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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 09:50

Le Coronavirus a mis en lumière d'une manière éclatante les limites des sociétés capitalistes à faire face à la pandémie. Le cas de l'Europe et des États-Unis est un exemple éloquent à cet égard. Mais cette catastrophe sanitaire a mis surtout en exergue, plus encore qu'en temps ordinaire, la faillite du capitalisme; même si certains pays comme l'Allemagne ou la Corée du Sud ont mieux géré cette pandémie. Il ne s'agit là que de l'arbre qui cache la forêt. Car la gestion, pour le moins chaotique de cette crise, s'explique, in fine, davantage par cette recherche sans fin du profit que par l'incompétence et l'impréparation des dirigeants, même s'ils ont leur part de responsabilité. Les gouvernements ne sont, en dernière analyse, que des serviteurs zélés de la classe dominante, la bourgeoisie. En choisissant, en ces temps de pandémie, de sauver les bénéfices des entreprises au détriment de la santé et de la vie de la population, ces gouvernements sont tout à fait dans leur rôle de serviteurs des puissants. La santé n'est pour eux qu'une marchandise qui doit se vendre et s'acheter sur le marché des soins. Même l'hôpital public, lorsqu'il existe, n'échappe pas à cette logique marchande. Ce sont eux qui ont semé les graines de la mort en introduisant le virus du profit au cœur même du système de santé à travers des politiques d'austérité et de privatisations. Sans cette logique capitaliste criminelle, combien de vies humaines auraient pu être sauvées ?

 

Ainsi, dans un premier temps, le gouvernement britannique a tout simplement décidé de ne rien faire pour combattre le Covid-19. Selon l'approche officielle «il faudrait qu’environ 60 % de la population britannique contracte le virus pour qu’elle développe cette immunité collective permettant d’éviter de futures épidémies» (1). Boris Johnson comptait bel et bien au départ sur cette «immunité collective», sur ce laisser aller, laisser faire, cher aux libéraux, pour lutter contre le Coronavirus. Il ne fallait surtout pas perturber ou ralentir l'activité économique par des mesures strictes de confinement. C'est un choix criminel qui sacrifie ainsi une partie de la population pour permettre aux entreprises de produire et, partant, de réaliser des bénéfices. La presse rapporte que cette stratégie pourrait coûter la vie à 70 000 personnes de plus cette année (2).

A cela s'ajoute l'état de délabrement dans lequel se trouve le système public de santé qui, à l'évidence, ne pourrait faire face à la pandémie si l'afflux des malades devenait massif. Il n'est pas inutile de rappeler que cette situation déplorable du National Health Service (NHS) s'explique dans une large mesure par des années d'austérité des gouvernements successifs qui ont ainsi contribué à la dégradation de la santé des citoyens (3). Or derrière ces politiques se cachent les intérêts de la classe dirigeante. L'austérité consiste, pour simplifier au maximum, à réduire la part des dépenses publiques dans l’activité économique : baisse des budgets publics, privatisation des services publics, gel des salaires, suppressions des postes de fonctionnaires, baisse des impôts pour les plus riches etc. Elle est une parfaite illustration d'une politique entièrement au service des puissants.

Sous la pression des décès qui ne cessent d'augmenter dans la population, le gouvernement a fait marche arrière en renonçant à sa stratégie «d'immunité collective». En effet, Il a fallu attendre le 23 mars 2020 pour que le premier ministre accepte enfin le confinement de la population (4).

Entre temps, beaucoup d'hommes et de femmes ont perdu la vie sacrifiés sur l'autel du profit.

Ironie du sort, Boris Johnson atteint lui aussi par le Covid-19 a été admis en soins intensifs à l'hôpital public (5) qu'il a tant méprisé !

 

Aux États-Unis, Donald Trump faisait croire au départ que le Covid-19, qu'il appelait le virus chinois, n'allait pas toucher son pays malgré les avertissements des services de renseignements (6).

Aujourd'hui, les États-Unis sont devenus l'épicentre de l'épidémie avec des centaines de milliers de personnes contaminées et des milliers de morts (7).

La gestion de la pandémie dans ce pays se fait, malgré les spécificités locales, sur les mêmes bases idéologiques qu'au Royaume Uni : l'économie ou plus précisément le profit doit passer avant la santé et la vie des citoyens. Pour le milliardaire Trump, tant que le Covid-19 n'est pas encore source de profit, le virus ne fait que perturber l'activité économique dans son ensemble.

Aux États-Unis la santé est considérée comme un article de commerce qui s'achète et se vend sur le marché des soins. Le système obéit, pour l'essentiel, à cette logique marchande. La majorité des américains sont couverts par une assurance privée, le plus souvent proposée par les employeurs. La couverture maladie universelle est quasiment absente. Contrairement à la France, il n'existe donc pas de véritable service public de santé aux États-Unis. Conséquences, les chômeurs et les plus pauvres des américains, privés de toute protection, sont les premières victimes du virus (8).

On comprend pourquoi dans ces conditions, Trump et son administration redoutaient cette pandémie et ont réagi tardivement sacrifiant ainsi la vie d'une partie des patients. Ils savaient pertinemment que leur système de santé, tourné vers le privé, était incapable de faire face au Covid19. Mais ce que le gouvernement fédéral craint par dessus tout, c'est l'arrêt ou même le ralentissement de l'activité économique, source de profit pour les patrons : « Notre pays n’a pas été construit pour être fermé. Notre peuple est plein de vigueur, d’énergie, les gens ne veulent pas être enfermés dans une maison ou un appartement. On n’est pas faits comme ça. Et vous savez, on peut détruire un pays en le fermant comme ça. C’est très douloureux pour notre pays et très déstabilisant. Beaucoup de gens, et selon moi plus de gens, vont mourir si on laisse cette situation se poursuivre et nous devons retourner au travail » a déclaré Trump lors d’un entretien sur la chaîne de télévision Fox News. Pour lui «Le remède ne doit pas être pire que le mal » (9).

Ainsi le modèle économique de la première puissance se révèle au grand jour incapable de faire face à la pandémie. Le nombre de victimes du virus est tel que la ville de New York par exemple enterre ses morts dans des fosses communes (10). Le «keep America great» de Trump, qui a minimisé l'ampleur de la catastrophe sanitaire et son terrible bilan humain, est désormais vide de tout sens.

 

En Italie, le manque cruel de moyens de l'hôpital public obligeait le personnel soignant à trier les patients mettant gravement en danger la vie de ceux qui n'ont pas été «choisis » :

«Malheureusement, on fera des choix basés sur l’espérance de vie. Si les respirateurs en soins intensifs sont saturés [...], alors on fera un choix plus éthique que clinique. Entre une femme de 50 ans sans maladie et une femme, même plus jeune, qui a eu un cancer, on choisira la femme en bonne santé» (11). Ainsi dans un pays riche comme l'Italie, les patients meurent par manque de moyens ! Ce constat tragique est le résultat, comme dans tous les pays de l'Union Européenne, de décennies de politiques d'austérité imposées par l'Union Européenne et appliquées avec zèle par les gouvernements successifs. En plus de l'austérité, le système de santé national italien (SSN) est géré d'une manière décentralisée où les régions disposent de larges attributions : «introduction d’un ticket modérateur basé sur les revenus pour les services médicaux, application de montants forfaitaires sur les médicaments payés par les consommateurs quels que soient leurs revenus, éviction des mairies de la gestion des établissements de santé, les pouvoirs étant regroupés au niveau régional» (12). Cette régionalisation du système de santé a contribué à créer des inégalités au niveau de l'accès, de la qualité et des coûts des soins non seulement entre les régions, mais aussi entre les citoyens. Ajoutons également que les hôpitaux italiens sont gérés comme des entreprises privées : «Chacun de ces hôpitaux est organisé et géré comme une entreprise, autonome en termes d’organisation, d’administration, de patrimoine, de comptabilité, de gestion technique et professionnelle» (12).

Ainsi l'austérité, la régionalisation et la gestion privée des hôpitaux ont rendu le système de santé italien inadapté et incapable de faire face à la pandémie du Covid-19. Des vies humaines auraient pu être sauvées sans cette logique capitaliste criminelle.

 

En Espagne, le pays le plus touché en nombre de décès par le virus après l'Italie, la situation du système de santé n'est guère meilleure. Là encore, l'austérité et la course à la privatisation c'est à dire au profit, au détriment de la santé de la population, ont détruit l'hôpital public. Et le secteur privé de la santé ne cesse de se développer et reçoit de plus en plus de moyens de la part des gouvernements (13).

Cette intrusion du privé dans le système de santé s'est faite avec la complicité des gouvernements successifs et des opérateurs privés comme Capio, Adeslas, USP et Quiron associés

à de grandes banques, des caisses d'épargne et des groupes d'assurances(14).

Les réformes se sont succédé les unes après les autres pour aboutir aujourd'hui à la situation dramatique dans laquelle se trouve l'hôpital public espagnol (15).

Le système de santé qui doit à tout prix être rentable, est désormais dans un état de délabrement tel que les moyens les plus élémentaires font défaut : «tout manque, à commencer par les blouses, puisque aujourd’hui, le personnel médical utilise aussi des sacs poubelles en guise de blouses»

(16).

