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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 19:12

 

Le-marche-de-la-mort.jpg

 

La mort est devenue une triste et vulgaire marchandise qui se vend et s'achète sur un marché fleurissant. Les croque-morts réalisent d'énormes profits en prenant en charge intégralement le défunt et sa famille tout en exploitant la douleur de leurs clients. Le développement récent de la crémation ne fait que renforcer cette marchandisation croissante de la mort. Le profit s'est ainsi installé entre les vivants et les morts rendant leurs liens de plus en plus inhumains.

 

Longtemps l'activité funéraire était le monopole des communes. Depuis la loi Sueur du 8 janvier 1993 , elle est désormais contrôlée par le marché. La mort fut ainsi privatisée!

 

Les sociétés de pompes funèbres se développent, entre autres, au rythme du vieillissement de la population et du nombre de décès. Les projections de l'INSEE concernant l'évolution de la population sont éloquentes : le nombre de personnes de plus de 60 ans doublera et celui des décès passera de 530 000 en 2005 à 770 000 en 2049 soit une augmentation de 45 %. Les entreprises funéraires exploitent bien évidemment un besoin auquel tout le monde est confronté!


La demande sur ce marché rentable ne peut que continuer à croître. Il s'agit donc d'un marché prometteur, dynamique et si l'on peut dire vivant. Mais c'est aussi un marché où la concurrence est, paradoxalement, absente. Or la loi de 8 janvier 1993 (2) avait pour objectif majeur l'abolition du monopole communal de l'activité funéraire pour lui substituer la concurrence des opérateurs privés. La loi Sueur voulait également protéger les familles, fragilisées par le deuil, contre d'éventuelles pratiques opaques et abusives des prix. Là encore l'échec est total. Ainsi selon UFC-Que Choisir, «ces pratiques expliquent la hausse considérable des prix des obsèques (34% en dix ans) et les différences de prix totalement injustifiées» (3). Les familles frappées par le deuil ne peuvent donc compter sur la protection des gouvernements (4). La complicité de l'État avec les croque-morts, comme d'ailleurs avec tous les détenteurs du capital, est un fait bien établi.

 

Le mort et ses proches sont intégralement pris en charge par les entreprises funéraires.La liste de leurs prestations est impressionnante. Aucun aspect lié de près ou de loin à la mort ne leur échappe. Cela va de l'organisation des funérailles proprement dites avec leur «cortège» interminable de produits et de services, aux formalités administratives en passant par les contrats de prévoyance. Chaque article, chaque prestation est chèrement facturé. Concernant les contrats de prévoyance, la guerre fait rage, de votre vivant déjà, entre les sociétés de pompes funèbres, les banquiers, les compagnies d'assurance, les mutuelles santé et autres organismes de prévoyance. Ces institutions savent que la mort est un marché très lucratif. Les entreprises funéraires exploitent non seulement la vulnérabilité des familles dans des moments singuliers, mais aussi leur volonté d'accompagner dignement leur proche à sa dernière demeure.

Il faut préciser que l'offre et la demande sur ce marché ont beaucoup évolué. La thanatopraxie (technique qui consiste à embaumer le mort pour lui donner les apparences de la vie) par exemple est de plus en plus pratiquée. Les familles utilisent également les chambres funéraires, structures commerciales, pour le recueillement et les visites. Aujourd'hui de plus en plus de personnes décèdent à l'hôpital ce qui nécessite le transport du corps dans des véhicules spécialisés. Ces pratiques et bien d'autres, qui ne sont pas toutes obligatoires, augmentent nettement le prix final perpétuant ainsi, dans la mort, les inégalités sociales.

 

Certainement le marché évoluera vers de nouvelles prestations et donc de nouvelles tendances et pratiques, nécessaires ou non. Les marchands de la mort trouveront là une juteuse extension de leurs activités. Et avec leurs techniques marketing de plus en plus sophistiquées, ils imposeront leurs rites, leurs cérémonies et leurs lois à des familles déchirées et déstabilisées par la douleur. Déjà, les pompes funèbres tentent d'exploiter les préoccupations des citoyens pour leur environnement. Le Voeu, un opérateur funéraire important, estime que «la France accumule un retard par rapport à ses voisins européens et anglo-saxons. Dans ces pays, la démarche respectueuse de l’environnement intègre déjà tous les aspects de la filière» (5). Pompes Funèbres Général (PFG) ou Le Choix Funéraire proposent déjà des cercueils «écologiques». Le cercueil de cette dernière entreprise par exemple «estconçu de façon écologique avec 80% de bois de chêne issu de forêts durablement gérées. Le tissu recouvrant l'intérieur est en matières naturelles et d'origine renouvelable. Enfin, la finition du bois est sans solvant et les poignées ont été choisies en bois pour faciliter leur biodégradabilité!»(6). Les cercueils en carton, beaucoup moins chers, existent également. Mais les grandes sociétés de pompes funèbres, dont la vente des cercueils représente des marges substantielles, rechignent pour l'instant à les commercialiser. Cercueils en bois ou en carton, la logique reste invariablement la même : faire du profit. «L'écologiecapitaliste» est une valeur porteuse, comme en politique d'ailleurs, et les pompes funèbres ne vont pas tarder à proposer à leurs clients des «obsèques vertes»! Là encore la mort se révèle un marché fructueux.

 

La religion elle même n'échappe pas à cette logique marchande. Quelques soient vos croyances et votre religion, les entreprises funéraires sont toujours là pour vous prendre en charge moyennant un prix le plus souvent élevé. Les rites catholiques, musulmans, juifs, bouddhiste etc. ne sont sur ce marché que des produits qui se vendent et s'achètent comme n'importe quel autre article de commerce. André Comte-Sponville disait « Ce que la religion apporte, lorsqu'on a perdu un être cher, ce n'est pas seulement une consolation possible; c'est aussi un rituel nécessaire, un cérémonial, même sans faste, comme une politesse ultime, face à la mort de l'autre, qui aiderait à l'affronter(...)» (7). On peut ajouter que ce cérémonial religieux non seulement se fait aujourd'hui avec un certain faste, mais surtout se transforme de plus en plus en rituel commercial !


D'autres pratiques plus ou moins marginales encore se manifestent ici ou là sur ce marché. Des sites proposent ainsi «l'insertion et la consultation d'avis de décès, de pages d'hommages et de faire-parts de mémoire(... ) pour laisser une trace éternelle des personnes qui nous sont chères». D'autres exploitent la messagerie posthume: « Écrivez de votre vivant les messages d'amour ou d'amitié que vous désireriez transmettre à titre posthume aux personnes qui ont marqué votre vie»(8).

 

Mais la tendance de fond reste la crémation tout du moins en France, car elle est très développée dans des pays comme la Suède, le Danemark, la Grande Bretagne, la Suisse etc. où sa part dans l'ensemble des obsèques dépasse les 70 %. En France cette part ne représente, selon le CREDOC, que 28 % en 2007. Mais ce taux est en forte progression puisqu'il n'était que de 1 % en 1979. Le nombre de crémations a été multiplié, lui, par 27 entre 1980 et 2008 selon la Fédération Française de Crémation (FFC) (9). Les crématoriums sont eux aussi en augmentation constante passant de 7 en 1975 à 28 en 2008 (10). De belles perspectives de profit donc pour les pompes funèbres qui vendent toutes des obsèques avec crémation! En effet les marchands de la mort organisent dans le moindre détail chacune des étapes de la cérémonie y compris la dispersion de vos cendres. Nonobstant une législation stricte sur ce dernier point, la loi du 19 décembre 2008 relative à la législation funéraire n'interdit nullement aux pompes funèbres d'accomplir ou plus précisément de vendre aux familles cette prestation (11). La loi stipule « Les restes des personnes décédées, y compris les cendres de celles dont le corps a donné lieu à crémation, doivent être traités avec respect, dignité et décence»; elle a simplement oublié que ces «restes» humains dans cette société, sont une marchandise livrée aux opérateurs privés dont l'unique but est de faire du profit.

