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4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 14:17

 

Quelques heures seulement après son investiture, le 20 janvier 2025, Donald Trump a réinscrit Cuba sur la liste des pays soutenant le terrorisme. Deux mois plus tard, le 20 mars, lors du sommet "Shield of the Americas", il a déclaré : " Cuba est au bout du rouleau, ils sont vraiment au bout du rouleau". Il a également affirmé : "Je crois que j'aurai l'honneur de prendre Cuba (...) je pense pouvoir en faire ce que je veux". Dans l'émission The Axios Show, il a estimé "qu'il était possible qu'une éventuelle invasion de Cuba ressemble à la capture rapide du président vénézuélien Nicolas Maduro. (...) Le Venezuela a du pétrole. Cuba n'en a pas. Cuba possède de belles terres et un littoral magnifique."

Cependant cette volonté des Etats-Unis "de prendre Cuba" existait bien avant l'arrivée de Trump au pouvoir. Ainsi, dès le début du XIXe siècle, l'île alors colonie espagnole, a suscité déjà l'intérêt des américains. Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, évoquait "une conquête facile" et soulignait l'intérêt stratégique de Cuba : C'est "l'ajout le plus intéressant que l'on puisse jamais faire à notre système d'États” disait-il. Le Washington Post résume bien l'ambiance et l'esprit qui régnaient à cette époque dans la jeune nation américaine :“ Un nouveau sentiment semble nous habiter : la conscience de notre propre force. (...) Le goût de l'empire règne sur chacun de nous comme le goût du sang règne sur la jungle.” (1). L'annexion de Cuba était un processus naturel dicté par les intérêts esclavagistes et expansionnistes des Etats-Unis.

Mais la situation actuelle diffère de celle qui prévalait tout au long du XIXe et du XXe siècle, même si le blocus instauré dans les années 60, qui visait à isoler complètement Cuba et à provoquer un changement de régime, était d'une ampleur colossale. Aujourd'hui, Cuba est littéralement assiégée. "C'est un génocide silencieux entrepris contre Cuba". Jamais un pays souverain n'a subi autant de sanctions, d'interdictions et de blocus d'une extrême cruauté que Cuba. Trump est déterminé à "prendre Cuba" en affirmant calmement : "que les politiques, les pratiques et les actions du gouvernement cubain constituent une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale".

Par crainte des représailles américaines, plusieurs compagnies maritimes ont suspendu leurs services vers l'île rendant les importations de denrées de première nécessité, les médicaments, les pièces de rechange, et les matières premières plus coûteuses et aléatoires. Des groupes hôteliers quittent le pays les uns après les autres. Les transporteurs aériens ont réduit leurs vols. Les touristes, lorsqu'il y en a, ne peuvent plus utiliser les cartes de crédit telles que Mastercard ou Visa. Le tourisme à Cuba, source importante de devises, s'est littéralement effondré.

La situation humanitaire est dramatique. Les coupures d'électricité sont quotidiennes, longues et pénibles. Les patients meurent dans les hôpitaux. Les écoles terminent l'année scolaire bien plus tôt que prévu. La circulation automobile est réduite au strict minimum. Privés de gaz, les cubains cuisinent au charbon et au bois pour survivre. Les conséquences cumulatives de ce blocus total affectent directement les droits humains fondamentaux comme l'accès à l'eau, à la nourriture, aux soins, bref à la vie. C'est un crime contre le peuple cubain. C'est un châtiment collectif qui vise à mettre à genoux toute une nation.

Alors, pourquoi les Etats-Unis, première puissance mondiale, s'acharnent-ils contre un petit pays de dix millions d'habitants comme Cuba ? Cuba ne possède pourtant ni pétrole comme le disait Trump lui-même, ni armes biologiques, ni armes chimiques et encore moins d'armes nucléaires. Mais Cuba possède un système politique économique et social qui ne plaît pas aux dirigeants américains, qu'ils soient démocrates ou républicains. Cuba possède un gouvernement intègre au service de l'immense majorité du peuple qui a eu le courage d'engager des réformes profondes. Cuba possède la volonté d'apporter et de faire bénéficier sa population des avancées sociales dans les domaines aussi variés que la santé, l'éducation, le logement, le sport et la culture. Cuba possède le Code de la Famille parmi les plus progressistes au monde, reconnaissant le mariage pour tous, l'adoption par les couples de même sexe et renforçant la protection des personnes LGBTQI+.

