"L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes"
K. Marx, F. Engels
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La négation de la lutte des classes, ou du moins, sa marginalisation dans le discours dominant, correspond à la volonté de la classe dirigeante de tromper et de démoraliser les masses populaires pour mieux les asservir. Dans les productions intellectuelles, médiatiques et politiques, la lutte des classes est souvent présentée comme une notion surannée, vestige d'une société révolue. La bourgeoisie a réussi à faire croire, notamment à ceux qui ont objectivement intérêt à révolutionner leurs conditions d'existence, que la lutte des classes est un anachronisme, que la " fin de l'Histoire" est une réalité des temps modernes. Le capitalisme apparaît ainsi comme l'ultime horizon des hommes.
Pourtant, malgré sa puissance sociale, l'idéologie de la classe dominante est contredite chaque jour par la réalité. La lutte des classes, sous ses différentes formes, continue de faire rage partout à travers le monde. Elle n’épargne ni le Nord ni le Sud, ni l'Est ni l'Ouest.
En France, la lutte des classes s'est intensifiée avec l'arrivée de Macron au pouvoir. Les attaques contre les droits des travailleurs sont devenues permanentes. Les prérogatives patronales ont été considérablement renforcées et les conditions d'exploitation de la force de travail ont été facilitées. Les exigences de la bourgeoisie en matière économique et sociale ont été ainsi satisfaites avec un zèle rarement égalé : destruction du code du travail, précarisation et flexibilisation de l'emploi, démantèlement des services publics, suppression des contrats aidés, diminution des indemnités chômage, suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), instauration du prélèvement forfaitaire unique (PFU) plafonné à 30 % sur les revenus du capital, réduction de l'impôt sur les sociétés qui passe de 33.33 % à 25 % etc. etc.
Dans le même temps, la politique d'austérité, présentée comme une nécessité évidente, a été renforcée : réduction drastique des dépenses de la Sécurité sociale, de l’Éducation, de la Santé, des transports, du logement public etc. L'austérité, faut-il le rappeler, n'est qu'un paravent derrière lequel se cachent les intérêts de la classe dominante.
Depuis son accession au pouvoir, Macron mène une véritable politique de classe qui a provoqué de graves crises sociales. Il ne s'agit pas de simples manifestations corporatistes, mais d'affrontements violents autour du partage des richesses, avec des conséquences dramatiques : mains arrachées, yeux crevés, visages défigurés et crânes fracassés.
C'est dans ce cadre général qu'il convient de situer les différents mouvements, des Gilets jaunes aux mobilisations actuelles des lycéens, des étudiants et des travailleurs.
Le mouvement des Gilets jaunes, né et développé en dehors de toute organisation politique ou syndicale, constitue d'abord une révolte contre la situation économique et sociale désastreuse dans laquelle se trouve une large partie de la population. C'est une révolte contre cette politique de paupérisation ultralibérale menée tambour battant par les gouvernements successifs. Aucun mouvement, dans l'histoire récente de la France, n'avait mobilisé autant d'hommes et de femmes sur une aussi longue période contre la classe dirigeante, et notamment contre son représentant, Emmanuel Macron. Sa radicalité n'est que le corollaire de la brutalité des politiques économiques et sociales menées par l'une des bourgeoisies les plus féroces au monde. Les Gilets jaunes ont compris que, derrière cette injustice et cette dégradation générale des conditions de vie que subissent les classes populaires, se cache la classe des oppresseurs qui a hissé brutalement Macron à la tête de l'Etat. "Macron, robin des rois", "président des riches" ou encore "Rends l’ISF d’abord !", clamaient les Gilets jaunes. Le mouvement des Gilets jaunes est, en définitive, le produit authentique de la lutte des classes qui secoue la société française.
