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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 16:54

 

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Les habitants de Marinaleda poursuivent avec toujours autant de courage, d'enthousiasme et de détermination leur originale et formidable expérience. Ils savent combien les autres communes souffrent des conséquences de la crise à répétition du capitalisme et des politiques désastreuses du gouvernement espagnol. Ce n'est pas un hasard s'ils ont infligé une lourde défaite au PSOE aux élections municipales du mois de mai dernier (1). En cet été 2011, Marinaleda foisonne de projets et de rêves pour améliorer encore et encore la situation matérielle et intellectuelle de l'ensemble de ses habitants. Ces projets et ces rêves collectifs permettent à Marinaleda d'avancer sur le chemin du progrès et de réaliser des avancées sociales concrètes sans lesquelles la démocratie reste un concept creux sans contenu réel.


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Nouvelles maisons à 15 euros

 

En face de l'Ayuntamiento (mairie), de nouvelles maisons à 15 euros par mois viennent s'aligner à côté des anciennes permettant ainsi aux familles entières d'ouvriers de bénéficier concrètement de ce droit vital dont parle l'article 25.1 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. A Marinaleda, le logement cesse d'être une marchandise qui s'achète et se vend sur le marché, avec les terribles conséquences économiques et sociales que l'on connaît, et devient un droit tangible. Il ne s'agit nullement d'une quelconque propriété privée, mais d'un droit d'utiliser le logement par l'habitant et ses descendants sans jamais le posséder. Et comme l'écrivait K. Marx dans les Manuscrits de 1844 «La propriété privée nous a rendus si stupides et si bornés qu'un objet n'est nôtre que lorsque nous le possédons»!

 

Mais le logement aussi vital soit-il ne suffit pas à assurer une vie décente aux ouvriers et aux ouvrières de Marinaleda. Il faut le compléter par l'emploi. Ici, les habitants ne connaissent pas le chômage et ses drames humains qui ravagent l'Espagne et toute l'Europe. La crise du capitalisme et les politiques ultralibérales du Parti Socialiste Ouvrier d'Espagne (PSOE) au pouvoir ont privé des millions d'espagnols de leur travail et les ont jetés dans la misère. L' Andalousie compte, à elle seule, 1 200 000 hommes et femmes sans emplois et 3 000 000 de pauvres. Des milliers de familles qui ne peuvent plus rembourser leurs emprunts aux banques, sont jetées dans la rue. Beaucoup de chômeurs des communes proches viennent travailler à Marinalida notamment l'été où l'activité agricole le permet. D'autres sans emploi viennent de plus loin, du Maroc, de la Roumanie et même de la Grèce! Les habitants et l'équipe municipale font de leur mieux pour satisfaire tout le monde dans la mesure du possible. Le village travaille d'arrache-pied pour pouvoir multiplier par deux le nombre d'emplois dans l'industrie agro-alimentaire. Une nouvelle coopérative vient d'être créée ce qui porte leur nombre total à huit unités. Les ouvriers et les ouvrières de Marinaleda projettent également d'augmenter la capacité productive des coopératives déjà existantes en investissant massivement dans le progrès technique. Le surplus dégagé par l'activité des coopératives est automatiquement réinvesti pour créer toujours plus d' emplois conformément à leur projet collectif initial élaboré lorsqu'ils ont récupéré les terres au Duc de l’Infantadoaprès une longue lutte pacifique. Ici il n'y a ni bénéfices à réaliser ni dividendes à distribuer. Seuls comptent la création massive d'emplois

et le bien être des travailleurs. 

 

 

Et ce qui est vrai du logement et de l'emploi, ne l'est pas moins des autres réalisations sportives et intellectuelles indispensables pour le bien être et le développement individuel et collectif de tous. Marinaleda est déjà riche en équipements collectifs : piscine, complexe sportif, garderie, bibliothèque, parc naturel, amphithéâtre pour spectacles, services à domicile pour personnes âgées etc. etc. Tous ces équipements et ces services sont offerts gratuitement ou quasi-gratuitement à l'ensemble des habitants. Mais le conseil municipal et les assemblées générales, sans relâche, proposent, débattent décident de nouveaux projets, de nouvelles constructions, de nouvelles améliorations et agrandissements des équipements existants. La quête du bien être de l'ensemble des habitants est ici une lutte et une construction permanente. Ainsi, il a été décidé que la magnifique piscine de Marinaleda devait servir toute l'année et non seulement durant la période estivale. Les travaux de la première phase de cette nouvelle piscine couverte ont déjà commencé. Elle comportera une zone pour la pratique de la natation et une autre sera réservée aux personnes, pour des raisons médicales, nécessitant une rééducation.

 

Marinaleda s'est équipée également de toutes les installations nécessaires pour pouvoir offrir Internet gratuitement à l'ensemble de ses habitants leur facilitant ainsi l'accès aux moyens modernes de communications et partant une certaine ouverture sur le monde.

Le conseil municipal et les assemblées générales projettent aussi d'équiper, dans un premier temps, tous les édifices publics, le complexe sportif, les prochaines maisons à 15 euros et la Résidence des personnes âgées, de capteurs solaires. Ce projet, avec la collaboration étroite de la commune limitrophe de Matarredonda, s'inscrit dans un vaste programme d'utilisation des énergies alternatives (solaire et éolienne) pour atteindre l'autosuffisance énergétique.

Par ailleurs, une partie des retraités dispose depuis cet été de ce que l'on appelle ici «huertos sociales»(jardins sociaux). Il s'agit de parcelles de terre offertes gratuitement à chaque retraité pour cultiver ce que bon lui semble. Ces «jardins sociaux»constituent non seulement une espèce de «thérapie active» pour les personnes à la retraite, mais aussi une occasion pour la commune de tester et d'utiliser les techniques de l'agriculture biologique. La commue compte généraliser ces «jardins sociaux» à l'ensemble des retraités de Marinaleda.

D'autres projets sont prévus ou en voie de réalisation dans cette commune andalouse de 3000 habitants, comme par exemple, cette nouvelle Résidence pour personnes âgées en voie de construction et qui a coûté quatre millions d'euros à l'ensemble des habitants. Il s'agit d'un hommage collectif rendu aux anciens qui ont tant lutté et tant souffert de la misère avant la récupération des terres. Marinaleda fête d'ailleurs tous les ans la journée des personnes âgées en leur offrant, à chacune d'entre elles, un cadeau symbolique en signe «d'affection et de respect».


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L'amphithéâtre au milieu du parc

 

Est-ce à dire que tout va bien à Marinaleda? Loin s'en faut ! Les ouvriers et les ouvrières qui dirigent la petite ville ne prétendent nullement à l'infaillibilité, caractéristique détestable des dirigeants bourgeois. Ils essaient par leur travail quotidien, humblement, modestement d'améliorer leur situation matérielle et culturelle. Toutes leurs décisions sont prises démocratiquement et dans la transparence la plus totale. Leurs paroles et leurs actes, y compris leurs défaillances, sont affichés et mis à la disposition de tous. Et il reste encore beaucoup de choses à faire ou à améliorer. Même si le domaine de la Santé par exemple relève des attributions du gouvernement espagnol, Marinaleda manque cruellement de médecins et d'infirmières. Les habitants le savent et tentent de suppléer l'absence de l'État occupé en ce moment à privatiser ce domaine vital. Ils ont engagé exactement

1 250 000 euros pour créer un nouveau «dispensaire» ouvert à tous (Nuevo consultorio médico de Marinaleda). Ils luttent également, avec les autres communes de la région, pour améliorer l'état désastreux des urgences médicales existantes qui sont considérées par les habitants comme «des attentats contre la vie et la santé pour tous ceux qui ont le malheur de tomber malade».

 

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Slogan mural sur l'avenue principale

 

Il reste certainement encore beaucoup de chose à faire ou à améliorer à Marinaleda. Mais combien de communes en Andalousie et dans toute l'Espagne voire dans toute l'Europe offrent-elles un emploi et un logement quasi-gratuitement à leurs habitants? Combien de communes ont-elles pu traduire autant de projets sociaux dans la réalité la plus concrète? Combien de communes où le maire et les conseillés municipaux, pour les charges qui leurs incombent, ne touchent le moindre centime d'euro, ne bénéficient du moindre privilège et consacrent leur temps et leur énergie à lutter côte à côte avec l'ensemble des habitants pour le bien être de tous? Ici il n' y a ni corruption, ni corrompu. Il n'y a que des hommes et des femmes qui par leur lutte et leur travail au jour le jour construisent ensemble, à leur échelle, avec courage et détermination une autre société radicalement différente de la société capitaliste.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Aux élections municipales et régionales du mois de mai 2011, le PSOE a perdu deux sièges sur les quatre qu'il possédait auparavant. Ainsi les représentants des ouvriers et des ouvrières agricoles menés par Juan Manuel Gordillo occupent désormais neuf sièges, au lieu de sept, sur onze que compte le conseil municipal de Marinaleda.

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 12:27

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Quartier populaire par excellence de Tanger, Béni Makada s'est distingué par son rôle avant-gardiste dans la contestation de la situation politique actuelle au Maroc. Personne ne connaît avec précision le nombre d'habitants de cet immense quartier prolétaire. Et son développement anarchique se poursuit toujours. Il attire vers lui une main-d'œuvre essentiellement féminine bon marché venue de tout le Maroc. Les chômeurs de toute la région du nord et les petits paysans, chassés de leur terre par les promoteurs immobiliers et les hauts propriétaires terriens, viennent s'ajouter à une population déjà pléthorique de ce faubourg frondeur.

 

Dès l'aube, une véritable agitation s'empare de Béni Makada. Ouvrières et ouvriers par groupes , poches en plastique à la main contenant le repas de la journée, s'entassent dans des fourgonnettes qui vont les disperser dans les différentes usines des secteurs textile-habillement, câblages automobile, agroalimentaire, métallurgie etc.. Un peu plus tard, sur l'artère principale du quartier, femmes de ménage, peintres en bâtiment, maçons, carreleurs, plombiers et autres électriciens s'alignent sur le trottoir avec leurs instruments de travail pour vendre leur «savoir faire» à d'éventuels clients. Le quartier s'anime davantage encore avec l'ouverture des magasins, des boutiques des commerçants, des marchands ambulants de fruits et légumes et surtout avec cette catégorie particulière de vendeurs, poussés par la misère et le chômage, qui étalent à même le sol toute sorte de marchandises possibles et imaginables: des vêtements neufs ou d'occasion, des lunettes, des jouets pour enfants, des médicaments, des chaussures, des crèmes solaires, des produits de beauté, des livres, etc. etc. Le cri des vendeurs entremêlé aux klaxons des bus, des taxis et des voitures qui ont du mal à circuler donne une allure singulière à cette immense avenue.

