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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 05:09

 

Je graverai le numéro de chaque parcelle

de notre terre violée

et l’emplacement de notre village et ses limites

et ses maisons qu’ils ont dynamitées

et mes arbres qu’ils ont déracinés

et toutes les fleurs sauvages qu’ils ont arrachées

afin de me souvenir.

Je graverai inlassablement

toutes les saisons de mes douleurs

toutes les saisons de l’infortune

de la graine

à la coupole

sur l’olivier

dans la cour de ma maison.

 

Tawfik Zayyad est un poète palestinien né à Nazareth en 1929 et décédé en 1974. Zayyad était à la fois maire de Nazareth, député à la Knesset (parlement israélien) et dirigeant du parti communiste d'Israël, le Rakah, qui rassemblait des militants juifs et arabes.

Internationaliste et communiste, Zayyad était profondément palestinien. Même s'il a écrit des poèmes en l'honneur des travailleurs et des poètes progressistes du monde, sa poèsie se confond avec cette terre tant aimée, cette"terre violée" de la Palestine. Zayyad ressentait, peut être plus que les autres poètes palestiniens, la tragique histoire de la Palestine et de son peuple qui lutte toujours pour sa survie. "Le drame que je vis est ma part de vos tragédies" écrivait-il dans l'un de ses poèmes :

Je vous appelle

Je serre vos mains

J’embrasse la terre sous vos pieds

Et je dis : je vous donne ma vie

Je vous offre la lumière de mes yeux

Et la chaleur de mon coeur

Le drame que je vis est ma part de vos tragédies.

Face à mes oppresseurs je me suis dressé
Orphelin, nu, déchaussé

J’ai préservé l’herbe verte sur les tombes de mes ancêtres

 

Comme d'autres palestiniens, Zayyad n'a pas quitté sa Galilée natale; il voulait disait-il garder l'ombre des orangers et des oliviers de la Palestine :

Ici nous resterons

Gardiens de l'ombre des orangers et des oliviers

Si nous avons soif nous presserons les pierres

Nous mangerons de la terre si nous avons faim mais nous ne partirons pas !!

Ici nous avons un passé un présent et un avenir

 

Mais Zayyad n'a pas oublié ceux de son peuple arrachés à leur terre (La Nakba) et contraints à l'exil et au déracinement. Le 15 mai de chaque année, les palestiniens commémorent cettte catastrophe pour rappeler à Israël et au monde entier qu'ils ne renonceront jamais à leur droit légitime au retour :

Mes bien-aimés

Avec mes paupières je bâtirai la route de votre retour

Avec mes paupières.

Je guérirai votre blessure, balaierai les épines de la route

Avec mes cils

Et de ma chair je construirai le pont du retour

 

Contre la force et la violence de l'occupant israélien, Zayyad opposait la puissance de sa poésie. Cette poésie simple, émouvante, populaire et tragique a circulé d'abord sous les tentes des camps de réfugiés, dans les prisons avant d'être lue, apprise et chantée dans toute la Palestine et dans tout le monde arabe. La poésie de Zayyad a réussi à briser le cercle étroit, confidentiel et élitiste dans lequel est confinée la poésie en général pour s'emparer des masses opprimées palestiniennes et arabes. La poésie subversive de Zayyad dérangeait. Arrêté, incarcéré et torturé, l'occupant israélien voulait étouffer la voix du poète.

 

Tawfik Zayyad est mort dans un accident de voiture dans des circonstances troubles. Il nous a laissé une moisson abondante de poèmes se transmettant de générations en générations.

Parmi ses recueils on peut citer, J'étreins vos mains, Enterrez vos morts et levez-vous, Paroles de combat, Communistes, Chants de révolte et de colère, Captifs de la liberté etc.

Son oeuvre n'a toujours pas été traduite en français. Le lecteur francophone est ainsi privé d'une poésie lumineuse à la fois authentiquement palestinienne et universelle.

 

Mohamed Belaali

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11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 15:43

La journaliste palestinienne de la chaîne Al-Jazeera, Shireen Abou Aqleh, a été assassinée par l'armée israélienne aujourd'hui mercredi 11 mai 2022 à Jénine en Cisjordanie occupée. La journaliste qui portait pourtant son gilet "Presse" a été abattue par une balle dans la tête. Elle était âgée de 51 ans. Née en 1971 à Jérusalem de parents arabes chrétiens, Shireen était la journaliste la plus célèbre d'Al-Jaseera en langue arabe. Elle "couvrait comme disait la journaliste Nida Ibrahim le quotidien des palestiniens". Toujours présente sur le terrain, Shireen ne reculait jamais. "Elle a couvert une multitude d’événements palestiniens historiques - la bataille de Jénine, la deuxième Intifada, les multiples raids israéliens. Elle n’a jamais reculé, elle recueillait les preuves, rassemblait les indices, dévoilait les crimes. Ici, toutes les allées des camps de réfugiés en Palestine l’ont vue passer, tous les quartiers des villes… C’est elle qui donnait une voix aux sans-voix, qui allait voir les familles des martyrs, des blessés, des prisonniers" disait Dia al-Adam le présentateur pour la chaîne Palestine TV.

Cet assassinat s'ajoute à la longue liste des journalistes palestiniens tués par l'armée d'occupation sans compter les dizaines de journalistes détenus derrière les barreaux des prisons israéliennes.

Ce nouveau crime restera comme tous les crimes d'Israël impuni. Car Israël est un Etat au-dessus de toutes les lois. C'est un Etat qui viole tous les jours le droit international et toutes les résolutions de l'ONU. C'est un État qui défie tous les peuples et tous les autres États du monde. C'est un Etat qui tue froidement hommes et femmes, enfants et vieillards, filles et garçons. C'est un État qui pratique des crimes de guerre en toute impunité. C'est un État qui bombarde sans scrupules, écoles, hôpitaux, ambulances, maisons d'habitation, lieux de culte et centre d'information de la presse internationale.

 

Mohamed Belaali

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14 avril 2022 4 14 /04 /avril /2022 06:14

 

 

 

"Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux". Étienne de La Boétie

 

 

Le candidat des riches sera probablement président de la République pour la deuxième fois consécutive. Il s'agit d'un "coup d'Etat" habilement orchestré par le pouvoir financier et patronal au profit d'une minorité d'exploiteurs. Si Macron est élu, il prolongera l’œuvre de destruction et de liquidation, entamée par ses prédécesseurs et lui-même, de ce qui reste encore des avancées sociales arrachées de haute lutte aux patrons par des générations successives de travailleurs. Macron poursuivra avec zèle une politique de paupérisation systématique des classes populaires et l’enrichissement d’une minorité d'oppresseurs. Mais pour produire l'illusion du changement et donner l'impression de créer quelque chose de tout à fait nouveau, Macron et son équipe doivent travestir la réalité. Le nouveau Macron pour se distinguer de l'ancien doit jouer une nouvelle comédie, avec un déguisement différent, sur la scène politique française. Étrange démocratie qui avec la complicité d'une majorité sert toujours les intérêts d'une minorité !

 

Pour placer Macron à la tête de l'Etat, la classe dominante, à travers ses médias, ses instituts de sondages, ses intellectuels et ses experts, exerce une terrible pression sur les citoyens. Hommes et femmes politiques de "gauche" et de droite, grands patrons, chercheurs scientifiques, journalistes, artistes et autres sportifs sont ainsi mobilisés pour "faire barrage" à Marine Le Pen. Le joker Rassemblement national sera utilisé le moment venu pour servir les mêmes intérêts.

 

Macron a pour lui les puissants, les médias, les instituts de sondages, l'armée, la police etc.Victor Hugo disait de Napoléon le petit : " M. Louis Bonaparte a réussi. Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte" .

 

La propagande bat son plein. Les grands médias, tous entre les mains des groupes industriels et financiers, incitent la population à voter plutôt Macron que Le Pen. Les valeurs républicaines sont brandies de manière incantatoire. Toute voix discordante qui appelle au boycott, à l'abstention et au vote blanc est suspectée, marginalisée ou tout simplement censurée. Il faut, vaille que vaille, voter Macron.Tous les moyens, petits et grands, sont utilisés pour répandre «la vérité» de la classe dominante et faire élire le candidat des riches perpétuant ainsi les privilèges et les injustices de l'ordre établi.

 

Le parti fasciste était présenté durant toute la campagne électorale avant le premier tour comme un parti "normal" et son nationalisme xénophobe et antisémite édulcoré, banalisé. Les sondages annonçaient systématiquement Marine Le Pen présente au deuxième tour. Le parti d'extrême droite bénéficiait d'une couverture médiatique impressionnante. L'hydre Rassemblement national était grassement nourri pour servir d'épouvantail entre les deux tours, facilitant ainsi l'élection du candidat des puissants, Emmanuel Macron. La classe dirigeante après avoir tout fait pour que Marine Le Pen soit présente au deuxième tour, "diabolise" hypocritement et cyniquement maintenant le Rassemblement national. La bourgeoisie dont le fascisme et le nazisme sont sortis de ses entrailles feint de découvrir que le parti de Marine Le Pen peut être dangereux.

 

Macron, Le Pen sont deux têtes du même monstre, le capitalisme. Ils sont le produit authentique de la dictature du capital. Ils sont les ennemis du peuple.

 

Slogan sur les murs de la Sorbonne occupée

 

 

Les travailleurs et tous les opprimés doivent s'attendre à un quinquennat effroyable avec la poursuite des politiques exclusivement au service des riches. Les conséquences seront terribles pour la population : chômage de masse, précarité, destruction des services publics, démantèlement de ce qui reste

 

encore du droit du travail, recul de l'âge de départ à la retraite à 64 ou 65 ans entraînant inévitablement l'augmentation du nombre de personnes cumulant vieillesse et pauvreté. Cette misère des plus démunis n'aura d'égale que la richesse d'une classe de parasites dont Macron est aujourd'hui comme hier le porte parole politique. Macron ne voit dans les classes populaires qu’une masse infâme, des êtres sans dignité, déshumanisés. Sombre avenir pour une partie de la population de plus en plus importante.

 

Macron ou Le Pen utiliseront l'Etat et son appareil idéologique et répressif pour masquer cette cruelle réalité afin d'éviter toute révolte et toute résistance d'envergure. Les richesses doivent, sous le règne de Macron ou de Le Pen, rester, vaille que vaille, concentrées entre les mêmes mains. Macron ou Le Pen maintiendront l'état d'urgence. Ils vont contrôler, surveiller, ficher, réprimer, bref il vont terroriser les citoyens qui refusent de courber l’échine. Rappelons quand même que Macron et la classe qui est derrière lui, effrayés par le Mouvement des Gilets jaunes, ont fait 2 morts, 24 éborgnés, 5 mains arrachées, 315 blessés graves à la tête, 11000 personnes placées en garde à vue et 3000 condamnations (ici). Cette violence d'Etat a été condamnée par le Défenseur des Droits , Amnesty International, l'ONU, le Parlement européen, et par le Conseil de l'Europe. Le régime de Macron et toutes les fortunes qui sont derrière lui, ne tient que par la répression, le mensonge et la propagande. Macron n'est pas un rempart contre le fascisme.

 

Sous le régime de Macron ou de Le Pen, Les travailleurs, les salariés en général, la jeunesse et tous les opprimés doivent partout amplifier la guerre sociale. Car l'un ou l'autre, même s'il y a une différence de degré et non d'essence, sont les ennemis du peuple et du progrès. Ils n'ont d'autres choix que de mener des luttes quotidiennes pour améliorer temporairement leur situation sans jamais renoncer au combat politique de classe contre classe.