Effrayée par la détermination de ce mouvement populaire et par sa farouche volonté de ne plus s'inscrire dans le jeu du pouvoir, la classe dirigeante n'a pas hésité à mener une véritable guerre contre les Gilets jaunes. Même l'armée a été appelée à la rescousse :
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2 décès,
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315 blessures à la tête,
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24 éborgné·es,
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Le Ministère de l'Intérieur compte, quant à lui, 2 448 blessés, 561 signalements déposés à l'IGPN, 313 enquêtes judiciaires de l'IGPN, 8 enquêtes administratives, 23 enquêtes judiciaires de l'IGGN, 180 enquêtes transmises au Parquet, 19 071 tirs de LBD, 1 428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées, 5 420 tirs de grenades de désencerclement, 474 gendarmes et 1 268 policiers blessés.
Les mobilisations massives contre la "réforme" des retraites ne sont, en réalité, que le prolongement du combat des Gilets jaunes dont les slogans et les chants ont été d'ailleurs largement repris par les manifestants. Le 19 janvier 2023 plusieurs centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre le report de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans. Toutes les villes de France, petites et grandes, sont touchées par ce mouvement populaire. Malgré la propagande, le mensonge et la répression, la population reste déterminée à lutter contre la politique menée par Macron, représentant zélé de la classe dominante. Même les directions syndicales, dont les positions étaient moins radicales que celles de leurs bases, ont été surprises par la vitalité et l'ampleur du mouvement. Il s'agit d'une opposition de masse qui dépasse le cadre corporatiste et étroit des retraites même si les revendications restaient essentiellement économiques. Il faut dire que cette réforme constitue une attaque frontale contre le monde du travail.
Là encore comme lors du mouvement des Gilets jaunes, la répression est féroce : brutalités policières, utilisation des drones, gardes à vue abusives, interdictions des rassemblements, acharnement judiciaire et criminalisation des manifestants. Cette violence d'Etat traduit à la fois le durcissement du maintien de l'ordre et l'intensification de la mobilisation populaire.
Pendant ce conflit ouvert contre la "réforme" des retraites, le mouvement écologiste ouvre un autre front à Sainte-Soline contre l'installation des méga-bassines conçues prioritairement pour servir les grandes exploitations agricoles.
Une répression d'une rare violence s'abat alors sur des milliers de manifestants : des centaines de blessés dont plusieurs gravement et deux personnes voient leur pronostic vital engagé. Aujourd'hui encore, nombre de ces manifestants souffrent des séquelles physiques et psychologiques, témoins de cette terrible répression. Dans le même temps, la police procède aux marquages, aux perquisitions, à l'arrestation et à l'espionnage des militants écologistes traités de surcroît de "terroristes".
Le 21 juin 2023, le pouvoir annonce la dissolution du collectif écologiste, le Soulèvement de la Terre. Dans cette guerre de classe, l'État bourgeois ne pouvait répondre que par des mesures guerrières !
Le 27 juin 2023, la France a été secouée par des révoltes violentes venues des quartiers populaires. La veille, Nahel, un jeune de 17 ans, a été abattu à bout portant par un policier. Ce crime ordinaire de l'Etat français vient ainsi allonger une liste d'assassinats déjà trop longue. Le meurtre de Nahel n'était en fait que l'étincelle qui a embrasé à nouveau les cités populaires, 18 ans après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois en 2005.
Paupérisés, marginalisés, méprisés et persécutés par une classe dirigeante arrogante, les jeunes des cités se révoltent à intervalles réguliers même s'ils savent qu'ils s'exposent à la prison, aux mutilations et à la mort. Leur rage et leur colère jaillissent, comme les flammes des voitures qu'ils brûlent, des conditions matérielles d'existence inhumaine. Leur révolte n'est pas dirigée uniquement contre les brutalités policières; elle embrasse l'ensemble des symboles et institutions de l'ordre bourgeois qui les opprime au quotidien à commencer par l'école. Celle-ci n'est que le reflet d'une société de classes. Le tri, le classement, la hiérarchisation et la sélection restent, pour l'essentiel, son mode de fonctionnement. L'école broie celles et ceux qui ne possèdent pas ou qui ne maîtrisent pas les codes culturels dominants, eux-mêmes largement déterminés par le milieu social. Et cela, malgré le courage et le dévouement des personnels de l'Education nationale qui travaillent dans des conditions difficiles.
