Empire du mal, violation des droits de l'homme, régime totalitaire, Parti unique, Ouïghours, surveillance de masses, crédit social, travail forcé, répression, voici quelques exemples d'un vocabulaire créé spécifiquement pour la Chine dans l'occident capitaliste. Ces mots n'émergent pas spontanément. Ils sont produits et diffusés par un ensemble d'acteurs qui se renforcent mutuellement : les gouvernements, les parlements, les médias, les plateformes numériques, les ONG, les
institutions de recherche, les universités et biens d'autres encore. Le discours antichinois est un produit politique, médiatique et culturel cohérent et efficace dans lequel la Chine apparaît comme l'ennemi idéal. L'image de la Chine en Occident est largement construite par la propagande. En effet, la montée en puissance de la République populaire de Chine et sa remise en cause de l'hégémonie occidentale sont perçues par les pays capitalistes comme une menace existentielle.
La propagande occidentale va jusqu'à projeter sur la Chine les traits de sa propre histoire coloniale et néocoloniale. Le cas des Ouïghours, qui est une réalité complexe, est particulièrement éclairant à cet égard. Lorsque l'Occident observe le Xinjiang, il utilise un vocabulaire colonial : génocide, sinisation forcée, exploitation des ressources, camps de concentration etc. Ces expressions sont les mêmes que celles employées pour décrire l'Algérie française ou le Congo belge par exemple. Il a tendance également à interpréter le Tibet ou Taïwan à travers le seul prisme qu'il connaît, le colonialisme. Il projette ainsi son propre passé sur les nations qu'il a lui-même colonisées comme la Chine par exemple. Les Etats-Unis et l'Europe n'ont entretenu avec les autres peuples que des relations de domination par la force. De la conquête de l'Amérique, du génocide des Indiens et de l'esclavage, à la colonisation de l'Afrique et de l'Asie, jusqu'aux guerres néocoloniales du XXe siècle, l'impérialisme occidental s'est toujours traduit par un rapport de domination imposé par les armes. La destruction de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Libye, de la Syrie et la guerre américano-sioniste contre l'Iran sont des exemples, parmi tant d'autres, de ce phénomène. Les Etats-Unis continuent aujourd'hui encore à répandre les guerres et la mort un peu partout à travers le monde. Le génocide en cours à Gaza restera probablement dans l'histoire comme "un échec moral absolu" de cet occident capitaliste arrogant.
Quant au système de crédit social chinois qui, selon la propagande occidentale, attribue à chaque citoyen "un score de crédit social", il relève davantage du mythe que de la réalité. Selon le MERICS, un institut de recherche allemand "un tel score n'existe tout simplement pas". Ce qui existe par contre, c'est un système de crédit social centré sur les entreprises qui existe aussi ailleurs dans le monde "tels que FICO aux États-Unis et Schufa en Allemagne." On prend ainsi une affirmation spectaculaire comme celle-ci, on la répète sans vérification puis on la généralise à l'ensemble d'un pays. Lorsqu'un fait négatif est bien établi, chaque fait nouveau est interprété à travers ce prisme. Par contre, les informations et les reportages sur les aspects positifs du développement de la Chine sont rares, voire inexistants, dans les médias occidentaux.
