le triomphe de Macron semble total.

 

Victor Hugo disait de Napoléon le petit «M. Louis Bonaparte a réussi. Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte» (2). On peut également ajouter que Macron a pour lui une arme redoutable et décisive, les médias du grand capital. Les moyens de communication de masse demeurent l’instrument le plus efficace pour inculquer cette idéologie défaitiste et anesthésier une population déjà traumatisée par le chômage et la précarité. Pire, les mensonges véhiculés jour et nuit par les médias bourgeois sont intériorisés par les plus démunis. Le contenu mensonger de cette intense propagande idéologique, bien qu'il soit contredit quotidiennement par les faits, s'efface pour ainsi dire totalement. Les dominés participent ainsi, sans le vouloir, au maintien de leur propre servitude. La propagande et l’endoctrinement permanents remplacent l’information, le faux devient vrai et les apparences se confondent avec la réalité. Les intérêts d'une classe, la bourgeoisie, deviennent ceux de toutes les classes.

Les médias bourgeois ne tolèrent et ne supportent aucune critique ni aucune opposition qui va dans le sens des intérêts de l'immense majorité de la population. La caste des journalistes, admirateurs serviles de Macron, se jettent comme des chiens féroces et bien dressés sur celles et ceux qui leur tiennent tête et leur apportent la contradiction. Leur haine des hommes et des femmes qui refusent de courber l'échine devant Macron est totale. Parlant des matinales de France Inter, Jean-Luc Mélenchon disait «Les matinales c’est une expérience extrêmement douloureuse(...), il faut pas se tromper, si je me trompe moi par exemple je dis "y’avait 27.502 chômeurs" aussitôt "ahaha non 704, il s’est trompé il sous-estime le problème !". C’est des chiens, c’est une horde qui se jette sur vous pour vous dévorer » (3) ; rien de plus normal dans une société fondée sur la lutte des classes ! Car l'accumulation et la concentration des richesses doivent rester, vaille que vaille, entre les mains d'une minorité d'exploiteurs. Les médias, comme d'ailleurs l'armée, la police, la justice, en un mot tout l'appareil répressif de l’État ne sont que des instruments qui permettent à la classe dominante de perpétuer ses privilèges.

 

Mais les effets dévastateurs de cette politique de classe commencent à se faire sentir et un vent de révolte se lève peu à peu sur une France endormie.Tous les secteurs de la société sont touchés, car tous attaqués brutalement par Macron. Retraités, élèves, étudiants, enseignants, cheminots, éboueurs, électriciens, avocats, personnel hospitalier, salariés d'Air France, des Ehpad, des prisons, de Carrefour, de Casino, de Pimkie etc. font entendre leurs voix et leurs colères un peu partout en France (4).

Le mouvement qui se déroule sous nos yeux prend l'allure d'une lutte de classe à classe c'est à dire un combat politique qui dépasse le cadre syndical. C'est toute la politique du gouvernement et notamment sa politique d'austérité (réductions drastiques des dépenses de la sécurité sociale, de l’Éducation, de la santé, des transports, du logement public... pour les transférer dans les caisses du patronat) imposée par l'Union Européenne et appliquée avec zèle par Macron qui est contestée. L'austérité n'est qu'un paravent hypocrite derrière lequel se cachent les intérêts de la petite minorité d'exploiteurs. Les grévistes et les manifestants se battent également pour la survie des services publics menacés de disparition et contre « la destruction d'une civilisation associée à l'existence du service public » (5). La lutte des cheminots et de tous ceux et celles qui se battent aujourd'hui contre Macron n'est pas un combat pour des privilèges mais pour des droits et des devoirs égaux entre tous les citoyens.

La révolte de ces hommes et de ces femmes, «les sans-dents » comme disait Hollande ou « ceux qui ne sont rien, les fainéants, les illettrés ... » comme dit Macron (6) est dirigée aussi contre

cette arrogance et ce mépris de classe affichés ostensiblement et exprimés sans retenue par le Président de la République et son gouvernement (7). Cette violence verbale cache mal une haine de classe qui se traduit concrètement par une politique entièrement dédiée à la minorité de la population la plus riche.

 

Personne ne peut prédire aujourd'hui l'avenir de ce mouvement populaire qui est en train de prendre forme. Mais ce qui est sûr, c'est que Macron et la classe qui est derrière lui vont utiliser tous les moyens dont ils disposent pour le dénigrer avant de le réprimer et de l'écraser. Plus la lutte dure dans le temps, plus la classe dirigeante devient brutale, arrogante et odieuse. Elle ne reculera devant rien pour défendre ses intérêts. Toute l'histoire des luttes des classes le démontre. Le pouvoir politique et la classe qui le soutient mobilisent d'abord les médias pour désinformer, démobiliser et démoraliser les grévistes et les manifestants. Le mot « réforme » (en réalité il s'agit de la destruction des services publics et des acquis sociaux) est répété inlassablement tout au long de la journée et de la nuit. Car les « réformes » son nécessaires. Il faut donc les accepter et les soutenir. C'est ainsi «qu'en 1995, la quasi-totalité des grands médias ont soutenu « la réforme » de la Sécurité sociale. En 2001, ils ont salué « la réforme » du statut de la SNCF. En 2003, ils ont apprécié « la réforme » du statut des intermittents et se sont félicités de « la réforme » des retraites (et du statut des agents de service dans l’Éducation nationale) » (8). Mais la bourgeoisie ne s'arrêtera pas là. Elle fera feu de tout bois. Les instituts de sondage, les intellectuels, les experts, les policiers, les CRS, la BAC, les renseignement généraux...seront enrôlés pour venir à bout d’un mouvement, somme toute, pacifique. C'est une véritable guerre déclarée aux travailleurs. Le rapport de force comme on le voit demeure profondément inégal. La bourgeoisie détient tous les pouvoirs, mais elle est en même temps ultra-minoritaire dans le pays. Le peuple, lui, possède un élément décisif pour gagner la bataille, le nombre. Mais cette arme n'est efficace que si des liens fraternels unissent tous les contestataires. Sans cette unité, la plus large possible, le mouvement risque d'échouer et la classe dirigeante, ennemie du progrès, viendra à bout de ce qui reste encore des acquis sociaux.

Toutes les forces du progrès n'ont d'autres choix que d'attaquer frontalement la classe qui a hissé Macron à la tête de l’État afin de briser les chaînes de cet asservissement du travail au capital.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.rtl.fr/actu/politique/sarkozy-fan-de-macron-7788868339

(2)Victor Hugo « Napoléon le Petit ». Réédité chez Actes Sud (2007), par Jean-Marc Hovasse.

(3)http://www.acrimed.org/Une-arrogante-replique-de-Patrick-Cohen-a-Jean-Luc-Melenchon-et-ce-qu-elle

(4)http://www.cestlagreve.fr/calendrier/

(5) Pierre Bourdieu, « Contre-feu ». Raison d'agir, page 30.

(6)https://www.lci.fr/politique/video-faineants-gens-qui-ne-sont-rien-illettrees-quand-emmanuel-macron-est-accuse-de-faire-du-mepris-de-classe-2057406.html

(7)https://www.nouvelobs.com/edito/20180406.OBS4742/les-soignantes-de-rouen-et-le-peche-originel-de-macron.html.

(8)Henri Maler et Mathias Reymond «Médias et mobilisations sociales», Editions Syllepse, page 15.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 10:52

 

La Catalogne doit disposer de l'entière liberté d'organiser la consultation de la population par référendum sur la question de l'indépendance. Seule la population catalane doit décider librement et démocratiquement de son destin. Or le Gouvernement espagnol refuse catégoriquement cette possibilité et maintient par la force la Catalogne dans l'Espagne. C'est ainsi que la population a été brutalement empêchée par la police espagnole de s'exprimer lors du référendum du premier octobre 2017. Pour le très conservateur Rajoy, la Catalogne est une région rebelle qu'il faut soumettre par la force. Étrange démocratie qui a peur d'un référendum et lui oppose violence et brutalité. Étrange droit qui nie le droit des populations à disposer d'elles-mêmes. Pour Mariano Rajoy, qui ne parle que de la démocratie et du droit, la Catalogne doit rester espagnole malgré la volonté de sa population !

 

Cette violence, digne de la dictature franquiste, n'a cependant pas découragé une partie de la population (42,3 % selon le gouvernement catalan) à participer au référendum d'autodétermination. Le « oui » à l'indépendance l'a emporté avec 90% des voix selon la même source : «En ce jour d'espoir et de souffrances, les citoyens catalans ont gagné le droit d'avoir un État indépendant sous la forme d'une République (...) Mon gouvernement va, dans les jours qui viennent, transmettre les résultats du scrutin de ce jour au Parlement, garant de la souveraineté de notre peuple, afin qu'il puisse agir conformément à la loi référendaire» déclarait Carles Puigdemont président de la Catalogne (1). Effectivement, le vendredi 27 octobre, le parlement catalan vote la résolution de l'indépendance en l'absence d'une partie des députés (Parti socialiste, Parti Populaire et Ciudadanos). « Nous constituons la République catalane, comme État indépendant et souverain, de droit, démocratique et social » dit le préambule de cette résolution.

De son côté et presque au même moment, le Sénat, dominé par les conservateurs du Parti Populaire, autorise Mariano Rajoy à utiliser l'article 155 de la constitution espagnole suspendant du même coup le statut d'autonomie de la Catalogne : destitution de l' exécutif et dissolution du parlement. La télévision, les médias, la police et les administrations sont désormais sous la tutelle de Madrid. Neuf membres du gouvernement catalan ont été placés en détention provisoire (2). Dans la foulée, Rajoy annonce la tenue des élections régionales pour le 21 décembre 2017.

 

 

Le président Carles  Puigdemont et quatre autres ex-conseillers de la Generalitat (gouvernement catalan) ont quitté la Catalogne pour aller se réfugier à Bruxelles. Le gouvernement espagnol mené par Mariano Rajoy a lancé contre eux un mandat d'arrêt européen pour «rébellion, sédition, malversation, abus de fonction et désobéissance».

De son côté,  Pablo Casado chargé de la communication du Parti Populaire déclarait «L'histoire, il ne faut pas la répéter, nous espérons que demain on ne déclarera rien parce que celui qui déclarerait (un Etat indépendant) pourrait finir comme celui qui le déclara il y a 83 ans» (3).

Casado fait allusion ici à Lluis Companys, ce brillant avocat du Parti de la Gauche Républicaine de Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya, l'ERC) et figure marquante de l'indépendance de la Catalogne. Companys a eu l'audace de proclamer le 6 octobre 1934 « l’Etat Catalan de la République fédérale espagnole ». Le lendemain, l'armée espagnole prend le contrôle de la Generalitat et la justice espagnole condamne Companys à 30 ans de prison. En février 1936, le Front populaire arrive au pouvoir et libère Compays qui sera élu président de la Generalitat. En juillet 1936, la guerre civile éclate après un coup d’État militaire. En 1939, aidé par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, le général Franco gagne la guerre. La dictature franquiste s'impose dans toute l'Espagne et la Generalitat de Catalogne est abolie.Vaincus, beaucoup de républicains ont pris le chemin de l'exil vers la France dont Lluis Companys et son épouse Carme Ballester. La Gestapo l'arrête le 13 août 1940 et le livre à la police de Franco. Il sera fusillé le 15 octobre 1940 au château de Montjuïc, à Barcelone. Précisons que le leader actuel de l'ERC, Oriol Junqueras, est derrière les barreaux sur les ordres de Rajoy.

La bataille pour l'indépendance a permis de voir le visage hideux de l’État bourgeois espagnol incapable de donner la parole aux habitants de la Catalogne pour décider eux-mêmes de leur destin. La droite néo franquiste soutenue par le Parti socialiste ouvrier espagnol et Ciudadanos n'avait rien d'autre à proposer pour régler le problème catalan que la répression brutale en s'appuyant sur l'article 155 de la constitution de 1978 qui porte dans ses entrailles les traces de la dictature franquiste.

 

La Catalogne doit pouvoir disposer du droit à la libre séparation d'avec l’État espagnol c'est à dire le droit à l'indépendance politique en organisant librement et démocratiquement un référendum. Ignorer ce droit ne changera rien au fond du problème. Il ne s'agit pas de faire ici l'apologie du chauvinisme, du nationalisme, du séparatisme, du morcellement et de la formation des petits États ici ou là. Le socialisme est étranger à cette vision bourgeoise et réactionnaire du monde : «Le socialisme, disait Lénine, a pour but, non seulement de mettre fin au morcellement de l'humanité en petits États et à tout particularisme des nations, non seulement de rapprocher les nations, mais aussi de réaliser leur fusion » (4).