 

Une autre pratique apparaît et se développe notamment dans les pays nordiques; il s'agit de la promession présentée comme plus écologique encore que la crémation. Cette fois ce n'est plus la chaleur qui va réduire votre corps en cendre, mais le froid. Le cadavre du défunt est transformé en poussière grâce à l'azote liquide. Ce procédé n'est pas encore autorisé en France. Il le sera probablement lorsqu'il deviendra rentable pour les pompes funèbres. L'écologie n'est qu'un prétexte que les entreprises funéraires n'hésiteront pas à exploiter comme elles le font déjà avec la crémation. Si cette technique peut-être bénéfique pour notre planète, il n'en demeure pas moins que ce n'est pas là leur but qui reste toujours le même : faire du chiffre.

 

Le poète abbasside Al Maari (973 – 1057) disait, en substance que«la tristesse à l'instant de la mort est autrement plus intense que la joie au moment de la naissance». Les marchands de la mort ne reculent devant rien pour arriver à leur fin. Ils exploitent, en plus de la force de travail de leur salariés, un sentiment singulier et commun à tous les hommes: la tristesse et la douleur liées à la perte d'un être cher. Le marché de la mort, peut-être plus encore que celui de la naissance, a donc un bel avenir devant lui.

 

Le marché de la mort est le miroir d'une société marchande qui a perdu ses repères humains; il ne lui reste comme guide et comme horizon ultime que le profit.

 

Mohamed Belaali.

(3 février 2010)

 

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(1)http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/21187/telechargement_fichier_fr_publi_pdf1_pop.et.soc.francais.429.pdf

 

(2) http://www.jpsueur.com/archives/mediatheque/Texte_lgislatifs/LoiOperationsFuneraires.pdf)

 

(3)http://www.quechoisir.org/Ressources/Positions/Ressources_Positions_2A79A2626722E249C12574EF003C327B/etude-services-funeraires.pdf)

 

(4) A cet égard, voir le travail de l'Association Française d'Information Funéraire (AFIF):

http://www.paca-communiques.com/communique.php?id=15741

 

(5) http://www.capgeris.com/services-funeraires-907/funeraire-les-francais-veulent-passer-au-vert-a13312.htm

 

(6) http://www.lecoinbio.com/20081030456/ecolo-au-quotidien/consommation/mourir-bio-avec-le-nouveau-cercueil-ecologique.html

 

(7) André Comte-Sponville, L'Esprit de l'athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu, Paris, Albin Michel, «Le Livre de poche», 2006, p. 19-20.

 

(8) Voir notamment (www.net-obseques.com) et (www.messavista.com)

 

(9) http://www.cremation-france-ffc.com/WD110AWP/WD110Awp.exe/CTX_960-2-mWDKahGcZm/PAGE_Accueil2/SYNC_189435656?LIBHTM_LIBELLE8L1

 

(10) http://www.afif.asso.fr/francais/conseils/conseil33.html#STATISTIQUES%20POUR%20LA%20FRANCE%20

 

(11) http://questions.assemblee-nationale.fr/q13/13-41028QE.htm

 

 

 

 

 

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 12:09

 

Lutte-des-cl2.jpg

 

 

 

La lutte des classes s'aiguise de plus en plus. La bourgeoisie montre chaque jour qui passe son visage hideux qu'elle dissimulait pendant les périodes «paisibles» à travers son idéologie véhiculée essentiellement par les grands médias qu'elle possède. Tout son discours sur le droit de grève, de manifestation, de libre circulation etc. est mis à mal par les pressions multiformes et la répression qu'elle exerce sur le mouvement social qui se déroule sous nos yeux. Plus la lutte dure dans le temps, plus cette classe devient brutale, arrogante et odieuse.


La classe dirigeante est prête à utiliser tous les moyens dont elle dispose pour écraser la contestation populaire. Elle fait feu de tout bois. Président de la République, gouvernement, députés, sénateurs, intellectuels, journalistes, experts en tout genre, policiers, CRS, la BAC etc. sont mobilisés pour venir à bout d'un mouvement, somme toute, pacifique.

 

Deux classes aux intérêts diamétralement opposés s'affrontent ouvertement. D'un côté des millions d'hommes et de femmes, soutenus par une large majorité de leur concitoyens, qui défendent leur pension de retraite durement acquise et refusent de travailler toujours plus longtemps pour la bourgeoisie, de l'autre, une classe minoritaire, corrompue et parasite mais disposant de tous les pouvoirs et s'accrochant à ses privilèges.

 

 

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Les salariés sont prêts à sacrifier leurs maigres économies pour soutenir une lutte de longue haleine: « C'est pas facile, question budget, reconnaît Gérard, cheminot. C'est même un sacré manque à gagner. Les fins de mois sont plus dures, sans aucun doute. Je me souviens, en 95, on avait eu presque un mois de grève ! Là, on avait souffert…» http://www.ladepeche.fr. Un autre ouvrier criait à la face des journalistes qu'il allait liquider son plan d'épargne pour tenir le plus longtemps possible!

La bourgeoisie ne peut comprendre que de simples ouvriers peuvent lui tenir tête en sacrifiant des journées, voire parfois des semaines de salaires. Ses représentants au gouvernement, eux, attendent cyniquement l'essoufflement de la révolte en usant de la propagande et de la répression physique, psychologique et idéologique. Un combat inégal!

 

La classe dominante ne reculera devant rien pour défendre ses intérêts si le mouvement populaire perdure. Toute l'histoire des luttes de classes le montre. Déjà, elle utilise la force contre les salariés des raffineries en grève et les menace de les réquisitionner et même de les jeter en prison en cas de résistance de leur part. Elle menace les routiers de poursuites pénales s'ils continuent à bloquer les routes et les péages d'autoroute en solidarité avec leurs camarades des autres secteurs professionnels.

 

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Le gouvernement s'est également attaqué aux lycéens qui ont rejoint le mouvement social. Un adolescent de 16 ans a été gravement blessé par un tir de flash-ball. Personne ne sait s'il va conserver son œil. Ce cas dramatique ne doit pas cacher la brutalité policière exercée sur les lycéens en lutte. Combien d'adolescents ont été matraqués, gazés, traînés au sol, gardés à vue et humiliés ? Mais cette répression aveugle ne fait que renforcer la détermination d'une jeunesse, dont l'avenir reste sombre, à se battre contre un pouvoir qui la méprise.

