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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 12:03

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  Fascisme, nazisme, identité nationale, extrême droite etc. sont des mots qui désignent, nonobstant leur capacité d'adaptation à de nouvelles situations, une seule et même réalité: la dictature du capital. Brutalité, démagogie, racisme, xénophobie, islamophobie sont les ingrédients essentiels utilisés ou plus précisément instrumentalisés par la classe dominante, en période de crise, pour maintenir, vaille que vaille, l'accumulation et la concentration de la richesse entre les mêmes mains. La stigmatisation de l'Étranger, du Noir, du Musulman, du Rom etc. lui permet non seulement d'occulter sa responsabilité et celle du capitalisme dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît l'Europe aujourd'hui, mais aussi de détourner les travailleurs et les masses populaires des vrais problèmes qui les rongent au quotidien : chômage, précarité, suppression progressive des prestations sociales et régression sociale généralisée.

 

Les bourgeoisies européennes n'arrivent plus à surmonter les crises à répétition du capitalisme. La crise actuelle dépasse largement le cadre bancaire, immobilier ou budgétaire. Il ne s'agit pas d'une crise conjoncturelle et passagère, mais bel et bien d'une crise structurelle dont les racines plongent jusqu'au cœur même du système. Les interventions massives des États, de l'Union Européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) restent, pour l'instant, impuissantes face à l'ampleur du marasme économique. Les classes dominantes ressemblent de plus en plus à ces magiciens qui ne maîtrisent plus les forces maléfiques qu'ils ont eux mêmes créées !

 

Leur fuite en avant dans les politiques ultra-libérales d'austérité ne fera qu'aggraver la situation économique et sociale d' une Europe déjà ravagée par le chômage et la pauvreté. Ainsi, plus de 23 millions d'hommes et de femmes sont touchés par le chômage dans l'Europe à 27, soit près de 10 % de la population active, selon Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne(1) et 116 millions de personnes étaient menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale en 2008 soit près de 24 % de la population totale (2).

 

Les plans de régressions sociales que les classes dominantes font adopter par des gouvernements qui gèrent leurs affaires sont de plus en plus contestés malgré une conjoncture défavorable aux luttes sociales. Les travailleurs, à cause du chômage de masse, se livrent sur le marché du travail une guerre fratricide qui brise leur unité face à leur ennemi de classe, la bourgeoisie. Mais même dans ces conditions difficiles, des mouvements populaires formidables ont éclaté et éclatent toujours un peu partout en Europe. Le conflit social mené par la classe ouvrière en France en octobre/novembre 2010 et soutenu par une large majorité de la population est un exemple vivant, parmi tant d'autres, de cette lutte de classes qui secoue l'Europe .

 

Pour détourner les ouvriers et les salariés en général de ce combat de classe contre classe et pour reconquérir une «opinion publique» traumatisée par les différents plans d'austérité et dégoutée par le comportement d'une classe politique corrompue et totalement soumise aux intérêts d'une minorité de très riches, les bourgeoisies européennes inventent des ennemis et montrent du doigt l'Immigré, le Musulman, le Noir, le Rom etc. comme responsables de tous les maux et de tous les malheurs de l'Europe. La fabrication des boucs émissaires permet de décharger la colère populaire sur les victimes de la crise tout en épargnant ses véritables responsables.

 

Ces cibles ainsi désignées, représentent pour une partie des classes populaires, élevée dans la haine de «l'Autre» par l'idéologie dominante, une concurrence insupportable sur le marché du travail. En période de crise, les travailleurs étrangers, ou supposés comme tels, sont présentés comme les responsables du chômage de masse qui ronge l'ensemble des salariés. Le chômage n'est jamais présenté comme le produit le plus authentique du capitalisme et de son système d'esclavage moderne, le salariat, qui lui est associé, mais comme le refus des salariés, de préférence étrangers, de travailler aux conditions du marché. Belle manière pour masquer la responsabilité des patrons dans la situation dramatique des chômeurs !

En période de croissance économique, la bourgeoisie allait chercher la main-d'œuvre là où elle était la moins chère possible, en Afrique et au Maghreb par exemple. Aujourd'hui, les travailleurs immigrés Musulmans, Gitans, Noirs, avec ou sans papiers, avec ou sans nationalité, et leurs enfants sont présentés comme les coupables des crises du capitalisme.