 

En France, à l'instar des autres pays capitalistes, la gestion de la pandémie par Macron et la classe qui l'a installé au pouvoir, est pour le moins chaotique. Mais derrière cette impréparation, ces hésitations, ces décisions contradictoires et ces mensonges, se cache une ferme volonté de sauver, quoi qu'il en coûte comme disait Macron lui-même, l'économie c'est-à-dire le profit des entreprises au détriment de la santé et de la vie de la population (17). Il faut donc absolument que l'économie continue à tourner malgré les appels répétés et contradictoires au confinement (restez confinés, mais allez travailler !). Certes l'activité économique tourne au ralenti, mais pas tant que cela. Selon l'Insee «l’économie française tourne à 65 % par rapport à la normale» (18).

La chute est importante, mais Macron et son gouvernement, comme on vient de le préciser précédemment, sont déterminés à prendre toutes les mesures nécessaires pour venir en aide au patronat. D'ailleurs c'est ce que réclame la fédération patronale de la métallurgie : «Tout faire pour que le confinement n'empêche pas le redémarrage de l'activité» (19).

En théorie, seuls les secteurs indispensables doivent continuer leurs activités. Mais en réalité, «Chaque jour, des millions de salarié.es de secteurs non essentiels sont contraint.es d’aller au travail au risque de contracter et de propager le virus» dénoncent des responsables syndicaux et associatifs, chercheur.es et citoyen.nes dans une lettre ouverte à Muriel Pénicaud ministre du Travail et ancienne dirigeante d'entreprise. Il faut produire sans trêve du travail source de profit ! (20).

Précisons aussi que les entreprises dites « essentielles » pourront faire travailler leurs salariés jusqu'à 60 heures par semaine (21).

Une nouvelle loi adoptée le 22 mars 2020 permet au gouvernement «d'assouplir» le code du travail afin de «permettre aux employeurs de disposer plus librement de leurs salariés» (22).

A cette priorité donnée à l'économie au détriment de la santé, il faut ajouter  l'état de «dégradation exponentielle du service public hospitalier» comme le souligne un collectif de médecins dans un communiqué adressé au premier ministre (23). Cette dégradation ne date pas d'aujourd'hui. Il est le fruit d'une farouche volonté des gouvernements successifs de détruire le système de santé publique (24).

La pandémie a eu au moins le mérite, si l'on peut dire, de révéler au grand jour combien ces politiques d'austérité et de privatisation, sources du drame de l'hôpital public, sont criminelles. L'hôpital public aujourd'hui manque de tout. Et c'est dans ces conditions que l'ensemble du personnel soignant affronte courageusement ce terrible virus. Et rien ne présage, malheureusement, la remise en cause de ces politiques après la pandémie. Le premier ministre ne disait-il pas que les plans de réorganisation des hôpitaux étaient seulement suspendus après les déclarations de Christophe Lannelongue, en pleine bataille contre le covid. En effet, ce dernier,  directeur de l’ARS, déclarait vouloir supprimer 174 lits et 589 emplois au CHRU de Nancy sur cinq ans (25).

A une question concernant la fermeture de lits, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a répondu : «je ne peux pas vous le dire, nous considérons aujourd’hui qu’il devra y avoir un dialogue avec ceux qui travaillent à l’hôpital» (26). Une note de la Caisse des dépôts et consignations, publiée par Mediapart, montre clairement que Macron compte accélérer le processus de privatisation et de marchandisation de l'hôpital public à la sortie de la crise (27).

 

 

Dans tous ces pays, le profit passe avant la santé et la vie de la population. Les politiques d'austérité et les processus de privatisation ont mis le système de santé publique dans une situation extrêmement difficile obligeant parfois les médecins à trier les patients et à faire des choix plus «éthique que clinique». Des vies humaines n'ont pas pu être sauvées faute de moyens.

Aux États-Unis, l'absence d'une véritable couverture maladie universelle s'est traduite pendant cette crise sanitaire par un nombre impressionnant de décès notamment chez les plus démunis.

La pandémie du Coronavirus est en quelque sorte le miroir d'une société marchande qui a perdu ses repères humains ; il ne lui reste comme guide et comme horizon ultime que le profit.

 

Crises sanitaires, crises économiques, crises écologiques de plus en plus violentes et imprévisibles montrent que le capitalisme est non seulement un système inefficace, mais surtout constitue une véritable menace à l'existence même de l'humanité. Le capitalisme ne disparaîtra pas de lui-même. Mais aujourd’hui ses contradictions et ses limites sont portées à leur paroxysme créant peut-être des conditions favorables à sa destruction. L’unité de tous les prolétaires, sacrifiés à l'échelle planétaire sur l'autel du profit, est vitale pour hâter la disparition d’un système ennemi de l’homme et de la nature.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/14/immunite-collective-la-strategie-risquee-du-royaume-uni-pour-lutter-contre-le-coronavirus_6033097_3210.html

 

https://www.theatlantic.com/health/archive/2020/03/coronavirus-pandemic-herd-immunity-uk-boris-johnson/608065/

 

(2)https://www.sciencesetavenir.fr/sante/covid-19-la-strategie-britannique-pourrait-couter-70-000-vies-supplementaires_142715

 

(3)https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/05/au-royaume-uni-austerite-rime-avec-sante-degradee_6031871_3210.html

 

(4)https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/23/royaume-uni-les-dix-jours-perdus-par-boris-johnson-dans-la-lutte-contre-le-coronavirus_6034052_3210.html)

(5)https://www.theguardian.com/politics/2020/apr/05/boris-johnson-admitted-to-hospital-with-coronavirus

(6)https://www.lecho.be/dossiers/coronavirus/covid-19-aux-etats-unis-donald-trump-fait-tout-ce-qu-il-ne-faut-pas-faire/10218196.html

(7)https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6

(8)https://fr.euronews.com/2020/04/08/1-940-morts-en-un-jour-le-coronavirus-met-k-o-les-americains-en-majorite-les-noirs

(9)http://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20200324-coronavirus-trump-veut-que-l-am%C3%A9rique-retourne-travail

(10)https://nypost.com/2020/04/09/nyc-to-bury-coronavirus-dead-on-hart-island-potters-field/?utm_medium=SocialFlow&sr_share=facebook&utm_campaign=SocialFlow&utm_source=NYPFacebook

(11)https://www.europe1.fr/international/a-milan-les-habitants-inquiets-par-les-hopitaux-debordes-cest-une-vraie-tragedie-3954346

 

Voir également l'appel pathétique de ce médecin italien :

https://nypost.com/2020/03/10/italian-doctor-at-heart-of-illness-shares-chilling-coronavirus-thoughts/

 

(12)https://www.cairn.info/revue-les-tribunes-de-la-sante1-2016-2-page-23.htm#re4no4

(13) https://www.fundacionidis.com/es/informes/sanidad-privada-aportando-valor-an%C3%A1lisis-de-situaci%C3%B3n-2019

(14)https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01110033/document

(15)https://hal-univ-paris13.archives-ouvertes.fr/hal-01256505/document

(16)https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/micro-europeen-covid-19-lapocalyptique-realite-espagnole_3882025.html

(17)https://www.economie.gouv.fr/files/files/PDF/2020/Coronavirus-MINEFI-10032020.pdf

(18)https://www.usinenouvelle.com/editorial/l-industrie-francaise-hors-agroalimentaire-tourne-a-48-par-rapport-a-la-normale.N946096

(19)https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/hubert-mongon-uimm-tout-faire-pour-que-le-confinement-nempeche-pas-le-redemarrage-de-lactivite-1193065

(20)https://blogs.mediapart.fr/ateliers-travail-et-democratie/blog/020420/lettre-ouverte-muriel-penicaud-cessez-votre-politique-criminelle

(21)https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-des-semaines-de-60-heures-de-travail-pour-certains-salaries_3885693.html

(22)https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/23/loi-etat-d-urgence-sanitaire-des-amenagements-par-nature-provisoires-au-droit-du-travail_6034083_823448.html

(23)https://trello-attachments.s3.amazonaws.com/589de719da99b3ec4e280263/5b30dd2352551c879ee2c5ac/a686b5274252d3e1d4d39f93f5fb7055/A_Monsieur_Edouard_Philippe_1_(1).pdf

 

Voir aussi le rapport de l'Assemblée nationale et les indicateurs de l'OCDE :

http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cesoins/l15b1185-t1_rapport-enquete

 

https://www.oecd.org/fr/els/systemes-sante/Panorama-de-la-sant%C3%A9-2017_Chartset.pdf

 

(24)Sur l'histoire de cette destruction, voir : http://www.raisonsdagir-editions.org/catalogue/la-casse-du-siecle/?fbclid=IwAR2K7cgcbAFdrHgOPE498o91JRND1DAV-a2-VT1_Vuf6DKaFeX4QT6nhl7w

Voir la version numérique : http://www.raisonsdagir-editions.org/wp-content/uploads/Casse_siecle_pages.pdf

 

(25)https://www.20minutes.fr/societe/2755923-20200406-coronavirus-plans-reorganisation-hopitaux-evidemment-suspendus-confirme-edouard-philippe

(26)https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN21R0WZ

(27)https://www.mediapart.fr/journal/france/010420/hopital-public-la-note-explosive-de-la-caisse-des-depots

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 17:09

La pandémie du Coronavirus nous offre paradoxalement des moments privilégiés pour réfléchir et tirer des leçons de cette situation inédite. Elle nous permet de voir, avec peut-être plus de lucidité, comment se comporte la classe dirigeante et de quelle manière elle tente de masquer sa propre responsabilité et duper les autres classes sociales. Chaque semaine qui passe, on apprend davantage non seulement sur les fins poursuivies par le pouvoir, mais aussi sur ses manœuvres, son cynisme et son hypocrisie qui risquent d'exposer la vie des milliers d'hommes et de femmes au danger de la mort. Car la crise économique qui se profile, c'est-à-dire les intérêts d'une minorité d'exploiteurs, le préoccupe davantage que la pandémie qui a déjà emporté des centaines et des centaines de vies humaines. Cette crise révèle ainsi au grand jour, plus encore qu'en temps ordinaire, les agissements criminels d'une classe sociale dont le profit de quelques uns passe avant la santé et la vie de l'immense majorité de la population. Il ne fait aucun doute que cette minorité d'exploiteurs capitalistes va utiliser tous les procédés, dont cette propagande chauvine qu'est «l'union sacrée», pour mystifier les classes populaires et étouffer toute critique et toute velléité de résistance et de révolte.