 

C'est au bout de cette Avenue que se trouve la grande place du quartier baptisée pour la circonstance «Place du Changement». C'est sur cette fameuse place poussiéreuse, depuis le 20 février 2011, que des hommes et des femmes anonymes et assoiffés de dignité se rassemblent tous les dimanches à 18h pour une longue marche pacifique. La manifestation ne réunissant que quelques centaines de personnes au début, grossit au fur et à mesure qu'elle traverse les autres quartiers populaires pour finir au centre-ville de Tanger avec plusieurs milliers de contestataires faisant ainsi de ces marches pacifiques hebdomadaires parmi les plus importantes du Maroc. Au passage des manifestants dans chaque quartier, des groupes entiers avec leurs étendards, banderoles et pancartes se joignent au cortège accueillis par les applaudissements des marcheurs. Ici ou là cependant, quelques rares «provocateurs» lancent des insultes et des pierres sur les contestataires ou sur les «forces de l'ordre», mais sont rapidement repérés et maîtrisés par un efficace «service d'ordre» du Mouvement du 20 février et les manifestants reprennent alors leurs slogans devenus désormais classiques :«silmiya, silmiya» (pacifique, pacifique). Mais le plus souvent, les marcheurs sont applaudis et encouragés du haut des terrasses et des balcons par des sympathisants qui se reconnaissent dans les revendications des jeunes du 20 février. Ces revendications sont d'ailleurs bien résumées dans des slogans simples et populaires scandés d'une manière rythmée par des milliers et des milliers de manifestants : «pourquoi sommes-nous là et pourquoi contestons-nous? Parce que la vie est devenue trop chère pour nous» ou encore « les sardines sont trop chères alors que mon pays est sur deux mers» etc. Mais devant la Wilaya (préfecture), les manifestants ont crié de toutes leurs forces «liberté, dignité, justice sociale», «oh corrompus nous voilà !», «Makhzen dégage», «vive le peuple!» au lieu de l'éternel «vive le roi!», «sa majesté le peuple», «pouvoir au peuple», etc. etc. La remise en cause de la sacralité de la personne du roi, par des opprimés de surcroît , constitue presque un blasphème et en même temps un événement majeur dans un pays où, depuis des siècles, les sujets de sa majesté doivent se prosterner pour prouver leur servitude au commandant suprême.

 

Les masses de Béni Makada et des autres quartiers populaires de tout le Maroc relèvent la tête et défilent dignement contre l'arbitraire. Hommes, femmes et enfants marchent des heures durant avec une discipline remarquable, sans provoquer le moindre débordement, la moindre violence. Celle-ci vient directement ou indirectement du Makhzen. Les masses populaires tant méprisées par le pouvoir font ici preuve d'une maturité politique et organisationnelle magnifique. Le Mouvement est financé essentiellement par les marcheurs eux-mêmes. Il ne possède en tout et pour tout que deux fourgonnettes, dont une a été confisquée par le pouvoir, et quelques haut- parleurs. Mais cette misère matérielle est largement compensée par une conviction implacable dans la légitimité de leurs revendications.

 

 

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Le rôle des femmes, voilées ou non, jeunes ou moins jeunes, dans ces manifestations «dominicales», malgré les pesanteurs sociales très fortes, reste essentiel. Leur présence massive dans ces marches, leur détermination, montrent, si besoin est, combien la femme marocaine aspire, à côté de l'homme, à révolutionner ses conditions d'existence. Elles savent que leur situation est pire que celle des hommes, que le régime ne lâchera rien sans combat, sans résistance et sans sacrifice. Elles ont compris que l'amélioration de leur sort passe par un changement profond et radical, c'est à dire par un réel combat politique. Alors elles ont décidé de se battre courageusement et pacifiquement. Malika, une femme d'un certain âge disait «ici dans notre quartier, nous sommes très nombreuses à avoir refusé d'aller voter pour la nouvelle constitution», et elle ajoute «cette comédie des élections nous a été jouée depuis l'indépendance, il faut que cela change pour de vrai». A côté de malika, une autre femme avec son fils portait une petite pancarte sur laquelle on pouvait lire

«pour la dignité nous nous battons».

 

 

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Ces marcheurs de la dignité du Mouvement du 20 février sont combattus non seulement par le pouvoir, son appareil répressif, ses médias et ses intellectuels, mais aussi par la plupart des partis politiques y compris l'Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) ou encore le Parti de la Justice et du Développement ( PJD islamiste) totalement soumis au Palais et, partant, complétement coupés du peuple et de ses aspirations au changement. Malgré cette coalition des forces réactionnaires, le Mouvement du 20 février arrive à mobiliser une partie de plus en plus importante du peuple marocain. Il est le produit des rapports sociaux, une conséquence de la lutte des classes. Les soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, au Yémen, à Bahreïn etc. n'ont fait qu'accélérer le mouvement de contestation. L'aiguisement de la lutte des classes au Maroc et l'apparition du Mouvement du 20 février ont dépouillé ces partis politiques de leur auréole idéologique et les ont montrés au peuple tels qu'ils sont réellement c'est à dire des partis domestiqués au service d'un pouvoir absolu et corrompu.


 

Béni Makada est plus qu'un quartier entré en résistance pacifique contre l'arbitraire et l'absolutisme, comme il a fait dans le passé contre l'administration internationale de Tanger. Il est la concentration et le reflet de toutes les humiliations, de toutes les injustices et de toutes les souffrances que lui inflige la caste au pouvoir depuis des décennies; il est le miroir de tout le Maroc. Son combat et son espoir pour une nouvelle société est le combat et l'espoir de tout un peuple.

 

Mohamed Belaali


 

 

 

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 17:45

révolu et contre révolu1

 

 

L'étincelle allumée par Mohamed Bouazizi en Tunisie au mois de décembre 2010 a enflammé les masses arabes opprimées du Maroc à Bahreïn, de l'Egypte au Yémen en passant par l'Irak, la Syrie et la Jordanie. Aucun pays n'a véritablement échappé à cette vague de révoltes qui a déferlé sur le monde arabe. Une profonde aspiration à la démocratie et à la dignité s'est emparée des peuples de cette région du monde. Deux dictateurs sont déjà tombés. Le troisième, Ali Abdallah Saleh restera probablement en Arabie Saoudite en compagnie de Ben Ali. En tout cas le peuple du Yémen considère que son départ est sans retour. Mais les révolutions et les contre-révolutions vont de pair. La révolution arabe n'a pas échappé à cette dialectique de la lutte des classes.

 

 

Les classes dirigeantes arabes, avec l'aide de l'impérialisme américain, font tout pour se maintenir au pouvoir, et celles qui l'ont déjà perdu, n'aspirent qu'à le reprendre. Surpris par la rapidité avec laquelle les régimes tunisien et égyptien sont tombés, l'impérialisme américain et son caniche européen tentent de sauver les autres despotes de la colère de leurs peuples. Ainsi ils ont envoyé le 14 mars 2011 l'armée saoudienne à Bahreïn, dans le cadre du Conseil de Coopération du Golfe(CCG), pour briser la révolte du peuple de ce petit royaume et sauver la dynastie des Al Khalifa dont les jours étaient comptés. La place de la Perle, haut lieu de la résistance populaire a été évacuée dans le sang le 16 mars et son monument a été détruit comme l'ont été également plusieurs mosquées. «Tous les moyens, dont les plus abjects et les plus infâmes, sont utilisés pour briser cette magnifique volonté de changement du peuple de Bahreïn»(1). La répression sauvage contre un mouvement pacifique reste la seule arme dont dispose la classe dirigeante et ses alliés extérieurs pour se maintenir au pouvoir. Le 22 juin 2011, un tribunal spécial a condamné à perpétuité huit personnalités, figures emblématiques de la contestation du Royaume. La famille Al-Khalifa poursuit également devant ses tribunaux 48 chirurgiens, médecins, infirmières les accusant de vouloir renverser la monarchie, alors qu'ils ne faisaient que soigner les manifestants pacifiques blessés par les balles de la police du régime. Le silence complice des bourgeoisies américaine et européenne sur les condamnations à mort, les tortures, les assassinats et la répression féroce des manifestations pacifiques, la poursuite devant les tribunaux des médecins etc. montre à quel point l'impérialisme est l'ennemi des peuples, de la démocratie et du progrès.

 

Au Yémen, malgré un puissant mouvement populaire de protestation, Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 1978 n'a pu se maintenir à la tête de l'État que grâce, entre autres, au soutien de Washington. Le dictateur du Yémen est considéré par les américains comme un allié dans ce qu'ils appellent «la lutte contre le terrorisme». Si le peuple du Yémen a enregistré sa première victoire avec le départ de Saleh en Arabie Saoudite pour se faire soigner, le régime et ses institutions sont toujours en place. La contre-révolution menée par les États-Unis et l'Arabie Saoudite vont utiliser la situation chaotique que connaît le Yémen, les divisions qui déchirent les différents acteurs et opposants d'Ali Saleh, la révolte des Houthis au Nord, les sécessionnistes au Sud etc. pour détourner les objectifs de la révolution au profit d'un nouveau régime qui servira leurs intérêts. Selon le New York Times du 8 juin 2011, Washington intensifie ses frappes aériennes au Yémen (2). Encore une fois, la lutte contre Al Qaida sert de prétexte pour s'immiscer dans les affaires intérieures des pays souverains. En fait ce qui intéresse surtout les États-Unis, c'est la situation géostratégique du Yémen. Ce n'est pas la lutte contre le terrorisme qui pousse la bourgeoisie américaine à s'installer dans cette région, mais c'est bel et bien le détroit de Bāb al-Mandab et le Golfe d'Aden, deux voies maritimes par lesquelles transite une partie importante du commerce mondial dont une bonne part de pétrole à destination de la Chine et de l'Europe.

La France, qui a toujours soutenu Ali Abdallah Saleh, n'a pas de présence véritable dans cette région. En échange de quelques contrats liés à la vente du matériel de défense et de sécurité notamment, elle a décoré de la légion d'honneur en 2010 Amar Saleh, neveu du président et directeur-adjoint de la sécurité nationale, qui s'est illustré par sa cruauté dans la répression des manifestants.

De ce chaos yéménite, émerge le mouvement des jeunes révolutionnaires dont le but est de construire un Yémen uni, démocratique et moderne(3). Leur ennemi est le régime d'Ali Saleh qu'ils veulent renverser pacifiquement. La contre-révolution intérieure et extérieure mobilisera tous les moyens dont elle dispose pour contrecarrer et anéantir ce projet révolutionnaire. Seul le temps nous dira si la révolution triomphera de l'ensemble de ses ennemis et mettra le Yémen sur la voie de la démocratie et des réformes sociales progressistes.

