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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 06:43

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La Syrie est confrontée à son tour à la vague de révolution qui déferle sur le monde arabe. La République syrienne est dirigée d'une main de fer par la dynastie Al Assad depuis plus de quarante ans. Hafez Al Assad a pris le pouvoir à la faveur d'un coup d'État en 1970 et son fils Bachar lui a succédé après son décès en 2000. Le pouvoir se transmet ainsi de père en fils comme dans une monarchie ! Hafez et Bachar Al Assad ont toujours servi les intérêts des riches marchands et des classes moyennes syriennes au détriment des classes populaires.

La rhétorique anti-impérialiste et anti-sioniste ne doit pas masquer la nature policière du régime. L'impérialisme américain et son caniche israélien ont-ils réellement intérêt à déstabiliser le régime de Bachar Al Assad ? Pour Washington la Syrie est l'un des maillons clef de sa politique proche orientale. Pour Israël, la stabilité du régime syrien permet le statu quo garant de l'hégémonie de l'État sioniste dans la région et la négation des droits du peuple palestinien.

 

 

«Une Syrie sans tyrannie, sans loi d'urgence ni tribunaux d'exception, sans corruption ni vols ni monopole des richesses» disait une des pancartes brandie par des manifestants le 15 mars 2011 à Damas. La manifestation n'a réuni que quelques dizaines de syriens et de syriennes dont de nombreuses familles de détenus politiques. Le 20 mars à Deraa, les manifestants, plus nombreux cette fois, scandaient «Non à l'état d'urgence. Nous sommes un peuple épris de liberté!». La contestation s'est répandue dans tout le pays malgré une répression féroce qui a fait déjà plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés.

 

Le 28 mars, Bachar Al Assad limoge son premier ministre Mohammad Naji Al Otari , à la tête du gouvernement depuis 2003, dans l'espoir de calmer les manifestants. Le 30 mars, Al Assad s'est adressé à son peuple à travers le parlement. Ce qui frappe d'abord l'observateur, même superficiel, c'est la forme : un Bachar sûr de lui, décontracté, souriant et plaisantant avec les parlementaires alors que la répression avait déjà fait des dizaines de morts parmi les manifestants. Les députés l'interrompent pour l'applaudir et pour déclamer des slogans à sa gloire: «Dieu, la Syrie, Bachar et c'est tout» ou encore «Avec nos âmes, notre sang, nous nous sacrifions pour toi Bachar». A l'entrée du parlement, une foule en liesse scandait à peu près les mêmes slogans. Ce culte de la personnalité qui opprime en fait davantage les contestataires du régime que les autres, se retrouve également un peu partout dans le pays à travers notamment les médias et l'omniprésence des portraits du président . Dans tout le monde arabe, les émirs, les présidents et les rois ont élevé les masses dans l'adulation et l'admiration de leur personne. Leurs effigies est partout : sur les grands boulevards, sur les billets de banque, sur les timbres postes, dans les magasins, dans l'administration et surtout sur le petit écran. Ils sont omniprésents et omnipotents. Mais les peuples ne sont pas dupes. Dès les premières heures de chaque soulèvement, ils se précipitent sur ces portraits surannés pour les arracher, les détruire et les brûler. C'était le cas en Tunisie et en Égypte. Mais c'est le cas également aujourd'hui au Yémen, en Libye et en Syrie. Demain, d'autres effigies, peut-être, seront arrachées, détruites...

 

Les révoltes populaires sont toujours considérées par les régimes arabes comme «des conspirations venues d'ailleurs». Leur mépris ici du peuple est total. Ce ne sont jamais, selon eux, des peuples qui se soulèvent contre l'injustice et la tyrannie. Ce ne sont jamais les conditions économiques, sociales et politiques internes qui poussent les populations à la révolte. Mais ce sont toujours, pour ces régimes, les mains de l'étranger qui complotent contre eux :«Je m’adresse à vous à un moment exceptionnel où notre unité est mise à l’épreuve. Une épreuve que les complots ininterrompus contre la patrie l’avaient imposée et que notre volonté, notre cohésion et la volonté de Dieu nous avaient fait à chaque fois réussir à affronter» affirmait Bachar Al Assad devant les députés le 30 mars. Cela ne signifie nullement que l'impérialisme américain et européen ne s'immiscent pas dans les affaires intérieures des pays souverains. Mais l'impérialisme complote non pas contre ces régimes d'un autre âge, mais bel et bien contre les peuples qui veulent justement se débarrasser de la tutelle américaine et européenne et de leurs serviteurs locaux. L'impérialisme est toujours et partout l'ennemi des peuples. Le cas de la Tunisie, de l'Égypte, de la Libye, du Yémen et de Bahreïn etc. sont des exemples édifiants à cet égard.

 

Les révoltes qui secouent le monde arabe aujourd'hui sont les conséquences non pas de complots extérieurs, mais de décennies d'injustices, de marginalisation, d'humiliations, de souffrances, de répression et d'oppression. Les dirigeants arabes ont toujours tourné le dos au peuple. Aujourd'hui ce peuple tant méprisé non seulement se réveille après un long, très long cauchemar, mais il veut renverser tous ces despotes. C'est le rêve de millions et de millions d'opprimés de cette région du monde. Ce rêve fou s'est réalisé contre toute attente en Tunisie et en Égypte. Il se réalisera peut-être demain dans d'autres pays arabes. En tout cas, les peuples offrent généreusement des martyrs par centaines, des blessés par milliers et offriront encore tous les sacrifices nécessaires pour révolutionner leurs conditions d'existence. Face à eux, des régimes qui, pour se maintenir, ne peuvent offrir qu'un semblant de «réformes» et surtout une vraie et féroce répression.

 

Le régime syrien ne fait malheureusement pas exception à cette règle. Toute l'histoire du clan Al assad est marquée par ce rapport très violent avec ses opposants.

En novembre 1970, un groupe de militaires syriens dirigé par Hafez Al Assad, le père de Bachar, renverse le président Noureddine Al Atassi, le gouvernement du premier ministre Youssef Zouyyain et s'empare du pouvoir après avoir éliminé en même temps les éléments progressistes du parti Baas (Renaissance en arabe). Youssef Zouyyain voulait faire de la Syrie «le Cuba du Moyen Orient »; mais le nouveau président ne lui a pas laissé le temps (1). Hafez Al Assad va jusqu'à condamner à mort les fondateurs et idéologues du parti Baas, Michel Aflak et Salah Bitar. En 1980, ce dernier est assassiné en plein Paris. A Hama, en 1982, il est venu à bout de l'opposition islamiste et laïque au prix de milliers de morts. Le régime ne supporte et ne tolère aucune contestation, aucune opposition.

