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11 septembre 2021 6 11 /09 /septembre /2021 06:31

Les Etats-Unis commémorent aujourd'hui la tragédie du 11 septembre 2001 qui a coûté la vie à 3000 victimes innocentes. Joe Biden va se rendre sur les trois lieux emblématiques des attaques terroristes survenues il y a vingt ans. Les médias du monde entier vont célébrer cet événement à la fois historique et médiatique. Des émissions spéciales, des reportages, des interviews, des témoignages vont alors se succéder tout au long de la journée et de la nuit. Mais ces mêmes médias vont passer sous silence ou presque un autre événement tout aussi historique et dramatique comme si les américains avaient le monopole et l'exclusivité de cette date. Il s'agit du 11 septembre 1973. S'il faut bien évidemment parler du 11 septembre 2001 et dénoncer le massacre des innocents, il faut aussi parler du 11 septembre 1973 et pointer du doigt le rôle décisif des américains dans le coup d'Etat du général Pinochet qui a installé l'une des plus féroces et des plus cruelles dictature au monde.

 

Mais on ne peut parler de la dictature de Pinochet sans évoquer le socialisme à la chilienne de Salvador Allende. Les deux hommes symbolisent deux modèles de société diamétralement opposés.

Allende était un révolutionnaire particulier. Il voulait réaliser le socialisme non pas par une révolution violente, mais d'une manière pacifique, par les urnes.

Le 3 novembre 1970, il gagne les élections et devient président de la République du Chili. Mais Salvador Allende n'est resté au pouvoir que trois ans. Il n'a pas pu réaliser "la voie chilienne vers le socialisme". En effet, le 11 septembre 1973, le général Augusto Pinochet, avec l'aide des Etats-Unis, met un terme par la violence à cette expérience du passage pacifique au socialisme. Le rêve "d'el compañero presidente" est écrasé par la force brutale de la junte militaire.

Le général Pinochet prend le pouvoir. La dictature militaire remplace le socialisme démocratique. Assassinats, exécutions sans sommation, torture ... sont devenus des pratiques quotidiennes. Les prisons et les commissariats sont débordés. Le Stade national de Santiago est transformé en centre de détention de masse. On y entasse des hommes et des femmes amenés des quartiers populaires par des bus et des camions militaires des semaines durant. C'est dans ce stade également que les militaires ont fait taire définitivement le chanteur Victor Jara : "Criblé de balles, les mains non pas tranchées mais broyées" écrivait sa femme dans "Victor Jara, un chant inachevé". La dictature a laissé derrière elle des milliers de morts, de disparus, d'exilés et de torturés.

 

Sur le plan économique, aidée par les "Chicago boys" disciples de Milton Friedman, la dictature a imposé une marchandisation de toutes les dimensions de la vie : la santé, l'éducation, l'électricité, l'eau, la mer, les communications etc. sont livrées au libre jeu du marché dominé par les multinationales américaines. Dictature, marché et capitalisme vont de pair.

 

Fidèle à ses convictions, Allende a préféré mourir dignement que de se rendre à la junte militaire. Dans ses derniers moments, il s'adresse à son peuple : "Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie (...) L’Histoire est à nous, c’est le Peuple qui la fait".

Le général Pinochet est mort paisiblement sur son lit d'hôpital militaire protégé par les Etats-Unis qui célèbrent aujourd'hui le 11 septembre...2001.

 

Mohamed Belaali

 

 

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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 10:28

 

Samedi après samedi, les manifestations contre le pass sanitaire se succèdent et se ressemblent. On dirait que c'est le Mouvement des Gilets jaunes qui se reproduit. Mais comme tout le monde le sait, l'histoire ne se répète pour ainsi dire jamais à l'identique. Si les ressemblances entre le mouvement actuel et celui des Gilets jaunes sont nombreuses, ils restent néanmoins profondément différents.

 

L'importance et l'originalité du Mouvement des Gilets jaunes résident d'abord dans son existence même. Il s'agit d'une immense colère contre la situation économique et sociale d'une large frange de la population. C'est une révolte contre cette politique de paupérisation ultra-libérale menée tambour battant par les gouvernements successifs. La radicalité du Mouvement n'est que le corollaire de la brutalité des politiques économiques et sociales imposées par la minorité d'exploiteurs à l'immense majorité de la population. C'est un rejet massif non seulement de ces politiques, mais aussi du président de la République serviteur zélé de la classe dominante. C'est une magnifique résistance à l'une des plus brutales et des plus féroces bourgeoisie au monde.

 

La révolte des Gilets jaunes conteste toute la politique du régime macronien alors que le mouvement anti-pass ne porte que sur un aspect de cette politique à savoir la politique sanitaire. Le combat des Gilets jaunes n'est pas seulement pour améliorer momentanément les conditions d’existence des travailleurs, des salariés, bref de tous les exploités pour rendre la société capitaliste supportable, mais de lutter pour une autre société : "Conscients que nous avons à combattre un système global, nous considérons qu'il faudra sortir du capitalisme" (1). Au-delà des revendications économiques légitimes, la lutte des Gilets jaunes est un combat politique de classe contre classse. "Macron démission" scandent les manifestants tous les samedis. Dès les premières manifestations, les Gilets jaunes sont allés crier leur colère et leur indignation sur les lieux même du pouvoir. "Emmanuel Macron oh tête de c. on vient te chercher chez toi" chantaient à pleins poumons les Gilets jaunes. Leur combat ne se limite donc pas seulement à des revendications immédiates mais s'attaque aussi aux conditions dans lesquelles les injustices de classe se reproduisent. Les Gilets jaunes ont compris que derrière cette injustice et cette dégradation générale des conditions de vie que subissent les classes populaires, se cache la classe des oppresseurs qui a hissé brutalement Macron à la tête de l'Etat. "Macron, robin des rois", "président des riches" ou encore "Rends l’ISF d’abord !" clament les Gilets jaunes.

 

Le combat des Gilets jaunes est donc à la fois économique, social et politique. Le Mouvement anti-pass, tout en s'opposant à l'autoritarisme de Macron, a mis en exergue parmi ses priorités une conception égoïste de la liberté. Point ici de justice sociale, de pauvres, de riches et de leur affrontement. "Liberté, liberté" scandent les manifestants. Il s'agit en fait de la liberté individuelle opposée à celle de la société.