 

Quelle que soit l'issue du conflit, les salariés en général et les ouvriers en particulier ont déjà gagné, non seulement sur le plan moral en se battant contre une «réforme» réellement injuste, mais surtout ils ont pris conscience que l'État, le parlement, la police, les médias etc. sont contre eux et, partant, sont au service des patrons qui les exploitent tous les jours. La lutte dans l'unité leur a permis d'identifier clairement leurs ennemis de classe et le caractère bourgeois de la démocratie. Leurs intérêts et ceux de la classe dominante sont en contradiction totale. Ce combat de classe à classe dépasse, de ce fait, le cadre syndical et devient un combat politique.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

Addenda

 

Deux classes irréconciliables que tout sépare:

 

 

Ils sont les exploiteurs

Nous sommes les exploités

 

Ils sont les oppresseurs

Nous sommes les opprimés

 

Ils sont les dominants

Nous sommes les dominés

 

Ils sont les bourgeois

Nous sommes les prolétaires

 

Ils sont le capital

Nous sommes le travail

 

Ils ont le profit

Nous avons le salaire

 

Ils gagnent sans travailler

Nous travaillons sans gagner

 

Ils sont les parasites

Nous sommes les travailleurs

 

Ils sont une petite minorité

Nous sommes la grande majorité

 

Ils défendent la société de classes

Nous luttons pour une société sans classes

 

Ils sont le passé

Nous sommes l'avenir

 

 

Mohamed Belaali

 


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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 05:55

 

 

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«...Alors que les Haïtiens ordinaires souffrent, les riches familles de Port-au-Prince continuent de vivre dans le luxe» (1). Si les soldats américains, les forces de l'ONU et les ONG humanitaires par dizaines sont toujours présents sur le sol de ce pays meurtri, rien ou presque rien n'a été fait pour la population qui continue à vivre dans des conditions inhumaines neuf mois après le terrible séisme qui a emporté des centaines de milliers de vies humaines. L'humanitaire n'est qu'un cynique prétexte utilisé par les puissances capitalistes pour servir leurs propres intérêts.

 

 

 

Les rescapés du tremblement de terre du 12 janvier 2010 sont toujours livrés à eux-mêmes. Ils continuent à vivre dans des camps improvisés : «1,5 million de personnes vivent encore dans des abris de fortune» selon l'ONU citant des sources gouvernementales(2). Les haïtiens par milliers s'entassent dans les rues et les places publiques chassés des camps installés auparavant sur des terrains privés. Les rues sont toujours encombrées de gravats rendant la circulation quasi impossible. «Je ne vois pas de changement, il n' y a aucune évolution» disait une rescapée de Port-au-Prince (3).

 

Selon Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) enHaïti, «les hôpitaux de campagne et les cliniques mobiles ont disparu alors que paradoxalement, la situation des victimes n’a pas changé»(4).

Le Service Jésuite aux Réfugiés(SJR) déplore une situation «critique» dans les camps non officiels et dénonce la violence exercée sur les femmes lors de la distribution de l'aide humanitaire (5).

Les premières intempéries du mois de septembre 2010 ont déjà fait des victimes dans les camps, toujours provisoires, des sinistrés : «Une première évaluation a permis de dénombrer cinq morts dans les camps où sont réfugiés des dizaines de milliers de sans-abri du séisme du 12 janvier» a déclaré à l'AFP Edgard Célestin, responsable de communication de la Protection civile haïtienne.

 

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Des hommes, des femmes et des enfants déjà durement frappés par le séisme, se retrouvent à nouveau sans protection aucune, à la merci de vents violents etde fortes pluies.

Les grands blessés du séisme vivent dans des conditions épouvantables et leur état de santé risque de se dégrader davantage encore. Les plus pauvres, c'est à dire la majorité de la population, sont maintenant menacés de famine et de maladies mortelles.

 

Quel contraste entre le zèle déployé avec faste par les «humanitaires» les premiers jours du séisme et la sinistre situation actuelle de l'immense majorité de la population haïtienne !

Où sont passés les milliards de dollars promis au peuple haïtien ? Qui va demander des comptes sur l'utilisation des fonds réunis par toutes ces ONG grâce à leur marketing «humanitaire» et à la cynique exploitation de la générosité des citoyens ?

Quel est le résultat concret de ce show humanitaire et de ce tapage médiatique sur les sinistrés et notamment sur les plus démunis d'entre eux neuf mois après le séisme ? Nul ou quasiment nul.

 

Car l'aide humanitaire n'a pas pour objectif d'aider les hommes et les femmes dans la détresse, mais d'utiliser les drames humains pour servir les intérêts de ceux qui la manipulent. Ce sont ces mêmes impérialistes qui ont détruit, à travers leurs programmes d'ajustement structurel, les services publics pour les remplacer par la charité des ONG humanitaires. L'aide humanitaire est subordonnée aux calculs et aux stratégies des puissances impérialistes notamment des États-Unis qui l'instrumentalisent cyniquement pour leurs seuls intérêts. L'humanitaire est une forme de corruption par des aumônes plus ou moins déguisées. Il sert à maintenir dans la dépendance les dominés pour mieux les asservir. Il est au service des classes dominantes.

 

Mais les sinistrés savent en même temps que l'aide humanitaire ne leur est pas vraiment destinée puisque leur situation matérielle reste désastreuse malgré la présence massive de toute sorte d'acteurs humanitaires. Les ONG par exemple ne sont pas toujours bien vuespar la population locale qui doute de leur impartialité. Les salaires élevés des cadres de ces organisations, les 4x4 qu'ils utilisent parfois pour circuler dans les quartiers sinistrés et les hôtels de luxe qu'ils fréquentent contrastent tristement avec la situation misérable des rescapés. Leur proximité avec l'armée américaine et l'arrogance avec laquelle elles traitent parfois les sinistrés les éloignent de ceux qu'elles veulent aider. « Nous ne voulons pas de ce type d’aide humanitaire qui profite beaucoup plus aux ONG qu’à nous autres qui sommes dans les camps à l’attente de miettes qui tombent des ONG comme si nous étions des mendiants », pense l’un des déplacés (6) . Il n'est pas rare de voir sur les murs de Port-au-Prince des slogans dénonçant les USA, l'ONU, le président René Préval et les ONG. L'hostilité de de la population locale à leur égard devientde plus en plus grande. Certaines ONG, obsédées par la sécurité, contractent à des prix exorbitants une protection armée auprès des compagnies de sécurité privées pourlesquellesl'humanitaire n'est qu'un marché parmi tant d'autres (7).Tout le monde trouve son compte sauf les... sinistrés!

 

Les manifestations et les révoltes de la population sont réprimées par le pouvoir local très contesté et par la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d'Haïti (Minustah) c'est à dire par ceux-là mêmes qui sont sensés«soutenir les efforts humanitaires» !(8).


L'un des objectifs des élections du 28 novembre 2010, outre de permettre de placer au pouvoir celles et ceux qui serviront le mieux les intérêts de l'impérialisme américain et de la bourgeoisie locale, est justement d'empêcher toute révolte populaire. C'est ce que craignent le plus les classes aisées et les acteurs humanitaires qui se précipitent à les organiser. Car ils sentent monter dans tout le pays la colère du peuple qui a plus besoin d'améliorer sa situation matérielle quede participer aux élections: «Le problème le plus immédiat, en dehors de la reconstruction, est l'organisation des élections présidentielles et législatives(...) Le risque d'agitation sociale existe, et le peuple haïtien peut être fier qu'il n'y ait pas eu de troubles importants jusqu'à présent, malgré la dureté et la précarité de la situation dans laquelle se trouvent tant de Haïtiens», écrit Ban Ki-moon (9).


Il faut que l'ordre règne pour que les familles aisées continuent à s'engraisser. En effet pendant que des millions de travailleurs pauvres vivent dans des conditions dramatiques « ces familles(...) font des bénéfices actuellement grâce à la dernière tragédie de leur pays»(10).