Hafez Al Assad installe ainsi en Syrie un pouvoir personnel et absolu dont les deux piliers sont l'armée et les redoutables services de renseignements, les fameuses «Moukhabarat», qui ont éliminé, emprisonné et torturé un nombre considérable de militants notamment communistes.

 

Hafez Al Assad livre à son fils Bachar une Syrie «purgée» de toute opposition. Seuls les courtisans applaudissant et déclamant des slogans à la gloire du jeune président sont admis à jouer le rôle de ministres, députés, gouverneurs etc. Le pouvoir, lui, est concentré entre les mains de Bachar, de sa famille, de l'armée et des Moukhabarat qu'il contrôle.

 

Cette remarquable stabilité du régime syrien, plus de quarante ans, n'est pas pour déplaire à Washington et à Israël (2). «Israël préfère garder un ennemi stable» disait récemment Ygal Palmor, porte-parole du ministère Israélien des Affaires étrangères sur France Inter (3). Mais ce que craignent surtout les américains et les israéliens c'est l'avènement de sociétés démocratiques non seulement en Syrie mais dans tout le monde arabe. Car ils savent pertinemment que de telles sociétés, contrairement aux dictatures, seront anti-impérialistes et anti-sionistes.



Aujourd'hui, le peuple syrien partage les aspirations au changement des autres peuples arabes. Il continue à descendre dans la rue malgré la répression féroce pour réclamer et obtenir ce changement. La Syrie, qui a vu naître sur son sol de grandes civilisations, sera-t-elle capable aujourd'hui d'enfanter une nouvelle société débarrassée de l'arbitraire et résolument tournée vers le progrès économique, social et politique ?

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) Voir Tariq Ali «Bush à Babylone». La fabrique éditions, page140

 

(2) Cité par Alain Gresh in Révoltes en Syrie http://blog.mondediplo.net/2011-03-28-Revoltes-en-Syrie. Voir également «Aux origines du régime syrien» Eric Rouleau http://www.monde-diplomatique.fr/2006/05/ROULEAU/13486

 

(3) http://sites.radiofrance.fr/franceinter/chro/reporter/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 06:02

 

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La tempête de révolte qui souffle très fort sur le monde arabe risque d'emporter dans son sillage le régime d'Ali Abdallah Saleh. Tous les jours à Sanaa, à Aden, à Al Mukalla et dans toutes les villes du Yémen, les manifestants scandent «le peuple veut renverser le régime». Ali Abadallah Saleh, allié des Etats-Unis dans ce qu'ils appellent «la lutte contre le terrorisme», concept hérité de l'administration Bush, va-t-il être jeté à la poubelle de l'histoire à son tour comme l'ont été avant lui Ben Ali et Moubarak ?

 

La position géostratégique du Yémen inquiète Washington. Sa proximité des régimes

comme le sultanat d'Oman et surtout l'Arabie Saoudite, en pleine phase de succession, dont l'Est du pays connait de timides contestations, préoccupe sérieusement les américains. Mais le Yémen c'est aussi le détroit de Bāb al-Mandab qui commande l'entrée à la mer Rouge et surtout le Golfe d'Aden qui sépare le continent africain du continent asiatique et constitue de ce fait une voie maritime importante pour les échanges mondiaux : «Quelque 22000 navires marchands traversent la zone chaque année, transportant environ 8% du commerce mondial, ce qui comprend plus de 12% du pétrole et de produits finis de l’Extrême Orient vers l’Europe» (1). Autant dire que le Yémen représente un intérêt stratégique évident pour les États-Unis. C'est ce qui explique le silence embarrassé de Washington sur la révolte populaire dans ce pays.

 

Après le massacre du 18 mars 2011 qui a fait, selon l'AFP, cinquante-deux martyrs tombés sous les balles des partisans d'Abdallah Saleh et 126 blessés, Barack Obama a déclaré «je condamne fermement les violences qui se sont produites aujourd’hui au Yémen» et il a exhorté «le président Saleh à tenir sa promesse d’autoriser les manifestations à se dérouler pacifiquement»! Mais il n'est pas question ici d'intervention militaire «pour assurer la protection des civils» et renverser le régime en place comme en Libye. Au Yémen comme à Bahreïn, les populations qui manifestent pacifiquement contre des régimes despotiques et corrompus peuvent se faire massacrer par le pouvoir local ou par les armées étrangères sous le regard bienveillant des bourgeoisies occidentales (2).

 

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Abdallah Saleh est au pouvoir sans interruption depuis 1978 :d'abord président du Yémen du Nord, ensuite du Yémen réunifié en 1990 et enfin président de la République du Yémen en 1994. Depuis cette date, Abdallah Saleh dirige le pays d'une main de fer en s'appuyant sur les membres de sa famille, sur son parti le Congrès Général du Peuple (CGP) et bien sûr sur les forces armées. Toutefois, après la première réunification en 1990, le Yémen a connu «une véritable explosion démocratique(...) Une quarantaine de partis font leur apparition, couvrant tout le spectre imaginable de la vie politique. Près de 130 journaux et magazines voient le jour, certains se signalent par un ton extrêmement critique à l’égard du pouvoir» (3).Mais cette période a été très courte et dès 1991 le climat politique s'est nettement dégradé. Les tensions entre nordistes et sudistes se sont exaspérées et la guerre civile a éclaté en 1994 «gagnée» par le Nord dirigé par Ali Abdallah Saleh.

 

Aujourd'hui, les fondements du régime s'effondrent les uns après les autres. Les réserves comme les revenus du pétrole sont en baisse. Abdallah Saleh n'a plus les moyens d'acheter ses opposants comme par le passé. La corruption et le népotisme font partie intégrante de la politique du régime. La priorité d'Abdallah Saleh n'a jamais été le développement de son pays. Sa préoccupation première est de rester, vaille que vaille, au pouvoir. Le Yémen reste l'un des plus pauvres pays non seulement du monde arabe mais aussi du monde entier.

Les défections dans l'armée se comptent par dizaines. Le général Ali Mohsen al-Ahmar, demi-frère du président, et le général Nasser Ali Chouaïbi ont rejoint le mouvement populaire.

Les cheikhs des tribus, comme le très influent Sadek Al Ahmar, et des dignitaires religieux ont eux aussi lâché Ali Abdallah Saleh.

 

Pourtant, vendredi 25 mars 2011, le régime a réussi à mobiliser des dizaines de milliers de ses partisans. Le président peut encore compter sur plusieurs tribus comme celle de Dhamar ou d'Al Baida. L'appareil sécuritaire, qu'il a forgé patiemment, lui apporte toujours son soutien. Mais pour combien de temps ?

