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25 novembre 2021 4 25 /11 /novembre /2021 09:48

 

Un discours haineux d'une rare violence s'est installé, en ces temps de crise, dans les médias dominants contre les musulmans et plus particulièrement contre les femmes musulmanes. Journalistes, philosophes, écrivains, experts, hommes et femmes politiques se précipitent et se succèdent sur les plateaux de télévision, les stations de radio etc. pour déverser leur mépris de classe sur cette fraction la plus vulnérable de la population. Au nom de la laïcité et de la libération des femmes par exemple, les musulmanes doivent être pourchassées, humiliées, stigmatisées et livrées à la vindicte populaire. Mais derrière ce discours ignoble se cache la classe dominante. Car les idées ne tombent pas du ciel comme la pluie. Elles sont l'expression générale de la réalité économique et sociale des hommes et des femmes vivant en société. Comme disaient, il y a longtemps, Marx et Engels «les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante» (1).

 

 

En ces temps de crise, les valeurs dont se targue encore la république bourgeoise s’effondrent lentement sous la pression des changements économiques et avec eux toute cette construction idéologique : droits de l’homme, laïcité, démocratie, État de droit, égalité entre citoyens, liberté de culte etc. Elles sont remplacées aujourd'hui par la propagation d'autres « valeurs » comme la haine, l'islamophobie, l'antisémitisme, la xénophobie, la misogynie, la démagogie, la délation, etc. Il s'agit là des ingrédients essentiels utilisés ou plus précisément instrumentalisés par la classe dominante pour, en dernière analyse, maintenir les privilèges et les richesses entre ses propres mains.

 

Mais pour pouvoir imposer sa politique en temps de crise, la bourgeoisie a besoin non seulement de gouvernements autoritaires, mais aussi de tromper les masses populaires pour obtenir leur passivité voire leur complicité. Il lui faut des boucs émissaires capables de détourner la colère des masses des vrais problèmes et du combat politique. La stigmatisation du musulman aujourd'hui comme, toute proportion gardée, du juif hier, correspond à cette nécessité pour la classe dirigeante d'occulter sa propre responsabilité dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît la France et son incapacité à sortir le pays de la crise. Elle attise les haines religieuses à travers ses hommes politiques, ses journalistes, ses intellectuels etc. afin de dresser les citoyens les uns contre les autres pour les diviser et pour mieux attirer, tel un prestidigitateur habile, l'attention de la population sur le voile, la construction des mosquées, les jupes longues, la viande halal, l'islamo-gauchisme, le séparatisme etc. Il faut donc construire cet ennemi à force d'images et de phrases haineuses pour cimenter une population traumatisée par les différents plans d'austérité et dégoûtée par le comportement d’une classe politique corrompue et totalement soumise aux intérêts d’une minorité de très riches. Ce faisant la classe dominante déforme et travestit la réalité.

 

Mais cette prolifération et ce développement fulgurant dans l'espace médiatique de ce discours de haine constituent, dans une certaine mesure, les symptômes d'une société en crise profonde qui glisse progressivement et insidieusement vers un régime encore plus autoritaire que celui qui est déjà en place (2). On ne compte plus dans l'espace médiatique le nombre de débats sur le port du voile, de tribunes, d'éditoriaux et de chronique sur l'islam. Les mots et les « théories » utilisés sont souvent vides de sens mais toujours chargés de haine. Avec ce discours haineux qui sature l'espace médiatique, on assiste à un processus irrésistible de résignation, de dépolitisation et de fascisation des esprits.

 

C'est dans ce cadre qu'il faut peut-être comprendre cette omniprésence et cette audience démesurée donnée à l'idéologie d'extrême droite dans les grands médias. Ses idées et s

es thèmes fétiches et obsessionnels comme l'immigration, l'islam, le voile, les banlieues, le terrorisme, la sécurité etc, sont ainsi, grâce au matraquage des grands médias, légitimés, banalisés et intériorisés.

 

 Il ne s'agit donc pas d'un problème religieux ou ethnique, mais d'un problème social et politique. La bourgeoisie n'attaque pas l'Islam en tant que tel, mais l'utilise comme elle utilise le terrorisme, qu' elle a par ailleurs largement contribué à créer. Il suffit de voir les relations privilégiées qu'entretient la bourgeoisie française avec des pays comme l'Arabie Saoudite ou le Qatar pour s'en convaincre. 

 

Aujourd'hui, le capitalisme en crise produit et continuera à produire des «valeurs» de haine, de xénophobie, d’islamophobie, de délation etc. S'il faut combattre au quotidien ces idées nauséabondes, il faut en même temps s'attaquer au système qui les engendre et à la minorité d'oppresseurs qui dresse les citoyens les uns contre les autres jouant sur leurs préjugés nationaux et religieux.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm

(2)Voir la répression exercée sur le Mouvement des Gilets jaunes par le gouvernement Macron 

https://www.belaali.com/2021/11/gilets-jaunes-trois-annees-de-combat-et-d-espoir.html

 

 

 

 

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18 novembre 2021 4 18 /11 /novembre /2021 07:46

Je reproduis à l'occasion du troisième anniversaire du combat des Gilets jaunes, un texte écrit en 2019. Il reste toujours actuel pour l'essentiel.

 

«Ils veulent nous enterrer. Mais ils ne savent pas que nous sommes des graines».

Slogan des Gilets jaunes.

 

17 novembre 2018, 17 novembre 2021, trois années de combat formidable. Aucun mouvement dans l'histoire récente de la France n'a mobilisé autant d'hommes et de femmes sur une aussi longue durée. Le Mouvement des Gilets jaunes, qui est né et s'est développé en dehors de toute organisation politique ou syndicale, est d'abord une révolte contre la situation économique et sociale désastreuse dans laquelle se trouve une large frange de la population. C'est une révolte contre cette politique de paupérisation ultra-libérale menée tambour battant par les gouvernements successifs. La radicalité du Mouvement n' est que le corollaire de la brutalité des politiques économiques et sociales imposées par la minorité d'exploiteurs à l'immense majorité de la population. C'est un rejet massif non seulement de ces politiques, mais aussi du président de la République serviteur zélé de la classe dominante. La force et l'originalité du Mouvement des Gilets jaunes résident dans son existence même et dans sa magnifique résistance à l'une des plus brutales et des plus féroces bourgeoisie au monde. Le Mouvement des Gilets jaunes est donc le produit authentique de la lutte des classes qui secoue la société française aujourd'hui. Mais ce combat aussi magnifique soit-il ne peut être mené à son terme en l'absence d'une direction consciente et déterminée capable d’unir au-delà des Gilets jaunes l'ensemble des opprimés et des exploités, de les guider pour affronter la classe des oppresseurs et des exploiteurs capitalistes.

 

 

Les Gilets jaunes ont surgi sur la scène politique française au moment où le capitalisme semble domestiquer les différentes organisations politiques et syndicales. En effet, les directions de ces organisations, à l'exception de l'Union syndicale Solidaires, la France Insoumise et le NPA, semblent dépassées et assistent en spectateurs comme si elles n'étaient pas concernées par ce conflit ouvert. Elles sont davantage dans un processus de «pacification et de régulation des conflits» que dans une stratégie de lutte de classe. Les directions des grandes centrales syndicales ont honteusement tourné le dos au Mouvement et laissé les Gilets jaunes seuls face à un pouvoir réactionnaire et extrêmement violent. Institutionnalisées, ces directions se sont progressivement éloignées des préoccupations sociales et politiques de celles et ceux qui subissent au jour le jour non seulement les affres du chômage et de la précarité, mais aussi le despotisme patronal.

Le combat des Gilets jaunes constitue, dans une certaine mesure, un refus et une révolte contre l'immobilisme des directions syndicales et politiques qui sont réduites à gérer avec le pouvoir le système en place alors même que la tendance générale du capitalisme n'est pas d'améliorer les conditions de celles et ceux qui produisent la richesse, mais à les dégrader. Dans ce sens, leur silence peut être interprété comme un soutien indirect au pouvoir en place.

 

Le combat des Gilets jaunes n'est pas seulement pour améliorer momentanément les conditions

d’existence des travailleurs, des salariés, bref de tous les exploités pour rendre la société capitaliste supportable, mais de lutter pour une nouvelle société : «Conscients que nous avons à combattre un système global, nous considérons qu'il faudra sortir du capitalisme» (1). Au-delà des revendications économiques légitimes, la lutte des Gilets jaunes est un combat politique de classe contre classe. «Macron démission » scandent les manifestants tous les samedis. Dès les premières manifestations, les Gilets jaunes sont allés crier leur colère et leur indignation sur les lieux même du pouvoir. «Emmanuel Macron oh tête de c. on vient te chercher chez toi» chantaient à pleins poumons les Gilets jaunes. Leur combat ne se limite donc pas seulement à des revendications immédiates mais s'attaque aussi aux conditions dans lesquelles les injustices de classe se reproduisent. Les Gilets jaunes ont compris que derrière cette injustice et cette dégradation générale des conditions de vie que subissent les classes populaires, se cache la classe des oppresseurs qui a hissé brutalement Macron à la tête de l'Etat. «Macron, robin des rois», «président des riches » ou encore «Rends l’ISF d’abord !» clament les Gilets jaunes.

 

Effrayée par la détermination de ce mouvement populaire et par sa farouche volonté de ne plus s'inscrire dans le jeu du pouvoir, la classe dirigeante n'a pas hésité à mener une véritable guerre contre les Gilets jaunes. Même l'armée a été appelée à la rescousse. Car lorsque le conflit s'aiguise, la classe dominante n'a d'autres choix que d'utiliser la violence pour perpétuer sa domination. Et plus la lutte perdure et prend de l'ampleur, plus la répression devient intense et brutale : rien de plus normal dans une société fondée sur la lutte des classes. Le combat des Gilets jaunes a eu au moins le mérite de mettre en pleine lumière non seulement la brutalité de l’État, mais aussi les valeurs hypocrites de la république bourgeoise : État de droit, droits de l'homme, séparation des pouvoirs, liberté de s'exprimer, de manifester, de circuler et tutti quanti.