 

La lutte pour l'indépendance politique est éminemment un combat de classes. Le droit à l'autodétermination doit être analysé à travers le prisme des intérêts spécifiques des salariés. La séparation doit tendre vers la réalisation des intérêts de la classe des exploités indépendamment de leur nationalité et de leur culture. Le droit à l'autodétermination n'a de sens que s'il est utilisé comme tremplin à l'union, mais une union volontaire, de tous les travailleurs non seulement de Catalogne, mais de toute l'Espagne.

 

Malheureusement, la bataille pour le droit à la séparation politique est menée par des dirigeants bourgeois. Les travailleurs catalans n'ont absolument rien à attendre de cette séparation conduite par des hommes politiques opportunistes et corrompus comme Jordi Pujol ou Artur Mas et aujourd'hui par Carles Puigdemont leur dauphin (5).

La droite catalane ne s'est convertie à l'indépendance, venue essentiellement de la rue, que pour mieux cacher les multiples scandales de corruption de ses dirigeants (6) et détourner les travailleurs et les couches populaires des vrais problèmes qui les rongent au quotidien comme le chômage et la précarité.

Adeptes des politiques d'austérité, les dirigeants catalans font appel à l'Union européenne pour trouver une solution avec Madrid : «L’Europe, s’il vous plaît, sauvez nous» clamait désespérément Marta Madrenas, maire indépendantiste de Gérone. «Les citoyens se demandent pourquoi l'Europe reste sans réaction devant tous ces abus de démocratie» s'interrogeait naïvement Puigdemont devant les maires catalans réunis à Bruxelles (7). Puigdemont et ceux qui l'entourent savent pourtant que l’Union européenne et toutes les institutions qui gravitent autour d’elle sont un exemple éloquent de déni de démocratie. S'il y a une institution réellement non démocratique c'est bien l'Union européenne.Toute l’histoire de l’Union n’est que mépris et trahison des volontés des peuples : «Les Irlandais devront revoter» déclarait avec force Nicolas Sarkozy le 15 juillet 2008 après le rejet par le peuple irlandais du Traité de Lisbonne qui reprenait l’essentiel d’un autre traité rejeté lui aussi par les français et les néerlandais en 2005 (8).

L'Union européenne est réfractaire à tout processus permettant aux peuples de s'exprimer librement.

Il est donc illusoire voire absurde d 'espérer un quelconque soutien de l'Union européenne à la cause catalane. L'Europe a toujours apporté son soutien aux gouvernements de Madrid dont les dirigeants appliquent avec un zèle singulier ses politiques d'austérité.

Toujours à Bruxelles où il s'est réfugié, Puigdemont tenait également à remercier ses amis de la N-VA, le parti nationaliste et xénophobe flamand pour son soutien à la cause catalane (9). La population catalane, par contre, est descendue massivement dans la rue pour apporter son soutien aux réfugiés ( 10) que le ministre de l'intérieur belge Jan Jambon de la N-VA voulait badger pour mieux les contrôler (11).

 

Mais le véritable danger c'est Rajoy qui tente d'instrumentaliser la question catalane pour consolider son propre parti, empêtré lui aussi dans des affaires de corruption, en jouant sur la fibre nationaliste tout en se cachant derrière l'ordre constitutionnel (12). Rajoy doit se montrer ferme et intransigeant envers les catalans non seulement pour concurrencer Ciudadanos l'autre formation de droite qui a plus de poids en Catalogne que le Parti Populaire, mais surtout pour affirmer son leadership sur les courants les plus conservateurs de son propre parti qui n'ont jamais vraiment rompu avec l'idéologie nationaliste réactionnaire chère à Franco. Pour cette partie de la droite espagnole, l'unité nationale ne doit souffrir d' aucune nuance ni d'aucune exception. Tout séparatisme constitue une atteinte grave à l'intégrité de la patrie, «España una, grande y libre» (13).

Mariano Rajoy sait également qu'il peut s'appuyer pour atteindre ses objectifs sur la monarchie espagnole, elle aussi corrompue jusqu'à la moelle épinière, très en phase avec ce discours nationaliste d'autant plus que les catalans réclament une République de surcroît sociale (14). Dans son discours du 3 octobre 2017, Felipe VI apporte son ferme soutien au gouvernement de Rajoy et accuse les séparatistes de menacer la stabilité et l'unité de l'Espagne (15). Il n'est pas étonnant dans ces conditions, même si le phénomène reste encore timide, de voir fleurir dans toute l'Espagne y compris dans les quartiers populaires les drapeaux espagnols suspendus aux balcons et aux fenêtres des immeubles (16).

 

Le 21 décembre 2017 ont eu lieu les élections pour élire les 135 députés de Catalogne décidées d'une manière autoritaire par Rajoy et son gouvernement à la suite de la déclaration de l'indépendance de la République par le parlement catalan le 27 octobre 2017. Ces élections se sont déroulées alors que la plupart des dirigeants indépendantistes étaient exilés pour fuir la répression ou derrière les barreaux, cela en dit long sur la démocratie espagnole membre pourtant de l'Union européenne. Malgré ce contexte de tension et de répression, le taux de participation atteint quasiment les 82 % (81,93). Cette fois encore les indépendantistes ont réussi à obtenir la majorité absolue : 70 sièges sur les 135 que compte le parlement catalan. Cette victoire des indépendantistes constitue une défaite historique pour le premier ministre espagnol Mariano Rajoy qui passe de onze sièges à seulement trois. Il va sans dire que ces élections ne régleront en rien la question catalane tant que ce combat pour la libre séparation politique est mené par la bourgeoisie catalane.

 

 

La classe laborieuse doit profiter de cette brèche ouverte par la division entre les deux bourgeoisies pour mener sa lutte émancipatrice jusqu' à son terme. La classe ouvrière catalane, les jeunes, les migrants, les pauvres, bref tous les opprimés doivent se saisir de ce conflit qui oppose aujourd'hui la Catalogne à l'Espagne pour élargir et amplifier les manifestations de masse contre les classes dirigeantes catalanes et espagnoles. Ils ne doivent pas se contenter seulement des élections, des gesticulations et discours parlementaires, mais profiter de cette crise politique pour descendre massivement dans la rue, organiser des grèves et mener des actions d'envergure contre les bourgeoisies catalanes et espagnoles leurs ennemis communs. Les travailleurs catalans doivent mener leur combat pour la séparation politique indépendamment de leur bourgeoisie. La séparation doit être aussi avec cette classe qui les trompe avec ses discours sur «la patrie» ou «l'union sacrée» et qui n'hésitera pas à vouloir les entraîner dans une aventure nationaliste. La classe ouvrière catalane doit par contre déployer toute son énergie et toutes ses forces pour réaliser l'union de tous les travailleurs ibériques pour organiser ensemble, main dans la main, la riposte contre l’État espagnol qui les opprime.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)http://www.rfi.fr/afrique/20171002-espagne-referendum-independance-catalogne-victoire-oui

(2)https://www.infolibre.es/noticias/politica/2017/11/02/la_jueza_envia_prision_por_rebelion_junqueras_otros_siete_exconsejeros_71433_1012.html.

(3)http://www.eldiario.es/politica/Declaraciones-Pablo-Casado_0_695381110.html

(4)https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/19160100.htm

(5)http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/07/29/la-descente-aux-enfers-de-jordi-pujol-ancien-president-de-la-catalogne_4464296_3214.html

(6)https://www.monde-diplomatique.fr/2017/11/BAUER/58050

(7) http://www.sudinfo.be/1982325/article/2017-11-07/carles-puigdemont-remercie-ses-amis-du-parti-flamand-n-va-dans-un-discours-a-bru .

(8)http://www.belaali.com/2016/06/brexit-quittons-cette-europe-dont-les-tares-ont-atteint-des-dimensions-effrayantes.html

(9)http://www.sudinfo.be/1982325/article/2017-11-07/carles-puigdemont-remercie-ses-amis-du-parti-flamand-n-va-dans-un-discours-a-bru

 

http://www.slate.fr/story/153257/theo-francken-belge-sulfureux-asile-puigdemont

 

(10)https://humanite.fr/espagne-manifestation-monstre-barcelone-pour-laccueil-des-refugies-632352

(11)https://www.humanite.fr/un-ministre-veut-un-badge-pour-refugies-588203

(12)https://www.lesechos.fr/28/04/2017/LesEchos/22435-056-ECH_le-parti-populaire-espagnol-dans-la-tourmente.htm

(13) http://books.openedition.org/pulm/773?lang=fr#ftn7

(14)http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2016/01/20/cristina-de-borbon-symbole-d-une-monarchie-espagnole-a-bout-de-souffle_4850544_4497186.html

(15)https://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/video-referendum-en-catalogne-pour-le-roi-felipe-vi-le-gouvernement-regional-fait-preuve-d-une-deloyaute-inadmissible_2402290.html

(16)https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la-crise-catalane-a-t-elle-reveille-le-nationalisme-espagnol_1954373.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 15:13

«Sa volonté était uniquement inébranlablement tendue, comme une force irrésistible de la nature, vers un seul but : la Révolution». Clara Zetkin.

 

 

Cent ans après la Révolution d'octobre, il est utile et nécessaire, surtout en cette sombre période, de rappeler quelques idées d'un homme qui a, qu'on le veuille ou non, profondément marqué l'histoire contemporaine. Parler de Lénine, c'est en quelque sorte lui redonner la parole, citer ses écrits et souligner son rôle décisif dans la glorieuse Révolution d'octobre 1917. La révolution que la bourgeoisie hait de toute ses forces, Lénine lui a consacré et sacrifié toute sa vie. Seule la révolution socialiste mondiale peut sauver l'humanité du capitalisme et de ses ravages qui deviennent aujourd'hui de plus en plus évidents et de plus en plus insupportables. Pour faire triompher la révolution, Lénine s'appuyait sur la doctrine de Marx et d'Engels, inconciliable avec le charlatanisme et la superstition. C'est lui qui disait «sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire» (1), phrase ô combien actuelle par ces temps de débandade idéologique généralisée. Lénine a déclaré une guerre implacable à la société de classe, à l'esclavage salarié, à l’État bourgeois, à la soumission de la femme à l'homme, au chauvinisme national, à toute forme d'opportunisme, à l'oppression, bref à toutes les conditions économiques, sociales et politiques qui méprisent et avilissent les hommes.

 

 

Pour Lénine, la marche en avant vers le socialisme ne peut résulter d’une quelconque perfection de la démocratie bourgeoise, de la conciliation des classes etc. Seule une révolution est en mesure de mettre un terme à la résistance de la minorité d’exploiteurs, et d’enfanter une nouvelle société. «Les hommes, disait Lénine, ont toujours été et seront toujours en politique les dupes naïves des autres et d'eux-mêmes, tant qu'ils n'auront pas appris, derrière les phrases, les déclarations et les promesses morales, religieuses, politiques et sociales, à discerner les intérêts de telles ou telles classes. Les partisans des réformes et améliorations seront dupés par les défenseurs du vieil ordre de choses, aussi longtemps qu'ils n'auront pas compris que toute vieille institution, si barbare et pourrie qu'elle paraisse, est soutenue par les forces de telles ou telles classes dominantes. Et pour briser la résistance de ces classes, il n'y a qu'un moyen : trouver dans la société même qui nous entoure, puis éduquer et organiser pour la lutte, les forces qui peuvent - et doivent de par leur situation sociale - devenir la force capable de balayer le vieux et de créer le nouveau» (2).

 

Lénine s'est battu inlassablement avec toute son énergie et sur tous les fronts pour rendre possible la Révolution socialiste tant rêvée et espérée par tous les opprimés et par tous les exploités du monde.Toutes ses forces, toutes ses actions pratiques, tout son travail théorique et toutes ses tactiques tendaient vers la même stratégie, l'émancipation des travailleurs, vers la révolution non seulement en Russie mais à l'échelle planétaire.