 

La situation en Libye est différente de celle de Bahreïn et du Yémen. La fuite de Ben Ali vers l'Arabie Saoudite le 14 janvier 2011 a soulevé un immense espoir de changement dans tout le monde arabe. S'adressant au peuple tunisien non pas pour le féliciter, mais pour regretter le départ de son ami dictateur, Kadhafi déclarait avec beaucoup de mépris et d'arrogance : «Vous avez subi une grande perte (...) Il n'y a pas mieux que Zine(El Abidine Ben Ali) pour gouverner la Tunisie,(...) Je n'espère pas seulement qu'il reste jusqu'à 2014, mais à vie» (4). Ainsi parlait Kadhafi de la révolution tunisienne. Pour lui comme pour tous les dictateurs, le pouvoir n'est pas un moyen mais une fin en soi; le pouvoir pour le pouvoir. Après 42 ans de règne sans partage, la Libye de Kadhafi est encore une société archaïque et tribale alors que le pays regorge de pétrole et de gaz naturel. Kadhafi comme l'écrivait à juste titre Samir Amin «n’a jamais été qu’un polichinelle dont le vide de la pensée trouve son reflet dans son fameux «Livre vert» »(5). Tantôt socialiste, tantôt nationaliste, Kadhafi n'a réellement jamais été ni l'un ni l'autre. Bien avant les révoltes des peuples arabes, il avait engagé la Libye sur la voie du libéralisme en ouvrant l'exploitation de sa richesse pétrolière et gazière aux compagnies américaines et européennes. Commence alors une période marquée par les privatisations, les réductions des dépenses publiques et l'explosion du chômage. Ces difficultés économiques et sociales, conséquences des politiques libérales, combinées aux soulèvements populaires qui ont chassé Ben Ali et Moubarak dans la Tunisie et l'Égypte voisines ont probablement entraîné l'explosion de février 2011. Ces événements traduisent en même temps la volonté du peuple libyen, comme les autres peuples de la région, d'un changement profond. Mais la Libye n'est ni la Tunisie ni l'Égypte. Dès le départ, cette aspiration au changement du peuple libyen a été confisquée par des groupes armés qui veulent prendre la place de Kadhafi. Le contraste est saisissant entre les masses tunisiennes et égyptiennes qui ont renversé les deux dictateurs pacifiquement, et le Conseil National de Transition libyen (CNT) livrant une véritable guerre au régime de Khadafi pour s'emparer du pouvoir. Le monde entier a vu ces images d'hommes et de femmes scander à l'unisson «Ben Ali dégage» sur l'avenue Bourguiba, ou sur la désormais célèbre place Tahrir des centaines de milliers d'égyptiens exiger pacifiquement le départ de Moubarak. De la Libye, nous avons surtout vu, avant l'intervention de l'OTAN, des hommes en treillis surarmés, des pick-up équipés d'armes antiaériennes, des ruines, des cadavres, bref des images d'une véritable guerre civile entre l'armée d'un despote et un gouvernement provisoire autoproclamé qui parle au nom des libyens et téléguidé par l'impérialisme américain et européen. Car le CNT n'a pas tardé à faire appel à l'OTAN pour renverser le régime de Kadhafi. Et c'est le Conseil de Coopération du Golfe qui a demandé une réunion extraordinaire de la Ligue arabe et a invité «le Conseil de sécurité de l'ONU à protéger les civils libyens, notamment à l'aide d'une zone d'exclusion aérienne».Ce sont ceux-là mêmes qui massacrent des manifestants pacifiques à Bahreïn et qui exigent la protection des civils en Libye!! Le CCG, instrument de l'impérialisme américain, joue de plus en plus le rôle de la contre-révolution dans le monde arabe.

Depuis son intervention en Libye, combien de victimes civiles innocentes sont tombées sous les bombes de l'OTAN ? Dans la nuit du samedi 18 juin, l'OTAN a mené un raid aérien sur un quartier populaire de Tripoli faisant plusieurs morts dont deux enfants. Les corps ont été retirés des décombres devant la presse mondiale. Il ne s'agit là que d'un crime en plus parmi les innombrables massacres de la bourgeoisie occidentale commis à travers le monde, loin des États-Unis et de l'Europe. En guise de protéger les civils, on les massacre!!

La volonté de l'impérialisme de pomper, à l'instar d'un vampire, le pétrole libyen est sans limite. Il est prêt à sacrifier autant de vies humaines que nécessaire pour assouvir sa soif de l'or noir dont il a besoin pour faire tourner sa machine économique, base matérielle de sa domination (6).

 

En Syrie, le parti Baath est confronté à son tour à cette formidable volonté de changement qui secoue le monde arabe. Le peuple syrien, à l'instar des autres peuples arabes, aspire profondément lui aussi au changement, à la liberté et à la démocratie. Même Bachar Al Assad a reconnu dans son discours du 20 juin 2011 la nécessité des réformes :«le processus de réformes est une conviction totale dans l'intérêt de la patrie et aucune personne raisonnable ne peut aller à l'encontre de la volonté du peuple» disait-il. Mais le parti Baath au pouvoir depuis 1963 peut-il répondre à cette aspiration vusa base sociale petite bourgeoise et sa nature policière dont les deux piliers restent l'armée et les services secrets, les fameuses et redoutables «Moukhabarat»? C'est ce qui explique, entre autres, le nombre important de victimes.

Le Baath syrien s'est éloigné lui-même de sa propre idéologie nationaliste panarabe (une espèce de foi mystique dans la nation arabe) et laïque. La renaissance arabe(baath signifie en arabe renaissance, résurrection) a été abandonnée. Le parti Baath qui était au pouvoir en Syrie et en Irak n'a jamais réussi à unir ces deux pays. La laïcité est restée un concept creux, vide de tout sens et le parti est devenu un instrument entre les mains de militaires assoiffés de pouvoir. Hafez Al Assad est le principal bénéficiaire de cette dégénérescence du parti. La Syrie est devenue la propriété privée du clan Al Assad. La priorité des priorités est de garder le pouvoir non pas pour transformer la société et sortir la Syrie du sous développement en menant des réformes sociales progressistes, mais pour le pouvoir lui-même. La rhétorique anti-sioniste du régime contraste cruellement avec sa passivité face à l'occupation du plateau du Golan par Israël. Le statu quo reste le meilleur garant de l'hégémonie de l'État sioniste dans la région et la négation des droits du peuple palestinien.

Pour Israël, qui semble regretter quelque peu cette remarquable stabilité, l'affaiblissement du régime syrien risquerait de précipiter celui-ci dans les bras de l'Iran, son principal ennemi dans la région.

Mais l'opposition actuelle représente-t-elle vraiment le peuple syrien? Quel est son programme ?

Quelle est l'influence des Frères musulmans, des hommes d'affaires et de la réaction en général au sein de cette opposition? Quel est le rôle de la Turquie dans ce mouvement de protestation? Pour l'instant l'opposition se contente de slogans et de vouloir renverser le régime. La conférence d'Antalya, financée par la riche famille Wassim Sanqar, qui a réuni du 31 mai au 3 juin 2011 quelques centaines d'opposants n'a pas vraiment apporté de réponses à ces interrogations. Toutefois la déclaration finale des participants affirme «le rejet sans équivoque d’une intervention militaire étrangère» (7).

La manipulation de l'opposition par l'impérialisme pour casser l'axe Syrie/ Iran / Hezbollah / Hamas n'est pas à exclure non plus.

 

Au Maroc, le Mouvement du 20 février exige une monarchie parlementaire où le roi règne mais ne gouverne pas. C'est une véritable révolution pour un pays habitué à être gouverné par des rois depuis des siècles.

A la suite des manifestations pacifiques, Mohamed VI est intervenu à la télévision le 9 mars pour annoncer un ensemble de réformes constitutionnelles importantes comme le «renforcement du statut du Premier ministre en tant que chef d’un pouvoir exécutif effectif», la «consolidation du principe de séparation et d’équilibre des pouvoirs», ou encore «l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives» etc. Il a désigné une commission ad hoc pour la révision de la constitution. Le 17 juin le roi du Maroc a présenté le projet de la nouvelle constitution qui sera soumis au référendum le premier juillet 2011. La plupart des partis politiques plus ou moins liés au pouvoir, la Confédération générale des entreprises du Maroc(patronat) ont applaudi chaleureusement ce projet comme d'ailleurs l'Union européenne, l'Administration Obama, l'ONU, le FMI etc.

Par contre, le Mouvement du 20 février estime que ni le discours, ni le projet de la nouvelle constitution ne répondent aux aspirations profondes du peuple marocain à un véritable changement. Pour le Mouvement, la constitution doit être votée par une assemblée constituante elle-même élue démocratiquement. Le Mouvement du 20 février appelle le peuple marocain à poursuivre le combat «historique et pacifique contre l'oppression, la corruption et pour la liberté, la dignité et la justice sociale» par des marches pacifiques dans tout le pays et à boycotter le référendum. Il faut préciser par ailleurs que si la direction de l'Union Socialistes des Forces Populaires (USFP) a appelé à voter pour le projet, sa base notamment sa jeunesse appelle, elle, à voter contre.

De son côté, le pouvoir mobilise tous les moyens dont il dispose y compris le recours au lumpenproletariat pour casser la dynamique créée par le Mouvement et faire voter le projet de la nouvelle constitution.

La résistance au changement est menée sur le plan intérieur, pour simplifier au maximum, par la bourgeoisie marocaine tant industrielle que financière très liée au Makhzen (appareil du pouvoir au Maroc), les grands propriétaires terriens, les partis politiques qui depuis de longues décennies ont accepté les règles du jeu politique tracées par le pouvoir. Sur le plan extérieur, nous retrouvons, comme dans tous les pays arabes, l'impérialisme américain et européen qui sont farouchement contre tout changement aussi minime soit-il. Car le processus de changement en cours est fondamentalement en contradiction avec l'immobilisme et le statu quo garants de leurs intérêts. Face à ce bloc réactionnaire se dresse l'ensemble des couches populaires et même la classe moyenne laminée par la mondialisation capitaliste. Les jeunes issus de ces deux classes dont une bonne partie d'entre eux souffrent du chômage ou survivent avec des petits boulots, sont à la pointe de la contestation. Leur maîtrise de la technologie de l'information et de la communication les a aidés à dépasser l'idéologie dominante véhiculée notamment par les grands médias au service du pouvoir.

 

En Égypte, la contre-révolution est menée par la bourgeoisie (avec toutes ses fractions civiles, militaires, religieuses etc.) et les grands propriétaires terriens. Ces deux composantes de la réaction sont intimement liées à l'impérialisme américain et ses institutions internationales comme le FMI, La Banque mondiale etc. La contre-révolution ne cherche pas à «ressusciter» l'ancien régime qui a fait son temps, mais à limiter l'ampleur des changements démocratiques et surtout détourner les objectifs de la révolution pour sauvegarder ses propres intérêts. Ce bloc réactionnaire utilise non seulement l'État et son appareil, mais également les organisations politiques notamment la confrérie des Frères musulmans pour atteindre ses objectifs. Rappelons que ce courant politique conservateur était le dernier à rejoindre le soulèvement populaire et le premier à le quitter pour aller «dialoguer» avec le vice-président Omar Souleiman qui, dans une ultime tentative de sauver le régime de Moubarak, avait appelé au dialogue national. La révolution égyptienne du 25 janvier est démocratique et non religieuse. Les États-Unis peuvent jouer la carte des Frères musulmans pour éviter une Égypte démocratique qui remettrait en cause les intérêts de l'impérialisme et d'Israël dans la région.

