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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 08:22

 

Tu peux élever tes palais sur nos champs

Avec notre labeur et le travail de nos mains

Tu peux lâcher tes chiens dans les rues

Et renfermer sur nous tes prisons

Tu peux nous voler notre sommeil

Nous avons dormi trop longtemps.


         Poème d'Ahmed Fouad Negm chanté par Cheikh Imam.

 

 

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Khaled Saïd est peut-être le Mohamed Bouazizi égyptien. Depuis que la population a découvert les photos insoutenables du visage méconnaissable du jeune homme battu sauvagement à mort en pleine rue par la police de Moubarak, grand ami des États-Unis, de l'Europe et d'Israël entre autres, les manifestations en Égypte n'ont pour ainsi dire jamais cessées. Khaled Saïd est devenu l'icône de la révolution égyptienne comme Bouazizi l'est pour la révolution tunisienne. Mais Khaled Saïd n'est que l'étincelle qui a enflammé tout un peuple qui depuis longtemps souffrait en silence sous le règne du régime de Moubarak.


 

Bouazizi2.jpg

 

Combien d'égyptiens et d'égyptiennes ont été torturés par la police de Moubarak? Combien d'hommes, de femmes et de familles entières ont été brisés par la torture ? Personne ne le sait avec précision. Les tortionnaires égyptiens ont acquis une renommée telle que des pays comme les États-Unis et la Suède, entre autres, extradaient illégalement des détenus présumés «islamistes» vers l'Égypte pour les torturer (1).

Les égyptiens confondaient cette pratique barbare avec le régime lui-même. Ils savent que l'un ne peut se passer de l'autre. Pour se maintenir, le régime avait besoin de terroriser la population et la torture ne pouvait s'exercer efficacement (les experts disent scientifiquement) que par le pouvoir de Moubarak. A la veille de sa chute, le 10 février 2011, alors que tout le monde attendait son départ, Moubarak est apparu à la télévision pour dire … qu'il restait au pouvoir. Pour Moubarak le pouvoir n'était pas un moyen mais une fin: le pouvoir pour le pouvoir !

 

Mais la torture, cette négation totale de l'être humain, n'est pas le seul visage du régime. La corruption constituait l'autre face hideuse de l'Égypte de Moubarak. En 2009 Transparency International classait l'Égypte au 115e rang sur 180 pays. Pendant les dix-huit jours de la révolution, Moubarak et sa famille passaient leur temps à transférer des sommes colossales vers des comptes indétectables à l'étranger. La presse a évalué la fortune du tyran entre 40 et 70 milliards de dollars. Ces chiffres sont peut-être exagérés, mais Moubarak et sa famille utilisaient tout l'appareil de l'État égyptien pour s'enrichir le plus rapidement possible : rentes et prébendes en tout genre, commissions et rétrocommissions en marge de contrats gaziers, d'armements, de vente et d'achat d'entreprises publiques, d' investissements immobiliers dans les États du Golfe etc. etc.(2).

 

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La corruption gangrénait non seulement la tête du régime, mais tout le corps social. La corruption, à l'instar d'un cancer, rongeait toute la société égyptienne. Elle se répandait dans la société comme les métastases dans un corps malade. Il n'est pas jusqu'au policier, au douanier, au dernier des fonctionnaires qui ne participait à ce terrible fléau social. La corruption était devenue une quasi-institution . Elle a permis au clan Moubarak d'amasser une fortune qui n'a d'égale que la misère de l'immense majorité des égyptiens.

 

Au Caire par exemple, des milliers et des milliers de citoyens pauvres vivent dans ce que les égyptiens appellent «les cités des morts» c'est-à-dire dans des cimetières ! Pour survivre, les plus pauvres, et ils sont hélas très nombreux (40% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour), vendent, en «pièces détachées», leurs organes: «l’Égypte est régulièrement citée parmi les pays les plus concernés au monde par le commerce d’organes» (3).

 

Il faut dire que les programmes de stabilisation et d'ajustement structurel du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale appliqués avec zèle par le régime de Moubarak ont nettement contribué à cette misère en orientant par exemple la production agricole vers l'exportation au détriment de la culture vivrière, celle qui correspond aux besoins de la population. Les petits paysans sont ainsi arrachés à leur terre, ruinés et remplacés par les gros propriétaires terriens. Ces politiques libérales acceptées déjà par Sadate, qui a remplacé Nasser en 1970, poursuivies par Moubarak ont détruit également ce qui restait encore des services publics de l'Éducation et de la Santé. Les subventions aux produits de première nécessité ont été progressivement supprimées et des pans entiers de l'économie égyptienne ont été privatisés (4).La misère est ainsi devenue le lot quotidien de l'immense majorité du peuple égyptien.

 

C'est ce régime là qui a été porté à bout de bras par les bourgeoisies américaines, européennes et leurs institutions internationales. Le capitalisme et l'impérialisme n'ont jamais été incompatibles avec les dictatures qui sont souvent leurs produits les plus authentiques. Les États-Unis apportaient à l'Égypte de Moubarak une «aide» financière, humaine et surtout militaire qui n'est dépassée que par celle accordée à l'État terroriste d'Israël. Mais la contrepartie était très lourde. Non seulement le pays a perdu toute souveraineté et toute dignité, mais surtout Moubarak, comme Sadate avant lui, a trahi le peuple palestinien. Faut-il rappeler que la cause palestinienne est la cause de tous les peuples arabes ? «La paix» séparée avec Israël (le Traité de paix israélo-égyptien est signé le 26 mars 1979 à Washington à la suite des Accords de Camp David de 1978)est une véritable machine de guerre contre le peuple palestinien. Sadate a payé de sa vie cette trahison. Moubarak qui l'a remplacé en 1981, a approuvé et justifié, au nom de cet accord, les deux invasions du Liban, la féroce répression des Intifadas palestiniennes et les massacres de l'opération «Plomb durci». Il a même entamé, pour plaire à ses maîtres américains et israéliens, la construction d'un mur d'acier souterrain participant ainsi directement à l'étouffement de la bande de Gaza où vivent un million et demi de palestiniens déjà soumis à un terrible blocus de la part d'Israël. Ce blocus, entre autres, donne la mesure de la cruauté des dirigeants de cet État anachronique.

 

La révolution arabe en marche dévoilera davantage encore le visage hideux de l'entité sioniste. Quel contraste, en effet, entre les peuples du monde arabe qui désirent ardemment bâtir une société démocratique débarrassée des despotes d'un autre âge et l'État hébreux dirigé par une équipe d'extrémistes fanatiques, qui construit le «Grand Israël» sur les cadavres des palestiniens. D'un côté, une folle envie de démocratie, de dignité et d'une société meilleure s'est emparée des peuples arabes, de l'autre, Israël qui s'enfonce, chaque jour un peu plus, dans le fanatisme et la barbarie.

