Le mouvement qui se déroule sous nos yeux en ce moment communément appelé Gilets jaunes ne cesse de prendre de l'ampleur et montre clairement combien les citoyens, notamment les plus démunis d'entre-eux, souffrent de la politique de classe menée par Macron et son gouvernement. Cette contestation populaire est le fruit d'une politique injuste, humiliante et de souffrances accumulées et refoulées.
Le développement de ce mouvement dans toute la France voire même au-delà (1), exprime le ras le bol général d'une grande majorité de la population face à la classe au pouvoir. Le soutien massif dont il bénéficie atteste de la profondeur de ce Mouvement. Il fédère en son sein les mécontents de tout bord. C'est inévitable dans un mouvement aussi large. Comme disait Lénine parlant de l'action de masse «des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs (…), sans cette participation, la lutte de masse n'est pas possible» (2).
Mais malgré sa popularité, ce Mouvement constitue plus un cri de colère, de désespoir, un mouvement spontané qu'une lutte consciente, organisée, avec des revendications précises. Le Mouvement, tout du moins dans sa phase actuelle, ressemble davantage à une contestation spontanée qu'à un mouvement conscient et dirigé. Tous ceux et celles qui s'autorisent à parler au nom de ce Mouvement populaire ne font partie d'aucune organisation politique ou syndicale. Certains d'entre-eux affichent même du mépris, amplifié par les médias bourgeois, pour les syndicats et les partis politiques. D'autres manifestants se déclarent apolitiques et avouent manifester pour la première fois dans leur vie.
Pour l'instant le Mouvement ne met en exergue que des revendications économiques (taxe sur le carburant, pouvoir d'achat, vie chère...). Les revendications politiques sont quasiment absentes. Si les revendications économiques sont justes et légitimes et il faut se battre pour les réaliser, le Mouvement ne doit pas oublier qu'il lutte contre les effets et non contre les causes de ces effets. La lutte pour des revendications immédiates, qui reste indispensable, ne supprime pas pour autant les racines qui engendrent cette situation désastreuse dans laquelle se trouve une partie de plus en plus importante de la population. Les Gilet jaunes doivent se battre contre le pouvoir politique source de leurs malheurs. Ils ne doivent pas se limiter à des revendications économiques qui même satisfaites ne suppriment absolument pas les conditions dans lesquelles les injustices de classe se reproduisent. Car derrière cette dégradation générale que subissent les classes populaires, se cache la classe des oppresseurs dont Macron n'est qu'un serviteur zélé.
Si le conflit s'aiguise, les Gilets jaunes vont voir le véritable visage de la classe dominante, ce visage hideux qu'elle dissimulait pendant les périodes « paisibles ». Ils découvriront alors que son discours sur le droit de grève, de manifestation, de libre circulation etc. n'est qu’hypocrisie et mensonge. Macron et son gouvernement n’hésiteront pas à exercer la répression la plus féroce pour briser le Mouvement. Ils prendront peut-être conscience que plus la lutte dure dans le temps et se transforme en combat politique, plus la classe au pouvoirdevient brutale, arrogante et odieuse.
Malgré cette spontanéité et les revendications immédiates qu'ils portent, les Gilets jaunes sentent déjà la nécessité de mener une action d'envergure, une résistance collective. Ils leur manque une organisation consciente et déterminée ; une organisation capable d'unir un mouvement sans unité, de le guider pour mener un combat politique de classe contre classe. Car livré à lui-même, le Mouvement ne peut dépasser le cadre étroit des revendications économiques. Malheureusement dans le contexte politique actuel, cette organisation n'existe pas. Il faut être réaliste et faire avec ce qui existe. Alors toutes les forces qui se réclament de la classe ouvrière, tous les progressistes, tous les citoyens appauvris, méprisés et humiliés, soyons donc tous avec le Mouvement des gilets jaunes contre ce Président arrogant et la classe qui est derrière lui.
Macron est fatigué. Il a trop servi les riches. Il avait besoin de se reposer et de reprendre des forces. Le Président a fait le pont de la Toussaint «comme des millions de Français» nous disent les médias et le porte-parole du gouvernement (1). Après tout, Macron est un citoyen comme les autres, à ce petit détail près : pour se détendre, afin de mieux servir encore et toujours les puissants, il a choisi une demeure très luxueuse du XVIIème siècle classée Relais & Château. Le couple Macron n'était évidement pas seul à occuper cette bâtisse bourgeoise. Il y avait aussi sa petite suite (gardes du corps, chargés de presse...).L'année précédente,pour fêter ses quarante ans, Macron avait choisi le château de Chambord, symbole du despotisme et de la puissance royale. Il avait même rencontré les présidents des fédérations de chasse. Macron avait déclaré alors qu'il étaitfavorable à la réouverture des « chasses présidentielles », celles de Francois1er (2).Il s'agit d'une pratique cruelle et d'une survivance monarchique.
On va taire par pudeur ce «pognon de dingue» payé par les contribuables pour satisfaire les caprices de Brigitte macron. Cette folie quasi dynastique des Macron n'a d'égale que le mépris ostentatoire qu'ils affichent pour les classes populaires. Car au moment où l’on exige de la population des sacrifices de plus en plus lourds, au moment où les chômeurs et les précaires se comptent par millions, Macron n’hésite pas à étaler ostensiblement, dans une république affaiblie, les fastes d’un pouvoir quasi monarchique. Il aime l’argent, le luxe, l’apparat, le cérémonial... Son arrogance, son sentiment de puissance et sa fascination pour les riches l'aveuglent au point qu'il ne voit les plus démunis, «les gens qui ne sont rien», que comme des êtres sans dignité, déshumanisés. Marx dans une lettre à Ruge, écrivait «La seule idée du despotisme, c'est le mépris de l'homme, l'homme vidé de son humanité, et cette idée a sur beaucoup d'autres l'avantage de correspondre en même temps à un état de fait» (3).
Macron explique aux masses populaires, qui ne comprennent pas toujours, les subtilités et les vertus de sa politique. La prospérité, explique-t-il, passe nécessairement par l'enrichissement des riches. C'est très simple et de surcroît il n' y a aucune autre alternative. C'est une loi naturelle comme la fougère qui pousse dans les bois.Les pauvres et même les classes moyennes doivent encore et toujours fournir des efforts. Car les milliardaires sont insatiables. Ils se nourrissent, à l’instar des vampires, du sang du peuple. Plus ils en pompent, et mieux ils se portent !
Mais cette prospérité tant promise, les classes populaires l'attendent toujours. Et en attendant cette opulence qui viendrait un jour de la générosité des « premiers de cordée», les citoyens doivent subir les conséquences d'une dégradation sociale généralisée. Et l'avenir reste sombre. Macron et ceux qui l'ont hissé à la tête de l’État ne voient dans les masses populaires notamment les travailleurs qu'une masse infâme qui n’existe que pour produire sans trêve, quand ils en ont besoin, du profit.
Depuis son élection en mai 2017, Macron ne cesse de démanteler l'ensemble des services publics. Il s'agit de « la destruction d’une civilisation, associée à l’existence du service public, celle de l’égalité républicaine des droits, droits à l’éducation, à la santé, à la culture, à la recherche, à l’art, et, par-dessus tout, au travail» comme le disait Pierre Bourdieu(1). Macron et son gouvernement sont déterminés à casser le service public français (Éducation Nationale, Santé, Transport, la Poste etc.) fruit de hautes luttes menées par des générations successives depuis des siècles. Car cette notion basée sur l'intérêt général a une longue histoire. Déjà elle existait sous l'Ancien Régime sous le nom de «bien commun». La Révolution parlait de «l'utilité commune » comme le proclamait l'article premier de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune» (2). Mais le poids de l'histoire ne pèse pas lourd face à l'avidité de la bourgeoisie d'aujourd'hui dont Macron n'est qu'unsimple serviteur.
Pour Macron, l'intérêt général doit s'effacer pour laisser place à l'intérêt privé, c'est-à-dire celui des riches. Le service public comme son nom l'indique est au service du public notamment des plus démunis. Les principes d'égalité, de continuité, d'adaptabilité etc. qui caractérisent le service public sont en contradiction flagrante avec l'intérêt privé qui ne vise, en dernière analyse, que l'enrichissement d'une partie minoritaire de la population.
Cet acharnement à vouloir démanteler le service public s'inscrit dans un cadre plus large, celui de l'Union européenne. Celle-ci ne parle plus du service public, mais du Service d’Intérêt Économique Général (SIEG) ou tout simplement du Service d'Intérêt Général (SIG) dont les principes sont essentiellement économiques et financiers : concurrence libre et non faussée, déficit public etc. Dans la conception communautaire l'intérêt général se réduit à la somme des intérêts individuels et le citoyen est réduit au simple consommateur (3).
