"Les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante".
K. Marx - F. Engels
Grands médias, programmes scolaires et universitaires, institutions religieuses, industries culturelles, techniques publicitaires, etc. : l'idéologie dominante est partout. Omniprésente et envahissante, elle sature l'espace public et privé. Elle façonne et conditionne nos manières de penser et d'agir. L'idéologie dominante cherche constamment à dissimuler la réalité de la violence des rapports sociaux pour mieux légitimer l'ordre établi. Consciemment ou non, elle est acceptée par la majorité des citoyens. Elle encourage la passivité, la résignation et la soumission. Les dominés participent, sans en avoir véritablement conscience, au maintien de leur propre servitude. Les prolétaires modernes, les masses populaires n'ont pas les moyens matériels de produire leurs propres idées à grande échelle, contrairement aux milliardaires qui possèdent plus de la moitié des grands médias du monde et la totalité des principaux réseaux sociaux : achats du Washington Post (Bezos), de Twitter/X (Musk), ou en France l'empire médiatique de Vincent Bolloré par exemple. Ils sont donc contraints de penser à travers les valeurs et les représentations de leurs dominateurs, ce qui les fait adhérer à l'ordre qui les opprime : "Les pensées de la classe dominante, écrivaient Marx et Engels, sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose, du même coup, des moyens de la production intellectuelle, si bien que, l'un dans l'autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de production intellectuels sont soumises du même coup à cette classe dominante ".
Comme cette idéologie exprime les intérêts de la classe dominante, toute pensée qui conteste ces intérêts est ridiculisée et récupérée. L'opposition est ainsi intégrée, domestiquée ou marginalisée. Toute velléité de transformation radicale et qualitative de la société paraît alors anachronique, surannée, dépassée. L'idéologie dominante apparaît dès lors comme naturelle, inévitable et éternelle. Il n' y a plus d'alternative possible.
Pourtant, tous les faits donnent raison à la théorie révolutionnaire de Marx : concentration du capital entre les mains d'une minorité d'exploiteurs, contrôle total sur les idées et la politique par les détenteurs des capitaux, exploitation de la force de travail de plus en plus violente, précarité généralisée, crises financières récurrentes, richesse fabuleuse d'un côté et misère sordide de l'autre, privatisation des ressources naturelles, destruction systématique de notre planète, marchandisation et déshumanisation des rapports sociaux etc. etc. De surcroît, malgré sa force et sa puissance sociale, cette idéologie est contredite chaque jour par la réalité. Elle ne parvient plus à tenir ses promesses de croissance, de progrès, de richesses partagées et de paix. Le décalage entre ses promesses et la réalité vécue par les masses ne cesse de s'élargir. Son hégémonie est de plus en plus contestée. En déclin, elle cherche, vaille que vaille, à se perpétuer en s'appuyant sur des forces réactionnaires et fascisantes en leur offrant une respectabilité et une légitimité, afin de détruire toute alternative progressiste et révolutionnaire. Elle leur assigne une fonction politique : contenir et canaliser la colère populaire afin d'empêcher que la crise ne débouche sur une remise en cause de l'ordre établi.
Face à cette situation, la doctrine de Marx est indispensable pour réveiller, éduquer, organiser et mobiliser les forces capables de faire éclater cette société et de libérer les hommes de toutes les tares du capitalisme. Sa pensée constitue une remise en cause radicale du système même qui produit les mensonges et les illusions de cette idéologie. Sa théorie ne se contente pas de critiquer le capitalisme, elle formalise scientifiquement ses mécanismes d'exploitation et de domination dans la perspective de son renversement. Il ne s'agit pas seulement d'améliorer la société actuelle, mais d'en préparer la naissance d'une nouvelle.
Le capitalisme n'est pas naturel comme le prétend l'idéologie dominante, mais historique. Il n'est qu'une phase de l'histoire humaine, tout comme l'esclavage et le féodalisme qui l'ont précédé. Il n'est pas éternel. Il faut donc hâter sa disparition. Mais "sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire". La théorie donne à la lutte matérielle sa direction et sa cohérence. Elle est capable de transformer concrètement la société lorsqu'elle est comprise par le plus grand nombre. La théorie est une force réelle capable de produire des actions et de mobiliser les masses : "la théorie, écrivait Marx, se change, elle aussi, en force matérielle, dès qu'elle pénètre les masses". La doctrine de Marx est une arme efficace dont il faut se servir pour abattre le pouvoir bourgeois. Les autres doctrines négligent, méprisent et se méfient de l'action des masses. Or, une théorie n'a de validité que dans la pratique et dans la lutte. Une pensée qui ne permet ni de comprendre ni de transformer les rapports sociaux demeure stérile.
Toutefois, Chaque situation historique doit être analysée concrètement comme disait Lénine : "analyse concrète de la situation concrète". Loin d’être un dogme, la pensée de Marx demeure un formidable outil de combat au service des opprimés. Son œuvre nous est indispensable, non seulement pour lutter contre cette idéologie totalitaire, mais aussi, et surtout, pour briser l’ensemble des structures de la société capitaliste. Il s’agit, comme le disait Marx, de " renverser toutes les conditions sociales où l’homme est un être abaissé, asservi, abandonné, méprisable ".
Mohamed Belaali