 

Si les bourgeoisies occidentales ont tout fait pour maintenir au pouvoir un régime aussi cruel et corrompu que celui de Moubarak, le peuple égyptien, lui, désirait de toute ses forces le renverser. Les égyptiens ne scandaient-ils pas à l'unisson dans tout le pays «le peuple veut renverser le régime» ? Ce slogan a été repris, d'ailleurs, par les peuples arabes en lutte contre leurs tyrans. Le régime de Moubarak a créé une situation insoutenable pour le peuple égyptien. La situation était devenue explosive et elle a effectivement...explosé. Le peuple d'Égypte a su se débarrasser, et d'une manière admirable, de ce régime tyrannique soutenu par les Etats-Unis, l'Europe et Israël. Décidément l'intérêt des peuples et ceux de l'impérialisme et du sionisme sont absolument incompatibles.

 

Torture, corruption, misère et trahison sont les caractéristiques et les fondements du régime de Moubarak. Dignité, liberté, démocratie et solidarité sont les valeurs pour lesquelles le peuple d'Égypte a donné généreusement des centaines de martyrs et des milliers de blessés. Khaled Saïd l'égyptien, Mohamed Bouazizi le tunisien et tous les martyres tombés pour une nouvelle société resteront à jamais gravés dans la mémoire et le cœur des masses arabes opprimées.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) http://www.hrw.org/en/reports/2005/05/09/black-hole

 

(2) http://www.guardian.co.uk/world/2011/feb/04/hosni-mubarak-family-fortune

 

(3)http://blog.mondediplo.net/2009-10-19-Egypte-organes-a-vendre#nb3

 

(4)Pour plus de développement sur cet aspect du sujet, voir Louis Blin:«Le programme de stabilisation et d'ajustement structurel de l'économie égyptienne» :

http://ema.revues.org/index1211.html

 

 

 

 

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 07:58

 

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Profitant de la révolte du peuple libyen contre le régime de Kadhafi devenu despotique et anachronique, l'impérialisme américain et son caniche européen tentent par tous les moyens d'intervenir en Libye pour installer un régime qui servira leurs intérêts. Leur volonté de pomper, à l'instar d'un vampire, le pétrole Libyen est sans limite. Le peuple libyen serait alors privé de sa révolution, de sa richesse et connaîtrait une situation aussi tragique que celle que subit actuellement le peuple irakien ou afghan par exemple. Les crimes et les ravages de l'impérialisme en Irak, pour ne citer que ce pays, donnent la mesure de la cruauté et de la barbarie dont le capitalisme est capable. Une intervention américaine en Libye risque de briser également cet immense espoir soulevé par la révolution tunisienne et égyptienne dans les masses arabes opprimées pour une société meilleure débarrassée de la domination impérialiste et de ses serviteurs locaux. L'histoire nous a toujours enseigné que l'impérialisme est l'ennemi des peuples.

 

 

La Libye est un pays riche en pétrole et en gaz naturel. Selon l'Agence américaine d'information

sur l'énergie(EIA), le pays produit 1,79 million de barils par jour d'or noir et de gaz naturel et exporte 1 million de barils/jour. La Libye possède des réserves de brut parmi les plus importantes du monde (44 milliards de barils). La Libye produit un pétrole d'une rare qualité (brut léger à faible teneur en soufre)dont le rendement au raffinage est très élevé donc recherché sur le marché.


Cette précieuse énergie est encore indispensable au fonctionnement de la civilisation capitaliste et contribue à l'accumulation du capital au niveau planétaire. L'impérialisme américain se prépare très sérieusement à intervenir dans un pays aussi stratégique que la Libye qui est au cœur de la méditerranée et coincé entre la Tunisie en pleine révolution et l'Égypte dont l'issue de la révolution reste imprévisible. En s'installant en Libye, les États-Unis pourront plus facilement détourner les objectifs d'émancipation de la tutelle impérialiste de la révolution tunisienne et égyptienne.

 

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Hillary Clinton a déclaré publiquement que les États-Unis ont des contacts directs avec les insurgés libyens et que toutes les options pour éliminer Kadhafi du pouvoir restent ouvertes. Mais l'administration d'Obama ne se contente pas seulement de produire des déclarations menaçantes, elle a envoyé au large des côtes libyennes des forces navales et aériennes. Washington examine également la possibilité d'établir ce que les militaires appellent «no-fly zones» (zone d'exclusion aérienne) dans le ciel libyen. Le prétexte humanitaire est lui aussi invoqué, une fois de plus, pour préparer une éventuelle intervention militaire. «L’humanitaire et la guerre sont deux moyens contradictoires mais complémentaires . Il est difficile de distinguer clairement l’humanitaire du militaire tellement les deux instruments sont imbriqués l’un dans l’autre. On fait la guerre au nom de l’humanitaire et on invoque l’humanitaire pour justifier la guerre. Mais l’humanitaire reste souvent subordonné au militaire»(1). Le 28 février 2011, Hillary Clinton déclarait «Nous croyons qu'il y aura des besoins pour aider à des interventions humanitaires, nous savons également qu'il va y avoir probablement malheureusement des besoins pour des missions de sauvetage».

 

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L'histoire du peuple libyen est riche en luttes glorieuses contre l'invasion étrangère. Omar Al Mokhtar (1862/1931) ce «lion du désert», pendu par les italiens, incarnait cet esprit de résistance à l'occupant étranger. Le peuple libyen qui mène aujourd'hui un combat contre un régime qui l'a longtemps effacé, même s'il a accompli de réels progrès dans le passé, doit s'inspirer de cette grande figure de la résistance et s'opposer de toutes ses forces à l'impérialisme. C'est au peuple libyen et à lui seul,qui a déjà donné généreusement des martyrs par centaines, que revient l'immense tâche de faire triompher la révolution libyenne, partie intégrante de la révolution arabe en marche.

Révolutionnaires, progressistes et démocrates, il est de notre devoir de soutenir les masses arabes en lutte et de dénoncer partout l'impérialisme, ennemi de tous les peuples.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.legrandsoir.info/L-humanitaire-au-service-du-capital.html

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 19:16

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Glorieux peuple d'Égypte, tu viens de chasser par ton courage admirable et par ta détermination formidable le plus grand des tyrans du monde arabe. Le pharaon du Nil est tombé. Ta volonté de vivre dans la dignité et ton désir de marcher vers la liberté sont plus forts que tous les impérialismes et tous les gouvernements qui ont honteusement soutenu le dictateur. L'Égypte n'a jamais été aussi belle qu'aujourd'hui. L'Égypte de la révolution est un océan d'espoir pour des millions et des millions d'opprimés du monde arabe.

 

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Tu as renversé l'un des plus despotiques, des plus corrompus et des plus cruels régimes au monde.

Tu viens de donner généreusement une très belle leçon à tous ceux qui méprisent les peuples. Tu leurs a appris que, face aux injustices, face à la tyrannie, les peuples ont toujours le dernier mot. Tu étais le plus fort. Les bourgeoisies américaines et européennes, leurs intellectuels et leurs médias t'ont méprisé, traité d'incapable de mener la moindre révolte, incapable de penser la démocratie et le progrès. « Il faut, hélas, dire ce qui est: beaucoup d'intellectuels pensent au fond d'eux-mêmes que les peuples arabes sont des arriérés congénitaux à qui ne convient que la politique du bâton» (1). Aujourd'hui tu leurs as fait la démonstration magnifique que ce sont les peuples qui font l'histoire.