S'appuyant sur l'appareil étatique et médiatique, Macron procède à un démembrement en règle de la fonction publique. Il y a « trop de fonctionnaires » (comme il y a trop d'immigrés), ce sont des « nantis » avec leurs privilèges, leurs vacances, leurs sécurité d'emplois... répètent inlassablement les médias aux ordres. Il faut donc supprimer le plus de postes possibles de fonctionnaires qui coûtent cher à l’État pour les remplacer par des contractuels (droit privé) c'est-à-dire par des agents précaires avec des salaires de misère. C'est exactement ce que prévoit la nouvelle « réforme » de l’État. Édouard Philippe, le premier ministre, compte ainsi supprimer 50 000 postes dans la fonction publique d’État d'ici 2022. Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des comptes publics parle quant à lui d'une « généralisationdu recours aux contractuels dans la future réforme» (4).Le Gouvernement prévoit même de licencier les fonctionnaires qui perdent leur poste et seront alors pris en charge par l'assurance-chômage ! Il annonce également un plan de départs volontaires massifs pour les fonctionnaires, des rémunérations dites « au mérite », des «indicateurs de résultat et de qualité» etc. Le plan de départ devrait être accompagné de « reconversions », ou de départs «vers le secteur privé ».
Après la destruction du statut des cheminots, Macron s'attaque à celui de tous les fonctionnaires. Rappelons que ce statut comporte un certain nombre de garanties en matière d'emploi, de rémunération, de droit syndical, de sécurité sociale, de liberté d'opinion, de formation permanente...
C'est justement cet immense progrès social (5) que la bourgeoisie ne peut supporter. Il faut donc éliminer ces garanties et les remplacer par la précarité, exposant ainsi le salarié aux aléas du marché du travail et à l'insécurité sociale permanente. Quelle régression !
Cette terrible régression sociale, qui sera bientôt suivie par la casse du système des retraites, est présentée par la classe dominante, à travers ses médias notamment, comme une avancée, comme un progrès ! C'est normal dans une société fondée sur la lutte des classes. La mission de Macron et de son gouvernement est de servir encore et toujours les puissants. Pour les plus démunis, pour les travailleurs, ils n'ont absolument rien à offrir à part les mensonges, les promesses, les illusions et la répression en cas de résistance et de révolte. Il est grand temps que les travailleurs et les progressistes de ce pays redressent la tête, démasquent et dénoncent partout où ils le peuvent les mensonges et la propagande de la classe dominante. Ils doivent se dresser, unis et déterminés, contre leurs ennemis de classes, la bourgeoisie et ses serviteurs zélés Macron et son gouvernement.
Mohamed Belaali
---------------------------------------------
(1)Pierre Bourdieu « Contre-feux », Liber, Raisons d'agir p 30.
La bourgeoisie française est l'une des plus féroces au monde. Jules Guesde disait en 1889 déjà que «Notre bourgeoisie est la plus dure et la plus impitoyable de toutes les bourgeoisies» (1). Aujourd'hui encore la répression qu'elle exerce sur la classe ouvrière et même sur tout mouvement progressiste est toujours aussi brutale. Cette situation, dangereuse pour les travailleurs et pour tous les exploités, est le fruit des circonstances et des rapports sociaux engendrés par la lutte des classes aujourd’hui en France. Macron profite de ces circonstances pour servir les intérêts de ceux qui l'ont hissé à la tête de l’État et pour réprimer tous les mouvements qui lui résistent.
C'est dans ce cadre général qu'il faut situer la vague de perquisitions dont ont été victimes Jean-Luc Mélenchon, plusieurs de ses collaborateurs ou ex-collaborateurs, la France insoumise (FI) et le Parti de Gauche le 16 octobre 2018.
Précisons que ces perquisitions sont l'émanation du ministère de la justice donc du gouvernement d'Edouard Philippe et du président Macron. Ces ordres sont exécutés par le parquet qui, rappelons-le, dépend directement de ce ministère. Le judiciaire est ainsi soumis à l'exécutif ! Le principe sacré de la séparation des pouvoirs cher à Montesquieu est une chimère. Elle n'a de sens que par rapport aux seuls intérêts de la classe dirigeante.
La société française s’enfonce lentement dans un régime qui n’a de démocratique que la forme, qui paupérise des franges de populations de plus en plus larges, étouffe petit à petit le peu de libertés qui restent encore aux citoyens et réprime toute velléité de résistance.
Macron et son gouvernement qui sont aux abois aujourd'hui ne supportent aucune critique ni aucune opposition qui va dans le sens des intérêts de l’immense majorité de la population. La répression qui s'abat sur la France insoumise et son leader Jean-Luc Mélenchon est la même que celle qui s'exerce sur les syndicats et les organisations politiques qui s'opposent à sa politique de classe. Il ne s'agit donc nullement d'une opération de « justice » mais bel et bien d'un acte politique. Ce n'est pas un hasard si le pouvoir politique mène des attaques violentes contre la France Insoumise. Celle-ci reste la première force de gauche en France aujourd'hui. Jean-Luc Mélenchon et son mouvement ont obtenu au premier tour des élections présidentielles de 2017 plus de 7 millions de voix (7 060 885), soit près de 20 % des suffrages exprimés (2).
Cette dynamique créée par la France insoumise présente un certain danger pour la bourgeoisie qui ne supporte ni ne tolère la moindre opposition progressiste et décide à y mettre le holà. La répression qui s'abat sur ce mouvement est aussi un avertissement adressé à toutes les organisations qui cherchent à contrer cette politique exclusivement consacrée au service des plus riches. La casse du service public, du statut des cheminots, des fonctionnaires, les privatisations à répétition, le démantèlement du code du travail, du système de retraite... montrent à quel point ce régime autoritaire méprise les classes populaires, « les gens de rien » comme il aime à dire. Macron est décidément le président des riches.
Dans la France d'aujourd'hui, Mélenchon est devenu l'homme à abattre. Le pouvoir fascisant de Macron mobilise contre lui tout son appareil répressif et médiatique.Tous les médias au service de l'ordre établi participent lâchement au lynchage de la France insoumise et de son président. Dans les médias bourgeois, y compris ceux qui prétendent être de gauche, l'hystérie est à son paroxysme. L'hypocrisie, l'opportunisme et le cynisme ont rarement atteint une telle intensité. C'est normal dans une société fondée sur la lutte des classes.
Il faut une grande dose de naïveté pour croire aux valeurs véhiculées par l'idéologie bourgeoise comme l’État de droit, la séparation des pouvoirs, la liberté d'expression, l'égalité entre citoyens etc. etc. Dans la société capitaliste, la bourgeoisie c'est à dire la classe sociale qui vit du travail des autres, possède non seulement les moyens de production mais aussi tous les instruments de coercition qui lui permettent de garder le pouvoir et de soumettre à sa domination toutes les autres classes. Évidemment, la société bourgeoise nie être une société de classe et répand à travers ses médias notamment ses valeurs de justice pour tous, de liberté pour tous etc., pour tromper les masses opprimées et exploitées.
Mélenchon n'est pas un marxiste, loin s'en faut, et pourtant il subit aujourd'hui les foudres de cette bourgeoisie l'une des plus brutales comme disait Jules Guesde. Car en période de crise, cette classe montre son visage hideux et réprime la moindre contestation, la moindre résistance à sa sa politique (3).
On peut critiquer M. Mélenchon et son mouvement sur sa vision de la société, son programme et sur tout ce que l'on voudra, mais ce n'est vraiment pas le moment. Le rapport de force aujourd'hui est du côté du capital. Il faut non seulement dénoncer partout cette odieuse agression contre la France insoumise et son leader, mais aussi se battre, dans la phase actuelle, avec toutes les forces de gauche, en dehors de la social-démocratie, qui œuvrent un tant soit peu à l'émancipation des masses populaires.
Mohamed Belaali
------------------------------
(1)Cité par Tariq Ali dans Les dilemmes de Lénine, page 167
«J'annonce aujourd'hui que les Etats-Unis se retirent de l'accord nucléaire iranien » déclarait Donald Trump mardi 8 mai 2018 (1). Le président des Etats-Unis a rétabli du même coup les sanctions contre la République Islamique d'Iran. Israël et l'Arabie Saoudite annoncent en même temps leur soutien absolu à la décision américaine. L’État sioniste a même tiré des missiles sur les positions iraniennes en Syrie avant de commettre un nouveau massacre à Gaza le jour de l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem (2).