 

Ali Abdallah Saleh, comme tous les dictateurs, s'accroche de toutes ses forces au pouvoir. C'est sa raison d'être! Ici le pouvoir n'est pas un moyen, mais une fin en soi : le pouvoir pour le pouvoir. Mais ce pouvoir montre, chaque jour qui passe, des fissures de plus en plus larges. Le Yémen, comme les autres pays arabes, est touché par cette immense et profonde aspiration à changer les régimes en place qui ont fait leur temps. Ils ne correspondent plus à la marche de l'histoire. Ces régimes constituent un véritable obstacle au développement économique, social et politique. Ils doivent disparaître. Les roues de l'histoire ne tournent jamais en arrière. La véritable place d'Ali Abdallah Saleh, comme celle de tous les despotes arabes, est d'être non pas à la tête de l'État, mais bien à côté de Ben Ali et de Moubarak c'est à dire dans la poubelle de l'histoire.

 

Mohamed Belaali


 

 

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(1) OTAN, le 11 novembre 2008 Nato military visits Beijing to discuss piracy operations http://www.manw.nato.int/pdf/Press%20Releases/NATO, cité par Hélène Nouaille dans «Le Golfe d’Aden, au delà des pirates»

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article437

 

(2) http://www.legrandsoir.info/L-intervention-saoudienne-a-Bahrein

 

(3) Voir «Le Yémen entre démocratie et guerre civile» d'Olivier Dalage http://mapage.noos.fr/odalage/autres/yemen.htm

 

 

 



 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 15:50

 

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( Manifestantes à Manama)

 

L'Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis ont envahi le petit royaume de Bahreïn dans l'indifférence quasi générale. Pourtant l'évolution de la situation et les conséquences qui peuvent en découler sont d'une importance capitale non seulement pour la région, mais aussi pour le monde entier. Il y a trop de pétrole dans cette partie du monde et la moindre étincelle peut embraser tout le Moyen-orient.

 

La révolte des peuples de la région qui veulent se débarrasser des tyrans d'un autre âge peut constituer cette étincelle. A Bahreïn par exemple, la population mène depuis plus d'un mois, un magnifique combat pacifique contre le despotisme de la dynastie des Al-Khalifa au pouvoir depuis trois siècles.

Au Yémen «le peuple veut renverser le régime», c'est ce que réclament les manifestants depuis plusieurs semaines. Ali Abdallah Saleh, surnommé par son propre peuple le «boucher», est au pouvoir depuis 1978 (1978/1990 président du Yémen du Nord et depuis 1990 du Yémen réunifié).

Le même vent de révolte souffle également sur le sultanat d'Oman dirigé depuis 1970 par le sultan Qaboos qui concentre entre ses mains tous les pouvoirs. Ses ancêtres dirigeaient ce petit royaume depuis 1749!

Cette aspiration profonde au changement inquiète évidemment les pouvoirs autoritaires en place, mais surtout l'impérialisme américain et européen. Car des régimes démocratiques, au Yémen, à Bahreïn et à Oman peuvent donner des idées et servir d'exemple aux autres peuples de la région qui subissent la même oppression, les mêmes injustices et les mêmes régimes tyranniques. En Arabie Saoudite, le peuple aspire lui aussi, comme les autres peuples arabes, à une société nouvelle débarrassée du joug de la dynastie des Al Saoud qui domine le pays depuis des siècles. Et il ne faut surtout pas que le peuple saoudien emprunte le même chemin que les peuples voisins et renverse le régime anachronique des Al Saoud serviteur local des États-Unis comme l'a fait le peuple tunisien et égyptien. Faut-il rappeler que sol saoudien renferme les plus importants gisements de pétrole au monde, et que l'Arabie Saoudite est le premier exportateur mondial et le deuxième producteur de l'or noir. Elle est à ce titre un élément clé de la sécurité énergétique des USA. Les américains sont les protecteurs armés de la dynastie saoudienne et leur soutien à la famille royale est inconditionnel.

 

C'est dans ce cadre général qu'il faut situer l'intervention saoudienne et émiratie à Bahreïn le 14 mars 2011, sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe et le silence complice de Washington. Les américains comme les européens qui demandent le départ de Kadhafi et interviennent militairement en Libye, se taisent lamentablement sur cette intervention militaire saoudienne et ne formulent pas les mêmes exigences à l'égard du roi du Bahreïn.

La place de la Perle, au cœur de Manama la capitale de Bahreïn et haut lieu de la révolte populaire, a été évacuée dans le sang le 16 mars 2011. Une répression sauvage s'est abattue sur des hommes et des femmes qui manifestaient pacifiquement contre une dictature. Et la répression se poursuit toujours. Barack Obama a demandé, dans un appel téléphonique, au roi de Bahreïn Hamad Issa Al-Khalifa «un maximum de retenue»!

Alors que l'impérialisme américain et européen interviennent militairement en Libye «pour assurer la protection des civils», la population de Bahreïn, elle, non seulement n'a pas le droit à cette protection, mais on la réprime violemment avec l'aide des armées étrangères sous l'œil bienveillant des États-Unis. Il faut préciser que c'est à Bahreïn que se trouvent le quartier général de la Ve flotte et le port d'attache des bâtiments de guerre américains. Bahreïn occupe également une position stratégique entre l'Arabie Saoudite, l'Irak, le Koweït et l'Iran. Les revendications démocratiques de la population ne pèsent donc pas lourd face aux intérêts de la bourgeoisie américaine. Obama et son administration, qui ne font que gérer les intérêts de la classe dominante américaine, ont choisi le camp de la dictature de la dynastie des Al-Khalifa.

 

«Le boucher» du Yémen, Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 32 ans, continue à massacrer sa propre population avec, là encore, le silence complice des États-Unis et de l'Europe. Rien que pour la journée de vendredi 18 mars, selon l'AFP, la répression a fait 52 morts et 126 blessés. C'est que Abdallah Saleh est considéré comme un allié par les américains dans «la lutte contre Al-Qaïda».

Une fois encore, on invoque l'humanitaire pour intervenir en Libye riche en pétrole, et on soutient des dictatures en Arabie Saoudite, à Bahreïn, à Oman et au Yémen, des régimes qui massacrent leur population. L'humanitaire est ainsi utilisé comme prétexte pour servir les puissants; il est au service du capital (1). Mais à Bahreïn comme au Yémen, la vie humaine n'a pas de valeur tout comme les aspirations des peuples au changement. Seuls comptent les intérêts des riches minorités nationales et occidentales. Pour les défendre, on n'hésite pas à s'allier avec les pires dictatures !

Aux yeux de l'impérialisme, Kadhafi, contrairement aux autres tyrans arabes, n'est pas tout à fait fiable. Le despote libyen, au pouvoir depuis 42 ans, reste pour les occidentaux «un mauvais dictateur». Il faut se hâter à le renverser et s' installer en Libye pour mieux contrôler ses ressources pétrolières et étouffer lesaspirations et le processus démocratique enclenchés par les révolutions tunisienne et égyptienne(2).