 

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L'impérialisme américain et européen tremble devant cette formidable révolution qui, bientôt, va balayer tous les régimes despotiques arabes. L'impérialisme a peur de la démocratie. Il a tout fait pour maintenir au pouvoir les pires des dictatures. Il les a armées, financées et portées à bout de bras pour sauvegarder les intérêts d'une poignée de riches américains et européens. Les bourgeoisies occidentales, promptes d'habitude à s'enflammer pour soutenir les changements dans les pays de l'Europe de l'Est, se taisent lamentablement sur les révolutions arabes en cours. Car elles savent pertinemment que la libération des masses arabes opprimées est en contradiction objective avec leurs propres intérêts. L'impérialisme et la bourgeoisie qui le porte sont les amis des dictateurs, des tyrans et les ennemis de la démocratie et des peuples.

 

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( Excuse-moi mon pays d'être arrivée en retard)

 

 

Glorieux peuple d'Égypte, tu es un vrai magicien. Tu as réussi à transformer l'hiver en printemps. C'est le printemps de tous les peuples arabes. Leur hiver était long, triste et leur souffrance terrible, mais aujourd'hui, de Rabat à Beyrouth, de Tunis à Bagdad en passant par Alger et Damas leur joie est immense. Ta révolution est celle de toutes les masses arabes opprimées qui vont certainement suivre ton exemple et se retourner à leur tour contre leurs propres tyrans. La révolution arabe est en marche.

 

 

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Mohamed Belaali

 

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(1) Le Monde du 6/7 février 2011, page 3.

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 07:00

 

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Les événements historiques qui se déroulent sous nos yeux en Égypte montrent d'une manière on ne peut plus criante le mépris de l'impérialisme américain et son caniche européen pour la démocratie et le peuple égyptien. Leur soutien indéfectible au pharaon du Nil et à son régime prouve, s'il en est besoin, que l'impérialisme est l'ennemi des peuples.

 

Que demande le peuple égyptien? Le départ du pharaon. Que répondent Hillary Clinton et Barack Obama ? Moubarak doit engager des réformes démocratiques et répondre aux revendications légitimes du peuple égyptien. C'est donc Moubarak et son régime haïs par le peuple qui doivent mener ces réformes !

 

Quelques heures après les injonctions américaines, Moubarak apparaît à la télévision égyptienne dans la nuit du vendredi au samedi pour dire, conformément aux ordres de ses maîtres, qu'il allait renvoyer le gouvernement et installer une nouvelle équipe gouvernementale. Il a également nommé dès samedi 29 janvier un vice-président Omar Souleimane, un proche qui occupait auparavant le poste de chef des renseignements.

 

Dimanche 30 janvier Hillary Clinton déclarait : «C'est à peine le début de ce qui doit se passer, un processus menant à des mesures concrètes pour aboutir aux réformes démocratiques et économiques que nous avons réclamées, et dont le président Moubarak lui-même a parlé dans son discours».

 

Un peu plus tard, H. Clinton déclare à nouveau «Nous comptons sur une transition ordonnée pour que personne ne vienne combler un vide, pour qu'il n'y ait pas de vide (mais) un plan bien élaboré pour l'avènement d'un gouvernement démocratique participatif».Interrogée sur la chaîne de télévision américaine ABC concernant une éventuelle suspension de l'aide américaine au régime égyptien, elle répond «A l'heure qu'il est, il n'y a aucune discussion concernant une suspension de quelque aide que ce soit». L'administration américaine s'accroche encore de toutes ses forces au tyran du Nil. Mais rien, absolument rien sur la revendication première du peuple égyptien, le départ de Moubarak comme le scandaient les manifestants: « Irhale», «Dégage», « Out» ! Les États-Unis sont résolument du côté du dictateur et contre le peuple égyptien.

 

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Pendant ce temps là, le peuple d' Égypte défie la peur, le couvre-feu, les balles et descend massivement dans les rues du Caire, d'Alexandrie, de Suez, de Port-Saïd, de Mansourah, d'Assiout, de Fayoum, d'Ismaïlia, d'Al Minya etc. pour exiger le départ du pharaon. Et malgré ce rejet massif du pouvoir égyptien par tout un peuple et ces manifestations puissantes montrées par toutes les télévisions et tous les médias du monde, les États-Unis restent fidèles au tyran et à son régime.

 

Quel violent contraste! D'un côté l'impérialisme américain et les gouvernements européens qui soutiennent et s'accrochent désespérément à un dictateur qui a ruiné son pays, affamé son peuple et étouffé toutes les libertés. De l'autre, tout un peuple, des hommes et des femmes par millions qui réclament pacifiquement dignité, démocratie et liberté.

 

Étrange que cette démocratie occidentale qui ne cesse de parler haut et fort de démocratie, et tente, par tous les moyens, de l'écraser lorsque les peuples veulent l'appliquer par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Les cas de la Tunisie et de l'Égypte sont très éloquents à cet égard. La France a tout fait pour maintenir le dictateur Ben Ali au pouvoir et les États-Unis se cramponnent encore au despote du Nil. L'impérialisme est la négation même de tout progrès politique et, partant, de tout progrès économique et social. Il est l'ennemi des peuples. Seules la volonté et la détermination des opprimés à se débarrasser de l'impérialisme et de leurs propres oppresseurs permettront d'instaurer une véritable démocratie.

 

Peuple d'Égypte tu t'es enfin réveillé après une très noire et longue nuit. Le régime de Moubarak t'a obligé et habitué, des décennies entières, à baisser la tête et à courber l'échine. Tu as subi, comme les autres peuples arabes l'exploitation, la misère, l'asservissement, l'humiliation, la marginalisation et la trahison. Aujourd'hui tu as relevé la tête et tu vas bientôt, grâce à ton courage et à ta détermination, déployer dans le ciel lumineux d'Égypte l'étendard de la victoire.

 

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Soldat d'Égypte, retourne ton arme contre le régime qui humilie ton peuple, défend et libère l'Égypte de l'oppression. Ouvrier d'Égypte, révolutionne tes conditions d'existence et guide ton peuple vers la victoire. Tu es l'espoir non seulement pour ton propre pays, mais aussi pour toutes les masses arabes opprimées. Paysan d'Égypte, sème dans cette terre fertile qui est la tienne les graines de liberté, de démocratie et du socialisme.

Soldats, ouvriers, paysans, chômeurs, vendeurs de fruits et légumes, cireurs de chaussures, opprimés d'Égypte vous êtes en train d'écrire une page glorieuse de votre histoire. Demain vous serez maîtres de la situation, maîtres de votre destin.

 

Mohamed Belaali

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 11:28

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(Idha-ch-cha'bu yawman...)

Lorsque le peuple un jour veut la vie
Force est au destin de répondre
Aux ténèbres de se dissiper
Aux chaînes de se briser...

