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4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 14:17

 

Quelques heures seulement après son investiture, le 20 janvier 2025, Donald Trump a réinscrit Cuba sur la liste des pays soutenant le terrorisme. Deux mois plus tard, le 20 mars, lors du sommet "Shield of the Americas", il a déclaré : " Cuba est au bout du rouleau, ils sont vraiment au bout du rouleau". Il a également affirmé : "Je crois que j'aurai l'honneur de prendre Cuba (...) je pense pouvoir en faire ce que je veux". Dans l'émission The Axios Show, il a estimé "qu'il était possible qu'une éventuelle invasion de Cuba ressemble à la capture rapide du président vénézuélien Nicolas Maduro. (...) Le Venezuela a du pétrole. Cuba n'en a pas. Cuba possède de belles terres et un littoral magnifique."

Cependant cette volonté des Etats-Unis "de prendre Cuba" existait bien avant l'arrivée de Trump au pouvoir. Ainsi, dès le début du XIXe siècle, l'île alors colonie espagnole, a suscité déjà l'intérêt des américains. Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, évoquait "une conquête facile" et soulignait l'intérêt stratégique de Cuba : C'est "l'ajout le plus intéressant que l'on puisse jamais faire à notre système d'États” disait-il. Le Washington Post résume bien l'ambiance et l'esprit qui régnaient à cette époque dans la jeune nation américaine :“ Un nouveau sentiment semble nous habiter : la conscience de notre propre force. (...) Le goût de l'empire règne sur chacun de nous comme le goût du sang règne sur la jungle.” (1). L'annexion de Cuba était un processus naturel dicté par les intérêts esclavagistes et expansionnistes des Etats-Unis.

Mais la situation actuelle diffère de celle qui prévalait tout au long du XIXe et du XXe siècle, même si le blocus instauré dans les années 60, qui visait à isoler complètement Cuba et à provoquer un changement de régime, était d'une ampleur colossale. Aujourd'hui, Cuba est littéralement assiégée. "C'est un génocide silencieux entrepris contre Cuba". Jamais un pays souverain n'a subi autant de sanctions, d'interdictions et de blocus d'une extrême cruauté que Cuba. Trump est déterminé à "prendre Cuba" en affirmant calmement : "que les politiques, les pratiques et les actions du gouvernement cubain constituent une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale".

Par crainte des représailles américaines, plusieurs compagnies maritimes ont suspendu leurs services vers l'île rendant les importations de denrées de première nécessité, les médicaments, les pièces de rechange, et les matières premières plus coûteuses et aléatoires. Des groupes hôteliers quittent le pays les uns après les autres. Les transporteurs aériens ont réduit leurs vols. Les touristes, lorsqu'il y en a, ne peuvent plus utiliser les cartes de crédit telles que Mastercard ou Visa. Le tourisme à Cuba, source importante de devises, s'est littéralement effondré.

La situation humanitaire est dramatique. Les coupures d'électricité sont quotidiennes, longues et pénibles. Les patients meurent dans les hôpitaux. Les écoles terminent l'année scolaire bien plus tôt que prévu. La circulation automobile est réduite au strict minimum. Privés de gaz, les cubains cuisinent au charbon et au bois pour survivre. Les conséquences cumulatives de ce blocus total affectent directement les droits humains fondamentaux comme l'accès à l'eau, à la nourriture, aux soins, bref à la vie. C'est un crime contre le peuple cubain. C'est un châtiment collectif qui vise à mettre à genoux toute une nation.

Alors, pourquoi les Etats-Unis, première puissance mondiale, s'acharnent-ils contre un petit pays de dix millions d'habitants comme Cuba ? Cuba ne possède pourtant ni pétrole comme le disait Trump lui-même, ni armes biologiques, ni armes chimiques et encore moins d'armes nucléaires. Mais Cuba possède un système politique économique et social qui ne plaît pas aux dirigeants américains, qu'ils soient démocrates ou républicains. Cuba possède un gouvernement intègre au service de l'immense majorité du peuple qui a eu le courage d'engager des réformes profondes. Cuba possède la volonté d'apporter et de faire bénéficier sa population des avancées sociales dans les domaines aussi variés que la santé, l'éducation, le logement, le sport et la culture. Cuba possède le Code de la Famille parmi les plus progressistes au monde, reconnaissant le mariage pour tous, l'adoption par les couples de même sexe et renforçant la protection des personnes LGBTQI+.

Cuba possède également une longue et riche tradition de solidarité internationale. C'est l'une des dimensions les plus admirables de cette vision internationaliste du peuple cubain. Ainsi,

les missions médicales cubaines déployées à travers le monde se sont succédées sans interruption malgré le blocus américain. Du Chili au Pakistan, de Haïti au Portugal, du Brésil au Liberia, du Venezuela à l'Italie, de Gaza à Katmandou...Les médecins cubains sont présents aux quatre coins du monde pour combattre des maladies aussi meurtrières que la COVID-19, Ebola ou le choléra, lutter contre la cécité, soigner les victimes de tremblements de terre et, plus généralement, venir en aide aux populations les plus vulnérables. Jusqu'en 2005, des dizaines de milliers de membres des brigades médicales cubaines ont sillonné le monde à l'appel d'une centaine de gouvernements : "De 1963 à la fin de 2005, plus de 100 000 médecins et techniciens de la santé sont intervenus dans 97 pays, surtout en Afrique et en Amérique latine. En mars 2006, 25 000 professionnels étaient répartis dans 68 nations. Un déploiement que même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne peut assurer".

Depuis la première mission, en 1963, et jusqu'en 2014, près de 132 000 soignants cubains ont parcouru la planète, partageant avec de nombreux pays leur savoir-faire médical.

Aujourd'hui, le nombre de médecins cubains envoyés dans les différentes régions du monde varie selon les sources. Il doit s'élever probablement à plusieurs dizaines de milliers, voire, selon certaines estimations, à plusieurs centaines de milliers si l'on cumule l'ensemble des missions effectuées au fil des décennies.

Mais Cuba ne se contente pas seulement d'envoyer ses médecins et infirmiers à travers la planète; elle accueille et forme aussi dans ses universités des étudiants venus du monde entier. L'École latino-américaine de médecine (ELAM) est une institution emblématique de l'internationalisme cubain. Elle offre une formation médicale gratuite à des étudiants issus des milieux défavorisés de plus de 120 pays. Depuis sa création, elle a formé des dizaines de milliers de médecins qui exercent dans le monde entier.

Récemment lors du tremblement de terre du 24 juin 2026 qui a secoué le Venezuela, les brigades médicales cubaines, travaillant déjà dans ce pays, se sont immédiatement mobilisées pour venir en aide à la population touchée par ce terrible séisme, qui a fait plus de 2200 morts.

Cuba n'a jamais renié ses racines africaines. La solidarité avec l'Afrique constitue l'un des aspects les plus marquants de la politique étrangère cubaine. "Nous ne sommes pas seulement un pays latino-américain, mais aussi un pays latino-africain. Le sang africain coule abondamment dans nos veines" disait Fidel Castro. Cuba a envoyé des forces armées en Algérie, en Angola, au Congo, en Ethiopie, au Mozambique, en Namibie et dans d'autres pays africains pour combattre, les armes à la main, le colonialisme et soutenir les luttes pour l'indépendance des peuples africains.

Cuba était également un allié fidèle du peuple vietnamien pendant sa guerre contre les Etats-Unis : "Le soutien apporté par Cuba au Vietnam pendant sa guerre de résistance fut global et empreint de sacrifice, allant au-delà de l'aide matérielle pour inclure un soutien spirituel et politique" .

Depuis la Révolution de 1959, Cuba a constamment affiché sa solidarité avec le peuple palestinien. Ernesto « Che » Guevara a visité Gaza en 1959, quelques mois seulement après le triomphe de la révolution, et Yasser Arafat s'est rendu à Cuba à huit reprises à l'invitation de Fidel Castro. L'aide cubaine à la Palestine se traduit concrètement par :

  • L'octroi de la citoyenneté aux Palestiniens déplacés

  • L'organisation des conférences de solidarité

  • Des milliers de bourses universitaires à des étudiants palestiniens

  • Une formation militaire aux combattants de la résistance palestinienne.

Cuba est l'un des premiers pays à rompre définitivement ses relations diplomatiques avec Israël.

Le médecin palestinien Murid Abukhater, formé à Cuba, déclarait récemment que le peuple cubain continue, malgré toutes les difficultés, à former des médecins palestiniens pour sauver ce qui peut l'être encore du génocide.

Cuba a permis à des millions de personnes, à travers le monde, d'accéder à l'alphabétisation grâce à son programme "Yo, Sí Puedo". Déployé dans plus de trente pays sur plusieurs continents, ce programme constitue un exemple concret de solidarité internationale. Une étude de l'UNESCO a montré que Yo Si Puedo "était efficace dans la lutte contre les modèles d’inégalité en matière d’éducation qui prennent racine dans les pratiques institutionnalisées du passé".

Les États-Unis ne peuvent tolérer cet engagement formidable de Cuba en faveur de la redistribution des richesses et de la solidarité internationaliste envers les opprimés du monde entier.