Cuba possède également une longue et riche tradition de solidarité internationale. C'est l'une des dimensions les plus admirables de cette vision internationaliste du peuple cubain. Ainsi,

les missions médicales cubaines déployées à travers le monde se sont succédées sans interruption malgré le blocus américain. Du Chili au Pakistan, de Haïti au Portugal, du Brésil au Liberia, du Venezuela à l'Italie, de Gaza à Katmandou...Les médecins cubains sont présents aux quatre coins du monde pour combattre des maladies aussi meurtrières que la COVID-19, Ebola ou le choléra, lutter contre la cécité, soigner les victimes de tremblements de terre et, plus généralement, venir en aide aux populations les plus vulnérables. Jusqu'en 2005, des dizaines de milliers de membres des brigades médicales cubaines ont sillonné le monde à l'appel d'une centaine de gouvernements : "De 1963 à la fin de 2005, plus de 100 000 médecins et techniciens de la santé sont intervenus dans 97 pays, surtout en Afrique et en Amérique latine. En mars 2006, 25 000 professionnels étaient répartis dans 68 nations. Un déploiement que même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne peut assurer".

Depuis la première mission, en 1963, et jusqu'en 2014, près de 132 000 soignants cubains ont parcouru la planète, partageant avec de nombreux pays leur savoir-faire médical.

Aujourd'hui, le nombre de médecins cubains envoyés dans les différentes régions du monde varie selon les sources. Il doit s'élever probablement à plusieurs dizaines de milliers, voire, selon certaines estimations, à plusieurs centaines de milliers si l'on cumule l'ensemble des missions effectuées au fil des décennies.

Mais Cuba ne se contente pas seulement d'envoyer ses médecins et infirmiers à travers la planète; elle accueille et forme aussi dans ses universités des étudiants venus du monde entier. L'École latino-américaine de médecine (ELAM) est une institution emblématique de l'internationalisme cubain. Elle offre une formation médicale gratuite à des étudiants issus des milieux défavorisés de plus de 120 pays. Depuis sa création, elle a formé des dizaines de milliers de médecins qui exercent dans le monde entier.

Récemment lors du tremblement de terre du 24 juin 2026 qui a secoué le Venezuela, les brigades médicales cubaines, travaillant déjà dans ce pays, se sont immédiatement mobilisées pour venir en aide à la population touchée par ce terrible séisme, qui a fait plus de 2200 morts.

Cuba n'a jamais renié ses racines africaines. La solidarité avec l'Afrique constitue l'un des aspects les plus marquants de la politique étrangère cubaine. "Nous ne sommes pas seulement un pays latino-américain, mais aussi un pays latino-africain. Le sang africain coule abondamment dans nos veines" disait Fidel Castro. Cuba a envoyé des forces armées en Algérie, en Angola, au Congo, en Ethiopie, au Mozambique, en Namibie et dans d'autres pays africains pour combattre, les armes à la main, le colonialisme et soutenir les luttes pour l'indépendance des peuples africains.

Cuba était également un allié fidèle du peuple vietnamien pendant sa guerre contre les Etats-Unis : "Le soutien apporté par Cuba au Vietnam pendant sa guerre de résistance fut global et empreint de sacrifice, allant au-delà de l'aide matérielle pour inclure un soutien spirituel et politique" .

Depuis la Révolution de 1959, Cuba a constamment affiché sa solidarité avec le peuple palestinien. Ernesto « Che » Guevara a visité Gaza en 1959, quelques mois seulement après le triomphe de la révolution, et Yasser Arafat s'est rendu à Cuba à huit reprises à l'invitation de Fidel Castro. L'aide cubaine à la Palestine se traduit concrètement par :

  • L'octroi de la citoyenneté aux Palestiniens déplacés

  • L'organisation des conférences de solidarité

  • Des milliers de bourses universitaires à des étudiants palestiniens

  • Une formation militaire aux combattants de la résistance palestinienne.

Cuba est l'un des premiers pays à rompre définitivement ses relations diplomatiques avec Israël.

Le médecin palestinien Murid Abukhater, formé à Cuba, déclarait récemment que le peuple cubain continue, malgré toutes les difficultés, à former des médecins palestiniens pour sauver ce qui peut l'être encore du génocide.