L'impérialisme, le sionisme et le wahhabisme se trouvent ainsi unis dans un même combat contre « la menace iranienne ». Cette situation et son éventuelle évolution sur le plan militaire est pour le moins inquiétante. Car il y a trop de pétrole dans cette région et la moindre étincelle risque d'embraser tout le Moyen-Orient. Mais pour maintenir et perpétuer leurs intérêts économiques et stratégiques, l'impérialisme américain et ses supplétifs israéliens et saoudiens, ne reculent devant aucun moyen y compris le plus abject, la guerre.
L'Arabie Saoudite, par exemple, mène depuis 2015 une véritable guerre au Yémen faisant des milliers de morts principalement des civils et détruit une partie importante de l’héritage culturel et architectural yéménite qui est en même temps patrimoine mondial de l'humanité. Ces massacres se poursuivent inlassablement dans l'indifférence quasi-générale (3).
Précisons également que l'Arabie Saoudite reste un soutien financier et idéologique (le wahhabisme) décisif des nombreuses organisations djihadistes réactionnaires qui opèrent en Irak, en Syrie et un peu partout dans le monde. La cruauté et la barbarie de ces groupes terroristes s’inspirent directement de celle de leur maître.
Pour comprendre la violence et la brutalité qui caractérisent le régime saoudien, il faut revenir au XVIIIe siècle et plus exactement à l’époque de Mohammad Ibn Abdel Wahhâb (1703-1792), prêcheur fanatique, et le « mithaq » (pacte) qu’il a conclu en 1744 avec Mohammad Ibn Saoud, un émir qui rackettait ses propres sujets et ambitionnait de soumettre les autres tribus à son autorité.
La violence de l’ultra-dogmatisme d’ Ibn Abdel Wahhâb se manifestait non seulement dans ses discours (inégalité homme/femme, rigorisme des rapports sociaux etc.), mais surtout dans les châtiments corporels : lapidation à mort de l’adultère, amputation des voleurs, exécutions publiques, etc. Il s’agit à la fois d’une doctrine et d’une pratique. Les sanctions découlent directement des normes et préceptes avancés par Abdel Wahhâb. Cette mise en pratique des prêches et les effets des châtiments cruels ont effrayé les chefs religieux. Contraint de quitter son oasis natale, Abdel Wahhâb se réfugia dans les bras d’ Ibn Saoud, émir de la province de Najd.
Ensemble ils ont créé le wahhabisme. Mais Ibn Saoud a su mettre le talent, la ferveur et l’énergie d’Abdel Wahhâb au service de ses ambitions personnelles : la religion au service de la politique. Le prêcheur du désert est devenu le serviteur exclusif de l’émir et donne ainsi une justification et une couverture religieuse aux ambitions politiques de son protecteur. Le wahhabisme est la rencontre entre le fanatisme religieux et le cynisme politique. Le régime saoudien actuel est né de cette alliance confessionnelle et politique.
La découverte du pétrole dans les années trente n’a fait que renforcer cette instrumentalisation de la religion. L’Islam est utilisé comme idéologie de légitimation pour perpétuer le pouvoir et les privilèges du clan des Al Saoud.
A la fin de la deuxième guerre mondiale, la mainmise américaine sur le pétrole saoudien est totale avec la création d’Arabian American Oil Company (Aramco). Pour parachever leur domination et protéger les puits de pétrole saoudiens, une base de l’US Air Force est créée à Dhahran dans l’est du pays.
Les richesses pétrolières enfouies sous le sable de l’Arabie, le rôle de défenseur des intérêts impériaux de l’impérialisme américain font de cet État féodal un « ami » de toutes les bourgeoisies occidentales et l’ennemi de tous les peuples qui aspirent à se débarrasser de leurs dirigeants qui les oppriment et les maintiennent dans la misère et la souffrance. Cette complicitédes bourgeoisies américaines et européennes a conduit, entre autres, à l’intervention saoudienne à Bahreïn le 14 mars 2011 pour mater ces « chiites manipulés par l’Iran » afin de sauver une autre dynastie, celle des Al Khalifa, au pouvoir depuis des siècles (4). Ce sont les gouvernements et les classes dominantes américaines et européennes qui ont permis à l’Arabie Saoudite de briser le soulèvement populaire à Bahreïn et de maintenir une véritable dictature au pouvoir.
Récemment, l'Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït ont apporté une aide substantielle (2,5 milliards de dollars) à la Jordanie pour étouffer le soulèvement populaire qui secoue en ce moment le royaume hachémite : «la rapidité et la vigueur avec laquelle les États du Golfe ont répondu est un témoignage très clair de leur inquiétude et de leur détermination à étouffer dans l'œuf l'agitation en Jordanie. […] Ils font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher un nouveau printemps arabe à leur porte » (5).
Dans cette guerre menée contre les aspirations à la démocratie et à la dignité des masses arabes opprimées, l’Arabie Saoudite joue un rôle majeur. Elle est le rempart contre tout changement démocratique et progressiste dans le monde arabe. Elle est l’incarnation de la contre-révolution.
Face au « péril perse », l'Arabie Saoudite et les pays du Golf s'activent pour créer un climat propice à la normalisation des relations entre les pays arabes et Israël au mépris de la volonté des peuples concernés. « Nous avons parfaitement conscience que le véritable danger pour la région tout entière, c’est la République d’Iran, avec son parti, ses masses et ses milices. Tous ses actes confirment la nécessité de contenir et d’éliminer ce danger » disaitle ministre bahreïni des affaires étrangères Khaled Ben Ahmad Al-Khalifa.
Les tentatives de cette « normalisation » prennent souvent la forme de rencontres sportives, culturelles et par des visites réciproques des personnalités politiques et militaires (6). Dans la presse saoudienne et ses antennes, le discours anti-israélien a totalement disparu à la grande satisfaction d'Israël :« Les pays arabes de la région ne voient plus Israël comme un ennemi mais, de plus en plus, comme un allié » (7).
Après avoir détruit l'Irak et la Libye, l'impérialisme et ses alliés locaux sont en train de dévaster la Syrie et le Yémen. Demain sera peut-être le tour de l'Iran. Car ils n'ont jamais accepté ni supporté la disparition de la dynastie des Pahlavi et la naissance de la République islamique d’Iran en 1979. Le fait que cette République religieuse nationalise ses richesses pétrolières et gazières a suffi pour placer l’Iran sur l’« Axe du Mal » parmi les « États voyous ».
L'Irak, la Libye et la Syrie, trois régimes laïcs faut-il le rappeler, sont aujourd'hui des pays dévastés et divisés et ne peuvent donc jouer aucun rôle au niveau régional. Reste l'Iran avec sa population nombreuse, son vaste territoire et ses richesses énergétiques, qui présente aux yeux des américains, des israéliens et des saoudiens un danger pour leurs intérêts. Car il y a trop de pétrole dans cette partie tourmentée du monde ! Il faut que les puissances impérialistes puissent accéder sans trop de contraintes ni d’entraves à cette richesse indispensable à leur économie et, partant, aux profits de leurs bourgeoisies.
La création de l’État d’Israël dans cette région répond d’abord à cette impérieuse nécessité. Ce n’est pas un hasard si cet État est la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient et dont les grands médias n’en parlent (du nucléaire israélien) pour ainsi dire jamais. Ce qui est permis à Israël est interdit aux autres ! Aucun autre pays de la région ne peut développer un programme nucléaire même civil sans qu’Israël et les pays impérialistes, grands et petits, ne réagissent violemment. Le réacteur Osirak (sans charge nucléaire) par exemple a été détruit partiellement le 7 juin 1981 par Israël et totalement par l'armée américaine lors de la guerre du Golfe en 1991 (8).
Aujourd’hui, il est insupportable pour Israël que l’Iran devienne à son tour une puissance nucléaire. Il veut garder, vaille que vaille, le monopole sur cette terrible arme conformément aux seuls intérêts des bourgeoisies des pays impérialistes et leurs alliés locaux. Détruire les installations nucléaires iraniennes est devenu l’obsession des dirigeants israéliens. Benyamin Netanyahou en fait même la mission de sa vie. Il répète souvent cette phrase à qui veut l'entendre : « Je vais répéter une vérité immuable : Israël ne permettra pas à l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire» (9).
Le 30 avril 2018 dans un show médiatique, le premier ministre israélien affirmait détenir des « preuves concluantes » que l'Iran dispose d'un plan secret lui permettant de se doter de la bombe atomique. Ce mensonge de plus n'avait d'autres objectifs que de hâter la sortie des États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien. Effectivement, une semaine plus tard, Trump annonce son retrait de cet accord (10).