Les Etats-Unis ne peuvent supporter qu'un petit pays comme Cuba puisse envoyer des médecins partout à travers le monde pour sauver des vies humaines, alors que l'Amérique se distingue plutôt, en tant que première puissance, par les ravages de ses interventions militaires. Ce sont ces pratiques, cette vision du monde et cet idéal révolutionnaire qui exaspèrent la bourgeoisie américaine. En réalité, les Etats-Unis, à l'exception de la parenthèse Obama, n'ont jamais accepté la révolution cubaine. Les attaques contre Cuba sont d'abord et avant tout des attaques contre cette révolution.

Rappelons qu'avant la Révolution de 1959, Cuba n'était guère plus qu'un simple protectorat américain. En effet, l'arrivée au pouvoir de Fulgencio Batista, à la suite du coup d'État de 1952, n'a fait que renforcer la dépendance économique et politique de ce dictateur envers les Etats-Unis. Les entreprises américaines contrôlaient les secteurs stratégiques de l'économie de l'île : les mines (Bethlehem Steel Co.), le sucre (American Sugar Co.), les télécommunications (ITT), les chemins de fer (The Cuba Company), le tabac (American Tobacco Company), etc. Par ailleurs, La Havane avait été transformée en un vaste centre de divertissement destiné aux Américains. Les jeux du hasard et la prostitution étaient florissants grâce à la collaboration étroite entre Batista et les figures de la Mafia américaine comme Meyer Lansky. Son régime était marqué également par une féroce répression des syndicats et des mouvements ouvriers. Batista était un anticommuniste notoire. Il a crée avec l'aide de la CIA, le Bureau de Répression des Activités Communistes (BRAC). La torture systématique, la violence et les assassinats politiques étaient monnaie courante. Cette hégémonie économique américaine écrasante, la brutalité répressive du régime de Batista responsable de milliers de morts, la corruption généralisée et l'influence de la mafia à La Havane ont alimenté la colère populaire et créé les conditions propices à une insurrection qui a abouti au triomphe de la Révolution cubaine de 1959.

Le 1er janvier 1959, Fidel Castro et ses camarades renversent le régime du dictateur Batista. Le nouveau gouvernement révolutionnaire engage alors de profondes réformes comme, entre autres, la réforme agraire et la nationalisation complète des entreprises américaines. En reprenant le contrôle de ses ressources nationales, Cuba touche directement les intérêts économiques américains. La riposte des Etats-Unis face à cette souveraineté retrouvée, était immédiate. C'est le début d'une longue période marquée par le blocus, les menaces, les sanctions, les campagnes de propagande et les tentatives de renversement du gouvernement révolutionnaire.

Les Etats-Unis d'Amérique, première puissance mondiale, tentent depuis très longtemps d'étouffer un petit pays de quelques dix millions d'habitants parce qu' il a fait de la répartition des richesses, de la santé, de l'éducation et de la solidarité internationale ses priorités. L'empire américain, qui affirme que les vaccins sont dangereux pour la santé, attaque une petite nation qui se distingue non seulement par l'invention de nouveaux vaccins, mais aussi par sa coopération médicale et sa capacité à faire face à des épidémies telles que le choléra, le virus Ebola ou encore le Covid-19 à travers le monde, y compris dans des pays parmi les plus riches. Ce formidable combat pour la vie contraste violemment avec la conception des relations internationales des Etats-Unis, qui sèment la mort un peu partout à travers le monde par leurs interventions militaires. La bourgeoisie américaine, ennemie de la science et du progrès, est toujours aussi déterminée à anéantir tout gouvernement et toute expérience susceptibles de menacer ses intérêts économiques et stratégiques. Elle est l'ennemie des peuples.

 

Mohamed Belaali

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(1)Une histoire populaire des Etats-Unis. Howard Zinn p. 343, Agone.

 

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19 juin 2026 5 19 /06 /juin /2026 16:30

Jean Ziegler, le vieux marxiste s'est éteint à l'âge de 92 ans. Il était professeur de sociologie à l'université de Genève, rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, membre du parlement fédéral suisse et auteur de nombreux livres. Mais Jean Ziegler était surtout le défenseur inlassable des opprimés et le pourfendeur du système bancaire suisse qu'il accusait d'affamer le monde. "Derrière moi, on creuse les fondations d'un nouveau centre de calcul de l'USB. Ce n'est pas juste un bâtiment de plus. Depuis ici, cette banque pourra continuer à affamer le monde" disait-il. Pour lui "Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné!".

Quand il voulait accompagner en 1964 le Ché à Cuba, celui-ci lui a répondu " Le cerveau du monstre est ici. C'et ici que tu dois te battre".

Dans son dernier livre "Où est l'espoir", il a lancé un appel vibrant à la résistance face aux ravages du capitalisme. L'espoir réside dans cette capacité formidable de résistance des hommes pensait Jean Ziegler.

Membre éminent du Tribunal Russell sur la Palestine, Jean Ziegler a défendu courageusement la cause palestinienne partout à travers le monde notamment dans les instances des Nations unies.

Il a accompagné et soutenu les mouvements de libération nationale en Afrique et en Amérique latine.

Lors de ses obsèques, l'Internationale a retenti et a été reprise en chœur par la foule nombreuse qui venait lui rendre un dernier hommage.

 

Mohamed Belaali

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18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 07:24

 

 

Le 28 février 2026, les Etats-Unis et Israël ont mené, au mépris de toutes les lois et conventions internationales, une guerre d'une grande violence contre l'Iran, entraînant des pertes humaines et matérielles considérables. Cette agression américano-sioniste a non seulement embrasé l'ensemble du Moyen-Orient, mais ses ravages, d'une ampleur inédite, ont affecté et continuent d'affecter de manière disproportionnée les classes populaires, en particulier les travailleurs du monde entier. Leur situation pourrait encore s'aggraver dans les jours et les semaines à venir. Parallèlement, les actionnaires des compagnies pétrolières, des grandes banques, de l'industrie de l'armement, des compagnies d'assurance maritime, pour ne citer que celles-là, ont engrangé des dividendes exceptionnels. C'est un transfert massif de richesses des uns vers les autres. La guerre est aussi une guerre des classes.

Cette agression armée contre une nation souveraine a entraîné, en quelques semaines seulement, des milliers de morts et des dizaines de milliers de blessés ainsi que de nombreux déplacés et mutilés. Dès le premier jour, une école primaire pour filles à Minab dans le sud de l'Iran a été frappée par des missiles américains faisant 175 victimes majoritairement des élèves de 7 à 12 ans. Le président américain Donald Trump, après avoir initialement nié ce massacre, s'est ensuite vanté devant les caméras du monde entier d'avoir également éliminé tous les dirigeants iraniens : "Ils sont tous morts" disait-il.

Les hommes ne sont malheureusement pas les seules victimes de cette folie meurtrière appelée "Epic Fury". Les hôpitaux, les universités, les écoles, les ponts, les sites énergétiques, les centrales électriques, les voies ferrées, les immeubles résidentiels et d'autres infrastructures civiles ont été ciblés et détruits. "Nous allons les ramener à l'âge de pierre" déclarait Trump . "Une civilisation entière va mourir ce soir" ajoutait-il encore, froidement et sans détour.

Au-delà de la personnalité pathologique de Trump, c'est la classe qui l'a porté à la tête de l'Etat qui est responsable de ces crimes de guerre. Trump n'est que le visage hideux, sans fard ni masque, de cette bourgeoisie décadente. Il incarne l'âme de cette classe sociale, sans moralité et sans cœur.

L'époque où les dirigeants américains menaient des guerres dévastatrices, envahissaient des pays entiers et pillaient les richesses des peuples au nom du droit international, des droits de l'homme, de la liberté et de la démocratie, est révolue. Ces valeurs sont désormais ensevelies, comme les enfants palestiniens, sous les décombres de Gaza. Le génocide de tout un peuple est devenu un exemple à suivre. Humilier, affamer, anéantir, ces crimes contre l'humanité sont érigés par l'Occident capitaliste en normes de stratégie politique. Les actes les plus sauvages, les plus barbares sont normalisés, banalisés. Ce qui se passe aujourd'hui en Iran, n'est en réalité que le prolongement, à une échelle bien plus vaste, des atrocités et des massacres perpétrés à Gaza.

