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Le 17 juillet 2026, la Chine a organisé une conférence mondiale sur l'Intelligence Artificielle (IA) à Shanghai. Cet événement a été marqué par le lancement officiel de l'Organisation mondiale de coopération en intelligence artificielle (Waico). Présidée par Xi Jinping, elle témoigne de la volonté de la Chine de devenir non seulement le leader de l'IA, mais aussi du Sud global dans sa contestation de l'hégémonie numérique américaine. Mais les ambitions de la Chine vont bien au-delà de l'Intelligence Artificielle qui n'est que l'aspect apparent d'une stratégie numérique totale. La confrontation englobe aussi les normes internationales, les télécommunications, les satellites, les semi-conducteurs, les câbles sous-marins, le Cloud etc. Il ne s'agit pas d'une simple compétition technologique ou commerciale entre les deux nations, mais d'une guerre existentielle pour la maîtrise et le contrôle de la révolution numérique. Pour la Chine, la conférence de Shanghai s'inscrit entièrement dans cette perspective.
Pour maintenir leur hégémonie numérique et contenir l'ascension de la Chine, les Etats-Unis mobilisent leurs géants technologiques comme Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta, SpaceX, Nvidia et Apple en plus d'une multitude de start-ups (entreprises privées non cotées en bourse et en forte croissance) parmi lesquelles OpenAI, Anthropic, Perplexity etc. Ils s'appuient également sur des modèles fermés et payants. OpenAI ou Anthropic par exemple, ne publient pas leurs codes et leurs paramètres pour se protéger de la concurrence et garder leur avantage technologique et commercial afin de maximiser leurs profits. La stratégie américaine est donc intimement liée à la puissance du grand capital incarné par ces entreprises et par les fonds de capital-risque qui injectent des sommes colossales dans la recherche, le développement, l'innovation, centres de données etc. Récemment, six institutions de Wall street se sont associées à Nvidia pour récolter 500 milliards de dollars qui " seront notamment dirigés vers des laboratoires IA de pointe et des plateformes cloud."
L'Etat fédéral joue, lui aussi, un rôle crucial dans le maintien de cette hégémonie. En juillet 2025, la Maison Blanche a publié son plan d'action de l'Amérique pour l'IA qui "trace une voie décisive pour consolider la domination américaine en intelligence artificielle ".
Mais les Etats-Unis vont beaucoup plus loin dans leur guerre sans trêve contre la Chine. Ils ont adopté toute une série de mesures visant à freiner l'avancée technologique de ce pays. Cette volonté d'exclusion se traduit par des contrôles à l'exportation, des sanctions voire des interdictions et par des pressions diplomatiques exercées sur leurs alliés. Certaines entreprises chinoises comme Huawei par exemple, sont inscrites sur la "liste noire" qui interdit aux sociétés américaines de leur vendre des biens et des services sans licence spécifique. Dernièrement, l'administration Trump envisage d'interdir purement et simplement les modèles chinois de haute performance comme Kimi k3, DeepSeek ou encore GLM-5.2.
Au-delà des sanctions et des contrôles directs, les Etats-Unis exercent une certaine pression sur leurs alliés pour qu'ils adoptent des positions compatibles avec leur propre stratégie. C'est dans ce cadre qu'il faut situer la déclaration diplomatique signée par 35 pays alliés de Washington le 25 juin 2026 connue sous le nom de l'AI Opportunity Statement. Les américains cherchent, en réalité, à créer un front uni contre le développement technologique fulgurant de la République populaire de Chine. Un exemple ancien mais significatif est celui de Huawei : les américains et leurs alliés ont soumis l'entreprise chinoise à des restrictions drastiques qui empêchent l'intégration du matériel chinois dans les réseaux 5G et autres infrastructures numériques.
La stratégie chinoise remet radicalement en cause la domination américaine et propose une alternative séduisante, notamment pour le Sud global. La Chine investit massivement dans le développement de ses propres modèles d'intelligence artificielle, dans les supercalculateurs comme LineShine, sacré comme l'ordinateur le plus rapide du monde, dans les puces électroniques, les réseaux 5G et 6G etc. Elle s'appuie sur ses grandes entreprises telles que DeepSeek, Kimi (Moonshot), Qwen (Alibaba), Z.AI, Tencent, Baidu, ByteDance, MiniMax, Huawei et bien d'autres.