Il est peut-être utile de rappeler, pour comprendre cette obsession du premier ministre israélien, que les idées politiques de Netanyahou sont intimement liées à celle de son père Bension Netanyahou
lui-même adepte de l'extrémiste Vladimir Jabotinsky (11) dont il était le secrétaire personnel (12).
Les Netanyahou, père et fils, ont toujours mis en exergue dans leurs rhétoriques le fait que « le peuple juif », quoi qu'il fasse, est toujours et partout soumis à l'antisémitisme et à l'extermination. Selon les époques et les circonstances les ennemis changent mais la menace, elle, reste malgré la création de l'Etat d'Israël et de sa puissante armée.
Pour eux, comme pour toute l'extrême droite israélienne, Israël est constamment menacé. «We are very simply in danger of extermination today. Not just existential danger, but truly in danger of extermination. They think the extermination, the Holocaust, is over, it isn’t, it goes on all the time. I have always said that a necessary condition for the existence of any living body, and for a nation, is the ability to identify a danger in time, a characteristic which our nation lost in theDiaspora» (13).
Israël doit donc en permanence inventer et fabriquer des ennemis pour mieux assurer la paix sociale à l'intérieur et servir ses intérêts stratégiques à l'extérieur. Aujourd'hui ce ne sont plus les arabes mais les perses qui incarnent ce danger mortel pour l’État hébreu. Il faut donc, vaille que vaille, empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.
Le premier ministre israélien ne cesse d'exercer des pressions sur l'Iran et sur la communauté internationale. Il instrumentalise la Shoah et présente dans sa rhétorique les dirigeants iraniens comme des fanatiques irrationnels ne cherchant, à travers leur programme nucléaire, qu'à détruire l'Etat d'Israël. L'Iran est associé à l'Holocauste et l'ancien président iranien Ahmadinejad est comparé à Hitler (14). La diabolisation de l'Iran sert ainsi de justification et de légitimation à une éventuelle intervention militaire.
L'arrivée au pouvoir de Hassan Rohani en 2013 et la signature de l'accord sur le nucléaire iranien en 2015 qui, rappelons-le, a mis un terme à près de trois décennies de sanctions économiques imposées par l'impérialisme américain, n'ont pas empêché Israël de continuer à diaboliser l'Iran sans réel succès. Il fallait attendre l'arrivée de Donald Trump au pouvoir en janvier 2017 pour voir les positions israéliennes se renforcer considérablement :«Il n’y a pas de meilleur soutien du peuple juif et de l’Etat juif que le président Donald Trump» disait le premier ministre israélien (15).
Netanyahou a réussi à obtenir à peu près tout ce qu'il voulait du président américain : négation du droit du peuple palestinien sur sa terre spoliée par Israël, transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem, encouragement à la poursuite de la colonisation dans les territoires occupés (16), retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien etc. etc.
Ainsi l'impérialisme américain et le sionisme sont sur la même ligne et sur le même front pour combattre la République islamique d'Iran.
Jamais le Moyen-Orient n'a été aussi explosif qu'aujourd'hui. Avec leurs déclarations, leurs manœuvres et leurs actes, les États-Unis, Israël et l'Arabie Saoudite risquent à tout moment d'embraser cette région du monde. Le wahhabisme et le sionisme ont grandi et prospéré sous l'aile protectrice des États-Unis. Leur alliance sous l'égide de l'impérialisme américain constitue un véritable danger non seulement pour le Moyen-Orient, mais pour les peuples et les travailleurs du monde entier qui n'ont nul besoin des guerres. Ils ont plutôt besoin d'un monde débarrassé de l'impérialisme et de ses rejetons wahhabite et sioniste. Seule leur entente fraternelle mettra un terme à l'hégémonie impérialiste et à sa politique criminelle.
(11) Vladimir Jabotinsky, leader du Parti révisionniste, a toujours réclamé un Etat juif sur les deux rives du fleuve Jourdain incluant l'actuelle Jordanie. Par rapport aux autres leaders sionistes, il avait au moins la franchise de ses idées. C'est lui qui disait « La colonisation sioniste, même la plus restreinte, doit ou bien cesser ou bien être menée contre la volonté de la population indigène. Par conséquent, cette colonisation ne peut continuer et se développer que sous la protection d'une force indépendante de la population locale, d'un mur d'acier que la population locale ne peut forcer. Telle est in toto, notre politique envers les arabes. La formuler d'une autre manière relève de l'hypocrisie». Cité dans Lotfallah Soliman « Pour une histoire profane de la Palestine », Ed. La Découverte, page 35.
La France vient d'être condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pour la mort d'Ali Ziri en 2009 dans le commissariat d'Argenteuil (1).
Rappelons que la justice française, comme d'habitude, a classé le dossier Ziri par un non-lieu. En effet, la cour d'appel de Rennes a considéré que les policiers n'avaient « fait usage que de la force strictement nécessaire » pour maîtriser Ali Ziri. La Cour de cassation a tout simplement refermé définitivement l'enquête sur la mort de cet homme de 69 ans.
Ces crimes ordinaires de l’État français se terminent très souvent par un non-lieu.
La liste des hommes morts dans les commissariats, ou lors des interpellations policières est longue, trop longue. Selon le rapport de l'Association des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), «ces cinq dernières années, on compte en moyenne un décès par mois (14 décès en 2014, 10 en 2013, 19 en 2012, et 9 en 2011 et 2010)» (2).
Voici un texte écrit en 2012 et qui reste d'une dramatique actualité :
Une fois encore, l'Etat sioniste d'Israël, sous l'aile protectrice de l'impérialisme américain, vient de commettre un nouveau massacre. Son armée a tiré sur des manifestants désarmés faisant en quelques heures des dizaines de morts et des centaines de blessés.
Mais les crimes d’Israël datent depuis sa création en 1948 et même avant. L’histoire de cet Etat est chargée de massacres que l’on peut cacher, mais que personne ne peut nier : Sa’sa’, Qastal, Deir Yassin, al-Dawayma, Eilaboun, Lydda, Kufur Qasim, Sabra et Chatila, Jenine et aujourd’hui Gaza. A quand les prochaines tueries ? Ben Gourion ne disait-il pas qu’il fallait « attaquer sur tout le front et non seulement à l’intérieur de l’Etat d’Israël ou aux frontières de la Palestine, mais de rechercher l’ennemi et de l’écraser partout où il peut être » (1). Le massacre des palestiniens ne date donc pas d’aujourd’hui. Tous les grands dirigeants du sionisme politique (Weizmann, Ben Gourion, Jabotinsky etc.) malgré leurs divergences sur les moyens, avaient le même but final : faire de la Palestine l’Etat du « peuple juif ».
Le sionisme politique, depuis sa fondation au congrès de Bâle en 1897, porte en lui les germes de la négation des palestiniens. « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » dit le slogan sioniste. Le Grand Israël est incompatible avec l’existence même de ce peuple : Il constitue l’obstacle vivant à la réalisation de ce grand rêve. Il faut donc l’exterminer ou tout du moins le chasser loin de sa terre, la Palestine. « Expulsez-les » disait déjà Ben Gourion en 1948 en parlant de ces mêmes palestiniens.
Israël est un État au-dessus de toutes les lois, qui viole tous les jours le droit international et toutes les résolutions de l’ONU. Israël est un Etatdirigé par un gouvernement d’extrémistes et de fanatiques qui commettent des crimes de guerre en toute impunité.
La grande Bretagne, les Etats-Unis et le sionisme politique ont enfanté ensemble un monstre. Aucun Etat au monde ne semble pouvoir arrêter aujourd’hui sa marche vers la barbarie.
La facilité avec laquelle les dirigeants de ce monde, à quelques exceptions près, acceptent de se soumettre totalement et aveuglément à l’Etat d’Israël constitue en soi un véritable danger pour le monde.
Malgré la douleur et la souffrance liées à la disparition des êtres chers, malgré les privations, les restrictions, les humiliations et les sanctions collectives, l’attachement instinctif à la vie des hommes, des femmes et des enfants de Gaza est plus fort que la machine de mort d’Israël. Cette folle envie de vivre des palestiniens, vaille que vaille, à Gaza assiégée n’a d’égale que la farouche volonté d’Israël de les exterminer. Cette dialectique de la vie et de la mort déroute Israël et son armée. Il s’agit là peut-être d’une nouvelle forme de résistance palestinienne : vivre pour résister et résister pour vivre.