L'Administration Obama ne se contente pas seulement de déverser directement des milliards de dollars sur le nouveau pouvoir égyptien pour le maintenir dans sa dépendance, mais elle utilise également le FMI, ennemi de tous les peuples, pour ancrer l'économie égyptienne dans le libéralisme à travers ses programmes d'ajustement structurel (PAS) condition essentielle de sa dépendance vis à vis de la mondialisation capitaliste. C'est ce qui explique cette précipitation du FMI à accorder 3 milliards de dollars début juin 2011 au gouvernement égyptien. Les monarchies du Golfe, qui jouent le rôle de la contre-révolution dans le monde arabe, ne sont pas en reste. L'Arabie Saoudite et le Qatar veulent également «aider» au redressement de l'économie égyptienne en investissant 14 milliards de dollars notamment dans le secteur de la presse pour mieux contrôler les médias égyptiens et propager leur idéologie réactionnaire. Au sommet du G8 à Deauville, les dirigeants ont évoqué un «partenariat durable» avec les nouveaux régimes tunisien et égyptien.

Conscient des dangers qui guettent la révolution, le peuple d'Égypte descend régulièrement dans la rue pour rappeler au Conseil suprême des forces armées(CSFA), qui dirige la transition, et à la contre-révolution, son attachement aux objectifs de la révolution et qu'il est prêt à se mobiliser massivement à nouveau pour les réaliser. Ainsi une immense manifestation a réuni plusieurs millions d'égyptiens dans tout le pays le vendredi 27 mai. Le 8 juillet 2011, les jeunes révolutionnaires appellent les citoyens à manifester massivement «pour protéger la révolution». Le combat du peuple égyptien pour la démocratie et la justice sociale est un combat permanent.

 

En Tunisie, d'où est partie l'étincelle qui a embrasé tout le monde arabe (8), la contre-révolution est partout. Car si la tête du régime est tombée, son corps est toujours là. Les figures familières de l'ancien régime sont omniprésentes, à commencer par Fouad Mebazaâ l'actuel président par intérim de la Tunisie.Les difficultés économiques constituent un obstacle de taille que la contre-révolution n'hésitera pas à exploiter, d'une manière ou d'une autre, pour briser la jeune révolution tunisienne. C'est aussi un prétexte supplémentaire pour les États-Unis et la France en collaboration avec la bourgeoisie locale d' enfermer la Tunisie dans des stratégies économiques ultra-libérales à travers notamment les prêts du FMI et de la Banque mondiale.

Mais le véritable danger qui guette la révolution tunisienne, et toutes les révolutions en général, est la déception des classes populaires qui voulaient révolutionner leur condition d'existence, et qui constatent que celles-ci n'ont pratiquement pas changé. Elles avaient mis tout leur espoir dans la révolution. Les chômeurs, qui se comptent par centaines de milliers, sont déçus. Beaucoup d'entre eux, tentés par une vie meilleure en Europe (qui les expulse sans scrupules), quittent la Tunisie. Les mesures prises par le gouvernement (allocations versées aux familles pauvres, titularisation d'une partie des précaires dans la fonction publique, subventions des produits de première nécessité, politique de réinsertion des jeunes diplômés à travers le programme Amal etc.)sont peu visibles, car sans effet réel sur les plus démunis. Trotsky avait raison lorsqu'il a écrit en 1926 que «La désillusion d’une partie considérable des masses opprimées dans les acquis immédiats de la révolution et le déclin de l’énergie et de l’activité révolutionnaire de classe engendre un regain de confiance parmi les classes contre-révolutionnaires»(9).

 

La révolution et la contre-révolution dans le monde arabe sont le produit de la lutte des classes. Ce sont les conditions matérielles d'existence inhumaines de larges fractions des couches populaires qui ont produit ces soulèvements. Le refus de la démocratie et la résistance à tout changement des bourgeoisies locales et de l'impérialisme, responsables de décennies entières d'exploitation et d'humiliation, montrent que la révolution est un combat de longue haleine. Mais la contre-révolution a également ses propres limites. Les États-Unis sont empêtrés dans une crise économique et financière dont ils n'arrivent pas à s'en sortir. La chambre des représentants a adopté le 13 juin 2011 un amendement interdisant d'utiliser les fonds pour financer l'intervention en Libye. Les États-Unis n'ont plus les moyens, comme il y a encore quelques années, de leurs ambitions. L'échec cuisant de leurs interventions en Irak et en Afghanistan sont des exemples de l'affaiblissement de l'impérialisme américain. L'Arabie Saoudite elle-même doit affronter le rejet du statu quo et la profonde aspiration au changement du peuple saoudien. Sur les réseaux sociaux, les jeunes s'expriment aussi et préparent l'avenir qui passera nécessairement par la contestation de la monarchie. La convergence des luttes des peuples du sud et du nord de la méditerranée peut ouvrir des perspectives plus lumineuses. Et comme l'écrivait le romancier et journaliste yéménite Ahmad Zein dans sa lettre à Mohamed Bouazizi :

«Plus rien n'est impossible depuis que tu as ouvert la route avec ton corps qui continue de brûler comme une torche de lumière dans l'esprit des peuples».

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Voir «Répression et résistance à Bahreïn» balaali.over-blog.com

 

(2) http://www.nytimes.com/2011/06/09/world/middleeast/09intel.html?_r=1&hp

 

(3) Voir en arabe http://www.facebooom/media/set/?set=a.182693685113633.42241.169040416478960

 

(4) http://www.france24.com/fr/20110115-le-colonel-kadhafi-regrette

 

(5) http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1536

 

(6) Des centaines d'hommes et de femmes notamment des travailleurs africains meurent également en méditerranée en tentant de fuir la Libye. Le Gisti va déposer plainte contre l’OTAN, l’Union européenne et les pays de la coalition en opération en Libye.

http://www.gisti.org/spip.php?article2304

Voir également le témoignage de Donatella Rovera conseillère spéciale d'Amnesty International qui accuse les «rebelles libyens» de commettre des crimes contre les migrants africains, Le Monde du 24 juin 2011 page 5.

 

(7) http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10793#01

 

(8) http://belaali.over-blog.com/article-que-l-etincelle-tunisienne-embrase-tout-le-monde-arabe

 

(9) http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1926/11/lt19261126.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 16:59

 

 

manifestants-place-Tahrir-Egypte-copie-3.jpg

 

Place Tahrir

 

 

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Puerta del Sol

 

 

«Nous sommes plus qu’hier mais moins que demain!» disaient les révoltés espagnols de la Puerta del Sol au centre de Madrid. «La plus grande violence est la pauvreté»scandaient les indignés de la place Syntagma d'Athènes. «A bas la dictature financière!» s'exclamaient les manifestants de Rossio à Lisbonne. Les peuples se réveillent les uns après les autres. Ils sont déterminés à prendre en charge eux-mêmes leur destin pour l'arracher à un système qui tend de plus en plus à dominer et à contrôler la vie des hommes pour mieux la transformer en une vulgaire marchandise. De la Tunisie à l'Égypte, du Maroc au Yémen, de l'Espagne au Portugal, de la Grèce à l'Islande, les citoyens, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, travailleurs et chômeurs relèvent la tête et opposent une magnifique résistance pacifique au pouvoir de leurs gouvernements, élus ou non, qui exécutent servilement les décisions du FMI, de la Banque mondiale, des marchés financiers, des agences de notation, des banquiers etc. La résistance au capitalisme a traversé la méditerranée et s'installe en Europe.

 

Les liens de solidarité et de fraternité entre les peuples en lutte effacent les frontières et les préjugés nationaux qui les séparent et les opposent les uns aux autres. La révolte contre l'injustice et pour la dignité les a unis dans la lutte pour un monde différent et meilleur. Les révoltés de la Puerta del Sol ont reçu ce message de soutien des jeunes révolutionnaires égyptiens de la place Tahrir «Nous, en tant qu'activistes égyptiens, qui avons protesté à Tahrir pendant de nombreuses journées (...) saluons votre lutte. Grâce à notre unité entre les différentes forces et mouvements sociaux(...) nous avons fait un grand pas en avant pour un monde meilleur» (1).

 

Dans le monde arabe, les peuples se soulèvent contre de véritables dictatures, soutenues par les bourgeoisies occidentales, qui les oppriment et les humilient depuis des décennies. En Europe, c'est la dictature de l'argent qui les étouffe et les marginalise. Il s'agit dans les deux cas de deux visages, hideux, d'un même système, le capitalisme. Au Nord comme au Sud, nonobstant les spécificités et les différences importantes de chaque formation sociale locale, ce sont les conditions d'existence réelles qui ont poussé les peuples à se soulever. Ce sont les mêmes vautours qui élaborent lâchement dans l'ombre les différents plans d'ajustement structurel, de rigueur, d'austérité etc. pour affamer les peuples par le biais d'une classe politique corrompue et totalement soumise au diktat du capital. Les peuples l'ont compris. Ils rejettent ces partis politiques qui, une fois au pouvoir, les trahissent systématiquement et appliquent avec un zèle singulier des politiques économiques qui servent uniquement et strictement les intérêts des plus riches. «Nos rêves ne rentrent pas dans vos urnes» disait un slogan de la Puerta del Sol. Il ne s'agit bien sûr que d'un slogan, mais il montre bien la méfiance des citoyensenverscette démocratie du capital qui a enfanté une espèce de dictature imposant aux citoyens de «choisir» entre deux partis qui appliquent la même politique; c'est le parti unique de la bourgeoisie ! «Ce que nous voulons c’est une vraie démocratie, une vraie politique élaborée par les citoyens (...) Le message que nous voulons envoyer c’est que nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiques et des banquiers»disait une indignée de la Puerta del Sol (2).