 

 

Mohamed Belaali

 

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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 06:05

 

Après l'invasion militaire et l'occupation des terres palestiniennes, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Union Européenne, le Canda, le Japon, l'Australie etc. se déchaînent en ce moment contre Israël.

En réaction à cette invasion, les pays occidentaux ont promis aux palestiniens de mettre immédiatement un terme au soutien financier, militaire et politique à l'Etat hébreux.

Le mépris et l'arrogance de cet Etat pour les résolutions des Nations Unies ne seront désormais plus tolérés.

Les réfugiés palestiniens qui fuient l'occupation ont reçu un immense élan de solidarité et sont accueillis à bras ouverts par tous les pays voisins et même par l'Europe.

"Stand up for Palestine", une campagne mondiale de collecte de fonds sur les réseaux sociaux réunira les grandes stars internationales pour soutenir les efforts humanitaires en faveur des palestiniens.

Des sanctions sont adoptées dans tous les domaines y compris dans le sport. Israël est déjà exclu du système financier international SWIFT. Les avoirs étrangers de la Banque Centrale israélienne sont gelés. Des centaines de marques et enseignes occidentales ont quitté Israël. D'autres mesures encore plus radicales sont en préparation.

Plusieurs pays ont annoncé l'expulsion d'ambassadeurs et diplomates de l'Etat hébreux. Des biens mobiliers et immobiliers des riches israéliens sont gelés à travers le monde. Des œuvres d'art des musées israéliens sont saisies en Finlande. Les espaces aériens sont fermés aux compagnies et aux avions israéliens.

Joe Biden, Boris Johnson, Ursula von der Leyen, Olaf Scholz, Justin Trudeau, Emmanuel Macron ... ont appelé à boycotter les exportations israéliennes tant qu'Israël ne se retire pas des territoires occupés.

La communauté internationale condamne dans les termes les plus forts les atrocités commises par les forces armées israéliennes dans plusieurs villes palestiniennes occupées. Israël est accusé de crimes de guerre contre le peuple palestinien. Le président américain exige un "procès de guerre". La Cour pénale internationale a ouvert une enquête et la Cour internationale de justice a ordonné l’arrêt immédiat des bombardements sur Gaza. Désormais les attaques contre les centres de presse, les hôpitaux et le personnel soignant à Gaza ne seront dorénavant plus considérées comme des erreurs ou des dommages collatéraux. L'utilisation du phosphore blanc, de l'Uranium Appauvri et des bombes à fragmentation contre les civils palestiniens et toutes les armes prohibées par les conventions internationales est interdite. Les Etats-Unis et leurs alliés de l'OTAN, dans un communiqué publié par tous les médias occidentaux, ont exigé d'Israël la levée immédiate du blocus militaire contre Gaza.

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Union Européenne, le Canada, le Japon, l'Australie etc. sont déterminés à imposer ces mesures afin que les deux peuples, palestinien et israélien, puissent vivre ensemble en paix comme ils l'ont déjà prouvé durant leur histoire commune. Car cette région du monde, comme disait le poète Mahmoud Darwish, souffre depuis très longtemps "d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d’amour et de paix".

 

Mohamed Belaali

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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 09:40

Profitant des soulèvements populaires dans le monde arabe en 2011, l’impérialisme américain et son caniche européen ont envahi la Libye. Le peuple libyen a été privé de sa révolution, de sa richesse et connaît une situation aussi tragique que celle que subit aujourd'hui le peuple irakien par exemple.

Cette intervention militaire a brisé également cet immense espoir, soulevé par la révolution tunisienne et égyptienne dans les masses arabes opprimées, pour une société meilleure débarrassée de la domination impérialiste et de ses serviteurs locaux.

Le régime de Kadhafi a été remplacé, au prix de milliers de morts, de destruction de l'infrastructure économique et de l'unité du peuple libyen, par des milices islamistes qui jusqu' à aujourd'hui encore continuent à s'affronter.

Le pays est ainsi ravagé par une guerre interminable entre milices rivales, alimentée par des puissances étrangères qui ne cherchent qu' à défendre leurs intérêts géopolitiques et piller les richesses du peuple libyen.

La violence, l'arbitraire et l'anarchie, au mauvais sens du terme, font partie intégrante du quotidien des libyens auxquels l'OTAN avait pourtant promis démocratie, liberté, respect des droits de l'Homme et prospérité. Aujourd'hui la situation économique d'une bonne partie de la population est désastreuse : Selon LVSL "En 2017, 60% de la population libyenne souffrait de malnutrition. 1,3 million de Libyens étaient en attente d’une aide humanitaire d’urgence, sur une population totale de 6,4 millions d’habitants. Cette situation catastrophique fait suite à l’intervention éclair de 2011 conduite par l’OTAN". Rappelons que la Libye avant l'intervention impérialiste était le pays le plus prospère de tout le continent africain.

Les minorités non-arabes, Berbères,Toubous et autres Touaregs revendiquent leurs spécificités culturelles et linguistiques. Les tensions avec les tribus arabes dominantes se règlent souvent les armes à la main faisant plusieurs dizaines de morts. Une des conséquences directes de cette intervention impérialiste est l'éclatement de la nation libyenne, construction récente et fragile, en entités plus ou moins indépendantes du pouvoir central et dominées par des tribus s'entretuant mutuellement.

L'unité et la souveraineté de la Libye ne sont désormais qu'un lointain souvenir. Aujourd'hui, l’État libyen ou tout du moins ce qu'il en reste est ainsi livré en proie à une féroce meute de hyènes.

Il faut dire que la Libye possède des ressources pétrolères, gazières et minières parmi les plus importantes au monde. Désormais les multinationales pétrolières peuvent pomper tels des vampires le pétrole libyen en toute quiètude.

L'intervention de l'OTAN en libye a rendu de surcoît la situation au nord Mali et la région du lac Tchad notamment plus instable et les conflits plus violents. L'impérialisme non seulement détruit le pays agressé, mais déstabilise également toute la région en dressant les unes contre les autres pour mieux les dominer, les communautés aux langues, religions et cultures différentes.

On ne peut parler de la Libye sans évoquer le sort cruel réservé aux travailleurs immigrés notamment africains. Le dernier rapport des Nations Unies publié en mars 2022 constate que la torture est une pratique systématique et généralisée et que "les personnes emprisonnées en Libye sont couramment détenues arbitrairement pendant des périodes prolongées. Elles seraient systématiquement torturées, violées ou menacées de viol, y compris sur des membres féminins de leur famille, et parfois tuées".

 

 

L'intervention impérialiste en Libye a fait des dizaines de milliers de victimes innocentes. Elle a détruit l'essentiel de l'infrastructure économique du pays. Elle a brisé l'unité de la nation libyenne. Les bourgeoisies américaines et européennes parlent inlassablement des Droits de l'homme, mais massacrent un peu partout les hommes qui leur tiennent tête.Toute leur histoire n'est que mépris et négation de l'homme. Privé de sa richesse, de son intégrité et de sa souveraineté, l'avenir pour le peuple libyen reste sombre. L'histoire nous a toujours enseigné que l'impérialisme est partout l'ennemi des peuples.

 

Mohamed Belaali

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24 mars 2022 4 24 /03 /mars /2022 06:59

Le 12 mars 2022, l'Arabie Saoudite a exécuté 81 détenus dans l'indifférence quasi-générale. Les gouvernements et les médias bourgeois, «profondément attachés aux droits de l'homme» se taisent lâchement sur cette cruauté et sur cette tuerie collective des Al Saoud alors que d'habitude ils réagissent promptement avec force et véhémence lorsqu'il s'agit des pays comme la Russie, la Chine, le Venezuela, Cuba etc. Leurs protestations et dénonciations sont comme toujours à géométrie variable. Leur hypocrisie et leur cynisme sont sans limites. Leur complicité avec ce royaume moyenâgeux est totale. Grâce à sa richesse pétrolière et son rôle de défenseur des intérêts impérialistes dans le monde arabe, le Royaume Wahhabite est l'un des régimes les plus protégés et les plus cruels au monde.

 

Pour comprendre cette cruauté du régime saoudien actuel, il faut revenir au XVIIIe siècle et plus exactement à l'époque de Mohammad Ibn Abdel Wahhâb (1703-1792) prêcheur fanatique, et le «mithaq» (pacte) qu'il a conclu en 1744 avec Mohammad Ibn Saoud, un émir qui rackettait ses propres sujets et ambitionnait de soumettre les autres tribus à son autorité. La violence de l'ultra-dogmatisme d' Ibn Abdel Wahhâb se manifestait non seulement dans ses discours (inégalité homme/femme, rigorisme des rapports sociaux etc.), mais surtout dans les châtiments corporels : lapidation à mort de l'adultère, amputation des voleurs, exécutions publiques, etc. Il s'agit à la fois d'une doctrine et d'une pratique.

Cette mise en pratique des prêches et les effets des châtiments cruels ont effrayé les chefs religieux. Contraint de quitter son oasis natale, Abdel Wahhâb se réfugia dans les bras d' Ibn Saoud, émir de la province de Najd. Ensemble ils ont créé le wahhabisme. Mais Ibn Saoud a su mettre le talent, la ferveur et l'énergie d'Abdel Wahhâb au service de ses ambitions personnelles : la religion au service de la politique. Le prêcheur du désert est devenu le serviteur exclusif de l'émir et donne ainsi une justification et une couverture religieuse aux ambitions politiques de son protecteur. Le wahhabisme est la rencontre entre le fanatisme religieux et le cynisme politique.

La dynastie des Al Saoud qui gouverne aujourd'hui l'Arabie Saoudite est née de cette alliance confessionnelle et politique. La découverte du pétrole dans les années trente n'a fait que renforcer cette instrumentalisation de la religion. L'Islam est utilisé comme idéologie de légitimation pour perpétuer le pouvoir et les privilèges du clan des Al Saoud.

La religion et le pétrole sont des armes dont se sert cette monarchie d'un autre âge pour étouffer et éliminer toute contestation. Les châtiments cruels et inhumains sont régulièrement prononcés par les tribunaux saoudiens.

En Arabie Saoudite, les manifestations sont strictement interdites comme d'ailleurs les partis politiques, les syndicats et les associations. Aucune critique du roi et aucune opposition à son gouvernement ne sont tolérées dans cette monarchie absolutiste choyée et protégée par les bourgeoisies occidentales. Toute protestation et toute critique sont condamnées et considérées par le pouvoir comme contraire à L'Islam.

C'est cette même propagande et cette même complicité des bourgeoisies américaines et européennes qui ont conduit à l'intervention militaire saoudienne à Bahreïn le 14 mars 2011 afin de sauver une autre dynastie, celle des Al Khalifa, au pouvoir depuis des siècles (1). Ce sont ces mêmes bourgeoisies qui soutiennent directement ou indirectement la guerre que mène aujourd'hui encore l'Arabie Saoudite au Yémen. Rappelons que cette terrible guerre menée par l'Arabie avec l'aide des Etats-Unis, de l'Europe et leurs alliés locaux a fait près de 400 000 victimes directes ou indirectes selon l'ONU (2). Mais les hommes ne sont pas les seuls à subir la violence de la coalition. Le patrimoine culturel du Yémen est lui aussi pris pour cible. Des zones entières inscrites pourtant au patrimoine mondial de l'humanité sont ravagées par des raids aériens de la coalition (3).