 

L'aide humanitaire est une forme de violence sociale invisible exercée sur les plus démunis qui doivent, de surcroît, se courber pour l'obtenir. C'est une espèce de charité laïque utilisée par les classes dominantes pour leurs seuls intérêts. L'humanitaire, comme la charité, c'est en quelque sorte la morale d'une société de classes amorale.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) wsws.org/articles cité in blog.emceebeulogue
(2) http://www.un.org/apps/news
(3) tahiti-infos.com/Haiti-neuf-mois-apres-le-seisme

(4) haitilibre.com/article-607-haiti-reconstruction-apres-6-mois

 

(5) http://www.reliefweb.int/rw/rwb

 

(6) http://elouidor.blog.fr

 

(7) humanitaire.blogs

 

(8) minustah.org

 

(9) un.org/apps/news

 

(10)Patrick Martin, wsws.org cité in blog.emceebeulogue

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 08:45

 

TERESA2.jpg

 

 

On vient de tuer froidement une femme de 41 ans, déficiente mentale, juste après la tombée de la nuit jeudi 23 septembre

2010.


"Il n'y a pas eu de complication", a dit le porte-parole des autorités pénitentiaires. L'injection mortelle s'est très bien passée!...

 

Les journalistes qui ont assisté à cette exécution ont dit que Teresa Lewis «semblait effrayée»!

 

Ils ont dit également que son dernier repas, était constitué de «poulet, haricots verts, gâteau au chocolat et tarte aux pommes»! Quel humanisme!


Cette exécution ne s'est pas passée en Iran, ni à Cuba, ni au Vénézuela etc. mais aux États-Unis, pays qui exporte la lumière, la civilisation, les droits de l'homme, la démocratie... à travers toute la planète.


C'est pour cela peut-être que Teresa Lewis n'a pas mérité les indignations de nos philosophes, artistes, hommes et femmes politiques.


Pas de mobilisation, pas de pétitions, pas de lettres, pas de manifestations pour Teresa Lewis.


Leur émotion et leur indignation très sincères n'ont d'égales que leur silence sur l'exécution de Teresa Lewis.

Il est vrai aussi que Teresa l'américaine n'est pas Sakineh l'iranienne.


L'universalité des émotions s'efface devant les intérêts de la bourgeoisie et de ses serviteurs.

La grandeur de nos intellectuels, artistes etc. et leur capacité à s'émouvoir sont proportionnelles à leur degré de soumission aux puissants.


Peut être pensent-ils que l'injection létale, qui a empêché les poumons de Teresa Lewis de respirer et son cœur de battre, par des américains civilisés est plus raffinée et plus moderne que "les pierres jetées"(1) par ces grands méchants iraniens, barbus cruels et barbares.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1) La lapidation n'existe plus en Iran

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 11:58

 

Pakistan-inondation-2.jpg

 

 

20 millions de Pakistanais, privés quasiment de tout, errent à travers un pays dévasté et ravagé par de violentes inondations. La brutale montée des eaux a déjà laissé derrière elle plusieurs centaines de victimes. La famine commence à faire son apparition et menace des millions d'êtres humains. La situation sanitaire est catastrophique. Plusieurs millions d'enfants risquent d'être emportés par des maladies mortelles selon les Nations Unis. Ban Ki-moon, en visite dans le pays, disait lui-même qu'il n'avait «jamais vu une catastrophe d’une telle ampleur». L'ampleur du désastre n'a d'égale que la profonde souffrance de la population pakistanaise livrée à elle-même. Mais si l'aide humanitaire se fait toujours attendre, le matériel militaire de l'OTAN pour la poursuite de la guerre contre les talibans en Afghanistan voisin circule, lui, normalement ! La sale guerre impérialiste passe avant l'aide humanitaire. Pire, pendant que les pakistanais affrontent, dans des conditions inhumaines, cette terrible catastrophe, l'armée américaine continue à bombarder le Nord-Ouest du pays faisant des dizaines de victimes civiles (1). Pour les États-Unis et leurs alliés, la population pakistanaise qui résiste à l'hégémonie impérialiste dans la région ne mérite aucune aide. L'humanitaire doit servir l'intérêt des puissances capitalistes.

 

 

Le grand spectacle humanitaire organisé par les pays impérialistes, leurs ONG, leurs sportifs, leurs artistes et leurs médias concernant le séisme haïtien contraste avec le silence, l'indifférence et le mépris avec lesquels la tragédie pakistanaise est traitée. C'est que le Pakistan n'est pas Haïti! Et même dans le cas de ce dernier pays, plus de neuf mois après le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010, rien ou presque rien n'a été fait pour une population abandonnée à son triste sort alors que les troupes américaines et les ONG humanitaires par dizaines sont toujours présentes sur le sol haïtien. Mais au moins, on a réussi à transformer la tragédie haïtienne en un immense show humanitaire et médiatique (2).

Le drame pakistanais, lui, n'a été traité qu'avec parcimonie par les médias bourgeois. Et malgré une présence massive des grandes ONG (largement dépendantes des États occidentaux et de l'Union Européenne), l'aide humanitaire pour le Pakistan n'arrive qu'au compte-goutte. Ici nul spectacle humanitaire, nul appel aux dons lancé directement par les médias, nulle opération de relation publique des multinationales et nul battage médiatique. La souffrance du peuple pakistanais se fait dans le silence.

Ironie du sort, le Pakistan est le principal producteur mondial des tentes humanitaires. Mais les industriels américains veulent remplacer les fabricants locaux et vendre aux pakistanais des tentes beaucoup plus chères: «Aider le Pakistan, aider Haïti sont des réactions humanitaires appréciables des États-Unis, surtout s'ils adoptent la stratégie «aide des USA, made in USA» écrivent-ils(3). L'humanitaire c'est aussi du business, il s'arrête là où s'arrêtent également les intérêts des puissances impérialistes!

Il faut dire que sur l'échiquier international, le Pakistan occupe une position singulière à cause de son histoire mouvementée, de sa puissance nucléaire et de sa frontière avec l'Afghanistan.

Le Pakistan a été « Conçu à la hâte et mis au monde prématurément par une césarienne de dernière minute » disait Tarik Ali (4). Il a été également amputé du Cachemire toujours disputé par l'Inde et privé de sa partie orientale, le Bangladesh.

Le Pakistan a payé chèrement son indépendance nucléaire à cause du refus américain. Le gouvernement démocratiquement élu d'Ali Bhutto, le père de l'arme nucléaire pakistanaise, fut renversé par un coup d'État militaire dirigé par le général-dictateur Zia avec la bénédiction des États-Unis. Ali Bhutto fut jugé et exécuté en 1979.

En 1999, un nouveau coup d'État porte au pouvoir un autre général-dictateur, Pervez Mucharraf, le ferme soutien des américains dans la région (on le surnommait d’ailleurs dans le pays... Busharraf !).

Benazir Bhutto, fille d'Ali Bhutto, fut assassinée à son tour en 2007 et de lourds soupçons pèsent toujours sur Mucharraf dans cet assassinat.

Au total depuis sa création en 1947, le pays a connu pas moins de quatre coups d'État militaires. Il est inutile de préciser que la main de Washington est derrière, pour ainsi dire, tous ces événements majeurs qui ont fortement bouleversé ce pays.

Aujourd'hui, l'Afghanistan voisin est toujours occupé par les puissances impérialistes menées par les américains. La résistance afghane, de mieux en mieux organisée, de plus en plus unie, porte des coups décisifs aux armées d'occupation.