Pour briser le Mouvement des Gilets jaunes, la bourgeoisie française a mobilisé tout son appareil répressif, judiciaire et médiatique. Les Gilets jaunes sont probablement le Mouvement le plus réprimé dans l'histoire récente de la France. Les chiffres parlent d'eux-mêmes :

  • 2 décès,

  • 315 blessures à la tête,

  • 24 éborgné·es,

  • 5 mains arrachées (2).

L'étude menée auprès des CHU de France et publiée dans la revue scientifique « The Lancet »  montre une forte hausse du nombre de personnes éborgnées avec les LBD depuis la révolte des Gilets jaunes (3).

Le Ministère de l'intérieur compte, quant à lui, 2 448 blessés, 561 signalements déposés à l'IGPN, 313 enquêtes judiciaires de l'IGPN, 8 enquêtes administratives, 23 enquêtes judiciaires de l'IGGN, 180 enquêtes transmises au Parquet, 19 071 tirs de LBD, 1 428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées, 5 420 tirs de grenades de désencerclement , 474 gendarmes blessés et 1 268 policiers blessés (4).

Cette violence d'Etat condamnée par le Défenseur des Droits (5) , Amnesty International (6), l'ONU  (7), le Parlement européen (8), le Conseil de le l'Europe (9) reste impunie.

Le pouvoir n'a nullement le souci de la vie et de l'intégrité physique des révoltés, mais s'inquiète grandement des constructions, des bâtiments, «de la brique et du mortier» (10).

Macron et son gouvernement considèrent que la violence et la brutalité utilisées contre les Gilets jaunes sont justes alors que la moindre vitrine cassée par les révoltés constitue par elle-même un crime.

A cette brutalité policière, s'ajoute une violence judiciaire inédite :

-Environ 11000 personnes placées en garde à vue.
- 4700 affaires ont fait l’objet de renvoi devant les tribunaux, dont un peu moins de la moitié dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate.
- Un peu plus de 3000 condamnations ont déjà été prononcées. Un tiers de ces condamnations ont donné lieu à des peines d’emprisonnement ferme.
- «Environ» 440 mandats de dépôt ont été décernés (exécution d’une peine ou détention provisoire) (11).

Une nouvelle loi est votée par le parlement le 12 mars 2019 qui se rajoute à l'arsenal juridique répressif qui existe déjà (lois antiterroristes, état d'urgence désormais inscrit dans le droit commun...). Mais cette fois elle ne concerne pas des terroristes mais des hommes et des femmes qui ont décidé de prendre leur destin en main, les Gilets jaunes. Il s'agit de la loi «anticasseurs» imposée par le pouvoir et qui constitue une attaque sans précédent contre le droit de manifester même si son article 3 a été censuré par le conseil constitutionnel.

 

Et comme cette répression physique et judiciaire ne suffit pas, la classe au pouvoir utilise une autre arme non moins violente que les LBD ou les condamnations à des peines d’emprisonnement ferme; il s'agit de la propagande médiatique pour stigmatiser et discréditer le Mouvement aux yeux de « l'opinion publique » nationale et internationale. Président de la République, Gouvernement, journalistes, intellectuels, experts...défilent sur les plateaux de télévisions et stations de radio pour déverser leur haine de classe : une «foule haineuse», des «bœufs», des casseurs », des «nervis», des «salopards d’extrême droite et extrême gauche», des «fascistes», des «conspirationnistes», des «antisémites» etc. Certains vont même jusqu'à appeler les forces de l'ordre et l'armée à se servir des armes : «qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois ! […] On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies» (12). Cela fait penser aux Versaillais qui voulaient à tout prix détruire les Communards !

Non satisfaits d'avoir éborgné, mutilé et stigmatisé les Gilets jaunes, Macron et son gouvernement ont exigé des médecins de les ficher lorsqu'ils arrivent blessés aux urgences. La classe dirigeante veut ainsi transformer les médecins en complices, en simples supplétifs de la police : le secret professionnel, la déontologie et l’éthique médicale n'ont de valeur que lorsqu'ils servent ses propres intérêts (13).

Partout on interdit aux Gilets jaunes de manifester et notamment dans les centres-villes. Leurs ronds-points sont souvent occupés par la police et leurs cabanes systématiquement détruites (14).

 

Mais malgré cette politique de terreur, les Gilets jaunes sont toujours là, moins nombreux certes, mais avec la même détermination et la même colère qu'au début du Mouvement. Ils sont en quelque sorte comme ces plantes sauvages qui traversent les murs les plus solides. Toutefois, cette détermination et cette colère restent insuffisantes pour permettre le bouleversement radical de la société capitaliste. Ils ne peuvent le faire qu’en s’alliant avec la classe ouvrière, seule classe réellement révolutionnaire de part sa position dans le processus de production. Mais cela suppose que les bases des centrales syndicales et des partis politiques de gauche luttent contre leurs propres directions afin de leur imposer un plan de bataille unitaire avec les Gilets jaunes.

 

Il est grand temps que tous les exploités et tous les pauvres se réveillent et rejoignent ceux et celles qui mènent depuis maintenant un an un magnifique combat contre une classe sociale ultra-minoritaire mais qui possède tous les pouvoirs. La lutte des Gilets jaunes dépasse le cadre étroit des revendications corporatistes. Elle s'inscrit dans une perspective plus large, celle d'un combat contre les injustices de classe et la misère sociale. Le Mouvement des Gilets jaunes a réveillé de profondes espérances, mais il ne peut réussir que s'il mène une résistance collective, structurée, consciente et déterminée, une lutte politique de classe contre classe.Toutes les forces qui se réclament de la classe ouvrière, tous les progressistes, tous les citoyens appauvris, méprisés et humiliés, soyons donc tous avec le Mouvement des gilets jaunes contre les privilèges et pour l'abolition de la domination de classe. Sans cette unité, sans ce lien fraternel de solidarité, le mouvement risque d'échouer et la classe dirigeante, ennemie du progrès, poursuivra sa politique de régression et de misère sociale.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://giletsjaunes-coordination.fr/wp-content/uploads/2019/06/ada-appel-de-la-2e-assembleee-des-assembleees-des-gilets-Jaunes.pdf

(2)https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan

(3)https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(19)31807-0/fulltext

(4) https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan

(5)http://www.assemblee-nationale.fr/presidence/Rapport-MO-09-01-18.pdf

(6)https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/usage-excessif-de-la-force-lors-des-manifestations

(7)https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=24166&LangID=F

(8)http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do

(9)https://www.coe.int/fr/web/commissioner/-/maintaining-public-order-and-freedom-of-assembly-in-the-context-of-the-yellow-vest-movement-recommendations-by-the-council-of-europe-commissioner-for-

(10)K Marx : «Le Paris ouvrier, en accomplissant son propre, son héroïque holocauste, a entraîné dans les flammes des immeubles et des monuments. Alors qu'ils mettent en pièces le corps vivant du prolétariat, ses maîtres ne doivent plus compter rentrer triomphalement dans les murs intacts de leurs demeures. Le gouvernement de Versailles crie : Incendiaires ! (...) La bourgeoisie du monde entier qui contemple complaisamment le massacre en masse après la bataille, est convulsée d'horreur devant la profanation de la brique et du mortier !» Dans «La guerre civile en France». Editions sociales, p.84.

https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530d.htm

(11)https://www.streetpress.com/sujet/1568288596-en-prison-comme-440-gilets-jaunes-ils-racontent

(12)https://www.dailymotion.com/video/x70bgv3

(13)http://www.belaali.com/2019/05/le-fichage-des-blesses-jaunes.html

(14)https://lvsl.fr/carte-destruction-cabanes-gilets-jaunes/

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 08:03

«Nous protestons, nous protestons jusqu'à la révolution».

Slogan des manifestants soudanais.

 

 

Le 25 octobre 2021, le Soudan a connu un nouveau coup d'Etat mené cette fois par le général Al Burhan président du Conseil militaire. Ce putsch met fin au processus de transition démocratique entamé depuis la chute du dictateur Omar Al Bachir en avril 2019. Mais pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui au Soudan, il est nécessaire de revenir sur le passé de ce pays tourmenté. En effet, l'histoire politique du Soudan est riche en révoltes, en révolutions et en coups d'Etat militaires qui ne sont, en dernière analyse, que l'expression d'une implacable lutte de classe entre oppresseurs et opprimés. Ce mouvement toujours recommencé est impulsé par cette quête obstinée, par cette aspiration profonde et permanente du peuple soudanais à la démocratie et à la justice sociale. Dans ce combat permanent le rôle des femmes, malgré de fortes pesanteurs sociales et religieuses, reste déterminant.

 

Sans remonter à la période coloniale où les « mahdistes » ont mis en déroute l'armée de l'occupation britannique en 1885 avant d'être défaits par le général Kitchener en 1898, le Soudan moderne a connu une série de soulèvements populaires et de putschs militaires entrecoupée d'intermèdes démocratiques. Dès 1958, deux ans seulement après la proclamation de l'indépendance en 1956, le général Ibrahim Abboud s'empare du pouvoir mettant ainsi un terme au régime parlementaire gangrené par la corruption et incapable de sortir le pays de la crise économique liée essentiellement à la chute des prix du coton.