 

Que constatons nous?

En apparence et en apparence seulement, Macron et son gouvernement sont en guerre contre cette pandémie : «Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire, certes : nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. Mais l'ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale.» (1)

Or non seulement cette « guerre » a été enclenchée trop tard, mais surtout le pouvoir n'a fourni aucune arme à l'hôpital public, abandonné à son triste sort par des années d'austérité, pour faire face à cette pandémie (2). Une drôle de guerre où les soldats (personnels soignants) ne possèdent ni le nombre de lits, ni respirateurs, ni masques, ni tests de dépistage, ni gel désinfectant... en quantité suffisante. Et maintenant ce sont les médicaments, indispensables pour lutter contre le Covid-19, qui manquent aux hôpitaux notamment en Île-de-France : «les hôpitaux civils n’ont qu’une semaine d’approvisionnement, tandis que les hôpitaux militaires n’ont plus que 2,5 jours de stock, contre quinze jours en temps normal» selon le ministère de l'intérieur. Et pour les responsables de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP)  comme Martin Hirsch «les stocks sont très courts sur certains médicaments » (3).

Macron et son gouvernement, jusqu'à présent, se sont murés dans un silence criminel face aux pathétiques appels à l'aide lancés par le personnel hospitalier (4).

En fait cette rhétorique guerrière avait davantage pour but de gérer les conséquences économiques de la pandémie que de sauver des vies humaines. Dit autrement, la ritournelle «nous sommes en guerre» est convoquée ici plutôt à des fins économiques et politiques que sanitaires. Car l'hôpital public, seul capable de sauver des vies humaines, attend toujours les moyens pour faire face à ce terrible virus, alors que les entreprises, elles, bénéficient déjà du soutien et de l'aide de l’État (5).

Ainsi pour sauver les entreprises et les patrons, le gouvernement n'hésite devant aucun moyen et va jusqu'à parler de nationalisations (6). Nationaliser ici, signifie donner de l'argent public, celui des contribuables notamment des plus démunis d'entre eux, aux entreprises et aux banques privées comme en 2008 pour leur éviter de tomber en faillite. Mais dès que la situation de ces sociétés s'améliore, L’État les livre à nouveau aux actionnaires. On socialise les pertes et on privatise les profits ! (7).

 

Si guerre il y a, elle n'est en tout cas pas menée réellement contre le Coronavirus, mais plutôt contre, indirectement tout du moins, tout le personnel soignant et tous les prolétaires (les éboueurs, les femmes de ménage, les caissières, les routiers, les cheminots, les conducteurs de bus, les employés des pompes funèbres, les livreurs etc.etc.) qui sont sur tous les fronts au détriment de leur propre vie car ils n'ont pas le choix. Certaines grandes entreprises comme Amazone poursuivent leur business en pleine période de confinement sans tenir compte de la santé de leurs salariés. En ces temps de Coronavirus, les affaires doivent, vaille que vaille, se poursuivre (8).

 

Incapable de faire face à cette terrible pandémie, la bourgeoisie instrumentalise, comme à chaque crise, l'arme de «l'union sacrée» : «Le temps est à cette union sacrée (…) La France unie, c’est notre meilleur atout dans la période troublée que nous traversons. Nous tiendrons tous ensemble.» disait Macron (9). Belle manière pour faire oublier la guerre sans trêve qu'il menait hier encore contre toutes les avancées sociales, petites et grandes arrachées de hautes luttes par des générations successives (10).

 

Autant la bourgeoisie, en ces temps de Coronavirus, est prompte à sauver ses entreprises afin qu'elles puissent continuer à réaliser des bénéfices qui seront partagés entre une minorité de possédants, autant elle est hésitante et lente à réagir pour sauver des vies humaines. Car son système, le capitalisme, ne connaît que la course effrénée au profit détruisant et écrasant ainsi sur son passage toutes les valeurs humaines transformées en simple valeur d'échange.

Contre l'égoïsme, l'individualisme et le chauvinisme de la bourgeoisie, brandissons la solidarité, la coopération et le combat planétaire des peuples, non seulement contre le Coronavirus qui détruit chaque jour des vies humaines, mais aussi et surtout contre le véritable virus, celui qui menace l'existence même des hommes et de la nature, le capitalisme.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/16/adresse-aux-francais-covid19

(2)Le pouvoir savait pertinemment que le virus faisait ravage en Chine dès fin décembre 1919, début janvier 2020 et un peu plus tard en Italie.Voir également les déclarations de l'ex-ministre de la santé d'Agnès Buzyn :

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/17/entre-campagne-municipale-et-crise-du-coronavirus-le-chemin-de-croix-d-agnes-buzyn_6033395_823448.html

(3)https://www.mediapart.fr/journal/france/270320/medicaments-pour-soigner-le-covid-19-des-hopitaux-au-bord-de-la-penurie

(4) voir entre autres :

https://www.ouest-france.fr/sante/hopital/video-emmanuel-macron-interpelle-par-un-neurologue-est-au-bout-vous-n-etes-pas-la-6755646 .

(5)https://www.frenchtechbordeaux.com/covid-19-toutes-les-mesures-daides-aux-entreprises-en-un-article/

(6)https://www.franceculture.fr/economie/covid-19-le-gouvernement-pret-a-nationaliser-des-entreprises-en-difficulte-un-changement-de-doctrine

http://www.belaali.com/2020/03/l-etat-au-chevet-du-liberalisme.html

(7)Sur la crise financière de 2008 et le rôle de l'Etat, voir,entre autres, le travail André G. Delion https://www.cairn.info/revue-francaise-d-administration-publique-2008-4-page-799.htm )

(8)https://www.huffingtonpost.fr/entry/coronavirus-amazon-poursuit-son-activite-malgre-linquietude-des-salaries_fr_5e7b7707c5b6b7d809598323

(9)https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/12/adresse-aux-francais

(10)http://www.belaali.com/2020/01/macron-ou-le-mepris-du-peuple.html

 

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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 10:45

«Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché» ! E. Macron

 

Les thuriféraires du libéralisme ne sachant comment faire face à cette double crise, sanitaire et économique, tiennent des discours et prennent des mesures qui vont paradoxalement à l'encontre de leurs dogmes idéologiques en faisant appel à l’État ; celui-là même qu'ils ont décrié, fustigé et haï depuis Smith, Ricardo, Mill ( père et fils), Walras, Friedman etc. Le marché, disaient-ils, est autorégulateur grâce à la loi de l'offre et de la demande jugée infaillible, naturelle et, partant,

universelle. Toute intervention de l’État ne ferait que perturber cette parfaite harmonie. Même en période de crise, l'intervention de État est à éviter ! «Dans la crise actuelle, l’État n’est pas la solution à notre problème; l’État est le problème» disait Ronald Reagan dans une célèbre formule le 20 janvier1981, le jour de son investiture (1). Hors du marché donc, point de salut !

Mais voilà que la réalité vient de leur montrer et d'une manière éclatante l'incapacité de ce même marché à réagir face à cette situation. Ils constatent ébahis que le marché tant vénéré et adulé ne leur est d'aucun secours. Ne sachant plus à quel Dieu se vouer, ils se retournent désespérés vers cet État qu'ils vilipendaient pourtant chaque jour. Ainsi le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire ne disait-il pas hier encore à l'occasion des privatisations des Aéroports de Paris et de la Française des Jeux que «L'Etat n'a pas vocation à diriger des entreprises concurrentielles» (2) . Mais aujourd'hui, il déclare juste le contraire «Si pour protéger notre patrimoine industriel il faut aller jusqu'à la nationalisation de certaines entreprises parce qu'elles seraient attaquées sur les marchés, je n'aurai aucune hésitation» (3).

Même discours en Italie où le gouvernement veut également nationaliser la compagnie aérienne Alitalia incapable de faire face à ses difficultés (4).

«Nous devons protéger Boeing» annonce de son côté Donald Trump. Après le sauvetage de General Motors et Chrysler pour éviter la mort de l'automobile américaine, il y a quelques années, les Etats-Unis s'apprêtent aujourd'hui à aider leur secteur aérien (5) ainsi que toute l'économie américaine (6).

Le premier ministre canadien Justin Trudeau lui aussi est prêt à apporter son aide aux entreprises et aux entrepreneurs de son pays : «Nous reconnaissons qu’il y aura des conséquences pour les entreprises canadiennes, les entrepreneurs canadiens, et nous chercherons toujours des moyens de minimiser cet impact et peut-être d’apporter une aide quand cette aide sera nécessaire» (7).

