Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
27 octobre 2026 2 27 /10 /octobre /2026 08:21

"L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes"

K. Marx, F. Engels

 

La négation de la lutte des classes, ou du moins, sa marginalisation dans le discours dominant, correspond à la volonté de la classe dirigeante de tromper et de démoraliser les masses populaires pour mieux les asservir. Dans les productions intellectuelles, médiatiques et politiques, la lutte des classes est souvent présentée comme une notion surannée, vestige d'une société révolue. La bourgeoisie a réussi à faire croire, notamment à ceux qui ont objectivement intérêt à révolutionner leurs conditions d'existence, que la lutte des classes est un anachronisme, que la " fin de l'Histoire" est une réalité des temps modernes. Le capitalisme apparaît ainsi comme l'ultime horizon des hommes.

Pourtant, malgré sa puissance sociale, l'idéologie de la classe dominante est contredite chaque jour par la réalité. La lutte des classes, sous ses différentes formes, continue de faire rage partout à travers le monde. Elle n’épargne ni le Nord ni le Sud, ni l'Est ni l'Ouest.

En France, la lutte des classes s'est intensifiée avec l'arrivée de Macron au pouvoir. Les attaques contre les droits des travailleurs sont devenues permanentes. Les prérogatives patronales ont été considérablement renforcées et les conditions d'exploitation de la force de travail ont été facilitées. Les exigences de la bourgeoisie en matière économique et sociale ont été ainsi satisfaites avec un zèle rarement égalé : destruction du code du travail, précarisation et flexibilisation de l'emploi, démantèlement des services publics, suppression des contrats aidés, diminution des indemnités chômage, suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), instauration du prélèvement forfaitaire unique (PFU) plafonné à 30 % sur les revenus du capital, réduction de l'impôt sur les sociétés qui passe de 33.33 % à 25 % etc. etc.

Dans le même temps, la politique d'austérité, présentée comme une nécessité évidente, a été renforcée : réduction drastique des dépenses de la Sécurité sociale, de l’Éducation, de la Santé, des transports, du logement public etc. L'austérité, faut-il le rappeler, n'est qu'un paravent derrière lequel se cachent les intérêts de la classe dominante.

Depuis son accession au pouvoir, Macron mène une véritable politique de classe qui a provoqué de graves crises sociales. Il ne s'agit pas de simples manifestations corporatistes, mais d'affrontements violents autour du partage des richesses, avec des conséquences dramatiques : mains arrachées, yeux crevés, visages défigurés et crânes fracassés.

C'est dans ce cadre général qu'il convient de situer les différents mouvements, des Gilets jaunes aux mobilisations actuelles des lycéens, des étudiants et des travailleurs.

 

Le mouvement des Gilets jaunes, né et développé en dehors de toute organisation politique ou syndicale, constitue d'abord une révolte contre la situation économique et sociale désastreuse dans laquelle se trouve une large partie de la population. C'est une révolte contre cette politique de paupérisation ultralibérale menée tambour battant par les gouvernements successifs. Aucun mouvement, dans l'histoire récente de la France, n'avait mobilisé autant d'hommes et de femmes sur une aussi longue période contre la classe dirigeante, et notamment contre son représentant, Emmanuel Macron. Sa radicalité n'est que le corollaire de la brutalité des politiques économiques et sociales menées par l'une des bourgeoisies les plus féroces au monde. Les Gilets jaunes ont compris que, derrière cette injustice et cette dégradation générale des conditions de vie que subissent les classes populaires, se cache la classe des oppresseurs qui a hissé brutalement Macron à la tête de l'Etat. "Macron, robin des rois", "président des riches" ou encore "Rends l’ISF d’abord !", clamaient les Gilets jaunes. Le mouvement des Gilets jaunes est, en définitive, le produit authentique de la lutte des classes qui secoue la société française.

Effrayée par la détermination de ce mouvement populaire et par sa farouche volonté de ne plus s'inscrire dans le jeu du pouvoir, la classe dirigeante n'a pas hésité à mener une véritable guerre contre les Gilets jaunes. Même l'armée a été appelée à la rescousse :

  • 2 décès,

  • 315 blessures à la tête,

  • 24 éborgné·es,

  • 5 mains arrachées .

    Le Ministère de l'Intérieur compte, quant à lui, 2 448 blessés, 561 signalements déposés à l'IGPN, 313 enquêtes judiciaires de l'IGPN, 8 enquêtes administratives, 23 enquêtes judiciaires de l'IGGN, 180 enquêtes transmises au Parquet, 19 071 tirs de LBD, 1 428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées, 5 420 tirs de grenades de désencerclement, 474 gendarmes et 1 268 policiers blessés.

     

Les mobilisations massives contre la "réforme" des retraites ne sont, en réalité, que le prolongement du combat des Gilets jaunes dont les slogans et les chants ont été d'ailleurs largement repris par les manifestants. Le 19 janvier 2023 plusieurs centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre le report de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans. Toutes les villes de France, petites et grandes, sont touchées par ce mouvement populaire. Malgré la propagande, le mensonge et la répression, la population reste déterminée à lutter contre la politique menée par Macron, représentant zélé de la classe dominante. Même les directions syndicales, dont les positions étaient moins radicales que celles de leurs bases, ont été surprises par la vitalité et l'ampleur du mouvement. Il s'agit d'une opposition de masse qui dépasse le cadre corporatiste et étroit des retraites même si les revendications restaient essentiellement économiques. Il faut dire que cette réforme constitue une attaque frontale contre le monde du travail.

Là encore comme lors du mouvement des Gilets jaunes, la répression est féroce : brutalités policières, utilisation des drones, gardes à vue abusives, interdictions des rassemblements, acharnement judiciaire et criminalisation des manifestants. Cette violence d'Etat traduit à la fois le durcissement du maintien de l'ordre et l'intensification de la mobilisation populaire.

 

Pendant ce conflit ouvert contre la "réforme" des retraites, le mouvement écologiste ouvre un autre front à Sainte-Soline contre l'installation des méga-bassines conçues prioritairement pour servir les grandes exploitations agricoles.

Une répression d'une rare violence s'abat alors sur des milliers de manifestants : des centaines de blessés dont plusieurs gravement et deux personnes voient leur pronostic vital engagé. Aujourd'hui encore, nombre de ces manifestants souffrent des séquelles physiques et psychologiques, témoins de cette terrible répression. Dans le même temps, la police procède aux marquages, aux perquisitions, à l'arrestation et à l'espionnage des militants écologistes traités de surcroît de "terroristes".

Le 21 juin 2023, le pouvoir annonce la dissolution du collectif écologiste, le Soulèvement de la Terre. Dans cette guerre de classe, l'État bourgeois ne pouvait répondre que par des mesures guerrières !

 

Le 27 juin 2023, la France a été secouée par des révoltes violentes venues des quartiers populaires. La veille, Nahel, un jeune de 17 ans, a été abattu à bout portant par un policier. Ce crime ordinaire de l'Etat français vient ainsi allonger une liste d'assassinats déjà trop longue. Le meurtre de Nahel n'était en fait que l'étincelle qui a embrasé à nouveau les cités populaires, 18 ans après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois en 2005.

Paupérisés, marginalisés, méprisés et persécutés par une classe dirigeante arrogante, les jeunes des cités se révoltent à intervalles réguliers même s'ils savent qu'ils s'exposent à la prison, aux mutilations et à la mort. Leur rage et leur colère jaillissent, comme les flammes des voitures qu'ils brûlent, des conditions matérielles d'existence inhumaine. Leur révolte n'est pas dirigée uniquement contre les brutalités policières; elle embrasse l'ensemble des symboles et institutions de l'ordre bourgeois qui les opprime au quotidien à commencer par l'école. Celle-ci n'est que le reflet d'une société de classes. Le tri, le classement, la hiérarchisation et la sélection restent, pour l'essentiel, son mode de fonctionnement. L'école broie celles et ceux qui ne possèdent pas ou qui ne maîtrisent pas les codes culturels dominants, eux-mêmes largement déterminés par le milieu social. Et cela, malgré le courage et le dévouement des personnels de l'Education nationale qui travaillent dans des conditions difficiles.

Pourtant, ces humiliés ont montré à plusieurs reprises qu'ils sont capables de se mettre en colère, de se révolter et de se dresser contre un ordre injuste contrairement à un lumpenprolétariat qui se trouve souvent du côté de la classe dominante.

Leur révolte est un acte social et politique dirigé contre un État policier qui opprime et punit les plus fragiles des classes populaires.

Pour la classe dirigeante et ses médias, il ne s'agit que de "voyous", de "casseurs", de "bruleurs" de voitures et de bâtiments publics, ou encore de "voleurs" de magasins, organisés en bandes qui troublent l'ordre public et qu'il faut impitoyablement réprimer. Le pouvoir qui s'inquiète grandement des constructions, des bâtiments, "de la brique et du mortier" (1), n'a nullement le souci de la vie et de l'intégrité physique des révoltés. Rappelons que les Gilets jaunes, pour les délégitimer, ont subi eux aussi le même traitement : une "foule haineuse", des "bœufs", des "casseurs", des "nervis", des "fascistes", des "antisémites" etc. Certains vont même jusqu'à appeler les forces de l'ordre et l'armée à se servir des armes :"qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois ![…] On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies" .

La "racaille", comme disait Nicolas Sarkozy, va alors payer cher son audace et son insolence à vouloir secouer cet ordre qui l'humilie et la méprise en permanence. La police a procédé à des milliers d'interpellations et les tribunaux ont distribué des années de prison ferme. Il faut dire que le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, a intimé l'ordre aux procureurs généraux de "donner une réponse pénale rapide, ferme et systématique" à l'encontre des jeunes révoltés.

En 2005, pour mémoire, le gouvernement de l'époque a même proclamé l'état d'urgence et le couvre-feu qui l'accompagne; décision rare dans l'histoire récente de la France. En fouillant dans son passé, la République bourgeoise a trouvé une loi, celle de 1955, conçue pour imposer l'ordre colonial en Algérie. Cinquante ans après, elle l'exhume pour mater la révolte des enfants et des petits-enfants des travailleurs immigrés ! Aujourd'hui, la classe dirigeante a donné un blanc-seing à la police pour "restaurer l’ordre" contre des "hordes de sauvages" et des "nuisibles".

 

Le 17 septembre 2026, un nouveau mouvement de contestation éclate. Il s'agit de la révolte des lycéens contre la dégradation de leurs conditions d'étude : enseignants en sous-effectif, professeurs absents non remplacés, classes surchargées, manque criant d'infirmiers scolaires, de psychologues et d'assistants sociaux, inégalités d'accès à l'enseignement supérieur via Parcoursup, rythmes scolaires inadaptés, bâtiments délabrés, etc.

Il ne s'agit pas d'un mouvement local, mais d'une contestation d'ampleur nationale. Les étudiants ont rejoint le mouvement dès le 1er Octobre. Le 6 octobre, les organisations syndicales ont appelé les salariés à descendre dans la rue pour soutenir les lycéens et les étudiants en lutte, car "Les lycéens et étudiants d'aujourd'hui sont les travailleurs et les travailleuses de demain". De grandes manifestations se sont déroulées dans toute la France rassemblant des lycéens, des étudiants, des enseignants, des parents et d'autres soutiens pour protéger les jeunes de la violence policière et pour réclamer notamment davantage de moyens pour l'Education.