Pourtant, ces humiliés ont montré à plusieurs reprises qu'ils sont capables de se mettre en colère, de se révolter et de se dresser contre un ordre injuste contrairement à un lumpenprolétariat qui se trouve souvent du côté de la classe dominante.
Leur révolte est un acte social et politique dirigé contre un État policier qui opprime et punit les plus fragiles des classes populaires.
Pour la classe dirigeante et ses médias, il ne s'agit que de "voyous", de "casseurs", de "bruleurs" de voitures et de bâtiments publics, ou encore de "voleurs" de magasins, organisés en bandes qui troublent l'ordre public et qu'il faut impitoyablement réprimer. Le pouvoir qui s'inquiète grandement des constructions, des bâtiments, "de la brique et du mortier" (1), n'a nullement le souci de la vie et de l'intégrité physique des révoltés. Rappelons que les Gilets jaunes, pour les délégitimer, ont subi eux aussi le même traitement : une "foule haineuse", des "bœufs", des "casseurs", des "nervis", des "fascistes", des "antisémites" etc. Certains vont même jusqu'à appeler les forces de l'ordre et l'armée à se servir des armes :"qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois ![…] On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies" .
La "racaille", comme disait Nicolas Sarkozy, va alors payer cher son audace et son insolence à vouloir secouer cet ordre qui l'humilie et la méprise en permanence. La police a procédé à des milliers d'interpellations et les tribunaux ont distribué des années de prison ferme. Il faut dire que le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, a intimé l'ordre aux procureurs généraux de "donner une réponse pénale rapide, ferme et systématique" à l'encontre des jeunes révoltés.
En 2005, pour mémoire, le gouvernement de l'époque a même proclamé l'état d'urgence et le couvre-feu qui l'accompagne; décision rare dans l'histoire récente de la France. En fouillant dans son passé, la République bourgeoise a trouvé une loi, celle de 1955, conçue pour imposer l'ordre colonial en Algérie. Cinquante ans après, elle l'exhume pour mater la révolte des enfants et des petits-enfants des travailleurs immigrés ! Aujourd'hui, la classe dirigeante a donné un blanc-seing à la police pour "restaurer l’ordre" contre des "hordes de sauvages" et des "nuisibles".
Le 17 septembre 2026, un nouveau mouvement de contestation éclate. Il s'agit de la révolte des lycéens contre la dégradation de leurs conditions d'étude : enseignants en sous-effectif, professeurs absents non remplacés, classes surchargées, manque criant d'infirmiers scolaires, de psychologues et d'assistants sociaux, inégalités d'accès à l'enseignement supérieur via Parcoursup, rythmes scolaires inadaptés, bâtiments délabrés, etc.
Il ne s'agit pas d'un mouvement local, mais d'une contestation d'ampleur nationale. Les étudiants ont rejoint le mouvement dès le 1er Octobre. Le 6 octobre, les organisations syndicales ont appelé les salariés à descendre dans la rue pour soutenir les lycéens et les étudiants en lutte, car "Les lycéens et étudiants d'aujourd'hui sont les travailleurs et les travailleuses de demain". De grandes manifestations se sont déroulées dans toute la France rassemblant des lycéens, des étudiants, des enseignants, des parents et d'autres soutiens pour protéger les jeunes de la violence policière et pour réclamer notamment davantage de moyens pour l'Education.