 

Les peuples de Bahreïn, du Yémen, de l'Arabie Saoudite et tous les peuples arabes aspirent profondément à se débarrasser des tyrans d'un autre âge soutenus par les bourgeoisies américaines et européennes qui veulent faire tourner les roues de l'histoire en arrière. Il faut partout dénoncer l'impérialisme dont les intérêts sont totalement incompatibles avec ceux des peuples. Et il est également de notre devoir de soutenir les luttes des masses arabes opprimées qui sont déterminées à prendre leur destin en main en offrant généreusement des martyrs par centaines et des blessées par milliers pour une société meilleure.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.legrandsoir.info/L-humanitaire-au-service-du-capital.html

 

(2) http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/03/04/limperialisme-est-lennemi-des-peuples-le-cas-de-la-libye/

 

 

 

 

 

 

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 08:22

 

Tu peux élever tes palais sur nos champs

Avec notre labeur et le travail de nos mains

Tu peux lâcher tes chiens dans les rues

Et renfermer sur nous tes prisons

Tu peux nous voler notre sommeil

Nous avons dormi trop longtemps.


         Poème d'Ahmed Fouad Negm chanté par Cheikh Imam.

 

 

Khaled.jpg

 

 

Khaled Saïd est peut-être le Mohamed Bouazizi égyptien. Depuis que la population a découvert les photos insoutenables du visage méconnaissable du jeune homme battu sauvagement à mort en pleine rue par la police de Moubarak, grand ami des États-Unis, de l'Europe et d'Israël entre autres, les manifestations en Égypte n'ont pour ainsi dire jamais cessées. Khaled Saïd est devenu l'icône de la révolution égyptienne comme Bouazizi l'est pour la révolution tunisienne. Mais Khaled Saïd n'est que l'étincelle qui a enflammé tout un peuple qui depuis longtemps souffrait en silence sous le règne du régime de Moubarak.


 

Bouazizi2.jpg

 

Combien d'égyptiens et d'égyptiennes ont été torturés par la police de Moubarak? Combien d'hommes, de femmes et de familles entières ont été brisés par la torture ? Personne ne le sait avec précision. Les tortionnaires égyptiens ont acquis une renommée telle que des pays comme les États-Unis et la Suède, entre autres, extradaient illégalement des détenus présumés «islamistes» vers l'Égypte pour les torturer (1).

Les égyptiens confondaient cette pratique barbare avec le régime lui-même. Ils savent que l'un ne peut se passer de l'autre. Pour se maintenir, le régime avait besoin de terroriser la population et la torture ne pouvait s'exercer efficacement (les experts disent scientifiquement) que par le pouvoir de Moubarak. A la veille de sa chute, le 10 février 2011, alors que tout le monde attendait son départ, Moubarak est apparu à la télévision pour dire … qu'il restait au pouvoir. Pour Moubarak le pouvoir n'était pas un moyen mais une fin: le pouvoir pour le pouvoir !

 

Mais la torture, cette négation totale de l'être humain, n'est pas le seul visage du régime. La corruption constituait l'autre face hideuse de l'Égypte de Moubarak. En 2009 Transparency International classait l'Égypte au 115e rang sur 180 pays. Pendant les dix-huit jours de la révolution, Moubarak et sa famille passaient leur temps à transférer des sommes colossales vers des comptes indétectables à l'étranger. La presse a évalué la fortune du tyran entre 40 et 70 milliards de dollars. Ces chiffres sont peut-être exagérés, mais Moubarak et sa famille utilisaient tout l'appareil de l'État égyptien pour s'enrichir le plus rapidement possible : rentes et prébendes en tout genre, commissions et rétrocommissions en marge de contrats gaziers, d'armements, de vente et d'achat d'entreprises publiques, d' investissements immobiliers dans les États du Golfe etc. etc.(2).

 

Egypte1.jpg

 

La corruption gangrénait non seulement la tête du régime, mais tout le corps social. La corruption, à l'instar d'un cancer, rongeait toute la société égyptienne. Elle se répandait dans la société comme les métastases dans un corps malade. Il n'est pas jusqu'au policier, au douanier, au dernier des fonctionnaires qui ne participait à ce terrible fléau social. La corruption était devenue une quasi-institution . Elle a permis au clan Moubarak d'amasser une fortune qui n'a d'égale que la misère de l'immense majorité des égyptiens.

 

Au Caire par exemple, des milliers et des milliers de citoyens pauvres vivent dans ce que les égyptiens appellent «les cités des morts» c'est-à-dire dans des cimetières ! Pour survivre, les plus pauvres, et ils sont hélas très nombreux (40% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour), vendent, en «pièces détachées», leurs organes: «l’Égypte est régulièrement citée parmi les pays les plus concernés au monde par le commerce d’organes» (3).

 

Il faut dire que les programmes de stabilisation et d'ajustement structurel du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale appliqués avec zèle par le régime de Moubarak ont nettement contribué à cette misère en orientant par exemple la production agricole vers l'exportation au détriment de la culture vivrière, celle qui correspond aux besoins de la population. Les petits paysans sont ainsi arrachés à leur terre, ruinés et remplacés par les gros propriétaires terriens. Ces politiques libérales acceptées déjà par Sadate, qui a remplacé Nasser en 1970, poursuivies par Moubarak ont détruit également ce qui restait encore des services publics de l'Éducation et de la Santé. Les subventions aux produits de première nécessité ont été progressivement supprimées et des pans entiers de l'économie égyptienne ont été privatisés (4).La misère est ainsi devenue le lot quotidien de l'immense majorité du peuple égyptien.

 

C'est ce régime là qui a été porté à bout de bras par les bourgeoisies américaines, européennes et leurs institutions internationales. Le capitalisme et l'impérialisme n'ont jamais été incompatibles avec les dictatures qui sont souvent leurs produits les plus authentiques. Les États-Unis apportaient à l'Égypte de Moubarak une «aide» financière, humaine et surtout militaire qui n'est dépassée que par celle accordée à l'État terroriste d'Israël. Mais la contrepartie était très lourde. Non seulement le pays a perdu toute souveraineté et toute dignité, mais surtout Moubarak, comme Sadate avant lui, a trahi le peuple palestinien. Faut-il rappeler que la cause palestinienne est la cause de tous les peuples arabes ? «La paix» séparée avec Israël (le Traité de paix israélo-égyptien est signé le 26 mars 1979 à Washington à la suite des Accords de Camp David de 1978)est une véritable machine de guerre contre le peuple palestinien. Sadate a payé de sa vie cette trahison. Moubarak qui l'a remplacé en 1981, a approuvé et justifié, au nom de cet accord, les deux invasions du Liban, la féroce répression des Intifadas palestiniennes et les massacres de l'opération «Plomb durci». Il a même entamé, pour plaire à ses maîtres américains et israéliens, la construction d'un mur d'acier souterrain participant ainsi directement à l'étouffement de la bande de Gaza où vivent un million et demi de palestiniens déjà soumis à un terrible blocus de la part d'Israël. Ce blocus, entre autres, donne la mesure de la cruauté des dirigeants de cet État anachronique.