Mohamed Belaali
----------------
(1) Ben Gourion, Rebirth and destiney of Israël. Cité par Lotfallah Soliman dans «Pour une histoire profane de la Palestine». La Découverte, p. 120.
«Malheur au génie qui s’oppose fièrement à la société bourgeoise et qui forge les armes qui lui donneront le coup de grâce. A un tel génie, la société bourgeoise réserve des supplices et des tortures qui peuvent paraître moins barbares que ne l’étaient le chevalet de l’Antiquité et le bûcher du Moyen Age, mais qui au fond n’en sont que plus cruels». Franz Mehring (1).
Marx est né le 5 mai 1818 à Trèves en Allemagne. Deux cents ans après sa naissance, sa pensée n'a jamais été aussi vivante et aussi actuelle qu'aujourd'hui. L'humanité toute entière continue de subir, directement ou indirectement, le joug d'une minorité d'exploiteurs, d'oppresseurs et d' esclavagistes modernes c'est à dire les capitalistes. Le grand mérite de Marx est d'avoir montré par une analyse scientifique que le capitalisme n'a pas d'avenir et que le communisme reste l'horizon ultime de l'humanité. Ses travaux scientifiques ne sont que des moyens au service de la révolution c'est-à dire le renversement de l'ordre établi bourgeois. «Marx a été l’homme le plus exécré et le plus calomnié de son temps(...) car Marx était avant tout un révolutionnaire ». Ainsi parlait sobrement Engels de Marx lors de la cérémonie de son enterrement. Détesté par les gouvernements réactionnaires d'Allemagne, de France et de Belgique, Marx a trouvé refuge à Londres où il a vécu dans des conditions matérielles extrêmement difficiles jusqu'à la fin de ses jours. Marx dérange toujours malgré toutes les funérailles qu’on lui a célébrées. La lecture ou la relecture de Marx est indispensable pour celles et ceux qui veulent comprendre et surtout changer le monde dans lequel nous vivons. «Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer» disait Marx (2).
La lutte des classes reste pour Marx le moteur de l'histoire :
«l'histoire de toute société jusqu'à nos jours, n'a été que l'histoire de luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte (…) La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant. (…) Mais la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires» (3).
Mais pour Marx la lutte des classes doit mener à la dictature du prolétariat et celle-ci, qui ne constitue qu'une phase transitoire, laissera place à une société sans classes :
«la lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat; que cette dictature elle-même ne représente qu'une transition vers l'abolition de toutes les classes et vers une société sans classes» (4).
Pour s'emparer du pouvoir politique indispensable à leur émancipation, les prolétaires doivent s'organiser au niveau planétaire, même si la classe ouvrière doit d'abord lutter contre sa propre bourgeoisie, car l'internationalisation du capital conduit nécessairement à l'internalisation du travail. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'appel de Marx à l'union de tous les travailleurs :
« PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !» (5).
Marx va consacrer une partie importante de sa vie à la solidarité internationale des travailleurs. Ainsi en 1864, des ouvriers français et anglais ont chargé Marx, après la rencontre du 28 septembre au St Martin's Hall à Londres, de rédiger les statuts et la première Adresse de l'internationale ouvrière, l'Association internationale des travailleurs :
« Si l'émancipation des classes travailleuses requiert leur union et leur concours fraternels, comment pourraient-elles accomplir cette grande mission si une politique étrangère, qui poursuit des desseins criminels, met en jeu les préjugés nationaux et fait couler dans des guerres de piraterie le sang et dilapide le bien du peuple? Ce n'est pas la prudence des classes gouvernantes de l'Angleterre, mais bien la résistance héroïque de la classe ouvrière à leur criminelle folie qui a épargné à l'Europe occidentale l'infamie d'une croisade pour le maintien et le développement de l'esclavage outre Atlantique » (6).
Marx a dévoilé par un immense travail « la loi économique du mouvement de la société moderne »(7). Il a démontré d'une manière brillante ce qui se cache derrière la valeur de la marchandise, de la monnaie, de la plus-value, de l'accumulation du capital, de la tendance historique de cette accumulation etc. etc.
La richesse dans les sociétés capitalistes disait Marx
« s'annonce comme une « immense accumulation de marchandises». L'analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches» (8).
La marchandise, quelle que soit sa forme, sa qualité... est le produit du travail humain. Elle a été enfantée par le travailleur. Sa valeur et sa grandeur trouvent leur origine dans le travail humain socialement nécessaire à sa production. Mais tout ce qui est utile, voire vital à l'homme (l'air par exemple), ne constitue pas une marchandise, car il ne résulte pas de son travail. Les marchandises s'échangent les unes contre les autres à condition que leurs valeurs d'échange soient équivalentes c'est à dire qu'elles renferment la même quantité de travail socialement nécessaire. Une marchandise ne peut s'échanger contre une autre si la quantité de travail pour les produire n'est pas égale :
« C'est donc seulement le quantum de travail, ou le temps de travail nécessaire, dans une société donnée, à la production d'un article qui en détermine la quantité de valeur. Chaque marchandise particulière compte en général comme un exemplaire moyen de son espèce. Les marchandises dans lesquelles sont contenues d'égales quantités de travail, ou qui peuvent être produites dans le même temps, ont, par conséquent, une valeur égale. La valeur d'une marchandise est à la valeur de toute autre marchandise, dans le même rapport que le temps de travail nécessaire à la production de l'une est au temps de travail nécessaire à la production de l'autre» (9).
La formule initiale de la circulation des marchandises était : marchandise, argent, marchandise (M-A-M) c'est-à-dire vendre et acheter des marchandises. Avec le développement de la production, l'argent se transforme en capital et celui-ci permet d'acheter pour vendre avec profit. La formule devient alors : argent, marchandise, argent (A-M-A'). La circulation des marchandises commence et se termine avec l'argent :
«Dans la formule M-A-M, c'est la marchandise, et dans la formule A-M-A, c'est l'argent qui constitue le point de départ et le point d'aboutissement du mouvement. Dans la première formule, l'argent est le moyen de l'échange des marchandises et, dans la dernière, c'est la marchandise qui permet à la monnaie de devenir argent. L'argent, qui apparaît comme simple moyen dans la première formule, apparaît dans la dernière comme but final de la circulation, alors que la marchandise, qui apparaît comme le but final dans la première formule, apparaît dans la deuxième comme simple moyen» (10).
L'augmentation de la valeur de l'argent dans la deuxième formule constitue selon Marx la plus-value. L'argent se transforme ainsi en capital, c'est-à-dire en rapport social de production spécifique au capitalisme.
Mais cette augmentation de la valeur de l'argent ne peut résulter de la circulation des marchandises, puisque celles-ci sont réputées équivalentes. D'où vient alors cette plus-value ? Elle provient d'une marchandise très singulière dont la consommation produit en même temps de la valeur :
« Pour pouvoir tirer une valeur échangeable de la valeur usuelle d'une marchandise, il faudrait que l'homme aux écus eût l'heureuse chance de découvrir au milieu de la circulation, sur le marché même, une marchandise dont la valeur usuelle possédât la vertu particulière d'être source de valeur échangeable, de sorte que la consommer, serait réaliser du travail et par conséquent, créer de la valeur. Et notre homme trouve effectivement sur le marché une marchandise douée de cette vertu spécifique, elle s'appelle puissance de travail ou force de travail» (11).
Sur le marché, le capitaliste achète la force de travail à sa juste valeur c'est-à-dire le temps de travail nécessaire à sa production. Le travail nécessaire à la production de la force de travail est égal au travail qu'il faut pour produire tous les éléments nécessaires à la reproduction de cette puissance de travail de l'ouvrier et de sa progéniture (alimentation, vêtements, logement …) :
« Qu'est-ce donc que la valeur de la force de travail ? Exactement comme celle de toute autre marchandise, sa valeur est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production. La force de travail d'un homme ne consiste que dans son individualité vivante. Pour pouvoir se développer et entretenir sa vie, il faut qu'il consomme une quantité déterminée de moyens de subsistance. Mais l'individu, comme la machine, s'use, et il faut le remplacer par un autre. Outre la quantité d'objets de nécessité courante dont il a besoin pour sa propre subsistance, il lui faut une autre quantité de ces mêmes denrées de première nécessité pour élever un certain nombre d'enfants qui puissent le remplacer sur le marché du travail et y perpétuer la race des travailleurs » (12).
