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4 mars 2026 3 04 /03 /mars /2026 09:18

"Le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde aujourd'hui : mon propre pays"

Martin Luther King (1)

 

Depuis son arrivée au pouvoir le 20 janvier 2025, Trump mène une politique d'une rare violence à l'intérieur comme à l'extérieur des Etats-Unis. Sa politique étrangère se résume à conquérir et à piller les richesses des peuples par la force des armes comme au vieux bon temps colonial. En ce moment même, il est en train de déchaîner sa puissance militaire contre la nation iranienne pour la forcer à se soumettre. Cette violence qui se déroule sous nos yeux aujourd'hui ne date cependant pas d'hier. Elle plonge ses racines profondes dans la longue histoire de violence de la politique américaine. Dès les premières décennies de la jeune République, la violence, sous différentes formes, était une composante centrale de la vie politique américaine. Mais derrière cette violence se cache les intérêts économiques de la classe dominante. Comme disait Engels "Toute violence politique repose primitivement sur une fonction économique" (2). La violence n'est en réalité qu'un moyen au service du profit et de l'accumulation des richesses. Cette violence des oppresseurs s'est cependant systématiquement heurtée à la résistance et aux luttes d'émancipation des opprimés.

L'Amérique est née dans la violence, a gouverné par la violence et asservi les autres peuples par la violence : génocide des populations indigènes, esclavage des noirs, spoliation d'une grande partie du territoire mexicain par la force, guerre de Sécession sans parler de toutes les innombrables guerres impérialistes du XXe siècle avec ses millions d'hommes et de femmes assassinés, mutilés, torturés. La violence, reflet de la supériorité économique des Etats-Unis, a toujours été présente à l'intérieur comme à l'extérieur de leurs frontières. La brutalité de la politique que mène aujourd'hui Trump est le prolongement, dans des conditions bien différentes, de cette violence. Il ne s'agit donc pas d'une exception, mais d'une constante dans l'histoire des Etats-Unis. Trump n'est pas tombé du ciel avec la dernière pluie. Il est, en dernière instance, le produit de la lutte des classes qui secoue la société américaine. Trump reste un produit des rapports sociaux et des circonstances propres à l'histoire de ce pays. Il ne faut pas se focaliser sur la personne de Trump même s'il a su, avec une certaine habilité, revenir au pouvoir pour la deuxième fois. Se concentrer uniquement sur sa personne et sur le présent, revient à occulter le passé sanglant de la domination des classes dirigeantes dès la naissance de la nation américaine. Comme disait Tariq Ali, il ne faut pas refouler "le souvenir de la gestation, de la naissance et des premiers actes du banditisme de l'impérialisme américain" (3). C'est ce passé, ces "premiers actes du banditisme" qui ont créé les structures et les conditions nécessaires à l'arrivée au pouvoir d'un personnage comme Trump.

La nouveauté aujourd'hui ne réside pas dans l'existence de la violence, mais dans le fait que cette politique violente est menée ouvertement, sans fard et sans masque. Elle est assumée, revendiquée. Trump l'a rendue évidente. Le discours hypocrite tenu par ses prédécesseurs sur la démocratie, le respect du droit, les valeurs universelles, le multilatéralisme, les institutions internationales, la souveraineté des Etats, a tout simplement disparu. Trump ne fait qu'accélérer et amplifier un processus mis en place bien avant lui par d'autres dirigeants américains. Il ne s'agit pas d'une rupture avec le passé mais bel et bien d'une continuité.

Cette violence qui caractérise les Etats-Unis, hier comme aujourd'hui, n'est toutefois qu'un instrument, un moyen au service des intérêts économiques des dirigeants et plus largement de la classe dominante américaine. Le général Smedley Butler (1881-1940) deux fois décoré de la médaille d'Honneur, la plus haute distinction militaire américaine, donne une description saisissante de cette symbiose entre violence et intérêts des classes dominantes : "Je suis passé par tous les grades d’officier, depuis celui de sous-lieutenant à celui de général de division. Et, au cours de cette période, j’ai passé le plus clair de mon temps comme homme de main de haut niveau au service du grand capital, de Wall Street et des banquiers. Bref, j’ai été un racketteur à la solde du capitalisme. (...) Durant toutes ces années, j’ai pratiqué un racket épatant, comme diraient les habitués du "café du coin". J’en ai été récompensé par des honneurs, des décorations, des promotions. Quand je me retourne sur mon passé, j’ai le sentiment que j’aurais pu rendre des points à Al Capone. Alors qu’il ne pouvait au mieux pratiquer son racket que dans trois quartiers, nous autres, les "marines", agissions sur trois continents."

Le milliardaire Trump ne se contente pas seulement de servir sa propre classe, il exploite également sa fonction de président pour s'enrichir personnellement : "Il a consacré toute son énergie et sa créativité à l'exploitation de la présidence — à découvrir combien d'argent les particuliers, les entreprises et les autres nations sont prêts à lui verser dans l'espoir de mettre le pouvoir du gouvernement au service de leurs intérêts" écrivait le New York Times. La même source indique que Trump a amassé en une année seulement passée à la Maison-Blanche plus de 1,4 milliards de dollars. Rappelons que son administration est composée elle-même de plusieurs milliardaires dont certains font partie de la liste des donateurs de la transition présidentielle sans compter les richissimes hommes d'affaires ainsi que ses proches qui ont financé grassement sa campagne électorale. Au-delà de sa propre famille, de cercle d'amis et de donateurs, Trump est au service des intérêts économiques de la bourgeoisie qu'il représente au détriment des ouvriers américains. C'est un gouvernement de riches, par les riches et pour les riches.