Le nouveau régime militaire soutenu par le Royaume Uni et dont le règne est marqué par de nombreuses mesures impopulaires et discriminatoires notamment vis à vis de la population du Sud majoritairement chrétienne et animiste, est chassé à son tour du pouvoir par la révolution d'octobre 1964 (Thawrat Oktobar) dont l'étincelle est partie de l'université de Khartoum la capitale. La résistance sudiste, l'influence du parti communiste dans les milieux ouvriers, paysans et intellectuels ainsi que, dans une moindre mesure, celle des Frères musulmans ont joué un rôle décisif dans le renversement de la première dictature militaire.

Le nouveau gouvernement provisoire mis en place a promulgué des lois progressistes comme celle qui donne aux femmes, pour la première fois, le droit de vote. Mais la situation a changé rapidement sous l'influence des islamistes qui ont réussi à interdire le parti communiste en 1965 et exclu ses députés de l'Assemblée. Le PC soudanais qui était le fer de lance dans le soulèvement d'octobre 1964 est condamné une nouvelle fois à la clandestinité.

 

Le 25 mai 1969, un nouveau coup d'Etat mené cette fois par de jeunes officiers nationalistes dont certains sont proches du parti communiste, porte au pouvoir le colonel Gaafar Nimeiry (devenu général puis maréchal par la suite). Admirateur de Nasser, le nouveau maître du Soudan mène une politique de nationalisation et adopte, sur le plan politique, des mesures démocratiques. Mais très tôt Nimeiry entre en conflit ouvert avec les communistes qui doutent fortement du caractère révolutionnaire de son gouvernement. Ils lui reprochent de surcroît son autoritarisme et surtout son projet d'Union tripartite avec l'Egypte de Sadate et la Libye de Khadafi. Les ministres communistes et les officiers proches du parti sont alors exclus du gouvernement.

Le 19 juillet 1971 une tentative de coup d'Etat montée contre Nimeiry et attribuée aux communistes a échoué. Nimeiry décide alors d'écraser définitivement le parti communiste soudanais, le plus important alors du continent africain. «Une effroyable campagne de liquidation physique du parti communiste soudanais et ses sympathisants. Une terrible chasse à l’homme à travers tout le territoire, qui devait engloutir des milliers de cadres politiques, intellectuels, syndicalistes, étudiants et militaires» (1). Le prestigieux dirigeant du parti Abdel Khaliq Mahjoub fut pendu le 28 juillet 1971. Cette période marque le déclin du parti communiste soudanais qui était sur tous les fronts, de toutes les révoltes et de toutes les révolutions avant et après l'indépendance du Soudan. Mais ces idées révolutionnaires pour un Soudan moderne restent encore aujourd'hui l'emblème de tous les soulèvements populaires contre les dictatures militaires.

 

Débarrassé des communistes, Nimeiry se rapproche des Etats-Unis, de l'Arabie Saoudite, d'Israël et se réconcilie avec les partis fondamentalistes. Il impose la Charia, l'islamisation des institutions et de la société y compris au Sud Soudan dont la population est majoritairement chrétienne et animiste. Il a même exécuté par pendaison Mahmoud Mohamed Taha, un penseur musulman moderniste et fondateur du parti des Frères Républicains d'inspiration socialiste. Devant la Cour avant son exécution Taha déclare «J'ai affirmé à plusieurs reprises mon opinion, selon laquelle les lois de septembre 1983 bafouent la charia islamique et l'islam lui-même. De plus, ces lois ont défiguré la charia islamique et l'islam jusqu'à les rendre repoussants. Plus encore, ces lois ont été édictées et utilisées pour terroriser le peuple et le soumettre à force d'humiliation» (2).

 

En mars 1985, les soudanais sont descendus massivement dans la rue, une fois encore, pour protester contre les augmentations des prix des denrées alimentaires de base et contre Nimeiry qui les a appliquées sur les injonctions du FMI. Le régime réagit violemment. Mais cette brutalité n'a fait que renforcer la volonté des révoltés à se débarrasser du dictateur.

En avril de la même année, le général Nimeiry est renversé par un autre général Abdel Rahman Suwar al-Dahab. Un gouvernement transitoire est constitué. Les prisonniers politiques sont libérés, les libertés publiques restaurées et le parti communiste est de nouveau autorisé. Les élections sont organisées en 1986 et les négociations pour trouver un accord avec les rebelles du Sud sont entamées. Mais cette relative liberté permise par la nouvelle révolution a été de courte durée.

 

Le 30 juin 1989, le colonel Omar Al-Bashir s'empare du pouvoir par un coup d'Etat militaire mettant un terme au gouvernement civil de Sadek el-Mahdi. Une nouvelle dictature s'installe. Le parlement est dissout. Les partis politiques ainsi que les syndicats sont interdits et leurs dirigeants emprisonnés. Omar Al Bachir s'allie un temps avec les Frères musulmans et leur guide Hassan Al Tourabi qui inspirait sa politique. Il concentre tous les pouvoirs entre ses mains : il est à la fois Président de la république, premier ministre, chef des armées et ministre de la défense. Le dictateur introduit un nouveau «code islamique» encore plus rigoriste que celui imposé par Gaafar Nimeiry. Al Bachir commet au Darfour, l'une des régions les plus pauvres du Soudan malgré la richesse de son sous-sol, de véritables crimes de guerre qualifiés de crime contre l'humanité par l'ONU (3).

 

Il intensifie la guerre au Sud avant de signer avec les rebelles en 2005 un accord de paix et l’organisation d’un référendum d’autodétermination en janvier 2011. En juillet de la même année Al Bachir est contraint d'accepter la sécession du Sud (600 000 kilomètres carrés).

Il privatise les chemins de fer ainsi que de nombreux secteurs de l'économie soudanaise. Il applique les politiques d'austérité et la « vérité des prix » imposées par le FMI. Et c'est justement cette politique dictée par le Fonds monétaire qui a allumé l'étincelle qui va embraser tout le Soudan.

 

En effet le 19 décembre 2018, alors que l'économie du pays traverse une crise profonde, le gouvernement d'Al Bachir annonce le triplement du prix du pain et augmente celui de l'essence de 30 % alors que l'inflation a déjà atteint les 40 %. Des émeutes éclatent d'abord dans les villes ouvrières notamment à Atbara fief du parti communiste et berceau de tous les soulèvements populaires soudanais avant de se répandre dans tout le pays. Mais les émeutes se sont vite transformées en contestation du régime d'Al Bachir : «Le peuple veut la chute du régime» clament les manifestants. Une dynamique révolutionnaire impulsée et guidée par l'Association des Professionnels Soudanais (APS) s'est emparée de tout un peuple. Malgré une féroce répression et ses dizaines de morts, malgré la présence des Janjawid, ces soldats de sinistre mémoire pour leurs atrocités commises au Darfour, malgré l'instauration d'état d'urgence et le couvre-feu, les manifestants réclament toujours avec force le départ d'Al Bachir et des forces islamistes réactionnaires qui le soutiennent. «La révolution est le choix du peuple» scandent, jour et nuit, les manifestants devant le quartier général de l’armée symbole du pouvoir.

Le 11 avril 2019 Omar Al Bachir est destitué par l'armée : «J'annonce en tant que ministre de la

défense la chute du régime» disait le communiqué lu par le ministre de la défense le général Awad Ibn Awf (4). Un Conseil militaire de transition est mis en place présidé par le général Al Burhan. C'est une première étape de la révolution remportée par le peuple soudanais.

La deuxième a commencé le 17 août 2019 avec la constitution d'un Conseil souverain appelé à superviser «la transition démocratique». Ce Conseil est composé de 11 membres, 5militaires et 6 civils, dont deux femmes. Un nouveau gouvernement, 18 membres dont 4 femmes, est constitué un mois après et dirigé par un économiste Abdallah Hamdok.

Al Bachir est tombé mais son régime est toujours en place et les islamistes se tiennent en embuscade. Le ministère de l'intérieur et celui de la défense sont toujours entre les mains des militaires. La victoire n'est pas encore là et la lutte des classes se poursuit. La troisième étape de la révolution soudanaise reste donc à écrire.

 

Mais on ne peut parler de ces révoltes et de ces révolutions récurrentes sans évoquer le rôle majeur joué par les femmes. En première ligne, les femmes sont en quelque sorte l'avant garde de toutes les révoltes soudanaises. Leur combat pour la justice sociale et pour la démocratie ne date pas de la dernière révolte qui a emporté Omar Al Bachir. Sans remonter aux « kandakats», ces reines nubiennes du royaume de Kush qui ont combattu l'empire romain, elles ont toujours fait face courageusement à toutes les formes d'oppressions et d'humiliations. Ainsi sous l'occupation britannique par exemple, une femme, Khalida Zahir membre du parti communiste, seul parti à l'époque acceptant des femmes dans ses rangs, luttait à la fois contre le colonialisme et pour les droits des femmes. «Khalida Zahir fait partie des pionnières qui ont contribué à ouvrir la voie à des avancées comme cette loi de 1973 accordant un salaire égal pour un travail égal» (5).

Elle reste dans la mémoire des soudanais comme une grande figure de résistance à toutes les oppressions. Aujourd'hui encore, l'une des icônes de ceprocessus révolutionnaire est une femme, Alaa Salah. Elle a impressionné les masses de Khartoum par son courage, sa ténacité et par son charisme. Hissée sur le toit d'une voiture chantant la révolution et appelant au soulèvement une foule déchaînée qui lui répond à son tour « Thawrat !» Révolution ! (6).

 

Cette présence massive des femmes dans toutes les révolutions soudanaises s'explique dans une large mesure par leurs conditions sociales proches de l'esclavage. Les femmes subissent une double violence : l'exploitation de classe et l'oppression de genre.