 

La révolution arabe en marche dévoilera davantage encore le visage hideux de l'entité sioniste. Quel contraste, en effet, entre les peuples du monde arabe qui désirent ardemment bâtir une société démocratique débarrassée des despotes d'un autre âge et l'État hébreux dirigé par une équipe d'extrémistes fanatiques, qui construit le «Grand Israël» sur les cadavres des palestiniens. D'un côté, une folle envie de démocratie, de dignité et d'une société meilleure s'est emparée des peuples arabes, de l'autre, Israël qui s'enfonce, chaque jour un peu plus, dans le fanatisme et la barbarie.

 

Si les bourgeoisies occidentales ont tout fait pour maintenir au pouvoir un régime aussi cruel et corrompu que celui de Moubarak, le peuple égyptien, lui, désirait de toute ses forces le renverser. Les égyptiens ne scandaient-ils pas à l'unisson dans tout le pays «le peuple veut renverser le régime» ? Ce slogan a été repris, d'ailleurs, par les peuples arabes en lutte contre leurs tyrans. Le régime de Moubarak a créé une situation insoutenable pour le peuple égyptien. La situation était devenue explosive et elle a effectivement...explosé. Le peuple d'Égypte a su se débarrasser, et d'une manière admirable, de ce régime tyrannique soutenu par les Etats-Unis, l'Europe et Israël. Décidément l'intérêt des peuples et ceux de l'impérialisme et du sionisme sont absolument incompatibles.

 

Torture, corruption, misère et trahison sont les caractéristiques et les fondements du régime de Moubarak. Dignité, liberté, démocratie et solidarité sont les valeurs pour lesquelles le peuple d'Égypte a donné généreusement des centaines de martyrs et des milliers de blessés. Khaled Saïd l'égyptien, Mohamed Bouazizi le tunisien et tous les martyres tombés pour une nouvelle société resteront à jamais gravés dans la mémoire et le cœur des masses arabes opprimées.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) http://www.hrw.org/en/reports/2005/05/09/black-hole

 

(2) http://www.guardian.co.uk/world/2011/feb/04/hosni-mubarak-family-fortune

 

(3)http://blog.mondediplo.net/2009-10-19-Egypte-organes-a-vendre#nb3

 

(4)Pour plus de développement sur cet aspect du sujet, voir Louis Blin:«Le programme de stabilisation et d'ajustement structurel de l'économie égyptienne» :

http://ema.revues.org/index1211.html

 

 

 

 

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 07:58

 

no-foreign-intervention-Libye.jpg

 

Profitant de la révolte du peuple libyen contre le régime de Kadhafi devenu despotique et anachronique, l'impérialisme américain et son caniche européen tentent par tous les moyens d'intervenir en Libye pour installer un régime qui servira leurs intérêts. Leur volonté de pomper, à l'instar d'un vampire, le pétrole Libyen est sans limite. Le peuple libyen serait alors privé de sa révolution, de sa richesse et connaîtrait une situation aussi tragique que celle que subit actuellement le peuple irakien ou afghan par exemple. Les crimes et les ravages de l'impérialisme en Irak, pour ne citer que ce pays, donnent la mesure de la cruauté et de la barbarie dont le capitalisme est capable. Une intervention américaine en Libye risque de briser également cet immense espoir soulevé par la révolution tunisienne et égyptienne dans les masses arabes opprimées pour une société meilleure débarrassée de la domination impérialiste et de ses serviteurs locaux. L'histoire nous a toujours enseigné que l'impérialisme est l'ennemi des peuples.

 

 

La Libye est un pays riche en pétrole et en gaz naturel. Selon l'Agence américaine d'information

sur l'énergie(EIA), le pays produit 1,79 million de barils par jour d'or noir et de gaz naturel et exporte 1 million de barils/jour. La Libye possède des réserves de brut parmi les plus importantes du monde (44 milliards de barils). La Libye produit un pétrole d'une rare qualité (brut léger à faible teneur en soufre)dont le rendement au raffinage est très élevé donc recherché sur le marché.


Cette précieuse énergie est encore indispensable au fonctionnement de la civilisation capitaliste et contribue à l'accumulation du capital au niveau planétaire. L'impérialisme américain se prépare très sérieusement à intervenir dans un pays aussi stratégique que la Libye qui est au cœur de la méditerranée et coincé entre la Tunisie en pleine révolution et l'Égypte dont l'issue de la révolution reste imprévisible. En s'installant en Libye, les États-Unis pourront plus facilement détourner les objectifs d'émancipation de la tutelle impérialiste de la révolution tunisienne et égyptienne.

 

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Hillary Clinton a déclaré publiquement que les États-Unis ont des contacts directs avec les insurgés libyens et que toutes les options pour éliminer Kadhafi du pouvoir restent ouvertes. Mais l'administration d'Obama ne se contente pas seulement de produire des déclarations menaçantes, elle a envoyé au large des côtes libyennes des forces navales et aériennes. Washington examine également la possibilité d'établir ce que les militaires appellent «no-fly zones» (zone d'exclusion aérienne) dans le ciel libyen. Le prétexte humanitaire est lui aussi invoqué, une fois de plus, pour préparer une éventuelle intervention militaire. «L’humanitaire et la guerre sont deux moyens contradictoires mais complémentaires . Il est difficile de distinguer clairement l’humanitaire du militaire tellement les deux instruments sont imbriqués l’un dans l’autre. On fait la guerre au nom de l’humanitaire et on invoque l’humanitaire pour justifier la guerre. Mais l’humanitaire reste souvent subordonné au militaire»(1). Le 28 février 2011, Hillary Clinton déclarait «Nous croyons qu'il y aura des besoins pour aider à des interventions humanitaires, nous savons également qu'il va y avoir probablement malheureusement des besoins pour des missions de sauvetage».

