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25 novembre 2021 4 25 /11 /novembre /2021 09:48

 

Un discours haineux d'une rare violence s'est installé, en ces temps de crise, dans les médias dominants contre les musulmans et plus particulièrement contre les femmes musulmanes. Journalistes, philosophes, écrivains, experts, hommes et femmes politiques se précipitent et se succèdent sur les plateaux de télévision, les stations de radio etc. pour déverser leur mépris de classe sur cette fraction la plus vulnérable de la population. Au nom de la laïcité et de la libération des femmes par exemple, les musulmanes doivent être pourchassées, humiliées, stigmatisées et livrées à la vindicte populaire. Mais derrière ce discours ignoble se cache la classe dominante. Car les idées ne tombent pas du ciel comme la pluie. Elles sont l'expression générale de la réalité économique et sociale des hommes et des femmes vivant en société. Comme disaient, il y a longtemps, Marx et Engels «les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante» (1).

 

 

En ces temps de crise, les valeurs dont se targue encore la république bourgeoise s’effondrent lentement sous la pression des changements économiques et avec eux toute cette construction idéologique : droits de l’homme, laïcité, démocratie, État de droit, égalité entre citoyens, liberté de culte etc. Elles sont remplacées aujourd'hui par la propagation d'autres « valeurs » comme la haine, l'islamophobie, l'antisémitisme, la xénophobie, la misogynie, la démagogie, la délation, etc. Il s'agit là des ingrédients essentiels utilisés ou plus précisément instrumentalisés par la classe dominante pour, en dernière analyse, maintenir les privilèges et les richesses entre ses propres mains.

 

Mais pour pouvoir imposer sa politique en temps de crise, la bourgeoisie a besoin non seulement de gouvernements autoritaires, mais aussi de tromper les masses populaires pour obtenir leur passivité voire leur complicité. Il lui faut des boucs émissaires capables de détourner la colère des masses des vrais problèmes et du combat politique. La stigmatisation du musulman aujourd'hui comme, toute proportion gardée, du juif hier, correspond à cette nécessité pour la classe dirigeante d'occulter sa propre responsabilité dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît la France et son incapacité à sortir le pays de la crise. Elle attise les haines religieuses à travers ses hommes politiques, ses journalistes, ses intellectuels etc. afin de dresser les citoyens les uns contre les autres pour les diviser et pour mieux attirer, tel un prestidigitateur habile, l'attention de la population sur le voile, la construction des mosquées, les jupes longues, la viande halal, l'islamo-gauchisme, le séparatisme etc. Il faut donc construire cet ennemi à force d'images et de phrases haineuses pour cimenter une population traumatisée par les différents plans d'austérité et dégoûtée par le comportement d’une classe politique corrompue et totalement soumise aux intérêts d’une minorité de très riches. Ce faisant la classe dominante déforme et travestit la réalité.

 

Mais cette prolifération et ce développement fulgurant dans l'espace médiatique de ce discours de haine constituent, dans une certaine mesure, les symptômes d'une société en crise profonde qui glisse progressivement et insidieusement vers un régime encore plus autoritaire que celui qui est déjà en place (2). On ne compte plus dans l'espace médiatique le nombre de débats sur le port du voile, de tribunes, d'éditoriaux et de chronique sur l'islam. Les mots et les « théories » utilisés sont souvent vides de sens mais toujours chargés de haine. Avec ce discours haineux qui sature l'espace médiatique, on assiste à un processus irrésistible de résignation, de dépolitisation et de fascisation des esprits.

 

C'est dans ce cadre qu'il faut peut-être comprendre cette omniprésence et cette audience démesurée donnée à l'idéologie d'extrême droite dans les grands médias. Ses idées et s

es thèmes fétiches et obsessionnels comme l'immigration, l'islam, le voile, les banlieues, le terrorisme, la sécurité etc, sont ainsi, grâce au matraquage des grands médias, légitimés, banalisés et intériorisés.

 

 Il ne s'agit donc pas d'un problème religieux ou ethnique, mais d'un problème social et politique. La bourgeoisie n'attaque pas l'Islam en tant que tel, mais l'utilise comme elle utilise le terrorisme, qu' elle a par ailleurs largement contribué à créer. Il suffit de voir les relations privilégiées qu'entretient la bourgeoisie française avec des pays comme l'Arabie Saoudite ou le Qatar pour s'en convaincre. 

 

Aujourd'hui, le capitalisme en crise produit et continuera à produire des «valeurs» de haine, de xénophobie, d’islamophobie, de délation etc. S'il faut combattre au quotidien ces idées nauséabondes, il faut en même temps s'attaquer au système qui les engendre et à la minorité d'oppresseurs qui dresse les citoyens les uns contre les autres jouant sur leurs préjugés nationaux et religieux.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm

(2)Voir la répression exercée sur le Mouvement des Gilets jaunes par le gouvernement Macron 

https://www.belaali.com/2021/11/gilets-jaunes-trois-annees-de-combat-et-d-espoir.html

 

 

 

 

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