Le développement fulgurant de la Chine, sous la direction du Parti communiste, alimente et amplifie cette propagande antichinoise. L'Occident a construit un système international qui privilégie depuis des siècles ses propres intérêts. La remise en cause de cet ordre par une puissance extérieure est dès lors perçue comme une menace réelle : "L’ascension de la Chine marque un tournant historique : pour la première fois, un État non européen, échappant à toute influence occidentale, surpasse économiquement l’Occident. Le « péril jaune » est de retour". De plus, le capitalisme est souvent présenté comme la seule et unique voie possible vers le développement et la prospérité : c'est la "fin de l'histoire" selon Fukuyama. Or la Chine a démontré qu'une alternative existe et qui, de surcroît, lui a permis de devenir en un temps record la deuxième puissance économique du monde. Ce développement reste l'un des phénomènes économiques les plus extraordinaires de l'histoire contemporaine. Il va sans dire que sans la révolution menée triomphalement par le Parti communiste chinois, ce progrès fulgurant n'aurait tout simplement pas été possible. Dès le début, les révolutionnaires chinois ont compris que le salut de leur pays ne viendrait pas du capitalisme. Ils ont emprunté alors la longue et tortueuse route du socialisme. Car "seul le socialisme peut sauver la Chine et que seul le socialisme lui permet de se développer". Mais il s'agit d'un socialisme singulier, original, adapté aux réalités de la Chine avec une forte présence du marché et du capital privé national et étranger dans son économie. Cependant, toutes les activités économiques et sociales jugées stratégiques comme le développement économique, le bien-être de la population, la propriété du sol, du sous-sol, les infrastructures, les grandes entreprises industrielles, les banques, la monnaie, les assurances etc. sont dirigées par l'Etat, lui-même contrôlé étroitement par le Parti communiste. Les stratégies économiques et sociales de la Chine sont définies par la direction du Parti et l'Assemblée nationale populaire dans le cadre des plans quinquennaux qui existent depuis 1953.
En tout cas, le système économique de la Chine se distingue nettement du capitalisme. Et c'est ce modèle qui a permis à la Chine d'enregistrer sur plusieurs décennies des taux de croissance exceptionnels contrastant avec le déclin des économies occidentales : désindustrialisation, dette abyssale, faible croissance, vieillissement des infrastructures, retard d'innovation, perte de compétitivité, déficits commerciaux etc. "La montée en puissance de la Chine oblige à repenser les raisons profondes du déclin des économies occidentales, comme celles de la déliquescence de leurs sociétés dont le sort se voit abandonné à la rapacité de la finance" écrivait Rémy Herrera.
Malgré cette intense propagande antichinoise, une nouvelle réalité s'impose progressivement. L'image de la Chine, notamment chez les jeunes, s'améliore dans l'Occident, même si l'opinion publique y est encore majoritairement défavorable. "L'opinion publique à l'égard de la Chine s'améliore " nous dit le Pew Resaerch Center, un organisme américain de recherche et de sondage. Mieux, la Chine "est désormais perçue plus positivement que les États-Unis" selon la même source.
Cette amélioration relative est probablement liée à l'attrait exercé sur l'opinion publique occidentale par le progrès économique, technologique et écologique prodigieux de la République populaire. Par ailleurs, l'ouverture de la Chine a permis aux voyageurs du monde entier de constater par eux-mêmes ce progrès. Cette amélioration s'inscrit en réalité dans un contexte de remise en cause profonde du modèle occidental, qui n'incarne plus l'efficacité économique, la paix, la démocratie et la prospérité. Bien au contraire, son image est désormais intimement liée au déclin économique, à la violence extrême (génocide à Gaza), aux guerres (Irak, Iran...), au pillage des richesses des peuples (Venezuela) etc. L'Amérique de Trump est la version la plus décomplexée et la plus authentique de cette décadence économique, politique et morale. L'Occident capitaliste est aujourd'hui dans une impasse totale. Il ne sait plus comment en sortir. Alors, il se réfugie dans des rhétoriques politiques fondées sur la menace, l'ordre, la sécurité et la désignation des ennemis intérieurs comme les immigrés et des puissances extérieures comme la Chine.
Pendant ce temps-là, la République populaire poursuit avec persévérance l'édification du socialisme. Certes, le socialisme "aux couleurs de la Chine", avec ses contradictions, ses milliardaires et ses inégalités, est évidemment perfectible. Les dirigeants du Parti communiste chinois le reconnaissent eux-mêmes lorsqu'ils soutiennent que leur pays est seulement dans la "phase initiale du socialisme". Mais c'est ce socialisme-là, avec toutes ses insuffisances, qui a permis à la Chine de se développer et de devenir ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire un immense pays qui est en passe de s'imposer, sous la direction du Parti communiste, comme la première puissance économique du monde.
Mohamed Belaali
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