Comme disait Marx c'est "la liberté de l'homme considéré comme monade isolée, repliée sur elle-même. (,,,) c'est-à-dire un individu séparé de la communauté, replié sur lui-même, uniquement préoccupé de son intérêt personnel et obéissant a son arbitraire privé.(...). Elle fait voir à chaque homme, dans un autre homme, non pas la réalisation, mais plutôt la limitation de sa liberté" (2)

Comme avec les Gilets jaunes, les directions syndicales ont assisté, encore une fois, en spectratrices au Mouvement anti-pass. Elles se sont contentées de dénoncer le pass sanitaire par des déclarations et des communiqués laissant le soin à leurs militants de participer à titre personnel aux manifestations. Toutefois, ici et là, des syndicalistes, des unions locales et des fédérations sont présents dans les manifestations avec leurs propres mots d'ordre : contre le pass sanitaire mais aussi la nécessité de la vaccination, de la levée des brevets ou encore les moyens pour l'hôpital public. Mais cela ne suffit évidemment pas à affronter l'extrême droite et les courants obscurantistes de tout genre revigorés par la crise du capitalisme et qui instrumentalisent la défiance, la peur et la colère d'une partie de la population contre la gestion irresponsable et criminelle de la pandémie par le gouvernement. A l'inverse du Mouvement des Gilets jaunes, certains leaders d'extrême droite comme François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan ou encore Florian Philippot ont rapidement et facilement pris leur place dans les manifestations actuelles.

La base des centrales syndicales doit lutter contre ses propres directions pour lui imposer un plan de bataille unitaire avec celles et ceux qui tous les samedis luttent non seulement contre le pass-sanitaire, les idées d'extrême droite, mais aussi contre la politique du pouvoir en place. Il faut que le mouvement ouvrier pèse de tout son poids et prenne la direction de ces manifestations afin de les orienter vers un combat politique et non seulement sanitaire.

 

Le Mouvement anti-pass ne semble pas, pour l'instant, inquièter outre mesure Macron contrairement aux Gilets jaunes qui ont osé défier son pouvoir quasi-monarchique et l'ont même, un moment, fait vaciller. Effrayés par ce soulèvement populaire, Macron et la classe dirigeante n'ont pas hésité à mener une véritable guerre contre les Gilets jaunes. Même l'armée a été appelée à la rescousse. Les Gilets jaunes sont probablement le Mouvement le plus réprimé dans l'histoire récente de la France :

  • 2 décès,

  • 24 éborgné·es,

  • 5 mains arrachées (3),

  • Des milliers de blessés,

  • Une violence judiciaire inédite. 

     

 

Le Mouvement des Gilets jaunes dépasse le cadre étroit des revendications spécifiques contrairement à celui des anti-pass. Il s'inscrit dans une perspective beaucoup plus large, celle d'un combat contre les injustices de classe et la misère sociale.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.giletsjaunes-coordination.fr/wp-content/uploads/2019/06/ada-appel-de-la-2e-assembleee-des-assembleees-des-gilets-Jaunes.pdf

(2)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1843/00/km18430001c.htm

(3)https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan

voir également l'étude menée auprès des CHU de France et publiée dans la revue scientifique «The Lancet» montre une forte hausse du nombre de personnes éborgnées avec les LBD depuis la révolte des Gilets jaunes : https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(19)31807-0/fulltext 

 

 

 

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15 juillet 2021 4 15 /07 /juillet /2021 05:44

A l'occasion du centenaire de la bataille d'Anoual, il est peut-être utile de rappeler, très brièvement, qui était cet homme qui, dans une héroïque guerre de libération, a tenu tête à deux puissances coloniales, l'Espagne et la France. Après la victoire d'Anoual, Abdelkrim est devenu le symbole de la lutte anticoloniale donnant ainsi l'espoir à tous les peuples qui luttaient pour leur indépendance. Il était le précurseur des guerres de libération qui vont mettre plus tard un terme au colonialisme européen.

 

 

Abdelkrim, cet homme qui a tant aimé les montagnes et les vallées du Rif et de tout le Maroc, lui qui s'est dressé courageusement contre le joug colonial, n'a toujours pas sa tombe dans son propre pays plus d'un demi siècle après sa mort. Aujourd'hui encore et malgré une farouche volonté du pouvoir politique pour occulter le passé, son souvenir reste gravé dans la mémoire populaire et enfoui dans le cœur du peuple marocain. Ce n'est pas un hasard si le seul portrait brandi systématiquement par les manifestants durant les événements qui ont secoué le Rif en 2016 était celui d'Abdelkrim. Cet homme, dont la simplicité et la modestie impressionnaient toutes celles et ceux qui l'ont connu, a pu tenir tête dans une véritable guerre de libération à l'Espagne et à la France.

 

Abdelkrim avec quelques milliers de combattants divisés en groupes très mobiles et une maîtrise parfaite du terrain, a infligé une humiliante défaite au général espagnol Silvestre pourtant à la tête d'une armée autrement plus puissante. C'était en juillet 1921 à Anoual dans le Rif marocain. La résistance l'a emporté sur l'envahisseur. De ce point de vue, on peut dire qu'Abdelkrim était le précurseur de la guérilla moderne. Plus tard, Hô Chi Minh puis Mao le citeront en exemple.

Abdelkrim devient avec cette victoire le symbole de la lutte anticoloniale et donne en même temps l'espoir aux peuples qui luttent pour leur libération.

 

La défaite espagnole a permis au général Miguel Primo de Rivera de s'emparer du pouvoir par un coup d'État. C'était le 13 septembre 1923. Il faut préciser également que c'est durant la guerre du Rif que s'est illustré par sa cruauté un certain F. Franco ce qui lui a valu d'être promu général !

 

Mais Abdelkrim veut libérer tout le Maroc. Il concentre ses troupes sur la ville de Fès occupée par la France comme l'essentiel du territoire marocain. Le maréchal Lyautey, jugé hésitant face aux avancées du guérillero du Rif par le gouvernement de Paul Painlevé, est remplacé par un autre maréchal, Philippe Pétain. C'était en juillet 1925.

Abdelkrim était là encore l'un des premiers à avoir combattu le fascisme européen que représentaient Miguel Primo de Rivera, Francisco Franco et Philippe Pétain sur le sol de ce Rif où il aurait tant aimé se reposer définitivement.