Mais les luttes sociales encore très timides et multiformes commencent à s'organiser contre cette violence des riches. Les mobilisations de Minneapolis, les manifestations "No Kings", les "villes sanctuaires", la résistance des artistes, des juristes... s'inscrivent dans le cadre de cette contestation croissante et variée.

Cette situation n'est cependant pas nouvelle. Les Etats-Unis ont connu dès leur naissance des présidents très fortunés dont la mission première, même s'ils ont profité personnellement du système, était de servir leur classe sociale. Cette "mission" s'est toutefois heurtée à des résistances aussi héroïques que tragiques des esclaves, des Indiens (4), des blancs pauvres (5), des mexicains et bien d'autres encore. Les premiers présidents américains de George Washington (1789-1797) à Zachary Taylor (1849-1850) en passant par Thomas Jefferson (1801-1809), James Madison (1809-1817), James Monroe (1817-1825) et Andrew Jackson ( 1829-1837) étaient tous à la fois riches et esclavagistes. Récemment l'administration Trump a voulu effacer la vérité historique et enterrer le passé esclavagiste de son illustre prédécesseur en retirant les expositions relatives à la possession d'esclaves par le premier président des Etats-Unis George Washington sur le site de son ancienne Maison à Philadelphie. L'esclavage américain, écrivait Howard Zinn, était "le plus cruel de toute l'histoire de l'humanité" (6).

Pourtant le célèbre paragraphe de la Déclaration d'indépendance de 1776 dit clairement : "Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : que tous les hommes sont créés égaux ; qu'ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables ; que parmi ces droits figurent la vie, la liberté et la recherche du bonheur." Précisons que le principal auteur de cette Déclaration n'est autre que le 3e président des Etats-Unis, Thomas Jefferson qui possédait plusieurs centaines d'esclaves! Même si la nation américaine est fondée sur l'idée de liberté et d'égalité entre les hommes, cela n'a nullement empêché ses dirigeants de tirer une grande partie de leurs revenus de l'exploitation des esclaves dans des conditions infrahumaines!

Le sort des Indiens n'était pas plus enviable. Trois présidents se sont distingués par leur violence et leur cruauté envers les populations indigènes dans le but d'obtenir le contrôle total sur les ressources, les terres et l'implantation des colons américains. Il s'agit de Andrew Jackson (7e président), de Wiliam Henry Harrison (9e président) et de Zachary Taylor (12e président). On a justifié à l'époque ces massacres et ces déportations par le fait que les Etats-Unis avaient une mission divine d'étendre leur civilisation et leur démocratie sur l'ensemble du territoire nord-américain de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique; c'est la doctrine de la "Destinée manifeste". C'est cette même doctrine que le président James K. Polck a utilisée pour justifier la conquête du territoire mexicain, en plus d'une série de mesures prises par ce président démocrate qualifiées par les historiens de manipulations et de provocations. C'était une guerre d'invasion marquée par une intense violence non seulement sur le plan des affrontements militaires et des pertes humaines, mais aussi au niveau de ses conséquences territoriales. Le Traité Guadalupe Hidalgo ratifié en 1848 a contraint le Mexique à céder 55 % de son territoire : la Californie, le Nevada, l'Utah, la majeure partie de l'Arizona et du Colorado, le Nouveau-Mexique et des parties de l'Oklahoma, du Kansas et du Wyoming. La guerre était également alimentée par un sentiment de supériorité raciale et de violentes campagnes anti-mexicaines. L'annexion massive des territoires mexicains a immédiatement posé la question du statut de l'esclavage entre le Sud esclavagiste et le Nord en pleine industrialisation. Car derrière la guerre américano-mexicaine se cachait la détermination des sudistes d'étendre l'esclavage aux nouveaux territoires alors que le Nord s'y opposait farouchement. La guerre contre le Mexique a permis d'agrandir le territoire des Etats-Unis tout en exacerbant les contradictions internes sur l'esclavage contribuant à déclencher, une dizaine d'années plus tard, la guerre de Sécession, "l'une des plus sanglantes que l'humanité eut connues jusque-là" (7).

En février 2026, la Maison-Blanche a publié une déclaration signée par Trump intitulée "notre victoire dans la guerre américano-mexicaine" donnant une présentation très contestée de cette guerre. Par cette instrumentalisation de l'histoire, Trump cherche à masquer les contradictions sociales intérieures qui déchirent la société américaine par des guerres expansionnistes extérieures.

On ne peut comprendre la violence politique menée aujourd'hui par Trump sans la situer dans son cadre historique. Elle est en quelque sorte la résurgence, dans des conditions et circonstances bien différentes, de la violence des premières décennies des Etats-Unis. Trump est le résultat nécessaire des développements des rapports sociaux antérieurs. Il est le bénéficiaire d'une longue et violente tradition de la politique américaine. Au pouvoir aujourd'hui, il cherche par sa brutalité, sa radicalité et ses outrances à perpétuer, dans un contexte nouveau, cette tradition. En dernière analyse il s'efforce, en inventant en permanence des boucs émissaires à l'intérieur et des ennemis à l'extérieur, de dissimuler la contradiction fondamentale entre riches et pauvres pour mieux servir sa propre classe, celle des possédants qui l'a hissé à la tête de l'Etat.

Mohamed Belaali

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(1)Cité par Tariq Ali in "Bush à Babylone". La fabrique éditions, 2004. Page 216.

(2)F. Engels "Le rôle de la violence dans l'histoire". Editions Sociales, 1976. page 37.

(3)Tariq Ali dans "Le Choc des intégrismes". Textuel. 2002. p 295.

(4)Hward Zinn "Une histoire populaire des Eats-Unis". Agone 2003. Chapitre 7, page 149.

(5)Ibid, chapitre 10, page 245.

(6)Op. Cit. Page 37.

(7)Op. Cit. Page 223.

 

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Published by M B