Le mouvement a progressivement dépassé le cadre des revendications matérielles, parce qu'il ne porte plus seulement sur les conditions concrètes d'apprentissage. Il remet désormais en cause les choix politiques du gouvernement Macron. La dégradation des conditions matérielles des lycéens et des étudiants n'est que la conséquence des décisions prises au sommet de l'Etat. La politique libérale menée par Macron depuis près de dix ans est responsable de la situation désastreuse dans laquelle se trouvent non seulement l'Education nationale, mais aussi l'ensemble des services publics : baisse des moyens budgétaires en termes réels, gestion managériale, recours accru aux contractuels et recherche systématique d’économies, entre autres. Le mouvement conteste l’orientation générale de cette politique et ses effets néfastes sur les conditions de travail et sur la qualité du service public. Le lycée est devenu ainsi le symbole d'un sentiment largement répandu dans la population, celui d'un service public dégradé qui ne garantit nullement les mêmes conditions d'accès. En réalité, le mouvement actuel est le révélateur, dans un contexte de crise économique profonde, du malaise que connaissent les jeunes notamment ceux des classes populaires face aux difficultés d’insertion professionnelle, du chômage, de la précarité et plus généralement des inégalités sociales. Il exprime à la fois le ras-le-bol des conditions d'apprentissage et un mécontentement social plus profond.

Ce n'est pas un hasard si le mouvement est né dans les lycées populaires de la banlieue parisienne

(Créteil, puis Saint-Denis, Sarcelles, Aubervilliers, etc.). Ces établissements connaissent des conditions d'apprentissage des plus déplorables. Ils manquent cruellement non seulement d'enseignants, mais aussi de moyens matériels élémentaires comme les tables et les chaises. Les locaux sont insalubres : fenêtres qui ne ferment pas correctement, toilettes hors d'usages, eau non potable, chauffage défectueux, isolation inexistante, etc. Les professeurs ne sont pour ainsi dire jamais remplacés :"L'année dernière j'ai passé le bac de français sans prof de français" disait Maïsa élève dans une banlieue parisienne. "C'est l'Éducation nationale qui ne met pas des moyens dans les banlieues. C'est du mépris de classe et c'est raciste", dénonce Amélia. Les élèves ressentent une profonde injustice par rapport à leurs camarades des lycées parisiens et des établissements du centre-ville, nettement mieux dotés. Cette inégalité territoriale n'est, au fond, que le reflet d'une autre inégalité, celle des classes sociales.

Les jeunes des banlieues, forts d'une longue tradition de lutte, ont su transformer et canaliser leur colère et leur rage pour en faire un moyen de combat contre toutes les formes de discrimination et d'injustice sociale liées aux politiques des gouvernements successifs. Mais cette mémoire collective de lutte ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la rapidité avec laquelle le mouvement s'est répandu dans les autres établissemnts scolaires. Il faut dire que leurs problèmes matériels concernent aussi les élèves d'autres territoires. Même les établissements prestigieux de Paris comme le lycée Henri-IV ou Louis-Le-Grand ont manifesté leur soutien et leur solidarité avec ceux des banlieues et dénoncé les inégalités de traitement.

Ainsi une mobilisation partie des difficultés rencontrées dans des établissements populaires est devenue le point de départ d'une contestation nationale d'envergure.

Face à cette situation, Macron et son gouvernement n'avaient d'autre réponse à apporter aux revendications légitimes des jeunes que le recours à la violence et à la brutalité de l'appareil répressif de l'Etat. "Il n’y a aucune consigne de retenue et aucune consigne de ne pas utiliser tout l’armement à disposition des forces de sécurité intérieure " déclarait le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez le 2 octobre 2026 sur TF1. Le 5 octobre, un lycéen de 15 ans, Evan, a eu une main arrachée après le tir d’une grenade assourdissante par les forces de l’ordre. A Tours, un lycéen de 16 ans, Maël, a perdu l'usage d'un œil après avoir été touché par un tir de LBD. Le 28 septembre à Saint-Ouen-l'Aumône, Eden, un lycéen de 14 ans, a subi une double fracture de la mâchoire, avec plusieurs dents arrachées et d'autres brisées, après avoir été atteint au visage par le tir au lance-grenade d’un policier. Enfin, à Argenteuil le 1er. Octobre, un autre lycéen de 16 ans a été grièvement blessé à un œil, avec un tir de LBD.

À ces mutilations, il faut ajouter des centaines d’élèves blessés, ainsi que des milliers d’autres arrêtés, placés en garde à vue et déférés devant la justice. Les avocats des jeunes placés en garde à vue "ont dénoncé auprès de l'AFP des violences physiques, des insultes et des "tentatives d'humiliation" de la part de policiers, qui ont laissé des mineurs "terrorisés".

Rappelons tout de même que 86 % des personnes placées en garde à vue sont des mineurs. C'est sans précédent dans l'histoire récente de la France. Précisons également que les armes utilisées contre les jeunes contestataires, relèvent de matériel de guerre au sens de la classification du Code de la sécurité intérieure (LBD, grenades assourdissantes, de désencerclement, lacrymogène lourde etc.). La France est l'un des rares pays en Europe à utiliser ce type d'armes contre ses propres citoyens. Il s'agit de faire peur et de terroriser la population pour l'empêcher d'exprimer ses revendications.

Le mouvement des lycéens et des étudiants, par son ampleur et sa remise en cause radicale de la politique de Macron, a réveillé de profondes espérances parmi les masses populaires, qui souffrent depuis longtemps des conséquences de cette même politique menée par un pouvoir sourd, méprisant et arrogant. Ainsi, la révolte des jeunes a rencontré les revendications des salariés, des retraités, des soignants, d'une partie des agriculteurs, des défenseurs du climat, des anciens du mouvement des Gilets jaunes et des jeunes des quartiers populaires. Tous ensemble, dans un élan formidable, ont réussi à créer un moment majeur de convergence des luttes, qui a abouti à la mobilisation historique du 17 octobre 2026.

Le 17 octobre, c'est l'explosion d'une colère longtemps réprimée et contenue. Cette mobilisation traduit également une crise politique et démocratique profonde. Les manifestants ont le sentiment que Macron et son gouvernement, non seulement n'entendent pas les difficultés et les souffrances de la population, mais qu'ils n'ont que le mépris et la répression à lui opposer.

En effet, le 16 octobre, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a déclaré une fois de plus : "Les policiers et gendarmes doivent pouvoir utiliser l’ensemble des armes intermédiaires à leur disposition, de la grenade lacrymogène au lanceur de balles de défense (LBD) ":

À Saint-Étienne, un adolescent de 17 ans a été gravement blessé : il a eu une main arrachée par une grenade.

À Mulhouse, une adolescente de 17 ans, Maïssa, a définitivement perdu l'usage de son œil gauche à la suite d’une charge policière.

La presse fait état de 2397 interpellations dans toute la France.

Un manifestant est mort à Paris le 17 octobre. Sa famille dénonce le manque de transparence de l'enquête et porte plainte pour "violences volontaires".

Un autre manifestant est décédé dans le quartier de Châtelet-Les Halles dans la nuit du 18 au 19 octobre. Un témoin a déclaré qu'il avait vu du sang derrière sa tête :"Il avait du sang derrière le crâne, il devenait gris… Ça faisait peine à voir".

Quant aux manifestants blessés, aucun bilan officiel n'a été publié, alors que celui concernant les gendarmes et les policiers a été communiqué dès le soir du 17 octobre. Le gouvernement établit ainsi, de fait, une hiérarchie entre les victimes. La gravité des blessures et les témoignages des blessés ont, en revanche, été rapportés par certains journaux.

Le 18 octobre, Macron intervient à la télévision. Il insiste surtout sur les violences, les pillages, les sanctions judiciaires et la protection des institutions, sans apporter la moindre réponse aux revendications exprimées la veille. Le président promet, par contre, d'organiser des réunions à Matignon avec les partis politiques, les syndicats, les organisations étudiantes, les enseignants et les élus. Cette intervention est totalement déconnectée des préoccupations et des souffrances de la population : une allocution "dépourvue de sens d'un pouvoir à la tête de l'Etat qui vacille" .

Le 19 octobre, le Premier ministre a demandé aux préfets de mettre en place des couvre-feux partiels et a affirmé ne pas être opposé à l’instauration d’un état d’urgence.

Le 22 octobre, Emmanuel Macron a annoncé que les manifestations non organisées par des syndicats seraient tout simplement interdites.

Ainsi, la France vit en ce moment une nouvelle intensification de la lutte des classes comme le reconnaît, même indirectement, le Premier ministre lui-même : "C'est désormais le moment aussi de choisir son camp".

En effet, d'un côté, il y a le camp de celles et ceux qui vivent de leur salaire, de leur pension ou d’une allocation et qui subissent l’inflation, le coût du logement et la dégradation générale des services publics. De l’autre, il y a celui des détenteurs de capitaux, des grandes entreprises et des ménages disposant d’un patrimoine important, qui sont davantage protégés par leur épargne, leurs placements ou leurs revenus patrimoniaux.

Comme le souligne l'INSEE, "En 2024 la moitié la mieux dotée des ménages possède 93 % de la masse totale de patrimoine brut, tandis que l’autre moitié n’en possède que 7 %".

Il y a donc ceux qui vivent de leur travail et ceux qui vivent du travail des autres. En un mot, il y a les dominants et les dominés, les oppresseurs et les opprimés. Et lorsque le conflit s'aiguise et éclate au grand jour, la classe dominante n'a d'autre choix que de recourir à la violence pour préserver sa domination. Plus la lutte perdure et prend de l'ampleur, plus la répression devient intense et brutale. Rien d'étonnant à cela dans une société fondée sur la lutte des classes.

La terrible répression que ces contestataires ont subi constitue, à elle seule, une négation éloquente de cette démocratie des riches et une confirmation par et dans les faits de la dictature du capital.

Un pays capitaliste comme la France ne saurait être autre chose qu'une machine à broyer le peuple dès lors que celui-ci tente de se dresser contre la minorité d'exploiteurs. Telle est la véritable essence de la démocratie bourgeoise.

Cette violence exercée sur le peuple aujourd'hui s'inscrit pleinement dans la longue et violente histoire de la bourgeoisie française. Il s'agit toujours d'une répression de classe, même si les situations restent extrêmement différentes les unes des autres. De la Commune de Paris (1871) au mouvement des lycéens actuel, en passant par la fusillade de Fourmies (1891) et le massacre des ouvriers algériens à Paris (1961), l'histoire de l'Etat français est jalonnée de nombreux épisodes de massacres et de répression sanglante.

Ce qui est nouveau aujourd'hui, ce n'est pas l'existence de la violence, mais le fait que celle-ci soit assumée ouvertement, sans remords ni scrupules : "J’assume la doctrine d’ordre public, j’assume les instructions que je donne" déclarait le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez devant la commission des lois de l'Assemblée nationale le 7 octobre 2026.