C'est ce poème de A. Chebbi(1) que les tunisiens hommes et femmes, scandaient, la plupart du temps, avec émotion et détermination dans leur lutte magnifique contre le tyran Ben Ali. L'étincelle allumée par Mohamed Bouazizi a enflammé tout un peuple et a emporté l'une des plus cruelles dictatures . Le peuple tunisien vient d'écrire une page glorieuse et lumineuse de son histoire.

 

 

Quelle gifle, quelle belle gifle donnée à tous ceux qui pensent que les révolutions appartiennent à un âge révolu. Ils sont surpris aujourd'hui par les événements historiques qui se déroulent en Tunisie. Ils le seront davantage encore demain lorsque d'autres peuples suivront l'exemple tunisien.

Belle gifle également administrée magistralement par le peuple tunisien à ceux qui propagent l'idée selon laquelle les peuples sont incapables de se débarrasser de leurs dirigeants lorsqu'ils les trahissent. Ils oublient seulement que ce sont les peuples qui font leur histoire, même s'ils ne la font pas dans des conditions et circonstances choisies par eux. La révolution tunisienne vient de le démontrer d'une manière éclatante.

 

La victoire du peuple tunisien,fait unique dans le monde arabe, c'est aussi la défaite totale des bourgeoisies nationales incapables de porter le moindre projet de développement économique et social digne de ce nom. Elles se sont toujours méfiées du peuple. Elles l'ont méprisé, marginalisé et humilié. Les bourgeoisies arabes, en tournant le dos au peuple, se sont littéralement vendues aux multinationales, à la Banque mondiale et au FMI dont elles appliquent avec zèle les programmes d'ajustement structurel. Leur enrichissement rapide et scandaleux est d'autant plus révoltant que l'immense majorité de la population vit dans la misère. Ce sont des bourgeoisies sous développées, parasites, corrompues et, somme toute, inutiles.

 

Revolution-Tunisie.jpg

 

Cette belle révolution a montré au grand jour , s'il en est besoin encore, le visage hideux de la bourgeoisie occidentale, notamment française qui a soutenu honteusement le dictateur Ben Ali jusqu'à la dernière minute. Son soutien indéfectible à tous les tyrans de la planète ne faiblira pas avec la chute du despote tunisien; bien au contraire. Elle s'accrochera de toutes ses forces à ceux qui restent encore, et ils sont hélas très nombreux, de peur de les voir disparaître à leur tour. Ces régimes constituent, localement,ses meilleurs alliés pour asservir et piller les richesses des peuples. La démocratie bourgeoise n'est nullement incompatible avec la tyrannie et la dictature. Dès qu'un peuple se soulève pour chasser un dictateur et améliorer sa situation économique, sociale et politique, la bourgeoisie occidentale tente par tous les moyens d'avorter le mouvement populaire et de maintenir, vaille que vaille, le statu quo. L'exemple de la révolution tunisienne est très probant à cet égard. La bourgeoisie occidentale est l'ennemides peuples et du progrès.

 

L' immense espoir que la révolution tunisienne a fait naître dans les masses populaires arabes n'a d'égal que le désespoir et la souffrance qu'elles endurent depuis fort longtemps. Les exemples d'immolation par le feu, même si leur nombre reste pour l'instant très limité, se multiplient un peu partout dans le monde arabe malgré que le suicide est interdit par l'Islam, rappelé à plusieurs reprises, entre autres, par les autorités religieuses d'Al-Azhar. C'est que l'enfer de la situation vécue au jour le jour par la population est réellement insupportable et le désir du changement est immense. Chaque jour les médias arabes font état de nouvelles tentatives. De la Mauritanie à l'Égypte en passant par l'Algérie et le Yémen, on cherche à reproduire le geste de Mohamed Bouazizi. Ces actes tragiques se produisent le plus souvent dans l'espace public, devant la mairie, la préfecture, le commissariat ou devant le parlement, c'est-à-dire devant les symboles du pouvoir en place. «C’était le seul moyen de dénoncer la hogra, le mépris, la mal-vie dans laquelle on s’engouffre» disait Touati Senouci qui a tenté de s'immoler devant la wilaya ( préfecture) de Mostaganem en Algérie. (2). Mohamed Aouichia s'est immolé lui aussi par le feu le 12 janvier 2011. Sur son lit d'hôpital, il explique son geste:«Moi je ne fais pas de politique. Je lutte pour le social et pour avoir un toit où je puisse vivre décemment avec mes enfants. Je pense qu’il n’y a personne qui peut dormir avec sa sœur ou sa fille de 20 ans dans une même chambre. Il y a de flagrantes injustices dans ce pays. Les responsables vivent tous dans de luxueuses villas alors que des centaines de familles vivotent dans des conditions intenables (…) Pour moi El Intisar aou El Intihar, (la victoire ou le suicide)»(2).

 

 

Le monde arabe est en pleine période de gestation. Demain, il donnera peut être naissance à une nouvelle société construite par le peuple et pour le peuple.

Bouazizi, la révolution tunisienne et ses martyrs sont jalousement gardés dans le cœur de tous les opprimés du monde arabe.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) Abou el Kacem Chebbi(1909- 1934) poète tunisien de langue arabe. Les vers cités font partie de l'hymne national de la Tunisie.

(2) http://www.elwatan.com/weekend/7jours/immolation

 

 

 

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 07:03

benali_sarkozy-copie-1.jpg

 

 

Plus de quatre semaines de révoltes populaires, la police tire à balles réelles dans la foule, des morts par dizaines, couvre feu, disparition et exécution des syndicalistes, blogueurs arrêtés etc. etc. Ces événements ne se déroulent ni à Cuba, ni au Venezuela, ni en Bolivie, ni en Chine et ni en Iran mais en...Tunisie! Les pays européens, la France de Sarkozy en tête, promptsd'habitude à s'immiscer dans les affaires iraniennes ou ivoiriennes par exemple, se sont, cette fois contentés de quelques communiqués après des semaines de silence complice : «la Tunisie est confrontée à des problèmes économiques et sociaux. Seul le dialogue permettra aux Tunisiens de les surmonter» disait platement un communiqué du ministère français des Affaires étrangères.

 

Quel contraste entre la violence de la propagande menée contre l'Iran au printemps 2009 lors des élections présidentielles et la platitude des déclarations officielles à propos de la révolte du peuple tunisien. Il suffisait à l'époque de lire les titres des journaux et de regarder les images diffusées en boucle par les télévisions américaines et européennes pour se rendre compte de la haine que voue l'impérialisme à la République islamique d'Iran.La révolte du peuple tunisien, elle, ne mérite que mépris et silence. Car « La Tunisie est un pays ami, nous sommes extrêmement vigilants sur ce qui se passe là-bas et fortement préoccupés (...) En même temps, la France n'a pas à s'ingérer dans les affaires de la Tunisie»déclarait Luc Chatel sur Radio Classique et i-Télé .

