"Tu ne peux pas avoir le capitalisme sans le racisme" Malcom X
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La Coupe du monde 2026 restera dans les annales comme l'une des compétitions les plus racistes de l'histoire du football. Même la FIFA, institution corrompue jusqu'à la moelle, reconnaît elle-même l'ampleur du phénomène. Ainsi, son Service de protection contre les abus sur les réseaux sociaux . Les insultes racistes représentent la catégorie principale de ces messages haineux, soit 11 % contre 8 % en 2022. Mais ce racisme dépasse largement le cadre des insultes en ligne ou dans les tribunes et remonte jusqu'au sommet de l'Etat. Le refoulement de l'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, nommé meilleur arbitre d'Afrique en 2025, est l'un des actes les plus racistes de cette édition 2026. C'est un précédent sans équivalent dans l'histoire récente du football mondial. Mr. Artanan, arbitre FIFA, avait pourtant tous ses papiers en règle et un visa en bonne et due forme. Les autorités américaines ont invoqué de possibles liens de l'arbitre avec le terrorisme : "Nous voulons également nous assurer que nous n'allons pas permettre qu'un tournoi de football devienne l'occasion pour des terroristes d'entrer potentiellement dans le pays, ou pour quiconque de communiquer avec eux" disait Andrew Giuliani, chef du groupe de travail de la Maison Blanche sur la Coupe du monde 2026. Mais les vraies raisons sont ailleurs. La Somalie fait partie des pays visés par le " Travel Ban" réactivé par l'administration Trump en 2025. Trump lui-même avait traité les nations africaines et la Somalie en particulier de pays "pourris" et les somaliens de "déchets" et de bien d'autres qualificatifs aussi racistes les uns que les autres.
Par ailleurs, l'équipe nationale iranienne a été confrontée a des pratiques discriminatoires flagrantes de la part du gouvernement américain. Les joueurs iraniens étaient contraints de quitter le territoire américain après chaque match et d'effectuer des allers-retours épuisants à travers la frontière mexicaine. Contrairement à toutes les autres équipes, qui avaient à leur disposition des infrastructures de qualité, la sélection iranienne, elle, ne pouvait même pas bénéficier d'un camp d'entraînement stable. Précisons également que onze membres du staff, dont le président de la Fédération iranienne, se sont vus refuser l'entrée sur le territoire américain. Cette exclusion d'une partie du personnel a non seulement créé une inégalité de traitement par rapport aux autres nations participantes, mais a directement impacté les préparations techniques et médicales fragilisant d'emblée l'équipe iranienne. D'autres pays étaient visés par cette "interdiction de voyager" tels que a analysé plus de six millions de messages injurieux, soit une multiplication par treize par rapport à la Coupe du monde 2022 au Qatar l'Irak, Haïti, la Cote d'Ivoire et le Sénégal. Les joueurs irakiens ont été interrogés pendant des heures à l'aéroport. Les journalistes et des supporters de ces nations ont été empêchés de rester sur le territoire américain.
Ces faits, loin de constituer de simples incidents, servent en réalité de fondement idéologique aux politiques migratoires violentes et racistes de l'Amérique de Trump. Le racisme d'Etat est ainsi instrumentalisé à des fins de politique intérieure. Cette Coupe du monde 2026 restera un témoin éloquent de cette politique raciste des Etats-Unis. Mais la FIFA a décidé, vaille que vaille, de décerner à Trump le prix FIFA pour la paix "en reconnaissance de ses actions exceptionnelles et extraordinaires pour promouvoir la paix et l’unité dans le monde."
Les propos de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla envers Kylian Mbappé, constituent également l'un des incidents racistes les plus violents de cette Coupe du monde : " Un camerounais colonisé qui fait semblant d'être français, rancunier, nouveau riche, arrogant et laid. Au lieu de téter le lait maternel, il tétait des noix de coco, et les êtres les plus instruits qu’il ait jamais entendus étaient des chimpanzés". Ces mots proférés par une élue mettent en lumière la persistance du racisme au plus haut niveau politique puisque la sénatrice à réitéré ses attaques racistes en pleine séance plénière du Sénat paraguayen traitant cette fois Kylian Mbappé de "fils de P". Pour elle, les vrais français sont " Jean-Jacques Rousseau, René Descartes, Montesquieu, Victor Hugo, Simone de Beauvoir" et certainement pas un "camerounais colonisé" comme Mbappé. Celeste Amarilla a ainsi utilisé sa position de sénatrice pour diffuser des stéréotypes coloniaux et déshumanisants. De même, l'ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, qui a dirigé l'Espagne de 2011 à 2018, avait déclaré lui aussi que l'équipe de France "ne compte aucun joueur français."
Cette édition 2026 a été marquée également par de nombreux autres incidents racistes touchant joueurs, supporters, consultants etc. L'ancien joueur allemand et consultant à la télévision, Bastian Schweinsteiger, a par exemple utilisé de vieux clichés racistes et colonialistes en qualifiant le football africain d' "un peu sauvage" .