 

A cette époque Abdelkrim était seul à combattre ces hommes qui seront responsables plus tard de la guerre civile(Espagne) et de la collaboration avec les nazis( France) dans leur propre pays.

 

La république du Rif était une autre création de cet homme tant méprisé par les colonialistes, impérialistes et autres fascistes. Après la victoire d'Anoual, Abdelkrim proclama la république dans un pays où les rois se succédaient les uns après les autres et ce depuis des siècles. Abdelkrim fut le premier président du Maroc moderne !

 

Le triomphe d'Abdelkrim fut aussi éphémère que sa république. Malgré un vaste mouvement de solidarité de la classe ouvrière européenne notamment française, Abdelkrim était seul avec ses combattants; seul avec ses idées qui n'étaient pas vraiment dans l'air du temps : se battre contre le colonialisme, l'impérialisme et la domination. Il rêvait d'un Maroc, d'une Algérie, d'une Tunisie et de tout le Monde arabe totalement libérés et modernisés. Il faisait "exploser" dans cette région du monde des projets et des idées, pour l'époque, révolutionnaires.

Contre ce rêve, ces projets et ces idées, il avait face à lui deux États dont la France, une véritable puissance coloniale, trois généraux fascistes et non des moindres, le Makhzen et même les nationalistes bourgeois marocains.

Ses compagnons, des hommes rudes et austères habitués à la vie dure de cette région du Maroc coincée entre la méditerranée et des montagnes sauvages, étaient traités par Paul Painlevé de barbares et de bien d'autres adjectifs encore. «Ces barbares», avec des rêves dans la tête et les armes dans la main menaçaient donc «la civilisation européenne». Il faut les écraser.

Le maréchal Pétain et le dictateur Miguel Primo de Rivera ont scellé un accord en vertu duquel les deux armées, française et espagnole, devaient s'unir contre le rebelle rifain.

Abdelkrim, malgré le courage de ses combattants, ne pouvait affronter seul deux Etats en même temps. Il décida donc de se rendre à la France. C'était en mai 1926.

 

L'envahisseur l'a emporté sur la résistance! La force brutale des armes a écrasé les idées de libération, de modernité et de prospérité que portaient Abdelkrim et ses compagnons.

Abdelkrim fut déporté à La Réunion. C'était un départ sans retour!

 

Cet exil définitif, n'a pas empêché les deux armées coalisées de se venger des populations civiles. Des armes chimiques, interdites par les conventions internationales, ont été utilisées notamment le gaz moutarde(l'ypérite). Les douars, les villages,et les souks du Rif ont été aspergés de ce gaz toxique. Des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants sont morts dans des conditions atroces. Pourtant, la protection des civils était l'une des conditions de la reddition d'Abdekrim. Sa demande n'a pas été respectée. Mais comment aurait-elle pu l'être? Les vainqueurs imposent toujours leur volonté aux vaincus. Cela rappelle étrangement, mais dans des condition très différentes, le comportement de l'armée israélienne et des phalangistes libanaises lorsqu'elles se sont vengées sur les réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila après le départ d'Arafat de Beyrouth vers Tunis. C'était en septembre 1982.

On peut légitimement s'interroger sur ce culte, poussé parfois jusqu'au fétichisme, qu'a le colonisateur ou l'occupant pour la mort et la souffrance des populations civiles.

 

Abdelkrim et sa famille passeront de longues et pénibles années d'isolement et de réclusion sur l'île de La Réunion. C'est au cours de son transfert vers la France et durant l'escale de Port-Saïd qu'Abdelkrim a «réussi à s'évader» avec l'aide de quelques nationalistes marocains, algériens et tunisiens. C'était en mai 1947.

Il s'est installé au Caire où il a repris son combat anticolonial et fondé le"Comité de libération du Maghreb arabe".

 

Fidèle à ses principes de résistant et à la mémoire de ses combattants tombés les armes à la main, Abdelkrim refusait de remettre ses pieds sur le sol marocain tant que le dernier soldat étranger n'aurait pas quitté le Maghreb.

 

«Je suis venu trop tôt» disait-il juste avant sa mort. Trop tôt pour que les idéaux, pour lesquels il a sacrifié sa vie et sa liberté, triomphent. Cétait un précurseur, un avant-gardiste et un internationaliste qui exigeait, pour son époque, presque l'impossible.

Le 6 février 1963, Abdelkrim, le grand Abdekrim s'est éteint au Caire loin de son si cher Ajdir natal. Nasser lui rend un hommage national en organisant des funérailles digne d'un chef d'Etat.

 

Le visiteur étranger sera frappé par l'état de pauvreté dans lequel vivent aujourd'hui les habitants du Rif. Le combat de leurs ancêtres était aussi contre cette misère et pour un Maroc prospère, mais ils étaient écrasés par des ennemis beaucoup plus puissants. En partie, la France et l'Espagne coloniales sont responsables de cette situation. Mais le même visiteur remarquera également que dans beaucoup de foyers notamment les plus modestes, le portrait d'Abdelkrim est toujours accroché au mur comme pour se rappeler que son combat est toujours actuel.

 

Mohamed Belaali

 

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3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 06:54

 

 

Aujourd'hui, 3 juillet 2021, Julian Assange fête ses 50 ans... derrière les barreaux !

Persécuté par les États-Unis, le Royaume Uni et par tous les pays capitalistes, Julian Assange est devenu l'homme à abattre. Car Assange a osé dire la vérité. Or celle-ci est incompatible avec le fonctionnement même des sociétés capitalistes. 