On peut multiplier les exemples de cette intervention de l’État dans les affaires économiques privées. Et plus la pandémie dure dans le temps et plus cette intervention étatique devient évidente et massive (8).

Précisons tout de même que ces interventions se font bien évidemment avec les impôts des contribuables, notamment des plus démunis d'entre eux. Et si cela ne suffit pas, l’État peut toujours recourir à l'emprunt ou, à travers les Banques centrales, à la fameuse planche à billets (9).

Cette dernière pratique est, là encore, en totale contradiction avec la doxa libérale, car génératrice de l'inflation. Pour les libéraux en effet, tout écart entre les richesses réelles et la monnaie en circulation se traduit inévitablement par l'augmentation des prix. «l'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu'elle est et qu'elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production» disait avec beaucoup de certitudes Milton Friedman, un des gourous des libéraux et conseiller économique du dictateur Pinochet.

 

 

Cette crise, comme celles qui l'ont précédée, révèle au grand jour l'immense contradiction entre une pensée qui a fait du rejet de l’intervention de l’État son fondement, et une pratique qui érige ce même État en gestionnaire essentiel des affaires privées des classes privilégiées. Car pour les salariés, il ne viendrait jamais à l'esprit d'un chef d’État de dépenser des milliards pour sauver leurs emplois. Bien au contraire. Ils les détruisent volontiers en privatisant les services publics et en laissant faire le marché lorsqu’il s’agit des entreprises privées. Un ancien premier ministre, Lionel Jospin, qui se considère pourtant «socialiste», ne disait-il pas, face aux licenciements de milliers d’hommes et de femmes (7 500 exactement) par Michelin, que «l’Etat ne peut pas tout». Macron, quant à lui, se targuait de pouvoir supprimer 120 000 postes de fonctionnaires une fois à la tête de l’État (500 000 pour le candidat F. Fillon).

 

Mais cette contradiction entre la théorie et la pratique n'est qu'apparente. Il s'agit d'une opposition

entre des éléments appartenant à la même logique, celle des intérêts de la classe dominante. Car dans le système capitaliste, interventionnisme et libéralisme, sont les deux faces d'une même pièce.

La bourgeoisie utilise l'un ou l'autre en fonction de ses seuls intérêts. Car l’État est un appareil au service de la classe la plus puissante qui possède le pouvoir économique et, partant, politique. Il ne peut être autrement dans une société fondée sur l'existence et la lutte des classes. Et comme disaient Marx et Engels, il y a longtemps, «Le gouvernement moderne n'est qu'un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière» (10).

 

Mohamed Belaali

 

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(1)http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1968

(2))https://www.lesechos.fr/2018/06/bruno-le-maire-letat-na-pas-vocation-a-diriger-des-entreprises-concurrentielles-973887

(3)https://www.franceculture.fr/economie/covid-19-le-gouvernement-pret-a-nationaliser-des-entreprises-en-difficulte-un-changement-de-doctrine

(4)https://www.liberation.fr/planete/2020/03/17/rome-veut-nationaliser-alitalia-pour-lui-eviter-la-faillite_1782104

(5)https://www.air-cosmos.com/article/donald-trump-nous-devons-protger-boeing-22763

(6)https://www.tdg.ch/economie/trump-tente-sauver-economie-americaine/story/23403826

(7)https://www.lesoleil.com/affaires/ottawa-nexclut-pas-une-aide-aux-entreprises-affectees-par-le-coronavirus-10692ecf5139fd45118c9c780d71a80e

(8)https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/coronavirus-la-bce-s-attend-a-une-recession-considerable-ca779a3fe2ab16723ab27bb5ef9eea29

(9)https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/la-banque-d-angleterre-n-exclut-pas-de-faire-marcher-la-planche-a-billets-842587.html

(10)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm

 

 

 

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 10:18

 

     

     

     Le nombre de personnes infectées par le Covid-19 ainsi que celui des décès ne cesse d'augmenter à travers le monde. Si la pandémie semble se stabiliser en Chine, dans les autres pays notamment en Europe, considérée par l'OMS comme l'épicentre de la crise, la propagation rapide du virus fera encore, hélas, beaucoup de morts (1).

Le Coronavirus a révélé d'une manière éclatante l'incapacité et l'impréparation des gouvernements européens à faire face à cette pandémie. Empêtrés dans des politiques libérales d'austérité menées depuis des décennies et dont l'une des conséquences dramatiques est l'étouffement de l'hôpital public, ces gouvernements semblent naviguer à vue.

 

On se rend compte beaucoup mieux aujourd'hui avec cette crise sanitaire majeure de la nécessité vitale de l'hôpital public. En Italie par exemple, le manque cruel de moyens humains, matériels et financiers oblige le personnel soignant à trier les patients mettant gravement en danger la vie de ceux qui n'ont pas été «choisis » : «Malheureusement, on fera des choix basés sur l’espérance de vie. Si les respirateurs en soins intensifs sont saturés [...], alors on fera un choix plus éthique que clinique. Entre une femme de 50 ans sans maladie et une femme, même plus jeune, qui a eu un cancer, on choisira la femme en bonne santé» (2). 20 000 médecins à la retraite sont appelés à la rescousse. Mais cela reste largement en deçà des besoins. Les malades arrivent par flux ininterrompus. Le personnel soignant, qui réclame depuis des années des moyens pour sauver l'hôpital public, est épuisé et ne peut plus faire face à cette urgence médicale. Le gouvernement italien crie aujourd'hui au secours alors qu'il est, ainsi que ses prédécesseurs, le premier responsable de la marchandisation de la santé et de la dégradation de l'ensemble des services publics. Paradoxalement l'aide n'est pas venue de la France ou de l'Allemagne mais de la Chine ! Vive la solidarité entre les pays membre de l'Union Européenne ! (3)

 

La France n'a pas encore atteint la situation dramatique de l'Italie. Mais le nombre de morts augmente jour après jour. Là encore, l'hôpital public tant méprisé et abandonné par les gouvernements successifs et surtout par Emmanuel Macron, ne pourrait résister longtemps si l'afflux des malades devenait massif. On fait déjà appel aux médecins retraités, aux étudiants et on procède à la «déprogrammation immédiate des interventions chirurgicales non urgentes» (4).

Alors que les hôpitaux manquent cruellement d'effectifs et de moyens matériels, le président Macron n'a pas annoncé dans son allocution du 12 mars la moindre création de lits supplémentaires ni de nouveaux postes. Il s'est contenté de faire cyniquement l'éloge du personnel soignant : «J'ai vu il y a quelques jours, au Samu de Paris, une mobilisation magnifique, émouvante, exemplaire, où des étudiants, à quelques mois de leur concours, étaient là pour répondre aux appels, aider, et où des médecins à peine retraités étaient revenus pour prêter main forte» (5). Mais on ne combat pas le Coronavirus avec du cynisme et des éloges !

Pourtant la crise de l'hôpital public ne date pas d'aujourd'hui. L'ensemble du personnel hospitalier mène un combat formidable depuis maintenant plus d'un an pour sauver l'hôpital public ou tout du moins ce qu'il en reste. «On est au bout, on est vraiment au bout. Donnez les moyens au ministère de la Santé de nous donner les moyens de soigner nos patients!» lance un neurologue et membre du Collectif inter-hôpitaux à Emmanuel Macron lors de sa visite à la Pitié-Salpêtrière le 27 février (6).

On sait déjà que les services des urgences sont saturés depuis bien longtemps : «on a tiré sur la corde pendant des années, en enchaînant les plans d’économies et la suppression de 100.000 lits en vingt ans, d’où la tension permanente dans les urgences aujourd’hui. Cela ne va pas s’arranger : en 2018, on nous demande de supprimer 55 postes de personnel non médical et 8 postes de médecins dans le groupe hospitalier de Seine-Saint-Denis» (7). On organise systématiquement la casse du service public de santé depuis des années par des politiques d'austérité et on appelle aujourd'hui le personnel soignant, «ces héros en blouse blanche» (8), à la mobilisation sans pour autant lui fournir les armes nécessaires pour combattre ce terrible virus.

 

Le Coronavirus a eu au moins le mérite de mettre en pleine lumière les politiques criminelles d'austérité imposées par l'Union Européenne et appliquées avec un zèle singulier par les pouvoirs locaux. Non seulement les gouvernements ont réagi avec beaucoup de retard, mais ils ont procédé, indirectement, à la mise à mort d'une partie des patients qui n'ont pas pu être pris en charge faute de moyens.