 

Les bourgeoisies américaines et européennes se taisent honteusement sur tous les crimes commis par un régime d'un autre âge. Car elles ont encore besoin du pétrole saoudien. L'Arabie Saoudite constitue de surcroît pour les gouvernements impérialistes américains et européens un rempart contre tout changement démocratique et progressiste dans le monde arabe, changement qui risque de se retourner contre leurs intérêts.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.belaali.com/article-l-intervention-saoudienne-a-bahrein-et-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-69874090.html.

(2)https://information.tv5monde.com/info/pourquoi-le-yemen-s-enfonce-dans-la-guerre-et-la-famine-433903

(3)https://www.lorientlejour.com/article/940026/operation-detruire-lheritage-culturel-du-moyen1)-orient-.html

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20 mars 2022 7 20 /03 /mars /2022 09:46

«Le plus grand pourvoyeur de violence du monde est mon propre pays»

Martin Luther King *

 

Ces derniers jours, les dirigeants américains de Joe Biden à Antony Blinken en passant par Kamala Harris, ne cessent d'accuser la Russie de commettre des crimes de guerre en Ukraine. Il va sans dire que si ces accusations sont avérées, elles doivent être dénoncées avec force, condamnées et les responsables traduits devant la justice. Mais ce qui est surprenant voire choquant, c'est que ces accusations émanent d'une nation dont toute l'histoire n'est que violence et barbarie. Le cynisme ici n'a pas de limites. Sans remonter loin dans le passé, citons seulement, tellement la liste est longue, quelques exemples de ces crimes perpétrés lors des innombrables interventions militaires américaines dans le monde : usage des armes nucléaires contre les populations d'Hiroshima et de Nagasaki avec plus de 200 000 morts, guerre contre le Vietnam avec usage systématique d'armes chimiques et ses massacres de civils, guerre en Afghanistan avec ses traumatismes et ses grandes souffrances infligées à la population civile afghane etc. etc. Ni les dirigeants ni les responsables militaires américains n'ont été jugés pour ces crimes de guerre. Pire, les Etats-Unis vont jusqu'à menacer de sanctions les magistrats de la Cour Pénale Internationale si par malheur ils décident de poursuivre les militaires responsables des exactions commises en Afghanistan.

Pour avoir un aperçu de la cruauté de l'armée américaine, nous reproduisons un texte écrit après l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis le 20 mars 2003, il y a exactement 19 ans jour pour jour.

 

 

Combien d'enfants, de femmes et d'hommes innocents sont morts en Irak depuis l'invasion de ce pays par l'armée américaine et ses alliés? Personne ne le sait avec précision. Mais ce qui est sûr, c'est que leur nombre se chiffre par centaines de milliers. Combien de blessés, d'estropiés, de veuves, d'orphelins, de réfugiés etc. ? On passe rapidement, cette fois, des centaines de milliers, à des millions. Bombes au napalm, au phosphore blanc, à fragmentation, chars, navires, avions, bombardiers, véhicules aériens sans équipage, missiles, bref des armes légales et illégales de toute sorte, coordonnées par une structure de commandement planétaire, ont été utilisées pour cette tuerie collective. Et quel est le crime de chacune de ces victimes ? Selon les dirigeants occidentaux ce pays représente un véritable danger pour le monde. Car l'Irak possède, entre autres, les armes de destruction massive et demeure le foyer mondial du terrorisme. Il faut donc sécuriser ce pays et apporter à sa population démocratie, liberté et prospérité.

 

Aujourd'hui, près de sept ans après l'invasion américaine, l'Irak est dans une situation tragique. La population est réduite à vivre dans des conditions infra-humaines. Ce que subit aujourd'hui le peuple irakien donne la mesure de la cruauté dont le capitalisme et la bourgeoisie qui le porte sont capables.

L'électricité par exemple est devenue presque un luxe; les irakiens n'en bénéficient que 4 à 6 heures seulement par jour. L'eau potable leur manque cruellement :« Ici, l’eau courante n’est pas disponible plus de deux heures par jour », dit une habitante de Bagdad sachant que les températures atteignent, l'été, facilement les 50 degrés Celsius. La population irakienne a soif alors que deux majestueux fleuves le Tigre et l'Euphrate, qui rendaient la vie possible depuis des millénaires et permettaient également avant l'invasion de fournir aux irakiens l'eau potable dont ils avaient besoin, coulent toujours. Mais cette eau «potable» est souvent mélangée avec des eaux usées « Le pourcentage d’eau sale, impropre à la consommation humaine risque de provoquer des maladies plus dangereuses que le choléra, et notamment certains types d’hépatites et de diarrhées potentiellement mortels » affirmait le ministre irakien de la santé. Selon les Nations Unies, plus de 300 cas de choléra ont été recensés officiellement (1). Les hôpitaux irakiens, qui manquent quasiment de tout, reçoivent chaque jour des patients notamment des enfants souffrant des maladies liées à l'eau impropre à la consommation. L'absence de médicaments et d'infrastructures médicales mettent ces malades en danger de mort.

Le manque d'eau se transforme ainsi en une arme silencieuse qui tue sans faire de bruit.

Il ne s'agit là que de quelques aspects de cette tragédie subie au jour le jour par la population irakienne. Elle qui bénéficiait avant les sanctions économiques( 1990-2003) et la guerre dite du Golfe (1991), d'un niveau de vie relativement élevé et d'infrastructures éducatives, sanitaires, hydrauliques, routières etc. des plus développées de la région, est réduite à vivre aujourd'hui dans la misère la plus noire. Il faut rappeler que ces sanctions économiques imposées par les États-Unis et le Royaume- uni et autorisées par l'ONU sont les plus violentes et les plus longues de l'histoire des Nations Unies. Il s'agit en fait d'un châtiment collectif infligé à tout un peuple (4). Ces sanctions ont, entre autres crimes, tué environ un demi million d'enfants. Pour Madeleine Albright, secrétaire d'État de l'administration Clinton, la vie des enfants irakiens n'a aucune valeur, mais un prix :

« Nous pensons que c’est le prix à payer» (2). Sauf que ce «prix» est payé, une fois encore, par le peuple irakien

Et comme si ces terribles souffrances ne suffisaient pas, W. Bush et son caniche T. Blair, deux criminels de guerre décidèrent d'envahir l'Irak.

Les citoyens du monde entier dans un immense élan de solidarité avec le peuple irakien et contre la guerre ont défilé par centaines de milliers dans les rues de New-York, du Caire, de Paris, Caracas, Londres, Istanbul, Berlin, Jakarta, Tokyo, Lagos, Madrid etc. etc. Les citoyens du monde d'un côté, les bourgeoisies américaine et anglaise, à travers leurs représentants politiques, de l'autre dans un face à face qui a vite tourné à l'avantage de Bush et de Blair. La paix fut vaincue une fois encore. La guerre l'a emporté sur la paix et les intérêts d'une minorité ont triomphé contre la volonté d'une immense majorité.

Le 20 mars 2003, l'armée américaine et ses supplétifs ont franchi les frontières irakiennes.

Depuis cette date, la population irakienne vit un long et interminable calvaire. Les irakiens sont torturés et humiliés dans leur propre pays par une soldatesque ivre de violence. La terreur, organisée directement ou indirectement par l'armée américaine et la police locale, règne dans les villes irakiennes. Ces villes sont, par ailleurs, dévastées et défigurées par des murs de sécurité érigés un peu partout; les rues sont quadrillées de barbelés et d' engins militaires de toute sorte. Mercenaires, forces spéciales, escadrons de la mort s'acharnent contre une population constamment soupçonnée de soutenir la résistance.

Fallujah, ville martyre, connaît un accroissement sans précédent du nombre d’enfants et de fœtus morts avec des malformations congénitales conséquence de l'utilisation massive par l'armée américaine des armes interdites par toutes les conventions internationales.

Mais cette violence ne s'exerce pas seulement directement sur les hommes, elle s'étend également à leur mémoire, à leur histoire et à leur patrimoine. Faut-il rappeler que l'Irak est le berceau de la civilisation humaine ? La Mésopotamie (entre deux fleuves en grec), qui correspond à l'Irak d'aujourd'hui, a vu naître sur son sol de brillantes et splendides civilisations. C'est sur cette terre que l'écriture et le calcul, entre autres, furent inventés. Mais la Mésopotamie c'est aussi Babylone et ses jardins suspendus (septième merveille du monde), Hammourabi et son code, Nabuchodonosor II et sa conception architecturale etc. etc. Bush savait-il quelque chose de tout cela ? Pourquoi avait-il laissé ses troupes piller et détruire l'histoire et le patrimoine du peuple irakien et de toute l'humanité ? Le musée et la bibliothèque de Bagdad ainsi que d'autres sites qui renferment des antiquités, des documents et des manuscrits sans prix ont été pillés et parfois incendiés sous les yeux des soldats américains. Des objets d'art par milliers notamment les deux lions en terre cuite de Babylone ont été détruits. Pourtant les conventions internationales, celle de Genève et de La Haye par exemple, interdisent le pillage et imposent à la puissance occupante de protéger le patrimoine culturel du pays occupé. Mais le droit c'est aussi le droit du plus fort.

Si pour l'administration américaine l'histoire et le patrimoine culturel de l'Irak ne méritent que mépris et indifférence, les puits de pétrole, eux, par contre étaient bien protégés et bien «sécurisés» pour utiliser le langage militaire et médiatique.

Les universités n'ont pas été non plus épargnées. La Mustansiriya, la grande université de Bagdad qui date du XIII siècle a été bombardée et les archives, manuscrits, livres rares etc. de sa bibliothèque ont été volés ou brûlés au grand jour et sous le regard de l'occupant.

Ce mépris affiché par l'administration américaine pour la vie des hommes, pour leur intelligence et leur patrimoine culturel rappelle quelque peu les réactions pleines de haine des phalangistes espagnols et le discours du courageux Miguel de Unamuno le 12 octobre 1936 à l'université de Salamanca dont il était recteur :«Cette université est le temple de l’intelligence. Et je suis son grand prêtre. C’est vous qui profanez son enceinte sacrée. Vous vaincrez parce que vous disposez de la force brutale ; vous ne convaincrez pas car il vous manque la raison» disait calmement le grand philosophe basque. «Vive la mort», «à bas l'intelligence» vociféraient les franquistes.

Il manquait peut-être à l'université de Bagdad un Unamuno irakien. Mais chaque époque et chaque pays produisent ses propres héros. L'Espagne de 1936 n'est pas l'Irak de 2003 et Franco n'est pas Bush. Pourtant le 14 décembre 2008 à Bagdad, un homme, Mountazer al-Zaïdi, s'est levé et a osé lancer ses chaussures sur Bush le président des États-Unis! C'est un acte dérisoire face à l'ampleur de la tragédie irakienne. Mais ce geste a suffi pour enflammer les masses en Irak et à travers tout le monde arabe et bien au-delà. Partout à travers la planète, de temps à autre, les hommes et les femmes lancent leurs chaussures contre ceux qui, à leurs yeux, incarnent l'injustice comme ce fut le cas pour le directeur du FMI Dominique Stauss-Kahn le1er octobre 2009 à Istanbul. En Irak, Mountazer al-Zaïdi est devenu, même de manière dérisoire, le symbole de la résistance à l'occupant.

Les médias ne soufflent mot sur la tragédie que vit la population irakienne, ni sur une occupation basée sur un immense mensonge: les armes de destruction massive! Bien au contraire, ils parlent de processus de normalisation, de gouvernement irakien légitime, d'élections libres et démocratiques etc.