Toutefois, cette agression américano-sioniste contre l’Iran n’a pas engendré, comme l’exigeait Trump, la reddition ou "la capitulation sans condition", mais la résistance. Malgré les lourdes pertes, les destructions et les souffrances endurées, l’Iran n’a pas hissé le drapeau blanc. La démonstration de force et la supériorité militaire des agresseurs n’ont pas suffi à mettre à genoux une nation en légitime défense. L’Iran considère en effet que le droit de défendre sa souveraineté contre une agression armée est légitime, comme le prévoit d’ailleurs l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui consacre le droit naturel de légitime défense. Mais l'Iran n'a pas seulement résisté, il a même riposté. Il a déclenché une série d'attaques contre Israël, contre les bases américaines dans tout le Moyen-Orient ainsi que les infrastructures pétrolières et gazières des pays du Golfe alliés des Etats-Unis. Cependant la riposte de l'Iran pour défendre sa sécurité nationale, ne réside pas seulement dans l'utilisation des missiles et des drones, mais surtout dans le contrôle qu'il exerce sur le détroit d'Ormuz, point de passage maritime d'une importance géopolitique et économique capitale. Grâce à sa géographie et à ses capacités de mener des opérations de "guérilla maritime", l'Iran a su transformer le détroit en zone de tension permanente lui conférant une capacité considérable de pression sur ses agresseurs, d'autant que les Etats-Unis se sont montrés, malgré leur supériorité militaire, impuissants. Les autres alternatives à cette voie cruciale se sont révélées toutes insuffisantes. Surpris par cette nouvelle forme de résistance et par cette impasse militaire, Trump a décidé le 12 avril d'imposer un blocus naval total des ports iraniens en violation flagrante du droit international. Il a même comparé la marine américaine à des pirates en précisant que "c'est une activité très lucrative". Par ce blocage, Trump cherche à asphyxier l'économie iranienne et à pousser l'Iran à la capitulation, mais en vain. Le 3 mai 2026, Trump lance l'opération "Projet Liberté" qui vise à escorter les navires marchands à traverser le détroit. "Des pays du monde entier ont sollicité l'aide des États-Unis afin de libérer leurs navires, immobilisés dans le détroit d'Ormuz. (...)  Si, de quelque manière que ce soit, ce processus humanitaire est entravé, cette entrave devra malheureusement être traitée avec fermeté" déclarait-il sur son réseau social.

Le 4 mai, c'est-à-dire 24 heures seulement après son lancement, Trump a annoncé la suspension de son opération "Projet Liberté". Pour l'instant, ces décisions ne font que prolonger le blocus du détroit avec toutes les ravages sur l'économie mondiale.

La guerre illégale déclenchée par les Etats-Unis et Israël le 28 février 2026 contre l'Iran et le blocus maritime américain du 12 avril ont des répercussions économiques mondiales majeures."La guerre assombrit les perspectives de l’économie mondiale" écrivait le Fonds monétaire international. La guerre de Trump contre l'Iran a brutalement paralysé l'économie mondiale ajoute le New York Times. Des milliards d'êtres humains subissent au quotidien les conséquences dramatiques de cette guerre, menaçant directement leur sécurité alimentaire. Selon le Programme des Nations unies pour le développement, cette guerre pourrait plonger 32 millions de personnes dans la pauvreté dans 162 pays. Il va sans dire que se sont les classes populaires notamment les travailleurs qui subissent le plus les effets en cascades de cette guerre illégale. La flambée immédiate des prix de l'énergie et des engrais est peut-être la plus dévastatrice. Le marché pétrolier a déjà perdu un milliard de barils, selon le Financial Times. Cette perte est considérée comme la plus importante de l’histoire de ce marché, dépassant même les crises des années 1970. Par ailleurs, les installations énergétiques de production, de raffinage et d’exportation sont détruites ou endommagées, ce qui s’ajoute aux perturbations du marché pétrolier et entraîne des hausses brutales du prix des carburants et la baisse des salaires réels. Tout devient alors très cher pour les plus démunis : le transport, les vêtements, les médicaments les factures d'électricité etc. La hausse des prix des engrais qui transitent aussi par le détroit, renchérit les coûts de l'agriculture et provoque déjà une hausse des prix des denrées alimentaires. Ces augmentations, et bien d’autres, ont des conséquences dramatiques pour les petits agriculteurs, les ouvriers agricoles sans terre, les travailleurs des villes et l’ensemble des classes populaires, alors que la guerre n’en est qu’à ses débuts. Le fardeau de cette guerre injuste pèse lourdement sur les prolétaires de toutes les nations.

A l'opposé de cette détresse des classes populaires, les grandes compagnies pétrolières, elles, continuent à réaliser des profits spectaculaires grâce justement à la guerre. TotalEnergies, BP, ExxonMobil, Aramco, Chevron, Shell pour ne citer que celles-là, connaissent une période d'euphorie et de prospérité sans précédent. Selon The guardian, les 100 plus grandes compagnies ont gagné environ 30 millions de dollars de profits par heure durant le premier mois du conflit. Une partie de ces profits records est redistribuée aux actionnaires par le biais des dividendes et des rachats d'actions. Les grandes banques notamment américaines et européennes ont elles aussi tiré et continuent à tirer profit de cette agression militaire contre l'Iran. "Les grandes banques américaines engrangent près de 50 milliards de dollars de bénéfices alors que la guerre en Iran secoue les marchés" écrit The Guardian. Les banques européennes ne sont pas en reste. Deutsche Bank, Santander et UBS, entre autres, ont réalisé des profits exceptionnels en intensifiant, comme les compagnies pétrolières, leurs spéculations sur les fluctuations des prix du pétrole et sur d'autres matières premières. Les grandes banques de Wall Street ont également financé l'industrie des armes grâce aux augmentations massives des dépenses militaires. Selon le Centre d'études stratégiques et international (CSIS), la guerre a coûté :"11,3 milliards de dollars au 6e jour, 16,5 milliards de dollars au 12e jour". Pour financer ces dépenses extraordinaires, le Trésor américain émet de nouvelles obligations, considérées comme des placements sûrs. L'achat de ces titres par les banques et les investisseurs institutionnels comme BlackRock et Vanguard, leur permet, à travers des mécanismes complexes, de réaliser des bénéfices dépassant toutes les prévisions. Tous ces profits ne résultent nullement d'une quelconque amélioration de la productivité ou d'un effort d'investissement, mais uniquement de la spéculation. La guerre contre l'Iran est une véritable aubaine également pour les actionnaires de divers secteurs comme par exemple celui de la reconstruction des infrastructures, des compagnies d'assurance maritime privées ou encore celui de l'armement dont les actions ont atteint des sommets historiques.

Ainsi, la guerre n'est que le prolongement de la violence que les classes dominantes exercent sur les dominés. D'un côté, il y a une accumulation de misère et de souffrances pour une majorité de la population contrainte de faire des sacrifices au quotidien; de l'autre, celle de la richesse pour une minorité qui profite de la guerre. La guerre, c'est aussi la guerre des classes.

L'agression armée américano-israélienne révèle à quel point l'impérialisme et le sionisme sont un danger pour les peuples du monde entier. Leur négation absolue de la vie, leur barbarie et leur mépris pour les conventions internationales et les lois les plus élémentaires de la morale et de la justice, montrent que les valeurs de liberté, de démocratie et des droits de l'homme, dont se targue encore l'Occident capitaliste, sont foncièrement antinomiques avec l'impérialisme et le sionisme. Les classes populaires, et en particulier les travailleurs de tous les pays, n’ont pas besoin des guerres, si ce n’est de celle qu’ils devraient mener contre précisément l'impérialisme et son rejeton sioniste.

 

Mohamed Belaali

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Published by M B
13 mai 2026 3 13 /05 /mai /2026 12:39

En 1948, les palestiniens ont été arrachés à leur terre et contraints à l'exil et au déracinement. Le 15 mai de chaque année, ils commémorent cettte "catastrophe" pour rappeler à Israël et au monde entier qu'ils ne renonceront jamais à leur droit légitime au retour.

Qui, mieux que les poètes, pourrait ressentir cette tragédie collective ?

Avec le génocide, la poésie et les poètes palestiniens sont en deuil. Mais la poésie ne se contente pas de se lamenter sur le présent ou sur le passé. C'est une arme de combat orientée vers l'avenir. " la poésie possède une force morale toujours capable de soulever le peuple" disait la poétesse palestinienne Fadwa Touqan. Porteuse de changement et d'espoir, elle incarne la résistance. "La poésie est une arme chargée de futur" proclamait le poète espagnol Gabriel Celaya.

 

Rifaat Alareer (1979-2023)

Il a refusé de quitter sa Gaza natale pour pouvoir écrire et informer sur la réalité des souffrances des palestiniens. Il a été tué par l'armée israélienne dans la nuit du mercredi 6 au jeudi 7 décembre 2023. Sa mort restera comme un témoignage à la fois éloquent et tragique.

Voici un extrait de son dernier poème :

 

Si je dois mourir,

tu dois vivre

et raconter mon histoire

vendre mes affaires

acheter un bout de tissu

et quelques morceaux de ficelle,

(fais en sorte qu’il soit blanc avec une longue queue)

pour qu’un enfant, quelque part à Gaza

en regardant droit vers le ciel

alors qu’il attend son papa emporté dans une explosion

sans faire ses adieux à personne

ni à sa chair

ni à lui-même –

pour qu’il voie le cerf-volant, mon cerf-volant, celui que tu as fait, prendre

son envol

 

Hiba Abu Nada (1991-2023)

La jeune poétesse et romancière est morte sous les bombes israéliennes, le 20 octobre 2023 à Gaza. Elle avait 32 ans.

"Ce n’est pas qu’un passage" est l'un de ses derniers poèmes :

 

Hier, une étoile a dit  
à la petite lumière de mon cœur: 
Nous ne sommes pas que des voyageurs 
de passage. 