Aucun Etat, même le plus démocratique ne peut se passer de la violence pour maintenir la majorité de la population dans la soumission. Cette violence est banalisée et légitimée par le discours médiatique et institutionnalisée à travers la police. C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre l'extension considérable des prérogatives et des pouvoirs de la police. Derrière la police, il y a l'Etat et derrière l'Etat, il y a le capital.

L'un des mérites de toutes ces révoltes, est d'avoir démontré d'une manière éclatante que l'Etat de droit, la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse et le droit de manifester ne sont, en réalité, que des contrevérités, des grossiers mensonges véhiculés et répétés à satiété par la classe dirigeante pour légitimer et perpétuer ses privilèges.

La lutte des classes, sous une forme ou sous une autre, ouverte ou dissimulée, se poursuivra inéluctablement tant que les intérêts de classe resteront inconciliables. L'entente des classes n'est qu'une chimère produite et soigneusement entretenue par les classes exploiteuses.

Mohamed Belaali

-----------------------

(1)K Marx : "Le Paris ouvrier, en accomplissant son propre, son héroïque holocauste, a entraîné dans les flammes des immeubles et des monuments. Alors qu'ils mettent en pièces le corps vivant du prolétariat, ses maîtres ne doivent plus compter rentrer triomphalement dans les murs intacts de leurs demeures. Le gouvernement de Versailles crie : Incendiaires ! (...) La bourgeoisie du monde entier qui contemple complaisamment le massacre en masse après la bataille, est convulsée d'horreur devant la profanation de la brique et du mortier !" Dans, La guerre civile en France. Editions sociales, p.84.

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
16 octobre 2026 5 16 /10 /octobre /2026 08:33

Le 17 octobre 1961 l'Etat français, par l'intermédiaire de sa police, massacrait en plein Paris des dizaines de travailleurs algériens qui manifestaient dignement et pacifiquement contre le couvre-feu raciste qui leur a été imposé. Une folie coloniale de plus :"Il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s'abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne" écrivait Maurice Papon préfet de police de Paris. Les ouvriers algériens et leurs familles ont décidé, dans un acte de dignité et de résistance, de manifester, vaille que vaille, dans la capitale coloniale. C'était leur manière de contribuer à l'édification de la nouvelle nation algérienne.

La police a tiré sur la foule faisant des dizaines de morts. Des manifestants ont été jetés dans la Seine, qui a charrié leurs cadavres pendant des jours. Quant aux blessés, ils ont été conduits sans ménagement au Palais des sports et au Stade Pierre-de-Coubertin transformés en lieux d'internement, comme au Stade de Santiago de Chili en 1973, où l'on entassait les opposants au général Pinochet.

Le 17 octobre 1961 constitue peut-être le plus grand massacre d'ouvriers après la Commune de Paris.

Un lourd silence s'est alors abattu sur ce crime d'Etat. Pendant des décennies, livres, témoignages, films, reportages, documents historiques, dossiers de presse et archives ont été censurés, saisis et interdits. La radio et la télévision ont été bridées. La mémoire du 17 octobre a été occultée pour mieux refouler l'ensemble des crimes coloniaux.

Maurice Papon, collaborateur du régime de Vichy et décoré de la Légion d'honneur en juillet 1961,

n’a jamais été jugé ni condamné pour sa responsabilité dans le massacre du 17 octobre 1961.

Il est mort paisiblement dans une clinique à Pontault-Combault, en Seine-et-Marne. Il a été enterré avec sa Légion d’honneur.

Il faudra peut-être encore beaucoup de temps pour que la bourgeoisie française, responsable de ce massacre, ose regarder en face son propre visage hideux. Comme l'écrivait Frantz Fanon dans Les damnés de la terre, cette bourgeoisie qui aime tant parler de l'homme et des droits de l'homme "tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde".

 

Mohamed Belaali

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
9 octobre 2026 5 09 /10 /octobre /2026 06:38

La guerre d'extermination qui se déroule aujourd'hui sous nos yeux à Gaza n'est, en réalité, que le prolongement des guerres coloniales et néocoloniales menées par la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis pour soumettre et asservir les peuples au prix de millions de morts. Rappelons, pour mémoire, que l'Etat d'Israël et ce qu'il est devenu aujourd'hui est un pur produit du colonialisme britannique qui s'est, par ailleurs, partagé avec la France la dépouille de l'Empire ottoman. La colonisation sioniste de la Palestine n'aurait jamais pu se réaliser sans l'aide décisive de l'Etat colonial britannique. Les Américains, contrairement aux Européens, préfèrent soumettre indirectement, ou d'une manière informelle, les autres peuples, en soutenant les régimes réactionnaires locaux, en installant de nouveaux pouvoirs à leur solde et en établissant des bases militaires un peu partout. Le nombre de dictateurs ou de régimes autoritaires installés ou soutenus par les Etats-Unis à travers la planète est impressionnant : Artur da Costa e Silva et Jair Bolsonaro au Brésil, Juan Carlos Onganía, Jorge Rafael Videla et Javier Milei en Argentine, le régime somoziste au Nicaragua, Maximiliano Hernández Martínez et Nayeb Bukele au Salvador, le régime de Fulgencio Batista à Cuba, de Marcos Pérez Jiménez au Venezuela, de Banzer en Bolivie, Pinochet et Kast au Chili, Nasry Asfura au Honduras, Soeharto en Indonésie, Marcos aux Philippines, le Shah en Iran, Musharraf au Pakistan. Hosni Moubarak et El Sissi en Egypte etc. etc.

Après le colonialisme européen du XIXe et XXe siècles qui a tenu dans la servitude près de la moitié de la population mondiale, les Etats-Unis sont devenus, grâce à leur supériorité économique, les nouveaux maîtres du monde et les nouveaux oppresseurs des peuples.

"Le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde aujourd'hui, mon propre gouvernement" disait Martin Luther King (1). Dans ce sens, Il n'est pas inutile de rappeler quelques dates parmi les plus violentes de l'histoire des États-Unis :

  • 1945 utilisation des armes nucléaires contre les populations civiles d'Hiroshima et de Nakazaki. Bilan : 200 000 morts.

  • Guerre contre le Vietnam entre 1960 et 1975 : 2 millions de morts côté vietnamiens et 50000 soldats américains tués.

  • 1973 Coup d'Etat militaire du général Pinochet au Chili avec le soutien des Etats-Unis : le nombre de morts est estimé à 3 200 en plus des 38 000 personnes torturées.

  • Première guerre contre l'Irak (1990) : entre 50 000 et 100 000 morts irakiens.

  • 1999 guerre de l'OTAN, bras armé des Etats-Unis, contre la Yougoslavie : 100 000 morts selon l'ONU.

  • Deuxième guerre contre l'Irak (2003) : le nombre de victimes irakiennes n'est pas connu avec certitude. Les estimations vont de 100 000 à plus d'un million de morts.

  • 2015 participation avec l'Arabie Saoudite à la guerre du Yémen qui a fait 377 000 morts (2).

  • 2024, les Etats-Unis avec l'aide du Royaume Uni bombardent à nouveau le Yémen. Le nombre de victimes reste inconnu.

  • 2026 guerre en Iran (plus de 5000 selon Amnesty International).

  • Etc. etc. (3)

     

Les guerres américaines contre "le terrorisme" depuis les attentats du 11 septembre 2001 ont fait près d'un million de morts notamment en Irak, en Syrie et en Afghanistan (4).

L'existence d'Israël sur la terre palestinienne s'inscrit pleinement dans ce processus d'expansion européen et américain pour dominer, par la violence, les autres peuples de la planète. Si Israël mène aujourd'hui une guerre génocidaire à Gaza avec le soutien inconditionnel de l'Occident capitaliste, c'est qu'il est au cœur de cet ordre colonial et néocolonial occidental. "L’Occident a vaincu le monde non parce que ses idées, ses valeurs, sa religion étaient supérieures mais plutôt par sa supériorité à utiliser la violence organisée." disait Samuel P. Huntington auteur du livre "le choc des civilisations" (5). Il aurait dû préciser, cependant, que cette violence repose elle-même sur la supériorité économique. Car la violence de l'Occident est le moyen qui lui permet d'atteindre son but, celui de soumettre et de piller les richesses des autres peuples. Le Secrétaire d'État sous la présidence de Reagan, le général Alexander Haig était plus proche de la réalité lorsqu'il disait : "Israël est le plus grand porte-avions de l'Amérique, il est insubmersible, il ne transporte aucun soldat américain et il est situé dans une région cruciale pour la sécurité nationale des États-Unis" (6). Autrement dit, Israël est la base avancée des Etats-Unis dans une région qui constitue encore aujourd'hui le plus grand réservoir de pétrole du monde. "Je le dis depuis longtemps : si Israël n’existait pas, il faudrait l’inventer" déclarait Joe Biden le 18 octobre 2023 à Tel Aviv (7). Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, de constater que tous les dirigeants de l'Occident capitaliste soient impliqués, à un degré ou à un autre, dans ce génocide. Leur négation de la vie humaine est totale. Leur volonté de vouloir anéantir tout un peuple est confirmée chaque joue qui passe.

Mais malgré toutes ces horreurs, cette guerre a réveillé la conscience des peuples à travers le monde. Des millions d'hommes et de femmes sont descendus dans la rue pour manifester leur solidarité avec Gaza. C'est une véritable mobilisation mondiale en faveur de la Palestine. Dans le monde arabe, des marées humaines déferlent dans les rues du Caire, de Rabat, d'Amman, de Tunis, de Beyrouth etc. Mais les régimes en place, dont la plupart avaient "normalisé" leurs relations avec Israël, encadrent, répriment et brutalisent les manifestants, de peur que la colère populaire ne se retourne contre eux. Les peuples arabes sont en effervescence et la moindre étincelle risque d'embraser, comme en 2011, toute la région.

Les valeurs dont cet Occident se targue encore aujourd’hui gisent désormais sous les décombres de Gaza. Gaza est le miroir de cet Occident capitaliste arrogant; il est son échec moral absolu.

 

Mohamed Belaali

 

---------------------------------------

(1)https://www.pressenza.com/fr/2023/01/lecture-et-discussion-du-discours-du-dr-martin-luther-king-jr-au-dela-du-vietnam-lheure-de-briser-le-silence/

(2).https://www.lemonde.fr/international/article/2021/11/24/en-sept-ans-la-guerre-du-yemen-aura-cause-la-mort-de-377-000-personnes-d-ici-la-fin-de-l-annee-2021_6103373_3210.html

(3)Pour plus de détails sur les interventions militaires américaines voir : https://journals.sagepub.com/eprint/NSBIKPXYGT4U3VRBTPMM/full#.YvJWbY9PcOE.twitter

(4)https://www.middleeasteye.net/fr/actu-et-enquetes/guerre-americaine-antiterrorisme-11-septembre-million-morts-cout-victimes-civils

(5)https://fr.wikiquote.org/wiki/Samuel_Huntington?utm_source=chatgpt.com

(6)https://www.bbc.com/afrique/articles/cn48gdqp3eqo#:~:text=Dans%20d'autres%20d%C3%A9clarations%2C%20Joe,%C3%A0%20coude%20avec%20les%20Isra%C3%A9liens%22.

(7)https://www.presidency.ucsb.edu/documents/remarks-the-hamas-attacks-against-israel-tel-aviv-israel?utm_source=chatgpt.com

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
25 septembre 2026 5 25 /09 /septembre /2026 16:26

"Les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante".