Tous les citoyens du monde qui étaient des millions à crier leur hostilité à cette guerre impérialiste et, au-delà, tous les hommes et toutes les femmes qui aspirent à un monde débarrassé de cette barbarie destructrice de vies humaines pour, en dernière analyse, enrichir une minorité de privilégiés sans âme et sans cœur, doivent s'opposer partout à toutes les guerres menées par les Etats-Unis et leurs alliés.

 

Mohamed Belaali

 

---------------------------------

 

* Cité par Tariq Ali in «Bush à Babylone». La fabrique éditions, 2004.

(1)https://www.thenewhumanitarian.org/fr/actualit%C3%A9s/2008/10/24/des-r%C3%A9seaux-hydrauliques-v%C3%A9tustes-un-risque-sanitaire

(2)«I think this is a very hard choice, but the price ...we think the price is worth it», déclarait Madeleine Albright en 1996, lors d'une interview accordée à Leslie Stahl de CBS. Voir également la vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=UYagQuqK31s

 

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17 mars 2022 4 17 /03 /mars /2022 07:45

Le 24 février 2022 l'armée de la Fédération de Russie a envahi l'Ukraine. Cette intervention militaire va à l'encontre des intérêts des peuples russe et ukrainien. La guerre de Poutine est non seulement une agression contre le peuple ukrainien, mais aussi une négation des nations à disposer d'elles-mêmes. Toutes les guerres entre les peuples sont à bannir. La seule guerre que les peuples doivent mener est la guerre de classe, la guerre contre les oppresseurs, la minorité d'exploiteurs capitalistes à l'intérieur de chaque pays. Ce sont eux qui dressent les peuples les uns contre les autres en exacerbant leurs préjugés nationaux, raciaux, ethniques et religieux afin de maximiser leurs profits et perpétuer leurs privilèges de classe.

Mais l'invasion de l'Ukraine s'inscrit dans un rapport de force mondial. L'impérialisme américain et ses alliés européens portent une lourde responsabilité dans ce conflit armé. Les pays capitalistes ont une longue et terrible tradition dans l'oppression et l'asservissement des peuples. Leur histoire n'est en dernière analyse que pillage des richesses des nations par la violence et la cruauté.

 

 

Poutine n'est pas un révolutionnaire, loin s'en faut. Il est à la tête d'un Etat capitaliste qui sert les intérêts des plus riches. Il ne fait aucun mystère de ses liens et ses soutiens aux organisations et partis d'extrême droite, ennemis des peuples, à travers le monde. Son anti-communisme et son nationalisme exacerbé le poussent jusqu'à critiquer Lénine et son Droit des nations à disposer d'elles-mêmes. Dans son discours du 22 février, il a déclaré :

"Permettez-moi donc de commencer par le fait que l'Ukraine moderne a été entièrement créée
par la Russie, ou plus précisément, par la Russie bolchevique et communiste. Le processus a
commencé presque immédiatement après la révolution de 1917, et Lénine et ses compagnons
d'armes l'ont fait d'une manière très grossière à la Russie elle-même - par la sécession, en
arrachant des parties de ses propres territoires historiques (...)
. En fait,
comme je l'ai déjà dit, la politique bolchevique a abouti à l'émergence de l'Ukraine soviétique,
qui, même aujourd'hui, peut être appelée à juste titre "Ukraine de Vladimir Lénine".
(1)

 

La guerre qu'il mène aujourd'hui en Ukraine est en quelque sorte la faute à Lénine et sa défense acharnée du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Dans cette logique nationaliste et réactionnaire, la guerre de Poutine est non seulement une agression contre le peuple ukrainien, mais aussi une négation des nations à disposer d'elles-mêmes. Le président russe dans son discours refuse à l'Ukraine ce droit fondamental. Or le peuple ukrainien, comme tous les peuples du monde, a le droit sur son territoire de disposer comme il l'entend de son destin. En 1917 Lénine écrivait déjà "Pas un démocrate, pour ne rien dire d'un socialiste, n'osera contester l'entière légitimité des revendications ukrainiennes. Pas un démocrate, de même, ne peut nier le droit de l'Ukraine à se séparer librement de la Russie. c'est précisément la reconnaissance sans réserve de ce droit, et elle seule, qui permet de mener campagne en faveur de la libre union des Ukrainiens et des Grands-Russes, de l'union volontaire des deux peuples en un seul Etat. Seule la reconnaissance sans réserve de ce droit peut rompre effectivement, à jamais et complètement, avec le maudit passé tsariste qui a tout fait pour rendre étrangers les uns aux autres des peuples si proches par leur langue, leur territoire, leur caractère et leur histoire" (2).

Aujourd'hui Poutine tente par cette guerre, aidé en cela par le gouvernement fascisant de Kiev, de rendre ennemis deux peuples qui ont vécu longtemps ensemble en paix.

 

Mais l'invasion de l'Ukraine s'inscrit dans un rapport de force mondial. L'impérialisme américain et ses alliés européens portent une lourde responsabilité dans ce conflit armé. Les pays capitalistes ont une longue et terrible tradition dans l'oppression et l'asservissement des peuples. Poussé par la recherche effrénée du profit, l'impérialisme en tant qu'instrument de pouvoir de la bourgeoisie, tente de soumettre tous les peuples de la planète. Esclavage, colonialisme..., leur histoire n'est en dernière analyse que pillage des richesses des nations par la violence et la cruauté. Plus récemment, les Etats-Unis, l'Europe et leurs alliés locaux ont détruit l'Afghanistan, la Yougoslavie, ravagé l'Irak, la Lybie, la Syrie, Bahreïn, le Yémen, la Côte d'Ivoire, le Mali etc. etc. Ils imposent à tous les pays qui résistent à leur domination des embargos et des sanctions les plus violents et les plus inhumains (Cuba, Vénézuela, Iran, Irak, Corée du nord ...). Précisons qu' Israël qui occupe militairement des territoires palestiniens ou la Turquie qui a annexé des terres de ses voisins, ces deux pays non seulement n'ont jamais fait l'objet de sanctions, mais ils sont même soutenus par l'impérialisme américain. Les peuples opprimés du monde entier savent que les Etats-Unis et leurs alliés ont soutenu à travers la planète les dictateurs et des dictatures les plus féroces comme Augusto Pinochet au Chili, Soeharto en Indonésie, Hosni Moubarak en Egypte pour ne citer que ces trois exemples tellement la liste est longue. Tous les gouvernements à la botte de l'impérialisme américain ne peuvent survivre sans le soutien financier et militaire décisif de Washington. Partout, l'impérialisme américain est l'ennemi des peuples. C'est ce qui explique peut-être une certaine sympathie des pays du sud envers la Russie de Poutine confondue parfois avec les positions progressistes de L'URSS.

 

Aujourd'hui, les Etats-Unis grâce à leur supériorité militaire et leur bras armé l'OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) vont jusqu'à à menacer les intérêts vitaux des puissances comme la Chine et la Russie. Rappelons que depuis la disparition de l'Union Soviétique et le Pacte de Varsovie en 1991, l'OTAN, cette machine de guerre totalement dominée par les américains et dirigée contre l'Union Soviétique, n'a cessé, contrairement aux promesses données à Gorbatchev, de s'élargir aux pays de l'Europe de l’Est désormais sous domination américaine (3).

A sa création en 1949, l'OTAN ne comptait que 12 membres. Aujourd'hui il en regroupe 30 dont 14 anciens pays membres du Pacte de Varsovie (4). La Russie se trouve ainsi encerclée.

Washington refuse obstinément de trouver un compromis avec Moscou concernant l'adhésion éventuelle de l'Ukraine à l'OTAN. Cette attitude est directement liée à la nature impérialiste des Etats-Unis.

L'échec des négociations ont conduit Poutine à reconnaître l'indépendance de Louhansk et de Donetsk tout en affirmant que les accords de Minsk sont morts avant d'intervenir militairement en Ukraine. “La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens” disait Clausewitz.

L'élargissement voulu par l'impérialisme américain de l'OTAN jusqu'aux frontières mêmes de la Fédération de Russie est la cause de la guerre en Ukraine. L'impérialisme américain et son bras armé l'OTAN sont en dernière analyse les vrais responsables de cette guerre. Ils sont les ennemis les plus dangereux des travailleurs de tous les pays.

Les Etats-Unis et l'Union européenne ne cherchent absolument pas à trouver une solution pacifique à cette méprisable intervention militaire de la Russie en Ukraine. Bien au contraire. Ils intensifient leurs pressions économiques et militaires sur la Russie créant ainsi une situation propice à une guerre entre puissances nucléaires qui remettrait en cause l'avenir même de la société humaine.

 

En tout état de cause, cette maudite guerre entre l'OTAN et la Russie par Ukraine interposée va à l'encontre des intérêts non seulement des peuples russe et ukrainien, mais aussi de tous les peuples de la planète. Les pays pauvres sont les premières victimes de ce conflit. L'ONU parle déjà de "l'Ouragan de famines" (5). A l'intérieur de chaque pays, ce sont bien évidemment les classes populaires qui vont subir les conséquences de ce conflit. Il va aggraver encore leurs conditions misérables d'existence. Mais en même temps la guerre peut créer une situation favorable au soulèvement des masses opprimées contre leurs dirigeants fragilisés par les crises économiques et politiques.

Dans le système capitaliste, les guerres trouvent leurs racines dans la violence des rapports d'exploitation. Il y a eu dans le passé des guerres, il y a aujourd'hui des guerres, il y aura dans l'avenir des guerres tant que subsistent les classes et les antagonismes de classes. La guerre et la lutte des classes sont tellement imbriquées l'une dans l'autre que l'on ne peut supprimer l'une sans éliminer l'autre. "Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation" (Marx et Engels).

 

Mohamed Belaali

 

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(1)http://international.blogs.ouest-france.fr/archive/2022/02/22/ce-que-poutine-a-dit-hier-soir-sur-l-ukraine-verbatim-22829.html

(2)https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/vil19170628.htm

(3)https://nsarchive.gwu.edu/briefing-book/russia-programs/2017-12-12/nato-expansion-what-gorbachev-heard-western-leaders-early

(4)https://www.nato.int/cps/fr/natolive/topics_52044.htm

(5)https://twitter.com/afpfr/status/1503460961830641664

 

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12 mars 2022 6 12 /03 /mars /2022 08:08

 

Voici un vieux texte de Lénine (1915) qui peut nous éclairer sur notre triste actualité d'aujourd'hui. Il faudrait peut-être le lire directement sans intermédiation et sans préjugés. Il nous donne toujours à penser malgré le temps. Toutes les questions essentielles liées à la guerre sont traitées avec une précision dont Lénine seul a le secret.

 

 

"Les principes du socialisme et la guerre de 1914 1915"

 

"L’attitude des socialistes à l’égard des guerres"

 

"Les socialistes ont toujours condamné les guerres entre peuples comme une entreprise barbare et bestiale. Mais notre attitude à l'égard de la guerre est foncièrement différente de celle des pacifistes (partisans et propagandistes de la paix) bourgeois et des anarchistes. Nous nous distinguons des premiers en ce sens que nous comprenons le lien inévitable qui rattache les guerres à la lutte des classes à l'intérieur du pays, que nous comprenons qu'il est impossible de supprimer les guerres sans supprimer les classes et sans instaurer le socialisme; et aussi en ce sens que nous reconnaissons parfaitement la légitimité, le caractère progressiste et la nécessité des guerres civiles, c’est à dire des guerres de la classe opprimée contre celle qui l'opprime, des esclaves contre les propriétaires d'esclaves, des paysans serfs contre les seigneurs terriens, des ouvriers salariés contre la bourgeoisie. Nous autres, marxistes, différons des pacifistes aussi bien que des anarchistes en ce sens que nous reconnaissons la nécessité d'analyser historiquement (du point de vue du matérialisme dialectique de Marx) chaque guerre prise à part. L'histoire a connu maintes guerres qui, malgré les horreurs, les atrocités, les calamités et les souffrances qu'elles comportent inévitablement, furent progressives, c'est à dire utiles au développement de l'humanité en aidant à détruire des institutions particulièrement nuisibles et réactionnaires (par exemple, l’autocratie ou le servage) et les despotismes les plus barbares d'Europe (turc et russe). Aussi importe t il d'examiner les particularités historiques de la guerre actuelle.