 

De Ben Ali à Sarkozy, de Moubarak à Zapatero en passant par Socrates et Papandréou,les visages et les situations sont certes différents, mais les politiques imposées sont toujours au service d'une seule et même classe sociale, la bourgeoisie développée ou sous développée. La complicité des dirigeants du Nord avec ceux du Sud est un fait bien établi. Ce n'est pas par hasard quele gouvernement français a soutenu le dictateur tunisien jusqu'au dernier pas dans l'avion qui l'a transporté en Arabie Saoudite, l'autre dictature qui écrase en ce moment même la révolte du peuple de Bahreïn (3). Ce n'est pas par hasard non plus si l'administration américaine a apporté son soutien à Moubarak au mépris des millions d'égyptiens qui demandaient son départ. Et lorsque les peuples relèvent la tête et commencent à camper sur les places publiques et à occuper les rues et les quartiers pacifiquement, les classes dominantes utilisent d'abord leur arme redoutable et efficace, les médias. Leur silence aujourd'hui sur les luttes des peuples arabes et les mouvements d'indignation qui se développent en Espagne, en Grèce et au Portugal notamment, est éloquent. Et si les citoyens continuent ensuite à résister et relèvent le plafond de leurs exigences, la classe politique au pouvoir utilise la répression et la brutalité. Évidemment, la bourgeoisie européenne est plus «civilisée» et sa brutalité est moins «violente» que celle déployée à Bahreïn ou au Yémen par exemple. Mais cela ne l'empêche pas de brutaliser les manifestants pacifiques de la Plaça Catalunya à Barcelone ou de la Bastille à Paris. Silence sur les luttes, répression et brutalité exercées sur des citoyens et citoyennes pacifiques, au Nord comme au Sud de la méditerranée, sont les seules réponses que peuvent offrir les classes dirigeantes aux revendications légitimes des peuples.

 

Les révoltes dans le Monde arabe et en Europe sont le produit des circonstances et des conditions matérielles réelles dans lesquelles, malgré des différences notables, les hommes et les femmes sont méprisés et humiliés. Et c'est contre ces conditions sociales méprisables que les masses se sont soulevées pour les renverser radicalement.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) «Nosotros, como activistas egipcios que protestamos en Tahrir durante muchos días, exigiendo la democracia y la justicia social, enviamos nuestro saludo a vuestra lucha. Con nuestra unidad en Tahrir entre las diferentes fuerzas y movimientos sociales, entre jóvenes y mayores, uniendo a millones de personas pobres y trabajadoras, derrocamos al dictador Mubarak, y dimos un gran paso adelante en la lucha por un mundo mejor» http://tomalaplaza.net/apoyos/

 

(2) http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article415

 

 

(3) voir «répression et résistance à Bahreïn» http://www.legrandsoir.info/Repression-et-resistance-a-Bahrein.html

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 10:15

 

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Assassinats, torture, loi martiale, condamnations à mort de manifestants, censure et poursuite des journalistes, licenciements massifs d'ouvriers, prisonniers politiques par centaines, répression sauvage des manifestations, voilà comment la dynastie des Al Khalifa veut se maintenir, vaille que vaille, au pouvoir. Mais malgré cette répression sans précédent dans ce petit royaume, le peuple de Bahreïn résiste et continue à se battre, d'une manière différente, pour la démocratie et la dignité. Il s'agit d'un combat exemplaire mené par un peuple, armé de sa détermination et de son courage, contre une dictature cruelle utilisant les engins de mort les plus sophistiqués. Dans ce combat inégal et injuste, le régime est soutenu par les États du Golfe et surtout par l'impérialisme américain et européen (1). Les révoltes des peuples arabes ont démontré d'une manière éclatante, une fois encore, la complicité directe ou indirecte des États-Unis et de l'Europe avec les dictatures les plus féroces.


 

Les crimes et les atrocités commis par la dynastie des Al Khalifa contre le peuple de Bahreïn n'ont pas de limites. Même les médecins et les infirmières, qui ont eu le tort de tenter de sauver des vies humaines et de soigner les blessés, n'échappent pas à cette folie répressive. Au mépris de toutes les conventions internationales notamment celle de Genève, les manifestants blessés, ne méritent aucun soin ! Ainsi l'assistance médicale est refusée à tous lesblessés ! La dictature pense aussi que les médecins et l'ensemble des soignants, qui sont parfois arrêtés par l'armée à l'intérieur même de l'hôpital,disposent «de preuves des atrocités commises par les autorités, les forces de sécurité et la police anti-émeute» (2).

Les mosquées ne sont pas épargnées non plus. Toute une campagne de destruction de ces lieux de culte est menée par les autorités (3). Le monument de la place de la Perle, haut lieu de la contestation populaire, a été détruit. La dictature veut effacer tous les symboles de la résistance. Cette place rappelle également la fameuse place Attahrir du Caire témoin éloquent de la chute d'une autre dictature, celle de Moubarak.

Les journalistes qui tentent de dénoncer la répression sont arrêtés et traduits devant les tribunaux, lorsqu'ils sortent vivant de la détention! Karim Fakhrawi, membre du parti d’opposition Al-Wefaq et du directoire du quotidien Al-Wasat, est mort en détention après son arrestation. Les circonstances de son décès n'ont jamais été élucidées. Le correspondant de l'Agence Reuters Frederik Richter a été expulsé. Il faut que cette féroce répression se déroule à huis clos.

 

Après les arrestations et les tortures dans les centres clandestins du régime où quatre personnes ont déjà trouvé la mort, les tribunaux militaires prennent la relève pour juger des civils. Les procès expéditifs qui vont parfois jusqu'à la condamnation à mort des manifestants pacifiques, ont brisé des familles entières (4). En ce moment même, un tribunal militaire juge une vingtaine de leaders de l'opposition au régime; ils risquent la peine de mort.Bref, tous les moyens, dont les plus abjects et les plus infâmes, sont utilisés pour briser cette magnifique volonté de changement du peuple de Bahreïn.

 

Cette répression et cette brutalité contre une population qui manifeste pacifiquement sont pratiquées sous le regard bienveillant des États-Unis et de l'Europe. Le silence des médias bourgeois sur ces exactions dans l'occident civilisé, n'a d'égal que le bruit assourdissant de la propagande qu'ils distillent chaque jour comme un venin dans les cerveaux des citoyens sur les droits de l'homme, la démocratie, la liberté etc.

 

Pour les États-Unis comme pour l'Europe, la liberté, la démocratie, la dignité etc. ne sont que des mots vides de tout sens; mais qu'ils utilisent comme instruments de propagande pour mieux servir leurs propres intérêts. Faut-il rappeler que c’est à Bahreïn que se trouvent le quartier général de la Ve flotte et le port d’attache des bâtiments de guerre américains, et que l'Arabie Saoudite est le chien de garde local des intérêts des États-Unis dont elle représente un élément clé de leur sécurité énergétique? Les dynasties locales qui règnent depuis des siècles sur cette région «bourrée» de pétrole utilisent toutes leurs forces pour briser la moindre velléité de changement qui risque d'emporter leurs immenses privilèges. L'Arabie Saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et Qatar regroupés au sein du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) tentent d'écraser directement ou indirectement tout soulèvement populaire non seulement dans la région du Golfe mais aussi dans tout le monde arabe; c'est la contre-révolution coalisée. Le Conseil cherche à attirer d'autres pays. La Jordanie et le Maroc feront peut-être bientôt partie de ce riche ensemble puisque les discussions sur leur adhésion sont en cours.

 

Le peuple de Bahreïn a été puni pour avoir osé relever la tête et réclamer un État moderne et démocratique. Le châtiment qui lui a été infligé, montre jusqu'à quel degré de cruauté dans la vengeance ces dictatures peuvent s'élever.

 

Cette folle cruauté dans la répression a nettement affaibli la lutte du peuple de Bahreïn, mais elle ne l'a pas écrasée. Tant que la contestation se poursuit, les forces du Conseil de coopération du golfe, dirigées par l'Arabie Saoudite, resteront à Bahreïn a déclaré le chef des armées du royaume. La population continue en effet, dans des conditions extrêmement difficiles, à s'opposer à la dictature. La résistance a pris d'autres formes. Tous les soirs à 22 heures, la population scande sur les toits des slogans contre l'intervention militaire saoudienne et pour le changement du régime. Les manifestations se déroulent souvent la nuit loin de Manama la capitale totalement quadrillée par les forces de «sécurité».

 

Le soulèvement populaire à Bahreïn est le produit de décennies d'injustices, d'oppression et d'humiliations. On peut le réprimer, voire l'écraser, mais il renaîtra, tel un phénix, de ses cendres. Car il est né et a grandi sur le sol du despotisme et de l'arbitraire. Pour l'éradiquer, il faut que les gouvernements extirpent le despotisme et l'arbitraire qui sont les conditions qui leurs permettent de régner.

 

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Voir «L’intervention saoudienne à Bahreïn et le silence complice des bourgeoisies occidentales»

http://www.legrandsoir.info/L-intervention-saoudienne

 

(2) http://bahrain.phrblog.org/ cité par Info-Palestine

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10524

 

(3) While Bahrain demolishes mosques, U.S. stays silent, By Roy Gutman.

http://www.mcclatchydc.com/2011/05/08/113839/while-bahrain-demolishes-mosques

(4) http://www.peinedemort.org/document.php?choix=5095

 

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 06:43

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L'attentat du 28 avril 2011 a fait 16 victimes innocentes. On peut les considérer déjà comme des martyrs des révoltes populaires qui secouent le monde arabe. Quels que soient les commanditaires qui se cachent derrière cet acte odieux, c'est l'aspiration de tout un peuple à plus de dignité et à plus de liberté, portée par un mouvement pacifique, qui est en dernière analyse visée.


L'attentat intervient après trois grandes manifestations qui ont vu descendre dans la rue des centaines de milliers d'hommes et de femmes pour réclamer pacifiquement un véritable changement démocratique et pour un Maroc débarrassé des pratiques du passé qui entravent sa marche vers le développement économique, social et politique.


Le processus revendicatif est enclenché. Et à la veille du premier mai, où la classe ouvrière marocaine se préparait avec d'autres couches du peuple à descendre dans le rue, le pouvoir et le patronat ont décidé d'augmenter les salaires de 15 %, les pensions minimales de 67 %, et les fonctionnaires verront, dès le premier mai, leur rémunération augmenter de 600 DH net (1). Mais la grande victoire du mouvement populaire réside dans son existence même. C'est dans ce cadre général qu'il faut situer l'attentat de Marrakech.

 

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Le Mouvement du 20 février a condamné de toutes ses forces cet acte barbare.Il a organisé le lendemain de l'attentat un rassemblement sur la place «Jemaa el Fna» par solidarité avec les victimes et pour dénoncer cet «acte criminel et revendiquer une enquête judiciaire transparente afin que toute la vérité soit faite» (2).Le Mouvement appelle également à une marche nationale à Marrakech le 8 mai contre la violence d'où qu'elle vienne et pour le changement démocratique(3).