Derrière le Coronavirus qui tue des milliers d'hommes et de femmes à travers le monde, se cache un autre virus beaucoup plus dangereux pour l'homme et pour la nature, le virus du profit. C'est le véritable virus qui menace l'existence même de l'homme et de la nature.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6

(2) https://www.europe1.fr/international/a-milan-les-habitants-inquiets-par-les-hopitaux-debordes-cest-une-vraie-tragedie-3954346

Voir également l'appelpathétique de ce médecin italien :

https://nypost.com/2020/03/10/italian-doctor-at-heart-of-illness-shares-chilling-coronavirus-thoughts/

(3)https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-l-italie-appelle-au-secours_3861973.html

(4)https://www.mediapart.fr/journal/france/130320/emmanuel-macron-annonce-une-rupture-en

(5)https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/12/adresse-aux-francais

(6)https://www.ouest-france.fr/sante/hopital/video-emmanuel-macron-interpelle-par-un-neurologue-est-au-bout-vous-n-etes-pas-la-6755646

(7)https://www.20minutes.fr/sante/2239611-20180319-hopitaux-pourquoi-services-urgences-satures-plusieurs-villes-france

(8)https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/12/adresse-aux-francais

 

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8 mars 2020 7 08 /03 /mars /2020 06:30

«l'expérience de tous les mouvements libérateurs attestent que le succès d'une révolution dépend du degré de participation des femmes». Lénine

 

   A l'occasion de la journée internationale des femmes, il est peut-être utile de rappeler le travail formidable accompli par cette révolutionnaire durant les premières années de la Révolution russe en faveur des femmes en général et des ouvrières et des paysannes en particulier. L'histoire de la Révolution russe tend à ne retenir que des figures masculines. Or ce sont les grèves des ouvrières de textile de Petrograd (Saint-Pétersbourg aujourd'hui) qui ont enclenché la première révolution le 23 février 1917 (8 mars dans le calendrier Grégorien) qui a emporté le régime despotique des Tsars. En effet, les femmes sont descendues massivement dans la rue le 8 mars, journée internationale des femmes, et ont réussi à renverser un régime multicentenaire, c'est un fait historique sans précédent. Mais les femmes ont également joué un rôle exemplaire dans la révolution d'octobre 1917 qui portait en elle les aspirations et les espoirs les plus simples et les plus grandioses de tout un peuple. Parmi ces révolutionnaires femmes, Alexandra Kollontaï est probablement la plus talentueuse et la plus audacieuse. Certes Kollontaï n'est pas la seule femme qui a joué un rôle majeur dans les premières années de l'Union soviétique. D'autres femmes révolutionnaires comme Nadedja Kroupskaïa, Elena Stassova ou encore Inessa Armand, pour ne citer que celles-là, ont tenu un rôle de premier plan. Mais Alexandra Kollontaï non seulement faisait preuve d'une farouche liberté d'esprit, mais elle a surtout compris, plus que les autres peut-être, les nécessités sociales, politiques et sexuelles des femmes.

 

 

Élue membre du comité central du parti bolchevik, elle fut également la première femme au monde à occuper un poste ministériel (commissaire du peuple aux affaires sociales) dans le premier gouvernement des Soviets sous la présidence de Lénine. Elle se consacre alors avec détermination à la défense des intérêts des femmes dans un pays pauvre et arriéré où la femme était totalement soumise non seulement à son mari, mais aussi à une morale archaïque héritée de la religion et renforcée par le régime des tsars. Pour Alexandra Kollontaï, la Révolution doit accoucher d'un ordre social nouveau pour la famille et les femmes. Effectivement, c'est ce gouvernement dont elle fait partie jusqu'en mars 1918 qui a aboli toutes les lois tsaristes sur la famille. Ainsi l'infériorité des femmes et le mariage religieux sont abrogés par décrets. L'homosexualité est dépénalisée. Tous les enfants, légitimes ou non, sont égaux devant la loi. L'héritage est aboli. Les adoptions privées sont interdites. Le divorce est accordé sur simple demande de l'un des conjoints. Le travail est rendu obligatoire pour les hommes comme pour les femmes etc. Rarement un pays a fait autant pour les femmes tout du moins sur le plan législatif. C'est une révolution radicale qui a fait dire à Lénine «Nous pouvons le dire avec fierté et sans crainte d'exagération, il n'y a pas un seul pays au monde, en dehors de la Russie des Soviets, où la femme jouisse de tous ses droits et ne soit pas placée dans une position humiliante, particulièrement sensible dans la vie familiale de chaque jour. C'était là une de nos premières et plus importantes tâches » (1).

 

Des mesures importantes ont été prises également dans le cadre du ministère des affaires sociales dirigé par Alexandra Kollontaï. «Les réalisations les plus importantes de notre commissariat du peuple dans les premiers mois après la Révolution d’octobre furent les suivantes : décrets pour améliorer la situation des invalides de guerre, pour abolir l’instruction religieuse dans les écoles de jeunes filles qui dépendaient du ministère (ceci se passait encore avant la séparation générale de l’église et de l’Etat) décrets pour faire passer les prêtres au service civil, pour faire adopter le droit à l’auto-administration des élèves dans les écoles de filles, pour réorganiser les orphelinats les plus anciens en des maisons d’enfants du gouvernement, décrets pour créer les premiers foyers pour nécessiteux et gamins des rues, décrets pour réunir un comité composé de docteurs qu’on allait charger de mettre sur pied un système de santé public et gratuit pour le pays tout entier» (2).

En janvier 1918, elle met en place un Office central pour la protection de la maternité et de l'enfance. Elle a aussi transformé toutes les maternités en maisons gratuites pour dispenser des soins aux mères et aux nourrissons. «Il fallait jeter des bases pour la création d’un vaste complexe gouvernemental pour la protection des mères» disait-elle (3).

Même pendant la guerre civile, des crèches, des cantines publiques, des laveries, des foyers communautaires, des jardins pour enfants etc. ont été développés sous son influence. Il fallait libérer la femme du fardeau des tâches domestiques. Elle pensait que «la « séparation de la cuisine et du mariage » est une grande réforme, non moins importante que la séparation de l'Église et de l'État» (4).

 

Avec l'aide notamment d'Inessa Armand, elle crée le département du parti chargé de l'émancipation des femmes (Jenotdel) dont elle fut la présidente de 1920 à 1922. Les bureaux du Jenotdel étaient présents sur tout le territoire des républiques soviétiques y compris les plus arriérées. Les militantes propageaient courageusement les idées de la Révolution, la stricte égalité entre les hommes et les femmes dans tous les domaines. Elles se battaient pour que les femmes participent comme les hommes à tous les échelons du pouvoir non seulement dans le gouvernement (qui ne comptait que deux femmes dans ses rangs), mais aussi dans le parti, les soviets, les syndicats, l'armée etc. C'était là un combat que Kollontaï avait déjà mené au sein même des soviets :«Partout les Soviets doivent contribuer à ce que l’on considère les femmes sur un pied d’égalité avec les hommes.(...) Nous nous arrangions pour pousser et faire accepter cette motion, mais point sans résistance. Ce fut une victoire immense et durable» (5).

 

Elles prônaient plutôt l'auto-émancipation des femmes que les interventions de l'Etat. Si certains dirigeants bolcheviks étaient contre la création du Jenotdel, Lénine par contre, lui accordait tout son soutien et fustigeait tous ceux qui étaient contre la création d'organismes spécifiques réservés à l'émancipation des femmes (6). Mais le travail formidable du Jenotdel se heurtait non seulement à la résistance des hommes, mais surtout au manque de ressources et à l'état de pauvreté dans lequel se trouvait la Russie de l'époque. Plus tard, en janvier 1930, le Jenotdel est dissous par Staline.

 

Mais pour Kollontaï, l'émancipation des femmes ne s'arrête pas à «la séparation de la cuisine et du mariage» et à la stricte égalité devant la loi entre les sexes; ce combat doit également embrasser des domaines comme la sexualité et l'amour : «Les rapports des sexes sont une partie importante des règles de la vie» pensait-elle (7).

Elle défend alors de nouvelles conceptions sur l'amour libre, l'amour-camaraderie. Elle était persuadée que seule la société socialiste permettrait de créer les bases nécessaires pour la réalisation de ce qu'elle appelle «l'amour libre» : «L' « amour libre » introduit de façon récurrente dans la société de classe existante, au lieu de libérer les femmes des difficultés de la vie familiale, lui ferait porter un nouveau poids. Seul un certain nombre de réformes fondamentales dans la sphère des rapports sociaux – des réformes transférant ces obligations de la famille à la société, à l’État – pourrait créer une situation où le principe de l' «amour libre» pourrait dans une certaine mesure être réalisé» (8).

 

L'amour basé sur la solidarité et la camaraderie devient alors une force sociale et psychique. Les relations amoureuses libres et purgées de toute exclusivité doivent reposer sur des postulats précis : «L'idéal d'amour pour la morale bourgeoise était l'amour d'un couple uni par le mariage légitime.

L'idéal d'amour de la classe ouvrière découle de la collaboration dans le travail, et de la solidarité dans l'esprit et la volonté de tous ses membres hommes et femmes, il se distingue naturellement par sa forme et par son contenu de la notion d'amour d'autres époques de civilisation. Mais qu'est-ce donc que « l'amour-camaraderie  » ? Cela ne signifie-t-il pas que la sévère idéologie de la classe ouvrière, forgée dans une atmosphère de lutte pour la dictature ouvrière s'apprête à chas­ser impitoyablement le tendre Éros ailé ? Non pas. L'idéologie de la classe ouvrière non seulement ne supprime pas « l'Éros aux ailes déployées » mais au contraire, elle prépare la reconnaissance du sentiment d'amour en tant que force sociale et psychique.(...) Dans cette période, l'idéal moral déterminant les relations sexuelles n'est point le brutal instinct sexuel, mais les multiples sensations éprouvées aussi bien par la femme que par l'homme, d'amour-camaraderie. Pour correspondre à la nouvelle morale prolétarienne qui se forme, ces sensations doivent reposer sur les trois postulats suivants :

  1. Egalité des rapports mutuels (sans la suffisance masculine et sans la dissolution servile de son individualité dans l'amour de la part de la femme) ;

  2. Reconnaissance par l'un des droits de l'autre et réciproquement, sans prétendre posséder sans partage le cœur et l'âme de l'être aimé (sentiment de propriété, nourri par la civilisation bourgeoise) ;

  3. Sensibilité fraternelle, art de saisir et de com­prendre le travail psychique de l'être aimé (la ci­vilisation bourgeoise n'exigeait cette sensibilité dans l'amour que chez la femme) (9).