K. Marx - F. Engels

 

Grands médias, programmes scolaires et universitaires, institutions religieuses, industries culturelles, techniques publicitaires, etc. : l'idéologie dominante est partout. Omniprésente et envahissante, elle sature l'espace public et privé. Elle façonne et conditionne nos manières de penser et d'agir. L'idéologie dominante cherche constamment à dissimuler la réalité de la violence des rapports sociaux pour mieux légitimer l'ordre établi. Consciemment ou non, elle est acceptée par la majorité des citoyens. Elle encourage la passivité, la résignation et la soumission. Les dominés participent, sans en avoir véritablement conscience, au maintien de leur propre servitude. Les prolétaires modernes, les masses populaires n'ont pas les moyens matériels de produire leurs propres idées à grande échelle, contrairement aux milliardaires qui possèdent plus de la moitié des grands médias du monde et la totalité des principaux réseaux sociaux : achats du Washington Post (Bezos), de Twitter/X (Musk), ou en France l'empire médiatique de Vincent Bolloré par exemple. Ils sont donc contraints de penser à travers les valeurs et les représentations de leurs dominateurs, ce qui les fait adhérer à l'ordre qui les opprime : "Les pensées de la classe dominante, écrivaient Marx et Engels, sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose, du même coup, des moyens de la production intellectuelle, si bien que, l'un dans l'autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de production intellectuels sont soumises du même coup à cette classe dominante ".

Comme cette idéologie exprime les intérêts de la classe dominante, toute pensée qui conteste ces intérêts est ridiculisée et récupérée. L'opposition est ainsi intégrée, domestiquée ou marginalisée. Toute velléité de transformation radicale et qualitative de la société paraît alors anachronique, surannée, dépassée. L'idéologie dominante apparaît dès lors comme naturelle, inévitable et éternelle. Il n' y a plus d'alternative possible.

Pourtant, tous les faits donnent raison à la théorie révolutionnaire de Marx : concentration du capital entre les mains d'une minorité d'exploiteurs, contrôle total sur les idées et la politique par les détenteurs des capitaux, exploitation de la force de travail de plus en plus violente, précarité généralisée, crises financières récurrentes, richesse fabuleuse d'un côté et misère sordide de l'autre, privatisation des ressources naturelles, destruction systématique de notre planète, marchandisation et déshumanisation des rapports sociaux etc. etc. De surcroît, malgré sa force et sa puissance sociale, cette idéologie est contredite chaque jour par la réalité. Elle ne parvient plus à tenir ses promesses de croissance, de progrès, de richesses partagées et de paix. Le décalage entre ses promesses et la réalité vécue par les masses ne cesse de s'élargir. Son hégémonie est de plus en plus contestée. En déclin, elle cherche, vaille que vaille, à se perpétuer en s'appuyant sur des forces réactionnaires et fascisantes en leur offrant une respectabilité et une légitimité, afin de détruire toute alternative progressiste et révolutionnaire. Elle leur assigne une fonction politique : contenir et canaliser la colère populaire afin d'empêcher que la crise ne débouche sur une remise en cause de l'ordre établi.

Face à cette situation, la doctrine de Marx est indispensable pour réveiller, éduquer, organiser et mobiliser les forces capables de faire éclater cette société et de libérer les hommes de toutes les tares du capitalisme. Sa pensée constitue une remise en cause radicale du système même qui produit les mensonges et les illusions de cette idéologie. Sa théorie ne se contente pas de critiquer le capitalisme, elle formalise scientifiquement ses mécanismes d'exploitation et de domination dans la perspective de son renversement. Il ne s'agit pas seulement d'améliorer la société actuelle, mais d'en préparer la naissance d'une nouvelle.

Le capitalisme n'est pas naturel comme le prétend l'idéologie dominante, mais historique. Il n'est qu'une phase de l'histoire humaine, tout comme l'esclavage et le féodalisme qui l'ont précédé. Il n'est pas éternel. Il faut donc hâter sa disparition. Mais "sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire". La théorie donne à la lutte matérielle sa direction et sa cohérence. Elle est capable de transformer concrètement la société lorsqu'elle est comprise par le plus grand nombre. La théorie est une force réelle capable de produire des actions et de mobiliser les masses : "la théorie, écrivait Marx, se change, elle aussi, en force matérielle, dès qu'elle pénètre les masses". La doctrine de Marx est une arme efficace dont il faut se servir pour abattre le pouvoir bourgeois. Les autres doctrines négligent, méprisent et se méfient de l'action des masses. Or, une théorie n'a de validité que dans la pratique et dans la lutte. Une pensée qui ne permet ni de comprendre ni de transformer les rapports sociaux demeure stérile.

Toutefois, Chaque situation historique doit être analysée concrètement comme disait Lénine : "analyse concrète de la situation concrète". Loin d’être un dogme, la pensée de Marx demeure un formidable outil de combat au service des opprimés. Son œuvre nous est indispensable, non seulement pour lutter contre cette idéologie totalitaire, mais aussi, et surtout, pour briser l’ensemble des structures de la société capitaliste. Il s’agit, comme le disait Marx, de " renverser toutes les conditions sociales où l’homme est un être abaissé, asservi, abandonné, méprisable ".

 

Mohamed Belaali

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
8 septembre 2026 2 08 /09 /septembre /2026 06:56

Empire du mal, violation des droits de l'homme, régime totalitaire, Parti unique, Ouïghours, surveillance de masses, crédit social, travail forcé, répression, voici quelques exemples d'un vocabulaire créé spécifiquement pour la Chine dans l'occident capitaliste. Ces mots n'émergent pas spontanément. Ils sont produits et diffusés par un ensemble d'acteurs qui se renforcent mutuellement : les gouvernements, les parlements, les médias, les plateformes numériques, les ONG, les

institutions de recherche, les universités et biens d'autres encore. Le discours antichinois est un produit politique, médiatique et culturel cohérent et efficace dans lequel la Chine apparaît comme l'ennemi idéal. L'image de la Chine en Occident est largement construite par la propagande. En effet, la montée en puissance de la République populaire de Chine et sa remise en cause de l'hégémonie occidentale sont perçues par les pays capitalistes comme une menace existentielle.

La propagande occidentale va jusqu'à projeter sur la Chine les traits de sa propre histoire coloniale et néocoloniale. Le cas des Ouïghours, qui est une réalité complexe, est particulièrement éclairant à cet égard. Lorsque l'Occident observe le Xinjiang, il utilise un vocabulaire colonial : génocide, sinisation forcée, exploitation des ressources, camps de concentration etc. Ces expressions sont les mêmes que celles employées pour décrire l'Algérie française ou le Congo belge par exemple. Il a tendance également à interpréter le Tibet ou Taïwan à travers le seul prisme qu'il connaît, le colonialisme. Il projette ainsi son propre passé sur les nations qu'il a lui-même colonisées comme la Chine par exemple. Les Etats-Unis et l'Europe n'ont entretenu avec les autres peuples que des relations de domination par la force. De la conquête de l'Amérique, du génocide des Indiens et de l'esclavage, à la colonisation de l'Afrique et de l'Asie, jusqu'aux guerres néocoloniales du XXe siècle, l'impérialisme occidental s'est toujours traduit par un rapport de domination imposé par les armes. La destruction de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Libye, de la Syrie et la guerre américano-sioniste contre l'Iran sont des exemples, parmi tant d'autres, de ce phénomène. Les Etats-Unis continuent aujourd'hui encore à répandre les guerres et la mort un peu partout à travers le monde. Le génocide en cours à Gaza restera probablement dans l'histoire comme "un échec moral absolu" de cet occident capitaliste arrogant.

Quant au système de crédit social chinois qui, selon la propagande occidentale, attribue à chaque citoyen "un score de crédit social", il relève davantage du mythe que de la réalité. Selon le MERICS, un institut de recherche allemand "un tel score n'existe tout simplement pas". Ce qui existe par contre, c'est un système de crédit social centré sur les entreprises qui existe aussi ailleurs dans le monde "tels que FICO aux États-Unis et Schufa en Allemagne." On prend ainsi une affirmation spectaculaire comme celle-ci, on la répète sans vérification puis on la généralise à l'ensemble d'un pays. Lorsqu'un fait négatif est bien établi, chaque fait nouveau est interprété à travers ce prisme. Par contre, les informations et les reportages sur les aspects positifs du développement de la Chine sont rares, voire inexistants, dans les médias occidentaux.

Le développement fulgurant de la Chine, sous la direction du Parti communiste, alimente et amplifie cette propagande antichinoise. L'Occident a construit un système international qui privilégie depuis des siècles ses propres intérêts. La remise en cause de cet ordre par une puissance extérieure est dès lors perçue comme une menace réelle : "L’ascension de la Chine marque un tournant historique : pour la première fois, un État non européen, échappant à toute influence occidentale, surpasse économiquement l’Occident. Le « péril jaune » est de retour". De plus, le capitalisme est souvent présenté comme la seule et unique voie possible vers le développement et la prospérité : c'est la "fin de l'histoire" selon Fukuyama. Or la Chine a démontré qu'une alternative existe et qui, de surcroît, lui a permis de devenir en un temps record la deuxième puissance économique du monde. Ce développement reste l'un des phénomènes économiques les plus extraordinaires de l'histoire contemporaine. Il va sans dire que sans la révolution menée triomphalement par le Parti communiste chinois, ce progrès fulgurant n'aurait tout simplement pas été possible. Dès le début, les révolutionnaires chinois ont compris que le salut de leur pays ne viendrait pas du capitalisme. Ils ont emprunté alors la longue et tortueuse route du socialisme. Car "seul le socialisme peut sauver la Chine et que seul le socialisme lui permet de se développer". Mais il s'agit d'un socialisme singulier, original, adapté aux réalités de la Chine avec une forte présence du marché et du capital privé national et étranger dans son économie. Cependant, toutes les activités économiques et sociales jugées stratégiques comme le développement économique, le bien-être de la population, la propriété du sol, du sous-sol, les infrastructures, les grandes entreprises industrielles, les banques, la monnaie, les assurances etc. sont dirigées par l'Etat, lui-même contrôlé étroitement par le Parti communiste. Les stratégies économiques et sociales de la Chine sont définies par la direction du Parti et l'Assemblée nationale populaire dans le cadre des plans quinquennaux qui existent depuis 1953.

En tout cas, le système économique de la Chine se distingue nettement du capitalisme. Et c'est ce modèle qui a permis à la Chine d'enregistrer sur plusieurs décennies des taux de croissance exceptionnels contrastant avec le déclin des économies occidentales : désindustrialisation, dette abyssale, faible croissance, vieillissement des infrastructures, retard d'innovation, perte de compétitivité, déficits commerciaux etc. "La montée en puissance de la Chine oblige à repenser les raisons profondes du déclin des économies occidentales, comme celles de la déliquescence de leurs sociétés dont le sort se voit abandonné à la rapacité de la finance" écrivait Rémy Herrera.

Malgré cette intense propagande antichinoise, une nouvelle réalité s'impose progressivement. L'image de la Chine, notamment chez les jeunes, s'améliore dans l'Occident, même si l'opinion publique y est encore majoritairement défavorable. "L'opinion publique à l'égard de la Chine s'améliore " nous dit le Pew Resaerch Center, un organisme américain de recherche et de sondage. Mieux, la Chine "est désormais perçue plus positivement que les États-Unis" selon la même source.