 

En révélant au monde entier les guerres génocidaires, les crimes, les massacres et les mensonges des pays impérialistes, Julian Assange savait qu'il mettait sa vie en danger. Il a ainsi dévoilé la nature profonde de ces pays.Toutes les guerres impérialistes par exemple ont été déclenchées sur la base de mensonges. Assange a osé dire la vérité. Or celle-ci est incompatible avec le fonctionnement même des sociétés capitalistes où le mensonge est érigé en principe sacré, en dogme. Toute profanation de cette règle constitue un sacrilège. Il faut laisser la population dans l'ignorance. Et comme disait Orwell dans 1984 «L'ignorance c'est la force» ! La propagande et l’endoctrinement permanents des citoyens remplacent l’information et le faux devient vrai. Les intérêts d'une seule classe deviennent alors ceux de toutes les classes. Les responsables de ce blasphème seront alors durement punis. Car dans cette société, les hérétiques n'ont pas leur place. Leur vérité constitue une offense, un affront et une insulte au discours mensonger dominant. Julian Assange doit être châtié, persécuté. L'obscurité du mensonge contre la lumière de la vérité. La guerre est donc déclarée contre cet homme. Il n'a aucune chance de la gagner ni même d'obtenir un procès équitable sans le soutien massif des citoyens. Pour les Etats-Unis, le Royaume-Uni et tous les autres pays capitalistes, Assange est l'homme à abattre. En 2010 par exemple, il a eu le courage de montrer au monde entier, à travers des centaines de milliers de documents classifiés de l'armée américaine, la réalité de l'invasion de l'Irak : crimes de guerre, massacres, tortures... la souffrance infligée à la population irakienne, réduite à vivre dans des conditions infra-humaines, donne la mesure de la cruauté dont les pays capitalistes sont capables (1). Les documents publiés donnent l'ampleur de cette tragédie irakienne : 109 032 victimes dont 60 % de civils (2). A l'époque, les médias aux ordres parlaient des «frappes chirurgicales» ! Et quel est le crime de chacune de ces victimes ? Selon Bush et Blair, l'Irak représente un véritable danger pour le monde. Il possède les armes de destruction massive et demeure le foyer mondial du terrorisme. Il faut donc sécuriser ce pays et apporter à sa population démocratie, liberté et prospérité. Des mensonges et toujours des mensonges !

 

Le président équatorien  Lenin Moreno, celui par qui le scandale est arrivé, disait : « J’ai demandé à la Grande-Bretagne la garantie que M. Assange ne serait pas extradé vers un pays où il pourrait être torturé ou condamné à mort». (3)

Moreno sait très bien que les Etats-Unis ont émis une ordonnance d'extradition de Julian Assange avec un acte d'accusation précis (4) et que son pays et le Royaume-Uni feront tout pour faciliter ce transfèrement. Une fois aux Etats-Unis, la vie de Julian Assange sera en danger ou comme disent les experts de l'ONU, l'extradition met « potentiellement sa vie en danger» (5),

Rappelons que la majorité des Etats (trente sur cinquante) appliquent encore la peine de mort et que la pratique de la torture est bien réelle. Le sort d'Assange n'aura probablement rien à envier à celui de l'autre lanceur d'alerte Chelsea Manning qui a « enduré de longues périodes d’isolement et de torture. Elle a tenté à deux reprises de se suicider en prison. Elle connaît par expérience douloureuse les innombrables façons dont le système peut vous briser psychologiquement et physiquement» (6).

 

Voilà ce que réservent les pays impérialistes à ceux et celles qui, au détriment de leur vie, osent dire la vérité aux citoyens en les informant sur les abus du pouvoir. Les pays capitalistes ne peuvent fonctionner que sur la base de mensonge et de répression dans tous les domaines.

Laissons le dernier mot à la mère de Julian Assange :«La vie de mon fils, le journaliste Julian Assange, est en danger imminent et grave. Je vous remercie tous d’entendre l’appel d’une mère qui vous demande de l’aider à le sauver (…) Parce qu’il s’agit d’une persécution politique transnationale par une superpuissance sauvage en collusion avec ses alliés, sauver Julian nécessite l’indignation des peuples du monde. (...) Tout au long de l’histoire, lorsque les abus de pouvoir sont devenus insupportables pour le peuple, celui-ci s’est uni et s’est levé pour les faire cesser» (7).

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.legrandsoir.info/Les-ravages-de-la-guerre-imperialiste-en-Irak.html

(2)https://www.ojim.fr/portraits/julian-assange-master-hacker/

(3)https://twitter.com/Lenin/status/1116271659512684544

(4)https://www.legrandsoir.info/acte-d-accusation-contre-julian-assange.html

(5)https://news.un.org/fr/story/2019/04/1040961

(6)https://www.legrandsoir.info/chelsea-manning-et-la-nouvelle-inquisition-truthdig.html

(7)https://www.youtube.com/watch?v=5nxigIRUkcU

 

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9 juin 2021 3 09 /06 /juin /2021 14:26

Jean Castex : " la démocratie ne peut en aucun cas être la violence". 

 

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25 mai 2021 2 25 /05 /mai /2021 10:36

 

Derrière la tragédie commencée en 1948 et qui se poursuit encore aujourd'hui sous nos yeux, se cache un État. Un État qui ne ressemble à aucun autre. Un État fondé sur une immense injustice. Face à lui, un peuple qui subit chaque jour les pires persécutions et les pires humiliations. Mais ce peuple, toujours debout, est atteint «d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d’amour et de paix».

 

 

 

Un État

 

Il s'agit d'un État au-dessus de toutes les lois.

Un État qui viole tous les jours le droit international et toutes les résolutions de l'ONU.

Un État qui tue froidement hommes et femmes, enfants et vieillards, filles et garçons.

Un État où le racisme est érigé en institution.

Un État qui défie tous les peuples et tous les autres États du monde.

Un État dirigé par un gouvernement d'extrémistes et de fanatiques.

Un État, qui au nom du droit à l'existence d'un peuple, est déterminé à exterminer un autre peuple. Un État qui dresse un mur de quelques 700 Kilomètres de longueur et de plusieurs mètres de hauteur et fait construire par gouvernement interposé, un autre mur souterrain entièrement en acier de 20 à 30 mètres de profondeur pour assiéger et étouffer toute une population.

Un État qui sème des checkpoints un peu partout pour briser tout mouvement libre de l'autre peuple.

Un État qui fait inlassablement la guerre au nom de la paix.

Un État qui bombarde sans scrupules, écoles, hôpitaux, ambulances, maisons d'habitation, lieux de culte et centre d'information de la presse internationale.

Un État qui pratique des crimes de guerre en toute impunité.

Un État sans véritable opposition interne ni réelle pression externe.

 

Un peuple

 

Face à cet État oppresseur, se dresse un peuple opprimé.

Un peuple qui a été arraché à sa terre comme on a arraché ses vignes, ses oliviers, ses citronniers et ses orangers.

Un peuple dont on a effacé jusqu'aux noms de ses villages détruits et sur leurs ruines on a élevé kibboutz et colonies.