 

Ses écrits sur l'amour et la sexualité sont devenus insupportables pour ses adversaires à l'intérieur comme à l'extérieur de la Russie soviétique. Effectivement, elle a été attaquée même dans sa vie privée et certains universitaires occidentaux l'accusent de «sadisme sexuel», que «son enthousiasme révolutionnaire n'est que la satisfaction de sa nymphomanie» ou encore «qu'elle prônait la satisfaction débridée de l'instinct sexuel» (10). Pour Orlando Figes, Alexandra Kollontai est une « Femme bouillante et émotive, encline à s’énamourer des jeunes gens et des idées utopiques, elle s’était engagée dans la cause bolchevik avec le fanatisme des nouveaux convertis» (11).

Même dans son propre parti, des responsables bolcheviks ne partageaient pas non plus ses opinions et c'est le moins que l'on puisse dire. On lui reproche, entre autres, d'accorder « trop d'importance aux problèmes purement sociologiques» et de donner à «la lutte des sexes plus d'importance qu'à la lutte de classes» (12). Selon certains dirigeants, «L'amour libre» a tourné chez les komsomols et les étudiants, «en fornication phallocratique à tout crin» (13).

«Mes thèses dans le domaine de la morale sexuelle furent combattues avec âpreté. Des soucis personnels et familiaux s’ajoutèrent à cela, et ainsi, en 1922 des mois passèrent sans que je puisse faire un travail fructueux» écrivait-elle simplement dans «But et valeur de ma vie» (14).

Attaquée, stigmatisée et ses idées délibérément déformées, Alexandra Kollontai, s'éloigne et se retire des événements politiques de son parti avant d'accepter le poste d'ambassadrice soviétique en Norvège, devenue là encore, la première femme dans l' histoire à occuper cette fonction.

 

Oubliée aujourd'hui, Kollontaï était pourtant «l'une des premières à affirmer les principes féministes modernes, auxquels le XXI siècle a en partie renoncé, malgré les bruyants cris de victoire autour du mariage homosexuel» (15).

Mais Alexandra Kollontaï était d'abord et avant tout une révolutionnaire pour qui seule la société socialiste est capable de rendre effective l'émancipation de la femme dans sa vie quotidienne et familiale : «La libération de la femme ne peut s'accomplir que par une transformation radicale de la vie quotidienne. Et la vie quotidienne elle-même ne sera changée que par une modification profonde de toute la production, sur les bases de l'économie communiste» (16).

La libération de la femme du fardeau des tâches domestiques qui l'oppriment et l'humilient devrait se traduire par de nouveaux rapports au sein du couple : «Sur les ruines de l’ancienne famille on verra bientôt surgir une forme nouvelle qui comportera des relations toutes autres entre l’homme et la femme et qui sera l’union d’affection et de camaraderie, l’union de deux membres égaux de la société communiste» (17).

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/09/vil19190923.htm

(2)https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1926/07/but.htm

(3)Ibid

(4)https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1921/0a/kollontai_conf_12.htm

(5)https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1926/07/but.htm

(6)C. Zetkin «Mes souvenirs de Lénine », cité par Tariq Ali dans «Les dilemmes de Lénine» Sabine Wespieser éditeur, p.377

(7)https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1923/05/eros.htm

(8)https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1909/00/bases_sociales.htm

(9)https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1923/05/eros.htm

(10)Voir Tariq Ali op. cit. page 378.

(11)«La Révolution russe. 1891-1924, la tragédie d’un peuple», Paris, Denoël, 2007, cité dans Dissidences, La Résurrection d’Alexandra Kollontaï ?

https://dissidences.hypotheses.org/6896#sdfootnote21sym

(12)Paulina Vinogradskaja cité dans https://www.persee.fr/docAsPDF/cmr_0008-0160_1965_num_6_4_1638.pdf

(13)Tariq Ali op. cit. p. 380

(14)https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1926/07/but.htm)

(15)Tariq Ali dans « Les dilemmes de Lénine», Sabine Wespieser éditeur, page 364.

(16)https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1921/0a/kollontai_conf_12.htm

(17)https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1918/11/famille.htm

 

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 17:47

«La dictature c’est un régime où une personne ou un clan décide des lois»

Emmanuel Macron (1)

 

Macron, le serviteur zélé de la classe dominante, est en train de détruire systématiquement et massivement tout ce que le peuple a gagné de haute lutte depuis plus d'un siècle. Il mène sans trêve une véritable guerre contre toutes les avancées sociales, petites et grandes. La régression est générale et totale. «Voilà par quel homme la France est gouvernée ! Que dis-je, gouvernée ? possédée souverainement ! » disait Victor Hugo parlant de Napoléon le petit (2). La mission essentielle de Macron est de servir encore et toujours les possédants, les puissants. C'est sa raison d'être. Pour les plus démunis, pour les travailleurs, il n'a absolument rien à offrir à part les mensonges, les promesses, les illusions et la répression policière en cas de résistance et de révolte (3). Macron oppresse ainsi par sa politique de classe la poitrine de toute une nation et l'empêche de respirer l'air du progrès et de la prospérité. Il est l'ennemi déclaré du peuple. Les ouvriers, les opprimés et tous les citoyens appauvris, humiliés doivent se dresser unis contre ce pouvoir rétrograde, arrogant et méprisant qui les exploite et les réduit à mener une existence inhumaine.

 

Droit du travail, précarisation à outrance de l'emploi, austérité salariale, assurance chômage, retraite, hôpital public, fonction publique, Éducation nationale, libertés publiques etc., aucun domaine n'est épargné. En parallèle de cette destruction systématique, Macron mène sans relâche une politique de privatisation scandaleuse : SNCF, Aéroports de Paris, Française des jeux, Engie, GRTgaz etc. Tout doit appartenir aux plus riches. Sur le plan fiscal, Macron, en plus de la baisse de l'impôt sur les sociétés et le maintien du CICE, supprime l'ISF, instaure la Flat Tax (4) et vole toute la France, à travers des mécanismes budgétaires complexes, pour pouvoir en faire cadeaux à ceux qui l'ont installé brutalement au pouvoir, les ultra-riches comme Bernard Arnault, Françoise Bettencourt Meyers,  François Pinault, les frères Wertheimer, la famille Dassault et bien d'autres (5).

Ainsi «Les 14 grandes fortunes françaises figurant parmi les 500 recensées dans l’index Bloomberg des milliardaires ont enregistré une augmentation totale de 78 milliards de dollars (68,8 milliards d’euros) de leurs richesses depuis le 31 décembre 2018. Cela représente une progression de 35 % en six mois» (6). Les actionnaires des sociétés du CAC 40 ne sont pas en reste. Rien qu'en 2018, ils ont empoché sous forme de dividendes 72,2 % des bénéfices réalisés (87,7 milliards d'euros) (7).

Précisons que ces sociétés en général (8) et les GAFA ( Google, Apple, Facebook et Amazon) en particulier « paient très peu d’impôts» avoue cyniquement Macron (9). « Enrichissez-vous » semble leur dire le président des riches, suivant en cela la fameuse injonction de François Guizot (1787/ 1874), l'homme qui a ordonné l'expulsion de K Marx de Paris en 1845.

 

Pour les chômeurs, les précaires et les travailleurs pauvres c'est-à-dire «les gens qui ne sont rien», Macron n'a que mépris et dédain profond. Avec son discours moralisateur et culpabilisateur, il ne cherche qu'à les humilier, à les stigmatiser et à les infantiliser. Il faut donc responsabiliser ces «feignants» qui refusent de traverser la rue pour trouver un emploi. Ils sont seuls responsables de leur situation. L'assistanat qui par ailleurs coûte un  «pognon de dingue» ne fera qu'accentuer leur penchant naturel à la paresse. Macron ne voit dans les pauvres et les classes populaires en général qu’une masse infâme sans dignité, déshumanisée, des esclaves. Car les despotes ne voient dans les hommes que des êtres dépouillés de leur humanité. Macron n'est que le serviteur d'une bourgeoisie dominante dont le mépris pour les plus démunis est sans limite. Despotisme, exploitation et domination relèvent de la même logique, celle du capitalisme et de ses lois immanentes qui produisent toujours plus de richesses mais aussi toujours plus de pauvres. Et tant que ce système existe, leur sort ne peut connaître aucune amélioration durable.