Cette amélioration relative est probablement liée à l'attrait exercé sur l'opinion publique occidentale par le progrès économique, technologique et écologique prodigieux de la République populaire. Par ailleurs, l'ouverture de la Chine a permis aux voyageurs du monde entier de constater par eux-mêmes ce progrès. Cette amélioration s'inscrit en réalité dans un contexte de remise en cause profonde du modèle occidental, qui n'incarne plus l'efficacité économique, la paix, la démocratie et la prospérité. Bien au contraire, son image est désormais intimement liée au déclin économique, à la violence extrême (génocide à Gaza), aux guerres (Irak, Iran...), au pillage des richesses des peuples (Venezuela) etc. L'Amérique de Trump est la version la plus décomplexée et la plus authentique de cette décadence économique, politique et morale. L'Occident capitaliste est aujourd'hui dans une impasse totale. Il ne sait plus comment en sortir. Alors, il se réfugie dans des rhétoriques politiques fondées sur la menace, l'ordre, la sécurité et la désignation des ennemis intérieurs comme les immigrés et des puissances extérieures comme la Chine.

Pendant ce temps-là, la République populaire poursuit avec persévérance l'édification du socialisme. Certes, le socialisme "aux couleurs de la Chine", avec ses contradictions, ses milliardaires et ses inégalités, est évidemment perfectible. Les dirigeants du Parti communiste chinois le reconnaissent eux-mêmes lorsqu'ils soutiennent que leur pays est seulement dans la "phase initiale du socialisme". Mais c'est ce socialisme-là, avec toutes ses insuffisances, qui a permis à la Chine de se développer et de devenir ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire un immense pays qui est en passe de s'imposer, sous la direction du Parti communiste, comme la première puissance économique du monde.

 

Mohamed Belaali

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
21 août 2026 5 21 /08 /août /2026 07:28

 

Le 17 juillet 2026, la Chine a organisé une conférence mondiale sur l'Intelligence Artificielle (IA) à Shanghai. Cet événement a été marqué par le lancement officiel de l'Organisation mondiale de coopération en intelligence artificielle (Waico). Présidée par Xi Jinping, elle témoigne de la volonté de la Chine de devenir non seulement le leader de l'IA, mais aussi du Sud global dans sa contestation de l'hégémonie numérique américaine. Mais les ambitions de la Chine vont bien au-delà de l'Intelligence Artificielle qui n'est que l'aspect apparent d'une stratégie numérique totale. La confrontation englobe aussi les normes internationales, les télécommunications, les satellites, les semi-conducteurs, les câbles sous-marins, le Cloud etc. Il ne s'agit pas d'une simple compétition technologique ou commerciale entre les deux nations, mais d'une guerre existentielle pour la maîtrise et le contrôle de la révolution numérique. Pour la Chine, la conférence de Shanghai s'inscrit entièrement dans cette perspective.

 

Pour maintenir leur hégémonie numérique et contenir l'ascension de la Chine, les Etats-Unis mobilisent leurs géants technologiques comme Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta, SpaceX, Nvidia et Apple en plus d'une multitude de start-ups (entreprises privées non cotées en bourse et en forte croissance) parmi lesquelles OpenAI, Anthropic, Perplexity etc. Ils s'appuient également sur des modèles fermés et payants. OpenAI ou Anthropic par exemple, ne publient pas leurs codes et leurs paramètres pour se protéger de la concurrence et garder leur avantage technologique et commercial afin de maximiser leurs profits. La stratégie américaine est donc intimement liée à la puissance du grand capital incarné par ces entreprises et par les fonds de capital-risque qui injectent des sommes colossales dans la recherche, le développement, l'innovation, centres de données etc. Récemment, six institutions de Wall street se sont associées à Nvidia pour récolter 500 milliards de dollars qui " seront notamment dirigés vers des laboratoires IA de pointe et des plateformes cloud."

L'Etat fédéral joue, lui aussi, un rôle crucial dans le maintien de cette hégémonie. En juillet 2025, la Maison Blanche a publié son plan d'action de l'Amérique pour l'IA qui "trace une voie décisive pour consolider la domination américaine en intelligence artificielle ".
Mais les Etats-Unis vont beaucoup plus loin dans leur guerre sans trêve contre la Chine. Ils ont adopté toute une série de mesures visant à freiner l'avancée technologique de ce pays. Cette volonté d'exclusion se traduit par des contrôles à l'exportation, des sanctions voire des interdictions et par des pressions diplomatiques exercées sur leurs alliés. Certaines entreprises chinoises comme Huawei par exemple, sont inscrites sur la "liste noire" qui interdit aux sociétés américaines de leur vendre des biens et des services sans licence spécifique. Dernièrement, l'administration Trump envisage d'interdir purement et simplement les modèles chinois de haute performance comme Kimi k3, DeepSeek ou encore GLM-5.2.

Au-delà des sanctions et des contrôles directs, les Etats-Unis exercent une certaine pression sur leurs alliés pour qu'ils adoptent des positions compatibles avec leur propre stratégie. C'est dans ce cadre qu'il faut situer la déclaration diplomatique signée par 35 pays alliés de Washington le 25 juin 2026 connue sous le nom de l'AI Opportunity Statement. Les américains cherchent, en réalité, à créer un front uni contre le développement technologique fulgurant de la République populaire de Chine. Un exemple ancien mais significatif est celui de Huawei : les américains et leurs alliés ont soumis l'entreprise chinoise à des restrictions drastiques qui empêchent l'intégration du matériel chinois dans les réseaux 5G et autres infrastructures numériques.

 

La stratégie chinoise remet radicalement en cause la domination américaine et propose une alternative séduisante, notamment pour le Sud global. La Chine investit massivement dans le développement de ses propres modèles d'intelligence artificielle, dans les supercalculateurs comme LineShine, sacré comme l'ordinateur le plus rapide du monde, dans les puces électroniques, les réseaux 5G et 6G etc. Elle s'appuie sur ses grandes entreprises telles que DeepSeek, Kimi (Moonshot), Qwen (Alibaba), Z.AI, Tencent, Baidu, ByteDance, MiniMax, Huawei et bien d'autres.

Contrairement aux Etats-Unis où les géants du numérique se développent grâce au capital privé avec le soutien de l'Etat, les entreprises chinoises s'inscrivent, quant à elles, dans une stratégie industrielle nationale définie par l'Etat et le Parti communiste. La Chine encourage également ses entreprises à développer des modèles ouverts (open source ou open weight) moins coûteux et accessibles à tous. C'est le président chinois qui disait lors de la conférence de Shangai : " (...) une corde ne fait pas la musique et un arbre ne fait pas la forêt. Le développement de l’IA ne doit pas être le solo d’un seul pays, mais la symphonie de la coopération internationale".

Les modèles ouverts chinois permettent une diffusion mondiale et une adoption massive par les développeurs. D'ailleurs, de plus en plus d'entreprises américaines utilisent la technologie chinoise pour réduire leurs coûts. Les modèles ouverts constituent à la fois un moyen de coopération internationale et une alternative à la domination américaine.

La stratégie numérique chinoise à l'égard du Sud global constitue le terrain de confrontation le plus dynamique de la République populaire. La Chine se présente comme une alternative pour les pays du Sud global. Sa stratégie s'articule essentiellement autour de la Route de la soie numérique. Elle vise à étendre le savoir-faire technologique de la Chine aux pays économiquement moins développés des trois continents souvent délaissés par l'occident.

A l'inverse des solutions américaines conçues pour les pays riches, la Chine propose aux pays du Sud global, confrontés à des budgets limités, des infrastructures et des modèles moins coûteux avec des conditions de financement attractives. On peut ajouter également que les modèles chinois sont souvent adaptés aux contextes linguistiques et culturels locaux,

Au-delà des infrastructures et des modèles, la Chine est également active dans le domaine de la coopération en matière d'IA avec le Sud global. C'est la dimension diplomatique et institutionnelle de la stratégie de la République populaire. Ainsi, lors de la conférence de Shanghai en juillet 2026, elle a annoncé la création de l'Organisation mondiale de coopération sur l'intelligence artificielle (Waico). Il s'agit d'une alliance de 29 pays du Sud global dont l'Indonésie, le Brésil, la Malaisie, le Vietnam, l'Afrique du Sud, la Russie, le Sénégal. Son objectif, comme son nom l'indique est de

promouvoir la coopération entre les pays : "Elle vise à promouvoir la coopération internationale et la gouvernance mondiale de l'IA, en veillant à ce que l'IA soit bénéfique, sûre et équitable, et en favorisant ainsi son développement sain et ordonné au profit de toute l'humanité."

Cette approche chinoise qui combine infrastructures et coopération multilatérale en matière de l'IA, offre aux pays du Sud global une alternative concrète qui leur permet de réduire leur dépendance technologique à l'égard des géants américains.

L'hégémonie américaine est le fruit d'une stratégie menée de bout en bout par le grand capital incarné par les géants de la technologie en liaison étroite avec l'Etat. Musk, Zuckerberg, Altman, Huang, Pichai, Nadella, Bezos, Amodei, Cook et quelques autres concentrent entre leurs mains un immense pouvoir économique et politique dans le domaine du numérique et de l'intelligence artificielle. Ces milliardaires, aidés par l'Etat, savent qu'ils ne peuvent dominer le marché mondial du numérique et de l'intelligence artificielle pour maximiser leurs profits sans exclure la République populaire.

Cependant, la Chine a su, sous la direction du Parti communiste, concilier progrès technique et initiatives audacieuses en faveur du Sud global. Elle a démontré qu'une autre voie, plus ouverte, plus abordable et plus orientée vers l'adoption massive, est possible. Contrairement à la stratégie américaine fermée et centrée uniquement sur le profit, l'alternative chinoise est résolument orientée vers un avenir inclusif.

 

Mohamed Belaali

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
29 juillet 2026 3 29 /07 /juillet /2026 11:58

                               

                                                            "Tu ne peux pas avoir le capitalisme sans le racisme" Malcom X

 

 

La Coupe du monde 2026 restera dans les annales comme l'une des compétitions les plus racistes de l'histoire du football. Même la FIFA, institution corrompue jusqu'à la moelle, reconnaît elle-même l'ampleur du phénomène. Ainsi, son Service de protection contre les abus sur les réseaux sociaux . Les insultes racistes représentent la catégorie principale de ces messages haineux, soit 11 % contre 8 % en 2022. Mais ce racisme dépasse largement le cadre des insultes en ligne ou dans les tribunes et remonte jusqu'au sommet de l'Etat. Le refoulement de l'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, nommé meilleur arbitre d'Afrique en 2025, est l'un des actes les plus racistes de cette édition 2026. C'est un précédent sans équivalent dans l'histoire récente du football mondial. Mr. Artanan, arbitre FIFA, avait pourtant tous ses papiers en règle et un visa en bonne et due forme. Les autorités américaines ont invoqué de possibles liens de l'arbitre avec le terrorisme : "Nous voulons également nous assurer que nous n'allons pas permettre qu'un tournoi de football devienne l'occasion pour des terroristes d'entrer potentiellement dans le pays, ou pour quiconque de communiquer avec eux" disait Andrew Giuliani, chef du groupe de travail de la Maison Blanche sur la Coupe du monde 2026. Mais les vraies raisons sont ailleurs. La Somalie fait partie des pays visés par le " Travel Ban" réactivé par l'administration Trump en 2025. Trump lui-même avait traité les nations africaines et la Somalie en particulier de pays "pourris" et les somaliens de "déchets" et de bien d'autres qualificatifs aussi racistes les uns que les autres.