 

Mais aujourd'hui pour tous les bourgeois du monde, petits et grands, Lénine est un monstre, un démon, un dictateur responsable de tous les crimes et de toutes les horreurs possibles et imaginables. On ne lui pardonnera jamais d'avoir appelé les ouvriers, les paysans pauvres et les soldats à se dresser, les armes à la main, contre la société bourgeoise. «Malheur au génie qui s’oppose fièrement à la société bourgeoise et qui forge les armes qui lui donneront le coup de grâce. A un tel génie, la société bourgeoise réserve des supplices et des tortures qui peuvent paraître moins barbares que ne l’étaient le chevalet de l’Antiquité et le bûcher du Moyen Age, mais qui au fond n’en sont que plus cruels» disait Franz Mehring parlant d'un autre génie, Karl Marx (3). De son vivant déjà, Lénine était haï, détesté, calomnié et persécuté par les classes possédantes et par tous les opportunistes du mouvement ouvrier. On a même tenté de l'assassiner à coups de revolver. Les balles qui l'ont touché ont certainement contribué à abréger sa vie. Cet attentat sur la personne de Lénine montre à l'évidence la haine viscérale que lui vouent les ennemis de la classe ouvrière. Rien de plus normal dans une société fondée sur la lutte des classes ! «Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'incessantes persécutions; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies» disait Lénine (4).

 

Près d'un siècle après sa mort, les idées de Lénine font toujours peur à tous les défenseurs de l'ordre établi. Car Lénine s'est attaqué aux fondements même des pouvoirs de cette minorité d'exploiteurs qui n'hésite et qui ne recule devant rien pour perpétuer ses privilèges. Lénine a démontré que sans le renversement du capitalisme par une révolution socialiste, point de salut pour tous les travailleurs et pour tous les opprimés. Le véritable crime de Lénine c'est d'avoir remplacé la Révolution bourgeoise de février 1917 par la Révolution socialiste d'octobre. Ce crime là, la bourgeoisie ne lui pardonnera jamais. «Lénine doit naturellement apparaître comme Attila venu détruire la Rome du bien-être et du confort bourgeois, basé sur l'esclavage, le sang et le pillage. Mais de même la Rome antique a mérité sa perte, de même les crimes du monde contemporain justifient la nécessité de sa destruction» disait Maxime Gorki (5).

 

Lénine était aimé et admiré par les ouvriers et les paysans pauvres. Il savait leur expliquer des choses profondes avec des mots simples. John Reed le décrivait ainsi : «Peu fait, physiquement, pour être l'idole de la foule, il fut aimé et vénéré comme peu de chefs au cours de l'histoire. Un étrange chef populaire, chef par la seule puissance de l'esprit. Sans brillant, sans humour, intransigeant et détaché, sans aucune particularité pittoresque, mais ayant le pouvoir d'expliquer des idées profondes en termes simples, d'analyser concrètement des situations et possédant la plus grande audace intellectuelle» (6).

 

Il ne s'agit pas ici de verser dans le culte de la personnalité ou de l'idolâtrie. Lénine lui-même combattait fermement ce genre de futilités. Ce sont les masses qui font l'histoire et non «les grands hommes». «Il n'est pas de sauveurs suprêmes» disait Eugène Pottier dans l'Internationale. Mais pour faire la révolution, les masses ont besoin de chefs de la trempe de Lénine et des intellectuels révolutionnaires : «les ouvriers ne pouvaient pas avoir encore la conscience social-démocrate. Celle-ci ne pouvait leur venir que du dehors. L'histoire de tous les pays atteste que, par ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu'à la conscience trade-unioniste, c'est-à-dire à la conviction qu'il faut s'unir en syndicats, mener la lutte contre le patronat, réclamer du gouvernement telles ou telles lois nécessaires aux ouvriers, etc. Quant à la doctrine socialiste, elle est née des théories philosophiques, historiques, économiques élaborées par les représentants instruits des classes possédantes, par les intellectuels. Les fondateurs du socialisme scientifique contemporain, Marx et Engels, étaient eux-mêmes, par leur situation sociale, des intellectuels bourgeois. De même en Russie, la doctrine théorique de la social-démocratie surgit d'une façon tout à fait indépendante de la croissance spontanée du mouvement ouvrier; elle y fut le résultat naturel, inéluctable du développement de la pensée chez les intellectuels révolutionnaires socialistes» (7).

Sans Lénine, la Révolution d'octobre 1917 n'aurait probablement jamais triomphé. La révolution était le produit des rapports sociaux de la Russie de l'époque. Mais Lénine agissait dans le cadre des conditions sociales et politiques particulières. La Première Guerre mondiale et la Révolution de février étaient des occasions, des opportunités à ne pas manquer pour renverser le Gouvernement provisoire et donner ainsi le pouvoir aux ouvriers et aux paysans pauvres. «Il sentait l'âme du soldat, du soldat abasourdi par trois ans d'un carnage diabolique – sans raison et sans but –, du soldat éveillé par le tonnerre de la révolution» disait Trotsky (8).

 

En 1915, un an seulement après le déclenchement de cette terrible guerre impérialiste, Lénine appelait déjà à la transformer en guerre civile : «Le caractère réactionnaire de cette guerre, le mensonge éhonté de la bourgeoisie de tous les pays, qui dissimule ses visées de brigandage sous le manteau de l'idéologie “ nationale ”, suscitent nécessairement, dans la situation révolutionnaire qui existe objectivement, des tendances révolutionnaires au sein des masses. Notre devoir est d'aider à prendre conscience de ces tendances, de les approfondir et de leur donner corps. Seul le mot d'ordre de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile exprime correctement cette tâche, et toute lutte de classe conséquente pendant la guerre, toute tactique sérieusement appliquée d'“ actions de masse ” y mène inévitablement» (9).

 

Lénine expliquait à qui veut l'entendre qu'il ne s'agit nullement d'une simple opposition à la guerre, mais de renverser tous les gouvernements en guerre à commencer par celui de la Russie.

Mais son propre parti n'était pas prêt à cette tâche c'est-à-dire mener la révolution bourgeoise déclenchée en février jusqu'à son terme. La plupart des dirigeants bolcheviks, avant le retour de Lénine de l'exil en avril 1917, étaient prêts à travailler avec le Gouvernement provisoire de Kérenski composé de bourgeois et de propriétaires terriens.

Dans ses célèbres «thèses d'avril», Lénine exige des Bolcheviks de se préparer à l'insurrection et à la prise du pouvoir : «Ce qu'il y a d'original dans la situation actuelle en Russie, c'est la transition de la première étape de la révolution, qui a donné le pouvoir à la bourgeoisie, à sa deuxième étape, qui doit donner le pouvoir au prolétariat et aux couches pauvres de la paysannerie» (10).

 

Les thèses de Lénine ont été accueillies avec beaucoup d'hostilité :«Même ses camarades de parti, les bolcheviks ahuris, se détournèrent alors de lui» écrivait Trotsky dans « Histoire de la révolution russe». Lénine se trouva alors seul avec ses idées révolutionnaires. Mais en même temps, il savait qu'il pouvait compter sur les ouvriers, les paysans pauvres, la base du parti et sur les soldats qui désertaient massivement le front. Lénine disait que «ce pays d'ouvriers et de paysans indigents était mille fois plus à gauche que les Tchernov et les Tsérételli et cent fois plus à gauche que nous autres, bolcheviks» (11) . Les masses opprimées savent que les puissants ne renoncent jamais à leurs privilèges, qu’ils n’accordent jamais rien par générosité ou grandeur d’âme et qu’ils ne reculent devant rien pour sauver leurs intérêts et perpétuer leur système. Elles ont compris, comme Lénine, que le moment était venu pour s'emparer du pouvoir les armes à la main.

Mais la direction du parti continue à tergiverser. Lénine devient de plus en plus impatient «Les bolchéviks doivent prendre le pouvoir sur le champ disait-il dans une lettre au comité central. (…) Temporiser est un crime. Attendre le Congrès des Soviets, c'est faire preuve d'un formalisme puéril et déshonorant ; c'est trahir la révolution» (12).

Le 24-25 octobre (6-7 novembre) 1917, les ouvriers, les paysans et les soldats russes s'emparent du pouvoir, un pouvoir qui les asservissait, qui les opprimait.

 

En ces premiers moments historiques, «quelque chose s’était brusquement éveillé en tous ces hommes écrivait John Reed. L’un parlait de la révolution mondiale en marche, un autre de l’ère nouvelle de fraternité, où tous les peuples ne seront plus qu’une grande famille (…) Mus par une commune impulsion, nous nous trouvâmes soudain tous debout, joignant des voix dans l’unisson et le lent crescendo de l’Internationale. Le chant roulait puissamment à travers la salle, ébranlant les fenêtres et les portes et allant se perdre dans le calme du ciel».(13).

La Révolution d'octobre 1917 a renversé l'ordre ancien et ouvert les perspectives pour une nouvelle forme supérieure de vie. «La seule raison du succès des bolcheviks, c’est qu’ils réalisaient les vastes et élémentaires aspirations des couches les plus profondes du peuple, les appelant à l’ œuvre de destruction du passé et coopérant avec elles pour édifier sur ses ruines encore fumantes un monde nouveau» (14). Après la glorieuse Commune de Paris, les masses opprimées guidées par Lénine et les bolcheviks s’emparent à nouveau du pouvoir et entrent dans l’Histoire.

 

Mais on ne peut parler de Lénine sans évoquer sa compagne Nadejda Kroupskaïa. Comme disait Clara Zetkin «Il est impossible de parler de lui sans penser à elle. Elle était la main droite de Lénine, son meilleur secrétaire, sa compagne dévouée, la meilleure interprète de ses idées» (15).

Son dévouement a beaucoup aidé Lénine à supporter la clandestinité et la vie pénible des révolutionnaires partout traqués par la police du Tsar. Rappelons que Lénine et Nadejda Kroupskaïa ont passé plus de quinze ans dans l'immigration changeant sans cesse de pays, de villes et de logements. Kroupskaïa a probablement souffert plus que Lénine des affres de l'exil. Elle menait de front plusieurs combats et plusieurs tâches. En plus de ses travaux scientifiques dans le domaine de la pédagogie qui embrassent tous les domaines de la politique éducative (16), elle consacrait une grande partie de son temps à la diffusion des brochures et documents du parti, combattait les ennemis de Lénine, engageait des luttes pour la cause des femmes etc. mais si «la vie n'était pas gaie» en exil, le retour du couple en Russie en avril 1917 était triomphal : «Les masses, ouvriers, soldats, matelots, s'étaient portées au-devant de leur chef. Tout autour de nous, c'était une mer humaine qui bouillonnait. Qui n'a pas vu la révolution ne peut s'en imaginer la beauté majestueuse, triomphale» disait Nadejda Kroupskaïa dans « Souvenirs sur Lénine » (17).

Au crépuscule de sa vie, malade, affaibli et éloigné du pouvoir, Lénine pouvait encore et toujours compter sur sa plus fidèle camarade, Nadejda. C'est dire le rôle joué par cette femme discrète dans la vie de Lénine et partant dans la révolution d'octobre.

 

 

 

Le 21 janvier 1924, Lénine, le grand Lénine a cessé de vivre à l'âge de cinquante quatre ans après une lente agonie. Si la vie lui avait accordé quelques années de plus, le sort de la Révolution d'octobre aurait été probablement très différent. En tout cas, ses ennemis se sont empressés, contre la volonté de sa veuve, d'embaumer son corps afin de consolider leur propre pouvoir et pour mieux enterrer ses idées révolutionnaires.

Parlant des chefs des classes opprimées en lutte, Lénine disait «Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de "consoler" les classes opprimées et de les mystifier; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu , on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire»(18).

 

Après l'adieu officiel à Lénine, Nadejda Kroupskaïa prononça ces paroles : «Camarades, ouvriers et ouvrières, paysans et paysannes. Ne laissez pas votre peine se transformer en adoration extérieure de la personnalité de Vladimir Ilitch. Ne construisez pas de palais ou de monuments à son nom. A toutes ces choses, il accorda peu d'importance au cours de sa vie. Ça lui était même pénible.(...) Si vous voulez honorer la mémoire de Vladimir Ilitch, construisez des crèches, des jardins d'enfants, des maisons, des écoles, des hôpitaux, et mieux encore vivez en accord avec ses préceptes» (19). Son avertissement n'a pas été entendu.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)Lénine, « Que faire », Éditions du progrès, page 46.

(2)Lénine « Sur Marx et Engels» Éditions de Pékin, page 65.

(3)Franz Mehring «Karl Marx, histoire de sa vie », Bartillat, page 261.

(4)Lénine « L'Etat et la révolution » :

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er1.htm

(5)Maxime Gorki dans V I Lénine : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1478992/f1.image

(page 13).

(6) John Reed, «Les dix jours qui ébranlèrent le monde », Editions Tribord, 2010, page 220 .

(7)Lénine, « Que faire ? » op cit, page 56.

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200g.htm

(8)https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100c.htm

(9)https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/08/vil19150800b.htm

(10) https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm

(11)https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/04/lt1924042100c.htm

(12)https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171001b.htm

(13)John Reed, « Dix jours qui ébranlèrent le monde ». Op cit. pages 228 et 229.