En achetant la force de travail de l'ouvrier, le capitaliste acquiert du même coup le droit de la consommer comme toute autre marchandise achetée sur le marché. Mais la valeur de la force de travail et sa consommation ou son utilisation sont deux choses différentes. Si par exemple l'ouvrier a besoin de 4 heures pour produire sa force de travail, rien ne l'empêche de travailler 8 heures ou plus. Le capitaliste, propriétaire momentané de la force de travail du salarié, peut très bien le faire travailler au-delà des 4 heures nécessaires à la production de la force de travail. Si le capitaliste fait travailler l'ouvrier 8 heures par exemple alors qu'il l'a payé 4 heures seulement, il réalise une plus-value de 4 heures. L'ouvrier a travaillé donc une partie de la journée pour renouveler sa force de travail et l'autre partie, il a travaillé gratuitement pour le compte de son patron, c'est la plus-value. Le taux de la plus-value dans cet exemple est égal à 100 % :
«La valeur de la force de travail est déterminée par la quantité de travail nécessaire à son entretien ou à sa reproduction, mais l'usage de cette force de travail n'est limité que par l'énergie agissante et la force physique de l'ouvrier. La valeur journalière ou hebdomadaire de la force de travail est tout à fait différente de l'exercice journalier ou hebdomadaire de cette force, tout comme la nourriture dont un cheval a besoin et le temps qu'il peut porter son cavalier sont deux choses tout à fait distinctes (...) En payant la valeur journalière ou hebdomadaire de la force de travail de l'ouvrier fileur, le capitaliste s'est acquis le droit de se servir de celle-ci pendant toute la journée ou toute la semaine. Il le fera donc travailler, mettons, 12 heures par jour. En sus et au surplus des 6 heures qui lui sont nécessaires pour produire l'équivalent de son salaire, c'est-à-dire de la valeur de sa force de travail, le fileur devra donc travailler 6 autres heures que j'appellerai les heures de surtravail, lequel surtravail se réalisera en une plus-value et un surproduit. (…) C'est sur cette sorte d'échange entre le capital et le travail qu'est fondée la production capitaliste, c'est-à-dire le salariat; et c'est précisément cette sorte d'échange qui doit constamment amener l'ouvrier à se produire en tant qu'ouvrier et le capitaliste en tant que capitaliste» (13).
L'avidité de la plus-value du capitaliste est insatiable. Dans le capitalisme, seule compte la valeur d'échange qui lui permet d'exploiter le travail humain et d'extraire la plus-value. Le capital ne peut vivre et se développer sans pomper cette nourriture qui lui est vitale, la plus-value :
« Le capital est du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant le travail vivant, et sa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage» (14).
Marx a développé un autre point extrêmement important, l'accumulation du capital. Ainsi une partie de la plus-value est investie dans la production c'est-à-dire dans les moyens de production (capital constant) et dans les salaires (capital variable).
A mesure que croît cette accumulation du capital sous l'effet notamment de la concurrence et du crédit, la part du capital constant augmente au détriment du capital variable. Le besoin et la demande de la force de travail diminuent ainsi que son prix. L'accumulation du capital rend donc inutile une partie de la population ouvrière que Marx appelle armée de réserve industrielle :
«Si l'accumulation, le progrès de la richesse sur la base capitaliste, produit donc nécessairement une surpopulation ouvrière, celle-ci devient à son tour le levier le plus puissant de l'accumulation, une condition d'existence de la production capitaliste dans son état de développement intégral. Elle forme une armée de réserve industrielle qui appartient au capital d'une manière aussi absolue que s'il l'avait élevée et disciplinée à ses propres frais. Elle fournit à ses besoins de valorisation flottants, et, indépendamment de l'accroissement naturel de la population, la matière humaine toujours exploitable et toujours disponible» (15).
Marx dénonce avec force cette accumulation capitaliste mais qui en même temps permet de jeter les bases matérielles d'une nouvelle société :
«Le capitaliste n'a aucune valeur historique, aucun droit historique à la vie, aucune raison d'être sociale, qu'autant qu'il fonctionne comme capital personnifié. Ce n'est qu'à ce titre que la nécessité transitoire de sa propre existence est impliquée dans la nécessité transitoire du mode de production capitaliste. Le but déterminant de son activité n'est donc ni la valeur d'usage, ni la jouissance, mais bien la valeur d'échange et son accroissement continu. Agent fanatique de l'accumulation, il force les hommes, sans merci ni trêve, à produire pour produire, et les pousse ainsi instinctivement à développer les puissances productrices et les conditions matérielles qui seules peuvent former la base d'une société nouvelle et supérieure » (16).
Au crépuscule de sa vie, malade et affaibli, Marx n'a pu supporter la mort en 1881 de sa femme Jenny. Le médecin lui a même interdit de l'accompagner à sa dernière demeure. En janvier1983, un autre drame vient lui ôter ses dernières forces, la mort subite de sa fille Jenny Longuet. Le 14 mars 1983, Marx, le grand Karl Marx a cessé de vivre.
En 1917, Lénine, un autre révolutionnaire écrira dans l’État et la révolution : « Il arrive aujourd'hui à la doctrine de Marx ce qui est arrivé plus d'une fois dans l'histoire aux doctrines des penseurs révolutionnaires et des chefs des classes opprimées en lutte pour leur affranchissement. Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'incessantes persécutions; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de "consoler" les classes opprimées et de les mystifier; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu , on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire» (17).
Après Sarkozy et Hollande, voilà donc Macron, le nouveau serviteur des riches. « Macron, c'est moi en mieux » disait Sarkozy (1). Ce qui caractérise ces trois présidents c'est leur soumission absolue aux puissants et leur mépris profond pour le peuple. La guerre ouverte et sans répit que mène aujourd'hui Macron, comme hier Sarkozy et Hollande, contre l'immense majorité de la population a au moins le mérite de démystifierl’État républicain, la démocratie, la liberté de la presse, la séparation des pouvoirs, les droits de l’homme et bien d’autres concepts de l’idéologie bourgeoise dont la fonction principale est de masquer la violence des rapports sociaux de domination. Après quelques mois seulement du «macronisme», le masque tombe et le visage hideux de la classe dirigeante apparaît alors au grand jour.
Les exigences de la bourgeoisie en matière économique, sociale et politique sont satisfaites avec un zèle rare : destruction du code du travail, précarisation et flexibilisation de l'emploi, démantèlement du service et de la fonction publique, suppression des contrats aidés, baisse du montant de l'APL(Aide Personnalisée au Logement), augmentation de la CSG (Contribution Sociale Généralisée) pour les retraités, baisse programmée des retraites, flicage des chômeurs, sélection à l'entrée de l'Université, suppression de l'impôt sur la fortune (ISF), prélèvement forfaitaire unique (PFU) ou « flat tax » plafonné à 30 %, sur les revenus du capital (intérêts, dividendes, plus-values de cession de valeurs mobilières etc.), projet de loi pour museler davantage encore la liberté d'expression, intégration de l'état d'urgence dans le droit commun, projet de privatisation de la SNCF, mépris absolu des migrants etc. etc. Et il ne s'agit là que d'un début ! D'autres décisions encore plus violentes pour les plus démunis viendront allonger cette interminable liste de mesures en faveur des riches. C'est un véritable hold-up sur la richesse de toute une nation.
La bourgeoisie est aux anges. Aucun autre président ne l'a comblée autant que Macron. Ni Chirac, ni Sarkozy, ni Hollande n'ont mené une politique aussi brutale et aussi rapide contre le peuple et pour la minorité des puissants. Pour l'instant, le triomphe de Macron semble total.
Victor Hugo disait de Napoléon le petit «M. Louis Bonaparte a réussi. Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte» (2). On peut également ajouter que Macron a pour lui une arme redoutable et décisive, les médias du grand capital. Les moyens de communication de masse demeurent l’instrument le plus efficace pour inculquer cette idéologie défaitiste et anesthésier une population déjà traumatisée par le chômage et la précarité. Pire, les mensonges véhiculés jour et nuit par les médias bourgeois sont intériorisés par les plus démunis. Le contenu mensonger de cette intense propagande idéologique, bien qu'il soit contredit quotidiennement par les faits, s'efface pour ainsi dire totalement. Les dominés participent ainsi, sans le vouloir, au maintien de leur propre servitude. La propagande et l’endoctrinement permanents remplacent l’information, le faux devient vrai et les apparences se confondent avec la réalité. Les intérêts d'une classe, la bourgeoisie, deviennent ceux de toutes les classes.