Ne meurs pas car sous cette lueur, 
certains vagabonds continuent 
de marcher. 

Tu as d’abord été créé par amour, 
alors ne porte rien d’autre que de l’amour 
à ceux qui tremblent. 

Ô petite lumière en moi, dis : 
Entrez dans mon cœur en paix. 
Vous tous, entrez ! 

 

Walid Daqqa (1961-2024)

L'écrivain palestinien Walid Daqqa est décédé le 7 avril 2024 en détention après avoir passé 38 ans dans les prisons israéliennes, "lieu sans portes" comme il disait. Atteint du cancer de la moelle osseuse, il a été privé de soins médicaux."Torturé, humilié, privé de visites familiales et de soins médicaux" dénonçait Amnesty international quelques semaines avant sa mort.

Voici l'un de ses poèmes écrit pour sa fille Milad :

 

 

Un lieu sans porte

Un jour où Milad venait de rentrer d’une escapade au bord de l’océan, je lui ai promis au téléphone que je l’emmènerais là-bas, la prochaine fois. Elle s’est arrêtée quelques secondes, hésitante, comme si elle ne voulait pas me choquer, avant de finalement répondre : "non, tu n’as pas de porte".

 

Longtemps, à chaque fois que Milad me demandait au téléphone "papa, où es-tu ?", j’évitais d’utiliser le mot prison. Je craignais que ce soit trop pour elle, à cet âge tendre, de commencer à vivre avec ce mot et ses lourdes implications. Déchiré, je me débattais avec cette question : devais-je dire à ma fille la vérité ? Ou devais-je lui cacher la réalité amère, empêcher les implications du mot prison de s’immiscer dans son imagination ?

 

Avec ses visites, Milad avait compris ce qu’était une prison bien avant qu’elle ne connaisse la signification du mot. Pour elle, c’était un lieu sans porte. Où son père était confiné. Qu’il était incapable de quitter. Et pour elle, s’il n’y avait pas de porte, il ne pouvait y avoir d’escapade au bord de l’océan. Pas de petit-déjeuner pris ensemble. Et pas d’opportunité pour moi de l’accompagner à la garderie qu’elle appelait affectueusement "l’école".

 

Tawfik Zayyad (1929-1994)

Il est peut-être le poète qui incarne le mieux la tragique histoire de la Palestine et de son peuple :

 

Mes bien-aimés

Avec mes paupières je bâtirai la route de votre retour

Avec mes paupières.

Je guérirai votre blessure, balaierai les épines de la route

Avec mes cils

Et de ma chair je construirai le pont du retour

 

Sa poésie se confond même avec cette terre tant aimée de la Palestine :

 

Je graverai le numéro de chaque parcelle

de notre terre violée

et l’emplacement de notre village et ses limites

et ses maisons qu’ils ont dynamitées

et mes arbres qu’ils ont déracinés

et toutes les fleurs sauvages qu’ils ont arrachées

afin de me souvenir

Je graverai inlassablement

toutes les saisons de mes douleurs

toutes les saisons de l’infortune

de la graine

à la coupole

sur l’olivier

dans la cour de ma maison

Zayyad a refusé de quitter sa Galilée. Il voulait, disait-il, garder l'ombre des orangers et des oliviers de la Palestine :

 

Ici nous resterons

Gardiens de l'ombre des orangers et des oliviers

Si nous avons soif nous presserons les pierres

Nous mangerons de la terre si nous avons faim mais nous ne partirons pas !!

Ici nous avons un passé un présent et un avenir

 

Mohamed Belaali

 

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Published by M B
10 mai 2026 7 10 /05 /mai /2026 06:49

 

La journaliste palestinienne de la chaîne Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, a été assassinée par l'armée israélienne le 11 mai 2022 à Jénine en Cisjordanie occupée. La journaliste qui portait pourtant son gilet "Presse" a été abattue par une balle dans la tête. Elle était âgée de 51 ans.

Née en 1971 à Jérusalem de parents arabes chrétiens, Shireen était la journaliste la plus célèbre d'Al Jazeera. Elle "couvrait, comme disait la journaliste Nida Ibrahim, le quotidien des palestiniens". "Toujours présente sur le terrain, Shireen ne reculait jamais. Elle a couvert une multitude d’événements palestiniens historiques - la bataille de Jénine, la deuxième Intifada, les multiples raids israéliens. Elle n’a jamais reculé, elle recueillait les preuves, rassemblait les indices, dévoilait les crimes" ajoutait Dia al-Adam le présentateur de la chaîne "Palestine TV".

Elle était en quelque sorte la voix des palestiniens, la voix des sans voix.

Son cercueil avait été pris d'assaut par la police. Israël lui a refusé même ce droit élémentaire d'être enterrée dans la dignité. Et comme si cela ne suffisait pas, il a détruit la rue qui porte son nom et rasé son mémorial privant ainsi la famille et les amis de Shireen de la possibilité de lui rendre hommage sur le lieu où elle a été abattue. Le Mémorial "transmettra l'image de la vérité et celle de la souffrance pour les générations futures" disait Anton Abu Akleh, frère de la journaliste. La vie et la dignité du palestinien n'ont aucune espèce de valeur. Elles sont méprisées, niées. Le palestinien est dépouillé de son humanité. Il est déshumanisé, animalisé et bestialisé. C'est ce langage zoologique qu'utilise Israël lorsqu'il parle des palestiniens : "Nous combattons les animaux humains et agissons en conséquence" disait Yoav Galant ministre de la Défense de l'Etat sioniste.

L'assassinat de Shireen s'ajoute à la longue liste des journalistes palestiniens tués par l'armée d'occupation, sans compter les dizaines de journalistes détenus derrière les barreaux des prisons israéliennes. Rien que depuis le 7 octobre 2023, au moins 289 journalistes palestiniens ont été tués par Israël à Gaza.

Ces crimes resteront, comme d'ailleurs le génocide à Gaza, impunis. Israël a rejeté toutes les résolutions des Nations unies et se moque de toutes les conventions. Il ne respecte ni le droit international, ni le droit humain. C'est un Etat qui ne ressemble à aucun autre. Il est au-dessus des lois. C'est un cas unique dans l'histoire récente des relations internationales. Pourtant Israël agit en pleine lumière. Il ne cache pas ses massacres. Il les expose à la face du monde avec cette arrogance qui caractérise les colonisateurs, les oppresseurs. Cette totale impunité dont bénéficie l'entité sioniste depuis sa création en 1948 ne peut s'expliquer que par le soutien indéfectible et décisif des puissances capitalistes occidentales dont Israël est le produit le plus authentique. Elles l'ont façonné à leur image. La barbarie sioniste ne peut que ressembler à celle de ses maîtres. L'existence d'Israël sur la terre palestinienne fait partie intégrante de ce processus d'expansion européen et américain pour dominer par la violence les autres peuples de la planète. Si Israël continue à mener une guerre d'extermination des palestiniens avec le soutien inconditionnel de l'Occident capitaliste, c'est qu'il est au cœur de cet ordre colonial et néocolonial occidental.

Israël peut poursuivre sereinement l'anéantissement des palestiniens jusqu' à la réalisation du projet fondateur du sionisme, le Grand Israël : toute la Palestine pour Israël, la terre promise pour un peuple élu. C'est une promesse divine.

 

Mohamed Belaali

 

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21 avril 2026 2 21 /04 /avril /2026 07:13

Les guerres que mènent aujourd'hui les Etats-Unis un peu partout dans le monde s'inscrivent dans une stratégie géopolitique à long terme pour empêcher la Chine de devenir la première puissance mondiale. Ces interventions directes et indirectes visent en dernière analyse à contrer le développement fulgurant de la République populaire de Chine (RPC). Pour les américains, la Chine est la seule nation capable de remettre en cause leur suprématie mondiale. Ils savent que la RPC est une véritable puissance, de plus en plus hors de leur contrôle. Son poids démographique, sa puissance économique, sa suprématie technologique et son influence diplomatique grandissante à travers le monde, sont redoutés au plus haut degré par la classe dirigeante américaine. La Chine est perçue par les Etats-Unis comme une menace, un défi existentiel à leur hégémonie planétaire. L'Amérique est en train de "dévorer" un à un les alliés de la RPC. Ses interventions au Venezuela, en Iran et peut-être demain à Cuba ont pour objectif de contenir et d'affaiblir la Chine. Les visées de Trump sur le Groenland et le canal de Panama dont l'importance géopolitique est aujourd'hui renforcée s'inscrivent également dans cette stratégie de "containment" de la Chine. Du Venezuela au Groenland en passant par l'Iran, Cuba et le canal de Panama, la géopolitique des américains est guidée par une seule et même obsession, la Chine.