 

Tout en invoquant cyniquement le droit de non ingérence dans les affaires des autres pays, le gouvernement français, par le biais de sa ministre des Affaires étrangère Michèle Alliot-Marie, va même jusqu'à proposer aux régimes Tunisien et algérien sa collaboration en matière de sécurité et du maintien de l'ordre :«Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type. C'est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays [Algérie et Tunisie, ndlr], dans le cadre de nos coopérations, d'agir en ce sens pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l'assurance de la sécurité» (1).C'est que la France est l'un des premiers investisseurs étrangers en Tunisie. Elle occupe même la première place quant au nombre d'entreprises installées dans ce pays (1200 entreprises). On peut citer pêle-mêle Lacoste, Valeo, Sagem, Danone, Sanofi-Aventis, Fram, Accor, Club med, BNP-Paribas, Société générale, Groupe Caisse d’épargne etc.etc.(2)

 

Il faut donc, vaille que vaille, sauver Ben Ali et sa dictature. Mais la bourgeoisie française craint par dessus tout la victoire du peuple tunisien et l'installation au Maghreb d'une véritable démocratie qui donnera l'exemple à tous les peuples dumonde arabe dirigé aujourd'hui par des régimes anachroniques soutenus, financés et armés par l'impérialisme américain et son caniche européen.

 

Les bourgeoisies occidentales qui se targuent sans cesse de vouloir répandre la démocratie à travers le monde, ne font dans la réalité que soutenir, directement ou indirectement, des dictatures et empêchent de ce fait toute progression sur le chemin de la démocratie et du progrès social. Toute l'histoire de l'impérialisme n'est que soutien aux régimes les plus féroces quand ils ne sont pas installés directement par lui. Il serait difficile et fastidieux de vouloir établir une liste exhaustive de ces dictatures tellement elles sont nombreuses. Citons tout de même les plus connues et les plus terribles : Augusto Pinochet au Chili, Videla en Argentine, Samoza au Nicaragua, Soeharto en l’Indonésie, Marcos aux Philippines, Musharraf au Pakistan, le Shah Reza Pahlavi en Iran, Hosni Moubarak en Egypte, Omar et Ali Bongo au Gabon etc. etc. Le soutien indéfectible des bourgeoisies occidentales aux régimes les plus sanglants est une constante de l'histoire du capitalisme.

 

Le soulèvement du peuple tunisien aujourd'hui, son courage et sa détermination à affronter l'un des régimes les plus répressifs, montre la voie à suivre à tous les opprimés non seulement du Maghreb mais de tout le monde arabe !

 

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Les masses populaires arabes ont trop souffert de cette complicité objective de leurs propres bourgeoisies corrompues jusqu'à la moelle épinière et de la bourgeoisie occidentale qui les maintient dans la dépendance et la misère. Le monde arabe est aujourd'hui une véritable bombe qui peut exploser à n'importe quel moment.

 

 

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Longtemps exploitées, marginalisées, humiliées, les masses populaires arabes relèvent lentement la tête et essayent de sortir de cette longue nuit dans laquelle elles ont été plongées.


Travailleurs, progressistes et démocrates européens, il est de notre devoir de soutenir le peuple tunisien dans sa lutte contre un régime d'un autre âge. Sa victoire là-bas dans cette région du monde arabe c'est également la notre ici en Europe.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) http://www.rue89.com/2011/01/12/lindecence-au-pouvoir-mam-offre-une-aide-securitaire-a-tunis-185251

 

(2) http://www.ambassadefrance-tn.org/france_tunisie/spip.php?article619

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 20:37

 

Ahmed Yamani vient de s'éteindre à l'âge de 86 ans (1924/2011), en exil à Beyrouth.

Il s'engage très tôt dans la lutte de libération de son pays. Blessé et emprisonné dans la première guerre arabo-israélienne de 1948, il s'exile au Liban où il rejoint Le Mouvement des Nationalistes Arabes (MNA).


En décembre 1967, avec Georges Habache, il fonde le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) d'obédience marxiste et dont les membres étaient issus majoritairement des milieux ouvriers et réfugiés.


Ahmed Yamani était un farouche opposant à la ligne politique poursuivie parYasser Arafat et à son organisation, le Fatah, face à leur ennemi commun Israël.


Ahmed Yamani était également secrétaire du Front du refus palestinien constitué en 1974.


Le peuple palestinien vient de perdre un valeureux résistant, discret, intègre et irréductible.

 

Mohamed Belaali

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 12:03

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  Fascisme, nazisme, identité nationale, extrême droite etc. sont des mots qui désignent, nonobstant leur capacité d'adaptation à de nouvelles situations, une seule et même réalité: la dictature du capital. Brutalité, démagogie, racisme, xénophobie, islamophobie sont les ingrédients essentiels utilisés ou plus précisément instrumentalisés par la classe dominante, en période de crise, pour maintenir, vaille que vaille, l'accumulation et la concentration de la richesse entre les mêmes mains. La stigmatisation de l'Étranger, du Noir, du Musulman, du Rom etc. lui permet non seulement d'occulter sa responsabilité et celle du capitalisme dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît l'Europe aujourd'hui, mais aussi de détourner les travailleurs et les masses populaires des vrais problèmes qui les rongent au quotidien : chômage, précarité, suppression progressive des prestations sociales et régression sociale généralisée.

 

Les bourgeoisies européennes n'arrivent plus à surmonter les crises à répétition du capitalisme. La crise actuelle dépasse largement le cadre bancaire, immobilier ou budgétaire. Il ne s'agit pas d'une crise conjoncturelle et passagère, mais bel et bien d'une crise structurelle dont les racines plongent jusqu'au cœur même du système. Les interventions massives des États, de l'Union Européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) restent, pour l'instant, impuissantes face à l'ampleur du marasme économique. Les classes dominantes ressemblent de plus en plus à ces magiciens qui ne maîtrisent plus les forces maléfiques qu'ils ont eux mêmes créées !

 

Leur fuite en avant dans les politiques ultra-libérales d'austérité ne fera qu'aggraver la situation économique et sociale d' une Europe déjà ravagée par le chômage et la pauvreté. Ainsi, plus de 23 millions d'hommes et de femmes sont touchés par le chômage dans l'Europe à 27, soit près de 10 % de la population active, selon Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne(1) et 116 millions de personnes étaient menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale en 2008 soit près de 24 % de la population totale (2).

 

Les plans de régressions sociales que les classes dominantes font adopter par des gouvernements qui gèrent leurs affaires sont de plus en plus contestés malgré une conjoncture défavorable aux luttes sociales. Les travailleurs, à cause du chômage de masse, se livrent sur le marché du travail une guerre fratricide qui brise leur unité face à leur ennemi de classe, la bourgeoisie. Mais même dans ces conditions difficiles, des mouvements populaires formidables ont éclaté et éclatent toujours un peu partout en Europe. Le conflit social mené par la classe ouvrière en France en octobre/novembre 2010 et soutenu par une large majorité de la population est un exemple vivant, parmi tant d'autres, de cette lutte de classes qui secoue l'Europe .