 

Les types historiques des guerres modernes

 

La grande révolution française a inauguré une nouvelle époque dans l'histoire de l'humanité. Depuis lors et jusqu'à la Commune de Paris, de 1789 à 1871, les guerres de libération nationale, à caractère progressif bourgeois, constituèrent l'un des types de guerres. Autrement dit, le contenu principal et la portée historique de ces guerres étaient le renversement de l'absolutisme et du système féodal, leur ébranlement, l'abolition du joug étranger. C'étaient là, par conséquent, des guerres progressives; aussi tous les démocrates honnêtes, révolutionnaires, de même que tous les socialistes, ont toujours souhaité, dans les guerres de ce genre, le succès du pays (c'est-à dire de la bourgeoisie) qui contribuait à renverser ou à saper les bastions les plus dangereux du régime féodal, de l'absolutisme et de l'oppression exercée sur les peuples étrangers. Ainsi, dans les guerres révolutionnaires de la France, il y avait un élément de pillage et de conquête des terres d'autrui par les Français; mais cela ne change rien à la portée historique essentielle de ces guerres qui démolissaient et ébranlaient le régime féodal et l'absolutisme de toute la vieille Europe, de l'Europe du servage. Dans la guerre franco allemande, l'Allemagne a dépouillé la France, mais cela ne change rien à la signification historique fondamentale de cette guerre, qui a affranchi des dizaines de millions d'Allemands du morcellement féodal et de l'oppression exercée sur eux par deux despotes, le tsar russe et Napoléon Ill.

 

La différence entre guerre offensive et guerre défensive

 

L'époque de 1789 1871 a laissé des traces profondes et des souvenirs révolutionnaires. Avant le renversement du régime féodal, de l'absolutisme et du joug national étranger, il ne pouvait absolument pas être question de voir se développer la lutte du prolétariat pour le socialisme. Parlant du caractère légitime de la guerre “ défensive ” à propos des guerres de cette époque, les socialistes ont toujours eu en vue, très précisément, ces objectifs qui se ramènent à la révolution contre le régime médiéval et le servage. Les socialistes ont toujours entendu par guerre “ défensive ” une guerre “ juste ” dans ce sens (comme a dit exactement un jour W. Liebknecht). C'est seulement dans ce sens que les socialistes reconnaissaient et continuent de reconnaître le caractère légitime, progressiste, juste, de la “ défense de la patrie ” ou d'une guerre “ défensive ”. Par exemple, si demain le Maroc déclarait la guerre à la France, l'Inde à l'Angleterre, la Perse ou la Chine à la Russie, etc., ce seraient des guerres “ justes ”, “ défensives ”, quel que soit celui qui commence, et tout socialiste appellerait de ses vœux la victoire des Etats opprimés , dépendants, lésés dans leurs droits, sur les “ grandes ” puissances oppressives, esclavagistes, spoliatrices.

Mais imaginez qu'un propriétaire de 100 esclaves fasse la guerre à un autre propriétaire qui en possède 200, pour un plus “ juste ” partage des esclaves. Il est évident qu'appliquer à un tel cas la notion de guerre “ défensive ” ou de “ défense de la patrie ” serait falsifier l'histoire; ce serait, pratiquement, une mystification des simples gens, de la petite bourgeoisie, des gens ignorants, par d'habiles esclavagistes. C'est ainsi qu'aujourd'hui la bourgeoisie impérialiste trompe les peuples au moyen de l'idéologie  “ nationale ” et de la notion de défense de la patrie dans la guerre actuelle entre esclavagistes, qui a pour enjeu l'aggravation et le renforcement de l'esclavage.

 

La guerre actuelle est une guerre impérialiste

 

Presque tout le monde reconnaît que la guerre actuelle est une guerre impérialiste, mais le plus souvent on déforme cette notion, ou bien on l'applique unilatéralement, ou bien on insinue que cette guerre pourrait avoir une portée progressiste bourgeoise, de libération nationale. L'impérialisme est le degré supérieur du développement du capitalisme, que celui ci n'a atteint qu'au XX° siècle. Le capitalisme se sent désormais à l'étroit dans les vieux Etats nationaux sans la formation desquels il n'aurait pu renverser le régime féodal. Le capitalisme a développé a concentration au point que des industries entières ont été accaparées par les syndicats patronaux, les trusts, les associations de capitalistes milliardaires, et que presque tout le globe a été partagé entre ces “ potentats du capital ”, sous forme de colonies ou en enserrant les pays étrangers dans les filets de l'exploitation financière. A la liberté du commerce et de la concurrence se sont substituées les tendances au monopole, à la conquête de terres pour y investir les capitaux, pour en importer des matières premières, etc. De libérateur des nations que fut le capitalisme dans la lutte contre le régime féodal, le capitalisme impérialiste est devenu le plus grand oppresseur des nations. Ancien facteur de progrès, le capitalisme est devenu réactionnaire; il a développé les forces productives au point que l'humanité n'a plus qu'à passer au socialisme, ou bien à subir durant des années, et même des dizaines d'années, la lutte armée des “ grandes ” puissances pour le maintien artificiel du capitalisme à l'aide de colonies, de monopoles, de privilèges et d'oppressions nationales de toute nature.

 

La guerre entre les plus gros propriétaires d’esclaves pour le maintien et l’aggravation de l’esclavage

 

Afin de montrer clairement le rôle de l'impérialisme, nous citerons des données précises sur le partage du monde entre ce qu'on appelle les “ grandes ” puissances (c'est à-dire celles qui réussissent à piller sur une grande échelle) :

Le partage du monde par les “grandes” puissances esclavagistes:

 

Colonies

Métropoles

Total

 

1876

1914

1914

 

 

km2
(millions)

habitants
(millions)

km2
(millions)

habitants
(millions)

km2
(millions)

habitants
(millions)

km2
(millions)

habitants
(millions)

Angleterre

22.5

251.9

33.5

393.5

0.3

46.5

33.8

440

Russie

17

15.9

17.4

33.2

5.4

136.2

22.8

169.4

France

0.9

6

10.6

55.5

0.5

39.6

11.1

95.1

Allemagne

 

 

2.9

12.3

0.5

64.9

3.4

77.2

Japon

 

 

0.3

19.2

0.4

53

0.7

72.2

Etats-Unis de l’Amérique du Nord

 

 

0.3

9.7

9.4

97

9.7

106.7

Les 6 “ grandes ” puissances

40.4

273.8

65

523.4

16.5

437.2

81.5

960.6

colonies n'appartenant pas aux grandes puissances (mais à la Belgique, à la Hollande et à d'autres Etats)

 

 

9.9

45.3

 

 

9.9

45.3

Trois pays “ semi- coloniaux ” (Turquie, Chine et Perse)

 

 

 

 

 

 

14.5

361.2

Total

 

 

 

 

 

 

150.9

1367.1

Autres Etats et pays

 

 

 

 

 

 

28

289.9

Tout le globe

 

 

 

 

 

 

133.9

1657

Il ressort de ce tableau que les peuples qui, de 1789 à 1871, ont combattu la plupart du temps à la tête des autres peuples pour la liberté, sont devenus désormais, après 1876, à la faveur d'un capitalisme hautement développé et “ plus que mûr ”, les oppresseurs et les exploiteurs de la majorité des populations et des nations du globe. Entre 1876 et 1914, six “ grandes ” puissances ont accaparé 25 millions de kilomètres carrés, soit une superficie représentant deux fois et demie celle de toute l'Europe ! Six puissances tiennent dans la servitude plus d'un demi-milliard (523 millions) d'habitants des colonies. Pour 4 habitants des “ grandes ” puissances, il y en a 5 dans e leurs ” colonies. Tout le monde sait que les colonies ont été conquises par le fer et par le feu, qu'on inflige à leurs populations un traitement barbare, qu'on les exploite par mille moyens (exportation de capitaux, concessions, etc.; en les trompant sur la qualité des marchandises qui leur sont vendues, en les assujettissant aux autorités de la nation “ dominante ”, etc., et ainsi de suite). La bourgeoisie anglo française dupe le peuple lorsqu'elle prétend mener la guerre pour la liberté des peuples et de la Belgique : en réalité, elle mène la guerre pour conserver les immenses territoires coloniaux dont elle s'est emparée. Les impérialistes allemands auraient immédiatement évacué la Belgique, etc., si les Anglais et les Français avaient partagé avec eux leurs colonies “ à l'amiable ”. La situation a ceci de singulier que, dans ce conflit, le sort des colonies sera tranché par l'issue de la guerre sur le continent. Du point de vue de la justice bourgeoise et de la liberté nationale (ou du droit des nations à l'existence), l'Allemagne aurait incontestablement raison contre l'Angleterre et la France, car elle a été “ lésée ” en fait de colonies; ses ennemis oppriment infiniment plus de nations qu'elle ne le fait elle même, et chez son alliée, l’Autriche, les Slaves opprimés jouissent assurément d'une plus grande liberté que dans la Russie tsariste, cette véritable “ prison des peuples ”. Mais l'Allemagne fait elle aussi la guerre pour opprimer des nations, et non pour les affranchir. Ce n'est pas l'affaire des socialistes d'aider un brigand plus jeune et plus vigoureux (l'Allemagne) à piller des brigands plus vieux et plus repus. Les socialistes doivent profiter de la guerre que se font les brigands pour les renverser tous. Pour cela, il faut avant tout que les socialistes disent au peuple la vérité, à savoir que cette guerre est, dans un triple sens, une guerre d'esclavagistes pour la consolidation de l'esclavage. C'est une guerre qui vise, premièrement, à aggraver l'esclavage des colonies au moyen d'un partage plus “ équitable ” et d'une exploitation ultérieure mieux “ orchestrée ”; deuxièmement, à accentuer le joug qui pèse sur les nations étrangères à l'intérieur des “ grandes ” puissances elles mêmes, car l'Autriche aussi bien que la Russie (la Russie dans des proportions beaucoup plus grandes et bien pires que l'Autriche) ne se maintiennent qu'au moyen de ce joug qu'elles renforcent par la guerre; troisièmement, à intensifier et à prolonger l'esclavage salarié, car le prolétariat est divisé et accablé, tandis que les capitalistes gagnent sur tous les tableaux en s’enrichissant par la guerre, en exacerbant les préjugés nationaux et en accentuant la réaction, qui connaît une recrudescence dans tous les pays, même dans les pays républicains les plus libres.

 

“ La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ” (à savoir : par la violence)

 

Cette sentence célèbre appartient à Clausewitz, l'un des auteurs les plus pénétrants en matière militaire. Les marxistes ont toujours considéré avec juste raison cette thèse comme la base théorique de l'interprétation de chaque guerre donnée. C'est de ce point de vue que Marx et Engels ont toujours envisagé les différentes guerres.