Le Venezuela et l'Iran constituent des partenaires stratégiques et énergétiques importants de la Chine. En s'attaquant à ces deux pays, les Etats-Unis cherchent à priver la Chine d'alliés stratégiques majeurs et des sources d'approvisionnement en hydrocarbures. La Chine a signé en 2021 avec l'Iran un accord de partenariat stratégique de 25 ans couvrant des domaines variés tels que les transports, les ports, l'énergie, l'industrie et les services, ce qui lui permet d'être présente au Moyen-Orient et de renforcer sa sécurité énergétique. Il offre à la République islamique la possibilité de contourner les sanctions économiques américaines, en lui facilitant les échanges commerciaux et financiers avec la deuxième puissance du monde notamment par le biais de paiements en yuan. Soulignons que la RPC importe massivement du pétrole iranien. Selon la société d'analyse Kpler, la Chine importe plus de 80 % du pétrole exporté par ce pays, représentant 13,4 % de toutes les importations chinoises de brut. Il va sans dire que cette coopération étroite entre les deux pays est perçue par les américains comme une menace directe pour leurs intérêts économiques et géostratégiques ainsi que pour leur leadership mondial. C'est dans ce cadre qu'il faut situer entre autres, l'intervention militaire américaine en Iran le 28 février 2026. Elle vise non seulement à neutraliser un allié clé, mais également à priver la Chine, en bloquant le détroit d'Ormuz, d'une source vitale d'hydrocarbures. En dernière instance, cette guerre contre l'Iran cherche à contrer l'ascension de la Chine comme première puissance mondiale.

La République populaire de Chine est également le principal acheteur du pétrole vénézuélien. Elle importe plus de la moitié du brut produit par ce pays, et ce malgré les sanctions américaines. Par ailleurs, la Chine est aussi le quatrième créancier du Venezuela. Les deux pays ont développé depuis Hugo Chavéz un mécanisme par lequel la Chine accorde des crédits massifs remboursés par des livraisons de pétrole. Les relations entre les deux pays se distinguent aussi par une forte convergence idéologique et diplomatique. Les Etats-Unis ne pouvaient tolérer longtemps cette alliance privilégiée entre la Chine et le Venezuela d'autant plus que la doctrine Monroe (1823) reste encore aujourd'hui au cœur de la politique étrangère américaine. Le 3 janvier 2026, les Etats-Unis ont kidnappé le président vénézuélien Nicolas Maduro et sa femme Cilia Flores dans le but de s'emparer des ressources pétrolières du pays et de contrer l'influence chinoise dans une région que les américains considèrent comme leur "arrière-cour". Après cette opération militaire, Trump tente avec le nouveau gouvernement dirigé par Delcy Rodriguez de marginaliser la présence chinoise et rétablir l'hégémonie régionale des Etats-Unis. Historiquement, Washington s'est toujours employé à empêcher qu'un pays d'Amérique latine ne devienne un pôle d'attraction pour des gouvernements hostiles, surtout s'ils nouent des alliances stratégiques avec Pékin.

C'est cette logique qui explique la volonté américaine de renverser le gouvernement de Cuba qui entretient lui aussi, en plus d'affinités idéologiques, des relations économiques et stratégiques étroites avec la Chine. Même si la rupture avec Cuba date de 1961 c'est-à-dire deux ans seulement après la révolution de 1959, les américains voient dans la présence chinoise sur l'île aujourd'hui comme une nouvelle menace à leur sécurité nationale et à leur influence en Amérique latine. Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, les Etats-Unis ont durci leur politique envers Cuba. Ils ont renforcé le blocus qui étouffe le pays depuis 1962, exercé une restriction maximale sur les approvisionnements énergétiques, bloqué des envois d'argent par la diaspora, réinscrit Cuba sur la liste des Etats soutenant le terrorisme etc. Et depuis l'enlèvement de Nicolas Maduro, Trump a également bloqué les exportations en pétrole vénézuélien et a fait pression sur le Mexique pour qu'il cesse ses livraisons de brut à Cuba.

Le Groenland est l'autre région du monde où les Etats-Unis cherchent à contrer l'ascension de la Chine comme superpuissance mondiale. Bien que la présence chinoise sur ce territoire soit limitée, elle est perçue par les américains comme une forme d'extension des Nouvelles routes de la soie polaire lancée officiellement par la Chine en 2018. C'est une stratégie, selon les Etats-Unis, qui permet à la Chine de diversifier ses routes commerciales et de sécuriser l'accès aux ressources de l'île. Le Groenland regorge en effet de minéraux stratégiques comme les terres rares essentielles pour les technologies modernes et pour l'industrie de défense. Or la Chine exerce déjà un quasi-monopole dans la production mondiale de ces minerais et contrôle 100 % des terres rares lourdes indispensables pour les technologies de pointe. Les Etats-Unis voient dans la présence chinoise au Groenland comme une menace à leur sécurité économique et militaire. Le contrôle et l'exploitation des richesses de ce territoire leur permettrait de limiter d'une part l'influence de la Chine et d'autre part leur dépendance vis-à-vis des terres rares. Dans leur lutte contre la Chine pour conserver leur leadership planétaire, le Groenland reste pour les américains un territoire stratégique crucial.

"Les Etats-Unis ne permettront pas à la Chine communiste ni à aucun autre pays de mettre en péril le fonctionnement ou l’intégrité du canal" a déclaré Pete Hegseth secrétaire à la Guerre lors d’une conférence régionale sur la sécurité à Panama. La guerre sino-américaine pour le leadership mondial s'étend aussi au canal de Panama qui relie les océans Atlantique et Pacifique et reste de ce fait un axe maritime majeur du commerce mondial. La Chine, qui a signé avec le Panama une trentaine d'accords, en est le deuxième utilisateur. Précisons que le Panama est le premier pays d'Amérique latine à avoir rejoint les Nouvelles routes de la soie. Les Etats-Unis considèrent, là encore, cette présence chinoise comme une menace pour leur sécurité nationale et pour leurs intérêts économiques. L'administration Trump a intensifié sa pression diplomatique et militaire sur le Panama allant jusqu'à menacer de reprendre le canal par la force. Le gouvernement panaméen a rapidement cédé aux exigences américaines en adoptant une série de mesures visant à marginaliser la Chine. Il a ainsi signé en 2025 un accord avec les Etats-Unis de déploiement des troupes américaines autour du canal. Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a également obtenu le retrait officiel du Panama des Nouvelles routes de la soie. Le gestionnaire d'actifs américain BlackRock a racheté, avec l'aide de l'administration Trump, l'essentiel des activités portuaires de la société chinoise CK Hutchison. Avec cette opération, la Chine se trouve de facto écartée de la gestion du canal. L'ensemble de ces mesures illustre combien les Etats-Unis pèsent sur les décisions stratégiques du Panama afin de limiter la présence de la Chine dans ce pays.

Les interventions militaires des Etats-Unis au Venezuela, en Iran, et les pressions exercées sur le Groenland, Cuba et le Panama visent, indirectement, à empêcher la Chine de devenir la première puissance mondiale. Ces tentatives américaines ont toutes un point commun : priver la Chine des ressources pétrolières à bas prix, affaiblir militairement ses partenaires stratégiques et les éloigner des Nouvelles routes de la soie. Ces guerres et ces menaces sont vouées à l'échec. Cette farouche volonté américaine se heurte à la détermination implacable de la République populaire de Chine à poursuivre, vaille que vaille, l'édification du socialisme "aux couleurs de la Chine". Car seul le socialisme qui a rendu par le passé, grâce à la révolution de 1949, la dignité à la nation chinoise bafouée par des agressions impérialistes en tout genre, lui permettra dans l'avenir de se hisser au rang de la première puissance du monde.

 

Mohamed Belaali

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7 mars 2026 6 07 /03 /mars /2026 18:41

 

«Qui n'a pas vu la révolution ne peut s'en imaginer la beauté majestueuse, triomphale.»

Nadejda Kroupskaïa

 

Si la figure de Lénine est bien connue, celle de sa compagne et camarade l'est beaucoup moins. En effet, Nadejda Kroupskaïa a vécu dans l'ombre du père de la Révolution d'octobre. Mais comme disait Clara Zetkin peut-on vraiment parler de Lénine sans évoquer sa femme :«Il est impossible de parler de lui sans penser à elle. Elle était la main droite de Lénine, son meilleur secrétaire, sa compagne dévouée, la meilleure interprète de ses idées» (1).

Il est vrai que l'histoire de la Révolution russe tend à ne retenir que des figures masculines. Or ce sont les grèves des ouvrières de textile de Petrograd (Saint-Pétersbourg aujourd'hui) qui ont enclenché la première révolution le 23 février 1917 (8 mars dans le calendrier Grégorien) qui a emporté le régime despotique des Tsars. Ce sont également des femmes comme Alexandra Kollontaï, Inessa Armand, Nadejda Kroupskaïa, pour ne citer que les plus connues, qui ont contribué directement et indirectement avec Clara Zetkin à l'organisation de «La journée internationale des femmes». Le 8 mars 1921, Lénine décrète une journée internationale des femmes en souvenir des ouvrières de textile de Saint-Pétersbourg.

Il est peut-être utile d'évoquer ici, même rapidement, la contribution de cette femme discrète au triomphe de la Révolution d'Octobre et son rôle pionnier dans le domaine de la pédagogie et de l'instruction au service de tous.