Les médias bourgeois ne tolèrent et ne supportent aucune critique ni aucune opposition qui va dans le sens des intérêts de l'immense majorité de la population. La caste des journalistes, admirateurs serviles de Macron, se jettent comme des chiens féroces et bien dressés sur celles et ceux qui leur tiennent tête et leur apportent la contradiction. Leur haine des hommes et des femmes qui refusent de courber l'échine devant Macron est totale. Parlant des matinales de France Inter, Jean-Luc Mélenchon disait «Les matinales c’est une expérience extrêmement douloureuse(...), il faut pas se tromper, si je me trompe moi par exemple je dis "y’avait 27.502 chômeurs" aussitôt "ahaha non 704, il s’est trompé il sous-estime le problème !". C’est des chiens, c’est une horde qui se jette sur vous pour vous dévorer » (3) ; rien de plus normal dans une société fondée sur la lutte des classes ! Car l'accumulation et la concentration des richesses doivent rester, vaille que vaille, entre les mains d'une minorité d'exploiteurs. Les médias, comme d'ailleurs l'armée, la police, la justice, en un mot tout l'appareil répressif de l’État ne sont que des instruments qui permettent à la classe dominante de perpétuer ses privilèges.
Mais les effets dévastateurs de cette politique de classe commencent à se faire sentir et un vent de révolte se lève peu à peu sur une France endormie.Tous les secteurs de la société sont touchés, car tous attaqués brutalement par Macron. Retraités, élèves, étudiants, enseignants, cheminots, éboueurs, électriciens, avocats, personnel hospitalier, salariés d'Air France, des Ehpad, des prisons, de Carrefour, de Casino, de Pimkie etc. font entendre leurs voix et leurs colères un peu partout en France (4).
Le mouvement qui se déroule sous nos yeux prend l'allure d'une lutte de classe à classe c'est à dire un combat politique qui dépasse le cadre syndical. C'est toute la politique du gouvernement et notamment sa politique d'austérité (réductions drastiques des dépenses de la sécurité sociale, de l’Éducation, de la santé, des transports, du logement public... pour les transférer dans les caisses du patronat) imposée par l'Union Européenne et appliquée avec zèle par Macron qui est contestée. L'austérité n'est qu'un paravent hypocrite derrière lequel se cachent les intérêts de la petite minorité d'exploiteurs. Les grévistes et les manifestants se battent également pour la survie des services publics menacés de disparition et contre « la destruction d'une civilisation associée à l'existence du service public » (5). La lutte des cheminots et de tous ceux et celles qui se battent aujourd'hui contre Macron n'est pas un combat pour des privilèges mais pour des droits et des devoirs égaux entre tous les citoyens.
La révolte de ces hommes et de ces femmes, «les sans-dents » comme disait Hollande ou « ceux qui ne sont rien, les fainéants, les illettrés ... » comme dit Macron (6)est dirigée aussi contre
cette arrogance et ce mépris de classe affichés ostensiblement et exprimés sans retenue par le Président de la République et son gouvernement (7). Cette violence verbale cache mal une haine de classe qui se traduit concrètement par une politique entièrement dédiée à la minorité de la population la plus riche.
Personne ne peut prédire aujourd'hui l'avenir de ce mouvement populaire qui est en train de prendre forme. Mais ce qui est sûr, c'est que Macron et la classe qui est derrière lui vont utiliser tous les moyens dont ils disposent pour le dénigrer avant de le réprimer et de l'écraser. Plus la lutte dure dans le temps, plus la classe dirigeante devient brutale, arrogante et odieuse. Elle ne reculera devant rien pour défendre ses intérêts. Toute l'histoire des luttes des classes le démontre. Le pouvoir politique et la classe qui le soutient mobilisent d'abord les médias pour désinformer, démobiliser et démoraliser les grévistes et les manifestants. Le mot « réforme » (en réalité il s'agit de la destruction des services publics et des acquis sociaux) est répété inlassablement tout au long de la journée et de la nuit. Car les « réformes » son nécessaires. Il faut donc les accepter et les soutenir. C'est ainsi «qu'en 1995, la quasi-totalité des grands médias ont soutenu « la réforme » de la Sécurité sociale. En 2001, ils ont salué « la réforme » du statut de la SNCF. En 2003, ils ont apprécié « la réforme » du statut des intermittents et se sont félicités de « la réforme » des retraites (et du statut des agents de service dans l’Éducation nationale) » (8). Mais la bourgeoisie ne s'arrêtera pas là. Elle fera feu de tout bois. Les instituts de sondage, les intellectuels, les experts, les policiers, les CRS, la BAC, les renseignement généraux...seront enrôlés pour venir à bout d’un mouvement, somme toute, pacifique. C'est une véritable guerre déclarée aux travailleurs. Le rapport de force comme on le voit demeure profondément inégal. La bourgeoisie détient tous les pouvoirs, mais elle est en même temps ultra-minoritaire dans le pays. Le peuple, lui, possède un élément décisif pour gagner la bataille, le nombre. Mais cette arme n'est efficace que si des liens fraternels unissent tous les contestataires. Sans cette unité, la plus large possible, le mouvement risque d'échouer et la classe dirigeante, ennemie du progrès, viendra à bout de ce qui reste encore des acquis sociaux.
Toutes les forces du progrès n'ont d'autres choix que d'attaquer frontalement la classe qui a hissé Macron à la tête de l’État afin de briser les chaînes de cet asservissement du travail au capital.
La Catalogne doit disposer de l'entière liberté d'organiser la consultation de la population par référendum sur la question de l'indépendance. Seule la population catalane doit décider librement et démocratiquement de son destin. Or le Gouvernement espagnol refuse catégoriquement cette possibilité et maintient par la force la Catalogne dans l'Espagne. C'est ainsi que la population a été brutalement empêchée par la police espagnole de s'exprimer lors du référendum du premier octobre 2017. Pour le très conservateur Rajoy, la Catalogne est une région rebelle qu'il faut soumettre par la force. Étrange démocratie qui a peur d'un référendum et lui oppose violence et brutalité. Étrange droit qui nie le droit des populations à disposer d'elles-mêmes. Pour Mariano Rajoy, qui ne parle que de la démocratie et du droit, la Catalogne doit rester espagnole malgré la volonté de sa population !
Cette violence, digne de la dictature franquiste, n'a cependant pas découragé une partie de la population (42,3 % selon le gouvernement catalan) à participer au référendum d'autodétermination. Le « oui » à l'indépendance l'a emporté avec 90% des voix selon la même source : «En ce jour d'espoir et de souffrances, les citoyens catalans ont gagné le droit d'avoir un État indépendant sous la forme d'une République (...) Mon gouvernement va, dans les jours qui viennent, transmettre les résultats du scrutin de ce jour au Parlement, garant de la souveraineté de notre peuple, afin qu'il puisse agir conformément à la loi référendaire» déclarait Carles Puigdemont président de la Catalogne (1). Effectivement, le vendredi 27 octobre, le parlement catalan vote la résolution de l'indépendance en l'absence d'une partie des députés (Parti socialiste, Parti Populaire et Ciudadanos). « Nous constituons la République catalane, comme État indépendant et souverain, de droit, démocratique et social » dit le préambule de cette résolution.
De son côté et presque au même moment, le Sénat, dominé par les conservateurs du Parti Populaire, autorise Mariano Rajoy à utiliser l'article 155 de la constitution espagnole suspendant du même coup le statut d'autonomie de la Catalogne : destitution de l' exécutif et dissolution du parlement. La télévision, les médias, la police et les administrations sont désormais sous la tutelle de Madrid. Neuf membres du gouvernement catalan ont été placés en détention provisoire (2). Dans la foulée, Rajoy annonce la tenue des élections régionales pour le 21 décembre 2017.
Le président Carles Puigdemont et quatre autres ex-conseillers de la Generalitat (gouvernement catalan) ont quitté la Catalogne pour aller se réfugier à Bruxelles. Le gouvernement espagnol mené par Mariano Rajoy a lancé contre eux un mandat d'arrêt européen pour «rébellion, sédition, malversation, abus de fonction et désobéissance».
De son côté, Pablo Casado chargé de la communication du Parti Populaire déclarait «L'histoire, il ne faut pas la répéter, nous espérons que demain on ne déclarera rien parce que celui qui déclarerait (un Etat indépendant) pourrait finir comme celui qui le déclara il y a 83 ans» (3).