(14)John Reed, op. cit.

(15)Clara Zetkin, «Souvenirs sur Lénine» : https://www.marxists.org/francais/zetkin/works/1924/01/zetkin_19240100.htm

(16)http://www.ibe.unesco.org/sites/default/files/kroupskf.pdf

(17)Nadejda Kroupskaïa, «Souvenirs sur Lénine» :

https://www.marxists.org/francais/kroupskaia/works/1924/00/emigration.htm )

(18) Lénine, «L’État et la révolution», op.cit.

(19)Cité dans Tariq Ali, «Les dilemmes de Lénine», Sabine Wespieser éditeur, 2017, page 459.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 16:51

Triste anniversaire ! Il y a un an, le 19 juillet 2016, un jeune homme de 24 printemps est mort entre les mains de la police, bras armé de l’État. Il s'agit d'Adama Traoré. Comme d'habitude, la police, la justice et les médias dominants ont nié cet assassinat. Ainsi le parquet annonçait qu'Adama n'avait pas subi de violence et qu'il souffrait «d'une infection très grave touchant plusieurs organes»(1). Aujourd'hui, une contre-expertise vient de contredire les assertions du procureur Yves Jannier (2). Adama Traoré est mort le jour de son anniversaire par asphyxie. Il ne s'agit pas d'une bavure policière, mais d'une brutalité qui met fin à la vie.

 

Le cas d'Adama n'est qu'un exemple parmi des centaines d'autres. La liste des victimes de la violence étatique est trop longue. Ceux et celles qui ont un peu de «courage» et de curiosité peuvent plonger dans cet univers macabre en consultant ce document (3). Et il ne s'agit là que des victimes connues et répertoriées. D'autres morts viendront, hélas, s'ajouter à cette interminable liste. Selon le rapport de l'Association des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), «Ces cinq dernières années, on compte en moyenne un décès par mois (14 décès en 2014, 10 en 2013, 19 en 2012, et 9 en 2011 et 2010)» (4). Il s'agit d'un véritable système qui reproduit ces crimes et favorise l'impunité des fonctionnaires de police. En France, il est très difficile pour les familles des victimes d'obtenir la condamnation d'un policier. La police, la justice et les grands médias déforment les faits, cachent les preuves et renvoient la responsabilité sur la victime. Le cas, entre autres, de Rémi Fraisse est éloquent à cet égard. Ni mise en examen, ni condamnation, mais un non-lieu requis par le procureur pour clore le dossier (5). Les policiers poursuivis par la justice dans le cas de la mort de Zyed et Bouna ont été relaxés. L'affaire de la mort de M. Marega, celle d'Ali Ziri et de B.Tandia se sont terminées là encore par un non-lieu (6). On peut ainsi multiplier les exemples de ces crimes restés sans châtiment.

Les rares poursuites judiciaires aboutissent souvent à des sanctions dérisoires par rapport à la gravité des faits. Les fonctionnaires de police reconnus coupables sont condamnés avec beaucoup de clémence. C'est le cas par exemple du policier qui a tué Amine Bentounsi en lui tirant une balle dans le dos. Le meurtrier reconnu coupable, mais condamné à cinq ans de prison... avec sursis. Il a fallu cinq ans de combat pour arracher cette condamnation très symbolique : «Cinq ans. Ça nous a pris cinq ans pour en arriver à cette condamnation, somme toute symbolique. Cinq ans de larmes, parce que la mort d’un fils, d’un petit frère, dans ces circonstances, c’est quelque chose qui ne s’efface pas» disait la sœur d'Amine (7).

Les deux policiers qui ont matraqué à mort Malik Oussekine en décembre 1986 ont été condamnés, là encore à de la prison avec sursis. La vie de ces jeunes ne mérite même pas un jour de prison dans le pays des droits de l'homme.

La population ne réalise pas l'ampleur des crimes perpétrés par l’État à travers sa police. Car les jeunes des quartiers populaires sont pour ainsi dire invisibles dans le champs politique et médiatique (sauf pour les stigmatiser) alors que le discours du gouvernement, de la justice et des syndicats comme Alliance est omniprésent.

 

La violence policière est d'abord une violence d’État. Elle est banalisée et même légitimée par le discours médiatique et institutionnalisée à travers la police. La mission essentielle de la police n'est pas la sécurité publique mais le maintien de l'ordre politique, garanti par l’État, instrument d'oppression de la classe dominante. La répression exercée sur les jeunes des cités et sur le mouvement social dans sa globalité montre bien que le rôle confié par la bourgeoisie à la police est de briser toute contestation, toute résistance à l'ordre établi aussi minime soit-elle. C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre toute cette surenchère sécuritaire, cette militarisation de la police et ce renforcement extraordinaire de ses pouvoirs (8).

 

L’État français est incapable d'adopter la moindre mesure contre les fonctionnaires de police. La mise en place par exemple d'un simple récépissé de contrôle a été vite enterrée par François Hollande et Manuel Valls. Les jeunes sont mis dans une position telle que la moindre contestation se transforme en outrage ou en rébellion qui sont lourdement condamnés par la justice. «(...) les outrages et rébellions sont un moyen pour les policiers d’anticiper une plainte pour violence policière. Si la victime dépose plainte, ce sera la parole du policier contre celle du plaignant – dans la plupart des cas, un jeune. Or, les magistrats ont très largement tendance à considérer que ce sont les policiers qui disent la vérité» (9).

 

Quand on ne les assassine pas, les jeunes des banlieues affrontent au quotidien les contrôles aux faciès, les insultes racistes, les fouilles aux corps, les palpations, les crachats, le tutoiement et toutes sortes de provocations et d'humiliations : «Pour te montrer qu’ils te dominent, ils te donnent des petits coups dans les parties intimes avec leur talkie-walkie» confie un jeune des cités populaires (10). Le viol avec matraque de Théo s'il reste un exemple rare, n'est cependant pas exceptionnel (11). Les policiers sont formés et élevés par l’État dans la haine et le mépris de cette partie de la population paupérisée et marginalisée par une bourgeoisie qui n'a plus besoin de leur force de travail. Les enfants et les petits enfants des travailleurs immigrés affrontent également un système judiciaire qui les condamne promptement et injustement à de lourdes peines de prison. L’État a tendance à faire des jeunes des cités les ennemis de la société qu'il faut combattre. La brutalité policière n'est qu'un aspect parmi tant d'autres de cette volonté de la bourgeoisie d'exclure une partie de la population devenue, pour elle, inutile. Cette exclusion spatiale (quartiers périphériques) et sociale (chômage, précarité...) s'accompagne souvent par des explications culturalistes et essentialistes fournies par les intellectuels de la classe dominante (12).

 

Police, justice, médias et hommes politiques sont unis, sans jamais le reconnaître évidemment, dans leur croisade contre les jeunes des cités populaires. Ce sont eux qui attisent la haine entre citoyens pour mieux les diviser en jouant sur les préjugés nationaux, raciaux et religieux. Ce sont eux qui fabriquent des coupables et présentent les jeunes des cités comme responsables des malheurs de la France pour mieux masquer la faillite économique, sociale et morale de la bourgeoisie toute puissante qu’ils servent. Les jeunes des quartiers défavorisés subissent plus que toute autre catégorie sociale les ravages du chômage, de la précarité et les souffrances de l'humiliation. Cette insécurité et cette violence permanentes exercées sur cette fraction vulnérable et fragile de la société par une bourgeoisie arrogante et brutale, montrent à l'évidence que leur colère, leur révolte et leur combat sont légitimes. La bonne société bourgeoise qui s’indigne à intervalles réguliers de la violence des jeunes des quartiers ouvriers s’accommode très bien de la brutalité, autrement plus profonde, des vautours de la finance internationale. Leurs morts, nombreux et anonymes, ne sont ni reconnus et encore moins décorés par cette hypocrite république bourgeoise.

 

Les jeunes des cités populaires doivent se battre main dans la main avec tous les opprimés, et ils sont très nombreux dans la France d'aujourd'hui, contre cet État bourgeois source de leur oppression et de leur division.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/07/04/le-deces...

(2)https://www.mediapart.fr/journal/france/060717/une-contre-expertise

(3)https://www.bastamag.net/Homicides-accidents-malaises-legitime-defense-50-ans-de-morts-par-la-police

Voir également :

http://atouteslesvictimes.samizdat.net/?page_id=692

(4)https://www.acatfrance.fr/public/rapport_violences_policieres_acat.pdf

(5)https://www.mediapart.fr/journal/france/230617/le-parquet-requiert-un-non-lieu-l-affaire-remi-fraisse-etouffee?

(6)http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/03/28/violences-policieres-la-justice-prononce-trois-non-lieux-successifs_3149679_3224.html

(7)https://a-louest.info/Condamnation-du-policier-qui-a-tue-Amine-Bentounsi-d-une-balle-dans-le-dos-086

(8)https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000034104023&categorieLien=id

(9)http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-le-grand-entretien/20111203.RUE6106/pourquoi-la-bac-a-des-manieres-rudes-et-humiliantes.html

(10)http://www.lemonde.fr/violences-policieres/article/2017/02/16/a-aulnay-sous-bois-les-controles-violents-c-est-notre-quotidien_5080694_5078781.html

(11)https://www.bastamag.net/Les-violences-et-sevices-sexuels-perpetres-par-des-policiers-en-France-une

(12)Voir entre autres :

http://lmsi.net/Misere-du-culturalisme#nh1

 

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 15:22

Liberté, dignité, justice sociale

 

«Liberté, dignité, justice sociale», ce slogan scandé d'une manière rythmée depuis huit mois consécutifs résume à lui seul l'essentiel des revendications des révoltés du Rif. C'était le même cri répété à l'unisson et sans relâche dans tout le Maroc en 2011 par «les marcheurs de la dignité». Depuis rien n'a changé. D'un côté le Makhzen, son pouvoir absolu, son archaïsme, ses partis politiques, sa corruption, son appareil répressif, ses médias etc., de l'autre, le peuple ravagé par la misère, l'humiliation et par des décennies d'esclavage social. Leur antagonisme est total. C'est une lutte permanente entre le passé et l'avenir. Les opprimés rêvent et se battent pour un Maroc débarrassé de l'ignorance, de l'injustice, de la torture et d'une juste répartition des richesses. Les oppresseurs veulent, vaille que vaille, garder le pouvoir et perpétuer leurs privilèges. Le Hirak (Mouvement) du Rif concentre et reflète comme un miroir le combat de tous les opprimés du Maroc pour une autre société.

 

Le régime pensait que l'étincelle allumée au Maroc par le Mouvement du 20 février, né des soulèvements populaires dans le monde arabe, était définitivement éteinte. Mais la mort tragique de Mohcine Fikri, ce jeune vendeur de poisson broyé par une benne à ordure le 28 octobre 2016, a rallumé à nouveau la flamme de la contestation. L'étincelle du Rif risque maintenant d'embraser tout le Maroc; c'est la hantise du Makhzen. Le pouvoir mobilise alors la religion, ses médias, ses intellectuels, ses artistes et surtout son appareil répressif pour étouffer le Hirak populaire comme à chaque fois que le peuple exprime pacifiquement des revendications économiques et sociales légitimes. Toute la région du Rif est quadrillée par les forces de l'ordre. La police du régime procède en ce moment à l'arrestation non seulement des leaders du Mouvement, mais aussi des hommes et des femmes anonymes du simple fait qu'ils ont participé aux manifestations pacifiques. Ils sont accusés de lourdes charges par les tribunaux du Makhzen comme par exemple «atteinte à la sécurité intérieure». Les avocats et les familles dénoncent les mauvais traitements, les humiliations et la torture exercés sur les détenus (1). Le jour de l'Aïd, fête qui marque la fin du Ramadan, les habitants du Rif comptaient manifester massivement à Al-Hoceima en solidarité avec les détenus politiques du Hirak. Mais le Makhzen avait pris ses précautions en coupant toutes les voies qui mènent à cette ville (2). La population n'avait alors d'autres choix que de converger à pied vers Al-Hoceima ! Ce jour de fête baptisé «journée du deuil» est marqué par de nouvelles arrestations et de nombreux blessés y compris des enfants (3).

 

Mais malgré cette brutale répression, le Mouvement populaire se poursuit. Le conflit du Rif s'inscrit désormais dans la durée. La population est obligée de s'adapter et d'inventer des moyens d'actions pacifiques lui permettant de résister et de faire face à la violence du régime. Car la fracture entre le Makhzen et les masses du Rif est profonde. La situation matérielle de la population est dramatique.