Kroupskaïa n'était pas seulement l'épouse et la collaboratrice de Lénine, elle était aussi une grande pédagogue (2). Avant la Révolution, Kroupskaïa avait déjà publié une quarantaine d'ouvrages, dont le plus important, intitulé «Instruction publique et démocratie» écrit en 1915 et publié en 1917. Elle a étudié et interprété les travaux de Comenius, Rousseau, Pestalozzi, Owen ou encore Dewey sans oublier les aspects développés par Marx et Engels dans le champs de la pédagogie (3).

Après la Révolution d'Octobre, l'immense tâche de liquider l'analphabétisme dans un pays où la majorité de la population était illettrée lui revenait tout naturellement : «La tâche, en effet, était des plus ardues. Une population presque exclusivement rurale, en majorité illettrée, des dizaines de milliers de hameaux perdus, incultes : tel était le milieu qu'il fallait pénétrer, instruire» (4).

Elle s'est attaquée également à la mainmise des classes possédantes sur l'instruction et la culture en général afin de permettre à tous d'accéder au savoir. L'école pour Kroupskaïa «ne peut se contenter d’apprendre aux élèves à lire, à écrire et à compter. Ils doivent maintenant connaître les éléments scientifiques de base sans lesquels ils seraient incapables de mener une vie consciente» (5).

Aujourd'hui encore, l'Unesco (United Nations Educational Scientific and Cultural Organization) octroie chaque année le Prix Kroupskaïa à tous les pays, organisations et personnes qui se sont distingués par leur lutte contre l’analphabétisme.

Nadejda Konstantinovna Kroupskaïa est née à Saint Pétersbourg le 14 février 1869 dans une famille progressiste. Elle est décédée à Moscou le 27 février 1939. Nadejda, comme beaucoup de révolutionnaires, appartenait à la petite noblesse russe. Dès 1890, la jeune Kroupskaïa adhère au cercle marxiste de Brousnev et passe une bonne partie de ses activités militantes à

l’alphabétisation des familles ouvrières en donnant des cours du soir dans les faubourgs industriels de Saint-Pétersbourg. La misère de la condition ouvrière n'a fait que renforcer ses convictions révolutionnaires.

En 1895 Kroupskaïa rejoint l’Union de lutte pour la libération de la classe ouvrière, fondée par Lénine qu'elle avait rencontré en 1894.

A la fin de 1895, Lénine est arrêté et exilé en Sibérie. Un peu plus tard, c'est au tour de Kroupskaïa d'être envoyée en exil, mais à des milliers de kilomètres de Lénine. Pour se rapprocher l'un de l'autre, ils décident de se marier. Après leur libération, le jeune couple s'exile à nouveau, mais cette fois à l'étranger. De Munich à Paris en passant par Zurich, Bruxelles et Londres, leur exil durera 17 ans.

Son dévouement a beaucoup aidé Lénine à supporter les déportations, la clandestinité et la vie pénible des révolutionnaires partout traqués par la police du Tsar, changeant sans cesse de pays, de villes et de logements. Kroupskaïa a probablement souffert davantage que Lénine des affres de l'exil. Elle menait de front plusieurs combats et plusieurs tâches. En plus de ses travaux scientifiques dans le domaine de la pédagogie qui embrassent tous les domaines de la politique éducative, elle consacrait une grande partie de son temps à la diffusion des brochures et documents du parti, combattait les ennemis de Lénine, engageait des luttes pour la cause des femmes etc. mais si «la vie n'était pas gaie» en exil, le retour du couple en Russie en avril 1917 a été triomphal : «Les masses, ouvriers, soldats, matelots, s'étaient portées au-devant de leur chef. Tout autour de nous, c'était une mer humaine qui bouillonnait. Qui n'a pas vu la révolution ne peut s'en imaginer la beauté majestueuse, triomphale» écrivait Nadejda Kroupskaïa dans «Souvenirs sur Lénine» (6).

Au crépuscule de sa vie, malade, affaibli et éloigné du pouvoir, Lénine pouvait encore et toujours compter sur sa plus fidèle camarade, Nadejda. C'est dire le rôle joué par cette femme dans la vie de Lénine et partant dans la révolution d'Octobre.

Le 21 janvier 1924, Lénine a cessé de vivre à l'âge de cinquante quatre ans après une lente agonie. On s'est empressé, contre la volonté de Kroupskaïa, d'embaumer son corps pour mieux enterrer ses idées révolutionnaires.

Après l'adieu officiel à Lénine, Nadejda Kroupskaïa prononça ces paroles : «Camarades, ouvriers et ouvrières, paysans et paysannes. Ne laissez pas votre peine se transformer en adoration extérieure de la personnalité de Vladimir Ilitch. Ne construisez pas de palais ou de monuments à son nom. A toutes ces choses, il accorda peu d'importance au cours de sa vie. Ça lui était même pénible.(...) Si vous voulez honorer la mémoire de Vladimir Ilitch, construisez des crèches, des jardins d'enfants, des maisons, des écoles, des hôpitaux, et mieux encore vivez en accord avec ses préceptes» (7). Son avertissement n'a pas été entendu.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.marxists.org/francais/zetkin/works/1924/01/zetkin_19240100.htm

(2)http://dmz-ibe2-vm.unesco.org/sites/default/files/kroupskf.pdf

(3)Sur cet aspect, voir entre autres l'étude de Jacques Berchadsky : https://www.lecture.org/revues_livres/actes_lectures/AL/AL109/AL109_p022.pdf

 

(4)https://www.marxists.org/francais/kroupskaia/works/1920/12/formation.htm

(5)https://www.monde-diplomatique.fr/mav/131/POPELARD/54348

(6)https://www.marxists.org/francais/kroupskaia/works/1924/00/emigration.htm

(7)Cité dans Tariq Ali, «Les dilemmes de Lénine», Sabine Wespieser éditeur, 2017, page 459.

 

 

 

 

 

 

 

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4 mars 2026 3 04 /03 /mars /2026 09:18

"Le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde aujourd'hui : mon propre pays"

Martin Luther King (1)

 

Depuis son arrivée au pouvoir le 20 janvier 2025, Trump mène une politique d'une rare violence à l'intérieur comme à l'extérieur des Etats-Unis. Sa politique étrangère se résume à conquérir et à piller les richesses des peuples par la force des armes comme au vieux bon temps colonial. En ce moment même, il est en train de déchaîner sa puissance militaire contre la nation iranienne pour la forcer à se soumettre. Cette violence qui se déroule sous nos yeux aujourd'hui ne date cependant pas d'hier. Elle plonge ses racines profondes dans la longue histoire de violence de la politique américaine. Dès les premières décennies de la jeune République, la violence, sous différentes formes, était une composante centrale de la vie politique américaine. Mais derrière cette violence se cache les intérêts économiques de la classe dominante. Comme disait Engels "Toute violence politique repose primitivement sur une fonction économique" (2). La violence n'est en réalité qu'un moyen au service du profit et de l'accumulation des richesses. Cette violence des oppresseurs s'est cependant systématiquement heurtée à la résistance et aux luttes d'émancipation des opprimés.

L'Amérique est née dans la violence, a gouverné par la violence et asservi les autres peuples par la violence : génocide des populations indigènes, esclavage des noirs, spoliation d'une grande partie du territoire mexicain par la force, guerre de Sécession sans parler de toutes les innombrables guerres impérialistes du XXe siècle avec ses millions d'hommes et de femmes assassinés, mutilés, torturés. La violence, reflet de la supériorité économique des Etats-Unis, a toujours été présente à l'intérieur comme à l'extérieur de leurs frontières. La brutalité de la politique que mène aujourd'hui Trump est le prolongement, dans des conditions bien différentes, de cette violence. Il ne s'agit donc pas d'une exception, mais d'une constante dans l'histoire des Etats-Unis. Trump n'est pas tombé du ciel avec la dernière pluie. Il est, en dernière instance, le produit de la lutte des classes qui secoue la société américaine. Trump reste un produit des rapports sociaux et des circonstances propres à l'histoire de ce pays. Il ne faut pas se focaliser sur la personne de Trump même s'il a su, avec une certaine habilité, revenir au pouvoir pour la deuxième fois. Se concentrer uniquement sur sa personne et sur le présent, revient à occulter le passé sanglant de la domination des classes dirigeantes dès la naissance de la nation américaine. Comme disait Tariq Ali, il ne faut pas refouler "le souvenir de la gestation, de la naissance et des premiers actes du banditisme de l'impérialisme américain" (3). C'est ce passé, ces "premiers actes du banditisme" qui ont créé les structures et les conditions nécessaires à l'arrivée au pouvoir d'un personnage comme Trump.

La nouveauté aujourd'hui ne réside pas dans l'existence de la violence, mais dans le fait que cette politique violente est menée ouvertement, sans fard et sans masque. Elle est assumée, revendiquée. Trump l'a rendue évidente. Le discours hypocrite tenu par ses prédécesseurs sur la démocratie, le respect du droit, les valeurs universelles, le multilatéralisme, les institutions internationales, la souveraineté des Etats, a tout simplement disparu. Trump ne fait qu'accélérer et amplifier un processus mis en place bien avant lui par d'autres dirigeants américains. Il ne s'agit pas d'une rupture avec le passé mais bel et bien d'une continuité.