Le mouvement a progressivement dépassé le cadre des revendications matérielles, parce qu'il ne porte plus seulement sur les conditions concrètes d'apprentissage. Il remet désormais en cause les choix politiques du gouvernement Macron. La dégradation des conditions matérielles des lycéens et des étudiants n'est que la conséquence des décisions prises au sommet de l'Etat. La politique libérale menée par Macron depuis près de dix ans est responsable de la situation désastreuse dans laquelle se trouvent non seulement l'Education nationale, mais aussi l'ensemble des services publics : baisse des moyens budgétaires en termes réels, gestion managériale, recours accru aux contractuels et recherche systématique d’économies, entre autres. Le mouvement conteste l’orientation générale de cette politique et ses effets néfastes sur les conditions de travail et sur la qualité du service public. Le lycée est devenu ainsi le symbole d'un sentiment largement répandu dans la population, celui d'un service public dégradé qui ne garantit nullement les mêmes conditions d'accès. En réalité, le mouvement actuel est le révélateur, dans un contexte de crise économique profonde, du malaise que connaissent les jeunes notamment ceux des classes populaires face aux difficultés d’insertion professionnelle, du chômage, de la précarité et plus généralement des inégalités sociales. Il exprime à la fois le ras-le-bol des conditions d'apprentissage et un mécontentement social plus profond.
Ce n'est pas un hasard si le mouvement est né dans les lycées populaires de la banlieue parisienne
(Créteil, puis Saint-Denis, Sarcelles, Aubervilliers, etc.). Ces établissements connaissent des conditions d'apprentissage des plus déplorables. Ils manquent cruellement non seulement d'enseignants, mais aussi de moyens matériels élémentaires comme les tables et les chaises. Les locaux sont insalubres : fenêtres qui ne ferment pas correctement, toilettes hors d'usages, eau non potable, chauffage défectueux, isolation inexistante, etc. Les professeurs ne sont pour ainsi dire jamais remplacés :"L'année dernière j'ai passé le bac de français sans prof de français" disait Maïsa élève dans une banlieue parisienne. "C'est l'Éducation nationale qui ne met pas des moyens dans les banlieues. C'est du mépris de classe et c'est raciste", dénonce Amélia. Les élèves ressentent une profonde injustice par rapport à leurs camarades des lycées parisiens et des établissements du centre-ville, nettement mieux dotés. Cette inégalité territoriale n'est, au fond, que le reflet d'une autre inégalité, celle des classes sociales.
Les jeunes des banlieues, forts d'une longue tradition de lutte, ont su transformer et canaliser leur colère et leur rage pour en faire un moyen de combat contre toutes les formes de discrimination et d'injustice sociale liées aux politiques des gouvernements successifs. Mais cette mémoire collective de lutte ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la rapidité avec laquelle le mouvement s'est répandu dans les autres établissemnts scolaires. Il faut dire que leurs problèmes matériels concernent aussi les élèves d'autres territoires. Même les établissements prestigieux de Paris comme le lycée Henri-IV ou Louis-Le-Grand ont manifesté leur soutien et leur solidarité avec ceux des banlieues et dénoncé les inégalités de traitement.
Ainsi une mobilisation partie des difficultés rencontrées dans des établissements populaires est devenue le point de départ d'une contestation nationale d'envergure.
Face à cette situation, Macron et son gouvernement n'avaient d'autre réponse à apporter aux revendications légitimes des jeunes que le recours à la violence et à la brutalité de l'appareil répressif de l'Etat. "Il n’y a aucune consigne de retenue et aucune consigne de ne pas utiliser tout l’armement à disposition des forces de sécurité intérieure " déclarait le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez le 2 octobre 2026 sur TF1. Le 5 octobre, un lycéen de 15 ans, Evan, a eu une main arrachée après le tir d’une grenade assourdissante par les forces de l’ordre. A Tours, un lycéen de 16 ans, Maël, a perdu l'usage d'un œil après avoir été touché par un tir de LBD. Le 28 septembre à Saint-Ouen-l'Aumône, Eden, un lycéen de 14 ans, a subi une double fracture de la mâchoire, avec plusieurs dents arrachées et d'autres brisées, après avoir été atteint au visage par le tir au lance-grenade d’un policier. Enfin, à Argenteuil le 1er. Octobre, un autre lycéen de 16 ans a été grièvement blessé à un œil, avec un tir de LBD.
À ces mutilations, il faut ajouter des centaines d’élèves blessés, ainsi que des milliers d’autres arrêtés, placés en garde à vue et déférés devant la justice. Les avocats des jeunes placés en garde à vue "ont dénoncé auprès de l'AFP des violences physiques, des insultes et des "tentatives d'humiliation" de la part de policiers, qui ont laissé des mineurs "terrorisés".