 

Le Mouvement a tiré les leçons de l'attentat de mai 2003 à Casablanca, qui a permis au régime de procéder à des arrestations massives et souvent arbitraires. A la violence desposeurs de bombes répondait la violence de l'État. Les procès expéditifs, menés au nom de la lutte antiterroriste, ont détruit des familles entières qui n'avaient aucun lien avec le terrorisme. Aujourd'hui, le Mouvement, qui a toujours appelé à des manifestations pacifiques, craint que l'appareil sécuritaire du pouvoir n'exploite l'odieux attentat de Marrakech pour briser l'élan revendicatif du peuple marocain. Le réflexe sécuritaire que le Maroc a connu dans le passé risque de se reproduire. Le régime procédera alors à des arrestations des militants et des militantes connus et anonymes, interdira toutes formes de manifestations, musellera la presse indépendante, bref, utilisera toute la panoplie dont dispose l'appareil policier et répressif pour casser la dynamique du changement enclenchée par le Mouvement du 20 février. Dans ce cas, le Maroc fera un énorme bond en arrière sans pour autant mettre un terme aux activités des poseurs de bombes. La répression n'a pas pas empêché les attentats de se produire. La meilleure manière peut-être, sinon de mettre un terme à la violence et à l'obscurantisme, du moins de diminuer leur acuité, est de répondre aux revendications du peuple à plus de dignité, de démocratie et à plus de justice dans la répartition des richesses. Ces valeurs restent un rempart contre l'injustice et la violence. Une société forte de ses institutions réellement démocratiques résistera nettement mieux aux situations comme celle que vient de connaître le Maroc, qu'une société qui ne compte que sur la police et la répression.

 

Les partisans du tout sécuritaire, à l'intérieur comme à l'extérieur du pouvoir, ne manquent pas au Maroc et déploieront tout leur zèle pour pousser le régime dans cette direction. Ils n'ont aucun intérêt dans le changement qui risque d'emporter dans son sillage tous leurs privilèges et toutes leurs fortunes trop rapidement amassées dans l'opacité la plus totale. Les tentations répressives et sécuritaires sont réelles. Mais cette folle envie de changement qui s'est emparée du peuple marocain sera peut-être plus forte que les forces réactionnaires et rétrogrades qui veulent faire tourner la roue de l'histoire en arrière.


Mohamed Belaali

 


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(1) http://www.medi1.com/infos/actualite/actualite.php?idinf=3472


(2) http://www.20minutes.fr/article/715583/monde-attentat-marrakech-malgre-terreur-le-printemps-maroc-va-continuer

 

(3) http://www.emarrakech.info/Une-marche-nationale-conter-le-terrorisme-a-Marrakech_a55965.html

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 20:57

 

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«Celui qui m'obéit obéit à Dieu et celui qui me désobéit désobéit à Dieu» disait Hassan II en citant le prophète. Selon la constitution, le roi est «commandeur des croyants» et sa personne est « inviolable et sacrée». AuMaroc, l'Islam est religion d'État. Le roi exerce le pouvoir par Dahirs (décrets royaux) qui ne sont susceptibles d'aucun recours. Autant dire que tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du chef de l'État. Les ministres et les députés ne sont que des figurants qui jouent le spectacle de la démocratie sur la scène politique marocaine.C'est contre cette constitution anachronique et pour un changement démocratique réel et profond que le peuple marocain est descendu dans la rue le 20 février 2011. Le vent de révolte et de changement qui secoue le monde arabe, souffle également sur le Maroc.


 

Face à la détermination des manifestants, Mohamed VI intervient le 9 mars 2011 à la télévision et annonce un ensemble de réformes constitutionnelles importantes comme le «renforcement du statut du Premier ministre en tant que chef d’un pouvoir exécutif effectif»,la « consolidation du principe de séparation et d’équilibre des pouvoirs», ou encore «l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives» etc.(1).

 

L’Union socialiste des forces populaires (USFP), le parti de la justice et du développement (PJD, islamiste), l'Istiqlal (nationaliste) et bien d'autres partis politiques classiques plus ou moins liés au pouvoir, ont applaudi chaleureusement le discours royal, qu'ils qualifient d'historique. L'Administration américaine, l'OTAN, l'Union Européenne et le gouvernement français ont également salué ce discours. Il s'agit d'un discours «très courageux et même visionnaire» disait Alain Juppé (2) !

 

Par contre, le discours du roi non seulement n'a pas convaincu les jeunes du Mouvement du 20 février, soutenu par de larges couches du peuple, les syndicats, la gauche radicale, l'Association Justice et Bienfaisance (islamiste) etc. mais il les a déçus. Les jeunes du Mouvement pensent que ce discours ne répond pas aux attentes du peuple marocain. Pour certains d'entre eux comme Nizar Bennamate «La constitution actuelle n'est pas réformable parce qu'elle est féodale, totalitaire, rétrograde, religieuse» (3). Ils exigent une constitution démocratique reflétant et traduisant réellement la volonté du peuple. Elle doit être votée par une assemblée constituante elle-même élue démocratiquement. Au lieu de cela, le roi a nommé «une commission ad hoc pour la révision de la constitution». Il s'agit donc d'une constitution octroyée par le Palais comme d'ailleurs les précédentes. Le Mouvement a appelé à poursuivre le combat en maintenant la manifestation du 20 mars et en appelant à une autre le 24 avril sans compter les sit-in, marches, rassemblements, débats, discussions directes avec les citoyens, communiqués et autres tracts distribués un peu partout au Maroc.

 

 

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Une véritable effervescence s'est emparée du pays : les citoyens et les citoyennes parlent, discutent, débattent et échangent leur point de vue sur les prix des produits de première nécessité qui augmentent sans cesse, sur les salaires de misère, sur le chômage des jeunes et des moins jeunes, sur la corruption qui ronge comme un cancer l'ensemble du corps social, sur les fortunes colossales, injustement bâties, qui côtoient la misère la plus sordide, sur la constitution qu'il faut changer, sur les prisonniers politiques qu'il faut libérer etc. etc. Cette parole confisquée et réprimée depuis des décennies se libère progressivement non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi dans les quartiers populaires, dans les cafés, dans les souks, chez les coiffeurs, dans les salles de conférence etc. Les médias indépendants et même l'audiovisuel public totalement contrôlé par le pouvoir, s'expriment aujourd'hui ne serait-ce que pour demander plus de liberté d'expression : «le contribuable finance ces médias publics, mais ces derniers sont au service du pouvoir officiel» disait Younès Moujahid secrétaire général du Syndicat de la presse marocaine (SNPM). Par deux fois au mois de mars, les journalistes sont descendus dans la rue pour exiger une presse libre et indépendante après avoir apporté leur soutien au Mouvement du 20 février (4).

 

Mais cette «liberté d' expression» reste toute relative. La répression n'a pas disparu et la peur, bien que de plus en plus maîtrisée, est toujours présente. Il faut préciser que juste après le discours royal du 9 mars, une répression sauvage s'est abattue sur les manifestants à Casablanca, Khouribga, Youssoufia, Mohammadia etc. Mais cette violence exercée sur des manifestants pacifiques n'a fait que renforcer la détermination des jeunes du Mouvement du 20 février à continuer leur combat pacifique pour plus de liberté et plus de dignité. Ce qui est nouveau, par contre, c'est que les citoyens osent désormais exprimer leur immense espoir pour un Maroc démocratique débarrassé des politiques et des pratiques qui ne correspondent plus aux temps modernes. Au Maroc, plus qu'ailleurs peut-être, le présent et le passé s'imbriquent l'un dans l'autre; on ne peut parler de l'un sans évoquer l'autre.

 

L'arrivée de Mohamed VI au pouvoir en 1999 après le décès de son père Hassan II avait suscité également un grand espoir de changement démocratique et de rupture avec le passé. Et effectivement, les premières années ont été marquées par des réalisationspolitiques, économiques et sociales importantes. De grands travaux d'infrastructures comme le Port Tanger Med, premier port d' Afrique, les réseaux routiers, autoroutiers et ferroviaires ont étéréalisés ou développés. Le développement du secteur agricole et touristique avec le Plan Maroc vert et Plan Azur traduisent également cette volonté du jeune roi à développer l'économie marocaine qui en avait réellement besoin. L’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) destinée à combattre la pauvreté, la promulgation du code du travail et celui de la famille(Moudawana) sont des avancées sociales incontestables. Le retour des exilés politiques dans leur pays et notamment le plus célèbre d'entre eux Abraham Serfaty, la levée de l'assignation à résidence du guide spirituel de Justice et Bienfaisance Abdesselam Yassine,constituent un acte symbolique fort. Le limogeage du tout puissant ministre de l'intérieur Driss Basri et la création de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) pour faire le bilan des violations des droits humains entre 1956 et 1999 ont renforcé ce sentiment de rupture avec le passé. Mais le régime est resté fidèle à lui-même. L'espoir est retombé.

 

Tous les pouvoirs sont, comme avant, entre les mains du roi, entouré de courtisans qui ne cherchent qu'à s'enrichir. Le gouvernement ne fait qu'exécuter les directives directement venues du Palais. Le parlement n'est qu'une chambre d'enregistrement de la volonté royale. Et ce n'est pas un hasard si à chaque manifestation, les marocains réclament la dissolution du parlement et la démission du gouvernement. Les collectivités territoriales sont strictement contrôlées par le ministère de l'intérieur, lui-même dépendant du Palais. Les résultats des élections sont déterminés d'avance et habilement répartis entre les partis politiques plus au moins soumis au pouvoir. Le jeu politique au Maroc est déterminé, organisé et contrôlé par le régime. La constitution de 1996 qui donne un pouvoir absolu au roi et consacre la sacralité de sa personne n'a pas été modifiée.

 

Les politiques économiques sont souvent décidées, comme par le passé, par les instances internationales comme la Banque mondiale et le FMI à Washington, loin des besoins et des préoccupations du peuple marocain. Ces politiques s'inscrivent dans une stratégie libérale globale : privatisation, vérité des prix, protection du capital privé local et étranger et extraversion poussée de l'économie marocaine basée sur des produits à faible valeur ajoutée. Il va sans dire que les effets traumatisants des plans d'ajustement structurel de ces mêmes institutions que le Maroc applique avec zèle sont supportés par les classes populaires. La paupérisation de l'immense majorité de la population reste la conséquence tangible de ces politiques. Déjà en juin 1981 et en janvier 1984, des révoltes populaires contre l'augmentation des prix des produits de base ( farine, pain, sucre, huile gaz etc.) ont secoué la plupart des villes marocaines faisant plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés. Aujourd'hui le régime, pour éviter toute contagion de la révolution tunisienne et égyptienne au Maroc, a doublé en février 2011, le budget de la Caisse de compensation qui subventionne les produits de première nécessité.

L'échec de ces politiques économiques est aggravé par la généralisation de la corruption qui, à l'instar des métastases, se répand dans tout le corps social. Aucun secteur de la société n'est épargné. Elle est omniprésente. C'est une habitude que l'on accomplit au quotidien. Elle est érigée en véritable institution. Dans ce domaine comme dans d'autres, la classe dirigeante rafle l'essentiel du butin laissant aux petits fonctionnaires le soin de se courber pour ramasser quelques miettes pour compléter leurs salaires de misère (5). L'éradication de la corruption et la traduction devant la justice de celles et ceux qui ont rapidement bâti des fortunes colossales dans l'opacité la plus totale font partie des revendications essentielles du Mouvement du 20 février.