Ainsi «les femmes ont été employées à titre gratuit par les hommes dans les maisons. Ce travail domestique prenait – et prend toujours – de multiples formes, et faisait peser sur elles de nombreuses responsabilités, comme celle d’amener l’eau ou le bois de chauffage, de le ramener sur de longues distances. C’est toujours le cas dans les villages et camps de réfugiés, où elles continuent à fournir la nourriture, les moyens de subsistance, à travailler dans les fermes et sur les terres qui appartiennent aux hommes» (7).

Quant à leur instruction, elle était réduite dans le meilleur des cas, à quelques préceptes religieux dispensés par des écoles coraniques ou d'évangélisation chrétienne. La colonisation britannique n'a pas bouleversé les structures archaïques de la société soudanaise et les efforts de Babiker Badri pour un enseignement public et laïc sont restés très limités.

L'islamisation de la société imposée par les dictateurs Gaafar Nimeiry en 1983 renforcée par Omar Al Bachir à partir de 1989 influencés par des extrémistes religieux ont ôté aux femmes le peu de droits qu'elles avaient arrachés durant les courtes périodes démocratiques. Les lois d'Omar Al Bachir, en plus des châtiments corporels, limitent les déplacements des femmes et leur présence dans l'espace public. Elles sont réduites pour ainsi dire à leur corps devenu enjeu politique, un corps qu'il faut pourtant cacher et dissimuler. Une de ces lois oblige par exemple les femmes «de porter le hijab dans les écoles et universités et impose aussi des règles relatives aux vêtements, à l’apparence, aux comportements. Elle punit la possession de tout matériel à caractère sexuel (comme les préservatifs), et interdit toute publication ou partage de contenu (par exemple dans des expositions ou pièces de théâtre) qui serait passible d’ « outrage aux mœurs» » (8).

Si les femmes soudanaises sont en première ligne, c'est aussi parce qu'elles sont les premières victimes de toutes les oppressions. Elles ont bien compris qu'elles n'ont rien à perdre à part leurs conditions proches de l'esclavage.

 

Les révoltes et les révolutions à répétition des soudanais, hommes et femmes, montrent à quel point leur soif de justice sociale, de démocratie et de dignité est insatiable. Leur victoire là-bas c'est aussi la notre ici. Le combat contre toutes les oppressions n'a pas de frontière.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)http://www.afrique-asie.fr/561-2/

(2)https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Mohamed_Taha

Voir également le livre de Taha « L'islam à vocation libératrice » publié chez l'Harmattan en 2002 préfacé par Samir Amin.

(3)https://news.un.org/fr/story/2009/03/152002-la-cpi-inculpe-le-president-soudanais-pour-crimes-contre-lhumanite-au-darfour

(4)https://www.jeuneafrique.com/761484/politique/soudan-omar-el-bechir-destitue-par-larmee/

(5)https://www.ulyces.co/longs-formats/comment-les-femmes-soudanaises-changent-le-futur-de-leur-pays-soudan-revolution/

(6)https://www.youtube.com/watch?v=khbdwd_HgJE

(7)https://blogs.mediapart.fr/sudfa/blog/040519/les-combats-des-femmes-soudanaises

(8)https://blogs.mediapart.fr/sudfa/blog/040519/les-combats-des-femmes-soudanaises

 

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2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 15:22

Le 30 septembre 2021, Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, a été condamné à une année de prison ferme pour "financement illégal de campagne électorale". C'est le maximum prévu par la loi ! Rappelons que Nicolas Sarkozy a déjà été condamné en première instance le 1er mars 2021 pour "corruption et trafic d'influence» à trois ans de prison dont un ferme dans le cadre «des écoutes de Paul Bismuth". En sept mois seulement, l'ancien président de la République a été condamné deux fois à de la prison ferme dans deux affaires différentes. C'est historique ! Plusieurs autres affaires attendent encore Nicolas Sarkozy devant les tribunaux. En même temps, l'ancien chef de l'Etat a reçu d'innombrables soutiens y compris du pouvoir en place. Car dans cette république bourgeoise que certains qualifient " d'exemplaire" et "d'irréprochable", plus on est condamné pour affaires de corruption et plus on est soutenu ! On peut même gagner les élections tout en étant un homme politique corrompu jusqu'à la moelle comme ce fut le cas d'Alain Juppé ou de Patrick Balkany par exemple. Car la corruption, les scandales financiers, l'évasion fiscale, les privilèges et autres affaires, sont intimement liés au fonctionnement même du système capitaliste qui les produit et reproduit de manière permanente.

 

La condamnation à deux reprises de Sarkozy n'est que l'arbre qui cache la forêt. Le nombre d'hommes politiques impliqués, à un degré ou à un autre, dans les affaires est impressionnant. Il est tout simplement impossible d'établir une quelconque liste exhaustive des scandales politico-financiers qui secouent régulièrement tous les échelons de l'Etat. Sans remonter jusqu'aux diamants centrafricains de Giscard, on peut citer à titre d'exemples seulement quelques noms de dirigeants politiques empêtrés, à un titre ou à un autre, dans des affaires : Alain Carignon, Alain Juppé, Jérôme Cahuzac, Patrick Balkany, Claude Guéant, Serge Dassault,Thomas Thévenoud, François de Rugy, Richard Ferrand, Jean-Paul Delevoye, Charles Pasqua, François Léotard, François Fillon, Jacques Chirac etc. etc. Il ne s'agit là que de quelques exemples qui ne doivent pas masquer le caractère récurrent et structurel de la corruption qui règne dans les plus hautes sphères de l’État. Les institutions de cette république bourgeoise non seulement sont complices de ces agissements, mais permettent et favorisent la multiplication des opportunités de corruption et des scandales en tout genre. Et toutes les déclarations et les gesticulations autour de "la moralisation de la vie publique", de "la nécessité d’une lutte implacable contre les dérives de l’argent, de la cupidité et de la finance occulte", de "la transparence de la vie publique", de "la lutte contre la grande délinquance économique et financière" etc. ne sont que des mensonges pour leurrer et endormir les citoyens (1).

Même lorsqu'ils sont condamnés, les puissants ne sont pour ainsi dire (presque) jamais incarcérés. Les lois sont faites de manière telle qu'ils arrivent à échapper à la prison. Il faut dire aussi que parfois ceux qui les écrivent ou sont censés veiller à leur application sont les mêmes qui les détournent. Ainsi, Nicolas Sarkozy, Françis Fillon, Jérome Cahuzac par exemple, tous condamnés à de la prison ferme, n'ont pas été incarcérés. Ajoutons que malgré toutes les preuves apportées par les enquêtes journalistiques ou par le Consortium international des journalistes d’investigation sur la fraude et l'évasion fiscale publiés depuis 2013 comme (Offshore Leaks (2013), Lux Leaks (2014), Panama Papers (2014), Bahama Leaks (2016), Football Leaks (2016), Money Island (2017), Malta Files (2017), Paradise Papers (2017), Dubaï Papers (2018), FinCEN Files (2020), OpenLux (2021) Pandora Papers (20121), les hommes politiqués concernés comme Jean-Marie Le Pen(2)... Dominique Strauss-Kahn, entre autres, restent intouchables. Alors que les paradis fiscaux continuent à prospérer un peu partout dans le monde à la grande satisfaction des puissants, Nicolas Sarkozy, ironie de l'histoire, nous disait en 2009 " il n' y a plus de paradis fiscaux " et "Nous avons mis fin au scandale des paradis fiscaux" (2) !

 

 

On peut adopter les lois que l’on veut contre la corruption, l'évasion fiscale, les affaires et les privilèges, mener toutes les enquêtes possibles, on peut même diminuer et limiter leur importance, mais on ne peut pas les éliminer. Car leur existence et celle du capitalisme sont tellement imbriquées l’une dans l’autre que l’on ne peut supprimer l’une sans éliminer l’autre. Les lois et les mesures prises pour lutter contre la corruption ne sont que des paravents derrière lesquels la bourgeoisie dissimule ses forfaits. Le problème n’est donc pas l’existence de la corruption, des scandales financiers, des affaires et autres privilèges, mais celle du capitalisme qui les engendre. Il y a eu dans le passé des scandales, il y a aujourd’hui des scandales et il y aura dans l’avenir d’autres scandales tant que ce système existe. Le véritable scandale, c’est le capitalisme lui-même.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.elysee.fr/francois-hollande/2013/04/10/declaration-de-m-francois-hollande-president-de-la-republique-sur-les-decisions-prises-par-le-gouvernement-en-matiere-de-moralisation-de-la-vie-politique-et-de-lutte-contre-la-fraude-fiscale-a-paris-le-10-avril-2013

(2)https://www.lopinion.fr/video/actu/quand-nicolas-sarkozy-se-felicitait-en-2009-fin-paradis-fiscaux-10013

 

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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 05:58

«Jamais en France un prisonnier politique n’a été détenu aussi longtemps que

Georges Ibrahim Abdallah». Jean-Louis Chalanset. *

 

Georges Ibrahim Abdallah est un militant communiste né au Liban le 2 avril 1951 dans une famille maronite (1). Georges a grandi dans ce pays tourmenté, frontalier d'Israël. Cette proximité est source de conflits et de malheurs pour le Liban et sa population. Israël est un État créé et élevé sur les terres d'un autre peuple.Transformé en exilé et en réfugié, le peuple palestinien est réduit à errer à travers le monde et à survivre dans des camps de concentration sous des tentes. Une partie importante de ces réfugiés s'est installée sur la côte libanaise de Tyr à Beyrout après La Nakba (désastre, catastrophe) de 1948. Mais l’État hébreux ne se contente pas d'arracher le peuple palestinien à sa terre, il le poursuit partout où il peut se trouver. C'est ainsi qu'il a attaqué les camps de réfugiés en 1972 et envahi le sud Liban en 1978 ainsi que Beyrouth en 1982 (2). Ben Gourion ne disait-il pas qu’il fallait «attaquer sur tout le front et non seulement à l’intérieur de l’Etat d’Israël ou aux frontières de la Palestine, mais de rechercher l’ennemi et de l’écraser partout où il peut être» (3). Le destin de Georges Ibrahim Abdallah est intimement lié à la Palestine et aux souffrances de son peuple. Sa trajectoire politique est totalement déterminée par la tragédie du peuple palestinien.