La région du Rif était totalement marginalisée hier par le colonisateur espagnol et abandonnée aujourd'hui par le nouveau pouvoir. Les infrastructures économiques et sociales sont quasi absentes de cette région coincée entre la Méditerranée et des montagnes sauvages. Les investissements publics de santé, de l’éducation, de transport et de logement sont dérisoires. Le visiteur étranger sera frappé par l'état de pauvreté dans lequel vivent aujourd'hui les habitants du Rif avec toutes les conséquences qui en découlent : exode rural, émigration légale et illégale, contrebande avec les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, trafic de cannabis etc. Le Maroc selon les Nations Unies est le premier producteur et le premier exportateur de haschich dans le monde (4). Le cannabis nécessaire à la production de haschich est cultivé justement dans le Rif. L'état de sous développement dans lequel se trouve cette région n'est pas étranger évidemment au développement de la culture de cannabis. L'absence de toute réforme agraire n' a fait que favoriser un peu plus l'extension de cette culture. La production du cannabis et du haschich est tolérée voire encouragée par le Makhzen qui lui permet non seulement de compenser son absence de volonté de développer cette région rebelle, mais aussi de modérer le sentiment d'exclusion des Rifains et d'éviter ainsi leurs révoltes récurrentes. Mais cette économie parallèle ne profite nullement aux petits paysans du Rif qui ne possèdent que de petites parcelles et des moyens plus que rudimentaires. Le fellah Rifain, même s' il reste dépendant de cette culture faute d'autres alternatives, vit dans une situation de grande pauvreté. Les bénéfices énormes tirés du haschich profitent surtout aux réseaux mafieux et aux lobbies marocains et européens.

 

Mais on ne peut comprendre ce qui se passe aujourd'hui dans cette région du Maroc sans faire appel au passé. Le Rif a toujours entretenu des relations tumultueuses et conflictuelles avec tous les pouvoirs qui ont dominé ou qui dominent encore le Maroc. Les souffrances des Rifains aujourd'hui sont intimement liées à leur glorieuse et sanglante histoire. Ce n'est pas un hasard si le seul portrait brandi systématiquement par les manifestants est celui d'Abdelkrim, cet homme qui a pu tenir tête dans une véritable guerre de libération à l’Espagne et à la France dans les années vingt. Comme disait Marx «la tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants. (…) La résurrection des morts servit par conséquent à magnifier les nouvelles luttes, non à parodier les anciennes …» (5). Mais cette farouche volonté de se libérer du joug colonial français et espagnol, le Rif le paiera très cher. La guerre du Rif (1921/1926) a fait des milliers de morts parmi les civils, fait disparaître définitivement des villages entiers et permis à L'Espagne et à la France d'utiliser des armes chimiques interdites par les conventions internationales comme le gaz moutarde (l’ypérite) qui ont des effets cancérigènes et mutagènes dont «les héritiers des victimes d’hier continuent de souffrir encore aujourd’hui.Cela a été démontré et prouvé par de nombreux experts internationaux généticiens» (6). Les envahisseurs étrangers l’ont emporté sur la résistance. La force brutale des armes a écrasé les idées de libération, de modernité et de prospérité que portaient Abdelkrim et ses compagnons. Mais le combat d'Abdelkrim est toujours actuel, «Le sang de Moulay Mohand (Abdelkrim) coule encore dans nos veines» disait un jeune manifestant (7) à Emzouren.

A l'aube de l'indépendance du Maroc, le Rif s'est à nouveau soulevé contre la politique de marginalisation économique et politique du nouveau pouvoir. L'affrontement entre la nouvelle armée marocaine et les révoltés du Rif s'est soldé par la mort de 8000 Rifains (8).

En janvier1984 des révoltes populaires spontanées contre l’augmentation des prix des produits de base (farine, pain, sucre, huile gaz etc.) éclatent dans tout le Maroc. La ville de Nador dans le Rif a payé un lourd tribut à ces plans d'ajustement structurel. Le nombre de morts et de blessés reste aujourd'hui encore difficile à établir (9). Précisons que les politiques économiques, appliquées avec zèle par le pouvoir, sont souvent décidées par les instances internationales comme la Banque mondiale et le FMI à Washington loin des besoins et des préoccupations du peuple marocain. Ces politiques s’inscrivent dans une stratégie libérale globale : privatisation, vérité des prix, protection du capital privé local et étranger et extraversion poussée de l’économie marocaine basée sur des produits à faible valeur ajoutée. Rappelons que dans les années soixante, la Banque mondiale a refusé de financer le projet d'un complexe sidérurgique à Nador qui aurait pu contribuer à doter le Maroc d'une industrie lourde de base. La Banque s'est contentée de réaliser des projets de l'industrie légère de transformation liée à l'exportation.

A chaque fois que la population du Rif conteste la politique du pouvoir, le Makhzen répond par la violence et la marginalisation de la région, préparant ainsi les conditions d'un nouveau cycle de contestation et de répression.

 

La force et la grandeur du Mouvement du Rif, c'est qu'il est réellement populaire. Une immense majorité de la population, hommes et femmes unis et déterminés, manifeste quasiment sans interruption depuis la mort tragique de Mohcine Fikri en octobre 2016.

La participation des femmes à ce Mouvement (Hirak), malgré les pesanteurs sociales et religieuses qui caractérisent cette région conservatrice, reste remarquable. Car les conditions économiques et sociales de la femme dans le Rif en particulier et de la femme marocaine en général est sans commune mesure avec celles des hommes. Non seulement elles sont plus touchées que les hommes par l'analphabétisme et le chômage, mais en plus elles subissent toute sorte de domination masculine (10). Dans la région sous développée du Rif, où les opportunités de trouver un emploi sont rares, beaucoup de femmes pratiquent la contrebande pour survivre et se transforment en «femmes-mulets» transportant sur leur dos de lourds fardeaux de marchandises. Ce sont de véritables esclaves modernes (11). Les paysannes du Rif à l'instar de la majorité des femmes rurales au Maroc doivent s'occuper de tout ou presque. Car «dans le monde rural il n'y a pas de frontière entre le travail au champs, élevage, taches domestiques, recherche de l'eau et combustible, artisanat, cuisson, transformation, entretien de la construction, décoration etc. Les femmes rurales font tout et sont rarement oisives. Elles se lèvent à l'aube et se couchent les dernières» (12).

Les femmes qui manifestent à côté des hommes sont aussi des mères, des épouses et des sœurs des militants arrêtés récemment par la police du régime et dont elles réclament la libération : «C’est vrai que nous sommes dans une société conservatrice, mais l’arrestation de nos frères, nos maris, nos neveux, ne nous a plus laissé le choix. Nous devions aussi sortir pour réclamer leur libération» disait Nawale Benaissa (13).

Mais les femmes Rifaines ne se contentent pas seulement de participer au Mouvement de contestation, elles font partie intégrante de ses dirigeants ou tout du moins ont une influence certaine sur lui, comme la mère du leader du Hirak populaire Nasser Zefzafi, l'artiste Silya Ziani (qui vient d'être arrêtée), ainsi que Nawale Benaissa (14) pour ne citer que les plus connues. Le Mouvement qui porte haut et fort les revendications économiques et sociales pour toute la population du Rif leur redonne leur dignité et l'espoir de voir leur situation dramatique s'améliorer.

 

La faiblesse du Mouvement, c'est sa spontanéité comme d'ailleurs le Mouvement du 20 février. La plupart de ses dirigeants ne font partie d'aucune organisation politique. «Le Hirak est un mouvement spontané, indépendant de toute mainmise politique. Il n’a d’autres ambitions que de porter les revendications légitimes de la population du Rif» déclarait Nasser Zefzafi à Jeune Afrique (15). Aucun parti politique, aucune organisation ne sont derrière ce mouvement. La tragique mort de Mohcine Fikri a choqué toute la société marocaine, mais plus encore les populations du Rif. C'était le début du Mouvement qui se poursuit encore aujourd'hui. C'est une réaction spontanée et émotionnelle fruit de longues années d’humiliations, de souffrances accumulées et refoulées. Pour le moment, le Hirak met en avant essentiellement des revendications économiques, sociales et dans une moindre mesure politiques. Il revendique des infrastructures dans le domaine de l’Éducation, de la Santé, du Transport etc. dont le Rif manque cruellement. Il exige également la démilitarisation de la région et la libération de tous les détenus politiques. Si ces revendications sont justes et légitimes et qu' il faut se battre pour les réaliser, la population du Rif ne doit pas oublier qu'elle lutte contre les effets et non contre les causes de ces effets. Elle doit lutter avec tous les opprimés et les autres couches de la population non seulement du Rif mais de tout le Maroc contre le Makhzen source de ses malheurs. A ce stade de l'évolution du rapport de force, l'unité de tous ceux qui aspirent à un Maroc moderne et démocratique est vitale. Car le Mouvement du Rif, quelles que soient sa force et sa détermination, ne peut à lui seul l'emporter sur le Makhzen.

Mais plus la lutte s'aiguise, plus la population prend conscience que le Makhzen est incapable de répondre à ses revendications. Elle comprendra alors que la lutte contre le pouvoir est un combat éminemment politique.

 

Quelle que soit l'issue du conflit, la population du Rif qui manifeste quasi-quotidiennement depuis le 28 octobre 2016 a déjà gagné non seulement sur le plan moral en se battant courageusement contre la situation injuste qui lui est faite, mais surtout elle a pris conscience que ses intérêts et ceux du Makhzen sont en totale contradiction. Le Hirak populaire du Rif, quelles que soient ses faiblesses, restera un événement majeur dans l'histoire des luttes du peuple marocain.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)http://www.lesiteinfo.com/maroc/affaire-zefzafi-un-avocat-denonce

(2)https://ledesk.ma/2017/06/26/al-hoceima-et-sa-region-en-etat-de-siege/

(3)http://www.rifonline.net/Tension-dans-le-Rif-Le-bilan-des-affrontements-de-l-Aid-Pres-de-40-enfants-hospitalises-a-Al-Hoceima_a1756.html

(4)http://www.unodc.org/pdf/publications/morocco_cannabis_survey_2003_fr.pdf

Voir également https://espacepolitique.revues.org/59

(5)K Marx, «Le dix huit brumaire de Louis Bonaparte. Editions sociales, pages 69 et 71.

(6)http://amazigh24.ma/mimoun-charqi-les-armes-chimiques-utilisees-sur-le-rif-ont-des-effets-cancerigenes-et-mutagenes/

(7)http://www.jeuneafrique.com/446764/societe/maroc-imzouren-lautre-revoltee-rif/

(8)http://books.openedition.org/cjb/1092?lang=fr

(9)http://www.rifonline.net/Le-Rif-32-ans-apres-le-soulevement-populaire-de-1984_a275.html

(10)http://www.recherches-internationales.fr/RI77/RI77-hayat-zerari.pdf

(11)https://www.medias24.com/MAROC/IDEES/Tribunes/170399-L-exploitation-inhumaine-des-femmes-mulets-amazighes-marocaines.html

Voir aussi :https://www.bladi.net/melilla-porteurs-contrebande,43372.html

(12)http://www.beep.ird.fr/collect/bre/index/assoc/HASH017c/f03be2b3.dir/21-375-383.pdf

(13)http://www.liberation.fr/planete/2017/06/07/maroc-les-revoltes-du-rif-sont-des-gens-normaux-qui-veulent-vivre-bien_1574871

(14)http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/06/02/nawal-ben-aissa-figure-montante-de-la-contestation-dans-le-rif-marocain_5137774_3212.html

(15)Jeune Afrique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 14:33

 

 

Ce texte a été écrit en 2010. Bien qu'il fasse appel à l'histoire, il reste d'une actualité brûlante. En 2011 dans le cadre des soulèvements populaires qui ont secoué le Maroc et tout le monde arabe et surtout depuis la mort tragique de Mohcine Fikri en octobre 2016, les portraits d'Abdelkrim étaient omniprésents dans toutes les manifestations. «Le sang d'Abdelkrim coule dans nos veines» disait un manifestant à Emzouren (1). A vrai dire le Rif, cette région du Maroc coincée entre la Méditerranée et les montagnes sauvages, s'est toujours rebellé contre les injustices et l'arbitraire des pouvoirs en place. Il faut invoquer le passé pour mieux comprendre aujourd'hui la souffrance et les revendications de la population du Rif. Comme disait Marx, «la tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants. (…) La résurrection des morts servit par conséquent à magnifier les nouvelles luttes, non à parodier les anciennes ...» (2). Mais Abdelkrim reste largement méconnu ici en Europe. C'est «le grand oublié de l'histoire».