 

Macron et la bourgeoisie qui le soutient possèdent tous les pouvoirs : économique, politique, médiatique et bien sûr tout l'appareil répressif de l'Etat. Le rapport de force entre cette classe et le peuple demeure profondément inégal. Que faire alors face à cette forme de dictature ? La bourgeoisie et ses serviteurs zélés au pouvoir sont ultra-minoritaires. Le peuple, lui, possède un élément décisif pour gagner la bataille, le nombre. Mais cette arme n'est efficace que si des liens fraternels unissent tous les exploités et tous les opprimés dans un combat structuré et organisé, guidé par une direction consciente et déterminée. Sans cette unité, sans cette détermination, Macron et la classe (son clan) qui est derrière lui, poursuivront inlassablement leur politique de destruction massive de toutes les avancées sociales arrachées de haute lutte par des générations successives.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/01/24/macron-fustige-les-discours-justifiant-la-violence-en-france-et-l-affaiblissement-de-notre-democratie_6027055_823448.html

(2) Victor Hugo, «Napoléon le petit ». Editions l'Escalier p.49.

(3) Les Gilets jaunes sont probablement le Mouvement le plus réprimé dans l'histoire récente de la France : http://www.belaali.com/2019/11/gilets-jaunes-une-annee-de-combat-et-d-espoir.html

(4)https://www.tacotax.fr/guides/impot-sur-le-revenu/flat-tax

(5)https://www.forbes.fr/classements/classement-forbes-2019-top-20-des-milliardaires-mondiaux/

(6)https://www.mediapart.fr/journal/international/010719/les-riches-en-france-s-enrichissent-plus-vite-que-partout-dans-le-monde

(7)https://multinationales.org/IMG/pdf/cr_2019.pdf

(8)https://www.frenchweb.fr/decode-combien-dimpots-payent-les-gafa-en-france/376811

(9)https://www.frenchweb.fr/decode-combien-dimpots-payent-les-gafa-en-france/376811

 

 

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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 17:39

Une fois encore les Etats-Unis viennent de commettre un nouveau crime en assassinant le général iranien Qassem Soleimani violant ainsi toutes les règles et toutes les lois de la justice et de la morale qui doivent guider les rapports entre les nations. Mais pour l'impérialisme américain le droit c'est toujours et partout le droit du plus fort, c'est à dire le non droit.

C'est ainsi que Donald Trump, le président milliardaire, ordonne en toute impunité l'assassinat d'un homme sous le prétexte qu'il menaçait les intérêts des Etats-Unis. Et il ajoute fièrement que les Etats-Unis vont frapper 52 sites iraniens en cas de riposte de la République Islamique. Trump précise , au mépris de toutes les lois et conventions internationales, que ces sites «sont de très haut niveau et très importants pour l'Iran et pour la culture iranienne» (1).

Trump menace donc de détruire les sites culturels iraniens. Cette menace, si jamais elle se réalise, ressemblerait étrangement aux crimes perpétrés par l'armée américaine contre l'histoire et la mémoire d'un autre pays qui a vu naître sur son sol de brillantes et splendides civilisations, il s'agit de la Mésopotamie c'est à dire l'Irak d'aujourd'hui ou tout du moins ce qu'il en reste.

Les alliés locaux des Etats-Unis ont commis et commettent toujours les mêmes ravages au Yémen. Des zones entières inscrites pourtant au patrimoine mondial de l'humanité sont ravagées par des raids aériens de la coalition conduite par l'Arabie Saoudite. Les vieux quartiers de Sanaa, capitale du Yémen et plusieurs fois millénaires, n'ont pas échappé à la violence destructrice des avions américains pilotés par des saoudiens (2).

L'impérialisme et ses alliés locaux non seulement sont les ennemis des peuples mais aussi de leur culture, de leur histoire et de leur mémoire.

Mais le mépris des américains pour le patrimoine culturel des peuples n'a d'égal que leur volonté de pomper, à l'instar des vampires, le pétrole non seulement de l'Iran ou de l'Irak mais de toute la région du Moyen-Orient qui regorge de cette matière vitale, indispensable au fonctionnement de la « civilisation » capitaliste et qui contribue ainsi à l’accumulation du capital à l'échelle planétaire.

Il y a trop de pétrole dans cette région ! Il faut que l'impérialisme américain puisse contrôler et accéder sans trop de contraintes ni d’entraves à cette richesse indispensable à son économie et, partant, aux profits de sa bourgeoisie. La création de l’État d’Israël dans cette région du monde répond d’abord à cette impérieuse nécessité. Ce n’est pas un hasard si cet État est la seule puissance nucléaire. Il joue le rôle du gendarme dans cette région tourmentée. Aucun autre pays du Moyen- Orient ne peut développer un programme nucléaire sans qu’Israël et les pays impérialistes, grands et petits, ne réagissent très violemment.

Les Etat-Unis et Israël ne peuvent supporter ni tolérer que l’Iran devienne à son tour une puissance nucléaire. Ils veulent garder, vaille que vaille, le monopole sur cette terrible arme conformément aux seuls intérêts des bourgeoisies des pays impérialistes et leurs alliés locaux.

« J’annonce aujourd’hui que les Etats-Unis se retirent de l’accord nucléaire iranien » déclarait Donald Trump le 8 mai 2018 rétablissant du même coup les sanctions contre l'Iran (3).

« Il n’y a pas de meilleur soutien du peuple juif et de l’Etat juif que le président Donald Trump » déclarait le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou pour saluer la décision américaine (4).

Après avoir détruit l’Irak et la Libye, l’impérialisme et ses alliés locaux sont en train de dévaster la Syrie et le Yémen. Demain sera peut-être le tour de l’Iran. Car ils n’ont jamais accepté ni supporté la disparition de la dynastie des Pahlavi et la naissance de la République Islamique d’Iran en 1979. Le fait que cette République religieuse nationalise ses richesses pétrolières et gazières a suffi pour placer l’Iran sur l’« Axe du Mal » parmi les « États voyous ».

L'assassinat du général iranien Qassem Soleimani par les Etats-Unis peut raviver le spectre d'une guerre ouverte au Moyen-Orient. Il y a trop d'enjeux dans cette région bourrée de pétrole et la moindre étincelle risque d’embraser tout le Moyen-Orient.

Mais pour maintenir et perpétuer leurs intérêts économiques et stratégiques, l’impérialisme américain et ses supplétifs locaux, ne reculent devant aucun moyen y compris le plus abject, la guerre.

L'impérialisme est toujours et partout l'ennemi de la paix et des peuples.

 

Mohamed Belaali

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(1)« targeted 52 Iranian sites (representing the 52 American hostages taken by Iran many years ago), some at a very high level & important to Iran & the Iranian culture...»

 

https://twitter.com/realDonaldTrump?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1213593975732527112&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.francetvinfo.fr%2Fmonde%2Fusa%2Fpresidentielle%2Fdonald-trump%2Fmort-du-general-sol

 

(2)http://www.belaali.com/2016/09/les-guerres-profanes-de-l-arabie-saoudite-au-yemen.html

 

(3)https://www.lemonde.fr/international/live/2018/05/08/suivez-en-direct-les-annonces-de-donald-trump-sur-l-accord-nucleaire-iranien_5296282_3210.html

 

(4)https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/06/04/nucleaire-iranien-netanyahou-a-l-offensive-en-europe_5309245_3218.html

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26 décembre 2019 4 26 /12 /décembre /2019 08:00

Il y a longtemps Marx et Engels écrivaient dans le Manifeste du Parti communiste «Le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière». Macron et tous ses ministres gèrent les affaires de tous les riches qui les ont installés brutalement au pouvoir. Le gouvernement actuel n'est pas le représentant de toute la société. Macron et son gouvernement ne sont pas au service de tous, mais servent les intérêts privés de quelques uns. Dit autrement, Macron n'est pas le président de tous les français, il est le président des riches.Toute sa politique est menée contre l'intérêt général au profit de l'intérêt particulier, celui de la classe dominante.

 

Les scandales financiers, les conflits d'intérêts, la corruption, les fraudes en tout genre, les omissions par « oubli », le cumul des rémunérations, tout ce vocabulaire mafieux ne fait, en dernière analyse, que remplacer l'intérêt public par l'intérêt privé. Il permet aux hommes politiques au pouvoir de se servir, en toute impunité, dans les caisses de l'Etat comme s'il s'agissait de leur propre patrimoine. Ainsi la frontière entre deniers publics et revenus privés est effacée et le principe de transparence est nié, méprisé. Les hommes politiques sans scrupules n'aiment pas la lumière, ils agissent dans l'ombre d'une manière occulte et illégale.

 

Le nombre d'hommes et de femmes politiques impliqués, à un degré ou à un autre, dans les « affaires » est impressionnant. Il est tout simplement impossible d'établir une quelconque liste exhaustive des scandales politico-financiers qui secouent régulièrement la tête de l'Etat. Sans remonter jusqu'aux diamants centrafricains de Giscard, on peut citer à titre d'exemples seulement quelques noms : Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, Alain Juppé, Jérôme Cahuzac, François de Rugy, Patrick et Isabelle Balkany et maintenant Jean-Paul Delevoye. Et demain ?

Ces « affaires » et ces scandales, toujours minimisés par les médias dominants, sont au cœur de la démocratie bourgeoise. Ils sont intimement liés au fonctionnement même du système capitaliste qui les produit et reproduit de manière permanente. Tous les gouvernements bourgeois, avec des différences de degré et non d’essence, sont corrompus. Rien que sous le Règne de Macron et sans compter l'affaire Delevoye, sept ministres impliqués dans « des affaires » ont été contraints de démissionner :

 

- Richard Ferrand  pour « prise illégale d'intérêts » dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne.

- Laura Flessel pour « ennuis fiscaux» (1).