 

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L'histoire du peuple libyen est riche en luttes glorieuses contre l'invasion étrangère. Omar Al Mokhtar (1862/1931) ce «lion du désert», pendu par les italiens, incarnait cet esprit de résistance à l'occupant étranger. Le peuple libyen qui mène aujourd'hui un combat contre un régime qui l'a longtemps effacé, même s'il a accompli de réels progrès dans le passé, doit s'inspirer de cette grande figure de la résistance et s'opposer de toutes ses forces à l'impérialisme. C'est au peuple libyen et à lui seul,qui a déjà donné généreusement des martyrs par centaines, que revient l'immense tâche de faire triompher la révolution libyenne, partie intégrante de la révolution arabe en marche.

Révolutionnaires, progressistes et démocrates, il est de notre devoir de soutenir les masses arabes en lutte et de dénoncer partout l'impérialisme, ennemi de tous les peuples.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.legrandsoir.info/L-humanitaire-au-service-du-capital.html

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 19:16

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Glorieux peuple d'Égypte, tu viens de chasser par ton courage admirable et par ta détermination formidable le plus grand des tyrans du monde arabe. Le pharaon du Nil est tombé. Ta volonté de vivre dans la dignité et ton désir de marcher vers la liberté sont plus forts que tous les impérialismes et tous les gouvernements qui ont honteusement soutenu le dictateur. L'Égypte n'a jamais été aussi belle qu'aujourd'hui. L'Égypte de la révolution est un océan d'espoir pour des millions et des millions d'opprimés du monde arabe.

 

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Tu as renversé l'un des plus despotiques, des plus corrompus et des plus cruels régimes au monde.

Tu viens de donner généreusement une très belle leçon à tous ceux qui méprisent les peuples. Tu leurs a appris que, face aux injustices, face à la tyrannie, les peuples ont toujours le dernier mot. Tu étais le plus fort. Les bourgeoisies américaines et européennes, leurs intellectuels et leurs médias t'ont méprisé, traité d'incapable de mener la moindre révolte, incapable de penser la démocratie et le progrès. « Il faut, hélas, dire ce qui est: beaucoup d'intellectuels pensent au fond d'eux-mêmes que les peuples arabes sont des arriérés congénitaux à qui ne convient que la politique du bâton» (1). Aujourd'hui tu leurs as fait la démonstration magnifique que ce sont les peuples qui font l'histoire.

 

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L'impérialisme américain et européen tremble devant cette formidable révolution qui, bientôt, va balayer tous les régimes despotiques arabes. L'impérialisme a peur de la démocratie. Il a tout fait pour maintenir au pouvoir les pires des dictatures. Il les a armées, financées et portées à bout de bras pour sauvegarder les intérêts d'une poignée de riches américains et européens. Les bourgeoisies occidentales, promptes d'habitude à s'enflammer pour soutenir les changements dans les pays de l'Europe de l'Est, se taisent lamentablement sur les révolutions arabes en cours. Car elles savent pertinemment que la libération des masses arabes opprimées est en contradiction objective avec leurs propres intérêts. L'impérialisme et la bourgeoisie qui le porte sont les amis des dictateurs, des tyrans et les ennemis de la démocratie et des peuples.

 

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( Excuse-moi mon pays d'être arrivée en retard)

 

 

Glorieux peuple d'Égypte, tu es un vrai magicien. Tu as réussi à transformer l'hiver en printemps. C'est le printemps de tous les peuples arabes. Leur hiver était long, triste et leur souffrance terrible, mais aujourd'hui, de Rabat à Beyrouth, de Tunis à Bagdad en passant par Alger et Damas leur joie est immense. Ta révolution est celle de toutes les masses arabes opprimées qui vont certainement suivre ton exemple et se retourner à leur tour contre leurs propres tyrans. La révolution arabe est en marche.

 

 

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Mohamed Belaali

 

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(1) Le Monde du 6/7 février 2011, page 3.

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 07:00

 

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Les événements historiques qui se déroulent sous nos yeux en Égypte montrent d'une manière on ne peut plus criante le mépris de l'impérialisme américain et son caniche européen pour la démocratie et le peuple égyptien. Leur soutien indéfectible au pharaon du Nil et à son régime prouve, s'il en est besoin, que l'impérialisme est l'ennemi des peuples.

 

Que demande le peuple égyptien? Le départ du pharaon. Que répondent Hillary Clinton et Barack Obama ? Moubarak doit engager des réformes démocratiques et répondre aux revendications légitimes du peuple égyptien. C'est donc Moubarak et son régime haïs par le peuple qui doivent mener ces réformes !

 

Quelques heures après les injonctions américaines, Moubarak apparaît à la télévision égyptienne dans la nuit du vendredi au samedi pour dire, conformément aux ordres de ses maîtres, qu'il allait renvoyer le gouvernement et installer une nouvelle équipe gouvernementale. Il a également nommé dès samedi 29 janvier un vice-président Omar Souleimane, un proche qui occupait auparavant le poste de chef des renseignements.

 

Dimanche 30 janvier Hillary Clinton déclarait : «C'est à peine le début de ce qui doit se passer, un processus menant à des mesures concrètes pour aboutir aux réformes démocratiques et économiques que nous avons réclamées, et dont le président Moubarak lui-même a parlé dans son discours».

 

Un peu plus tard, H. Clinton déclare à nouveau «Nous comptons sur une transition ordonnée pour que personne ne vienne combler un vide, pour qu'il n'y ait pas de vide (mais) un plan bien élaboré pour l'avènement d'un gouvernement démocratique participatif».Interrogée sur la chaîne de télévision américaine ABC concernant une éventuelle suspension de l'aide américaine au régime égyptien, elle répond «A l'heure qu'il est, il n'y a aucune discussion concernant une suspension de quelque aide que ce soit». L'administration américaine s'accroche encore de toutes ses forces au tyran du Nil. Mais rien, absolument rien sur la revendication première du peuple égyptien, le départ de Moubarak comme le scandaient les manifestants: « Irhale», «Dégage», « Out» ! Les États-Unis sont résolument du côté du dictateur et contre le peuple égyptien.

 

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Pendant ce temps là, le peuple d' Égypte défie la peur, le couvre-feu, les balles et descend massivement dans les rues du Caire, d'Alexandrie, de Suez, de Port-Saïd, de Mansourah, d'Assiout, de Fayoum, d'Ismaïlia, d'Al Minya etc. pour exiger le départ du pharaon. Et malgré ce rejet massif du pouvoir égyptien par tout un peuple et ces manifestations puissantes montrées par toutes les télévisions et tous les médias du monde, les États-Unis restent fidèles au tyran et à son régime.

 

Quel violent contraste! D'un côté l'impérialisme américain et les gouvernements européens qui soutiennent et s'accrochent désespérément à un dictateur qui a ruiné son pays, affamé son peuple et étouffé toutes les libertés. De l'autre, tout un peuple, des hommes et des femmes par millions qui réclament pacifiquement dignité, démocratie et liberté.