 

Nationaliste et progressiste arabe, Georges Ibrahim Abdallah milite d'abord dans le Parti national social syrien (PNSS), composante importante du Mouvement national libanais dirigé par Kamal Joumblatt. Communiste, il rejoint les rangs du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) crée en 1967 par Georges Habache dont il était proche. L'accord du Caire de 1969 donnait à la Résistance palestinienne le droit d'attaquer Israël à partir du Sud-Liban. Georges Ibrahim Abdallah est d'ailleurs blessé lors de l'invasion par l'armée israélienne de cette partie du Liban en 1978 (opération Litani). En juin 1982 alors que le pays est en pleine guerre civile, Israël, avec la complicité de Washington et des phalanges chrétiennes libanaises, envahit à nouveau le Liban et assiège Beyrouth-Ouest où la résistance palestinienne et toute la gauche libanaise combattaient côte à côte leur ennemi commun Israël. Rappelons que cette violation des frontières d'un État souverain a été condamnée par l'ONU (4).

 

Le jeudi 16 septembre 1982 les milices phalangistes pénètrent, avec l’aide de l’armée israélienne, les camps de réfugiés palestiniens Sabra et Chatila de Beyrout-Ouest. Les mots et les images ne peuvent décrire réellement ce qui s’est passé dans les deux camps durant les nuits de jeudi à vendredi et de vendredi à samedi (5). Selon les sources, le nombre de victimes civiles palestiniennes atrocement mutilées et massacrées dans ces deux camps varie entre 700 et 3500 morts. L'intervention militaire israélienne au Liban proprement dite (Paix en Galilée) a fait 20 000 morts civils libanais et palestiniens (6). Ni Israël, ni les phalanges chrétiennes responsables de cette moderne barbarie n'ont été condamnés bien évidemment.

 

C'est dans ce contexte qu'il faut situer l'action des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL) et d'autres organisations palestiniennes qui ont décidé de frapper les intérêts sionistes et américains partout à travers le monde. Effectivement en janvier 1982 les FARL, dont la justice française soupçonne Georges Ibrahim Abdallah d'en être le dirigeant, revendiquent l'assassinat de Charles Robert Ray attaché militaire adjoint à l'ambassade américaine à Paris et membre de la CIA. En avril de la même année, elles revendiquent un deuxième attentat.Yvan Barsimantov, agent du Mossad et secrétaire adjoint à l’ambassade d’Israël à Paris, tombait lui aussi sous les balles des FARL : «Nous, Fraction Armée Révolutionnaire Libanaise, nous nous adressons à tous ceux qui condamnent la terreur et le terrorisme, à tous ceux qui militent pour l’abolition de la société d’exploitation et de guerre. Nous avons exécuté YACOV BARSIMANTOV. Nous, nous attaquons ceux qui organisent le génocide du peuple Palestinien. Nous, nous sauvegardons la vie des innocents même au péril de notre propre sécurité» (7). Selon le journal libanais Al Akhbar, l'exécution d'Yvan Barsimantov est le fait de Jacqueline Esber, alias «Camarade Rima» militante communiste des FARL décédée en novembre 2016 au Liban à l'âge de 57 ans (8).

 

Le 24 octobre 1984, Georges Ibrahim Abdallah est arrêté pour détention de faux papiers d'identité, un passeport délivré légalement par les autorités algériennes. Selon Jacques Attali, Georges Ibrahim Abdallah « n’est inculpé que de faux et usage de faux. Il dispose d’un vrai-faux passeport algérien» (9). Aujourd'hui Georges Ibrahim Abdallah est toujours en prison. Il est devenu le plus vieux prisonnier politique d'Europe. Son procès a connu de multiples rebondissements et plusieurs chefs d'accusation. Finalement la justice française le condamne en 1987 à perpétuité pour complicité dans les assassinats en 1982 de deux diplomates agents de la CIA et du Mossad.

 

Dans un premier temps Georges Ibrahim Abdallah était défendu par Me. Jean-Paul Mazurier qui a publié avec Laurent Gally, journaliste à Libération, un livre où il reconnaît qu'il travaillait aussi pour les renseignements français (10) ! Toutes les demandes de libération conditionnelle formulées par Georges Ibrahim Abdallah , neuf au total, ont été rejetées alors qu'il était libérable depuis 1999 selon le code pénal français qui rend cette libération possible après quinze ans de détention. Les gouvernements américain et israélien s'opposent farouchement à sa libération. Les États-Unis par exemple, non seulement exercent une pression directe sur le gouvernement français, mais se sont constitués également partie civile dans le procès, phénomène rare dans les annales de la justice. Même l'ancien directeur de la DST Yves Bonnet, qui a participé aux négociations pour libérer Gilles Sidney Peyrolles fils de l'écrivain Gilles Perrault enlevé par les FARL au Liban en échange de la libération de Georges Ibrahim Abdallah, trouve « (...) anormal et scandaleux de maintenir encore Georges Ibrahim Abdallah en prison. Je considère qu'il avait le droit de revendiquer les actes commis par les FARL comme des actes de résistance. Après on peut ne pas être d'accord, c'est un autre débat. Mais il faut se souvenir du contexte, aussi, des massacres de Sabra et Chatila dont les coupables n'ont jamais été punis» (11). Précisons que dans cette affaire de tractations menée par Yves Bonnet, seul Gilles Sidney Peyrolles a été libéré. Georges Ibrahim Abdallah, lui, est toujours en prison. Rien ne peut se faire sans le consentement du pouvoir politique. C'est une justice totalement dépendante du gouvernement, servile serviteur des intérêts de la classe dominante. La séparation des pouvoirs, chère à Montesquieu, reste une chimère dans la démocratie bourgeoise. Le cas de Georges Ibrahim Abdallah est une preuve vivante de cette imbrication des pouvoirs judiciaire et exécutif entre les mains de la classe dominante. Le procès de Georges Ibrahim Abdallah ainsi que son destin se jouent davantage au palais de l’Élysée que dans le palais de justice. Car il ne s'agit pas d'un procès judiciaire mais politique !

 

Georges Ibrahim Abdallah est un prisonnier politique. Il n'a jamais renié ses convictions communistes et internationalistes ni son combat contre le sionisme et l'impérialisme américain (12). Et ce sont justement ces convictions et ce combat que les États-Unis, Israël et la France s'acharnent à briser en maintenant arbitrairement en détention un homme qui leur tient tête. Selon les mots mêmes de Georges Kiejman avocat des Etats-Unis dans ce procès, « Georges Ibrahim Abdallah, c'est quelqu'un de très digne, mais qui se présente aujourd'hui encore comme un militant prêt à reprendre le combat politique» (13). A travers Georges Ibrahim Abdallah c'est en réalité la résistance à Israël que l'on condamne. Georges Ibrahim Abdallah n'est pas condamné selon les règles du droit, il est séquestré par un État dont la soumission aux intérêts sionistes n'est plus à démontrer. Pour la bourgeoisie française et ses gouvernements successifs, le marxiste Georges Ibrahim Abdallah doit mourir en prison.

 

Les bourgeoisies occidentales sont complices des régimes locaux d'un autre âge qui répriment, pourchassent, emprisonnent et parfois assassinent les militants progressistes et à fortiori communistes dans le monde arabe. Rappelons que ce sont ces mêmes bourgeoisies qui ont sauvé ces régimes de l'effondrement lors des soulèvements populaires de 2011.Voir fleurir des idées laïques dans cette région tourmentée du monde leur est insupportable. Mais en condamnant toutes les voies et toutes les issues progressistes, les bourgeoisies occidentales ont ouvert la boîte de Pandore libérant des monstres qui essaiment et sèment la mort un peu partout dans le monde. Elles s’accommodent davantage avec les idées réactionnaires et obscurantistes qu'avec celles du progrès et des lumières. En plantant une lame au cœur du monde arabe c'est à dire un État au dessus des autres et qui viole au quotidien le droit international, les bourgeoisies occidentales ont en même temps créé sans le vouloir la résistance laïque et progressiste non seulement en Palestine mais aussi dans tout le monde arabe. Cette situation leur est intolérable et inacceptable. Il faut donc soutenir les régimes les plus rétrogrades pour dresser un rempart conte toute résistance communiste ou tout simplement progressiste aussi minime soit-elle. Georges Ibrahim Abdallah fait partie de ces générations de militants marxistes qu'il faut partout traquer, arrêter et emprisonner même si la menace qu'elles représentent est plus que surestimée. Mais l'ennemi matérialiste fait toujours peur !

 

Il faut sauver Georges Ibrahim Abdallah des griffes de cette classe toujours prompte à accorder son pardon à des hommes politiques qui ont servi ses intérêts. Le cas, parmi tant d'autres, de Maurice Papon est éloquent à cet égard. Rappelons pour mémoire que cet homme est responsable, avec la complicité de l’État français, du massacre de plusieurs dizaines d'algériens en octobre 1961 (14), de celui de Charonne en février 1962 et condamné en 1998 à 10 ans de réclusion criminelle pour «complicité de crimes contre l'humanité» pour avoir organisé l'arrestation et la déportation de 1560 juifs (15). Maurice Papon n'a finalement passé qu' à peine trois ans en prison. Il est mort paisiblement pendant son sommeil en 2007. Georges Ibrahim Abdallah, lui, doit rester et mourir en prison. Seule une lutte organisée et efficace peut renverser le rapport de force et le sauver de cette lente mort carcérale à laquelle l'a condamné cette classe hideuse . Il faut populariser son combat ainsi que celui des collectifs qui le soutiennent et qui se trouvent aujourd'hui aux quatre coins du monde. Il faut partout dénoncer cette injustice et exiger la libération de Georges Ibrahim Abdallah. La bourgeoisie française qui espère le voir mourir en prison, doit comprendre que «les révolutionnaires ne meurent Jamais».