Le Pakistan entretient avec cette résistance des relations ambiguës et complexes. En tout cas, les pays occidentaux soupçonnent fortement l'armée pakistanaise et ses services secrets, les fameux Inter-Services Intelligence (ISI), de coopérer avec les talibans pakistanais et surtout afghans. En effet, le Pakistan tient à garder ses vieilles relations avec ces derniers dans le but de préserver ses intérêts stratégiques et surtout de ne pas laisser le champ libre à une autre puissance nucléaire, l'Inde son ennemi de toujours. Car les américains, tôt ou tard, seront contraints de quitter l'Afghanistan: «Si l'Amérique s'en va, le Pakistan est très inquiet d'avoir l'Inde à sa frontière Est et l'Inde en Afghanistan à sa frontière Ouest» (5). Le gouvernement pakistanais redoute que l'Inde développe, après le départ des américains, des relations privilégiées avec les talibans afghans. Rappelons tout de même que de 1947 à 1999 le Pakistan et l'Inde, deux puissances nucléaires, se sont livrés quatre guerres successives. Islamabad considère en quelque sorte l'Afghanistan comme sa chasse gardée.

Le Pakistan n'est pas prêt à abandonner ses relations, même ambiguës, avec les talibans nonobstant les pressions fortes des États-Unis.

En tout cas, les pakistanais sont présentés à l'opinion publique occidentale, comme les amis de ces grands méchants talibans barbus, cruels et primitifs.

Nous les civilisés de l'occident capitaliste, nous n'allons tout de même pas apporter notre secours aux amis de nos ennemis! Notre humanité a des limites.

Ces deux peuples (afghan et pakistanais) se retournent aujourd'hui contre nous alors que grâce à nos valeureux soldats, nous essayons de leur apporter démocratie et prospérité tout en protégeant leurs femmes.

Les quelques bombes qui tombent de part et d'autre de leur frontière commune et qui font des victimes innocentes ne sont que des erreurs, des bavures bien évidemment...

Et notre présence «là-bas», c'est pour leur bien, n'est-ce-pas ? On leur construit des écoles, des hôpitaux, des routes etc. Mais ces barbares ne comprennent rien à rien! Il ne comprennent que le langage de la force : «Nous n'avons pas le droit de renoncer à défendre nos valeurs. Nous n'avons pas le droit de laisser les barbares triompher»(6).

Mais derrière la diabolisation du pakistanais et de l'afghan, comme d'ailleurs du cubain, de l'iranien, du palestinien, du nord-coréen, de l'irakien etc. se cachent des intérêts impérialistes. Car ces mêmes «barbares» de talibans, on les appréciait bien et on les appelait même les Moudjahidines de la liberté lorsqu'ils combattaient la présence soviétique en Afghanistan (1979-1989)! Pour faire barrage à l'armée russe, les américains ont financé, entraîné et armé ces «combattants de la liberté» et le Pakistan devint leur allié privilégié dans la région.

Ainsi le civilisé d'hier est devenu lebarbare d'aujourd'hui!Seule la bourgeoisie, pour ses intérêts, est capable d'un tel exploit. Les ennemis comme les amis d'ailleurs ne sont jamais permanents; seuls les intérêts sont permanents!

 

L'humanitaire dans un ordre économique, social et politique profondément injuste qui n'accorde aucune valeur à la vie humaine, ne peut que servir les puissances capitalistes qui l'instrumentalisent cyniquement pour leurs seuls intérêts.

A bas l'humanitaire capitaliste!

Vive la solidarité entre les peuples!

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.latribune-online.com/monde/39339.html

 

(2) L'humanitaire au service du capital:le cas de Haïti

 

(3) lemonde.fr/idees/article/2010/09/06/l-aide-au-pakistan

 

(4) Tariq Ali « Le choc des intégrismes », Textuel, 2002.

 

(5) Déclaration de Tariq Fatemi, un ex-ambassadeur du Pakistan, au New York Times.

Cité in www.wsws.org

 

(6) rue89

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 07:09

 

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  " El Humoso"

 

«Avenida de la libertad», «calle Ernesto che Guevara», «Plaza Salvador Allende», «Paz, Pan y Trabajo», « Apaga la TV, enciende tu mente», «Una Utopia hacia la Paz» etc. ce sont là les noms de rues, de places et des slogans d'un village andalou non loin de Cordoba et de Sévilla que le visiteur étranger découvre au bout d'une route sinueuse au milieu des champs d'oliviers, de blé coupé et grillé par le soleil.

 

L'artère principale de la petite ville de près de 3 000 habitants mène tout droit à la mairie (Ayuntamiento) dirigée par Juan Manuel Sánchez Gordilloqui a gagné toutes les élections à une large majorité et ce depuis plus de trente ans.


Juan Manuel est un homme simple qui reçoit les visiteurs dans son bureau, où trône un grand portrait d'Ernesto Che Guevara, spontanément et naturellement sans rendez-vous ni protocole aucun. Il n'hésite pas à quitter son bureau pour montrer les maisons blanches situées juste en face de la mairie et construites collectivement par les habitants eux-mêmes sur des terres offertes quasi gratuitement (15,52 euros par mois) par la commune. Celle-ci met également à leur disposition l'aide d'un architecte et d'un chef de chantier. La région, elle, apporte le gros matériel de construction. Promoteurs immobiliers, spéculateurs et autres parasites n'ont pas leur place ici. Le logement cesse ainsi d'être une marchandise et devient un droit.

Juan Manuel parle avec enthousiasme et fierté des nombreuses réalisations des habitants de sa commune, chiffres et graphiques à l'appui.


Le barman du café «La Oficina», qui se trouve un peu plus loin de la mairie, nuance quelque peu les propos du maire mais confirme, pour l'essentiel, les avancées sociales de la ville notamment l'octroi des terres pour celles et ceux qui ont besoin d'un logement, préoccupation première des espagnols. Il confirme également l'absence totale de la police, symbole de la répression étatique.En effet, les habitants n'éprouvent aucun besoin de recourir à ses «services». Ici les problèmes de criminalité, de délinquance, de vandalisme etc. sont absents. Ils pensent gérer et régler eux-mêmes les problèmes qui peuvent éventuellement surgir entre eux. En tout cas depuis le départ à la retraite du dernier policier, ils n'ont pas jugé utile de le remplacer.


En face de « La Oficina» se dresse un bâtiment sur lequel on peut lire «Sindicato de obreros del campo» et « Casa de cultura». Mais cette grande salle fait également office de café, bar et restaurant. C'est un lieu d'échanges, de débats, de fête et de convivialité. C'est là aussi que se retrouvent, dès l'aube, les travailleurs agricoles pour un petit déjeuner collectif avant de partir ensemble pour une journée de travail de 6h30 dans les champs d'«El Humoso» à 11 kilomètres du village.

Cette terre andalouse, travaillée collectivement aujourd'hui, est témoin d'un passé chargé de tant d'actions, d'occupations, de manifestations, de grèves, de marches et de procès devant les tribunaux. Et c'est grâce à cette lutte très dure et réellement populaire que cette terre (1 200 hectares) fut arrachée à un aristocrate de la région, le Duc de l'Infantado. Dans cette Andalousie profonde les femmes, malgré les pesanteurs sociales et les préjugés, ont joué un rôle déterminant dans ce combat pour que la terre appartienne à celles et ceux qui la travaillent.

Aujourd'hui «ces terres ne sont la propriété de personne sinon de toute la communauté de travailleurs» comme le disent les habitants du village.

 

Mais pour ces ouvriers, il ne s'agit pas seulement de récupérer les terres, mais aussi de construire «un projet collectif dont l'un des objectifs est la création d'emplois et la réalisation de la justice sociale».