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(1) http://bit.ly/2rmsO7n

(2) K. Marx «Le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte». Editions Sociales pages 70, 71.

 

 

 

Abdelkrim, le grand oublié de l'histoire

 

 

Abdelkrim, cet homme qui a tant aimé les montagnes et les vallées du Rif et de tout le Maroc, lui qui s'est dressé courageusement contre le joug colonial, n'a toujours pas sa tombe dans son propre pays près d'un demi siècle après sa mort.

Aujourd'hui encore et malgré une farouche volonté du pouvoir politique pour occulter le passé, son souvenir reste gravé dans la mémoire populaire et enfoui dans le cœur du peuple marocain.

Cet homme, dont la simplicité et la modestie impressionnaient toutes celles et ceux qui l'ont connu, a pu tenir tête, dans une véritable guerre de libération, à l'Espagne et à la France. Ce précurseur et grand oublié de l'histoire, qui est-il ?

 

Abdelkrim avec quelques milliers de combattants divisés en groupes très mobiles et une maîtrise parfaite du terrain, a infligé une humiliante défaite au général espagnol Silvestre pourtant à la tête d'une armée autrement plus puissante. C'était en juillet 1921 à Anoual dans le Rif marocain. La résistance l'a emporté sur l'envahisseur. De ce point de vue, on peut dire qu'Abdelkrim était le précurseur de la guérilla moderne. Plus tard, Hô Chi Minh puis Mao le citeront en exemple.

 

Abdelkrim devient avec cette victoire le symbole de la lutte anticoloniale et donne en même temps l'espoir aux peuples qui luttent pour leur libération.

La défaite espagnole a permis au général Miguel Primo de Rivera de s'emparer du pouvoir par un coup d'État. C'était le 13 septembre 1923. Il faut préciser également que c'est durant la guerre du Rif que s'est illustré par sa cruauté un certain Francisco Franco ce qui lui a valu d'être promu général !

 

Mais Abdelkrim veut libérer tout le Maroc. Il concentre ses troupes sur la ville de Fès occupée par la France comme l'essentiel du territoire marocain. Le maréchal Lyautey, jugé hésitant face aux avancées du guérillero du Rif par le gouvernement de Paul Painlevé, est remplacé par un autre maréchal, Philippe Pétain. C'était en juillet 1925.

Abdelkrim était là encore l'un des premiers à avoir combattu le fascisme européen que représentaient Miguel Primo de Rivera, Francisco Franco et Philippe Pétain sur le sol de ce Rif où il aurait tant aimé se reposer définitivement.

 

A cette époque Abdelkrim était seul à combattre ces hommes qui seront responsables plus tard de la guerre civile(Espagne) et de la collaboration avec les nazis( France) dans leur propre pays.

 

La république du Rif était une autre création de cet homme tant méprisé par les colonialistes, impérialistes et autres fascistes. Après la victoire d'Anoual, Abdelkrim proclama la république dans un pays où les rois se succédaient les uns après les autres et ce depuis des siècles. Abdelkrim fut le premier président du Maroc moderne !

 

Le triomphe d'Abdelkrim fut aussi éphémère que sa république. Malgré un vaste mouvement de solidarité de la classe ouvrière européenne notamment française, Abdelkrim était seul avec ses combattants; seul avec ses idées qui n'étaient pas vraiment dans l'air du temps : se battre contre le colonialisme, l'impérialisme, la domination, l'exploitation etc. etc. Il rêvait d'un Maroc, d'une Algérie, d'une Tunisie et de tout le Monde arabe totalement libérés et modernisés. Il faisait exploser dans cette région du monde des projets et des idées, pour l'époque, révolutionnaires.

Contre ce rêve, ces projets et ces idées, il avait face à lui deux États dont la France, une véritable puissance coloniale, trois généraux fascistes et non des moindres, le Makhzen et même les nationalistes bourgeois marocains.

Ses compagnons, des hommes rudes et austères habitués à la vie dure de cette région du Maroc coincée entre la méditerranée et des montagnes sauvages, étaient traités par Paul Painlevé de barbares et de bien d'autres adjectifs encore "..Ces barbares! Ces populations obscures...qui diffèrent de nous, par la couleur de la peau et qui, ayant "tout à apprendre de l´Europe" n´en menacent pas moins la civilisation européenne".

«Ces barbares», avec des rêves dans la tête et les armes à la main menaçaient donc «la civilisation européenne». Il faut les écraser.

Le maréchal Pétain et le dictateur Miguel Primo de Rivera ont scellé un accord en vertu duquel les deux armées, française et espagnole, doivent s'unir contre le rebelle rifain.

Abdelkrim, malgré le courage de ses combattants, ne pouvait affronter seul deux Etats en même temps. Il décida donc de se rendre à la France. C'était en mai 1926.

 

L'envahisseur l'a emporté sur la résistance! La force brutale des armes a écrasé les idées de libération, de modernité et de prospérité que portaient Abdelkrim et ses compagnons.

Abdelkrim fut déporté à La Réunion. C'était un départ sans retour!

 

Cet exil définitif, n'a pas empêché les deux armées coalisées de se venger des populations civiles. Des armes chimiques, interdites par les conventions internationales, ont été utilisées notamment le gaz moutarde(l'ypérite). Les douars, les villages,et les souks du Rif ont été aspergés de ce gaz toxique. Des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants sont morts dans des conditions atroces. Pourtant, la protection des civils était l'une des conditions de la reddition d'Abdekrim. Sa demande n'a pas été respectée. Mais comment aurait-elle pu l'être? Les vainqueurs imposent toujours leur volonté aux vaincus. Cela rappelle étrangement, mais dans des condition très différentes, le comportement de l'armée israélienne et des phalangistes libanaises lorsqu'elles se sont vengées sur les réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila après le départ d'Arafat de Beyrouth vers Tunis. C'était en septembre 1982.

On peut légitimement s'interroger sur ce culte, poussé parfois jusqu'au fétichisme, qu'a le colonisateur ou l'occupant pour la mort et la souffrance des populations civiles.

 

Abdelkrim et sa famille passeront de longues et pénibles années d'isolement et de réclusion sur l'île de La Réunion. C'est au cours de son transfert vers la France et durant l'escale de Port-Saïd qu'Abdelkrim a «réussi à s'évader» avec l'aide de quelques nationalistes marocains, algériens et tunisiens. C'était en mai 1947.

Il s'est installé au Caire où il a repris son combat anticolonial et fondé le"Comité de libération du Maghreb arabe".

 

Fidèle à ses principes de résistant et à la mémoire de ses combattants tombés les armes à la main, Abdelkrim refusait de remettre ses pieds sur le sol marocain tant que le dernier soldat étranger n'aurait pas quitté le Maghreb.

 

 

«Je suis venu trop tôt» disait-il juste avant sa mort (2). Trop tôt pour que les idéaux, pour lesquels il a sacrifié sa vie et sa liberté, triomphent. Cétait un précurseur, un avant-gardiste et un internationaliste qui exigeait, pour son époque, presque l'impossible.

 

Abdelkrim s'est éteint au Caire le 6 février 1963 loin de son Ajdir natal.

 

Le visiteur étranger sera frappé par l'état de pauvreté dans lequel vivent aujourd'hui les habitants du Rif. Le combat de leurs ancêtres était aussi contre cette misère et pour un Maroc prospère, mais ils étaient écrasés par des ennemis beaucoup plus puissants. En partie, la France et l'Espagne coloniales sont responsables de cette situation. Mais le même visiteur remarquera également que dans beaucoup de foyers notamment les plus modestes, le portrait d'Abdelkrim est toujours accroché au mur comme pour se rappeler que son combat est toujours actuel.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

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(1) Germain Ayache, cité par Chems Eddine Chitour in « L´épopée de l´Emir Abdelkrim El Khattabi » http://www.alterinfo.net/L%C2%B4epopee-de-l%C2%B4Emir-Abdelkrim-El-Khattabi_a20679.html

(2) http://www.humanite.fr/2004-05-22_Medias_1919-1926-la-guerre-du-Rif

 

 

 

     

     

     

     

     

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    3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 09:40

    «Jamais en France un prisonnier politique n’a été détenu aussi longtemps que

    Georges Ibrahim Abdallah». Jean-Louis Chalanset. *

     

    Georges Ibrahim Abdallah est un militant communiste né au Liban le 2 avril 1951 dans une famille maronite (1). Georges a grandi dans ce pays tourmenté, frontalier d'Israël. Cette proximité est source de conflits et de malheurs pour le Liban et sa population. Israël est un État créé et élevé sur les terres d'un autre peuple.Transformé en exilé et en réfugié, le peuple palestinien est réduit à errer à travers le monde et à survivre dans des camps de concentration sous des tentes. Une partie importante de ces réfugiés s'est installée sur la côte libanaise de Tyr à Beyrout après La Nakba (désastre, catastrophe) de 1948. Mais l’État hébreux ne se contente pas d'arracher le peuple palestinien à sa terre, il le poursuit partout où il peut se trouver. C'est ainsi qu'il a attaqué les camps de réfugiés en 1972 et envahi le sud Liban en 1978 ainsi que Beyrouth en 1982 (2). Ben Gourion ne disait-il pas qu’il fallait «attaquer sur tout le front et non seulement à l’intérieur de l’Etat d’Israël ou aux frontières de la Palestine, mais de rechercher l’ennemi et de l’écraser partout où il peut être» (3). Le destin de Georges Ibrahim Abdallah est intimement lié à la Palestine et aux souffrances de son peuple. Sa trajectoire politique est totalement déterminée par la tragédie du peuple palestinien.

     

    Nationaliste et progressiste arabe, Georges Ibrahim Abdallah milite d'abord dans le Parti national social syrien (PNSS), composante importante du Mouvement national libanais dirigé par Kamal Joumblatt. Communiste, il rejoint les rangs du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) crée en 1967 par Georges Habache dont il était proche. L'accord du Caire de 1969 donnait à la Résistance palestinienne le droit d'attaquer Israël à partir du Sud-Liban. Georges Ibrahim Abdallah est d'ailleurs blessé lors de l'invasion par l'armée israélienne de cette partie du Liban en 1978 (opération Litani). En juin 1982 alors que le pays est en pleine guerre civile, Israël, avec la complicité de Washington et des phalanges chrétiennes libanaises, envahit à nouveau le Liban et assiège Beyrouth-Ouest où la résistance palestinienne et toute la gauche libanaise combattaient côte à côte leur ennemi commun Israël. Rappelons que cette violation des frontières d'un État souverain a été condamnée par l'ONU (4).

     

    Le jeudi 16 septembre 1982 les milices phalangistes pénètrent, avec l’aide de l’armée israélienne, les camps de réfugiés palestiniens Sabra et Chatila de Beyrout-Ouest. Les mots et les images ne peuvent décrire réellement ce qui s’est passé dans les deux camps durant les nuits de jeudi à vendredi et de vendredi à samedi (5). Selon les sources, le nombre de victimes civiles palestiniennes atrocement mutilées et massacrées dans ces deux camps varie entre 700 et 3500 morts. L'intervention militaire israélienne au Liban proprement dite (Paix en Galilée) a fait 20 000 morts civils libanais et palestiniens (6). Ni Israël, ni les phalanges chrétiennes responsables de cette moderne barbarie n'ont été condamnés bien évidemment.

     

    C'est dans ce contexte qu'il faut situer l'action des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL) et d'autres organisations palestiniennes qui ont décidé de frapper les intérêts sionistes et américains partout à travers le monde. Effectivement en janvier 1982 les FARL, dont la justice française soupçonne Georges Ibrahim Abdallah d'en être le dirigeant, revendiquent l'assassinat de Charles Robert Ray attaché militaire adjoint à l'ambassade américaine à Paris et membre de la CIA. En avril de la même année, elles revendiquent un deuxième attentat.Yvan Barsimantov, agent du Mossad et secrétaire adjoint à l’ambassade d’Israël à Paris, tombait lui aussi sous les balles des FARL : «Nous, Fraction Armée Révolutionnaire Libanaise, nous nous adressons à tous ceux qui condamnent la terreur et le terrorisme, à tous ceux qui militent pour l’abolition de la société d’exploitation et de guerre. Nous avons exécuté YACOV BARSIMANTOV. Nous, nous attaquons ceux qui organisent le génocide du peuple Palestinien. Nous, nous sauvegardons la vie des innocents même au péril de notre propre sécurité» (7). Selon le journal libanais Al Akhbar, l'exécution d'Yvan Barsimantov est le fait de Jacqueline Esber, alias «Camarade Rima» militante communiste des FARL décédée en novembre 2016 au Liban à l'âge de 57 ans (8).