Un peuple qui, transformé en exilé et en réfugié, est réduit à errer à travers le monde.

Un peuple qui continue à payer de son sang et de sa chaire la complaisance, l'hypocrisie et la lâcheté des régimes arabes et de ce que l'on appelle encore la communauté internationale.

Un peuple dont le nom évoque irrésistiblement les massacres parmi les plus cruels et les plus horribles qu'aient connu le XX et ce début du XXI siècle.

 

Mais ce peuple est toujours là comme la terre sur laquelle il a grandi. Un de ses poètes, disait : «Nous sommes les gardiens de l’ombre du figuier et de l’olivier/ Si nous avons soif nous presserons les pierres/ Nous mangerons la terre si nous avons faim,/ mais nous ne partirons pas».

 

Un espoir

 

Mais aujourd'hui à l'intérieur même de cet État, quelques bourgeons ici et là éclatent. Ils fleuriront peut-être demain sur l'ensemble de cette terre martyre : religieux ouverts, pacifistes humanistes, journalistes, intellectuels et universitaires courageux s'opposent à la barbarie de leur propre État.

Des citoyens de plus en plus nombreux, de toutes nationalités, de toutes professions et de toutes confessions, boycottent les activités économiques et culturelles de ce régime d'apartheid.

Des fissures fines et minuscules encore apparaissent sur le visage hideux de cet État. Il faut les élargir pour que cette terre tant aimée et tant disputée devienne ce qu'elle a toujours été, une terre de paix.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 09:26

Les morts, les blessés de Jérusalem-Est et les raids sur Gaza ne doivent pas faire oublier les massacres et les souffrances qu’Israël inflige aux palestiniens depuis sa création.

 

En 1948, Albert Einstein, Hannah Arendt et plusieurs personnalités juives dénonçaient déjà Menahem Begin et le massacre du village palestinien de Deir Yassin dans une lettre publiée par New York Times :

« Les aveux publics du parti de Begin ne sont aucunement un guide quant à son caractère réel. Aujourd'hui, ils parlent de liberté, de démocratie et d'anti-impérialisme, alors que jusqu'à récemment ils prêchaient ouvertement la doctrine de l'Etat fasciste (...) Un exemple choquant est leur comportement dans le village arabe de Deir Yassin. Ce village, à l'écart des routes principales et entouré de terres juives, n'avait pris aucune part à la guerre, et avait même combattu les bandes arabes qui voulaient utiliser le village comme base. Le 9 avril (THE NEW YORK TIMES), des bandes terroristes ont attaqué ce village pacifique, qui n'était pas un objectif militaire dans les combats, ont tué la plupart de ses habitants 240 hommes, femmes et enfants et en ont gardé quelques-uns en vie pour défiler en captifs à travers les rues de Jérusalem (...) C'est dans ses actions que le parti terroriste trahit son caractère réel; à partir de ses actions passées, nous pouvons juger de ce que l'on peut attendre de lui dans le futur » (1) .

 

Effectivement en juin 1982, Menahem Begin, devenu premier ministre, et son ministre de la défense Ariel Sharon envahissent le Liban. Le jeudi 16 septembre les milices phalangistes pénètrent, avec l’aide de l’armée israélienne, les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Les mots et les images auront certainement du mal à décrire ce qui s’est passé dans les deux camps durant les nuits de jeudi à vendredi et du vendredi à samedi.

Pourtant, un homme, poète et écrivain, a su rendre compte avec une grande précision des détails de ce que les kataëbes chrétiennes protégées par Tsahal ont laissé derrière elles : «la femme palestinienne était probablement âgée car elle avait des cheveux gris. Elle était étendue sur le dos, déposée ou laissée là sur des moellons, des briques, des barres de fer tordues, sans confort. D'abord j'ai été étonné par une étrange torsade de corde et d'étoffe qui allait d'un poignet à l'autre, tenant ainsi les deux bras écartés horizontaux, comme crucifiés. Le visage noir et gonflé, tourné vers le ciel, montrait une bouche ouverte, noire de mouches, avec des dents qui me semblèrent très blanches, visage qui paraissait, sans qu'un muscle ne bougeât, soit grimacer soit sourire ou hurler d'un hurlement silencieux et ininterrompu. Ses bas étaient en laine noire, la robe à fleurs roses et grises, légèrement retroussée ou trop courte, je ne sais pas, laissait voir le haut des mollets noirs et gonflés, toujours avec de délicates teintes mauves auxquelles répondaient un mauve et un violet semblable aux joues. Étaient-ce des ecchymoses ou le naturel effet du pourrissement au soleil ?». Voilà ce que Jean Genet écrivait dans « Quatre heures à Chatila » (2) .

Menahem Begin déclarait à la Knesset « A Chatila, à Sabra, des non-juifs ont massacré des non-juifs, en quoi cela nous concerne-t-il ?» (3)

M. Begin a raison. Israël n’est jamais concerné ni inquiété. C’est un Etat au-dessus de toutes les lois, conventions et autres résolutions. Ici seul le « droit » du plus fort s’applique.

 

Israël a tant de pouvoir qu'il peut commettre et faire passer tous ses massacres pour de la légitime défense ! Il a le soutien des Etats-Unis, de l’Europe et de tous les régimes arabes. Cela fait beaucoup pour le peuple palestinien qui est toujours sans Etat ni véritable territoire. Ce pouvoir, dans lequel s’enfonce Israël, risque de se retourner contre lui et l’engloutir.

 

Aujourd’hui encore, l’Etat d’Israël s’enlise dans la même logique, celle du crime et démontre à nouveau son mépris absolu pour la vie humaine : « Je suis écœurée par cette énième démonstration de barbarie et de violence de la part d’Israël, cette démonstration de mépris total pour la vie humaine, pour la dignité de la personne, pour le respect des droits les plus élémentaires des peuples. » écrivait Ishtar Cohen (4) .

 

Aujourd'hui, Benyamin Netanyahou poursuit « l’œuvre » accomplie hier par Menahem Begin et Ariel Sharon : tuer le plus de palestiniens possible qui représentent, pour eux, l’obstacle vivant au Grand Israël. Mais depuis 1948 la résistance palestinienne est toujours là comme la terre sur laquelle elle a grandi.

D’autres dirigeants israéliens viendront commettre à leur tour les massacres nécessaires au nom de ce « grand rêve ».