 

C'est ainsi qu'est nél'ensemble des coopératives qui produisent et distribuent une série de produits agricoles de grande qualité exigeant en même temps une main-d'œuvre abondante: huile d'olive, conserves d'artichauts, de poivrons rouges, de fèves etc. Les producteurs directs de ces richesses travaillent du lundi au samedi pour une rémunération journalière de 47 euros et ce quelque soit leur poste et leur statut. Ici il n' y a ni patron, ni actionnaires, ni dividendes à distribuer. Le surplus dégagé est réinjecté dans l'entreprise commune dans l'espoir de créer davantage d'emplois et permettre ainsi à tout le monde de travailler conformément à leur projet collectif. Ils tentent de mettre l'économie au service de l'homme et non au service du profit. Le chômage, ici, est quasi inexistant alors qu'il dépasse les 25 % de la population active en Andalousie et 20 % dans toute l'Espagne!

 

A «El Humoso», les ouvrières et les ouvriers parlent avec une certaine émotion de leur coopérative, de leur travail, de leurs produits, de la solidarité et de la convivialité qui règnent entre eux. Mais, ils évoquent également leur crainte de voir leur unité se fissurer à cause de leurs ennemis qu'ils pensent nombreux dans la région voire dans toute l'Espagne. Il se dégage de leurs récits beaucoup de conviction et beaucoup d'humanité.


Manolo, un ouvrier de la coopérative, parle avec affection, comme s'il s'agissait d'une personne, de la machine à extraire de l'huile d'olive dont il s'occupe. Il n'hésite pas à expliquer son fonctionnement, l'entretien qu'elle nécessite etc. à tous les visiteurs. Il parle également avec respect de son compagnon de lutte, le maire Juan Manuel qu'il considère comme «el ultimo», le dernier, à ses yeux, de cette catégorie d'hommes capables de relever un tel défi et de confondre dans un même mouvement pensée et pratique. Manolo évoque aussi la vie d'ascète que mène l'édile du village, les arrestations et les tracasseries judiciaires qu'il a subies et l'attentat auquel il a échappé. Manolo invite avec insistance le visiteur à revenir à la coopérative au mois de décembre ou janvier pour admirer le travail d'extraction de l'huile d'olives.

Mais au village il n' y a ni hôtel, ni hostal pour un éventuel séjour. Toutefois la municipalité met gracieusement des pavillons à la disposition des visiteurs qui peuvent également, s'ils le désirent, partager le logement de quelques habitants pour une somme symbolique comme chez Antonio dans l'avenue principale de la petite ville. Antonio accueille chaleureusement ses hôtes avec qui il aime parler de l'originalité de son village et semble heureux d'y vivre: «pour l'instant, disait-il, nous vivons en harmonie ici».


Vivent également en «harmonie» avec les habitants du village, les travailleurs immigrés eux aussi embauchés à la coopérative d' «El Humoso». Selon les dires du barman du local syndical ces hommes et ces femmes font partie intégrante de la communauté des travailleurs et participent comme les autres aux décisions prises dans les assemblées générales. En effet ces fameuses assemblées se tiennent dans une grande salle attelée au local syndical où traînent à côté des chaises blanches en plastique tout sorte de vaisselle et de couverts stockés là probablement en attente d'une prochaine fête populaire. La salle est également ornée d'un immense et splendide tableau sur lequel on peut voir des hommes et des femmes en lignes serrées précédés de deux hommes et d'une femme portant un enfant dans ses bras, tous marchent vers la même direction. «Aujourd'hui à 20h30, assemblée générale au local syndical», c'est par ce message, diffusé inlassablement par une camionnette qui sillonne toutes les rues de la petite ville, que les habitants sont conviés au rassemblement pour décider de leurs affaires.


Ils organisent également ce qu'ils appellent les «dimanches rouges» où des volontaires se chargent gratuitement, entre autres, de nettoyer et d'embellir leur commune: entretien des allées et jardin publics, plantation d'arbres etc. La petite ville est non seulement l'une des plus sûre mais aussi la plus propre de la région!

 

Le village est relativement riche en équipements collectifs comparativement aux communes avoisinantes. Les habitants peuvent se baigner durant toute la saison estivale dans la piscine municipale pour la modique somme de trois euros. La garderie pour enfants ne leur coûte que 12 euros par mois repas compris. Le complexe sportif «Ernesto Che Guevara», bien entretenu,leur permet de pratiquer plusieurs sports comme par exemple le football, le tennis ou encore l'athlétisme.


Durant l'été, les habitants assistent régulièrement à la projection de films en plein air dans le parc naturel. Débats, conférences, films et soutien aux peuples opprimés notamment ceux qui sont injustement privés de leur territoire font partie de la vie culturelle et politique du village. Juan Manuel porte souvent d'ailleurs, ostensiblement, l'écharpe palestinienne!

 

Le sport, la culture, les fêtes etc. sont des droits ouverts à tous comme le travail et le logement. Le développement tant matériel qu'intellectuel de chaque individu reste, ici, la condition du développement de tous.

 

Allez donc à Marinaleda voir et vérifier la réalité de cette «utopie». Allez à la rencontre de ces hommes et de ces femmes admirables qui ont réussi grâce à leur travail au jour le jour et à leurs convictions à construire , dans un océan d'injustices, de malheurs et d'asservissement, une société différente. Le capitalisme par ses crises à répétition et le danger qu'il représente pour l'homme et la nature n'a pas d'avenir. L'exemple concret et réussi de Marinaleda montre qu'une autre société est possible.

 

 

Mohamed Belaali

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Le complexe sportif de Marinaleda

 

 

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Le tableau de la grande salle des assemblées générales

 

 

 

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Juan Manuel maire de Marinaleda

 

 

 

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 20:39

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Encore un drame. Un homme vient de décéder dans le sinistre centre de rétention de Vincennes. Et pourquoi ?

Parce que le président de la république française Mr. Sarkozy et son ministre Mr. Hortefeux l’ont décidé à travers une politique de l’immigration qui leur permet de gagner le pouvoir et de s’y maintenir.

Cette politique s’adresse à une frange de la population imbibée des idées rétrogrades et xénophobes.

Pour gagner les voix de cette partie de la population, toutes les limites ont été franchies : chasse à l’homme, rafles, interpellations au domicile des personnes en situation irrégulière (voir entre autres le cas de Patrice et Laurence), brutalité physique et violence verbale des centres de rétention, humiliations en tout genre etc.

Hortefeux, qui ne pouvait cacher sa joie devant la presse, se glorifiait de l’augmentation des « reconduites à la frontière ». Une augmentation de 80 % disait-il avec une certaine fierté.

Mais, à cause justement de cette politique, combien d’hommes et de femmes sont morts ?

Combien de familles ont été brisées ?

Hortefeux aura-t-il un jour le courage de les donner ?

Mais les chiffres, les pourcentages, aussi précis soient-ils, peuvent-ils exprimer vraiment le drame et la détresse de ces hommes et de ces femmes ?

Vers quel régime politique nos sociétés d’aujourd’hui tendent-elles ?


Mohamed Belaali

22juin 2008

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 08:51

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  L’Etat n’est qu’un comité qui gère les affaires de la bourgeoisie, cette phrase est, encore une fois, d’une actualité brûlante. Quelques exemples suffisent à le montrer.

 

 

En effet, la bourgeoisie n’a jamais été aussi gâtée que sous le règne de Sarkozy: diminution de l’impôt de solidarité sur la fortune, allègement des droits de succession et plafonnement du bouclier fiscal (voir le paquet fiscal). Reconnaissante, la bourgeoisie récompense ses fidèles représentants c’est-à-dire les députés et les sénateurs en les excluant du projet de réforme des régimes spéciaux de retraite. Il faut dire que le travail de ces messieurs est plus pénible que celui des cheminots, des agents de la RATP, des électriciens etc.