Rappelons tout de même que 86 % des personnes placées en garde à vue sont des mineurs. C'est sans précédent dans l'histoire récente de la France. Précisons également que les armes utilisées contre les jeunes contestataires, relèvent de matériel de guerre au sens de la classification du Code de la sécurité intérieure (LBD, grenades assourdissantes, de désencerclement, lacrymogène lourde etc.). La France est l'un des rares pays en Europe à utiliser ce type d'armes contre ses propres citoyens. Il s'agit de faire peur et de terroriser la population pour l'empêcher d'exprimer ses revendications.
Le mouvement des lycéens et des étudiants, par son ampleur et sa remise en cause radicale de la politique de Macron, a réveillé de profondes espérances parmi les masses populaires, qui souffrent depuis longtemps des conséquences de cette même politique menée par un pouvoir sourd, méprisant et arrogant. Ainsi, la révolte des jeunes a rencontré les revendications des salariés, des retraités, des soignants, d'une partie des agriculteurs, des défenseurs du climat, des anciens du mouvement des Gilets jaunes et des jeunes des quartiers populaires. Tous ensemble, dans un élan formidable, ont réussi à créer un moment majeur de convergence des luttes, qui a abouti à la mobilisation historique du 17 octobre 2026.
Le 17 octobre, c'est l'explosion d'une colère longtemps réprimée et contenue. Cette mobilisation traduit également une crise politique et démocratique profonde. Les manifestants ont le sentiment que Macron et son gouvernement, non seulement n'entendent pas les difficultés et les souffrances de la population, mais qu'ils n'ont que le mépris et la répression à lui opposer.
En effet, le 16 octobre, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a déclaré une fois de plus : "Les policiers et gendarmes doivent pouvoir utiliser l’ensemble des armes intermédiaires à leur disposition, de la grenade lacrymogène au lanceur de balles de défense (LBD) ":
À Saint-Étienne, un adolescent de 17 ans a été gravement blessé : il a eu une main arrachée par une grenade.
À Mulhouse, une adolescente de 17 ans, Maïssa, a définitivement perdu l'usage de son œil gauche à la suite d’une charge policière.
La presse fait état de 2397 interpellations dans toute la France.
Un manifestant est mort à Paris le 17 octobre. Sa famille dénonce le manque de transparence de l'enquête et porte plainte pour "violences volontaires".
Un autre manifestant est décédé dans le quartier de Châtelet-Les Halles dans la nuit du 18 au 19 octobre. Un témoin a déclaré qu'il avait vu du sang derrière sa tête :"Il avait du sang derrière le crâne, il devenait gris… Ça faisait peine à voir".
Quant aux manifestants blessés, aucun bilan officiel n'a été publié, alors que celui concernant les gendarmes et les policiers a été communiqué dès le soir du 17 octobre. Le gouvernement établit ainsi, de fait, une hiérarchie entre les victimes. La gravité des blessures et les témoignages des blessés ont, en revanche, été rapportés par certains journaux.
Le 18 octobre, Macron intervient à la télévision. Il insiste surtout sur les violences, les pillages, les sanctions judiciaires et la protection des institutions, sans apporter la moindre réponse aux revendications exprimées la veille. Le président promet, par contre, d'organiser des réunions à Matignon avec les partis politiques, les syndicats, les organisations étudiantes, les enseignants et les élus. Cette intervention est totalement déconnectée des préoccupations et des souffrances de la population : une allocution "dépourvue de sens d'un pouvoir à la tête de l'Etat qui vacille" .
Le 19 octobre, le Premier ministre a demandé aux préfets de mettre en place des couvre-feux partiels et a affirmé ne pas être opposé à l’instauration d’un état d’urgence.
Le 22 octobre, Emmanuel Macron a annoncé que les manifestations non organisées par des syndicats seraient tout simplement interdites.
Ainsi, la France vit en ce moment une nouvelle intensification de la lutte des classes comme le reconnaît, même indirectement, le Premier ministre lui-même : "C'est désormais le moment aussi de choisir son camp".