 

Mohamed Belaali

 

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* http://blog.mondediplo.net/2013-10-23-Georges-Ibrahim-Abdallah-trentieme-annee-dans-les

 

 

 

(1)Les maronites sont des chrétiens d'orient. Ils constituent la plus importante communauté chrétienne du Liban. L’Eglise maronite naît au IVe siècle sous l’impulsion de Saint Maron.

Voir :http://www.lesclesdumoyenorient.com/Le-Liban-chretien-Bref-historique.html

(2)http://www.un.org/french/Depts/palestine/history4.shtml

(3)Ben Gourion, Rebirth and destiney of Israël. Cité par Lotfallah Soliman dans « Pour une histoire profane de la Palestine ». La Découverte, p. 120.

(4)http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=S/RES/508%281982%29

(5)Voir Jean Genet, «Quatre heures à Chatila» dans « L’ennemi déclaré ». Textes et entretiens. 
Gallimard. Page 243.

(6)http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/DA_SILVA/47661

(7)http://liberonsgeorges.samizdat.net/non-classe/communique-execution-yacov-barsimantov-farl-fraction-armee-revolutionn-2/

(8)http://www.al-akhbar.com/taxonomy/term/6219

(9)Jacques Attali, Verbatim, tome l. Deuxième partie Chronique des années 1983-1986, Fayard,

Paris, 1993, p. 1 180.

(10)«L’Agent noir. Une Taupe dans l’Affaire Abdallah», Robert Laffont, Paris, 1986.

http://www.ina.fr/video/CPB87005104

(11)http://www.ladepeche.fr/article/2012/01/07/1255561-yves-bonnet-raconte-les-dessous-de-l-affaire-abdallah.html

(12)http://liberonsgeorges.samizdat.net/category/ses-declarations/

(13)http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/10/25/georges-ibrahim-abdallah-le-plus-vieux-prisonnier-politique-d-europe_3502926_3224.html

(14)Jean-Luc Einaudi «La bataille de Paris, 17 octobre 1961». Éditions du Seuil, 1991.

https://www.youtube.com/watch?v=0D6MAtV2jkI&feature=youtu.be

(15)http://www.humanite.fr/bordeaux-les-oublis-de-maurice-papon-qui-deporta-1-560-juifs-dun-trait-de-plume-548186

 

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 06:31

 

Il y a 60 ans jour pour jour, l'Etat français à travers sa police, massacrait en plein Paris des centaines de travailleurs algériens qui manifestaient dignement et pacifiquemnt contre le couvre-feu raciste qu'on leur imposait. "Il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s'abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement entre 20 h 30 et 5 h 30 du matin" écrivait Maurice Papon Préfet de police de Paris. Les ouvriers algériens et leurs familles ont décidé de manifester. La police a tiré sur la foule. Beaucoup de ces travailleurs ont été brutalement jetés dans la Seine qui des jours durant a charrié leurs cadavres. Des manifestants blessés ont été emmenés sans ménagement au Palais des sports et au Stade Pierre-de-Coubertin comme au Stade de Santiago de Chili en 1973 où l'on entassait les opposants au général Pinochet.

17 octobre 1961, c'est peut-être le plus grand massacre d'ouvriers après la Commune de Paris.

Un lourd silence s'est alors abattu sur ce crime d'Etat. Livres, témoignages, films, reportages, documents historiques, dossiers de presse, accès aux archives etc. pendant des décennies ont été saisis et interdits. La mémoire du 17 octobre a été occultée. Il faut peut-être beaucoup de temps pour que la bourgeoisie française, responsable de ce massacre, ose montrer son visage hideux. Comme disait Frantz Fanon dans Les Dannés de la terre, cette bourgeoisie qui aime tant parler de l'homme, des droits de l'homme,"tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde".

 

Mohamed Belaali

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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 05:42

 

Il y a cinquante quatre ans jour pour jour, le Che a été exécuté à la Higuera le 9 octobre 1967 par l'armée bolivienne encadrée par la CIA.

 

Pour l'impérialisme yankee, Guevara était devenu l'homme à abattre. Non seulement il représentait un danger pour les intérêts de la bourgeoisie américaine parce que la révolution a triomphé à Cuba à moins de 150 km des Etats-Unis, mais aussi et surtout parce que son combat contre l'impérialisme était total, planétaire.

 

Le Che a bien compris que l'impérialisme, stade suprême du capitalisme, était le véritable ennemi des peuples. Combattre l'impérialisme partout à travers le monde était pour lui «le plus sacré des devoirs» (1) .

 

Ernesto Che Guevara était persuadé que la défaite de l'impérialisme américain passait nécessairement par le triomphe de la révolution mondiale. La victoire ne sera jamais complète tant que d'autres peuples restent soumis à la domination impérialiste.

 

Le Che ne se contentait pas de théoriser la lutte. Il a mené personnellement, les armes à la main, des combats aussi héroïques que désespérés contre l'impérialisme et le colonialisme dans la Sierra Maestra cubaine, dans le maquis congolais ou encore dans la forêt et les montagnes boliviennes. La pratique et la théorie pour le Che étaient étroitement liées et tellement imbriquées l'une dans l'autre qu'elles ne formaient qu'un tout inséparable. Sa vie, brève mais intense, se confondait avec ses idées. Il a été jusqu'au bout de ses convictions révolutionnaires,«dans une révolution on triomphe ou on meurt (si elle est véritable)» disait-il (2).

 

Aujourd'hui l'impérialisme américain contre lequel s'est élevé le Che, les armes à la main, sème encore la terreur et la désolation à travers le monde. C'est ce même impérialisme qui menace d'attaquer le Venezuela et l'Iran comme il a attaqué hier l'Afghanistan, la Yougoslavie, l'Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen etc.

 

Le Che est mort, mais pour celles et ceux qui luttent, son souvenir restera «enfoui tel un trésor dans la partie la plus profonde, la plus secrète et la plus riche de leur être, réchauffant leur courage, attisant leur énergie» (3).

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1)«En los nuevos campos de batalla llevaré la fe que me inculcaste, el espíritu revolucionario de mi pueblo, la sensación de cumplir con el más sagrado de los deberes: luchar contra el imperialismo dondequiera que esté: esto reconforta y cura con creces cualquier desgarradura».

http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/1965/esp/f031

(2)Pierre Kalfon « Che Ernesto Guevara, une légende du siècle » p.403.

(3)Ahmed Ben Bella premier président de l'Algérie indépendante. Le Monde diplomatique, octobre 1997.

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30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 16:37

Après leVietnam, l'Irak et la Syrie, l'impérialisme américain vient de subir à la veille du vingtième anniversaire des attentats du World Trade Center une humiliante défaite en Afghanistan. Les images des derniers GI quittant dans la précipitation l'aéroport de Kaboul font penser immédiatement au Vietnam. Les mêmes scènes de sauve-qui-peut et de chaos ressemblent étrangement à l'évacuation en catastrophe de Saïgon en avril 1975. La comparaison s'arrête là. L'Afghanistan n'est pas le Vietam et les talibans religieux n'ont rien de commun avec les communistes vietnamiens. Mais dans les deux cas il s'agit d'une défaite impérialiste avec des conséquences géostratégiques très différentes. Cette débacle vient confirmer le lent déclin de l'hégémonie des Etats-Unis dans le monde. Mais pour sauvegarder, vaille que vaille, leurs intérêts économiques et stratégiques, les Etats-Unis s'appuient non seulement sur les régimes les plus rétrogrades, les dictatures les plus féroces, mais aussi et de plus en plus sur des mouvements fondamentalistes et terroristes. En combattant partout les idées, les mouvements et les gouvernements progressites, les Etas-Unis ont ouvert la boîte de Pandore libérant ainsi des terroristes qui se répandent un peu partout à traves le monde avec toutes les conséquences dramatiques que l'on connaît.

 

L'ironie de l'histoire, ce sont quand même les américains et leurs alliés locaux comme le Pakistan et l'Arabie Saoudite qui ont créé, financé, armé et entraîné les Moudjahidins de la liberté qu'on appelle aujourd'hui les talibans ! Les Etats-Unis avaient besoin de ces combattants fanatisés pour renverser le gouvernement pro-soviétique installé à Kaboul. En effet, en juillet 1979, le président américain Jimmy Carter décide d'apporter une assistance clandestine aux opposants religieux du régime communiste afghan. En septembre 1979, le Président de la République Démocratique d'Afghanistan Mohammed Taraki pro-soviétique est renversé. L'Union soviétique intervient alors militairement en décembre de la même année pour maintenir, vaille que vaille, le gouvernement afghan sous son influence. Pour combattre les troupes soviétiques présentes sur le sol Afghan, Washington avait besoin du Pakistan : " Le Pakistan fut le préservatif dont les Américains avaient besoin pour pénétrer en Afghanistan" disait un général pakistanais à la retraite (1).