Appliquez ce point de vue à la guerre actuelle. Vous verrez que, durant des dizaines d'années, pendant près d'un demi siècle, les gouvernements et les classes dirigeantes d'Angleterre, de France, d'Allemagne, d'Italie, d'Autriche et de Russie ont pratiqué une politique de pillage des colonies, d'oppression de nations étrangères, d'écrasement du mouvement ouvrier. C'est cette politique, et nulle autre, qui se poursuit dans la guerre actuelle. En Autriche et en Russie notamment, la politique du temps de paix

,consiste, comme celle du temps de guerre, à asservir les nations et non à les affranchir. Au contraire, en Chine, en Perse, dans l'Inde et les autres pays dépendants, nous assistons durant ces dernières dizaines d'années à une politique d'éveil à la vie nationale de dizaines et de centaines de millions d'hommes, à une politique tendant à les libérer du joug des “ grandes ” puissances réactionnaires. La guerre sur ce terrain historique peut être aujourd'hui encore une guerre progressive bourgeoise, une guerre de libération nationale.

Il suffit de considérer que la guerre actuelle continue la politique des  “ grandes ” puissances et des classes fondamentales qui les constituent pour constater aussitôt le caractère manifestement antihistorique, mensonger et hypocrite de l'opinion selon laquelle il serait possible, dans la guerre actuelle, de justifier l'idée de la “ défense de la patrie ”.

 

L’exemple de la Belgique

 

Les social chauvins de la Triple (aujourd'hui Quadruple) Entente (en Russie : Plékhanov et Cie) aiment par dessus tout invoquer l'exemple de la Belgique. Mais cet exemple se retourne contre eux. Les impérialistes allemands ont violé sans vergogne la neutralité de la Belgique, comme ont fait toujours et partout les Etats belligérants qui, en cas de besoin, foulaient aux pieds tous les traités et engagements. Admettons que tous les Etats qui ont intérêt à respecter les traités internationaux aient déclaré la guerre à l'Allemagne, en exigeant de ce pays qu'il évacue et dédommage la Belgique. En l'occurrence, la sympathie des socialistes serait allée, bien entendu, aux ennemis de l'Allemagne. Or, le fait est justement que la guerre menée par la “ Triple (et Quadruple) Entente ” ne l'est pas pour la Belgique; cela est parfaitement connu, et seuls les hypocrites le dissimulent. L'Angleterre pille les colonies de l'Allemagne et la Turquie; la Russie pille la Galicie et la Turquie; la France réclame l'Alsace Lorraine et même la rive gauche du Rhin; un traité a été conclu avec l'Italie sur le partage du butin (Albanie et Asie Mineure); un marchandage analogue est en cours avec la Bulgarie et la Roumanie. Sur le terrain de la guerre actuelle des gouvernements actuels, il est impossible d'aider la Belgique autrement qu'en aidant à étrangler l'Autriche ou la Turquie, etc. ! Que vient faire alors ici la “ défense de la patrie ” ?? C'est là précisément le caractère particulier de la guerre impérialiste, guerre menée par des gouvernements bourgeois réactionnaires qui ont fait historiquement leur temps, avec pour enjeu l'oppression d'autres nations. Quiconque justifie la participation à cette guerre perpétue l'oppression impérialiste des nations. Quiconque préconise d'exploiter les difficultés actuelles des gouvernements pour lutter en faveur de la révolution sociale défend la liberté réelle de la totalité des nations, qui n'est réalisable qu'en régime socialiste.

 

Pourquoi la Russie fait-elle la guerre ?

 

En Russie, l'impérialisme capitaliste du type moderne s’est pleinement révélé dans la politique du tsarisme à l'égard de la Perse, de la Mandchourie, de la Mongolie; mais ce qui, d'une façon générale, prédomine en Russie, c'est l'impérialisme militaire et féodal. Nulle part au monde la majorité de la population du pays n'est aussi opprimée : les Grands Russes ne forment que 43% de la population, c'est à dire moins de la moitié, et tous les autres habitants sont privés de droits, en tant qu'allogènes. Sur les 170 millions d'habitants de la Russie, près de 100 millions sont asservis et privés de droits. Le tsarisme fait la guerre pour s'emparer de la Galicie et étrangler définitivement la liberté des Ukrainiens, pour conquérir l’Arménie, Constantinople, etc. Le tsarisme voit dans la guerre un moyen de détourner l'attention du mécontentement qui s’accroît à l'intérieur du pays et d'écraser le mouvement révolutionnaire grandissant. Aujourd'hui, pour deux Grands-Russes, on compte en Russie deux ou trois “ allogènes ” privés de droits : le tsarisme s'efforce, au moyen de la guerre, d'augmenter le nombre des nations opprimées par Russie, d'accentuer leur oppression et de faire ainsi échec à la lutte pour la liberté que mènent les Grand-Russes eux mêmes. La possibilité d'asservir et de piller les autres peuples aggrave le marasme économique, car il arrive souvent que la source des revenus soit moins le développement des forces productives que l'exploitation semi féodale des “ allogènes ”. Ainsi, du côté de la Russie, la guerre porte un caractère foncièrement réactionnaire et hostile aux mouvements de libération.

 

Qu’est-ce que le social chauvinisme ?

 

Le social chauvinisme, c'est la “ défense de la patrie ” dans la guerre actuelle. De cette position découlent, par voie de conséquence, la renonciation à la lutte de classe pendant la guerre, le vote des crédits militaires, etc. Les social chauvins pratiquent en fait une politique antiprolétarienne, bourgeoise, car ils préconisent en réalité, non pas la “ défense de la patrie ” au sens de la lutte contre l'oppression étrangère, mais le “ droit ” de telles ou telles “ grandes ” puissances à piller les colonies et à opprimer d'autres peuples. Les social chauvins reprennent à leur compte la mystification du peuple par la bourgeoisie, selon laquelle la guerre serait menée pour la défense de la liberté et de l'existence des nations, et se rangent ainsi aux côtés de la bourgeoisie contre le prolétariat. Sont des social chauvins aussi bien ceux qui justifient et exaltent les gouvernements et la bourgeoisie d'un des groupes des puissances belligérantes que ceux qui, à l'instar de Kautsky, reconnaissent aux socialistes de toutes les puissances belligérantes un droit identique à la “ défense de la patrie ”. Le social chauvinisme, qui prône en fait la défense des privilèges, des avantages, des pillages et violences de “ sa propre ” bourgeoisie impérialiste (ou de toute bourgeoisie, en général), constitue une trahison pleine et entière de toutes les convictions socialistes et de la résolution du Congrès socialiste international de Bâle.

 

Le Manifeste de Bâle

 

Le Manifeste sur la guerre, adopté à l'unanimité à Bâle en 1912, vise justement la guerre qui a éclaté en 1914 entre l'Angleterre et l'Allemagne avec leurs alliés actuels. Le manifeste déclare nettement que nul intérêt du peuple ne peut justifier une telle guerre, menée pour “ le profit des capitalistes ou l'orgueil des dynasties ”, sur la base de la politique impérialiste, spoliatrice, des grandes puissances. Le manifeste déclare expressément que la guerre est un danger “ pour les gouvernements ” (tous sans exception), met en évidence la crainte que la “ révolution prolétarienne ” leur inspire, rappelle de la manière la plus explicite l'exemple de la Commune de 1871 et celui d'octobre décembre 1905, c'est à dire l'exemple de la révolution et de la guerre civile. Par conséquent, le Manifeste de Bâle indique, précisément pour la guerre actuelle, la tactique de la lutte révolutionnaire des ouvriers à l'échelle internationale contre leurs gouvernements, la tactique de la révolution prolétarienne. Le Manifeste de Bâle reprend les termes de la résolution de Stuttgart disant qu'au cas où la guerre éclaterait, les socialistes devraient exploiter “ la crise économique et politique ” créée par la guerre pour “ précipiter la chute de la domination capitaliste ”, c'est à dire mettre à profit les difficultés suscitées aux gouvernements par la guerre, ainsi que la colère des masses, en vue de la révolution socialiste.

La politique des social chauvins, qui justifient la guerre du point de vue bourgeois sur le mouvement de libération, qui admettent la “ défense de la patrie ”, qui votent les crédits, qui entrent dans les ministères, etc., est donc une trahison pure et simple du socialisme, qui ne s'explique, comme on le verra plus loin, que par la victoire de l'opportunisme et de la politique ouvrière national libérale au sein de la majorité des partis européens.

 

Les fausses références à Marx et Engels

 

Les social chauvins russes (Plékhanov en tête) invoquent la tactique de Marx dans la guerre de 1870; les social-chauvins allemands (genre Lensch, David et Cie) invoquent les déclarations d'Engels en 1891 sur la nécessité pour les socialistes allemands de défendre la patrie en cas de guerre contre la Russie et la France réunies; enfin, les social-chauvins genre Kautsky, désireux de transiger avec le chauvinisme international et de le légitimer, invoquent le fait que Marx et Engels, tout en condamnant les guerres, se sont néanmoins chaque fois rangés, de 1854 1855 à 1870 1871 et en 1876 1877, du côté de tel ou tel Etat belligérant, une fois le conflit malgré tout déclenché.

Toutes ces références déforment d'une façon révoltante les conceptions de Marx et d'Engels par complaisance pour la bourgeoisie et les opportunistes, de même que les écrits des anarchistes (les Guillaume et Cie) dénaturent les conceptions de Marx et d'Engels pour justifier l'anarchisme. La guerre de 1870 1871 a été, du côté de l'Allemagne, une guerre historiquement progressive jusqu'à la défaite de Napoléon III qui, de concert avec le tsar, avait longtemps opprimé l'Allemagne en y maintenant le morcellement féodal. Dès que la guerre eut tourné au pillage de la France (annexion de l'Alsace et de la Lorraine), Marx et Engels condamnèrent résolument les Allemands. Au reste, dès le début de cette guerre, Marx et Engels avaient approuvé le refus de Bebel et de Liebknecht de voter les crédits et recommandé à la social démocratie de ne pas faire bloc avec la bourgeoisie, mais de lutter pour la sauvegarde des intérêts de classe particuliers du prolétariat. Appliquer le jugement porté sur cette guerre progressive bourgeoise et de libération nationale à la guerre impérialiste actuelle, c'est se moquer de la vérité. Il en va de même, de façon encore plus frappante, pour la guerre de 1854 1855 et pour toutes les guerres menées au XIX° siècle, alors que n'existaient ni l'impérialisme actuel, ni les conditions objectives déjà mûres du socialisme, ni des partis socialistes de masse dans tous les pays belligérants, c'est à dire à une époque où faisaient précisément défaut les conditions d'où le Manifeste de Bâle dégageait la tactique de la “ révolution prolétarienne ” en relation avec la guerre entre les grandes puissances.

Invoquer aujourd'hui l'attitude de Marx à l'égard des guerres de l'époque de la bourgeoisie progressive et oublier les paroles de Marx : “ Les ouvriers n'ont pas de patrie ”, paroles qui se rapportent justement à l'époque de la bourgeoisie réactionnaire qui a fait son temps, à l'époque de la révolution socialiste, c'est déformer cyniquement la pensée de Marx et substituer au point de vue socialiste le point de vue bourgeois.