En effet, d'un côté, il y a le camp de celles et ceux qui vivent de leur salaire, de leur pension ou d’une allocation et qui subissent l’inflation, le coût du logement et la dégradation générale des services publics. De l’autre, il y a celui des détenteurs de capitaux, des grandes entreprises et des ménages disposant d’un patrimoine important, qui sont davantage protégés par leur épargne, leurs placements ou leurs revenus patrimoniaux.
Comme le souligne l'INSEE, "En 2024 la moitié la mieux dotée des ménages possède 93 % de la masse totale de patrimoine brut, tandis que l’autre moitié n’en possède que 7 %".
Il y a donc ceux qui vivent de leur travail et ceux qui vivent du travail des autres. En un mot, il y a les dominants et les dominés, les oppresseurs et les opprimés. Et lorsque le conflit s'aiguise et éclate au grand jour, la classe dominante n'a d'autre choix que de recourir à la violence pour préserver sa domination. Plus la lutte perdure et prend de l'ampleur, plus la répression devient intense et brutale. Rien d'étonnant à cela dans une société fondée sur la lutte des classes.
La terrible répression que ces contestataires ont subi constitue, à elle seule, une négation éloquente de cette démocratie des riches et une confirmation par et dans les faits de la dictature du capital.
Un pays capitaliste comme la France ne saurait être autre chose qu'une machine à broyer le peuple dès lors que celui-ci tente de se dresser contre la minorité d'exploiteurs. Telle est la véritable essence de la démocratie bourgeoise.
Cette violence exercée sur le peuple aujourd'hui s'inscrit pleinement dans la longue et violente histoire de la bourgeoisie française. Il s'agit toujours d'une répression de classe, même si les situations restent extrêmement différentes les unes des autres. De la Commune de Paris (1871) au mouvement des lycéens actuel, en passant par la fusillade de Fourmies (1891) et le massacre des ouvriers algériens à Paris (1961), l'histoire de l'Etat français est jalonnée de nombreux épisodes de massacres et de répression sanglante.
Ce qui est nouveau aujourd'hui, ce n'est pas l'existence de la violence, mais le fait que celle-ci soit assumée ouvertement, sans remords ni scrupules : "J’assume la doctrine d’ordre public, j’assume les instructions que je donne" déclarait le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez devant la commission des lois de l'Assemblée nationale le 7 octobre 2026.
Aucun Etat, même le plus démocratique ne peut se passer de la violence pour maintenir la majorité de la population dans la soumission. Cette violence est banalisée et légitimée par le discours médiatique et institutionnalisée à travers la police. C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre l'extension considérable des prérogatives et des pouvoirs de la police. Derrière la police, il y a l'Etat et derrière l'Etat, il y a le capital.
L'un des mérites de toutes ces révoltes, est d'avoir démontré d'une manière éclatante que l'Etat de droit, la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse et le droit de manifester ne sont, en réalité, que des contrevérités, des grossiers mensonges véhiculés et répétés à satiété par la classe dirigeante pour légitimer et perpétuer ses privilèges.
La lutte des classes, sous une forme ou sous une autre, ouverte ou dissimulée, se poursuivra inéluctablement tant que les intérêts de classe resteront inconciliables. L'entente des classes n'est qu'une chimère produite et soigneusement entretenue par les classes exploiteuses.
Mohamed Belaali
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(1)K Marx : "Le Paris ouvrier, en accomplissant son propre, son héroïque holocauste, a entraîné dans les flammes des immeubles et des monuments. Alors qu'ils mettent en pièces le corps vivant du prolétariat, ses maîtres ne doivent plus compter rentrer triomphalement dans les murs intacts de leurs demeures. Le gouvernement de Versailles crie : Incendiaires ! (...) La bourgeoisie du monde entier qui contemple complaisamment le massacre en masse après la bataille, est convulsée d'horreur devant la profanation de la brique et du mortier !" Dans, La guerre civile en France. Editions sociales, p.84.