 

Rappelons pour mémoire, que c'est le Général Zia Ul-Haq qui a renversé en juillet 1977, avec le soutien décisif des américains, le gouvernement démocratiquement élu d'Ali Bhutto le père de Benazir Bhutto. Pour asseoir son pouvoir et mater toute opposition laïque, le général dictateur instrumentalise l'Islam : "Le nouveau régime avait décidé d'utiliser l'Islam comme machine de guerre". Des Madrassas (écoles coraniques) fleurissaient alors un peu partout au Pakistan avec l'aide financière saoudienne. En plus de la formation religieuse, on apprenait à ces talibans (étudiants) le maniement des armes et les techniques de la guérilla (2). Il s'agit en fait de centres d'endoctrinement gérés et contrôlés par les fameux services secrets pakistanais ISI (Inter-Services Intelligence). De ces écoles religieuses naquirent des dizaines de milliers de fanatiques prêts à tous les sacrifices. Ces étudiants en théologie sont envoyés par la suite de l'autre côté de la frontière, en Afghanistan. Les talibans sont ainsi devenus, par la grâce des dollars américains et des pétrodollars saoudiens, les "moudjahidins de la liberté" qui allaient mener le djihad (la guerre sainte) contre les "communistes" afghans et leur protecteur soviètique. Dans son interview accordée au Nouvel Observateur, le chef de la sécurité nationale de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski déclarait qu'il ne regrettait pas d'avoir utilisé les terroristes contre les soviétiques :

- "Vous ne regrettez pas non plus d’avoir favorisé l’intégrisme islamiste, d’avoir donné des armes, des conseils à de futurs terroristes?"

- Zbigniew Brzezinski : "Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide?" (3)

 

Rappelons également que pendant la guerre contre l'Union soviétique, le dictateur pakistanais

Zia-ul-Haq (1924-1988) et ses services de renseignements ont demandé à l'Arabie Saoudite de dépêcher un membre de la famille royale pour superviser la "guerre sainte". Faute de pouvoir trouver un émir, c'est Oussama Ben Laden, fondateur d'Al Qaïda, qui fut envoyé ! Al Qaïda est née de la guerre contre les soviètiques en Afghanistan.

 

L'armée soviétique a quitté définitivement l'Afghanistan en 1989. Dix ans de guerre dans ce pays ont contribué à l'effondrement de l'URSS à la grande satisfaction des Etats-Unis. C'était là justement le but principal de leurs interventions dans ce pays comme le disait clairement Zbigniew Brzezinski.

Les talibans sont entrés à Kaboul en avril 1996. Le mollah Omar (beau-père de Ben Laden) prend le pouvoir et le dernier président de la République Démocratique d'Afghanistan, le docteur Najibullah prosoviétique est pendu par les talibans en septembre de la même année. Il est clair que les talibans n'auraient jamais pu s'emparer de l'Afghanistan sans les Etats-Unis et le Pakistan.

 

De 1996 à 2001, les talibans ont installé en Afghanistan un régime de terreur où la moindre contestation était sauvagement réprimée :"Hors des rangs de l’armée, toute forme de dissidence était brutalement réprimée par une politique de terreur sans précédent dans l’histoire afghane. Le credo des talibans est une variante de l’islam de l’école deobandi (du nom de la ville de Deoband en Inde) qui est professé au Pakistan par un courant sectaire et encore plus extrémiste que le wahabbisme, puisque même le régime saoudien n’a pas privé la moitié de sa population de tout droit civique au nom du Coran" (4). Ils ont interdit aux femmes d'aller à l'école, de travailler, de faire des courses, bref elles étaient tout simplement exclues de presque toutes les activités sociales.

 

Mais ce régime n'a soulevé aucune indignation, ni aucune protestation de la part des américains ni des occidentaux en général tant qu'il servait leurs intérêts. Il faut dire que les Etats-Unis, en plus de combattre l'URSS, avaient un ambitieux projet de 10 milliards de dollars dans la région : construire un gazoduc à travers l’Afghanistan, le Turkménistan et le Pakistan. Le groupe pétrolier californien Unocal devrait superviser l'opération (5). Les talibans, de leur côté avaient leurs propres objectifs, construire une fédération islamique de Samarkand à Karachi. Ils espéraient également " avoir accès à la mer et ne font pas mystère de leur conviction que le Pakistan et son arsenal nucléaire tomberont un jour entre leurs mains" (6). Leurs relations avec les dirigeants d'Al Quaïda se sont renforcées au point qu'en 1998 Ben Laden lance une Fatwa depuis l'Afghanistan légitimant les attaques contre les intérêts et les ressortissants américains (7).

Le 11 septembre 2001, les tours du World Trade Center de New York ont été détruites par des terroristes majoritairement saoudiens comme Ben Laden, faisant près de 3 000 victimes civiles. Quelque semaines après, les Etat-Unis ont utilisé cette tragédie comme prétexte pour envahir l'Afghanistan au prix quand même de milliers de morts (8).

Le gouvernement taliban a été renversé. Un nouveau gouvernement intérimaire est installé à Kaboul sous la houlette des américains. Hamid Karzai, ancien consultant pour le compte d'Unocal lors des négociations sur le gazoduc, est désigné chef de l'exécutif. "Le comportement d'une nouvelle élite regroupée autour de Karzaï et des forces d'occupation, qui s'est spécialisée dans l'écrémage de l'aide étrangère pour créer ses propres réseaux criminels de corruption et de clientélisme, alimente également le ressentiment. Les corruptions de cette couche se développent chaque mois comme une tumeur non traitée" écrivait Tariq Ali dans " Afghanistan : le mirage de la bonne guerre " (9).

 

Rappelons qu'en mars 2003 c'est-à-dire moins de deux ans après l'invasion de l'Afghanistan, l'armée américaine a franchi les frontières irakiennes sous prétexte que Saddam Hussein possédait "des armes de destruction massive" et qu'il avait des liens avec Al Qaïda. Depuis cette invasion militaire, la population irakienne vit un long et interminable calvaire (10).

 

Pendant ce temps, les talibans se sont reconstitués au Pakistan et dans les montagnes afghanes. Ils vont se transformer progressivement en un véritable mouvement de guérilla, moderne et efficace. Les nouveaux talibans sont devenus aux yeux de la population le seul mouvement de libération. Ils étaient comme des poissons dans l'eau pour paraphraser Mao, contrairement à l'occupant américain et le gouvernement fantoche de Karzai. L'histoire nous enseigne que toutes les guerres coloniales se terminent par un échec.

 

De 2001 à 2021, l'invasion américaine de l'Afghanistan appelée Enduring Freedom (Liberté immuable) a fait des milliers et des milliers de morts, de blessés, de mutilés, de refugiés, de veuves, d'orphelins... Elle a provoqué de grands traumatismes et de souffrances humaines dans la population civile afghane (11). Dans son discours du 31 août 2021, Joe Biden a reconnu que les Etats-Unis ont dépensé 300 millions de dollars par jour pendant deux décennies pour soutenir cette guerre impérialiste (12).

L'objectif officiel de leur intervention, comme le souligne Joe Biden lui-même, était de combattre le terrorisme et de détruire Al Qaïda. Or, force est de constater que les organisations djihadistes n'ont jamais été aussi nombreuses qu'aujourd'hui ! En Afghanistan, les Etats-Unis ont combattu non pas le terrorisme, mais les gouvernements communistes et l'Union soviétique à l'aide des fanatiques religieux. Il ont finalement installé dans ce pays meurtri l'un des plus rétrogrades et des plus réactionnaires des régimes, celui des talibans.

 

L'histoire de l'impérialisme américain nous apprend que les Etats-Unis ont une longue tradition d'interventions militaires directes ou indirectes, d'ingérence politique dans les affaires des pays qui refusent de se soumettre à leur diktat et de soutien aux organisations religieuses fondamentalistes sous prétexte de la lutte contre le terrorisme, de la liberté, des droits de l'homme, de la démocratie etc. Les dirigeants américains ont ainsi dressé les fanatiques religieux contre Nasser en Egypte, contre Bhutto au Pakistan, massacré des communistes avec l'aide des milices islamistes en Indonésie, imposé un terrible embargo à Cuba, renversé le premier ministre démocratiquement élu Mohamed Mossadegh en Iran, Allendé au Chili, soutenu le coup d'État du général Videla en Argentine, détruit la Yougoslavie, écrasé les régimes laïcs en Irak et en Libye...etc. Il ne s'agit là que de quelques exemples parmi tant d'autres. Pour préserver leurs intérêts économiques et géostratégiques, l'impérialisme ne recule donc devant aucun moyen y compris la guerre, les coups d'Etat ou le soutien aux groupes religieux fanatiques.

Maintenant que les talibans sont confortablement installés dans le palais présidentiel de Kaboul, vont-ils devenir des alliés des américains et collaborer avec eux contre la Chine, la Russie et l'Iran, ou au contraire, vont-ils essayer de trouver un modus vivendi avec les pays voisins et instaurer une logique de paix et de coopération dans la région ? Seul l'avenir nous le dira.

 

Mohamed Belaali

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(1)https://www.lemonde.fr/archives/article/2001/09/19/attention-au-pakistan-par-tariq-ali_222616_1819218.html)

(2)Tariq Ali, " Le choc des intégrismes". Textuel,2002.

(3)https://www.monde-diplomatique.fr/2021/09/A/63447

(4)https://www.cairn.info/revue-mouvements-2002-1-page-105.html

(5)https://www.monde-diplomatique.fr/2002/01/ABRAMOVICI/8328

(6)https://www.cairn.info/revue-mouvements-2002-1-page-105.html

(7)https://www.monde-diplomatique.fr/2002/01/ABRAMOVICI/8328

(8)http://www.comw.org/pda/0201strangevic.html.