 

Étrange que cette démocratie occidentale qui ne cesse de parler haut et fort de démocratie, et tente, par tous les moyens, de l'écraser lorsque les peuples veulent l'appliquer par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Les cas de la Tunisie et de l'Égypte sont très éloquents à cet égard. La France a tout fait pour maintenir le dictateur Ben Ali au pouvoir et les États-Unis se cramponnent encore au despote du Nil. L'impérialisme est la négation même de tout progrès politique et, partant, de tout progrès économique et social. Il est l'ennemi des peuples. Seules la volonté et la détermination des opprimés à se débarrasser de l'impérialisme et de leurs propres oppresseurs permettront d'instaurer une véritable démocratie.

 

Peuple d'Égypte tu t'es enfin réveillé après une très noire et longue nuit. Le régime de Moubarak t'a obligé et habitué, des décennies entières, à baisser la tête et à courber l'échine. Tu as subi, comme les autres peuples arabes l'exploitation, la misère, l'asservissement, l'humiliation, la marginalisation et la trahison. Aujourd'hui tu as relevé la tête et tu vas bientôt, grâce à ton courage et à ta détermination, déployer dans le ciel lumineux d'Égypte l'étendard de la victoire.

 

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Soldat d'Égypte, retourne ton arme contre le régime qui humilie ton peuple, défend et libère l'Égypte de l'oppression. Ouvrier d'Égypte, révolutionne tes conditions d'existence et guide ton peuple vers la victoire. Tu es l'espoir non seulement pour ton propre pays, mais aussi pour toutes les masses arabes opprimées. Paysan d'Égypte, sème dans cette terre fertile qui est la tienne les graines de liberté, de démocratie et du socialisme.

Soldats, ouvriers, paysans, chômeurs, vendeurs de fruits et légumes, cireurs de chaussures, opprimés d'Égypte vous êtes en train d'écrire une page glorieuse de votre histoire. Demain vous serez maîtres de la situation, maîtres de votre destin.

 

Mohamed Belaali

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 11:28

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(Idha-ch-cha'bu yawman...)

Lorsque le peuple un jour veut la vie
Force est au destin de répondre
Aux ténèbres de se dissiper
Aux chaînes de se briser...

C'est ce poème de A. Chebbi(1) que les tunisiens hommes et femmes, scandaient, la plupart du temps, avec émotion et détermination dans leur lutte magnifique contre le tyran Ben Ali. L'étincelle allumée par Mohamed Bouazizi a enflammé tout un peuple et a emporté l'une des plus cruelles dictatures . Le peuple tunisien vient d'écrire une page glorieuse et lumineuse de son histoire.

 

 

Quelle gifle, quelle belle gifle donnée à tous ceux qui pensent que les révolutions appartiennent à un âge révolu. Ils sont surpris aujourd'hui par les événements historiques qui se déroulent en Tunisie. Ils le seront davantage encore demain lorsque d'autres peuples suivront l'exemple tunisien.

Belle gifle également administrée magistralement par le peuple tunisien à ceux qui propagent l'idée selon laquelle les peuples sont incapables de se débarrasser de leurs dirigeants lorsqu'ils les trahissent. Ils oublient seulement que ce sont les peuples qui font leur histoire, même s'ils ne la font pas dans des conditions et circonstances choisies par eux. La révolution tunisienne vient de le démontrer d'une manière éclatante.

 

La victoire du peuple tunisien,fait unique dans le monde arabe, c'est aussi la défaite totale des bourgeoisies nationales incapables de porter le moindre projet de développement économique et social digne de ce nom. Elles se sont toujours méfiées du peuple. Elles l'ont méprisé, marginalisé et humilié. Les bourgeoisies arabes, en tournant le dos au peuple, se sont littéralement vendues aux multinationales, à la Banque mondiale et au FMI dont elles appliquent avec zèle les programmes d'ajustement structurel. Leur enrichissement rapide et scandaleux est d'autant plus révoltant que l'immense majorité de la population vit dans la misère. Ce sont des bourgeoisies sous développées, parasites, corrompues et, somme toute, inutiles.

 

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Cette belle révolution a montré au grand jour , s'il en est besoin encore, le visage hideux de la bourgeoisie occidentale, notamment française qui a soutenu honteusement le dictateur Ben Ali jusqu'à la dernière minute. Son soutien indéfectible à tous les tyrans de la planète ne faiblira pas avec la chute du despote tunisien; bien au contraire. Elle s'accrochera de toutes ses forces à ceux qui restent encore, et ils sont hélas très nombreux, de peur de les voir disparaître à leur tour. Ces régimes constituent, localement,ses meilleurs alliés pour asservir et piller les richesses des peuples. La démocratie bourgeoise n'est nullement incompatible avec la tyrannie et la dictature. Dès qu'un peuple se soulève pour chasser un dictateur et améliorer sa situation économique, sociale et politique, la bourgeoisie occidentale tente par tous les moyens d'avorter le mouvement populaire et de maintenir, vaille que vaille, le statu quo. L'exemple de la révolution tunisienne est très probant à cet égard. La bourgeoisie occidentale est l'ennemides peuples et du progrès.

 

L' immense espoir que la révolution tunisienne a fait naître dans les masses populaires arabes n'a d'égal que le désespoir et la souffrance qu'elles endurent depuis fort longtemps. Les exemples d'immolation par le feu, même si leur nombre reste pour l'instant très limité, se multiplient un peu partout dans le monde arabe malgré que le suicide est interdit par l'Islam, rappelé à plusieurs reprises, entre autres, par les autorités religieuses d'Al-Azhar. C'est que l'enfer de la situation vécue au jour le jour par la population est réellement insupportable et le désir du changement est immense. Chaque jour les médias arabes font état de nouvelles tentatives. De la Mauritanie à l'Égypte en passant par l'Algérie et le Yémen, on cherche à reproduire le geste de Mohamed Bouazizi. Ces actes tragiques se produisent le plus souvent dans l'espace public, devant la mairie, la préfecture, le commissariat ou devant le parlement, c'est-à-dire devant les symboles du pouvoir en place. «C’était le seul moyen de dénoncer la hogra, le mépris, la mal-vie dans laquelle on s’engouffre» disait Touati Senouci qui a tenté de s'immoler devant la wilaya ( préfecture) de Mostaganem en Algérie. (2). Mohamed Aouichia s'est immolé lui aussi par le feu le 12 janvier 2011. Sur son lit d'hôpital, il explique son geste:«Moi je ne fais pas de politique. Je lutte pour le social et pour avoir un toit où je puisse vivre décemment avec mes enfants. Je pense qu’il n’y a personne qui peut dormir avec sa sœur ou sa fille de 20 ans dans une même chambre. Il y a de flagrantes injustices dans ce pays. Les responsables vivent tous dans de luxueuses villas alors que des centaines de familles vivotent dans des conditions intenables (…) Pour moi El Intisar aou El Intihar, (la victoire ou le suicide)»(2).