 

Israël poursuit donc et poursuivra méthodiquement et froidement son « œuvre». Ses crimes sont plus ou moins acceptés, plus ou moins justifiés, mais rarement dénoncés par les grands médias occidentaux. Les massacres d’Israël se font « dans les murmures ou dans le silence total ».

Les gouvernements successifs d’Israël, et ce depuis sa création, ont élevé les israéliens dans le mépris et la haine du palestinien.

 

Pourtant, les deux peuples ont vécu ensemble en paix des siècles durant. Leur amour pour cette terre de Palestine n’a d’équivalent que leur haine réciproque. Leurs proclamations d’indépendance montrent d’ailleurs, une étrange ressemblance :

« Eretz- Israël est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il réalisa son indépendance et créa une culture d’une portée à la fois nationale et universelle. » (Proclamation d’indépendance de l’Etat d’Israël, 15 mai 1948).

La déclaration des palestiniens commence ainsi : « Terre des messages divins révélés à l’humanité, la Palestine est le pays natal du peuple arabe palestinien. C’est là qu’il a grandi qu’il s’est développé et s’est épanoui » (Déclaration d’indépendance de l’Etat palestinien, 15 novembre 1988).

Le poète palestinien Mahmoud Darwish écrivait «  Nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d’amour et de paix ».

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.marxists.org/reference/archive/einstein/1948/12/02.htm

(2)Jean Genet, « L’ennemi déclaré ». Textes et entretiens. Gallimard. Page 243

(3)Ibid

(4) https://cybersolidaires.typepad.com/francophonie/2008/12/le-sang-de-gaza-est-entr%C3%A9-dans-ma-maison.html

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 06:20

 

«C'est cette loi qui établit une corrélation fatale entre l'accumulation du capital et l'accumulation de la misère, de telle sorte qu'accumulation de richesse à un pôle, c'est égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d'ignorance, d'abrutissement, de dégradation morale, d'esclavage, au pôle opposé, du côté de la classe qui produit le capital même». Karl Marx

 

 

La France, dans le cadre d'un capitalisme en crise, tend lentement vers un régime que personne ne sait encore comment qualifier. Mais peu importe les adjectifs et les qualificatifs. Tous les ingrédients d'une décomposition sociale, politique et morale sont bien présents : chômage, précarisation et ubérisation du travail, guerre contre toutes les avancées sociales, gestion criminelle de la pandémie, corruption d'une grande partie de la classe politique, menace publique de putsch, persécution des musulmans etc. etc.

Les associations caritatives et les banques alimentaires qui fleurissent un peu partout comme la misère d'ailleurs qui leur permet d’exister et de se développer sont un autre signe de cette régression sociale généralisée. Cette situation non seulement perdure, mais se dégrade encore de jour en jour. Et toute révolte d'envergure est impitoyablement réprimée. La répression sauvage et les châtiments corporels d'un autre âge infligés aux Gilets jaunes (mains arrachées, yeux crevés, visages défigurés, crânes fracassés etc.) en est un exemple éloquent et affreux à la fois. Car la richesse doit rester, vaille que vaille, concentrée entre les mains d'une seule et même classe sociale.

 

 

La France, pays riche, compte aujourd'hui des millions de smicards, de travailleurs pauvres,

d'esclaves modernes travaillant pour des plateformes comme Uber ou Deliveroo, de «sans-papiers» surexploités où « le temps de travail atteint son maximum et le taux de salaire son minimum », de chômeurs dont on ne cesse de diminuer les indemnités (1), bref des millions d'hommes et de femmes broyés par la machine capitaliste.

Pendant ce temps là et malgré la crise, « les dividendes distribués aux actionnaires des entreprises françaises du CAC40 ont littéralement explosé » (2). Les esclaves du capital par contre, eux, ne reçoivent que le strict minimum nécessaire à la reproduction de ces mêmes dividendes. Un système qui produit sans trêve richesse pour les uns et misère pour les autres ! Cette misère n'a d'égal que la richesse accumulée par une minorité de très riches (3) et qui aime de surcroît étaler ostensiblement son goût pour le luxe, l'apparat, le cérémonial... Car pour qu'une classe puisse vivre dans le luxe, il faut qu'une autre classe vive dans le dénuement et l'asservissement.

 

Les puissants, insatiables, se nourrissent toujours à l'instar des vampires, du sang du peuple des travailleurs.

 

De son côté, l’État organise à travers ses organismes, notamment ceux de la sécurité sociale, une véritable chasse aux fraudeurs des... prestations sociales (4) ! Il a même créé à cet effet le Répertoire National Commun de la Protection Sociale (RNCPS). Le contrôle porte sur les minima sociaux, le RSA (Revenu de solidarité active), le logement et beaucoup moins sur les cotisations patronales. Plus on est pauvre, plus on est contrôlé et plus on est sanctionné ! « Jamais les bénéficiaires d’aides sociales, et parmi eux les plus précaires, n’avaient été aussi rigoureusement surveillés, ni leurs illégalismes ou leurs erreurs si sévèrement sanctionnés » (5).

La traque se concentre donc sur les plus précaires, les plus pauvres, sur «les sans dents» comme disait François Hollande ou sur «les gens qui ne sont rien» selon Emmanuel Macron !

Si l'Etat s'acharne sur les pauvres, il reste en revanche très discret quant à l'évasion fiscale dont les montants sont sans commune mesure avec la fraude sociale (6). A intervalles réguliers, la presse nous apprend comment les grandes familles bourgeoises françaises comme les Mulliez, les Guerrand-Hermès ou encore Bernard Arnault, fraudent le fisc en planquant leurs milliards un peu partout à travers le monde (7).

L'État bienveillant avec les uns (fraude des riches), impitoyable avec les autres (fraude des pauvres) ! Rien de plus normal. l'Etat n'est en réalité « qu'un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière ».

 

La corruption des représentants de cette classe d'exploiteurs contraste lamentablement avec les valeurs proclamées par cette république bourgeoise et les pratiques réelles de ses dirigeants. Le nombre d'hommes politiques impliqués, à un degré ou à un autre, dans les affaires de corruption est impressionnant. Il est tout simplement impossible d'établir une quelconque liste exhaustive des scandales politico-financiers qui secouent régulièrement tous les échelons de l'Etat. A titre d'exemple seulement, on peut citer le cas de l'ancien président de la république Nicolas Sarkozy qui concentre à lui seul une demi-douzaine d'affaires entre ses mains : l'affaire Tapie, l'affaire Karachi, l'affaire Bettencourt, l'affaire libyenne, l'affaire des sondages et l'affaire des écoutes téléphoniques pour laquelle il vient d'être condamné.