(9)https://newleftreview.org/issues/ii50/articles/tariq-ali-afghanistan-mirage-of-the-good-war

(10)https://www.belaali.com/article-les-ravages-de-la-guerre-imperialiste-en-irak-48981793.html

(11)https://apnews.com/article/middle-east-business-afghanistan-43d8f53b35e80ec18c130cd683e1a38f

(12)https://www.youtube.com/watch?v=ZwWD8xGiRVk

 

 

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11 septembre 2021 6 11 /09 /septembre /2021 06:31

Les Etats-Unis commémorent aujourd'hui la tragédie du 11 septembre 2001 qui a coûté la vie à 3000 victimes innocentes. Joe Biden va se rendre sur les trois lieux emblématiques des attaques terroristes survenues il y a vingt ans. Les médias du monde entier vont célébrer cet événement à la fois historique et médiatique. Des émissions spéciales, des reportages, des interviews, des témoignages vont alors se succéder tout au long de la journée et de la nuit. Mais ces mêmes médias vont passer sous silence ou presque un autre événement tout aussi historique et dramatique comme si les américains avaient le monopole et l'exclusivité de cette date. Il s'agit du 11 septembre 1973. S'il faut bien évidemment parler du 11 septembre 2001 et dénoncer le massacre des innocents, il faut aussi parler du 11 septembre 1973 et pointer du doigt le rôle décisif des américains dans le coup d'Etat du général Pinochet qui a installé l'une des plus féroces et des plus cruelles dictature au monde.

 

Mais on ne peut parler de la dictature de Pinochet sans évoquer le socialisme à la chilienne de Salvador Allende. Les deux hommes symbolisent deux modèles de société diamétralement opposés.

Allende était un révolutionnaire particulier. Il voulait réaliser le socialisme non pas par une révolution violente, mais d'une manière pacifique, par les urnes.

Le 3 novembre 1970, il gagne les élections et devient président de la République du Chili. Mais Salvador Allende n'est resté au pouvoir que trois ans. Il n'a pas pu réaliser "la voie chilienne vers le socialisme". En effet, le 11 septembre 1973, le général Augusto Pinochet, avec l'aide des Etats-Unis, met un terme par la violence à cette expérience du passage pacifique au socialisme. Le rêve "d'el compañero presidente" est écrasé par la force brutale de la junte militaire.

Le général Pinochet prend le pouvoir. La dictature militaire remplace le socialisme démocratique. Assassinats, exécutions sans sommation, torture ... sont devenus des pratiques quotidiennes. Les prisons et les commissariats sont débordés. Le Stade national de Santiago est transformé en centre de détention de masse. On y entasse des hommes et des femmes amenés des quartiers populaires par des bus et des camions militaires des semaines durant. C'est dans ce stade également que les militaires ont fait taire définitivement le chanteur Victor Jara : "Criblé de balles, les mains non pas tranchées mais broyées" écrivait sa femme dans "Victor Jara, un chant inachevé". La dictature a laissé derrière elle des milliers de morts, de disparus, d'exilés et de torturés.

 

Sur le plan économique, aidée par les "Chicago boys" disciples de Milton Friedman, la dictature a imposé une marchandisation de toutes les dimensions de la vie : la santé, l'éducation, l'électricité, l'eau, la mer, les communications etc. sont livrées au libre jeu du marché dominé par les multinationales américaines. Dictature, marché et capitalisme vont de pair.

 

Fidèle à ses convictions, Allende a préféré mourir dignement que de se rendre à la junte militaire. Dans ses derniers moments, il s'adresse à son peuple : "Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie (...) L’Histoire est à nous, c’est le Peuple qui la fait".

Le général Pinochet est mort paisiblement sur son lit d'hôpital militaire protégé par les Etats-Unis qui célèbrent aujourd'hui le 11 septembre...2001.

 

Mohamed Belaali

 

 

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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 10:28

 

Samedi après samedi, les manifestations contre le pass sanitaire se succèdent et se ressemblent. On dirait que c'est le Mouvement des Gilets jaunes qui se reproduit. Mais comme tout le monde le sait, l'histoire ne se répète pour ainsi dire jamais à l'identique. Si les ressemblances entre le mouvement actuel et celui des Gilets jaunes sont nombreuses, ils restent néanmoins profondément différents.

 

L'importance et l'originalité du Mouvement des Gilets jaunes résident d'abord dans son existence même. Il s'agit d'une immense colère contre la situation économique et sociale d'une large frange de la population. C'est une révolte contre cette politique de paupérisation ultra-libérale menée tambour battant par les gouvernements successifs. La radicalité du Mouvement n'est que le corollaire de la brutalité des politiques économiques et sociales imposées par la minorité d'exploiteurs à l'immense majorité de la population. C'est un rejet massif non seulement de ces politiques, mais aussi du président de la République serviteur zélé de la classe dominante. C'est une magnifique résistance à l'une des plus brutales et des plus féroces bourgeoisie au monde.

 

La révolte des Gilets jaunes conteste toute la politique du régime macronien alors que le mouvement anti-pass ne porte que sur un aspect de cette politique à savoir la politique sanitaire. Le combat des Gilets jaunes n'est pas seulement pour améliorer momentanément les conditions d’existence des travailleurs, des salariés, bref de tous les exploités pour rendre la société capitaliste supportable, mais de lutter pour une autre société : "Conscients que nous avons à combattre un système global, nous considérons qu'il faudra sortir du capitalisme" (1). Au-delà des revendications économiques légitimes, la lutte des Gilets jaunes est un combat politique de classe contre classse. "Macron démission" scandent les manifestants tous les samedis. Dès les premières manifestations, les Gilets jaunes sont allés crier leur colère et leur indignation sur les lieux même du pouvoir. "Emmanuel Macron oh tête de c. on vient te chercher chez toi" chantaient à pleins poumons les Gilets jaunes. Leur combat ne se limite donc pas seulement à des revendications immédiates mais s'attaque aussi aux conditions dans lesquelles les injustices de classe se reproduisent. Les Gilets jaunes ont compris que derrière cette injustice et cette dégradation générale des conditions de vie que subissent les classes populaires, se cache la classe des oppresseurs qui a hissé brutalement Macron à la tête de l'Etat. "Macron, robin des rois", "président des riches" ou encore "Rends l’ISF d’abord !" clament les Gilets jaunes.

 

Le combat des Gilets jaunes est donc à la fois économique, social et politique. Le Mouvement anti-pass, tout en s'opposant à l'autoritarisme de Macron, a mis en exergue parmi ses priorités une conception égoïste de la liberté. Point ici de justice sociale, de pauvres, de riches et de leur affrontement. "Liberté, liberté" scandent les manifestants. Il s'agit en fait de la liberté individuelle opposée à celle de la société.

Comme disait Marx c'est "la liberté de l'homme considéré comme monade isolée, repliée sur elle-même. (,,,) c'est-à-dire un individu séparé de la communauté, replié sur lui-même, uniquement préoccupé de son intérêt personnel et obéissant a son arbitraire privé.(...). Elle fait voir à chaque homme, dans un autre homme, non pas la réalisation, mais plutôt la limitation de sa liberté" (2)

Comme avec les Gilets jaunes, les directions syndicales ont assisté, encore une fois, en spectratrices au Mouvement anti-pass. Elles se sont contentées de dénoncer le pass sanitaire par des déclarations et des communiqués laissant le soin à leurs militants de participer à titre personnel aux manifestations. Toutefois, ici et là, des syndicalistes, des unions locales et des fédérations sont présents dans les manifestations avec leurs propres mots d'ordre : contre le pass sanitaire mais aussi la nécessité de la vaccination, de la levée des brevets ou encore les moyens pour l'hôpital public. Mais cela ne suffit évidemment pas à affronter l'extrême droite et les courants obscurantistes de tout genre revigorés par la crise du capitalisme et qui instrumentalisent la défiance, la peur et la colère d'une partie de la population contre la gestion irresponsable et criminelle de la pandémie par le gouvernement. A l'inverse du Mouvement des Gilets jaunes, certains leaders d'extrême droite comme François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan ou encore Florian Philippot ont rapidement et facilement pris leur place dans les manifestations actuelles.

La base des centrales syndicales doit lutter contre ses propres directions pour lui imposer un plan de bataille unitaire avec celles et ceux qui tous les samedis luttent non seulement contre le pass-sanitaire, les idées d'extrême droite, mais aussi contre la politique du pouvoir en place. Il faut que le mouvement ouvrier pèse de tout son poids et prenne la direction de ces manifestations afin de les orienter vers un combat politique et non seulement sanitaire.

 

Le Mouvement anti-pass ne semble pas, pour l'instant, inquièter outre mesure Macron contrairement aux Gilets jaunes qui ont osé défier son pouvoir quasi-monarchique et l'ont même, un moment, fait vaciller. Effrayés par ce soulèvement populaire, Macron et la classe dirigeante n'ont pas hésité à mener une véritable guerre contre les Gilets jaunes. Même l'armée a été appelée à la rescousse. Les Gilets jaunes sont probablement le Mouvement le plus réprimé dans l'histoire récente de la France :

  • 2 décès,

  • 24 éborgné·es,

  • 5 mains arrachées (3),

  • Des milliers de blessés,

  • Une violence judiciaire inédite. 

     

 

Le Mouvement des Gilets jaunes dépasse le cadre étroit des revendications spécifiques contrairement à celui des anti-pass. Il s'inscrit dans une perspective beaucoup plus large, celle d'un combat contre les injustices de classe et la misère sociale.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.giletsjaunes-coordination.fr/wp-content/uploads/2019/06/ada-appel-de-la-2e-assembleee-des-assembleees-des-gilets-Jaunes.pdf

(2)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1843/00/km18430001c.htm

(3)https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan

voir également l'étude menée auprès des CHU de France et publiée dans la revue scientifique «The Lancet» montre une forte hausse du nombre de personnes éborgnées avec les LBD depuis la révolte des Gilets jaunes : https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(19)31807-0/fulltext 

 

 

 

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