Cette violence qui caractérise les Etats-Unis, hier comme aujourd'hui, n'est toutefois qu'un instrument, un moyen au service des intérêts économiques des dirigeants et plus largement de la classe dominante américaine. Le général Smedley Butler (1881-1940) deux fois décoré de la médaille d'Honneur, la plus haute distinction militaire américaine, donne une description saisissante de cette symbiose entre violence et intérêts des classes dominantes : "Je suis passé par tous les grades d’officier, depuis celui de sous-lieutenant à celui de général de division. Et, au cours de cette période, j’ai passé le plus clair de mon temps comme homme de main de haut niveau au service du grand capital, de Wall Street et des banquiers. Bref, j’ai été un racketteur à la solde du capitalisme. (...) Durant toutes ces années, j’ai pratiqué un racket épatant, comme diraient les habitués du "café du coin". J’en ai été récompensé par des honneurs, des décorations, des promotions. Quand je me retourne sur mon passé, j’ai le sentiment que j’aurais pu rendre des points à Al Capone. Alors qu’il ne pouvait au mieux pratiquer son racket que dans trois quartiers, nous autres, les "marines", agissions sur trois continents."

Le milliardaire Trump ne se contente pas seulement de servir sa propre classe, il exploite également sa fonction de président pour s'enrichir personnellement : "Il a consacré toute son énergie et sa créativité à l'exploitation de la présidence — à découvrir combien d'argent les particuliers, les entreprises et les autres nations sont prêts à lui verser dans l'espoir de mettre le pouvoir du gouvernement au service de leurs intérêts" écrivait le New York Times. La même source indique que Trump a amassé en une année seulement passée à la Maison-Blanche plus de 1,4 milliards de dollars. Rappelons que son administration est composée elle-même de plusieurs milliardaires dont certains font partie de la liste des donateurs de la transition présidentielle sans compter les richissimes hommes d'affaires ainsi que ses proches qui ont financé grassement sa campagne électorale. Au-delà de sa propre famille, de cercle d'amis et de donateurs, Trump est au service des intérêts économiques de la bourgeoisie qu'il représente au détriment des ouvriers américains. C'est un gouvernement de riches, par les riches et pour les riches.

Mais les luttes sociales encore très timides et multiformes commencent à s'organiser contre cette violence des riches. Les mobilisations de Minneapolis, les manifestations "No Kings", les "villes sanctuaires", la résistance des artistes, des juristes... s'inscrivent dans le cadre de cette contestation croissante et variée.

Cette situation n'est cependant pas nouvelle. Les Etats-Unis ont connu dès leur naissance des présidents très fortunés dont la mission première, même s'ils ont profité personnellement du système, était de servir leur classe sociale. Cette "mission" s'est toutefois heurtée à des résistances aussi héroïques que tragiques des esclaves, des Indiens (4), des blancs pauvres (5), des mexicains et bien d'autres encore. Les premiers présidents américains de George Washington (1789-1797) à Zachary Taylor (1849-1850) en passant par Thomas Jefferson (1801-1809), James Madison (1809-1817), James Monroe (1817-1825) et Andrew Jackson ( 1829-1837) étaient tous à la fois riches et esclavagistes. Récemment l'administration Trump a voulu effacer la vérité historique et enterrer le passé esclavagiste de son illustre prédécesseur en retirant les expositions relatives à la possession d'esclaves par le premier président des Etats-Unis George Washington sur le site de son ancienne Maison à Philadelphie. L'esclavage américain, écrivait Howard Zinn, était "le plus cruel de toute l'histoire de l'humanité" (6).

Pourtant le célèbre paragraphe de la Déclaration d'indépendance de 1776 dit clairement : "Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : que tous les hommes sont créés égaux ; qu'ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables ; que parmi ces droits figurent la vie, la liberté et la recherche du bonheur." Précisons que le principal auteur de cette Déclaration n'est autre que le 3e président des Etats-Unis, Thomas Jefferson qui possédait plusieurs centaines d'esclaves! Même si la nation américaine est fondée sur l'idée de liberté et d'égalité entre les hommes, cela n'a nullement empêché ses dirigeants de tirer une grande partie de leurs revenus de l'exploitation des esclaves dans des conditions infrahumaines!

Le sort des Indiens n'était pas plus enviable. Trois présidents se sont distingués par leur violence et leur cruauté envers les populations indigènes dans le but d'obtenir le contrôle total sur les ressources, les terres et l'implantation des colons américains. Il s'agit de Andrew Jackson (7e président), de Wiliam Henry Harrison (9e président) et de Zachary Taylor (12e président). On a justifié à l'époque ces massacres et ces déportations par le fait que les Etats-Unis avaient une mission divine d'étendre leur civilisation et leur démocratie sur l'ensemble du territoire nord-américain de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique; c'est la doctrine de la "Destinée manifeste". C'est cette même doctrine que le président James K. Polck a utilisée pour justifier la conquête du territoire mexicain, en plus d'une série de mesures prises par ce président démocrate qualifiées par les historiens de manipulations et de provocations. C'était une guerre d'invasion marquée par une intense violence non seulement sur le plan des affrontements militaires et des pertes humaines, mais aussi au niveau de ses conséquences territoriales. Le Traité Guadalupe Hidalgo ratifié en 1848 a contraint le Mexique à céder 55 % de son territoire : la Californie, le Nevada, l'Utah, la majeure partie de l'Arizona et du Colorado, le Nouveau-Mexique et des parties de l'Oklahoma, du Kansas et du Wyoming. La guerre était également alimentée par un sentiment de supériorité raciale et de violentes campagnes anti-mexicaines. L'annexion massive des territoires mexicains a immédiatement posé la question du statut de l'esclavage entre le Sud esclavagiste et le Nord en pleine industrialisation. Car derrière la guerre américano-mexicaine se cachait la détermination des sudistes d'étendre l'esclavage aux nouveaux territoires alors que le Nord s'y opposait farouchement. La guerre contre le Mexique a permis d'agrandir le territoire des Etats-Unis tout en exacerbant les contradictions internes sur l'esclavage contribuant à déclencher, une dizaine d'années plus tard, la guerre de Sécession, "l'une des plus sanglantes que l'humanité eut connues jusque-là" (7).

En février 2026, la Maison-Blanche a publié une déclaration signée par Trump intitulée "notre victoire dans la guerre américano-mexicaine" donnant une présentation très contestée de cette guerre. Par cette instrumentalisation de l'histoire, Trump cherche à masquer les contradictions sociales intérieures qui déchirent la société américaine par des guerres expansionnistes extérieures.

On ne peut comprendre la violence politique menée aujourd'hui par Trump sans la situer dans son cadre historique. Elle est en quelque sorte la résurgence, dans des conditions et circonstances bien différentes, de la violence des premières décennies des Etats-Unis. Trump est le résultat nécessaire des développements des rapports sociaux antérieurs. Il est le bénéficiaire d'une longue et violente tradition de la politique américaine. Au pouvoir aujourd'hui, il cherche par sa brutalité, sa radicalité et ses outrances à perpétuer, dans un contexte nouveau, cette tradition. En dernière analyse il s'efforce, en inventant en permanence des boucs émissaires à l'intérieur et des ennemis à l'extérieur, de dissimuler la contradiction fondamentale entre riches et pauvres pour mieux servir sa propre classe, celle des possédants qui l'a hissé à la tête de l'Etat.

Mohamed Belaali

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(1)Cité par Tariq Ali in "Bush à Babylone". La fabrique éditions, 2004. Page 216.

(2)F. Engels "Le rôle de la violence dans l'histoire". Editions Sociales, 1976. page 37.

(3)Tariq Ali dans "Le Choc des intégrismes". Textuel. 2002. p 295.

(4)Hward Zinn "Une histoire populaire des Eats-Unis". Agone 2003. Chapitre 7, page 149.

(5)Ibid, chapitre 10, page 245.

(6)Op. Cit. Page 37.

(7)Op. Cit. Page 223.

 

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3 février 2026 2 03 /02 /février /2026 11:33

 

Trump et les dirigeants européens derrière lui, se déchaînent en ce moment contre l'Iran. Ils mènent une hystérique propagande contre la République islamique. Trump a même brandi à plusieurs reprises la menace d'une intervention militaire en concentrant une immense "armada" dans le golfe Persique juste en face de l'Iran. Ils veulent libérer le peuple iranien de la dictature des mollahs comme ils ont libéré le peuple afghan, yougoslave, irakien, libyen, syrien et dernièrement le peuple vénézuélien. Tout en versant des larmes de crocodile sur le peuple iranien, ils continuent à soutenir militairement, financièrement et moralement le génocide à Gaza. Trump qui est à la tête d'un Etat policier qui glisse chaque jour davantage dans le fascisme se présente comme le libérateur de tous les peuples opprimés. Lui qui méprise et terrorise sa propre population se préoccupe maintenant du sort et du bien-être du peuple iranien!