 

 

Le monde arabe est en pleine période de gestation. Demain, il donnera peut être naissance à une nouvelle société construite par le peuple et pour le peuple.

Bouazizi, la révolution tunisienne et ses martyrs sont jalousement gardés dans le cœur de tous les opprimés du monde arabe.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) Abou el Kacem Chebbi(1909- 1934) poète tunisien de langue arabe. Les vers cités font partie de l'hymne national de la Tunisie.

(2) http://www.elwatan.com/weekend/7jours/immolation

 

 

 

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 07:03

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Plus de quatre semaines de révoltes populaires, la police tire à balles réelles dans la foule, des morts par dizaines, couvre feu, disparition et exécution des syndicalistes, blogueurs arrêtés etc. etc. Ces événements ne se déroulent ni à Cuba, ni au Venezuela, ni en Bolivie, ni en Chine et ni en Iran mais en...Tunisie! Les pays européens, la France de Sarkozy en tête, promptsd'habitude à s'immiscer dans les affaires iraniennes ou ivoiriennes par exemple, se sont, cette fois contentés de quelques communiqués après des semaines de silence complice : «la Tunisie est confrontée à des problèmes économiques et sociaux. Seul le dialogue permettra aux Tunisiens de les surmonter» disait platement un communiqué du ministère français des Affaires étrangères.

 

Quel contraste entre la violence de la propagande menée contre l'Iran au printemps 2009 lors des élections présidentielles et la platitude des déclarations officielles à propos de la révolte du peuple tunisien. Il suffisait à l'époque de lire les titres des journaux et de regarder les images diffusées en boucle par les télévisions américaines et européennes pour se rendre compte de la haine que voue l'impérialisme à la République islamique d'Iran.La révolte du peuple tunisien, elle, ne mérite que mépris et silence. Car « La Tunisie est un pays ami, nous sommes extrêmement vigilants sur ce qui se passe là-bas et fortement préoccupés (...) En même temps, la France n'a pas à s'ingérer dans les affaires de la Tunisie»déclarait Luc Chatel sur Radio Classique et i-Télé .

 

Tout en invoquant cyniquement le droit de non ingérence dans les affaires des autres pays, le gouvernement français, par le biais de sa ministre des Affaires étrangère Michèle Alliot-Marie, va même jusqu'à proposer aux régimes Tunisien et algérien sa collaboration en matière de sécurité et du maintien de l'ordre :«Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type. C'est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays [Algérie et Tunisie, ndlr], dans le cadre de nos coopérations, d'agir en ce sens pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l'assurance de la sécurité» (1).C'est que la France est l'un des premiers investisseurs étrangers en Tunisie. Elle occupe même la première place quant au nombre d'entreprises installées dans ce pays (1200 entreprises). On peut citer pêle-mêle Lacoste, Valeo, Sagem, Danone, Sanofi-Aventis, Fram, Accor, Club med, BNP-Paribas, Société générale, Groupe Caisse d’épargne etc.etc.(2)

 

Il faut donc, vaille que vaille, sauver Ben Ali et sa dictature. Mais la bourgeoisie française craint par dessus tout la victoire du peuple tunisien et l'installation au Maghreb d'une véritable démocratie qui donnera l'exemple à tous les peuples dumonde arabe dirigé aujourd'hui par des régimes anachroniques soutenus, financés et armés par l'impérialisme américain et son caniche européen.

 

Les bourgeoisies occidentales qui se targuent sans cesse de vouloir répandre la démocratie à travers le monde, ne font dans la réalité que soutenir, directement ou indirectement, des dictatures et empêchent de ce fait toute progression sur le chemin de la démocratie et du progrès social. Toute l'histoire de l'impérialisme n'est que soutien aux régimes les plus féroces quand ils ne sont pas installés directement par lui. Il serait difficile et fastidieux de vouloir établir une liste exhaustive de ces dictatures tellement elles sont nombreuses. Citons tout de même les plus connues et les plus terribles : Augusto Pinochet au Chili, Videla en Argentine, Samoza au Nicaragua, Soeharto en l’Indonésie, Marcos aux Philippines, Musharraf au Pakistan, le Shah Reza Pahlavi en Iran, Hosni Moubarak en Egypte, Omar et Ali Bongo au Gabon etc. etc. Le soutien indéfectible des bourgeoisies occidentales aux régimes les plus sanglants est une constante de l'histoire du capitalisme.

 

Le soulèvement du peuple tunisien aujourd'hui, son courage et sa détermination à affronter l'un des régimes les plus répressifs, montre la voie à suivre à tous les opprimés non seulement du Maghreb mais de tout le monde arabe !

 

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Les masses populaires arabes ont trop souffert de cette complicité objective de leurs propres bourgeoisies corrompues jusqu'à la moelle épinière et de la bourgeoisie occidentale qui les maintient dans la dépendance et la misère. Le monde arabe est aujourd'hui une véritable bombe qui peut exploser à n'importe quel moment.

 

 

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Longtemps exploitées, marginalisées, humiliées, les masses populaires arabes relèvent lentement la tête et essayent de sortir de cette longue nuit dans laquelle elles ont été plongées.


Travailleurs, progressistes et démocrates européens, il est de notre devoir de soutenir le peuple tunisien dans sa lutte contre un régime d'un autre âge. Sa victoire là-bas dans cette région du monde arabe c'est également la notre ici en Europe.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) http://www.rue89.com/2011/01/12/lindecence-au-pouvoir-mam-offre-une-aide-securitaire-a-tunis-185251

 

(2) http://www.ambassadefrance-tn.org/france_tunisie/spip.php?article619

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 20:37

 

Ahmed Yamani vient de s'éteindre à l'âge de 86 ans (1924/2011), en exil à Beyrouth.

Il s'engage très tôt dans la lutte de libération de son pays. Blessé et emprisonné dans la première guerre arabo-israélienne de 1948, il s'exile au Liban où il rejoint Le Mouvement des Nationalistes Arabes (MNA).


En décembre 1967, avec Georges Habache, il fonde le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) d'obédience marxiste et dont les membres étaient issus majoritairement des milieux ouvriers et réfugiés.


Ahmed Yamani était un farouche opposant à la ligne politique poursuivie parYasser Arafat et à son organisation, le Fatah, face à leur ennemi commun Israël.


Ahmed Yamani était également secrétaire du Front du refus palestinien constitué en 1974.


Le peuple palestinien vient de perdre un valeureux résistant, discret, intègre et irréductible.

 

Mohamed Belaali

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