 

Le 24 avril 2011, des hommes et des femmes par centaines de milliers sont descendus dans la rue pour un Maroc nouveau, réellement démocratique, sans prisonniers politiques, sans torture, sans corruption et pour soulager tout le peuple du fardeau de la misère, de l'ignorance, de l'humiliation et de l'arbitraire qui entrave sa marche vers le progrès économique, social et politique.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) Voir l'intégralité du discours : http://www.bladi.net/discours-du-roi-mohamed-vi-9-mars-2011.html

 

(2) http://www.ambafrance-ma.org/new3/spip.php?article9673


(3)http://www.rue89.com/2011/04/17/maroc-le-mouvement-du-20-fevrie

 

(4) http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/03/25/des-centaines-de-journalistes

 

(5) Pour le classement et la note attribuée par pays voir Trancparency International http://www.transparence-france.org/e_upload/pdf/cpi2010_table_2010.pdf

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 06:43

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La Syrie est confrontée à son tour à la vague de révolution qui déferle sur le monde arabe. La République syrienne est dirigée d'une main de fer par la dynastie Al Assad depuis plus de quarante ans. Hafez Al Assad a pris le pouvoir à la faveur d'un coup d'État en 1970 et son fils Bachar lui a succédé après son décès en 2000. Le pouvoir se transmet ainsi de père en fils comme dans une monarchie ! Hafez et Bachar Al Assad ont toujours servi les intérêts des riches marchands et des classes moyennes syriennes au détriment des classes populaires.

La rhétorique anti-impérialiste et anti-sioniste ne doit pas masquer la nature policière du régime. L'impérialisme américain et son caniche israélien ont-ils réellement intérêt à déstabiliser le régime de Bachar Al Assad ? Pour Washington la Syrie est l'un des maillons clef de sa politique proche orientale. Pour Israël, la stabilité du régime syrien permet le statu quo garant de l'hégémonie de l'État sioniste dans la région et la négation des droits du peuple palestinien.

 

 

«Une Syrie sans tyrannie, sans loi d'urgence ni tribunaux d'exception, sans corruption ni vols ni monopole des richesses» disait une des pancartes brandie par des manifestants le 15 mars 2011 à Damas. La manifestation n'a réuni que quelques dizaines de syriens et de syriennes dont de nombreuses familles de détenus politiques. Le 20 mars à Deraa, les manifestants, plus nombreux cette fois, scandaient «Non à l'état d'urgence. Nous sommes un peuple épris de liberté!». La contestation s'est répandue dans tout le pays malgré une répression féroce qui a fait déjà plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés.

 

Le 28 mars, Bachar Al Assad limoge son premier ministre Mohammad Naji Al Otari , à la tête du gouvernement depuis 2003, dans l'espoir de calmer les manifestants. Le 30 mars, Al Assad s'est adressé à son peuple à travers le parlement. Ce qui frappe d'abord l'observateur, même superficiel, c'est la forme : un Bachar sûr de lui, décontracté, souriant et plaisantant avec les parlementaires alors que la répression avait déjà fait des dizaines de morts parmi les manifestants. Les députés l'interrompent pour l'applaudir et pour déclamer des slogans à sa gloire: «Dieu, la Syrie, Bachar et c'est tout» ou encore «Avec nos âmes, notre sang, nous nous sacrifions pour toi Bachar». A l'entrée du parlement, une foule en liesse scandait à peu près les mêmes slogans. Ce culte de la personnalité qui opprime en fait davantage les contestataires du régime que les autres, se retrouve également un peu partout dans le pays à travers notamment les médias et l'omniprésence des portraits du président . Dans tout le monde arabe, les émirs, les présidents et les rois ont élevé les masses dans l'adulation et l'admiration de leur personne. Leurs effigies est partout : sur les grands boulevards, sur les billets de banque, sur les timbres postes, dans les magasins, dans l'administration et surtout sur le petit écran. Ils sont omniprésents et omnipotents. Mais les peuples ne sont pas dupes. Dès les premières heures de chaque soulèvement, ils se précipitent sur ces portraits surannés pour les arracher, les détruire et les brûler. C'était le cas en Tunisie et en Égypte. Mais c'est le cas également aujourd'hui au Yémen, en Libye et en Syrie. Demain, d'autres effigies, peut-être, seront arrachées, détruites...

 

Les révoltes populaires sont toujours considérées par les régimes arabes comme «des conspirations venues d'ailleurs». Leur mépris ici du peuple est total. Ce ne sont jamais, selon eux, des peuples qui se soulèvent contre l'injustice et la tyrannie. Ce ne sont jamais les conditions économiques, sociales et politiques internes qui poussent les populations à la révolte. Mais ce sont toujours, pour ces régimes, les mains de l'étranger qui complotent contre eux :«Je m’adresse à vous à un moment exceptionnel où notre unité est mise à l’épreuve. Une épreuve que les complots ininterrompus contre la patrie l’avaient imposée et que notre volonté, notre cohésion et la volonté de Dieu nous avaient fait à chaque fois réussir à affronter» affirmait Bachar Al Assad devant les députés le 30 mars. Cela ne signifie nullement que l'impérialisme américain et européen ne s'immiscent pas dans les affaires intérieures des pays souverains. Mais l'impérialisme complote non pas contre ces régimes d'un autre âge, mais bel et bien contre les peuples qui veulent justement se débarrasser de la tutelle américaine et européenne et de leurs serviteurs locaux. L'impérialisme est toujours et partout l'ennemi des peuples. Le cas de la Tunisie, de l'Égypte, de la Libye, du Yémen et de Bahreïn etc. sont des exemples édifiants à cet égard.

 

Les révoltes qui secouent le monde arabe aujourd'hui sont les conséquences non pas de complots extérieurs, mais de décennies d'injustices, de marginalisation, d'humiliations, de souffrances, de répression et d'oppression. Les dirigeants arabes ont toujours tourné le dos au peuple. Aujourd'hui ce peuple tant méprisé non seulement se réveille après un long, très long cauchemar, mais il veut renverser tous ces despotes. C'est le rêve de millions et de millions d'opprimés de cette région du monde. Ce rêve fou s'est réalisé contre toute attente en Tunisie et en Égypte. Il se réalisera peut-être demain dans d'autres pays arabes. En tout cas, les peuples offrent généreusement des martyrs par centaines, des blessés par milliers et offriront encore tous les sacrifices nécessaires pour révolutionner leurs conditions d'existence. Face à eux, des régimes qui, pour se maintenir, ne peuvent offrir qu'un semblant de «réformes» et surtout une vraie et féroce répression.

 

Le régime syrien ne fait malheureusement pas exception à cette règle. Toute l'histoire du clan Al assad est marquée par ce rapport très violent avec ses opposants.

En novembre 1970, un groupe de militaires syriens dirigé par Hafez Al Assad, le père de Bachar, renverse le président Noureddine Al Atassi, le gouvernement du premier ministre Youssef Zouyyain et s'empare du pouvoir après avoir éliminé en même temps les éléments progressistes du parti Baas (Renaissance en arabe). Youssef Zouyyain voulait faire de la Syrie «le Cuba du Moyen Orient »; mais le nouveau président ne lui a pas laissé le temps (1). Hafez Al Assad va jusqu'à condamner à mort les fondateurs et idéologues du parti Baas, Michel Aflak et Salah Bitar. En 1980, ce dernier est assassiné en plein Paris. A Hama, en 1982, il est venu à bout de l'opposition islamiste et laïque au prix de milliers de morts. Le régime ne supporte et ne tolère aucune contestation, aucune opposition.

Hafez Al Assad installe ainsi en Syrie un pouvoir personnel et absolu dont les deux piliers sont l'armée et les redoutables services de renseignements, les fameuses «Moukhabarat», qui ont éliminé, emprisonné et torturé un nombre considérable de militants notamment communistes.

 

Hafez Al Assad livre à son fils Bachar une Syrie «purgée» de toute opposition. Seuls les courtisans applaudissant et déclamant des slogans à la gloire du jeune président sont admis à jouer le rôle de ministres, députés, gouverneurs etc. Le pouvoir, lui, est concentré entre les mains de Bachar, de sa famille, de l'armée et des Moukhabarat qu'il contrôle.

 

Cette remarquable stabilité du régime syrien, plus de quarante ans, n'est pas pour déplaire à Washington et à Israël (2). «Israël préfère garder un ennemi stable» disait récemment Ygal Palmor, porte-parole du ministère Israélien des Affaires étrangères sur France Inter (3). Mais ce que craignent surtout les américains et les israéliens c'est l'avènement de sociétés démocratiques non seulement en Syrie mais dans tout le monde arabe. Car ils savent pertinemment que de telles sociétés, contrairement aux dictatures, seront anti-impérialistes et anti-sionistes.



Aujourd'hui, le peuple syrien partage les aspirations au changement des autres peuples arabes. Il continue à descendre dans la rue malgré la répression féroce pour réclamer et obtenir ce changement. La Syrie, qui a vu naître sur son sol de grandes civilisations, sera-t-elle capable aujourd'hui d'enfanter une nouvelle société débarrassée de l'arbitraire et résolument tournée vers le progrès économique, social et politique ?

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) Voir Tariq Ali «Bush à Babylone». La fabrique éditions, page140

 

(2) Cité par Alain Gresh in Révoltes en Syrie http://blog.mondediplo.net/2011-03-28-Revoltes-en-Syrie. Voir également «Aux origines du régime syrien» Eric Rouleau http://www.monde-diplomatique.fr/2006/05/ROULEAU/13486

 

(3) http://sites.radiofrance.fr/franceinter/chro/reporter/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 06:02

 

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La tempête de révolte qui souffle très fort sur le monde arabe risque d'emporter dans son sillage le régime d'Ali Abdallah Saleh. Tous les jours à Sanaa, à Aden, à Al Mukalla et dans toutes les villes du Yémen, les manifestants scandent «le peuple veut renverser le régime». Ali Abadallah Saleh, allié des Etats-Unis dans ce qu'ils appellent «la lutte contre le terrorisme», concept hérité de l'administration Bush, va-t-il être jeté à la poubelle de l'histoire à son tour comme l'ont été avant lui Ben Ali et Moubarak ?

 

La position géostratégique du Yémen inquiète Washington. Sa proximité des régimes

comme le sultanat d'Oman et surtout l'Arabie Saoudite, en pleine phase de succession, dont l'Est du pays connait de timides contestations, préoccupe sérieusement les américains. Mais le Yémen c'est aussi le détroit de Bāb al-Mandab qui commande l'entrée à la mer Rouge et surtout le Golfe d'Aden qui sépare le continent africain du continent asiatique et constitue de ce fait une voie maritime importante pour les échanges mondiaux : «Quelque 22000 navires marchands traversent la zone chaque année, transportant environ 8% du commerce mondial, ce qui comprend plus de 12% du pétrole et de produits finis de l’Extrême Orient vers l’Europe» (1). Autant dire que le Yémen représente un intérêt stratégique évident pour les États-Unis. C'est ce qui explique le silence embarrassé de Washington sur la révolte populaire dans ce pays.