 

Pour détourner les ouvriers et les salariés en général de ce combat de classe contre classe et pour reconquérir une «opinion publique» traumatisée par les différents plans d'austérité et dégoutée par le comportement d'une classe politique corrompue et totalement soumise aux intérêts d'une minorité de très riches, les bourgeoisies européennes inventent des ennemis et montrent du doigt l'Immigré, le Musulman, le Noir, le Rom etc. comme responsables de tous les maux et de tous les malheurs de l'Europe. La fabrication des boucs émissaires permet de décharger la colère populaire sur les victimes de la crise tout en épargnant ses véritables responsables.

 

Ces cibles ainsi désignées, représentent pour une partie des classes populaires, élevée dans la haine de «l'Autre» par l'idéologie dominante, une concurrence insupportable sur le marché du travail. En période de crise, les travailleurs étrangers, ou supposés comme tels, sont présentés comme les responsables du chômage de masse qui ronge l'ensemble des salariés. Le chômage n'est jamais présenté comme le produit le plus authentique du capitalisme et de son système d'esclavage moderne, le salariat, qui lui est associé, mais comme le refus des salariés, de préférence étrangers, de travailler aux conditions du marché. Belle manière pour masquer la responsabilité des patrons dans la situation dramatique des chômeurs !

En période de croissance économique, la bourgeoisie allait chercher la main-d'œuvre là où elle était la moins chère possible, en Afrique et au Maghreb par exemple. Aujourd'hui, les travailleurs immigrés Musulmans, Gitans, Noirs, avec ou sans papiers, avec ou sans nationalité, et leurs enfants sont présentés comme les coupables des crises du capitalisme.

Contre eux, les bourgeoisies européennes mobilisent toutes leurs énergies. De la France au Danemark, des Pays-Bas à l'Autriche, de la Suède à la Suisse en passant par l'Italie, l'Allemagne et la Belgique, la traque est organisée et parfois au plus haut sommet de l'État. En France par exemple, c'est le président de la République N. Sarkozy lui-même qui a ordonné à son ministre de l'intérieur Brice Hortefeux, condamné par ailleurs par la justice pour injures racistes, d'organiser la chasse aux Roms «j'ai demandé au ministre de l'Intérieur de mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms. Ce sont des zones de non-droit qu'on ne peut pas tolérer en France. La décision d'évacuer les campements sera prise sous la seule responsabilité des préfets» (3).Des ordres précis et secrets sont donnés aux préfets pour « la réalisation minimale d'une opération importante par semaine (évacuation / démantèlement / reconduite) concernant prioritairement les Roms» (4).Ainsi une partie de la population est clairement désignée à la vindicte populaire. Plus les classes dominantes s'enfoncent dans la crise,plus elles deviennent cyniques, brutales et méprisantes.

 

La France de Sarkozy a expulsé des milliers de Roms, comme l'Italie de Berlusconi, l'Allemagne de Merkel ou encore le Danemark d'Anders Fogh Rasmussen pour ne citer que ces pays. Mais les Roms ne sont pas les seuls à faire l'objet de stigmatisations dans toute l'Europe. Les travailleurs immigrés, notamment de confession musulmane, sont également victimes de la xénophobie et de l'islamophobie : «La discrimination envers les musulmans persiste dans les domaines de l’emploi, du maintien de l’ordre, de l’urbanisme, de l’immigration et de l’éducation. Depuis peu, les musulmans sont également visés par des restrictions spécifiques d’ordre juridique», souligne la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) dans son rapport pour 2009 (5).

 

Un peu partout en Europe, les gouvernements, alliés aux partis d'extrême droite ou sous leur pression, font voter par leur parlement des lois interdisant le port du voile dit islamique, de la burqa et autre niqab. La Suisse, elle, fait interdire la construction des minarets ! L'hystérie collective organisée autour de la burqa par exemple ressemble quelque peu à ces Deux Minutes de la Haine décrites par Orwell dans 1984.

Les bourgeoisies européennes instrumentalisent également,dans un continent vieillissant, la peur de «l'Autre» en propageant, en encourageant et en banalisant un discours politique de plus en plus xénophobe et islamophobe.

 

La rhétorique anti-islamique se substitue largement au vide des programmes des gouvernements et des partis politiques. Même dans un pays comme la Finlande, qui compte pourtant très peu de travailleurs immigrés musulmans, l'islamophobie est devenue, dans le cadre de la campagne électorale des législatives d'avril 2011, la question essentielle du débat politique. Mais la Finlande est un pays en crise économique profonde : «La récession mondiale a frappé plus durement la Finlande que la plupart des autres pays de l’OCDE» (6).

Le gouvernement français a, lui aussi, organisé «le grand débat sur l'identité nationale» à quelques mois des élections régionales de mars 2010 qui a vite tourné à la stigmatisation, encore une fois, des travailleurs immigrés musulmans. Il serait fastidieux d'énumérer ici tous les partis politiques européens dont les programmes se réduisent à la stigmatisation et à la haine de l'Islam et des musulmans.

 

 

Les fondements matériels sur lesquels s'élèvent les valeurs dont se targue encore l'Europe s'effondrent lentement sous la pression des changements économiques et avec eux toute cette construction idéologique : droit de l'homme, laïcité, démocratie, État de droit, égalité entre citoyens, libertés individuelles etc. La disparition comme d'ailleurs la réapparition de ces valeurs dépendent de leur base matérielle. Aujourd'hui comme hier, la crise du capitalisme produit, toute proportion gardée, des «valeurs» de haine, de xénophobie, d'islamophobie etc.

Il faut donc s'attaquer au système lui-même et à la classe qui le porte, la bourgeoisie. Ce sont les patrons et non les travailleurs immigrés, quelque soit leur confession, qui exploitent et jettent dans le chômage et la misère les salariés lorsqu'ils n'ont plus besoin de leur force de travail.

Prolétaires de toute l'Europe unissez vous contre votre véritable ennemi, le capitalisme.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

 

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(1)http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-30042010

 

(2) http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-13122010-AP/FR/3-13122010

 

(3) Voir le discours de Grenoble du 30 juillet 2010 http://www.elysee.fr/president/les-actualites/discours/2010

 

(4) http://www.rue89.com/2010/09/10/roms-les-conseils-secrets-du-gouvernement-pour-expulser

 

(5) http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/ecri/Library/PressReleases/69-08_07_2010_AnnualReport2009_fr.asp

 

(6) http://www.oecd.org/document/3/0,3343,fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 11:32

 

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Une tempête de régression sociale sans précédent souffle très fort sur l'Europe. Elle risque d'emporter dans son sillage l'ensemble des acquis sociaux arrachés de haute lutte par des générations successives. Les classes dirigeantes européennes mènent une véritable guerre contre toutes les avancées sociales, petites et grandes. Elles sont l'ennemi déclaré du progrès. Aucun domaine n'est épargné: Emploi, Durée du travail, Retraite, Famille, Santé, Éducation, Libertés publiques etc. La régression est générale et totale . Le spectre de la misère hante l'Europe. Les ouvriers et les salariés doivent se dresser unis contre cette bourgeoisie rétrograde qui les exploite et les réduit à mener une existence inhumaine.