Mais ce racisme n'est pas tombé du ciel. Il est profondément ancré dans l'organisation capitaliste du sport. Il s'exprime et se pratique dans le cadre du capitalisme qui l'utilise au bénéfice d'une seule et même classe sociale : la bourgeoisie.
La Coupe du monde 2026 illustre parfaitement cette logique capitaliste. Son organisation même obéit à cette maximisation du profit : une compétition élargie à 48 sélections, des billets vendus entre 191 et 14 281 euros, des places pour la finale pouvant dépasser plusieurs milliers d'euros, 104 matchs au lieu de 64, et une augmentation considérable des droits de diffusion télévisée.
Les pauses " fraîcheur ", officiellement instaurées pour protéger les joueurs des fortes chaleurs, sont elles aussi devenues un véritable jackpot générant plus d'un milliard de dollars de recettes publicitaires à l'échelle mondiale. La vente à prix d'or des loges de prestige à une clientèle riche constitue un autre exemple de la logique capitaliste de cette édition 2026. Tout est conçu pour optimiser le rendement des actionnaires. Le sport le plus populaire au monde est profondément gangrené par l'argent. Le football, rappelons-le, est une industrie extrêmement lucrative où le profit reste la motivation essentielle. C'est une puissance économique colossale qui génère chaque année des milliards de dollars.
La marchandisation des corps des joueurs est un élément fondamental de cette dynamique.
Le racisme est à la fois le produit et le miroir de cette société marchande. Les joueurs sont de véritables marchandises qui s'achètent et se vendent comme n'importe quel article du commerce sur le marché. Le mercato (marché) est l'illustration parfaite du marché capitaliste. Sur ce marché, on peut non seulement acheter, vendre un joueur, mais aussi le louer, le transférer, l'échanger, prolonger son contrat etc. Mais le mercato est aussi un immense espace de spéculation. On n'achète pas le joueur uniquement pour sa performance actuelle, mais également pour sa valeur future. Les grands clubs européens recrutent de jeunes talents dans les pays africains pauvres à des prix souvent faibles pour les revendre à des prix exorbitants. Cette exploitation des ressources humaines des nations moins développées s'apparente davantage à une forme de néocolonialisme sportif.
Sur le terrain, on constate une certaine hiérarchie, une division raciste du travail en somme. Les joueurs noirs et issus des minorités sont surreprésentés sur le terrain, mais sous-représentés aux postes de pouvoir (entraîneurs, dirigeants, agents...). Les patrons des clubs sont largement blancs qu'il s'agisse des milliardaires occidentaux ou de fonds d'invstissement. Mais sur le stade, le joueur noir est perçu comme riche, privilégié et arrogant. Il est de ce fait désigné comme bouc émissaire et livré à la violence raciste. Le cas du jeune joueur espagnol Lamine Yamal ou celui de Kylian Mbappé sont des exemples parmi tant d'autres. Par ailleurs, les joueurs noirs sont célébrés comme des héros en cas de victoire, mais deviennent rapidement la cible d'un racisme déchaîné dès que leur équipe perd. Ainsi lors de la défaite des Pays-Bas face au Maroc, les trois joueurs noirs de l'équipe néerlandaise, qui ont manqué leurs tirs au but, ont été submergés d'insultes racistes. De même, le joueur noir allemand Jonathan Tah a subi des flots d'insultes racistes après avoir raté le penalty décisif contre le Paraguay.
Les polémiques racistes génèrent de l'audience et des débats ce qui ne déplaît pas vraiment aux médias et en particulier les médias sportifs. Le racisme, en produisant ces scandales en permanence, fait vendre. C'est ce qui explique, en partie au moins, l'inaction des instances comme la FIFA, l'UEFA et les fédérations nationales face à ces phénomènes qu'elles gèrent comme de simples risques de réputation. Leur campagne de communication comme "No Room for racism", "Say no to racism", ressemblent davantage à des opérations de marketing qu'à des actions de fond. Il leur manquent l'essentiel, une volonté politique pour éradiquer le problème à sa racine.
La Coupe du monde 2026 a mis en lumière de manière éclatante le lien étroit qui existe entre le sport, le racisme et le capitalisme. Elle a été marquée non seulement par la recrudescence alarmante des propos et actes racistes, mais aussi par l'instrumentalisation politique et une commercialisation poussée à l'extrême de cette immense fête populaire. Le discours et les mesures antiracistes restent largement inefficaces et sont même exploités à des fins marketing. Ils sont ainsi vidés de leur dimension politique radicale. Or, il est impossible d'éradiquer le racisme dans le football sans remettre profondément en cause le capitalisme lui-même, qui transforme les joueurs et le sport en marchandises au service des intérêts de la classe dominante.
Mohamed Belaali
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