Par ailleurs, l'équipe nationale iranienne a été confrontée a des pratiques discriminatoires flagrantes de la part du gouvernement américain. Les joueurs iraniens étaient contraints de quitter le territoire américain après chaque match et d'effectuer des allers-retours épuisants à travers la frontière mexicaine. Contrairement à toutes les autres équipes, qui avaient à leur disposition des infrastructures de qualité, la sélection iranienne, elle, ne pouvait même pas bénéficier d'un camp d'entraînement stable. Précisons également que onze membres du staff, dont le président de la Fédération iranienne, se sont vus refuser l'entrée sur le territoire américain. Cette exclusion d'une partie du personnel a non seulement créé une inégalité de traitement par rapport aux autres nations participantes, mais a directement impacté les préparations techniques et médicales fragilisant d'emblée l'équipe iranienne. D'autres pays étaient visés par cette "interdiction de voyager" comme l'Irak, Haïti, la Cote d'Ivoire ou encore le Sénégal. Les joueurs irakiens ont été interrogés pendant des heures à l'aéroport. Les journalistes et des supporters de ces nations ont été empêchés de rester sur le territoire américain.

Ces faits, loin de constituer de simples incidents, servent en réalité de fondement idéologique aux politiques migratoires violentes et racistes de l'Amérique de Trump. Le racisme d'Etat est ainsi instrumentalisé à des fins de politique intérieure. Cette Coupe du monde 2026 restera un témoin éloquent de cette politique raciste des Etats-Unis. Mais la FIFA a décidé, vaille que vaille, de décerner à Trump le prix FIFA pour la paix "en reconnaissance de ses actions exceptionnelles et extraordinaires pour promouvoir la paix et l’unité dans le monde."

Les propos de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla envers Kylian Mbappé, constituent également l'un des incidents racistes les plus violents de cette Coupe du monde : " Un camerounais colonisé qui fait semblant d'être français, rancunier, nouveau riche, arrogant et laid. Au lieu de téter le lait maternel, il tétait des noix de coco, et les êtres les plus instruits qu’il ait jamais entendus étaient des chimpanzés". Ces mots proférés par une élue mettent en lumière la persistance du racisme au plus haut niveau politique puisque la sénatrice à réitéré ses attaques racistes en pleine séance plénière du Sénat paraguayen traitant cette fois Kylian Mbappé de "fils de P". Pour elle, les vrais français sont " Jean-Jacques Rousseau, René Descartes, Montesquieu, Victor Hugo, Simone de Beauvoir" et certainement pas un "camerounais colonisé" comme Mbappé. Celeste Amarilla a ainsi utilisé sa position de sénatrice pour diffuser des stéréotypes coloniaux et déshumanisants. De même, l'ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, qui a dirigé l'Espagne de 2011 à 2018, avait déclaré lui aussi que l'équipe de France "ne compte aucun joueur français."

Cette édition 2026 a été marquée également par de nombreux autres incidents racistes touchant joueurs, supporters, consultants etc. L'ancien joueur allemand et consultant à la télévision, Bastian Schweinsteiger, a par exemple utilisé de vieux clichés racistes et colonialistes en qualifiant le football africain d' "un peu sauvage" .

Mais ce racisme n'est pas tombé du ciel. Il est profondément ancré dans l'organisation capitaliste du sport. Il s'exprime et se pratique dans le cadre du capitalisme qui l'utilise au bénéfice d'une seule et même classe sociale : la bourgeoisie.

La Coupe du monde 2026 illustre parfaitement cette logique capitaliste. Son organisation même obéit à cette maximisation du profit : une compétition élargie à 48 sélections, des billets vendus entre 191 et 14 281 euros, des places pour la finale pouvant dépasser plusieurs milliers d'euros, 104 matchs au lieu de 64, et une augmentation considérable des droits de diffusion télévisée.

Les pauses " fraîcheur ", officiellement instaurées pour protéger les joueurs des fortes chaleurs, sont elles aussi devenues un véritable jackpot générant plus d'un milliard de dollars de recettes publicitaires à l'échelle mondiale. La vente à prix d'or des loges de prestige à une clientèle riche constitue un autre exemple de la logique capitaliste de cette édition 2026. Tout est conçu pour optimiser le rendement des actionnaires. Gianni Infantino est allé même jusqu' à envisager de vendre une partie de la Coupe du monde pour 4,2 milliards de dollars à la famille Trump!. Le sport le plus populaire au monde est profondément gangrené par l'argent. Le football, rappelons-le, est une industrie extrêmement lucrative où le profit reste la motivation essentielle. C'est une puissance économique colossale qui génère chaque année des milliards de dollars.

La marchandisation des corps des joueurs est un élément fondamental de cette dynamique.

Le racisme est à la fois le produit et le miroir de cette société marchande. Les joueurs sont de véritables marchandises qui s'achètent et se vendent comme n'importe quel article du commerce sur le marché. Le mercato (marché) est l'illustration parfaite du marché capitaliste. Sur ce marché, on peut non seulement acheter, vendre un joueur, mais aussi le louer, le transférer, l'échanger, prolonger son contrat etc. Mais le mercato est aussi un immense espace de spéculation. On n'achète pas le joueur uniquement pour sa performance actuelle, mais également pour sa valeur future. Les grands clubs européens recrutent de jeunes talents dans les pays africains pauvres à des prix souvent faibles pour les revendre à des prix exorbitants. Cette exploitation des ressources humaines des nations moins développées s'apparente davantage à une forme de néocolonialisme sportif.

Sur le terrain, on constate une certaine hiérarchie, une division raciste du travail en somme. Les joueurs noirs et issus des minorités sont surreprésentés sur le terrain, mais sous-représentés aux postes de pouvoir (entraîneurs, dirigeants, agents...). Les patrons des clubs sont largement blancs qu'il s'agisse des milliardaires occidentaux ou de fonds d'invstissement. Mais sur le stade, le joueur noir est perçu comme riche, privilégié et arrogant. Il est de ce fait désigné comme bouc émissaire et livré à la violence raciste. Le cas du jeune joueur espagnol Lamine Yamal ou celui de Kylian Mbappé sont des exemples parmi tant d'autres. Par ailleurs, les joueurs noirs sont célébrés comme des héros en cas de victoire, mais deviennent rapidement la cible d'un racisme déchaîné dès que leur équipe perd. Ainsi lors de la défaite des Pays-Bas face au Maroc, les trois joueurs noirs de l'équipe néerlandaise, qui ont manqué leurs tirs au but, ont été submergés d'insultes racistes. De même, le joueur noir allemand Jonathan Tah a subi des flots d'insultes racistes après avoir raté le penalty décisif contre le Paraguay.

Les polémiques racistes génèrent de l'audience et des débats ce qui ne déplaît pas vraiment aux médias et en particulier les médias sportifs. Le racisme, en produisant ces scandales en permanence, fait vendre. C'est ce qui explique, en partie au moins, l'inaction des instances comme la FIFA, l'UEFA et les fédérations nationales face à ces phénomènes qu'elles gèrent comme de simples risques de réputation. Leur campagne de communication comme "No Room for racism", "Say no to racism", ressemblent davantage à des opérations de marketing qu'à des actions de fond. Il leur manquent l'essentiel, une volonté politique pour éradiquer le problème à sa racine.

La Coupe du monde 2026 a mis en lumière de manière éclatante le lien étroit qui existe entre le sport, le racisme et le capitalisme. Elle a été marquée non seulement par la recrudescence alarmante des propos et actes racistes, mais aussi par l'instrumentalisation politique et une commercialisation poussée à l'extrême de cette immense fête populaire. Le discours et les mesures antiracistes restent largement inefficaces et sont même exploités à des fins marketing. Ils sont ainsi vidés de leur dimension politique radicale. Or, il est impossible d'éradiquer le racisme dans le football sans remettre profondément en cause le capitalisme lui-même, qui transforme les joueurs et le sport en marchandises au service des intérêts de la classe dominante.

 

Mohamed Belaali

hhttps://whttps://www.lemonde.fr/idees/article/2008/10/27/le-foot-opium-d

Partager cet article
Repost0
Published by M B
4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 14:17

 

Quelques heures seulement après son investiture, le 20 janvier 2025, Donald Trump a réinscrit Cuba sur la liste des pays soutenant le terrorisme. Deux mois plus tard, le 20 mars, lors du sommet "Shield of the Americas", il a déclaré : " Cuba est au bout du rouleau, ils sont vraiment au bout du rouleau". Il a également affirmé : "Je crois que j'aurai l'honneur de prendre Cuba (...) je pense pouvoir en faire ce que je veux". Dans l'émission The Axios Show, il a estimé "qu'il était possible qu'une éventuelle invasion de Cuba ressemble à la capture rapide du président vénézuélien Nicolas Maduro. (...) Le Venezuela a du pétrole. Cuba n'en a pas. Cuba possède de belles terres et un littoral magnifique."

Cependant cette volonté des Etats-Unis "de prendre Cuba" existait bien avant l'arrivée de Trump au pouvoir. Ainsi, dès le début du XIXe siècle, l'île alors colonie espagnole, a suscité déjà l'intérêt des américains. Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, évoquait "une conquête facile" et soulignait l'intérêt stratégique de Cuba : C'est "l'ajout le plus intéressant que l'on puisse jamais faire à notre système d'États” disait-il. Le Washington Post résume bien l'ambiance et l'esprit qui régnaient à cette époque dans la jeune nation américaine :“ Un nouveau sentiment semble nous habiter : la conscience de notre propre force. (...) Le goût de l'empire règne sur chacun de nous comme le goût du sang règne sur la jungle.” (1). L'annexion de Cuba était un processus naturel dicté par les intérêts esclavagistes et expansionnistes des Etats-Unis.

Mais la situation actuelle diffère de celle qui prévalait tout au long du XIXe et du XXe siècle, même si le blocus instauré dans les années 60, qui visait à isoler complètement Cuba et à provoquer un changement de régime, était d'une ampleur colossale. Aujourd'hui, Cuba est littéralement assiégée. "C'est un génocide silencieux entrepris contre Cuba". Jamais un pays souverain n'a subi autant de sanctions, d'interdictions et de blocus d'une extrême cruauté que Cuba. Trump est déterminé à "prendre Cuba" en affirmant calmement : "que les politiques, les pratiques et les actions du gouvernement cubain constituent une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale".

Par crainte des représailles américaines, plusieurs compagnies maritimes ont suspendu leurs services vers l'île rendant les importations de denrées de première nécessité, les médicaments, les pièces de rechange, et les matières premières plus coûteuses et aléatoires. Des groupes hôteliers quittent le pays les uns après les autres. Les transporteurs aériens ont réduit leurs vols. Les touristes, lorsqu'il y en a, ne peuvent plus utiliser les cartes de crédit telles que Mastercard ou Visa. Le tourisme à Cuba, source importante de devises, s'est littéralement effondré.