Casado fait allusion ici à Lluis Companys, ce brillant avocat du Parti de la Gauche Républicaine de Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya, l'ERC) et figure marquante de l'indépendance de la Catalogne. Companys a eu l'audace de proclamer le 6 octobre 1934 « l’Etat Catalan de la République fédérale espagnole ». Le lendemain, l'armée espagnole prend le contrôle de la Generalitat et la justice espagnole condamne Companys à 30 ans de prison. En février 1936, le Front populaire arrive au pouvoir et libère Compays qui sera élu président de la Generalitat. En juillet 1936, la guerre civile éclate après un coup d’État militaire. En 1939, aidé par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, le général Franco gagne la guerre. La dictature franquiste s'impose dans toute l'Espagne et la Generalitat de Catalogne est abolie.Vaincus, beaucoup de républicains ont pris le chemin de l'exil vers la France dont Lluis Companys et son épouse Carme Ballester. La Gestapo l'arrête le 13 août 1940 et le livre à la police de Franco. Il sera fusillé le 15 octobre 1940 au château de Montjuïc, à Barcelone. Précisons que le leader actuel de l'ERC, Oriol Junqueras, est derrière les barreaux sur les ordres de Rajoy.
La bataille pour l'indépendance a permis de voir le visage hideux de l’État bourgeois espagnol incapable de donner la parole aux habitants de la Catalogne pour décider eux-mêmes de leur destin. La droite néo franquiste soutenue par le Parti socialiste ouvrier espagnol et Ciudadanos n'avait rien d'autre à proposer pour régler le problème catalan que la répression brutale en s'appuyant sur l'article 155 de la constitution de 1978 qui porte dans ses entrailles les traces de la dictature franquiste.
La Catalogne doit pouvoir disposer du droit à la libre séparation d'avec l’État espagnol c'est à dire le droit à l'indépendance politique en organisant librement et démocratiquement un référendum. Ignorer ce droit ne changera rien au fond du problème. Il ne s'agit pas de faire ici l'apologie du chauvinisme, du nationalisme, du séparatisme, du morcellement et de la formation des petits États ici ou là. Le socialisme est étranger à cette vision bourgeoise et réactionnaire du monde : «Le socialisme, disait Lénine, a pour but, non seulement de mettre fin au morcellement de l'humanité en petits États et à tout particularisme des nations, non seulement de rapprocher les nations, mais aussi de réaliser leur fusion » (4).
La lutte pour l'indépendance politique est éminemment un combat de classes. Le droit à l'autodétermination doit être analysé à travers le prisme des intérêts spécifiques des salariés. La séparation doit tendre vers la réalisation des intérêts de la classe des exploités indépendamment de leur nationalité et de leur culture. Le droit à l'autodétermination n'a de sens que s'il est utilisé comme tremplin à l'union, mais une union volontaire, de tous les travailleurs non seulement de Catalogne, mais de toute l'Espagne.
Malheureusement, la bataille pour le droit à la séparation politique est menée par des dirigeants bourgeois. Les travailleurs catalans n'ont absolument rien à attendre de cette séparation conduite par des hommes politiques opportunistes et corrompus comme Jordi Pujol ou Artur Mas et aujourd'hui par Carles Puigdemont leur dauphin (5).
La droite catalane ne s'est convertie à l'indépendance, venue essentiellement de la rue, que pour mieux cacher les multiples scandales de corruption de ses dirigeants (6) et détourner les travailleurs et les couches populaires des vrais problèmes qui les rongent au quotidien comme le chômage et la précarité.
Adeptes des politiques d'austérité, les dirigeants catalans font appel à l'Union européenne pour trouver une solution avec Madrid : «L’Europe, s’il vous plaît, sauvez nous» clamait désespérément Marta Madrenas, maire indépendantiste de Gérone. «Les citoyens se demandent pourquoi l'Europe reste sans réaction devant tous ces abus de démocratie» s'interrogeait naïvement Puigdemont devant lesmaires catalans réunis à Bruxelles (7). Puigdemont et ceux qui l'entourent savent pourtant que l’Union européenne et toutes les institutions qui gravitent autour d’elle sont un exemple éloquent de déni de démocratie. S'il y a une institution réellement non démocratique c'est bien l'Union européenne.Toute l’histoire de l’Union n’est que mépris et trahison des volontés des peuples : «Les Irlandais devront revoter» déclarait avec force Nicolas Sarkozy le 15 juillet 2008 après le rejet par le peuple irlandais du Traité de Lisbonne qui reprenait l’essentiel d’un autre traité rejeté lui aussi par les français et les néerlandais en 2005 (8).
L'Union européenne est réfractaire à tout processus permettant aux peuples de s'exprimer librement.
Il est donc illusoire voire absurde d 'espérer un quelconque soutien de l'Union européenne à la cause catalane. L'Europe a toujours apporté son soutien aux gouvernements de Madrid dont les dirigeants appliquent avec un zèle singulier ses politiques d'austérité.
Toujours à Bruxelles où il s'est réfugié, Puigdemont tenait également à remercier ses amis de la N-VA, le parti nationaliste et xénophobe flamand pour son soutien à la cause catalane (9). La population catalane, par contre, est descendue massivement dans la rue pour apporter son soutien aux réfugiés ( 10) que le ministre de l'intérieur belge Jan Jambon de la N-VA voulait badger pour mieux les contrôler (11).
Mais le véritable danger c'est Rajoy quitente d'instrumentaliser la question catalane pour consolider son propre parti, empêtré lui aussi dans des affaires de corruption, en jouant sur la fibre nationaliste tout en se cachant derrière l'ordre constitutionnel (12). Rajoy doit se montrer ferme et intransigeant envers les catalans non seulement pour concurrencer Ciudadanos l'autre formation de droite qui a plus de poids en Catalogne que le Parti Populaire, mais surtout pour affirmer son leadership sur les courants les plus conservateurs de son propre parti qui n'ont jamais vraiment rompu avec l'idéologie nationaliste réactionnaire chère à Franco. Pour cette partie de la droite espagnole, l'unité nationale ne doit souffrir d' aucune nuance ni d'aucune exception. Tout séparatisme constitue une atteinte grave à l'intégrité de la patrie, «España una, grande y libre» (13).
Mariano Rajoy sait également qu'il peut s'appuyer pour atteindre ses objectifs sur la monarchie espagnole, elle aussi corrompue jusqu'à la moelle épinière, très en phase avec ce discours nationaliste d'autant plus que les catalans réclament une République de surcroît sociale (14). Dans son discours du 3 octobre 2017, Felipe VI apporte son ferme soutien au gouvernement de Rajoy et accuse les séparatistes de menacer la stabilité et l'unité de l'Espagne (15). Il n'est pas étonnant dans ces conditions, même si le phénomène reste encore timide, de voir fleurir dans toute l'Espagne y compris dans les quartiers populaires les drapeaux espagnols suspendus aux balcons et aux fenêtres des immeubles (16).
Le 21 décembre 2017 ont eu lieu les élections pour élire les 135 députés de Catalogne décidées d'une manière autoritaire par Rajoy et son gouvernement à la suite de la déclaration de l'indépendance de la République par le parlement catalan le 27 octobre 2017. Ces élections se sont déroulées alors que la plupart des dirigeants indépendantistes étaient exilés pour fuir la répression ou derrière les barreaux, cela en dit long sur la démocratie espagnole membre pourtant de l'Union européenne. Malgré ce contexte de tension et de répression, le taux de participation atteint quasiment les 82 % (81,93). Cette fois encore les indépendantistes ont réussi à obtenir la majorité absolue : 70 sièges sur les 135 que compte le parlement catalan. Cette victoire des indépendantistes constitue une défaite historique pour le premier ministre espagnol Mariano Rajoy qui passe de onze sièges à seulement trois. Il va sans dire que ces élections ne régleront en rien la question catalane tant que ce combat pour la libre séparation politique est mené par la bourgeoisie catalane.
La classe laborieuse doit profiter de cette brèche ouverte par la division entre les deux bourgeoisies pour mener sa lutte émancipatrice jusqu' à son terme. La classe ouvrière catalane, les jeunes, les migrants, les pauvres, bref tous les opprimés doivent se saisir de ce conflit qui oppose aujourd'hui la Catalogne à l'Espagne pour élargir et amplifier les manifestations de masse contre les classes dirigeantes catalanes et espagnoles. Ils ne doivent pas se contenter seulement des élections, des gesticulations et discours parlementaires, mais profiter de cette crise politique pour descendre massivement dans la rue, organiser des grèves et mener des actions d'envergure contre les bourgeoisies catalanes et espagnoles leurs ennemis communs. Les travailleurs catalans doivent mener leur combat pour la séparation politique indépendamment de leur bourgeoisie. La séparation doit être aussi avec cette classe qui les trompe avec ses discours sur «la patrie» ou «l'union sacrée» et qui n'hésitera pas à vouloir les entraîner dans une aventure nationaliste. La classe ouvrière catalane doit par contre déployer toute son énergie et toutes ses forces pour réaliser l'union de tous les travailleurs ibériques pour organiser ensemble, main dans la main, la riposte contre l’État espagnol qui les opprime.