Contrairement aux Etats-Unis où les géants du numérique se développent grâce au capital privé avec le soutien de l'Etat, les entreprises chinoises s'inscrivent, quant à elles, dans une stratégie industrielle nationale définie par l'Etat et le Parti communiste. La Chine encourage également ses entreprises à développer des modèles ouverts (open source ou open weight) moins coûteux et accessibles à tous. C'est le président chinois qui disait lors de la conférence de Shangai : " (...) une corde ne fait pas la musique et un arbre ne fait pas la forêt. Le développement de l’IA ne doit pas être le solo d’un seul pays, mais la symphonie de la coopération internationale".
Les modèles ouverts chinois permettent une diffusion mondiale et une adoption massive par les développeurs. D'ailleurs, de plus en plus d'entreprises américaines utilisent la technologie chinoise pour réduire leurs coûts. Les modèles ouverts constituent à la fois un moyen de coopération internationale et une alternative à la domination américaine.
La stratégie numérique chinoise à l'égard du Sud global constitue le terrain de confrontation le plus dynamique de la République populaire. La Chine se présente comme une alternative pour les pays du Sud global. Sa stratégie s'articule essentiellement autour de la Route de la soie numérique. Elle vise à étendre le savoir-faire technologique de la Chine aux pays économiquement moins développés des trois continents souvent délaissés par l'occident.
A l'inverse des solutions américaines conçues pour les pays riches, la Chine propose aux pays du Sud global, confrontés à des budgets limités, des infrastructures et des modèles moins coûteux avec des conditions de financement attractives. On peut ajouter également que les modèles chinois sont souvent adaptés aux contextes linguistiques et culturels locaux,
Au-delà des infrastructures et des modèles, la Chine est également active dans le domaine de la coopération en matière d'IA avec le Sud global. C'est la dimension diplomatique et institutionnelle de la stratégie de la République populaire. Ainsi, lors de la conférence de Shanghai en juillet 2026, elle a annoncé la création de l'Organisation mondiale de coopération sur l'intelligence artificielle (Waico). Il s'agit d'une alliance de 29 pays du Sud global dont l'Indonésie, le Brésil, la Malaisie, le Vietnam, l'Afrique du Sud, la Russie, le Sénégal. Son objectif, comme son nom l'indique est de
promouvoir la coopération entre les pays : "Elle vise à promouvoir la coopération internationale et la gouvernance mondiale de l'IA, en veillant à ce que l'IA soit bénéfique, sûre et équitable, et en favorisant ainsi son développement sain et ordonné au profit de toute l'humanité."
Cette approche chinoise qui combine infrastructures et coopération multilatérale en matière de l'IA, offre aux pays du Sud global une alternative concrète qui leur permet de réduire leur dépendance technologique à l'égard des géants américains.
L'hégémonie américaine est le fruit d'une stratégie menée de bout en bout par le grand capital incarné par les géants de la technologie en liaison étroite avec l'Etat. Musk, Zuckerberg, Altman, Huang, Pichai, Nadella, Bezos, Amodei, Cook et quelques autres concentrent entre leurs mains un immense pouvoir économique et politique dans le domaine du numérique et de l'intelligence artificielle. Ces milliardaires, aidés par l'Etat, savent qu'ils ne peuvent dominer le marché mondial du numérique et de l'intelligence artificielle pour maximiser leurs profits sans exclure la République populaire.
Cependant, la Chine a su, sous la direction du Parti communiste, concilier progrès technique et initiatives audacieuses en faveur du Sud global. Elle a démontré qu'une autre voie, plus ouverte, plus abordable et plus orientée vers l'adoption massive, est possible. Contrairement à la stratégie américaine fermée et centrée uniquement sur le profit, l'alternative chinoise est résolument orientée vers un avenir inclusif.
Mohamed Belaali
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