 

La faillite de la Il° Internationale

 

Les socialistes du monde entier ont déclaré solennellement en 1912, à Bâle, qu'ils considéraient la future guerre européenne comme une entreprise “ criminelle ” et ultra-réactionnaire de tous les gouvernements, qui devait précipiter la chute du capitalisme en provoquant inévitablement la révolution contre ce dernier. La guerre est venue, la crise a éclaté. Au lieu de la tactique révolutionnaire, la majorité des partis social démocrates ont appliqué une tactique réactionnaire et se sont rangés du côté de leurs gouvernements et de leur bourgeoisie. Cette trahison à l'égard du socialisme marque la faillite de la II° Internationale (1889 1914), et nous devons voir clairement ce qui a déterminé cette faillite, ce qui a engendré le social chauvinisme et ce qui lui a donné sa vigueur.

 

Le social-chauvinisme, dernier mot de l’opportunisme

 

Durant toute l'existence de la II° Internationale, une lutte s'est poursuivie à l'intérieur de tous les partis social-démocrates entre l'aile révolutionnaire et l'aile opportuniste. Dans plusieurs pays, il y a eu scission sur ce point (Angleterre, Italie, Hollande, Bulgarie). Aucun marxiste ne doutait que l'opportunisme fût l'expression. de la politique bourgeoise au sein du mouvement ouvrier, l'expression des intérêts de la petite bourgeoisie et de l'alliance avec “ leur ” bourgeoisie d'une partie minime d'ouvriers embourgeoisés contre les intérêts de la masse des prolétaires, de la masse des opprimés.

Les conditions objectives de la fin du XIX° siècle renforçaient tout particulièrement l'opportunisme, l'utilisation de la légalité bourgeoise étant transformée de ce fait en servilité à son égard; elles créaient une mince couche bureaucratique et aristocratique de la classe ouvrière, et attiraient dans les rangs des partis social démocrates nombre de “ compagnons de route ” petits bourgeois.

La guerre a accéléré ce développement, transformé l'opportunisme en social chauvinisme, et l'alliance tacite des opportunistes avec la bourgeoisie, en une alliance ouverte.

En outre, les autorités militaires ont décrété partout la loi martiale et muselé la masse ouvrière, dont les anciens chefs sont passés, à peu près en bloc, du côté de la bourgeoisie.

La base économique de l'opportunisme est la même que celle du social chauvinisme : les intérêts d'une mince couche d'ouvriers privilégiés et de la petite bourgeoisie, qui défendent leur situation privilégiée, leur “ droit ” aux miettes des profits réalisés dans le pillage des autres nations par “ leur ” bourgeoisie nationale, grâce aux avantages attachés à sa situation de grande puissance, etc.

Le contenu politique et idéologique de l'opportunisme est le même que celui du social chauvinisme : remplacement de la lutte des classes par leur collaboration, renonciation aux moyens révolutionnaires de lutte, soutien de “ son ” gouvernement en difficultés au lieu d'une utilisation de ces difficultés pour la révolution. Si l'on considère tous les pays européens dans leur ensemble, sans s'arrêter à telles bu telles personnalités (quel que soit leur prestige), on constatera que c'est bien le courant opportuniste qui est devenu le principal rempart du social chauvinisme, et que du camp des révolutionnaires s'élève presque partout une protestation plus ou moins conséquente contre ce courant. Et si l'on considère, par exemple, le groupement des tendances au congrès socialiste international de Stuttgart, en 1907, on constatera que le marxisme international était contre l'impérialisme, tandis que, dès cette époque, l'opportunisme international le soutenait.

 

L'unité avec les opportunistes, c’est l’alliance des ouvriers avec “ leur ” bourgeoisie nationale et la scission de la classe ouvrière révolutionnaire internationale

 

Autrefois, avant la guerre, l'opportunisme était souvent considéré comme une “ déviation ”, une “ position extrême ”, mais on lui reconnaissait néanmoins le droit d'être partie intégrante du parti social démocrate. La guerre a montré que c'est désormais chose impossible. L’opportunisme s'est pleinement “ épanoui ”, il a joué jusqu'au bout son rôle d’émissaire de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier. L'unité avec les opportunistes est devenue un tissu d'hypocrisies, dont nous voyons un exemple dans le parti social démocrate allemand. Dans toutes les grandes occasions (par exemple, lors du vote du 4 août), les opportunistes présentent leur ultimatum et l'imposent en mettant en jeu leurs nombreuses relations avec la bourgeoisie, leur majorité dans les directions des syndicats, etc. L'unité avec les opportunistes, n'étant rien d'autre que la scission du prolétariat révolutionnaire de tous les pays, marque en fait aujourd'hui la subordination de la classe ouvrière à “ sa ” bourgeoisie nationale, l'alliance avec celle ci en vue d'opprimer d'autres nations et de lutter pour les privilèges impérialistes.

Si dure que soit, en certains cas, la lutte contre les opportunistes qui règnent dans maintes organisations, quelque forme particulière que prenne, dans certains pays, le processus d'épuration des partis ouvriers se débarrassant des opportunistes, ce processus est inévitable et fécond. Le socialisme réformiste agonise; le socialisme renaissant “ sera révolutionnaire, intransigeant, insurrectionnel ” selon l'expression si juste du socialiste français Paul Golay.

 

Le “ kautskisme ”

 

Kautsky, la plus grande autorité de la II° Internationale, offre un exemple éminemment typique, notoire, de la façon dont la reconnaissance verbale du marxisme a abouti en fait à le transformer en “ strouvisme ” ou en “ brentanisme [1] ”. Nous en avons un autre exemple avec Plékhanov. A l'aide de sophismes manifestes, on vide le marxisme de son âme vivante, révolutionnaire. On admet tout dans le marxisme, excepté les moyens révolutionnaires de lutte, la propagande en leur faveur et la préparation de leur mise en œuvre, l'éducation des masses dans ce sens. Au mépris de tout principe, Kautsky “ concilie ” la pensée fondamentale du social chauvinisme, l'acceptation de la défense de la patrie dans la guerre actuelle, avec des concessions diplomatiques et ostentatoires aux gauches, telles que l'abstention lors du vote des crédits, la prise de position verbale en faveur de l'opposition, etc. Kautsky, qui écrivit en 1909 tout un livre sur l'imminence d'une époque de révolutions et sur le lien entre la guerre et la révolution; Kautsky, qui signa en 1912 le Manifeste de Bâle sur l'utilisation révolutionnaire de la guerre de demain, s'évertue aujourd'hui à justifier et à farder le social chauvinisme, et se joint comme Plékhanov à la bourgeoisie pour railler toute idée de révolution, toute initiative allant dans le sens d'une lutte nettement révolutionnaire.

La classe ouvrière ne peut jouer son rôle révolutionnaire mondial sans mener une lutte implacable contre ce reniement, cette veulerie, cette servilité à l'égard de l'opportunisme et cet incroyable avilissement de la théorie marxiste. Le kautskisme n'est pas un effet du hasard, c'est le produit social des contradictions de la II° Internationale, de la fidélité en paroles au marxisme alliée à la soumission de fait à l'opportunisme.

Ce mensonge majeur du “ kautskisme ” se manifeste sous des formes diverses dans les différents pays. En Hollande, Roland Holst, tout en repoussant l'idée de la défense de la patrie, plaide pour l'unité avec le parti des opportunistes. Trotsky, en Russie, repoussant également cette idée, plaide aussi pour l'unité avec le groupe opportuniste et chauvin de “ Nacha Zaria ”. Rakovski, en Roumanie, tout en déclarant la guerre à l'opportunisme, qu'il rend responsable de la faillite de l'Internationale, est prêt cependant à admettre l'idée de la défense de la patrie. Ce sont là des manifestations du mal que les marxistes hollandais ( Gorter, Pannekoek) ont appelé le “ radicalisme passif ”, et qui vise à substituer au marxisme révolutionnaire l'éclectisme en théorie, et la servilité ou l'impuissance devant l'opportunisme dans la pratique.

 

Le mot d’ordre des marxistes est celui de la social-démocratie révolutionnaire

 

La guerre a, sans conteste, engendré une crise extraordinairement violente et aggravé, à l'extrême la misère des masses. Le caractère réactionnaire de cette guerre, le mensonge éhonté de la bourgeoisie de tous les pays, qui dissimule ses visées do brigandage sous le manteau de l'idéologie “ nationale ”, suscitent nécessairement, dans la situation révolutionnaire qui existe objectivement, des tendances révolutionnaires au sein des masses. Notre devoir est d'aider à prendre conscience de ces tendances, de les approfondir et de leur donner corps. Seul le mot d'ordre de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile exprime correctement cette tâche, et toute lutte de classe conséquente pendant la guerre, toute tactique sérieusement appliquée d'“ actions de masse ” y mène inévitablement. On ne peut savoir si c'est à l'occasion de la première ou d une seconde guerre impérialiste des grandes puissances, si c'est pendant ou après cette guerre, qu'éclatera un puissant mouvement révolutionnaire. Mais, de toute façon, notre devoir impérieux est de travailler méthodiquement et sans relâche dans cette voie.

Le Manifeste de Bâle invoque sans détours l'exemple de la Commune de Paris, c'est à dire la transformation d'une guerre de gouvernements en guerre civile. Il y a un demi-siècle, le prolétariat était trop faible, les conditions objectives du socialisme n'étaient pas encore venues à maturité, il ne pouvait y avoir ni corrélation ni coopération des mouvements révolutionnaires dans tous les pays belligérants; l'engouement d'une partie des ouvriers parisiens pour “ l'idéologie nationale ” (la tradition de 1792) attestait de leur part une défaillance petite bourgeoise, que Marx avait signalée en son temps et qui fut une des causes de l'échec de la Commune. Un demi siècle plus tard, les conditions qui affaiblissaient la révolution d'alors ont disparu, et à l'heure actuelle il est impardonnable pour un socialiste de renoncer à agir, très précisément, dans l'esprit des communards parisiens.

 

L'exemple de la fraternisation dans les tranchées

 

Les journaux bourgeois de tous les pays belligérants ont cité des exemples de fraternisation entre soldats même dans les tranchées. Et les décrets draconiens promulgués par les autorités militaires (Allemagne, Angleterre) contre cette fraternisation ont démontré que les gouvernements et bourgeoisie y attachaient une sérieuse importance. Si des cas de fraternisation ont pu se produire, malgré la donation totale de l'opportunisme à la direction des partis social démocrates d'Europe occidentale, et alors que le social chauvinisme est soutenu par toute la presse social-démocrate, par toutes les autorités de la Il° Internationale, cela nous montre à quel point il serait possible d'abréger la durée de la guerre criminelle, réactionnaire et esclavagiste d'aujourd'hui et d'organiser le mouvement international révolutionnaire, si un travail systématique ait effectué dans ce sens, ne serait ce que par les socialistes de gauche de tous les pays belligérants.

 

L’importance de l’organisation illégale

 

Les anarchistes les plus marquants du monde entier se sont déshonorés tout autant que les opportunistes par le social chauvinisme (dans l'esprit de Plékhanov et de Kautsky) dont ils ont fait preuve au cours de cette guerre. Un des résultats utiles de ce conflit sera sans doute qu'il tuera la fois l'opportunisme et l'anarchisme.

Sans renoncer en aucun cas et sous aucun prétexte à, utiliser la plus minime possibilité légale pour organiser les masses et propager le socialisme, les partis social-démocrates doivent rompre avec toute attitude servile devant la légalité. “ Tirez les premiers, messieurs les bourgeois ” , écrivait Engels [2], en faisant précisément allusion à la guerre civile et à la nécessité pour nous de violer la légalité après que celle ci l'aura été par la bourgeoisie. La crise a montré que la bourgeoisie enfreint la légalité dans tous les pays même les plus libres, et qu'il est impossible de conduire masses à la révolution sans constituer une organisation clandestine pour préconiser, discuter, apprécier et préparer les moyens de lutte révolutionnaires. En Allemagne, par exemple, tout ce que les socialistes font d'honnête se fait contre le vil opportunisme et l'hypocrite “ kautskisme ”, et cela, précisément, dans l'illégalité. En Angleterre, on est passible du bagne pour l'impression d'appels invitant à refuser le service militaire.