Pour protéger cette classe et lui permettre de s’enrichir en toute impunité, Sarkozy, qui est déterminé à « mettre un terme à la pénalisation à outrance » installe (par le biais de sa ministre de la justice Rachida Dati) un groupe de travail chargé de dépénaliser le droit des affaires. Curieusement l’annonce a été faite au moment même où l’affaire EADS éclate au grand jour. Toute la direction du groupe est impliquée dans ce scandale. Noël Fourgeard (co-président d’EADS) et ses enfants ont réalisé une plus-value de 6,7 millions d’euros en vendant leurs titres à temps.

Ce même Fourgeard a quitté le groupe, après avoir supprimé 10 0000 postes (power 8) et brisé la vie de milliers de familles, avec une indemnité de 8.5 millions d’euros. Lagardère, président du groupe, ami intime de Sarkozy et propriétaire de plusieurs médias influents s’est débarrassé de 7.5% du capital d’EADS avec l’aval de l’Etat. Leurs intérêts (ceux de Lagardère et de l’Etat) sont tellement liés dans le groupe qu’ils sont gérés par une société commune, la Sogeade.

Une partie des titres Lagardère (2.25%) a été cédée à la Caisse de Dépôt et de Consignation (CDC) qui est un organisme public et considéré même comme le « bras financier » de l’Etat. Il faut préciser que le groupe vit essentiellement des commandes que leur fait…l’Etat. On voit mal comment, dans ces conditions, ces « délinquants financiers » seront condamnés par la justice comme elle l’a fait avec les jeunes qui criaient dans la rue leur rage contre le Contrat Premier Emploi (l’Etat les a même exclus du décret de grâce du 14 juillet 2006).

La complicité du pouvoir économique et politique est une réalité de plus en plus évidente. L’Etat n’est, en dernière instance, qu’un organisme au service de la classe dominante comme l’avaient écrit Marx et Engels en 1848.

 

7 octobre 2007

 

Mohamed Belaali




 

 

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 07:31

 

 

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Les scandales financiers et les affaires de corruption qui mettent en cause la plupart des membres du gouvernement contrastent tristement avec la politique de rigueur et d'austérité sans précédent que ce même gouvernement impose aux classes populaires. Au moment où l’on exige de la population des sacrifices de plus en plus lourds, au moment où les chômeurs et les précaires se comptent par millions, les représentants de la bourgeoisie, eux, se permettent de se servir abondamment dans les caisses de l’État et jouissent d'innombrables privilèges . La liste des ministres impliqués dans des affaires est longue :des 9 500 euros mensuels de Christine Boutin pour une obscure mission sur la mondialisation, aux 12 000 euros des cigares de Christian Blanc en passant par les hôtels particuliers du ministre de l'industrie Christian Estrosi ou les 116 500 euros d'Alain Joyandet pour un aller/retour à la Martinique sans parler de son permis illégal pour agrandir sa maison près de Saint-Tropez. Et on va taire par pudeur l'affaire Karachi qui a coûté la vie à 14 personnes. Il ne s'agit là bien évidemment que de quelques exemples qui ne doivent pas cacher le caractère récurrent et structurel de la corruption de la classe dirigeante. Car les scandales financiers, corruption, privilèges et autres affaires, comme celle d'Eric Worth, sont intimement liés au fonctionnement même du système capitaliste qui les produit et reproduit de manière permanente.

 

« Le gouvernement moderne n'est qu'un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière» (1). L'État n'est donc pas au service de tous, mais sert seulement les intérêts privés de quelques uns. La police, la justice, les préfets, les députés, les ministres etc. ne sont pas les représentants de toute la société. Le président de la République n'est pas le président de tous les français. Le président gère l'Etat contre l'intérêt général au profit de l'intérêt particulier, celui de la classe dominante. Et plus il sert les intérêts de la bourgeoisie, plus il s'éloigne de ceux des classes populaires.

La corruption, elle aussi, remplace l'intérêt public par l'intérêt privé. Elle efface les frontières entre les deniers publics et les revenus privés. Les hommes et les femmes politiques sans scrupulespeuvent ainsi se servir, avec un sentiment total d'impunité, dans les caisses de l'État comme s'il s'agissait de leur propre patrimoine! La corruption nie et méprise le principe de transparence et permet à une seule et même classe sociale, par le biais de l'État, d'accéder d'une manière occulte et illégale aux ressources publiques.

Le scandale Liliane Bettencourt, la femme la plus riche de France, illustre d'une manière éloquente cette proximité et cette confusion des intérêts de la grande bourgeoisie et du gouvernement. Celui-ci doit être au service de celle là. L'ex- ministre du budget, Eric Woerth, est soupçonné, via sa femme qui gère les dividendes de la milliardaire, de conflit d'intérêt. Mme Bettencourt avoue de son côté posséder des comptes à l'étranger et toute une île aux Seychelles non déclarés au fisc. Elle a promis, toutefois, de régulariser cette situation. L'épouse d'Eric Worth a été obligée de quitter son poste, mais le ministre aujourd'hui du travail, lui, n'a pas démissionné. Seuls Alain Joyandet et Christian Blanc ont été obligés de quitter leurs postes.

Eric Worth est soupçonné également d'entretenir les mêmes relations avec Robert Peugeot, l'héritier de la grande famille bourgeoise du même nom. Les deux hommes se connaissent et s'apprécient mutuellement. Eric Worth a même décoré Robert Peugeot de la Légion d'honneur comme il a remis les insignes de chevalier de la Légion d'honneur à Patrice de Maistre le gestionnaire de la fortune de Bettencourt ! Qu'elle est jolie la république bourgeoise !

Sarkozy voyant que les affaires prennent de l'ampleur, annonce d'une manière solennelle qu'il allait réduire le train de vie de ses ministres (mais pas ses propres privilèges), reconnaissant implicitement par là l'existence de ces affaires !

Plusieurs personnalités du monde politique et économique très proches du pouvoir comme Valérie Pécresse, François Pérol l'ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée et intime des grands patrons français, le multimillionnaire Stéphane Richard ami de Sarkozy ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde et Directeur Général de France Télécom seraient, à un titre ou à un autre, impliqués dans des affaires. Précisons que Stéphane Richard qui a subi un redressement fiscal en 2007 est décoré lui aussi de la Légion d'honneur.

La collusion des intérêts du capital et ceux de l'État trouve ici son expression la plus éclatante : Le pouvoir politique met l'État et notamment son appareil judiciaire à la disposition du pouvoir économique qui, en échange, finance entre autres ses campagnes électorales. Eric Worth est le trésorier de l'UMP et le financier du système Sarkozy. C'est lui qui est chargé de récolter les fonds auprès des grosses fortunes au profit du président de la République. On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi Sarkozy tient absolument à soutenir «totalement et complétement» son ministre du travail et pourquoi il désire que Liliane Bettencourt reste en France :«Je ne veux pas qu'elle foute le camp en Suisse» disait-il.

Rappelons tout de même que c'est ce même ministre qui mène, au nom du gouvernement et donc de la bourgeoisie, la bataille de la destruction du système de retraite par répartition. Lui, le bourgeois, qui vit dans l'opulence, exige des salariés de travailler toujours plus pour une pension de misère!

Et c'est ce même gouvernement qui tolère que des milliers de familles bourgeoises «très patriotes», dont il possède la liste, planquent scandaleusement leur magot à l'étranger pour échapper au fisc.

Les intérêts de l'État,donc d'une infime minorité, sont incompatibles avec ceux de l'immense majorité de la population.