La situation humanitaire est dramatique. Les coupures d'électricité sont quotidiennes, longues et pénibles. Les patients meurent dans les hôpitaux. Les écoles terminent l'année scolaire bien plus tôt que prévu. La circulation automobile est réduite au strict minimum. Privés de gaz, les cubains cuisinent au charbon et au bois pour survivre. Les conséquences cumulatives de ce blocus total affectent directement les droits humains fondamentaux comme l'accès à l'eau, à la nourriture, aux soins, bref à la vie. C'est un crime contre le peuple cubain. C'est un châtiment collectif qui vise à mettre à genoux toute une nation.

Alors, pourquoi les Etats-Unis, première puissance mondiale, s'acharnent-ils contre un petit pays de dix millions d'habitants comme Cuba ? Cuba ne possède pourtant ni pétrole comme le disait Trump lui-même, ni armes biologiques, ni armes chimiques et encore moins d'armes nucléaires. Mais Cuba possède un système politique économique et social qui ne plaît pas aux dirigeants américains, qu'ils soient démocrates ou républicains. Cuba possède un gouvernement intègre au service de l'immense majorité du peuple qui a eu le courage d'engager des réformes profondes. Cuba possède la volonté d'apporter et de faire bénéficier sa population des avancées sociales dans les domaines aussi variés que la santé, l'éducation, le logement, le sport et la culture. Cuba possède le Code de la Famille parmi les plus progressistes au monde, reconnaissant le mariage pour tous, l'adoption par les couples de même sexe et renforçant la protection des personnes LGBTQI+.

Cuba possède également une longue et riche tradition de solidarité internationale. C'est l'une des dimensions les plus admirables de cette vision internationaliste du peuple cubain. Ainsi,

les missions médicales cubaines déployées à travers le monde se sont succédées sans interruption malgré le blocus américain. Du Chili au Pakistan, de Haïti au Portugal, du Brésil au Liberia, du Venezuela à l'Italie, de Gaza à Katmandou...Les médecins cubains sont présents aux quatre coins du monde pour combattre des maladies aussi meurtrières que la COVID-19, Ebola ou le choléra, lutter contre la cécité, soigner les victimes de tremblements de terre et, plus généralement, venir en aide aux populations les plus vulnérables. Jusqu'en 2005, des dizaines de milliers de membres des brigades médicales cubaines ont sillonné le monde à l'appel d'une centaine de gouvernements : "De 1963 à la fin de 2005, plus de 100 000 médecins et techniciens de la santé sont intervenus dans 97 pays, surtout en Afrique et en Amérique latine. En mars 2006, 25 000 professionnels étaient répartis dans 68 nations. Un déploiement que même l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne peut assurer".

Depuis la première mission, en 1963, et jusqu'en 2014, près de 132 000 soignants cubains ont parcouru la planète, partageant avec de nombreux pays leur savoir-faire médical.

Aujourd'hui, le nombre de médecins cubains envoyés dans les différentes régions du monde varie selon les sources. Il doit s'élever probablement à plusieurs dizaines de milliers, voire, selon certaines estimations, à plusieurs centaines de milliers si l'on cumule l'ensemble des missions effectuées au fil des décennies.

Mais Cuba ne se contente pas seulement d'envoyer ses médecins et infirmiers à travers la planète; elle accueille et forme aussi dans ses universités des étudiants venus du monde entier. L'École latino-américaine de médecine (ELAM) est une institution emblématique de l'internationalisme cubain. Elle offre une formation médicale gratuite à des étudiants issus des milieux défavorisés de plus de 120 pays. Depuis sa création, elle a formé des dizaines de milliers de médecins qui exercent dans le monde entier.

Récemment lors du tremblement de terre du 24 juin 2026 qui a secoué le Venezuela, les brigades médicales cubaines, travaillant déjà dans ce pays, se sont immédiatement mobilisées pour venir en aide à la population touchée par ce terrible séisme, qui a fait plus de 2200 morts.

Cuba n'a jamais renié ses racines africaines. La solidarité avec l'Afrique constitue l'un des aspects les plus marquants de la politique étrangère cubaine. "Nous ne sommes pas seulement un pays latino-américain, mais aussi un pays latino-africain. Le sang africain coule abondamment dans nos veines" disait Fidel Castro. Cuba a envoyé des forces armées en Algérie, en Angola, au Congo, en Ethiopie, au Mozambique, en Namibie et dans d'autres pays africains pour combattre, les armes à la main, le colonialisme et soutenir les luttes pour l'indépendance des peuples africains.

Cuba était également un allié fidèle du peuple vietnamien pendant sa guerre contre les Etats-Unis : "Le soutien apporté par Cuba au Vietnam pendant sa guerre de résistance fut global et empreint de sacrifice, allant au-delà de l'aide matérielle pour inclure un soutien spirituel et politique" .

Depuis la Révolution de 1959, Cuba a constamment affiché sa solidarité avec le peuple palestinien. Ernesto « Che » Guevara a visité Gaza en 1959, quelques mois seulement après le triomphe de la révolution, et Yasser Arafat s'est rendu à Cuba à huit reprises à l'invitation de Fidel Castro. L'aide cubaine à la Palestine se traduit concrètement par :

  • L'octroi de la citoyenneté aux Palestiniens déplacés

  • L'organisation des conférences de solidarité

  • Des milliers de bourses universitaires à des étudiants palestiniens

  • Une formation militaire aux combattants de la résistance palestinienne.

Cuba est l'un des premiers pays à rompre définitivement ses relations diplomatiques avec Israël.

Le médecin palestinien Murid Abukhater, formé à Cuba, déclarait récemment que le peuple cubain continue, malgré toutes les difficultés, à former des médecins palestiniens pour sauver ce qui peut l'être encore du génocide.

Cuba a permis à des millions de personnes, à travers le monde, d'accéder à l'alphabétisation grâce à son programme "Yo, Sí Puedo". Déployé dans plus de trente pays sur plusieurs continents, ce programme constitue un exemple concret de solidarité internationale. Une étude de l'UNESCO a montré que Yo Si Puedo "était efficace dans la lutte contre les modèles d’inégalité en matière d’éducation qui prennent racine dans les pratiques institutionnalisées du passé".

Les États-Unis ne peuvent tolérer cet engagement formidable de Cuba en faveur de la redistribution des richesses et de la solidarité internationaliste envers les opprimés du monde entier.

Les Etats-Unis ne peuvent supporter qu'un petit pays comme Cuba puisse envoyer des médecins partout à travers le monde pour sauver des vies humaines, alors que l'Amérique se distingue plutôt, en tant que première puissance, par les ravages de ses interventions militaires. Ce sont ces pratiques, cette vision du monde et cet idéal révolutionnaire qui exaspèrent la bourgeoisie américaine. En réalité, les Etats-Unis, à l'exception de la parenthèse Obama, n'ont jamais accepté la révolution cubaine. Les attaques contre Cuba sont d'abord et avant tout des attaques contre cette révolution.

Rappelons qu'avant la Révolution de 1959, Cuba n'était guère plus qu'un simple protectorat américain. En effet, l'arrivée au pouvoir de Fulgencio Batista, à la suite du coup d'État de 1952, n'a fait que renforcer la dépendance économique et politique de ce dictateur envers les Etats-Unis. Les entreprises américaines contrôlaient les secteurs stratégiques de l'économie de l'île : les mines (Bethlehem Steel Co.), le sucre (American Sugar Co.), les télécommunications (ITT), les chemins de fer (The Cuba Company), le tabac (American Tobacco Company), etc. Par ailleurs, La Havane avait été transformée en un vaste centre de divertissement destiné aux Américains. Les jeux du hasard et la prostitution étaient florissants grâce à la collaboration étroite entre Batista et les figures de la Mafia américaine comme Meyer Lansky. Son régime était marqué également par une féroce répression des syndicats et des mouvements ouvriers. Batista était un anticommuniste notoire. Il a crée avec l'aide de la CIA, le Bureau de Répression des Activités Communistes (BRAC). La torture systématique, la violence et les assassinats politiques étaient monnaie courante. Cette hégémonie économique américaine écrasante, la brutalité répressive du régime de Batista responsable de milliers de morts, la corruption généralisée et l'influence de la mafia à La Havane ont alimenté la colère populaire et créé les conditions propices à une insurrection qui a abouti au triomphe de la Révolution cubaine de 1959.

Le 1er janvier 1959, Fidel Castro et ses camarades renversent le régime du dictateur Batista. Le nouveau gouvernement révolutionnaire engage alors de profondes réformes comme, entre autres, la réforme agraire et la nationalisation complète des entreprises américaines. En reprenant le contrôle de ses ressources nationales, Cuba touche directement les intérêts économiques américains. La riposte des Etats-Unis face à cette souveraineté retrouvée, était immédiate. C'est le début d'une longue période marquée par le blocus, les menaces, les sanctions, les campagnes de propagande et les tentatives de renversement du gouvernement révolutionnaire.

Les Etats-Unis d'Amérique, première puissance mondiale, tentent depuis très longtemps d'étouffer un petit pays de quelques dix millions d'habitants parce qu' il a fait de la répartition des richesses, de la santé, de l'éducation et de la solidarité internationale ses priorités. L'empire américain, qui affirme que les vaccins sont dangereux pour la santé, attaque une petite nation qui se distingue non seulement par l'invention de nouveaux vaccins, mais aussi par sa coopération médicale et sa capacité à faire face à des épidémies telles que le choléra, le virus Ebola ou encore le Covid-19 à travers le monde, y compris dans des pays parmi les plus riches. Ce formidable combat pour la vie contraste violemment avec la conception des relations internationales des Etats-Unis, qui sèment la mort un peu partout à travers le monde par leurs interventions militaires. La bourgeoisie américaine, ennemie de la science et du progrès, est toujours aussi déterminée à anéantir tout gouvernement et toute expérience susceptibles de menacer ses intérêts économiques et stratégiques. Elle est l'ennemie des peuples.

 

Mohamed Belaali

------------------------

(1)Une histoire populaire des Etats-Unis. Howard Zinn p. 343, Agone.

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
19 juin 2026 5 19 /06 /juin /2026 16:30

Jean Ziegler, le vieux marxiste s'est éteint à l'âge de 92 ans. Il était professeur de sociologie à l'université de Genève, rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, membre du parlement fédéral suisse et auteur de nombreux livres. Mais Jean Ziegler était surtout le défenseur inlassable des opprimés et le pourfendeur du système bancaire suisse qu'il accusait d'affamer le monde. "Derrière moi, on creuse les fondations d'un nouveau centre de calcul de l'USB. Ce n'est pas juste un bâtiment de plus. Depuis ici, cette banque pourra continuer à affamer le monde" disait-il. Pour lui "Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné!".

Quand il voulait accompagner en 1964 le Ché à Cuba, celui-ci lui a répondu " Le cerveau du monstre est ici. C'et ici que tu dois te battre".

Dans son dernier livre "Où est l'espoir", il a lancé un appel vibrant à la résistance face aux ravages du capitalisme. L'espoir réside dans cette capacité formidable de résistance des hommes pensait Jean Ziegler.