 

Après le massacre du 18 mars 2011 qui a fait, selon l'AFP, cinquante-deux martyrs tombés sous les balles des partisans d'Abdallah Saleh et 126 blessés, Barack Obama a déclaré «je condamne fermement les violences qui se sont produites aujourd’hui au Yémen» et il a exhorté «le président Saleh à tenir sa promesse d’autoriser les manifestations à se dérouler pacifiquement»! Mais il n'est pas question ici d'intervention militaire «pour assurer la protection des civils» et renverser le régime en place comme en Libye. Au Yémen comme à Bahreïn, les populations qui manifestent pacifiquement contre des régimes despotiques et corrompus peuvent se faire massacrer par le pouvoir local ou par les armées étrangères sous le regard bienveillant des bourgeoisies occidentales (2).

 

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Abdallah Saleh est au pouvoir sans interruption depuis 1978 :d'abord président du Yémen du Nord, ensuite du Yémen réunifié en 1990 et enfin président de la République du Yémen en 1994. Depuis cette date, Abdallah Saleh dirige le pays d'une main de fer en s'appuyant sur les membres de sa famille, sur son parti le Congrès Général du Peuple (CGP) et bien sûr sur les forces armées. Toutefois, après la première réunification en 1990, le Yémen a connu «une véritable explosion démocratique(...) Une quarantaine de partis font leur apparition, couvrant tout le spectre imaginable de la vie politique. Près de 130 journaux et magazines voient le jour, certains se signalent par un ton extrêmement critique à l’égard du pouvoir» (3).Mais cette période a été très courte et dès 1991 le climat politique s'est nettement dégradé. Les tensions entre nordistes et sudistes se sont exaspérées et la guerre civile a éclaté en 1994 «gagnée» par le Nord dirigé par Ali Abdallah Saleh.

 

Aujourd'hui, les fondements du régime s'effondrent les uns après les autres. Les réserves comme les revenus du pétrole sont en baisse. Abdallah Saleh n'a plus les moyens d'acheter ses opposants comme par le passé. La corruption et le népotisme font partie intégrante de la politique du régime. La priorité d'Abdallah Saleh n'a jamais été le développement de son pays. Sa préoccupation première est de rester, vaille que vaille, au pouvoir. Le Yémen reste l'un des plus pauvres pays non seulement du monde arabe mais aussi du monde entier.

Les défections dans l'armée se comptent par dizaines. Le général Ali Mohsen al-Ahmar, demi-frère du président, et le général Nasser Ali Chouaïbi ont rejoint le mouvement populaire.

Les cheikhs des tribus, comme le très influent Sadek Al Ahmar, et des dignitaires religieux ont eux aussi lâché Ali Abdallah Saleh.

 

Pourtant, vendredi 25 mars 2011, le régime a réussi à mobiliser des dizaines de milliers de ses partisans. Le président peut encore compter sur plusieurs tribus comme celle de Dhamar ou d'Al Baida. L'appareil sécuritaire, qu'il a forgé patiemment, lui apporte toujours son soutien. Mais pour combien de temps ?

 

Ali Abdallah Saleh, comme tous les dictateurs, s'accroche de toutes ses forces au pouvoir. C'est sa raison d'être! Ici le pouvoir n'est pas un moyen, mais une fin en soi : le pouvoir pour le pouvoir. Mais ce pouvoir montre, chaque jour qui passe, des fissures de plus en plus larges. Le Yémen, comme les autres pays arabes, est touché par cette immense et profonde aspiration à changer les régimes en place qui ont fait leur temps. Ils ne correspondent plus à la marche de l'histoire. Ces régimes constituent un véritable obstacle au développement économique, social et politique. Ils doivent disparaître. Les roues de l'histoire ne tournent jamais en arrière. La véritable place d'Ali Abdallah Saleh, comme celle de tous les despotes arabes, est d'être non pas à la tête de l'État, mais bien à côté de Ben Ali et de Moubarak c'est à dire dans la poubelle de l'histoire.

 

Mohamed Belaali


 

 

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(1) OTAN, le 11 novembre 2008 Nato military visits Beijing to discuss piracy operations http://www.manw.nato.int/pdf/Press%20Releases/NATO, cité par Hélène Nouaille dans «Le Golfe d’Aden, au delà des pirates»

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article437

 

(2) http://www.legrandsoir.info/L-intervention-saoudienne-a-Bahrein

 

(3) Voir «Le Yémen entre démocratie et guerre civile» d'Olivier Dalage http://mapage.noos.fr/odalage/autres/yemen.htm

 

 

 



 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 15:50

 

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( Manifestantes à Manama)

 

L'Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis ont envahi le petit royaume de Bahreïn dans l'indifférence quasi générale. Pourtant l'évolution de la situation et les conséquences qui peuvent en découler sont d'une importance capitale non seulement pour la région, mais aussi pour le monde entier. Il y a trop de pétrole dans cette partie du monde et la moindre étincelle peut embraser tout le Moyen-orient.

 

La révolte des peuples de la région qui veulent se débarrasser des tyrans d'un autre âge peut constituer cette étincelle. A Bahreïn par exemple, la population mène depuis plus d'un mois, un magnifique combat pacifique contre le despotisme de la dynastie des Al-Khalifa au pouvoir depuis trois siècles.

Au Yémen «le peuple veut renverser le régime», c'est ce que réclament les manifestants depuis plusieurs semaines. Ali Abdallah Saleh, surnommé par son propre peuple le «boucher», est au pouvoir depuis 1978 (1978/1990 président du Yémen du Nord et depuis 1990 du Yémen réunifié).

Le même vent de révolte souffle également sur le sultanat d'Oman dirigé depuis 1970 par le sultan Qaboos qui concentre entre ses mains tous les pouvoirs. Ses ancêtres dirigeaient ce petit royaume depuis 1749!

Cette aspiration profonde au changement inquiète évidemment les pouvoirs autoritaires en place, mais surtout l'impérialisme américain et européen. Car des régimes démocratiques, au Yémen, à Bahreïn et à Oman peuvent donner des idées et servir d'exemple aux autres peuples de la région qui subissent la même oppression, les mêmes injustices et les mêmes régimes tyranniques. En Arabie Saoudite, le peuple aspire lui aussi, comme les autres peuples arabes, à une société nouvelle débarrassée du joug de la dynastie des Al Saoud qui domine le pays depuis des siècles. Et il ne faut surtout pas que le peuple saoudien emprunte le même chemin que les peuples voisins et renverse le régime anachronique des Al Saoud serviteur local des États-Unis comme l'a fait le peuple tunisien et égyptien. Faut-il rappeler que sol saoudien renferme les plus importants gisements de pétrole au monde, et que l'Arabie Saoudite est le premier exportateur mondial et le deuxième producteur de l'or noir. Elle est à ce titre un élément clé de la sécurité énergétique des USA. Les américains sont les protecteurs armés de la dynastie saoudienne et leur soutien à la famille royale est inconditionnel.

 

C'est dans ce cadre général qu'il faut situer l'intervention saoudienne et émiratie à Bahreïn le 14 mars 2011, sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe et le silence complice de Washington. Les américains comme les européens qui demandent le départ de Kadhafi et interviennent militairement en Libye, se taisent lamentablement sur cette intervention militaire saoudienne et ne formulent pas les mêmes exigences à l'égard du roi du Bahreïn.

La place de la Perle, au cœur de Manama la capitale de Bahreïn et haut lieu de la révolte populaire, a été évacuée dans le sang le 16 mars 2011. Une répression sauvage s'est abattue sur des hommes et des femmes qui manifestaient pacifiquement contre une dictature. Et la répression se poursuit toujours. Barack Obama a demandé, dans un appel téléphonique, au roi de Bahreïn Hamad Issa Al-Khalifa «un maximum de retenue»!

Alors que l'impérialisme américain et européen interviennent militairement en Libye «pour assurer la protection des civils», la population de Bahreïn, elle, non seulement n'a pas le droit à cette protection, mais on la réprime violemment avec l'aide des armées étrangères sous l'œil bienveillant des États-Unis. Il faut préciser que c'est à Bahreïn que se trouvent le quartier général de la Ve flotte et le port d'attache des bâtiments de guerre américains. Bahreïn occupe également une position stratégique entre l'Arabie Saoudite, l'Irak, le Koweït et l'Iran. Les revendications démocratiques de la population ne pèsent donc pas lourd face aux intérêts de la bourgeoisie américaine. Obama et son administration, qui ne font que gérer les intérêts de la classe dominante américaine, ont choisi le camp de la dictature de la dynastie des Al-Khalifa.

 

«Le boucher» du Yémen, Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 32 ans, continue à massacrer sa propre population avec, là encore, le silence complice des États-Unis et de l'Europe. Rien que pour la journée de vendredi 18 mars, selon l'AFP, la répression a fait 52 morts et 126 blessés. C'est que Abdallah Saleh est considéré comme un allié par les américains dans «la lutte contre Al-Qaïda».

Une fois encore, on invoque l'humanitaire pour intervenir en Libye riche en pétrole, et on soutient des dictatures en Arabie Saoudite, à Bahreïn, à Oman et au Yémen, des régimes qui massacrent leur population. L'humanitaire est ainsi utilisé comme prétexte pour servir les puissants; il est au service du capital (1). Mais à Bahreïn comme au Yémen, la vie humaine n'a pas de valeur tout comme les aspirations des peuples au changement. Seuls comptent les intérêts des riches minorités nationales et occidentales. Pour les défendre, on n'hésite pas à s'allier avec les pires dictatures !

Aux yeux de l'impérialisme, Kadhafi, contrairement aux autres tyrans arabes, n'est pas tout à fait fiable. Le despote libyen, au pouvoir depuis 42 ans, reste pour les occidentaux «un mauvais dictateur». Il faut se hâter à le renverser et s' installer en Libye pour mieux contrôler ses ressources pétrolières et étouffer lesaspirations et le processus démocratique enclenchés par les révolutions tunisienne et égyptienne(2).

 

Les peuples de Bahreïn, du Yémen, de l'Arabie Saoudite et tous les peuples arabes aspirent profondément à se débarrasser des tyrans d'un autre âge soutenus par les bourgeoisies américaines et européennes qui veulent faire tourner les roues de l'histoire en arrière. Il faut partout dénoncer l'impérialisme dont les intérêts sont totalement incompatibles avec ceux des peuples. Et il est également de notre devoir de soutenir les luttes des masses arabes opprimées qui sont déterminées à prendre leur destin en main en offrant généreusement des martyrs par centaines et des blessées par milliers pour une société meilleure.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.legrandsoir.info/L-humanitaire-au-service-du-capital.html

 

(2) http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/03/04/limperialisme-est-lennemi-des-peuples-le-cas-de-la-libye/

 

 

 

 

 

 

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