Cuba a permis à des millions de personnes, à travers le monde, d'accéder à l'alphabétisation grâce à son programme "Yo, Sí Puedo". Déployé dans plus de trente pays sur plusieurs continents, ce programme constitue un exemple concret de solidarité internationale. Une étude de l'UNESCO a montré que Yo Si Puedo "était efficace dans la lutte contre les modèles d’inégalité en matière d’éducation qui prennent racine dans les pratiques institutionnalisées du passé".

Les États-Unis ne peuvent tolérer cet engagement formidable de Cuba en faveur de la redistribution des richesses et de la solidarité internationaliste envers les opprimés du monde entier.

Les Etats-Unis ne peuvent supporter qu'un petit pays comme Cuba puisse envoyer des médecins partout à travers le monde pour sauver des vies humaines, alors que l'Amérique se distingue plutôt, en tant que première puissance, par les ravages de ses interventions militaires. Ce sont ces pratiques, cette vision du monde et cet idéal révolutionnaire qui exaspèrent la bourgeoisie américaine. En réalité, les Etats-Unis, à l'exception de la parenthèse Obama, n'ont jamais accepté la révolution cubaine. Les attaques contre Cuba sont d'abord et avant tout des attaques contre cette révolution.

Rappelons qu'avant la Révolution de 1959, Cuba n'était guère plus qu'un simple protectorat américain. En effet, l'arrivée au pouvoir de Fulgencio Batista, à la suite du coup d'État de 1952, n'a fait que renforcer la dépendance économique et politique de ce dictateur envers les Etats-Unis. Les entreprises américaines contrôlaient les secteurs stratégiques de l'économie de l'île : les mines (Bethlehem Steel Co.), le sucre (American Sugar Co.), les télécommunications (ITT), les chemins de fer (The Cuba Company), le tabac (American Tobacco Company), etc. Par ailleurs, La Havane avait été transformée en un vaste centre de divertissement destiné aux Américains. Les jeux du hasard et la prostitution étaient florissants grâce à la collaboration étroite entre Batista et les figures de la Mafia américaine comme Meyer Lansky. Son régime était marqué également par une féroce répression des syndicats et des mouvements ouvriers. Batista était un anticommuniste notoire. Il a crée avec l'aide de la CIA, le Bureau de Répression des Activités Communistes (BRAC). La torture systématique, la violence et les assassinats politiques étaient monnaie courante. Cette hégémonie économique américaine écrasante, la brutalité répressive du régime de Batista responsable de milliers de morts, la corruption généralisée et l'influence de la mafia à La Havane ont alimenté la colère populaire et créé les conditions propices à une insurrection qui a abouti au triomphe de la Révolution cubaine de 1959.

Le 1er janvier 1959, Fidel Castro et ses camarades renversent le régime du dictateur Batista. Le nouveau gouvernement révolutionnaire engage alors de profondes réformes comme, entre autres, la réforme agraire et la nationalisation complète des entreprises américaines. En reprenant le contrôle de ses ressources nationales, Cuba touche directement les intérêts économiques américains. La riposte des Etats-Unis face à cette souveraineté retrouvée, était immédiate. C'est le début d'une longue période marquée par le blocus, les menaces, les sanctions, les campagnes de propagande et les tentatives de renversement du gouvernement révolutionnaire.

Les Etats-Unis d'Amérique, première puissance mondiale, tentent depuis très longtemps d'étouffer un petit pays de quelques dix millions d'habitants parce qu' il a fait de la répartition des richesses, de la santé, de l'éducation et de la solidarité internationale ses priorités. L'empire américain, qui affirme que les vaccins sont dangereux pour la santé, attaque une petite nation qui se distingue non seulement par l'invention de nouveaux vaccins, mais aussi par sa coopération médicale et sa capacité à faire face à des épidémies telles que le choléra, le virus Ebola ou encore le Covid-19 à travers le monde, y compris dans des pays parmi les plus riches. Ce formidable combat pour la vie contraste violemment avec la conception des relations internationales des Etats-Unis, qui sèment la mort un peu partout à travers le monde par leurs interventions militaires. La bourgeoisie américaine, ennemie de la science et du progrès, est toujours aussi déterminée à anéantir tout gouvernement et toute expérience susceptibles de menacer ses intérêts économiques et stratégiques. Elle est l'ennemie des peuples.

 

Mohamed Belaali

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(1)Une histoire populaire des Etats-Unis. Howard Zinn p. 343, Agone.

 

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Published by M B