 

 

Le gouvernement conservateur britannique n'a rien trouvéd'autre pour satisfaire les marchés financiers, et partant la bourgeoisie anglaise, que de faire travailler gratuitement les chômeurs! Il est vrai que celle-ci a toujours méprisé les pauvres et les chômeurs. Malthus, ce pasteur économiste, ne traitait-il pas déjà ai XIXe siècle les chômeurs de criminels qu'il faut tout simplement supprimer? Voilà ce que F. Engels écrivait à ce propos dans « La situation des classes laborieuses en Angleterre» : « Malthus traite le pauvre qui recherche un emploi comme un criminel en lui accolant l’étiquette de «superflu» et recommande à la société de le punir de la mort par inanition»(1). La bourgeoisie n'a pas suivi Malthus sur ce point. Mais elle a supprimé, à travers la Loi de 1834, tous les secours en argent et en aliments. Elle a crééégalement les fameuses et sinistres Maisons de travail (Workhouses) où l'on enfermait les pauvres. On mesure mieux l'immense progrès social qui a été réalisé depuis. Mais le nouveau gouvernement veut aller jusqu'au bout de sa logique rétrograde et destructrice des acquis sociaux.

Les chômeurs ne sont pas les seuls concernés par la régression sociale : les étudiants (triplement des frais d'inscription dans le supérieur), les fonctionnaires ( suppression de 500 000 emplois, salaires gelés...), les handicapés (budget fortement amputé), les retraités (l'âge officiel de départ à la retraite sera fixé à 66 ans dès 2020), les locataires modestes (les allocations logement revues à la baisse), les consommateurs ( le taux de la TVA passera de 17,5 à 20 % en janvier 2011) etc. etc.

 

La bourgeoisie française n'est pas tendre non plus avec les classes populaires. Sa politique de régression sociale n'a rien à envier à celle menée par les riches en Grande Bretagne. Ainsi des dizaines de milliers de postes sont supprimés tous les ans dans la fonction publique notamment dans l'Éducation et la Santé publique. Les dépenses liées à la santé, par exemple, ne cessent d'augmenter dans le budget des ménages :«En huit ans, le poids des dépenses de santé dans le budget des familles a augmenté de 40% à 50% en moyenne» (2)

En 2011, le gouvernement prévoit un train de mesures rendant l'accès aux soins de plus en plus difficile pour les couches populaires (3)

Les ouvriers et les salariés, qui ont la «chance» d'avoir un emploi, sont obligés de travailler toujours plus pour engraisser encore une classe dirigeante oisive. Il faut travailler le jour, la nuit, le dimanche, le lundi et tous les autres jours de la semaine. La loi des 35 heures, mise en place en 2002, est remise en cause. Il faut revenir en arrière et travailler quatre heures de plus alors qu'aujourd'hui le niveau du développement de la société, sur le plan de la science et de la technique, permet de travailler nettement moins. Au XIXe siècle et plus précisément à partir des années 1830, la durée moyenne annuelle de travail était de 3000 heureset de «seulement» 1451 heures en 2006, soit une division par deux (4). Quel progrès social formidable arraché par les salariés aux patrons !

 

Mais Le gouvernement actuel veut faire tourner la roue de l'histoire en arrière. Il veut asservir tout un peuple en lui imposant de travailler jusqu'à 67 ans. Travailler tout le temps et jusqu'à 67 ans ou plus, voilà l'idéal de cette bourgeoisie libérale et moderne ! Quelle régression sociale !

 

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En Grèce, en Irlande, au Portugal et en Espagne la situation économique et sociale des classes laborieuses n'est guère meilleure. Les gouvernements de ces pays, des authentiques représentants de la bourgeoisie, s'acharnent avec un zèle singulier à détruire tout ce que les ouvriers et les salariés en général ont obtenu grâce à leurs combats et à leurs sacrifices passés : suppression massive des emplois dans la fonction publique, suppression ou diminution drastique des prestations sociales, réduction et gel des salaires des fonctionnaires, baisse du salaire minimum lorsqu'il existe comme en Irlande qui passe de 8.65 l'heure à 7.65, baisse des pensions de retraite et allongement de la durée de cotisation, hausse de la taxe sur la valeur ajoutée payée essentiellement par ceux qui ne peuvent épargner puisqu'il s'agit d'un impôt sur la consommation etc. etc. etc. Par contre l'impôt sur les bénéfices des sociétés en Irlande par exemple, lui, reste inchangé : 12.5 % seulement, le plus faible des pays capitalistes industrialisés !

Le chef du gouvernement espagnol, le social-démocrate José Luis Zapatero, a décidé début décembre 2010 une nouvelle batterie de mesures pour satisfaire les marchés financiers. Signalons, entre autres, la suppression de l'allocation exceptionnelle de 426 euros accordée aux chômeurs en fin de droit et la réduction de l'impôt sur les sociétés pour les petites et moyennes entreprises. Ce énième plan prévoit également la privatisation partielle d'aéroports et le transfert de la gestion publique des aéroports de Madrid et de Barcelone au secteur privé avec toutes les conséquences sociales désastreuses, comme l'allongement de la durée du travail, pour les salariés.

Pour manifester sa reconnaissance à Zapatero, la bourse de Madrid a bondi de 4,4% juste après l'annonce de ces décisions antisociales. La Commission européenne, à son tour, a salué «la détermination du gouvernement» (5). Par contre, les contrôleurs aériens, eux, ont déclenché immédiatement une grève surprise très suivie. La réponse du gouvernement social-démocrate espagnol fut tout aussi rapide en déclarant «l'état d'alerte», une première dans l'Espagne post-franquiste ! Le vice-chef du gouvernement Alfredo Perez Rubalcab a déclaré, après une réunion d'urgence du gouvernement, « s'ils ne vont pas travailler, ils commettront un crime de désobéissance en vertu du code pénal militaire»!(6)

 

Les plans de régression économique et sociale se répètent, se succèdent et se ressemblent étrangement. Ils ont tous le même dénominateur commun : faire payer très cher au peuple les crises du capitalisme. Le peuple doit souffrir pour que les banquiers, les spéculateurs et autres parasites vivent dans l'opulence. Paul Lafargue (1842-1911), dans son célèbre «Droit à la paresse» décrit ainsi la France capitaliste, les banques et les prolétaires : « La France capitaliste, énorme femelle, velue de la face et chauve du crâne s'allonge sur un canapé de velours.(...) La banque à museau de fouine, à corps d'hyène et main de harpie, lui dérobe prestement les pièces de sans sous de la poche. Des prolétaires apportent aux pieds de la France capitaliste des monceaux de marchandises, de barriques de vin, des sacs d'or et de blé ».