Tous les gouvernements bourgeois, avec des différences de degré et non d'essence, sont corrompus. Mais sous le régime de Sarkozy, les affaires fleurissent et se banalisent plus facilement. C'est queSarkozy aime l’argent, le luxe, l'apparat, le cérémonial et n'hésite pas à étaler ostensiblement, dans une république affaiblie, les fastes d’un pouvoir quasi monarchique. Sa fascination pour les riches n'a d'égale que son mépris pour les pauvres.

En avril 2007, Nicolas Sarkozy avait promis une «République irréprochable», une «démocratie moderne qui sera exemplaire au regard du monde». Aujourd'hui, sa république est corrompue, sa démocratie est totalement livrée au capital, aux parasites spéculateurs en tout genre qui la violent chaque jour. Et on va taire la réputation de la France sous le régime de Sarkozy dans le monde. Triste fin de règne !


On peut adopter les lois que l'on veut contre la corruption, les affaires et les privilèges, mener toutes les enquêtes possibles, on peut même diminuer et limiter leur importance, mais on ne peut pas les éliminer. Car leur existence et celle du capitalisme sont tellement imbriquées l'une dans l'autre que l'on ne peut supprimer l'une sans éliminer l'autre. Les lois et les mesures prises pour lutter contre la corruption ne sont que des paravents derrière lesquels la bourgeoisie dissimule ses forfaits. Le problème n'est donc pas l'existence de la corruption, des scandales financiers, des affaires et autres privilèges, mais celle du capitalisme qui les engendre. Il y a eu dans le passé des scandales, il y a aujourd'hui des scandales et il y aura dans l’avenir d’autres scandales tant que ce système existe.

In fine, le véritable scandale, c'est le capitalisme lui-même.


Mohamed Belaali


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(1) K. Marx et F. Engels «Manifeste du parti communiste». Éditions en langues étrangères. Pekin, page 35.




























 

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 06:28

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«Le sport est une réponse à la crise, c’est parce qu’il y a des problèmes qu’il faut mobiliser le pays vers l’organisation de grands événements. Qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le sport, et à l’intérieur du sport qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le football »?s'exclamait Nicolas Sarkozy. «Dans un stade c’est un moment de communion, il n’y a plus de classes sociales» déclarait Roselyne Bachelot (1). Le sport et plus particulièrement le football, voilà les remèdes miracles de la bourgeoisie et de ses serviteurs contre la crise du capitalisme. Ils permettent de surcroît d'abolir les classes et la lutte des classes ! Belle manière pour anesthésier la population et faire passer ainsi, sans trop de difficultés, des «réformes» douloureuses et réaliser des bénéfices fabuleux. Sauf que le football, tel qu'il est organisé aujourd'hui, est l'expression, le miroir d'une société capitaliste malade avec ses tares et sa brutalité : compétition à outrance, haine de l'autre, corruption, tricheries, racisme, chauvinisme, machisme, dopage, violence etc. etc.

 

En plus de la propagande quotidienne habituelle, faits divers, météo, burqa, sécurité, etc. l'annonce de l’Euro 2016 et la coupe du mondede football constituent une véritable aubaine pour les riches en ces temps de rigueur et d'austérité. Les luttes sociales deviennent difficiles à mener durant le Mondial. Ils savent que le foot fascine et tétanise les pauvres. Il leur procure, à l'instar d'une drogue dure, des moments de plaisir en oubliant un instant leur triste sort. Le foot les fait sortir massivement dans la rue crier la victoire de leur équipe : «on a gagné !...on a gagné !». Dans ce sens il leur sert d'exutoire aux multiples privations et frustrations.En les soulageant, le football les détourne en même temps de leurs vrais problèmes. «L'affaire Anelka» ne fait que prolonger, différemment, cette ambiance.

Les grands médias, jour et nuit, vont se charger de gaver le peuple d'images, de débats, d'interview et de commentaires liés au foot. Dans les foyers, les cafés, les restaurants, dans certains établissements scolaires, les stades, sur les places publiques... des écrans de télévision, petits et grands, transmettent en direct tous les matchs de la coupe du monde. Concerts, tournois, jeux, films, expositions et autres animations sont également prévus pour célébrer cet événement sportif qui se répète inlassablement tous les quatre ans. Tout est prêt pour que les pauvres «vibrent» ensemble et oublient les luttes sociales. Pendant ce temps là, les grandes multinationales, elles, gèrent et comptent tranquillement leurs milliards de dollars gagnés grâce à cette hystérie collective que représente la coupe du monde de football. Profitant, lui aussi, de cette anesthésie générale, le président de la République Nicolas Sarkozy annonce solennellement le 16 juin 2010 en pleine coupe du monde la destruction de ce qui reste encore du système de retraite par répartition.

«Panem et circenses», voilà ce que les empereurs de la Rome antique offraient au peuple afin qu'il ne songe plus à sa misère.

Mais aujourd'hui ni les jeux ni le pain ne sont gratuits et les joueurs ne sont plus des gladiateurs. Le sport, comme la plupart des activités, est une vulgaire marchandise qui se vend et s'achète. Le sport, dans le cadre du capitalisme, est d'abord un marché, et un marché fabuleux. La dernière coupe du monde organisée en Allemagne en 2006 a enregistré plus de 26 milliards de téléspectateurs en audience cumulée à travers le monde. La liste des sponsors est interminable. Le chiffre d'affaire (ensemble des ventes) de la Fédération internationale de football (FIFA), l'une des organisations les plus corrompues au monde(2), a progressé de 60 % entre 2006 et 2010 (3). Les fabricants et les vendeurs de téléviseurs se frottent les mains. Sur seulement deux mois (mai/juin), leurs ventes peuvent atteindre les 200 000 postes. Les équipementiers sportifs comme Adidas, Nike et Puma s'arrachent à coup de millions de dollars des contrats avec les équipes nationales pour qu'elles portent leurs couleurs. Ils espèrent ainsi doper leurs ventes, en berne en 2009, de ballons, chaussures et autres maillots de foot. Les chaînes de télévision achètent à prix d'or les droits de diffuser les matchsafin d' augmenter leur audience et vendre ainsi leurs spots publicitaires de trente secondes le plus cher possible.

Les corps des sportifs ne sont que des machines à sous. Les compétitions sont poussées à l'extrême afin que le spectacle soit rentable. Car seule la victoire, par tous les moyens, compte. Le dopage généralisé, dans ces conditions, devient indispensable. Le sport, paradoxalement, constitue ainsi la négation des qualités physiques des sportifs!

La bourgeoisie est donc gagnante sur les deux tableaux : endormir le peuple et faire des bénéfices.


Dans le cadre d'un capitalisme mondialisé, le sport en général et le football en particulier ne peuvent que servir la classe dominante qui les utilise comme un marché planétaire pour ses marchandises. Le football dans cette optique n'est, pour elle, qu'un instrument efficace pour faire des bénéfices. A cette fin, elle mobilise d'une manière hystérique tout son appareil idéologique et médiatique. La classe dirigeante exploite et exacerbe à l'extrême les passions et les comportements les plus grégaires et dressent les individus et les nations les uns contre les autres, les détournant ainsi des vrais responsables de leurs malheurs c'est à dire le capitalisme et la classe sociale qui le porte, la bourgeoisie.


Mohamed Belaali


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  1. http://www.france-info.com

  1. Voir, entre autres, «Carton rouge, les dessous troublants de la FIFA» d'Andrew Jennings, Presses De La Cité.

  2. Les Echos.fr





















 

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