 

Pour masquer cette cruelle réalité et éviter toute résistance et toute révolte d'envergure, la classe dirigeante invente des ennemis et montre du doigt le travailleur immigré, le musulman, le noir etc. comme responsables de tous les maux et de tous les malheurs de la France. La fabrication des boucs émissaires lui permet ainsi de décharger la colère populaire sur les victimes de la crise tout en occultant sa propre responsabilité dans cette situation désastreuse.

La bourgeoisie française instrumentalise également, dans une société vieillissante, la peur, en propageant, en encourageant et en banalisant un discours politique de plus en plus haineux, xénophobe et islamophobe. Les journalistes, les philosophes, les écrivains, les hommes et les femmes politiques nourris et engraissés par les grands patrons se précipitent et se succèdent sur les plateaux de télévision et les stations de radio pour déverser leur haine de classe sur une partie de la population.

Mais lorsque le conflit s'aiguise et prend de l'ampleur, la classe dominante n'a d'autres choix que d'utiliser la violence sous toutes ses formes pour perpétuer sa domination. L'exemple des Gilets jaunes en est la meilleure preuve. Leur Mouvement restera probablement dans les annales comme celui qui a été le plus réprimé dans l'histoire récente de la France (8).

 

Les esclaves modernes peuvent toujours améliorer leurs conditions de vie et de lutte par des combats ponctuels. Mais ils ne peuvent briser leurs chaînes et se libérer de l'exploitation, de l'oppression et de la misère matérielle et morale tant qu'ils n'ont pas réussi à abolir la source de leur malheur, le capitalisme et la classe qui le porte, la bourgeoisie.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.mediapart.fr/journal/economie/030521/assurance-chomage-les-nouveaux-calculs-explosifs-de-l-unedi

(2)Voir Basta du 13 novembre 2020 «En vingt ans, les dividendes distribués aux actionnaires du

CAC40 ont augmenté de 269 % ».

(3)https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2020-rapport-isf-octobre.pdf

VOIR également :

https://www.forbes.fr/classements/classement-forbes-2021-des-milliardaires-lincroyable-annee-de-tous-les-records-pour-jeff-bezos-elon-musk-bernard-arnault/

(4)https://www.ccomptes.fr/system/files/2020-09/20200908-rapport-Lutte-contre-fraudes-prestations-sociales_0.pdf

(5)Vincent Dubois : «Contrôler les assistés». Raisons d'agir, 2021.

(6)https://solidairesfinancespubliques.org/le-syndicat/media/presse/2786-la-fraude-fiscale-nuit-gravement-nouveau-rapport-du-syndicat-solidaires-finances-publiques.html

Voir également le rapport d'Oxfam :

https://www.oxfamfrance.org/inegalites-et-justice-fiscale/cac-40-la-grande-evasion-fiscale/

(7)https://www.francetvinfo.fr/economie/impots/paradis-fiscaux/paradis-fiscaux-on-vous-resume-openlux-ces-revelations-qui-epinglent-le-luxembourg-et-des-grandes-fortunes-francaises_4289725.html

(8)https://www.belaali.com/2019/11/gilets-jaunes-une-annee-de-combat-et-d-espoir.html

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15 avril 2021 4 15 /04 /avril /2021 06:10

Plus de cent mille personnes sont mortes du covid 19 en France (1) dans l'indifférence quasi générale. L'accumulation des morts, jour après jour, nous laisse insensibles et impuissants. Le gouvernement et les médias nous ont préparés et habitués à assister en spectateurs passifs à cette macabre comptabilité quotidienne. Ces dizaines de milliers de vies humaines disparues, ces morts sans visages sont ainsi réduits à de simples et abstraites statistiques. La vie des défunts, la souffrance de leurs proches s'effacent pour ainsi dire devant les chiffres égrenés au quotidien par les nouveaux croque-morts lors des «points sanitaires». Cette déshumanisation nous empêche du même coup de briser cette résignation et de se dresser contre un pouvoir dont la gestion criminelle est indirectement responsable de cette hécatombe. Car il fait passer les bénéfices des entreprises avant la santé et la vie de la population. Cyniquement Macron tentera par tous les moyens, pour mieux masquer sa responsabilité, de récupérer cette tragédie.

Ces cent mille morts disparus dans la solitude sont en quelque sorte le miroir d'une société marchande qui a perdu ses repères humains; il ne lui reste comme guide et comme horizon ultime que le profit. Derrière le Coronavirus qui tue, se cache un autre virus beaucoup plus mortel, le virus du profit.

 

 

La gestion de la pandémie par Macron est pour le moins chaotique : ni confinement véritable, ni campagne de vaccination digne de ce nom. Mais derrière cette impréparation, ces hésitations, ce tâtonnement, ces décisions contradictoires et ces mensonges, se cache une ferme volonté de sauver «quoi qu'il en coûte» l'économie c'est-à-dire le profit des entreprises au détriment de la santé et de la vie de la population (2). La santé pour ce pouvoir n'est qu'une marchandise, un vulgaire article de commerce qui se vend et s'achète sur le marché des soins. Il faut absolument que l'économie continue à tourner avec ou sans mesures de confinement. Bien que vous soyez confinés, il faut quand même aller travailler ! Résultat de cette vision et de cette gestion : 100 000 morts et plus de 5 millions de cas confirmés, plaçant ainsi la France parmi les pays les plus touchés au monde par le Coronavirus (3) ! Et le nombre de décès ainsi que celui des personnes infectées ne cesse, hélas, d'augmenter. Les hôpitaux, dans de nombreuses régions, sont débordés et le personnel soignant épuisé. Les places dans les services de réanimation commencent à manquer. Les opérations jugées non urgentes sont déprogrammées et les autres patients sont délaissés. Pourtant, Macron disait avec un certain cynisme «Nous sommes en guerre. Toute l’action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l’épidémie, de jour comme de nuit» (4). Mais le «chef de guerre » capitule en rase campagne laissant ainsi le personnel soignant et leurs patients seuls et sans moyens de défense face à leur ennemi mortel, le Coronavirus.