 

Les bourgeoisies européennes, aidées par les agences de notation, le Fonds monétaire international( FMI), dont le patron n'est autre que Dominique Strauss-Kahn, la Banque centrale européenne (BCE), la Commission européenne et toutes les institutions de l'Union, ne reculent et ne reculeront devant rien pour trouver les milliards d'euros nécessaires à la survie du capital (7). Celui-ci, à l'instar du vampire, ne peut s'animer et s'épanouir qu'en suçant la richesse produite par les salariés. Plus il en pompe, et plus il en réclame ! Les salariés sont ainsi réduits à de simples machines à produire, sans trêve, de la richesse pour le compte de la classe dirigeante.

 

Des peuples entiers, de l'Irlande en Espagne, du Portugal à la Grèce en passant par la Grande Bretagne, l'Italie et la France, sont soumis au diktat du capital et de la classe qui le porte. C'est ce despotisme qui font, entre autres, de la bourgeoisie une classe méprisable car son mépris pour les hommes est sans limites. Elle leur enlève toute dignité et toute humanité.

 

Si l'Europe s'enfonce lentement dans les ténèbres, d'autres pays au monde ont choisi de sortir de l'obscurité et nous donnent quelques lueurs d'espoir. Certains peuples d'Amérique latine ont décidé de suivre une autre voie, celle du progrès social et du respect de la dignité humaine . Le cas de la Bolivie par exemple est très significatif à cet égard. Le peuple bolivien, guidé par le Mouvement vers le Socialisme d'Evo Morales, a non seulement engagé depuis 2005 un processus de réappropriation des richesses du pays auparavant entre les griffes des multinationales, mais il vient de réaliser une conquête sociale de portée historique : l'âge de départ à la retraite passe de 65 à 58 ans ! Certes la Bolivie n'est pas l'Europe, mais l'expérience de certains pays d'Amérique latine montre aux travailleurs européens, qui n'ont rien à attendre de leurs bourgeoisies respectives, qu'une autre voie est possible. Les travailleurs européens n'ont d'autres choix que de relever la tête et se dresser unis contre leur ennemi de classe, la bourgeoisie qui les méprise tant.

 

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1)K Marx, F Engels «Critique de Malthus». Petite collection Maspero, page 69.

 

(2) http://www.lesechos.fr/patrimoine/assurance/300388937-la-sante-coute-50-plus-cher-aux-famille

(3) http://www.20minutes.fr/article/602514/societe-budget-securite-sociale-deficit

 

(4) Voir Alternatives Économiques, hors-série n° 80 page 60.

(5) Voir Le Monde du 3 décembre 2010

 

(6) http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde

(7) Le 2 décembre 2010, la BCE a décidé de fournir aux banques des sommes illimitées à des taux fixes avantageux. Voir Le Monde du 4 décembre page 12.

De son côté, La Commission européenne a publié les montants d'aides publiques autorisés par ses soins qui s'élèvent à 4 589 milliards d'euros : «le volume des aides publiques en faveur du secteur financier, autorisées par la Commission européenne entre octobre 2008 et octobre 2010, s'est élevé à environ 4.589 milliards euros». Voir Mediapart du 4 décembre, http://www.mediapart.fr/article/

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 18:49

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«Si dans 10 ans on existe encore, ça voudra dire qu'on aura perdu», disait  Coluche  en 1985. Vingt-trois ans après, les Restos du cœur non seulement sont toujours là, mais fleurissent un peu partout comme, paradoxalement, la misère qui leur permet d’exister et de se développer. Chaque année, des millions de repas sont distribués par des bénévoles dévoués et sincères  à des centaines de milliers de pauvres  sans parler des milliers de bébés aidés par des « Restos et points Bébés du cœur ». Ces chiffres sont en augmentation constante. Il s’agit d’une véritable institution aimée par les grands médias et aidée par l’Etat. Mais c’est aussi et surtout le miroir d’une société qui célèbre, presque dans la joie, année après année la détresse et la souffrance humaine.

 

Des hommes et des femmes attendent sagement alignés derrière une ligne imaginaire, souvent dans le froid et sous la pluie, de recevoir leurs colis alimentaires dans l’indifférence quasi générale. Qui sont-ils ? Ce sont des femmes seules avec ou sans enfants, retraités avec pension de misère, jeunes précaires, travailleurs pauvres,  personnes en fin de droit, Rmistes,  bénéficiaires des minima sociaux,  agriculteurs, SDF, etc. etc. L’afflux massif de retraités aux Restos montre à quel point les pensions sont insuffisantes pour vivre et mourir dignement.


Des hommes et des femmes pauvres dans un pays riche ! Des hommes et des femmes broyés par la machine infernale de l’économie de marché ! Une économie qui produit sans trêve richesse pour les uns et misère pour les autres. Cette misère plonge donc ses racines dans cette recherche sans limites du profit.


De la gestion des situations provisoires, les Restos se sont transformés, sous la pression du chômage et de la précarité, en une véritable institution condamnée à durer et à se développer. Leur sort est intimement lié au capitalisme. La crise de celui-ci va leur envoyer des bataillons entiers de laissés-pour-compte : « avant même le démarrage de la campagne, les inscriptions sont en hausse de 5 à 10% par rapport à l'année dernière »(1) déclarait Olivier Berthe, président de l’association. Les Restos du cœur, comme d’ailleurs toutes les associations caritatives, ont un « bel » avenir devant eux !


Ces aspects de la charité sont souvent ignorés par les grands médias notamment la télévision. Les images qu’elle diffuse tendent à occulter les véritables causes de la misère. Par contre, les concerts, spectacles et autres show organisés en faveur des Restos, eux,  sont bien montrés. Artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques…bref, tout ce beau monde est  ainsi mobilisé et  projeté régulièrement sur la scène médiatique. Cette médiatisation à outrance de la charité permet de mieux exploiter la générosité des bénévoles et des citoyens et d’éviter du même coup tout travail de réflexion sur les racines politiques et économiques de la misère. Cela permet également à l’Etat de se décharger sur les associations caritatives et de remplacer les prestations fondées sur le droit par la charité et la morale avec tous ses  préjugés et toutes ses culpabilisations. L’Etat, par le biais de la loi Coluche, offre aux  généreux donateurs une réduction d’impôt égale à 75 % du montant du don. Un manque à gagner qui aurait pu contribuer par exemple à la construction des logements sociaux dont les familles et leurs enfants qui errent dans les rues par milliers ont tant besoin. Dans son projet de loi de finances pour 2009, le gouvernement prévoit une baisse de 30 % des crédits alloués à la construction des logements sociaux ; consacrant par là son désengagement de la politique du logement social au moment même où il fait beaucoup de bruit avec le droit au logement opposable.


Les riches, eux, peuvent  se donner bonne conscience à peu de frais en jetant quelques miettes aux plus démunis qui doivent de surcroît se courber pour les ramasser. Cette forme de violence  sociale, soigneusement masquée par l’idéologie dominante, reste invisible.

 

L’Histoire nous enseigne que les avancées sociales, petites et grandes, n’ont jamais été données par générosité ou par charité, mais toujours arrachées de haute lutte.

 

Mohamed Belaali    

 

(1er. décembre 2008)

 

            

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(1) http://www.france24.com/fr/20081201-lancement-campagne-restos-coeur-climat-tres-morose

 

 

 

 

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