Considérer comme compatible avec l'appartenance au parti social démocrate la répudiation des procédés clandestins de propagande et les railler dans la presse légale, c'est trahir le socialisme.

 

De la défaite de “ son propre ” gouvernement dans la guerre impérialiste

 

Les partisans de la victoire de leur gouvernement dans la guerre actuelle, de même que les partisans du mot d'ordre : “ Ni victoire ni défaite ”, adoptent les uns et les autres le point de vue du social chauvinisme. Dans une guerre réactionnaire, la classe révolutionnaire ne peut pas ne pas souhaiter la défaite de son gouvernement; elle ne peut manquer de voir le lien entre les échecs militaires de ce dernier et les facilités qui en résultent pour le renverser. Seul le bourgeois qui croit que la guerre engagée par les gouvernements finira de toute nécessité comme une guerre entre gouvernements, et qui le désire, trouve “ ridicule ” ou “ absurde ” l'idée que les socialistes de tous les pays belligérants doivent affirmer qu'ils veulent la défaite de tous les gouvernements, de “ leurs ” gouvernements. Par contre, une telle position correspondrait exactement à la pensée secrète de tout ouvrier conscient et s'inscrirait dans le cadre de notre activité visant à transformer la guerre impérialiste en guerre civile.

Il est hors de doute que l'important travail d'agitation contre la guerre effectué par une partie des socialistes anglais, allemands et russes “ affaiblissait la puissance militaire ” de leurs gouvernements respectifs, mais cette agitation faisait honneur aux socialistes. Ceux ci doivent expliquer aux masses qu'il n'est point de salut pour elles hors du renversement révolutionnaire de “ leurs ” gouvernements respectifs, et que les difficultés rencontrées par ces gouvernements dans la guerre actuelle doivent être exploitées précisément à cette fin.

 

Du pacifisme et du mot d’ordre de la paix

 

L'état d'esprit des masses en faveur de la paix exprime souvent le début d'une protestation, d'une révolte et d'une prise de conscience du caractère réactionnaire de la guerre. Tirer profit de cet état d'esprit est le devoir de tous les social-démocrates. Ils participeront très activement à tout mouvement et à toute manifestation sur ce terrain, mais ils ne tromperont pas le peuple en laissant croire qu'en l'absence d'un mouvement révolutionnaire, il est possible de parvenir à une paix sans annexions, sans oppression des nations, sans pillage, sans que subsiste le germe de nouvelles guerres entre les gouvernements actuels et les classes actuellement dirigeantes. Tromper ainsi le peuple ne ferait que porter de l'eau au moulin de la diplomatie secrète des gouvernements belligérants et de leurs plans contre révolutionnaires. Quiconque désire une paix solide et démocratique doit être partisan de la guerre civile contre les gouvernements et la bourgeoisie.

 

Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes

 

La mystification du peuple la plus largement pratiquée par la bourgeoisie dans cette guerre est le camouflage de ses buts de brigandage derrière l'idée de la “ libération nationale ”. Les Anglais promettent la liberté à la Belgique; les Allemands à la Pologne, etc. En réalité, comme nous l'avons vu, c'est une guerre entre les oppresseurs de la majorité des nations du monde pour consolider et étendre cette oppression.

Les socialistes ne peuvent atteindre leur but sans lutter contre tout asservissement des nations. Aussi doivent ils exiger absolument que les partis social démocrates des pays oppresseurs (des “ grandes ” puissances, notamment) reconnaissent et défendent le droit des nations opprimées à disposer d'elles mêmes, et cela au sens politique du mot, c'est à dire le droit à la séparation politique. Le socialiste appartenant à une puissance impérialiste ou à une nation possédant des colonies, et qui ne défendrait pas ce droit, serait, un chauvin.

La défense de ce droit, loin d'encourager la formation de petits Etats, conduit au contraire à la formation plus libre, plus sûre et, par suite, plus large et plus généralisée, de grands Etats et de fédérations entre Etats, ce qui est plus avantageux pour les masses et correspond mieux au développement économique.

Les socialistes des nations opprimées, pour leur part, doivent lutter sans réserve pour l'unité complète (y compris sur le plan de l'organisation) des ouvriers des nationalités opprimées et oppressives. L'idée d'une séparation juridique des nations (ce qu'on appelle l' “ autonomie nationale culturelle ” de Bauer et Renner) est une idée réactionnaire.

L'époque de l'impérialisme est celle de l'oppression croissante des nations du monde entier par une poignée de “ grandes ” puissances; aussi la lutte pour la révolution internationale socialiste contre l'impérialisme est elle impossible sans la reconnaissance du droit des nations à disposer d'elles mêmes. “ Un peuple qui en opprime d'autres ne saurait être libre ” (Marx et Engels). Ne peut être socialiste un prolétariat qui prend son parti de la moindre violence exercée par “ sa ” nation à l'encontre d'autres nations".

 

Notes

[1] L. Brentano : économiste bourgeois, partisan du “ Socialisme d’État ” et à l’origine de théories visant à prouver la possibilité de réaliser l’égalité sociale dans le cadre du capitalisme.

[2] Cf. F. Engels : Le socialisme et la guerre

 

 


Source :https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/08/vil19150800b.htm


 

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7 mars 2022 1 07 /03 /mars /2022 07:22

Eleanor était la dernière des six enfants de Karl et Jenny Marx. Elle est née à Londres dans le quartier misérable de Soho en 1855 et décédée dans la même ville en 1898 à l'âge de 43 ans. Plus tard, elle décrira la période noire de Soho comme "des années d'horrible pauvreté, de souffrances amères - des souffrances que seul l'étranger sans le sou dans un pays étranger peut connaître" (1).

Très proche de son père, elle fut également sa " secrétaire " dès l'âge de 16 ans. Polyglotte, Eleanor a trduit en anglais non seulement certaines œuvres de son père comme Value, Price and Profit par exemple, mais aussi Madame Bovary, le roman de Gustave Flaubert et History of the Paris Commune of 1871 de Prosper-Olivier Lissagaray.

Eleanor ou "Tussy" comme aimaient l'appeler affectueusement ses parents, était passionnée de litterrature et de théâtre. Son poète préféré était William Shakespeare. Eleanor a traduit aussi des pièces comme La Dame de la mer ou Un ennemi de la société du dramaturge norvégien Henrik Ibsen.

Influencée par son père et par F. Engels, elle développa très tôt son goût pour l'action et le combat politique. Sa devise préférée était "Allez-y !". Internationaliste, elle s'engagea avec son amie Lizzie Burns, ouvrière irlandaise analphabète et compagne de F. Engels, dans la lutte pour l'indépendance de l'Irlande. Après la semaine sanglante et la défaite de la Commune, les Marx ont reçu de nombreux refugiés communards à Londres. Paul Lafargue et Charles Longuet ont épousé Laura et Jenny Marx. Eleanor est tombée amoureuse de Lissagaray dont elle a aidé à écrire "Histoire de la Commune de 1871" avant de traduire en anglais cette œuvre qui reste encore aujourd'hui la référence sur la Commune.

Eleanor était une militante infatigable. Elle était membre de la Social Democratic Federation, premier groupe politique marxiste en Grande Bretagne. En 1884, elle quitte cette organisation devenue plutôt nationaliste et crée avec le poète William Morris et d'autres militants la Socialist League (2). Eleanor a été également la co-fondatrice de la National Union of Gasworkers avec Will Thorne en 1889. Ce syndicat qui a connu par la suite un développement rapide comptait dans ses rangs un nombre important de femmes même si elles n'occupaient malheureusement pas des postes de responsabilité (3).

Mais Eleanor s'est surtout distinguée par son combat pour l'égalité entre les hommes et les femmes dans tous les domaines. Pour elle, une analyse en termes de classes sociales qui ne se réfère pas à l'inégale répartition du travail domestique et du travail lié à l'éducation des enfants reste insuffisante. Mais tout combat pour l'émancipation des femmes qui ne s'insère pas en même temps dans la lutte globale contre le capitalisme est voué à l'échec. "Ainsi, non seulement il ne peut y avoir de vrai féminisme sans socialisme, mais il ne peut y avoir de véritable socialisme sans féminisme. Et ça ne peut pas attendre la révolution, ça doit faire partie du processus qui y mène" (4) .

Dans La question de la femme (1886) co-rédigé avec Edward Aveling son nouveau compagnon, elle écrit :"La position des femmes repose, comme tout dans notre société moderne complexe, sur une base économique (...) Ceux qui attaquent le traitement actuel des femmes sans en chercher la cause dans l'économie de notre société actuelle sont comme des médecins qui traitent une affection locale sans enquête sur la santé corporelle générale" (5).

Concernant les féministes bourgeoises, Eleanor comprend leurs revendications, mais les objectifs poursuivis par les unes et les autres sont très différents : "Les ouvrières peuvent bien comprendre les revendications du mouvement des femmes bourgeoises; elles peuvent et doivent même adopter une attitude compréhensive à l'égard de ces demandes; seulement, les buts des travailleuses et des femmes bourgeoises sont très différents. (...) Là où les femmes bourgeoises réclament des droits qui nous sont utiles aussi, nous nous battrons avec elles(...) Nous ne refuserons aucun avantage, acquis par les femmes bourgeoises dans leur propre intérêt, qu'elles nous fournissent volontairement ou non. Nous acceptons ces avantages comme des armes, des armes qui nous permettent de mieux lutter aux côtés de nos frères ouvriers. Nous ne sommes pas des femmes en lutte contre les hommes mais des travailleuses en lutte contre les exploiteurs" (6).

Dans une lettre adressée au dirigeant socialiste Ernest Belfort Bax en 1895, elle écrit :

"J'ai proposé de débattre avec vous sur la question sexuelle. Je suis, bien sûr, en tant que socialiste, pas une représentante des « droits de la femme". C'est de la Question Sexuelle et de ses fondements économiques que je me proposais de discuter avec vous. La soi-disant question des « droits de la femme » (qui semble être la seule que vous compreniez) est une idée bourgeoise. J'ai proposé de traiter la question du sexe du point de vue de la classe ouvrière et de la lutte des classes" (7).

Le 31 mars 1898, Tussy s'est donnée la mort. Elle avait 43 ans. Les amis et les proches d'Eleanor mettent en cause son compagnon Edward Avling (1849-1898) dont le rapport à l'argent et aux femmes était indigne (8).

La vie d'Eleanor a été courte mais intense. Traductrice, écrivaine, syndicaliste, féministe etc., elle était tout cela à la fois. Mais Eleanor était avant tout une femme révolutionnaire qui a consacré toute sa vie à se battre pour une société plus juste.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.nytimes.com/2015/04/05/books/review/eleanor-marx-a-life-by-rachel-holmes.html

(2)https://spartacus-educational.com/Psocial.htm

(3)https://www.gmb.org.uk/long-read/go-ahead-celebrating-life-eleanor-marx

(4)http://links.org.au/node/4277

(5)https://www.marxists.org/archive/eleanor-marx/works/womanq.htm

(6)https://www.marxists.org/archive/draper/1976/women/5-emarx.html

(7)https://www.marxists.org/archive/eleanor-marx/1895/11/bax-exchange.htm

(8)https://maitron.fr/spip.php?article75301

 

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