Membre éminent du Tribunal Russell sur la Palestine, Jean Ziegler a défendu courageusement la cause palestinienne partout à travers le monde notamment dans les instances des Nations unies.

Il a accompagné et soutenu les mouvements de libération nationale en Afrique et en Amérique latine.

Lors de ses obsèques, l'Internationale a retenti et a été reprise en chœur par la foule nombreuse qui venait lui rendre un dernier hommage.

 

Mohamed Belaali

Partager cet article
Repost0
Published by M B
18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 07:24

 

 

Le 28 février 2026, les Etats-Unis et Israël ont mené, au mépris de toutes les lois et conventions internationales, une guerre d'une grande violence contre l'Iran, entraînant des pertes humaines et matérielles considérables. Cette agression américano-sioniste a non seulement embrasé l'ensemble du Moyen-Orient, mais ses ravages, d'une ampleur inédite, ont affecté et continuent d'affecter de manière disproportionnée les classes populaires, en particulier les travailleurs du monde entier. Leur situation pourrait encore s'aggraver dans les jours et les semaines à venir. Parallèlement, les actionnaires des compagnies pétrolières, des grandes banques, de l'industrie de l'armement, des compagnies d'assurance maritime, pour ne citer que celles-là, ont engrangé des dividendes exceptionnels. C'est un transfert massif de richesses des uns vers les autres. La guerre est aussi une guerre des classes.

Cette agression armée contre une nation souveraine a entraîné, en quelques semaines seulement, des milliers de morts et des dizaines de milliers de blessés ainsi que de nombreux déplacés et mutilés. Dès le premier jour, une école primaire pour filles à Minab dans le sud de l'Iran a été frappée par des missiles américains faisant 175 victimes majoritairement des élèves de 7 à 12 ans. Le président américain Donald Trump, après avoir initialement nié ce massacre, s'est ensuite vanté devant les caméras du monde entier d'avoir également éliminé tous les dirigeants iraniens : "Ils sont tous morts" disait-il.

Les hommes ne sont malheureusement pas les seules victimes de cette folie meurtrière appelée "Epic Fury". Les hôpitaux, les universités, les écoles, les ponts, les sites énergétiques, les centrales électriques, les voies ferrées, les immeubles résidentiels et d'autres infrastructures civiles ont été ciblés et détruits. "Nous allons les ramener à l'âge de pierre" déclarait Trump . "Une civilisation entière va mourir ce soir" ajoutait-il encore, froidement et sans détour.

Au-delà de la personnalité pathologique de Trump, c'est la classe qui l'a porté à la tête de l'Etat qui est responsable de ces crimes de guerre. Trump n'est que le visage hideux, sans fard ni masque, de cette bourgeoisie décadente. Il incarne l'âme de cette classe sociale, sans moralité et sans cœur.

L'époque où les dirigeants américains menaient des guerres dévastatrices, envahissaient des pays entiers et pillaient les richesses des peuples au nom du droit international, des droits de l'homme, de la liberté et de la démocratie, est révolue. Ces valeurs sont désormais ensevelies, comme les enfants palestiniens, sous les décombres de Gaza. Le génocide de tout un peuple est devenu un exemple à suivre. Humilier, affamer, anéantir, ces crimes contre l'humanité sont érigés par l'Occident capitaliste en normes de stratégie politique. Les actes les plus sauvages, les plus barbares sont normalisés, banalisés. Ce qui se passe aujourd'hui en Iran, n'est en réalité que le prolongement, à une échelle bien plus vaste, des atrocités et des massacres perpétrés à Gaza.

Toutefois, cette agression américano-sioniste contre l’Iran n’a pas engendré, comme l’exigeait Trump, la reddition ou "la capitulation sans condition", mais la résistance. Malgré les lourdes pertes, les destructions et les souffrances endurées, l’Iran n’a pas hissé le drapeau blanc. La démonstration de force et la supériorité militaire des agresseurs n’ont pas suffi à mettre à genoux une nation en légitime défense. L’Iran considère en effet que le droit de défendre sa souveraineté contre une agression armée est légitime, comme le prévoit d’ailleurs l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui consacre le droit naturel de légitime défense. Mais l'Iran n'a pas seulement résisté, il a même riposté. Il a déclenché une série d'attaques contre Israël, contre les bases américaines dans tout le Moyen-Orient ainsi que les infrastructures pétrolières et gazières des pays du Golfe alliés des Etats-Unis. Cependant la riposte de l'Iran pour défendre sa sécurité nationale, ne réside pas seulement dans l'utilisation des missiles et des drones, mais surtout dans le contrôle qu'il exerce sur le détroit d'Ormuz, point de passage maritime d'une importance géopolitique et économique capitale. Grâce à sa géographie et à ses capacités de mener des opérations de "guérilla maritime", l'Iran a su transformer le détroit en zone de tension permanente lui conférant une capacité considérable de pression sur ses agresseurs, d'autant que les Etats-Unis se sont montrés, malgré leur supériorité militaire, impuissants. Les autres alternatives à cette voie cruciale se sont révélées toutes insuffisantes. Surpris par cette nouvelle forme de résistance et par cette impasse militaire, Trump a décidé le 12 avril d'imposer un blocus naval total des ports iraniens en violation flagrante du droit international. Il a même comparé la marine américaine à des pirates en précisant que "c'est une activité très lucrative". Par ce blocage, Trump cherche à asphyxier l'économie iranienne et à pousser l'Iran à la capitulation, mais en vain. Le 3 mai 2026, Trump lance l'opération "Projet Liberté" qui vise à escorter les navires marchands à traverser le détroit. "Des pays du monde entier ont sollicité l'aide des États-Unis afin de libérer leurs navires, immobilisés dans le détroit d'Ormuz. (...)  Si, de quelque manière que ce soit, ce processus humanitaire est entravé, cette entrave devra malheureusement être traitée avec fermeté" déclarait-il sur son réseau social.

Le 4 mai, c'est-à-dire 24 heures seulement après son lancement, Trump a annoncé la suspension de son opération "Projet Liberté". Pour l'instant, ces décisions ne font que prolonger le blocus du détroit avec toutes les ravages sur l'économie mondiale.

La guerre illégale déclenchée par les Etats-Unis et Israël le 28 février 2026 contre l'Iran et le blocus maritime américain du 12 avril ont des répercussions économiques mondiales majeures."La guerre assombrit les perspectives de l’économie mondiale" écrivait le Fonds monétaire international. La guerre de Trump contre l'Iran a brutalement paralysé l'économie mondiale ajoute le New York Times. Des milliards d'êtres humains subissent au quotidien les conséquences dramatiques de cette guerre, menaçant directement leur sécurité alimentaire. Selon le Programme des Nations unies pour le développement, cette guerre pourrait plonger 32 millions de personnes dans la pauvreté dans 162 pays. Il va sans dire que se sont les classes populaires notamment les travailleurs qui subissent le plus les effets en cascades de cette guerre illégale. La flambée immédiate des prix de l'énergie et des engrais est peut-être la plus dévastatrice. Le marché pétrolier a déjà perdu un milliard de barils, selon le Financial Times. Cette perte est considérée comme la plus importante de l’histoire de ce marché, dépassant même les crises des années 1970. Par ailleurs, les installations énergétiques de production, de raffinage et d’exportation sont détruites ou endommagées, ce qui s’ajoute aux perturbations du marché pétrolier et entraîne des hausses brutales du prix des carburants et la baisse des salaires réels. Tout devient alors très cher pour les plus démunis : le transport, les vêtements, les médicaments les factures d'électricité etc. La hausse des prix des engrais qui transitent aussi par le détroit, renchérit les coûts de l'agriculture et provoque déjà une hausse des prix des denrées alimentaires. Ces augmentations, et bien d’autres, ont des conséquences dramatiques pour les petits agriculteurs, les ouvriers agricoles sans terre, les travailleurs des villes et l’ensemble des classes populaires, alors que la guerre n’en est qu’à ses débuts. Le fardeau de cette guerre injuste pèse lourdement sur les prolétaires de toutes les nations.

A l'opposé de cette détresse des classes populaires, les grandes compagnies pétrolières, elles, continuent à réaliser des profits spectaculaires grâce justement à la guerre. TotalEnergies, BP, ExxonMobil, Aramco, Chevron, Shell pour ne citer que celles-là, connaissent une période d'euphorie et de prospérité sans précédent. Selon The guardian, les 100 plus grandes compagnies ont gagné environ 30 millions de dollars de profits par heure durant le premier mois du conflit. Une partie de ces profits records est redistribuée aux actionnaires par le biais des dividendes et des rachats d'actions. Les grandes banques notamment américaines et européennes ont elles aussi tiré et continuent à tirer profit de cette agression militaire contre l'Iran. "Les grandes banques américaines engrangent près de 50 milliards de dollars de bénéfices alors que la guerre en Iran secoue les marchés" écrit The Guardian. Les banques européennes ne sont pas en reste. Deutsche Bank, Santander et UBS, entre autres, ont réalisé des profits exceptionnels en intensifiant, comme les compagnies pétrolières, leurs spéculations sur les fluctuations des prix du pétrole et sur d'autres matières premières. Les grandes banques de Wall Street ont également financé l'industrie des armes grâce aux augmentations massives des dépenses militaires. Selon le Centre d'études stratégiques et international (CSIS), la guerre a coûté :"11,3 milliards de dollars au 6e jour, 16,5 milliards de dollars au 12e jour". Pour financer ces dépenses extraordinaires, le Trésor américain émet de nouvelles obligations, considérées comme des placements sûrs. L'achat de ces titres par les banques et les investisseurs institutionnels comme BlackRock et Vanguard, leur permet, à travers des mécanismes complexes, de réaliser des bénéfices dépassant toutes les prévisions. Tous ces profits ne résultent nullement d'une quelconque amélioration de la productivité ou d'un effort d'investissement, mais uniquement de la spéculation. La guerre contre l'Iran est une véritable aubaine également pour les actionnaires de divers secteurs comme par exemple celui de la reconstruction des infrastructures, des compagnies d'assurance maritime privées ou encore celui de l'armement dont les actions ont atteint des sommets historiques.

Ainsi, la guerre n'est que le prolongement de la violence que les classes dominantes exercent sur les dominés. D'un côté, il y a une accumulation de misère et de souffrances pour une majorité de la population contrainte de faire des sacrifices au quotidien; de l'autre, celle de la richesse pour une minorité qui profite de la guerre. La guerre, c'est aussi la guerre des classes.

L'agression armée américano-israélienne révèle à quel point l'impérialisme et le sionisme sont un danger pour les peuples du monde entier. Leur négation absolue de la vie, leur barbarie et leur mépris pour les conventions internationales et les lois les plus élémentaires de la morale et de la justice, montrent que les valeurs de liberté, de démocratie et des droits de l'homme, dont se targue encore l'Occident capitaliste, sont foncièrement antinomiques avec l'impérialisme et le sionisme. Les classes populaires, et en particulier les travailleurs de tous les pays, n’ont pas besoin des guerres, si ce n’est de celle qu’ils devraient mener contre précisément l'impérialisme et son rejeton sioniste.

 

Mohamed Belaali

Partager cet article
Repost0
Published by M B