 

C'est dans ces conditions que les directeurs médicaux de crise de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris se préparent à trier les patients malgré la promesse de Macron de porter dans les prochains jours, la capacité des hôpitaux à 10 000 lits : «Dans cette situation de médecine de catastrophe où il y aura une discordance flagrante entre les besoins et les ressources disponibles, nous serons contraints de faire un tri des patients afin de sauver le plus de vies possibles. Ce tri concernera tous les patients, Covid et non Covid, en particulier pour l'accès des patients adultes aux soins critiques (…) Le tri des patients a déjà commencé puisque des déprogrammations médicales et chirurgicales importantes nous ont déjà été imposées et que nous savons pertinemment que celles-ci sont associées à des pertes de chances et des non-accès aux soins pour certains patients. Ces déprogrammations vont devoir s'intensifier dans les jours qui viennent» (5).

Les patients aujourd'hui en France risquent de mourir faute de moyens ! Une partie des malades sera ainsi sacrifiée sur l'autel de l'austérité. Car ce constat tragique est le résultat de décennies de politiques d'austérité et des processus de privatisation imposés par l'Union Européenne et appliqués avec zèle par les gouvernements successifs. L'hôpital public aujourd'hui manque de tout. Et c'est dans ces conditions que l'ensemble du personnel soignant affronte courageusement ce terrible virus. Et rien ne présage, malheureusement, la remise en cause de ces politiques (6).

 

Malgré cette situation sanitaire dramatique, Macron fait le fanfaron et assume sa «stratégie» :

«Nous avons eu raison de ne pas reconfiner la France à la fin du mois de janvier parce qu’il n’y a pas eu l’explosion qui était prévue par tous les modèles (…) Je peux vous affirmer que je n’ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d'échec» (7).

 

Mais les faits sont têtus. Le virus est devenu hors contrôle dès le mois de mars 2021. Et Macron a été contraint d'intervenir à la télévision pour la septième fois. Il annonce avec une certaine mise en scène de nouvelles mesures qui ressemblent étrangement à celles déjà prises (8).

 

Après ce discours, comme après tous les autres, des hommes et des femmes vont mourir dans le silence pour que l'économie continue de tourner. Ils seront présentés non pas comme des personnes à part entière, mais comme des chiffres dans les statistiques des «autorités de santé».

Le profit s'est ainsi installé entre les vivants et les morts rendant leurs liens de plus en plus inhumains.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/14/covid-19-en-france-la-barre-des-100-000-deces-est-deja-franchie-depuis-des-semaines_6076697_3244.html

(2) https://www.spdei.fr/wp-content/uploads/2020/05/Coronavirus-MINEFI-10032020.pdf

(3)https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6

(4) https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/16/adresse-aux-francais-covid19

(5)https://www.lejdd.fr/Societe/Sante/exclusif-lalerte-de-41-medecins-face-a-la-crise-nous-serons-contraints-de-faire-un-tri-des-patients-4034448

(6)https://www.mediapart.fr/journal/economie/090421/pour-son-second-mandat-macron-promet-l-austerite?onglet=full

(7)https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/03/26/covid-emmanuel-macron-annonce-de-nouvelles-mesures-a-court-terme_6074489_823448.html

(8)https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/coronavirus-covid-19

 

 

 

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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 12:38

« Mon crime le plus grand est d'être une femme libre à une époque où l'on ne tolère que les esclaves.» N Al-Saadawi

 

Figure emblématique de l'émancipation des femmes, Nawal Al-Saadawi s'est éteinte le 21 mars 2021 au Caire à l'âge de 89 ans. Elle est née le 27 octobre 1931 près du Caire dans une famille musulmane de la bourgeoisie moyenne. Si elle a été excisée à l'âge de six ans, ses parents lui ont offert toutefois le privilège, réservé souvent dans cette Égypte traditionnelle aux garçons, d'accéder au savoir en l'inscrivant à l'école.

Nawal Al-Saadawi est diplômée de la faculté de médecine du Caire et de l'Université de Columbia à New-York où elle restera près de 10 ans. Médecin psychiatre, elle s'occupait des comportements névrotiques liés notamment à la sexualité.

Dès 1958, Al-Saadawi publie son premier roman Mémoires d’une femme docteur où elle dénonce entre autres les violences conjugales. En 1969 elle écrit La femme et le sexe qui lui coûtera sa place de directrice générale au ministère de la Santé et sera condamnée par toutes les autorités religieuses d’Égypte.

En 1982, Al-Saadawi créa l'Association de solidarité des femmes arabes (AWSA) qui sera dissoute par le gouvernement égyptien en 1991. En 1984, elle publie Mémoires de la prison des femmes et Douze femmes dans Kanater, où elle relate son expérience douloureuse de son séjour en prison : «C'est au cours de mon incarcération à la prison des femmes de Kanater, en septembre 1981, que m'est venu l'idée d'écrire une pièce sur mon expérience. Ce que j'étais en train de vivre dans cette salle commune, réservée aux détenues politiques, était unique pour moi. J'étais là, avec onze autres détenues, parce que Sadate avait décidé d'en finir avec toute l'opposition et de faire taire toutes les voix qui ne concordaient pas avec la sienne. C'est dans cette optique qu'il fit arrêter, le 2 septembre 1981, 1536 hommes et femmes de toutes les tendances politiques, considérés dangereux pour son régime.» (Kanater)

 

Cette femme courageuse qui ne s'est jamais reniée était combattue tant par le pouvoir politique que par les fanatiques religieux. Elle a «réussi» si l'on peut dire à faire l'unanimité contre elle.

Nawal Al-Saadawi a écrit au total une cinquantaine d'ouvrages en arabe et traduits dans plusieurs langues. Ses livres dénoncent tous non seulement le patriarcat, mais aussi le système qui le nourrit et l'entretient, le capitalisme. Dans La face cachée d’Eve, publié en 1982 elle écrivait : «Nous, femmes de pays arabes, réalisons que si nous sommes encore esclaves, encore opprimées, ce n’est pas parce que nous appartenons à l’Orient, ni parce que nous sommes arabes ou membres de sociétés musulmanes mais en vertu du système patriarcal de classe qui a dominé le monde depuis des centaines d’années».

 

Mohamed Belaali

 

 

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