"Patriotes iraniens, continuez à manifester, prenez le contrôle de vos institutions." disait Trump en ajoutant "l'aide est en route" sans préciser laquelle. Mais les peuples vénézuélien, irakien, libyen etc. savent très bien ce que cette "aide" signifie : la mort, la désolation et l'asservissement. Que reste-t-il par exemple d'un pays comme la Libye naguère prospère et laïque après l'intervention militaire américaine ? Règlements de comptes, violence ethnique, corruption généralisée, milices surarmées formées d'anciens "rebelles" se retournant les unes contre les autres, tribus réclamant leur autonomie, pouvoir central impuissant et compagnies pétrolières étrangères pompant allègrement le pétrole du peuple libyen.Voilà à quoi ressemble la Libye d'aujourd'hui. Et que dire du kidnapping du président Nicolas Maduro et sa femme Cilia Flores pour s'emparer du pétrole du Venezuela au mépris de toutes les lois et conventions qui régissent les relations entre nations? Pour Trump, le droit c'est le droit du plus fort. Il a le sentiment d'être le maître du monde. Il n'a pas "besoin du droit international". La seule limite à son pouvoir est comme il le disait lui-même : "Ma propre morale. Ma propre conscience. C'est la seule chose qui puisse m'arrêter". Mais Trump, le nouveau César est le produit de la violence impérialiste américaine. Cette violence fait partie intégrante de l'histoire des Etats-Unis : du génocide des populations indigènes à la terreur d'Etat qui se déroule sous nos yeux aujourd'hui en passant par l'esclavage et les guerres de l'empire avec leurs millions de morts.

En réalité, derrière cette intense propagande et ces menaces directes contre la République islamique se cache, comme "un troupeau d'éléphants derrière une tige de bambou", la volonté des Etats-Unis et de ses caniches européens de mettre la main sur sa richesse pétrolière et sur son programme nucléaire.

Comme au Venezuela, Trump veut, par la violence, que les majors pétrolières américaines comme ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips et bien d'autres puissent pomper tel un vampire le pétrole iranien sans trop d'entraves. Mais pour mieux comprendre l'empressement de Trump à s'emparer du pétrole iranien, il est nécessaire d'invoquer l'histoire. Car l'agressivité des américains envers l'Iran ne date pas d'aujourd'hui. En effet, dans les années cinquante, Mohammad Mossadegh (1879-1967) élu démocratiquement au parlement iranien avait proposé la nationalisation de l'industrie pétrolière dominée par les compagnies américaines et britanniques. Cette proposition a été adoptée sous forme de loi en mars 1951. Mossadegh fut nommé premier ministre et le Chah a quitté le pays pour l'exil. Redoutant que cette décision ne s'étende à d'autres pays du Moyen-Orient, les américains et les anglais ont renversé le gouvernement Mossadegh en 1953 par un coup d'Etat organisé par la CIA et les services secrets britannique M16. C'est l'opération Ajax. La résidence du premier ministre iranien est bombardée faisant plusieurs victimes comme lors de l'enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse le 3 janvier 2026. Mossadegh a été arrêté, emprisonné et finalement assigné à résidence jusqu'à sa mort le 5 mars 1967. Son crime était d'avoir nationalisé le pétrole de son pays. Les Etats-Unis ont remis à nouveau le chah sur le trône et leurs compagnies pouvaient désormais exploiter à leur guise le pétrole iranien. Soutenu et protégé par les américains, le chah installe alors en Iran l'une des plus féroces dictatures au monde grâce à sa célèbre police politique, la SAVAK mise en place avec l'aide de la CIA. En éliminant toutes les alternatives progressistes et laïques, le chah a ouvert la voie à la révolution de 1979 et la prise du pouvoir par les religieux.

Les américains n'ont en fait jamais accepté la disparition de cette dictature. La chute du régime du chah est un coup dur porté à leurs intérêts dans la région. Le fait que cette République religieuse nationalise ses richesses pétrolières et gazières a suffi pour placer l’Iran sur "l’Axe du Mal" parmi les "États voyous". Les Etats-Unis n'ont pas supporté non plus que l'Iran devienne une puissance nucléaire. D'ailleurs l'une des exigences de Trump est l'abandon par le gouvernement iranien de son programme nucléaire : " Washington fait pression pour un arrêt définitif de tout enrichissement d'uranium et la destruction de tous les stocks iraniens actuels". Ici Trump ne parle plus des manifestants, des morts, etc. Il les a déjà oubliés! Rappelons également que les Etats-Unis, en coordination avec Israël, ont déjà attaqué des sites nucléaires iraniens dans la nuit du 21 juin 2025. Car il y a trop de pétrole dans cette région explosive. Il faut que les américains puissent accéder sans trop de contraintes à cette richesse indispensable à leur économie et, partant, aux profits de leurs compagnies pétrolières. La création de l'État d'Israël dans cette région du monde répond aussi à cette impérieuse nécessité. Ce n'est pas un hasard si cet État est la seule puissance nucléaire et dont les grands médias occidentaux n'en parlent (du nucléaire israélien) pour ainsi dire jamais. C'est le gendarme des américains dans la région. Aucun autre pays du Moyen Orient ne peut développer un programme nucléaire sans qu'Israël et les Etats-Unis ne réagissent très violemment. Ainsi en 1981 Israël, qui redoutait que l'Irak ne se dote de l'arme nucléaire, a totalement détruit le réacteur Osirak. Aujourd'hui, il est insupportable pour ces deux pays que l'Iran devienne à son tour une puissance nucléaire. Détruire les installations nucléaires iraniennes est devenu l'obsession des dirigeants américains et israéliens.

Donc ce ne sont ni les manifestations contre le gouvernement iranien, ni les morts, ni la démocratie, ni les droits de l'homme qui motivent aujourd'hui cette hystérique propagande et cette menace d'une intervention militaire contre l'Iran, mais bel et bien, pour l'essentiel, sa richesse pétrolière et son programme nucléaire. Les iraniens sont capables, comme les autres peuples, de régler eux-mêmes leurs problèmes. Ils n'ont surtout pas besoin des pays impérialistes dont toute l'histoire est chargée de conquêtes coloniales, de crimes et d'asservissement des peuples.

 

Mohamed Belaali

 

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3 janvier 2026 6 03 /01 /janvier /2026 19:29

 

Les Etats-Unis agressent aujourd'hui le Venezuela comme ils ont agressé des dizaines de pays dans le passé et continueront à agresser d'autres nations dans l'avenir. Poussé par la recherche effrénée du profit, l'impérialisme américain tente par tous les moyens de soumettre les peuples de la planète. Esclavage, colonialisme, néocolonialisme etc., son histoire n'est que pillage, par la violence et la cruauté, des richesses des peuples. Vouloir installer au Venezuela par la force un gouvernement à leur botte, les Etats-Unis ne font que perpétuer cette logique hégémonique et despotique. L'impérialisme est toujours et partout l'ennemi des peuples.

"Le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde aujourd'hui, mon propre gouvernement" disait Martin Luther King. Dans ce sens, il n'est pas inutile de rappeler quelques dates parmi les plus violentes de l'histoire des États-Unis :

  • 1945 utilisation des armes nucléaires contre les populations civiles d'Hiroshima et de Nagasaki. Bilan : 200 000 morts.

  • Guerre contre le Vietnam entre 1960 et 1975 : 2 millions de morts côté vietnamiens et 50000 soldats américains tués.

  • 1973 Coup d'Etat militaire du général Pinochet au Chili avec le soutien des Etats-Unis : le nombre de morts est estimé à 3 200 en plus des 38 000 personnes torturées.

  • Première guerre contre l'Irak (1990) : entre 50 000 et 100 000 morts irakiens.

  • 1999 guerre de l'OTAN, bras armé des Etats-Unis, contre la Yougoslavie : 100 000 morts selon l'ONU.

  • Deuxième guerre contre l'Irak (2003) : le nombre de victimes irakiennes n'est pas connu avec certitude. Les estimations vont de 100 000 à plus d'un million de morts.

  • 2015 participation avec l'Arabie Saoudite à la guerre du Yémen qui a fait 377 000 morts.

  • En 2024, les Etats-Unis avec l'aide du Royaume Uni bombardent à nouveau le Yémen. Le nombre de victimes reste inconnu.

  • Etc. Etc. 

    Par ailleurs, Trump traite le président du Venezuela Nicolas Maduro qu'il vient de kidnapper avec sa femme, de dictateur et son régime de narcotrafiquant. Là encore il faut rappeler quelques faits historiques qui ont marqué le XXe siècle. Le nombre de dictateurs installés ou soutenus par les Etats-Unis à travers la planète est impressionnant : Artur da Costa e Silva au Brésil, Juan Carlos Onganía et Videla en Argentine, le régime somoziste au Nicaragua, Maximiliano Hernández Martínez au Salvador, le régime de Fulgencio Batista à Cuba, de Marcos Pérez Jiménez au Venezuela, de Banzer en Bolivie, Soeharto en l'Indonésie, Marcos aux Philippines, Musharraf au Pakistan. Hosni Moubarak en Egypte etc. etc. Après le colonialisme européen qui a tenu dans la servitude près de la moitié de la population mondiale, les Etats-Unis sont devenus, grâce à leur supériorité économique, les nouveaux oppresseurs des peuples.

Mohamed Belaali

 

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