     

    Le 24 octobre 1984, Georges Ibrahim Abdallah est arrêté pour détention de faux papiers d'identité, un passeport délivré légalement par les autorités algériennes. Selon Jacques Attali, Georges Ibrahim Abdallah « n’est inculpé que de faux et usage de faux. Il dispose d’un vrai-faux passeport algérien» (9). Aujourd'hui, 33ans après, Georges Ibrahim Abdallah est toujours en prison. Il est devenu le plus vieux prisonnier politique d'Europe. Son procès a connu de multiples rebondissements et plusieurs chefs d'accusation. Finalement la justice française le condamne en 1987 à perpétuité pour complicité dans les assassinats en 1982 de deux diplomates agents de la CIA et du Mossad.

     

     

    Dans un premier temps Georges Ibrahim Abdallah était défendu par Me. Jean-Paul Mazurier qui a publié avec Laurent Gally, journaliste à Libération, un livre où il reconnaît qu'il travaillait aussi pour les renseignements français (10) ! Toutes les demandes de libération conditionnelle formulées par Georges Ibrahim Abdallah , neuf au total, ont été rejetées alors qu'il était libérable depuis 1999 selon le code pénal français qui rend cette libération possible après quinze ans de détention. Les gouvernements américain et israélien s'opposent farouchement à sa libération. Les États-Unis par exemple, non seulement exercent une pression directe sur le gouvernement français, mais se sont constitués également partie civile dans le procès, phénomène rare dans les annales de la justice. Même l'ancien directeur de la DST Yves Bonnet, qui a participé aux négociations pour libérer Gilles Sidney Peyrolles fils de l'écrivain Gilles Perrault enlevé par les FARL au Liban en échange de la libération de Georges Ibrahim Abdallah, trouve « (...) anormal et scandaleux de maintenir encore Georges Ibrahim Abdallah en prison. Je considère qu'il avait le droit de revendiquer les actes commis par les FARL comme des actes de résistance. Après on peut ne pas être d'accord, c'est un autre débat. Mais il faut se souvenir du contexte, aussi, des massacres de Sabra et Chatila dont les coupables n'ont jamais été punis» (11). Précisons que dans cette affaire de tractations menée par Yves Bonnet, seul Gilles Sidney Peyrolles a été libéré. Georges Ibrahim Abdallah, lui, est toujours en prison. Rien ne peut se faire sans le consentement du pouvoir politique. C'est une justice totalement dépendante du gouvernement, servile serviteur des intérêts de la classe dominante. La séparation des pouvoirs, chère à Montesquieu, reste une chimère dans la démocratie bourgeoise. Le cas de Georges Ibrahim Abdallah est une preuve vivante de cette imbrication des pouvoirs judiciaire et exécutif entre les mains de la classe dominante. Le procès de Georges Ibrahim Abdallah ainsi que son destin se jouent davantage au palais de l’Élysée que dans le palais de justice. Car il ne s'agit pas d'un procès judiciaire mais politique !

     

    Georges Ibrahim Abdallah est un prisonnier politique. Il n'a jamais renié ses convictions communistes et internationalistes ni son combat contre le sionisme et l'impérialisme américain (12). Et ce sont justement ces convictions et ce combat que les États-Unis, Israël et la France s'acharnent à briser en maintenant arbitrairement 33 ans en détention un homme qui leur tient tête. Selon les mots mêmes de Georges Kiejman avocat des Etats-Unis dans ce procès, « Georges Ibrahim Abdallah, c'est quelqu'un de très digne, mais qui se présente aujourd'hui encore comme un militant prêt à reprendre le combat politique» (13). A travers Georges Ibrahim Abdallah c'est en réalité la résistance à Israël que l'on condamne. Georges Ibrahim Abdallah n'est pas condamné selon les règles du droit, il est séquestré par un État dont la soumission aux intérêts sionistes n'est plus à démontrer. Pour la bourgeoisie française et ses gouvernements successifs, le marxiste Georges Ibrahim Abdallah doit mourir en prison.

     

    Les bourgeoisies occidentales sont complices des régimes locaux d'un autre âge qui répriment, pourchassent, emprisonnent et parfois assassinent les militants progressistes et à fortiori communistes dans le monde arabe. Rappelons que ce sont ces mêmes bourgeoisies qui ont sauvé ces régimes de l'effondrement lors des soulèvements populaires de 2011.Voir fleurir des idées laïques dans cette région tourmentée du monde leur est insupportable. Mais en condamnant toutes les voies et toutes les issues progressistes, les bourgeoisies occidentales ont ouvert la boîte de Pandore libérant des monstres qui essaiment et sèment la mort un peu partout dans le monde. Elles s’accommodent davantage avec les idées réactionnaires et obscurantistes qu'avec celles du progrès et des lumières. En plantant une lame au cœur du monde arabe c'est à dire un État au dessus des autres et qui viole au quotidien le droit international, les bourgeoisies occidentales ont en même temps créé sans le vouloir la résistance laïque et progressiste non seulement en Palestine mais aussi dans tout le monde arabe. Cette situation leur est intolérable et inacceptable. Il faut donc soutenir les régimes les plus rétrogrades pour dresser un rempart conte toute résistance communiste ou tout simplement progressiste aussi minime soit-elle. Georges Ibrahim Abdallah fait partie de ces générations de militants marxistes qu'il faut partout traquer, arrêter et emprisonner même si la menace qu'elles représentent est plus que surestimée. Mais l'ennemi matérialiste fait toujours peur !

     

    Il faut sauver Georges Ibrahim Abdallah des griffes de cette classe toujours prompte à accorder son pardon à des hommes politiques qui ont servi ses intérêts. Le cas, parmi tant d'autres, de Maurice Papon est éloquent à cet égard. Rappelons pour mémoire que cet homme est responsable, avec la complicité de l’État français, du massacre de plusieurs dizaines d'algériens en octobre 1961 (14), de celui de Charonne en février 1962 et condamné en 1998 à 10 ans de réclusion criminelle pour «complicité de crimes contre l'humanité» pour avoir organisé l'arrestation et la déportation de 1560 juifs (15). Maurice Papon n'a finalement passé qu' à peine trois ans en prison. Il est mort paisiblement pendant son sommeil en 2007. Georges Ibrahim Abdallah, lui, doit rester et mourir en prison. Seule une lutte organisée et efficace peut renverser le rapport de force et le sauver de cette lente mort carcérale à laquelle l'a condamné cette classe hideuse . Il faut populariser son combat ainsi que celui des collectifs qui le soutiennent et qui se trouvent aujourd'hui aux quatre coins du monde. Il faut partout dénoncer cette injustice et exiger la libération de Georges Ibrahim Abdallah. La bourgeoisie française qui espère le voir mourir en prison, doit comprendre que «les révolutionnaires ne meurent Jamais».

     

    Mohamed Belaali

     

     

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    * http://blog.mondediplo.net/2013-10-23-Georges-Ibrahim-Abdallah-trentieme-annee-dans-les

     

     

    http://blog.mondediplo.net/2013-10-23-Georges-Ibrahim-Abdallah-trentieme-annee-dans-les

    (1)Les maronites sont des chrétiens d'orient. Ils constituent la plus importante communauté chrétienne du Liban. L’Eglise maronite naît au IVe siècle sous l’impulsion de Saint Maron.

    Voir :http://www.lesclesdumoyenorient.com/Le-Liban-chretien-Bref-historique.html

    (2)http://www.un.org/french/Depts/palestine/history4.shtml

    (3)Ben Gourion, Rebirth and destiney of Israël. Cité par Lotfallah Soliman dans « Pour une histoire profane de la Palestine ». La Découverte, p. 120.

    (4)http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=S/RES/508%281982%29

    (5)Voir Jean Genet, «Quatre heures à Chatila» dans « L’ennemi déclaré ». Textes et entretiens.
    Gallimard. Page 243.

    (6)http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/DA_SILVA/47661

    (7)http://liberonsgeorges.samizdat.net/non-classe/communique-execution-yacov-barsimantov-farl-fraction-armee-revolutionn-2/

    (8)http://www.al-akhbar.com/taxonomy/term/6219

    (9)Jacques Attali, Verbatim, tome l. Deuxième partie Chronique des années 1983-1986, Fayard,

    Paris, 1993, p. 1 180.

    (10)«L’Agent noir. Une Taupe dans l’Affaire Abdallah», Robert Laffont, Paris, 1986.

    http://www.ina.fr/video/CPB87005104

    (11)http://www.ladepeche.fr/article/2012/01/07/1255561-yves-bonnet-raconte-les-dessous-de-l-affaire-abdallah.html

    (12)http://liberonsgeorges.samizdat.net/category/ses-declarations/

    (13)http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/10/25/georges-ibrahim-abdallah-le-plus-vieux-prisonnier-politique-d-europe_3502926_3224.html

    (14)Jean-Luc Einaudi «La bataille de Paris, 17 octobre 1961». Éditions du Seuil, 1991.

    https://www.youtube.com/watch?v=0D6MAtV2jkI&feature=youtu.be

    (15)http://www.humanite.fr/bordeaux-les-oublis-de-maurice-papon-qui-deporta-1-560-juifs-dun-trait-de-plume-548186

     

     

     

     

     

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    1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 12:34

    Le candidat du Cac 40 sera probablement Président de la République. Il s'agit d'un «coup d'Etat» habilement orchestré par le pouvoir financier et patronal au profit d'une minorité d'exploiteurs. Si Macron est élu, il prolongera l’œuvre de destruction et de liquidation, entamée par Sarkozy et Hollande, de ce qui reste encore des avancées sociales arrachées de haute lutte aux patrons par des générations successives de travailleurs. Macron appliquera avec zèle une politique de paupérisation systématique des classes populaires et l’enrichissement d’une minorité d'oppresseurs.

    Pour produire l'illusion du changement et donner l'impression de créer quelque chose de tout à fait nouveau, Macron et son équipe doivent travestir la réalité. Les nouveaux serviteurs pour se distinguer des autres, doivent jouer une nouvelle comédie sur la scène politique française.

    La classe dominante peut s’estimer heureuse ! Après le chiraquisme, le sarkozysme et le hollandisme qui l’ont comblée au- delà même de ses espérances, voilà le macronisme qui s’apprête à son tour avec un dévouement singulier à servir les mêmes maîtres. Étrange démocratie qui, avec la complicité d'une majorité, sert toujours les intérêts d'une minorité !

     

    Le discours, le style, les apparences de ces serviteurs de la bourgeoisie sont différents. Mais il ne s'agit là que d'un déguisement qui reflète plus ou moins nettement le fond commun : servir la même classe sociale qui les place à tour de rôle, dans des circonstances différentes, à la tête de l’État.

    Pour la classe dirigeante, Macron est l'homme de la situation d'autant plus qu'il est présenté comme un rempart contre le Front national. Il est capable de préserver les intérêts des riches tout en faisant croire aux masses populaires qu’il entreprend des réformes en leur faveur. Le sarkozysme et le hollandisme ont fait leur temps. Ils ne correspondent plus à la nouvelle réalité de la lutte des classes. Place au macronisme, aux nouveaux serviteurs de l'ordre établi.

     

    Pour placer Macron à la tête de l'Etat, la classe dominante, à travers ses médias et ses instituts de sondages exerce une terrible pression sur les citoyens. Hommes et femmes politiques, journalistes, artistes, sportifs et autres intellectuels sont ainsi mobilisés pour «faire barrage» au Front national. La propagande bat son plein. Les grands médias, tous entre les mains des groupes industriels et financiers, incitent la population à voter plutôt Macron que Le Pen. Le joker Front national sera utilisé le moment venu pour servir les mêmes intérêts. Les valeurs républicaines sont brandies de manière incantatoire. Toute voix discordante qui appelle au boycott, à l'abstention et au vote blanc est suspectée, marginalisée ou tout simplement censurée. Il faut, vaille que vaille, voter Macron.

    Tous les moyens, petits et grands, sont utilisés pour répandre «la vérité» de la classe dirigeante et faire élire le candidat des riches perpétuant ainsi les privilèges et les injustices de l'ordre établi.