Contre eux, les bourgeoisies européennes mobilisent toutes leurs énergies. De la France au Danemark, des Pays-Bas à l'Autriche, de la Suède à la Suisse en passant par l'Italie, l'Allemagne et la Belgique, la traque est organisée et parfois au plus haut sommet de l'État. En France par exemple, c'est le président de la République N. Sarkozy lui-même qui a ordonné à son ministre de l'intérieur Brice Hortefeux, condamné par ailleurs par la justice pour injures racistes, d'organiser la chasse aux Roms «j'ai demandé au ministre de l'Intérieur de mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms. Ce sont des zones de non-droit qu'on ne peut pas tolérer en France. La décision d'évacuer les campements sera prise sous la seule responsabilité des préfets» (3).Des ordres précis et secrets sont donnés aux préfets pour « la réalisation minimale d'une opération importante par semaine (évacuation / démantèlement / reconduite) concernant prioritairement les Roms» (4).Ainsi une partie de la population est clairement désignée à la vindicte populaire. Plus les classes dominantes s'enfoncent dans la crise,plus elles deviennent cyniques, brutales et méprisantes.

 

La France de Sarkozy a expulsé des milliers de Roms, comme l'Italie de Berlusconi, l'Allemagne de Merkel ou encore le Danemark d'Anders Fogh Rasmussen pour ne citer que ces pays. Mais les Roms ne sont pas les seuls à faire l'objet de stigmatisations dans toute l'Europe. Les travailleurs immigrés, notamment de confession musulmane, sont également victimes de la xénophobie et de l'islamophobie : «La discrimination envers les musulmans persiste dans les domaines de l’emploi, du maintien de l’ordre, de l’urbanisme, de l’immigration et de l’éducation. Depuis peu, les musulmans sont également visés par des restrictions spécifiques d’ordre juridique», souligne la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) dans son rapport pour 2009 (5).

 

Un peu partout en Europe, les gouvernements, alliés aux partis d'extrême droite ou sous leur pression, font voter par leur parlement des lois interdisant le port du voile dit islamique, de la burqa et autre niqab. La Suisse, elle, fait interdire la construction des minarets ! L'hystérie collective organisée autour de la burqa par exemple ressemble quelque peu à ces Deux Minutes de la Haine décrites par Orwell dans 1984.

Les bourgeoisies européennes instrumentalisent également,dans un continent vieillissant, la peur de «l'Autre» en propageant, en encourageant et en banalisant un discours politique de plus en plus xénophobe et islamophobe.

 

La rhétorique anti-islamique se substitue largement au vide des programmes des gouvernements et des partis politiques. Même dans un pays comme la Finlande, qui compte pourtant très peu de travailleurs immigrés musulmans, l'islamophobie est devenue, dans le cadre de la campagne électorale des législatives d'avril 2011, la question essentielle du débat politique. Mais la Finlande est un pays en crise économique profonde : «La récession mondiale a frappé plus durement la Finlande que la plupart des autres pays de l’OCDE» (6).

Le gouvernement français a, lui aussi, organisé «le grand débat sur l'identité nationale» à quelques mois des élections régionales de mars 2010 qui a vite tourné à la stigmatisation, encore une fois, des travailleurs immigrés musulmans. Il serait fastidieux d'énumérer ici tous les partis politiques européens dont les programmes se réduisent à la stigmatisation et à la haine de l'Islam et des musulmans.

 

 

Les fondements matériels sur lesquels s'élèvent les valeurs dont se targue encore l'Europe s'effondrent lentement sous la pression des changements économiques et avec eux toute cette construction idéologique : droit de l'homme, laïcité, démocratie, État de droit, égalité entre citoyens, libertés individuelles etc. La disparition comme d'ailleurs la réapparition de ces valeurs dépendent de leur base matérielle. Aujourd'hui comme hier, la crise du capitalisme produit, toute proportion gardée, des «valeurs» de haine, de xénophobie, d'islamophobie etc.

Il faut donc s'attaquer au système lui-même et à la classe qui le porte, la bourgeoisie. Ce sont les patrons et non les travailleurs immigrés, quelque soit leur confession, qui exploitent et jettent dans le chômage et la misère les salariés lorsqu'ils n'ont plus besoin de leur force de travail.

Prolétaires de toute l'Europe unissez vous contre votre véritable ennemi, le capitalisme.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

 

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(1)http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-30042010

 

(2) http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/3-13122010-AP/FR/3-13122010

 

(3) Voir le discours de Grenoble du 30 juillet 2010 http://www.elysee.fr/president/les-actualites/discours/2010

 

(4) http://www.rue89.com/2010/09/10/roms-les-conseils-secrets-du-gouvernement-pour-expulser

 

(5) http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/ecri/Library/PressReleases/69-08_07_2010_AnnualReport2009_fr.asp

 

(6) http://www.oecd.org/document/3/0,3343,fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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