     

    Le parti d'extrême droite était présenté durant toute la campagne électorale comme un parti normal et son nationalisme xénophobe et antisémite, édulcoré, banalisé. Les sondages annonçaient Marine Le Pen présente au deuxième tour d'une manière continue. Le parti d'extrême droite bénéficiait d'une couverture médiatique impressionnante. L'hydre Front national était grassement nourri pour servir d'éventail entre les deux tours, facilitant ainsi l'élection du candidat des puissants, Emmanuel Macron. La classe dirigeante après avoir tout fait pour que Marine Le Pen soit présente au deuxième tour, «diabolise» hypocritement maintenant le Front national. La bourgeoisie dont le fascisme et le nazisme sont sortis de ses entrailles, en période de crise, feint de découvrir que le Front national peut être dangereux.

     

    Macron, Le Pen sont deux têtes du même monstre, le capitalisme. Ils sont le produit authentique de la dictature du capital. Ils sont les ennemis du peuple. Les travailleurs et les salariés en général doivent s'attendre, après Chirac, Sarkozy et Hollande, à un quinquennat effroyable avec la poursuite des politiques d'austérité et de liquidation des acquis sociaux. Les conséquences seront terribles pour la population : chômage de masse, précarité, destruction des services publics, démantèlement de ce qui reste encore du droit du travail et du système de retraite par répartition basé sur la solidarité entre générations entraînant inévitablement l'augmentation du nombre de personnes cumulant vieillesse et pauvreté. Cette misère des classes populaires n'a d'égale que la richesse d'une classe de parasites dont Macron est aujourd'hui le porte parole politique. Sombre avenir pour une partie de la population de plus en plus importante.

     

    Macron ou Le Pen utiliseront l'Etat et son appareil idéologique et répressif pour masquer cette cruelle réalité afin d'éviter toute révolte et toute résistance d'envergure. Macron ou Le Pen maintiendront l'état d'urgence et rétabliront le service militaire. La guerre et la négation de la vie est une caractéristique fondamentale du système qu'ils servent, le capitalisme. Ils vont contrôler, surveiller, ficher, réprimer, bref il vont terroriser les citoyens qui refusent de courber l’échine. Les richesses doivent, sous le règne de Macron ou de Le Pen, rester concentrées entre les mêmes mains.

     

    Sous le régime de Macron ou de Le Pen, Les travailleurs, les salariés en général, la jeunesse et tous les progressistes doivent partout amplifier la guerre sociale. Car l'un ou l'autre, même si il y a une différence de degré et non d'essence, sont les ennemis du peuple et du progrès. Il faut éviter de reproduire l'erreur de 2002. Les partis et les organisations qui se réclament de la classe ouvrière doivent mener des luttes quotidiennes pour améliorer temporairement la situation des masses populaires sans jamais renoncer au combat politique de classe contre classe.

     

    Mohamed Belaali

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 13:02

    Montres de luxe, costumes sur mesure payés par des richissimes amis, travail non identifiable de l'épouse et des enfants, mise en examen pour détournement de fonds publics, mensonges sur la valeur réelle du patrimoine, refus de se rendre devant les juges etc., voilà quelques unes des caractéristiques du trio préféré de la bourgeoisie française pour l'élection présidentielle. Et il ne s'agit là que de l'arbre qui cache la jungle des magouilles et des scandales financiers en tout genre d'une partie de la classe politique sans foi ni loi qui s'agrippe de toutes ses forces à ses privilèges. Macron, Le Pen et Fillon qui peuvent paraître différents dans leur style, leurs mots d'ordre et leurs discours, partagent en réalité le même fond commun, servir les puissants.

    Les citoyens sont ainsi fortement incités à choisir un président de la République parmi ces personnages grotesques et corrompus. Plus les dates des élections s'approchent, plus ces «chiens de garde» du capital aboient à longueur de journée et de nuit dans les médias. La propagande et l’endoctrinement deviennent permanents, intenses, futiles et cyniques. Les moyens de communication de masse, notamment la télévision, sont ainsi utilisés massivement par la classe dominante pour tromper et anesthésier une population déjà traumatisée et démobilisée par le chômage et la précarité.

     

    Marine Le Pen est assurée, selon les sondages fabriqués de toutes pièces, de participer au second tour alors que les citoyens n'ont pas encore voté. Peu importe, il faut qu'elle soit, vaille que vaille, au deuxième tour.

    Son parti est présenté par les médias comme un parti normal, un parti somme toute comme tous les autres. Son nationalisme xénophobe et antisémite est édulcoré et banalisé : le musulman remplace le juif, «la race germanique» devient «français de souche», «La grande Allemagne», c'est «la grandeur de la France» et la République a pris la place du «Reich» (1). Les mots utilisés par le père comme «l'immigration massive et sauvage» ou «les chambres à gaz ne sont qu'un détail de l'histoire» sont adoucis. Marine, sa fille, parle plutôt de communautarisme, de laïcité, du terrorisme islamique etc. (2). Mais il ne s'agit là que des mots qui travestissent la réalité pour mieux masquer la vraie nature de ce parti dangereux. Si le Front national est partout dans les médias aujourd'hui, c'est que la classe dominante, en période de crise, a besoin d'instrumentaliser ce genre d'organisations pour, en dernière analyse, maintenir l’accumulation et la concentration de la richesse entre les mêmes mains. Elle a besoin d'inventer des boucs émissaires qui lui permettent d’occulter sa responsabilité dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît la France aujourd’hui.

    Pour reconquérir une «opinion publique» traumatisée par les différents plans d’austérité des gouvernements Sarkozy/Hollande et dégoûtée par le comportement d’une classe politique corrompue et totalement soumise aux intérêts d’une minorité de très riches, la bourgeoisie française invente des ennemis et montre du doigt l’Immigré, le Musulman, le Noir, le Réfugié, le Sans-papiers etc. comme responsables de tous les maux de la France. La fabrication des boucs émissaires permet également de décharger la colère populaire sur les victimes de la crise tout en épargnant ses véritables responsables.

    L'hydre Front national remplit aussi une autre fonction pour la classe dominante, servir d'épouvantail pour mieux placer à la tête de l'Etat un autre président qui servira, dans des conditions plus apaisées, ses intérêts.

     

    François Fillon est le candidat de cette vieille bourgeoisie française conservatrice et catholique peu attirée par l'extrême droite. Une partie des classes populaires trompée par le discours démagogique de Marine Le Pen ne se reconnaît pas dans la rhétorique du châtelain. Par contre, son combat pour des valeurs traditionnelles (contre le mariage homosexuel, contre l’interruption volontaire de grossesse et l’adoption, contre «la théorie du genre» etc.), ses convictions religieuses qu'il étale à la moindre occasion lui attirent la sympathie d'une droite réactionnaire qui aimerait faire tourner la roue de l'histoire en arrière. Manif pour tous, Sens commun et tous les réseaux de la droite catholique se mobilisent pour l'homme aux costumes à 50 000 euros.

    Cependant ses valeurs conservatrices ne correspondent pas vraiment à son programme économique ultra-libéral (3) qui plaît au patronat et à une droite plus ouverte sur les évolutions de la société (4).

    Fillon et la bourgeoisie qu'il représente vivent dans un autre monde. Leur vénération pour l'argent et le profit les rend imperméables aux injustices, aux inégalités et à l’irrationalité du capitalisme qui produit en même temps richesses pour une minorité et misère pour la majorité de la population. Ils exigent des autres des sacrifices qu'ils sont incapables d'appliquer pour eux-mêmes.

    Le progrès social, la sécurité sociale, les services publics etc. ne sont pour eux que des mots vides de tous sens. Fillon le janséniste aime l'argent, le luxe mais méprise les classes populaires à qui il promet une austérité thatchérienne. Manoir, montres de luxe, costards de luxe, voitures de sport, etc. sont exhibés fièrement alors qu'une frange de la population, hélas, de plus en plus grande vit dans la misère et la détresse. Quel contraste entre les valeurs proclamées par la République et les pratiques réelles de ses dirigeants !

     

     

    Macron se distingue nettement des deux autres candidats préférés par la bourgeoisie surtout que Marine Le Pen et François Fillon fleurtent avec Moscou. Emmanuel, atlantiste et européiste, est paré de toutes les vertus : il est jeune, beau, intelligent, compétent, pragmatique, charismatique, moderne et tutti quanti... Mais cette richesse dans le vocabulaire contraste avec la misère morale et politique de ce pur produit du patronat, ennemi du peuple et du progrès. Derrière cette image joviale de Macron, se cache en réalité le visage hideux de la finance.

    Emmanuel Macron a tout pour lui, l'argent des chefs d'entreprises et des banquiers, les médias, les instituts de sondage, les économistes, les intellectuels, les hauts fonctionnaires, les fondations, les think tank, et bien sûr les hommes notamment ceux, nombreux, qui sont à la fois «socialistes» et «macronistes» à l'image du plus célèbre d'entre-eux, Manuel Valls (5). Victor Hugo parlait de Napoléon (le petit) en ces termes: «M. Louis Bonaparte a réussi. Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte» (6).

    Son programme économique ressemble, pour l'essentiel, étrangement à ce que les gouvernements successifs appliquent depuis belle lurette : baisse de l'impôt sur les sociétés (de 33,3 % à 25%), réduction des charges pour les entreprises, flexibilité accrue du marché du travail, assouplissement de la loi sur les 35 heures, réduction des dépenses publiques, suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, suppression de l'Impôt de solidarité sur la fortune et, dans un autre domaine, davantage d'autonomie pour les établissements scolaires pour ne citer que ces quelques propositions (7).

    On trouve également dans le programme de Macron cette idée intéressante, la collaboration de classe :«Concilier les attentes des salariés, des dirigeants et des actionnaires» (8). l'Etat «macronien» veut donc «concilier» les contradictions de classes pour mieux détourner les travailleurs et les salariés en général de ce combat de classe contre classe. Or les classes dans le système capitaliste sont inconciliables. L’entente des classes est une chimère, une rêverie produite et entretenue par les classes exploiteuses. Elle est contredite chaque jour par les faits.

    Triste France ! Les puissants s'apprêtent à mettre à la tête d'une République affaiblie un homme qui, si par malheur est élu, prolongera l’œuvre de destruction et de liquidation entamée par Sarkozy et Hollande de ce qui reste encore des avancées sociales arrachées de haute lutte aux patrons par des générations successives de travailleurs. Macron appliquera avec zèle et dévouement une politique de paupérisation systématique des classes populaires et l’enrichissement d’une minorité de puissants. Il se présente comme un prestidigitateur habile attirant et fixant par un tour extraordinaire l’attention des classes populaires sur les quelques aspects plutôt positifs de ses promesses électorales pour mieux cacher sa véritable mission, servir la classe dominante.

     

    Macron, Le Pen, Fillon trois ennemis du peuple et du progrès. Leur mission essentielle est de servir encore et toujours les puissants. Pour les plus démunis, pour les travailleurs, ils n'ont absolument rien à offrir à part les mensonges, les promesses, les illusions et la répression en cas de résistance et de révolte. La démocratie bourgeoise, même si elle reste utile pour arracher quelques avancées économiques et sociales, ne peut jamais traduire la volonté réelle et les aspirations profondes de la majorité des travailleurs et des salariés en général. Macron ne peut rien faire d'autre que d'exécuter les ordres de l'Union européenne, de la finance internationale, des multinationales, bref de ceux qui l'ont créé et propulsé sur le devant de la scène politique. Ce sont eux qui détiennent la réalité du pouvoir. Le Président, le Gouvernement et le parlement ne sont que des paravents derrière lesquels se cachent les véritables détenteurs du pouvoir. Ils ne sont que les gestionnaires des intérêts de la classe dominante. Et comme disait Marx et Engels il y a longtemps «Le gouvernement moderne n'est qu'un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise toute entière» (9).

     

    Mohamed Belaali

     

     

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    (1)http://lmsi.net/Du-programme-electoral-du-parti

    (2)Voir sur ce sujet « Marine Le Pen prise aux mots. Décryptage du nouveau discours frontiste» de Cécile Alduy et Stéphane Wahnich.

    (3)https://www.fillon2017.fr/projet/

    (4)http://www.francetvinfo.fr/replay-radio/l-interview-eco/pierre-gattaz-medef-le-programme-de-francois-fillon-va-vers-le-plein-emploi_2097219.html

    (5)Voir entre autre :

    https://www.mediapart.fr/journal/france/050317/emmanuel-macron-embarrasse-par-ses-millions?page_article=1

    https://www.legrandsoir.info/l-arnaque-emmanuel-macron-de-a-a-z.html

    (6))Victor Hugo : « Napoléon le Petit ». Réédité chez Actes Sud (2007), par Jean-Marc Hovasse.

    (7)https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme

    (8)Voir objectif 3 https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/entreprises

    (9)K Marx, F Engels : «Manifeste du parti communiste ».

     

     

     

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