- Sylvie Goulard ministre des Armées pour une affaire liée aux emplois fictifs d'assistants parlementaires au Parlement européen (2). .Par ailleurs,  Anticor demande à la justice de se pencher sur les prestations réalisées par l’ancienne ministre pour un groupe de réflexion américain, l’Institut Berggruen, alors qu’elle siégeait au Parlement européen (3).

 

- François Bayrou ministre de la Justice et Marielle de Sarnez ministre des Affaires européennes impliqués dans l'affaire des emplois fictifs au parlement Européen.

- Françoise Nyssen ministre de la Culture rattrapée par des travaux sans autorisation ni déclaration au fisc dans sa maison d'édition Actes Sud.

- François de Rugy ministre de la Transition écologique et de Solidarité et ses dîners fastueux aux frais du contribuable.

 

Jean-Paul Delevoye qui a cumulé quatorze mandats avec son poste de ministre a tout simplement choisi, lui, de violer l'article 23 de la Constitution qui stipule que « Les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l'exercice de tout mandat parlementaire, de toute fonction de représentation professionnelle à caractère national et de tout emploi public ou de toute activité professionnelle» (4).

La Constitution c'est-à-dire la norme juridique la plus élevée interdit formellement à un ministre d'occuper toute activité professionnelle. Mais cela n'a pas empêché M. Delevoye de transgresser la loi avec la complicité du sommet de l'Etat c'est-à-dire du président de la République et du Premier ministre. Car c'est M. Macron qui a nommé Jean-Paul Delevoye «haut-commissaire aux retraites» membre du gouvernement sur proposition d'Édouard Philippe. Or «le secrétariat général du gouvernement était au courant du cumul de rémunérations opéré par le haut-commissaire lorsqu’il était chargé de la réforme des retraites» (5).

Selon l'article 5 de la même Constitution «Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat». Non seulement cet article n'a pas été respecté, mais Emmanuel Macron a accepté la démission de son ministre «avec regret» !

Depuis la démission du ministre, les langues se délient quant à son comportement concernant son passage comme président du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Il est même accusé dans la presse de «Graves gaspillages d'argent public» (6).

Ainsi fonctionne la démocratie bourgeoise.

 

Rappelons tout de même que c’est ce même ministre qui mène, au nom du gouvernement et donc de la bourgeoisie, la bataille de la destruction du système de retraite par répartition. Lui, le bourgeois corrompu, qui vit dans l’opulence, exige des salariés de travailler toujours plus pour une pension toujours plus faible. Les salariés doivent encore et toujours fournir des efforts. Les puissants sont insatiables. Il faut travailler jusqu’à 64 ans, travailler le dimanche, le lundi, le mardi et tous les autres jours de la semaine. Il faut travailler jour et nuit. Le temps libre ou libéré du travail salarié se réduit de plus en plus. Les hommes et les femmes (et bientôt peut-être les enfants) sont ainsi réduits à l’état de machine à produire sans trêve du travail.

 

Le scandale Delevoye n’est pas une affaire de morale, mais le produit d’un système économique dont les intérêts de classes constituent son fondement matériel. Lutter contre les scandales, les affaires, les fraudes etc., en invoquant la morale est une illusion et par dessus le marché une hypocrisie.Toutes ces gesticulations autour de «La moralisation et la transparence de la vie publique» (7) ne sont que des mensonges derrière lesquels la classe dirigeante tente de dissimuler son visage hideux et d'apaiser la colère populaire.

 

 

On peut adopter les lois que l’on veut contre la corruption, les affaires et les privilèges, mener toutes les enquêtes possibles, on peut même diminuer et limiter leur importance, mais on ne peut pas les éliminer. Car leur existence et celle du capitalisme sont tellement imbriquées l’une dans l’autre que l’on ne peut supprimer l’une sans éliminer l’autre. Les lois et les mesures prises pour lutter contre la corruption ne sont que des paravents derrière lesquels la bourgeoisie dissimule ses forfaits. Le problème n’est donc pas l’existence de la corruption, des scandales financiers, des affaires et autres privilèges, mais celle du capitalisme qui les engendre. Il y a eu dans le passé des scandales, il y a aujourd’hui des scandales et il y aura dans l’avenir d’autres scandales tant que ce système existe. Le véritable scandale, c’est le capitalisme lui-même.

 

Mohamed Belaali

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(1)https://www.mediapart.fr/journal/france/040918/laura-flessel-des-demeles-fiscaux-derriere-sa-demission-du-gouvernement?onglet=full

(2)https://www.latribune.fr/economie/france/la-demission-de-sylvie-goulard-un-probleme-pour-le-modem-740936.html

(3)https://www.liberation.fr/checknews/2019/09/03/que-faisait-sylvie-goulard-pour-etre-payee-12-000-euros-par-mois-par-un-think-tank-americain_1748083

(4)https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur

(5)https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/12/17/l-indulgence-du-secretariat-general-du-gouvernement-envers-jean-paul-delevoye_6023129_823448.html?utm_campaign=Lehuit&utm_medium=Social&utm_source=Facebook

(6)https://www.capital.fr/economie-politique/les-pratiques-de-jean-paul-delevoye-a-la-tete-du-cese-pointees-du-doigt-1358205 )

(7)https://www.gouvernement.fr/action/la-moralisation-et-la-transparence-de-la-vie-publique

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 07:05

«Nous protestons, nous protestons jusqu'à la révolution».

Slogan des manifestants soudanais.

 

La lutte des classes fait rage aujourd'hui un peu partout dans le monde. Les oppresseurs et les opprimés mènent une guerre ouverte en France, au Maroc, en Algérie, au Liban, en Irak, au Yémen, à Haïti, en Colombie, au Chili, en Équateur etc. Parmi ces révoltes et ces soulèvements populaires, la révolution soudanaise, qui a commencé il y a exactement une année (19 décembre 2018), occupe une place particulière. Dans cette nouvelle révolution qui est en fait le prolongement de celles de 1964 et de 1985, le rôle des femmes, malgré les fortes pesanteurs sociales et religieuses, reste déterminant.

 

 

Le soulèvement populaire du 19 décembre 2018 qui a emporté le régime du dictateur Omar Al-Bachir, s'inscrit dans un long processus de révoltes et de révolutions, de défaites et de victoires contre les pouvoirs tyranniques en place. Ce mouvement toujours recommencé est impulsé par cette quête obstinée, par cette aspiration profonde et permanente du peuple soudanais à la démocratie et à la justice sociale. L'histoire politique du Soudan est riche en révoltes, en révolutions et en coups d'Etat militaires qui ne sont, en dernière analyse, que l'expression d'une implacable lutte de classe ente oppresseurs et opprimés.

 

Sans remonter à la période coloniale où les « mahdistes » ont mis en déroute l'armée de l'occupation britannique en 1885 avant d'être défaits par le général Kitchener en 1898, le Soudan moderne a connu une série de soulèvements populaires et de putschs militaires entrecoupée d'intermèdes démocratiques. Dès 1958, deux ans seulement après la proclamation de l'indépendance en 1956, le général Ibrahim Abboud s'empare du pouvoir mettant ainsi un terme au régime parlementaire gangrené par la corruption et incapable de sortir le pays de la crise économique liée essentiellement à la chute des prix du coton.

Le nouveau régime militaire soutenu par le Royaume Uni et dont le règne est marqué par de nombreuses mesures impopulaires et discriminatoires notamment vis à vis de la population du Sud majoritairement chrétienne et animiste, est chassé à son tour du pouvoir par la révolution d'octobre 1964 (Thawrat Oktobar) dont l'étincelle est partie de l'université de Khartoum la capitale. La résistance sudiste, l'influence du parti communiste dans les milieux ouvriers, paysans et intellectuels ainsi que, dans une moindre mesure, celle des Frères musulmans ont joué un rôle décisif dans le renversement de la première dictature militaire.

Le nouveau gouvernement provisoire mis en place a promulgué des lois progressistes comme celle qui donne aux femmes, pour la première fois, le droit de vote. Mais la situation a changé rapidement sous l'influence des islamistes qui ont réussi à interdire le parti communiste en 1965 et exclu ses députés de l'Assemblée. Le PC soudanais qui était le fer de lance dans le soulèvement d'octobre 1964 est condamné une nouvelle fois à la clandestinité.

 

Le 25 mai 1969, un nouveau coup d'Etat mené cette fois par de jeunes officiers nationalistes dont certains sont proches du parti communiste, porte au pouvoir le colonel Gaafar Nimeiry (devenu général puis maréchal par la suite). Admirateur de Nasser, le nouveau maître du Soudan mène une politique de nationalisation et adopte, sur le plan politique, des mesures démocratiques. Mais très tôt Nimeiry entre en conflit ouvert avec les communistes qui doutent fortement du caractère révolutionnaire de son gouvernement. Ils lui reprochent de surcroît son autoritarisme et surtout son projet d'Union tripartite avec l'Egypte de Sadate et la Libye de Khadafi. Les ministres communistes et les officiers proches du parti sont alors exclus du gouvernement.

Le 19 juillet 1971 une tentative de coup d'Etat montée contre Nimeiry et attribuée aux communistes a échoué. Nimeiry décide alors d'écraser définitivement le parti communiste soudanais, le plus important alors du continent africain. «Une effroyable campagne de liquidation physique du parti communiste soudanais et ses sympathisants. Une terrible chasse à l’homme à travers tout le territoire, qui devait engloutir des milliers de cadres politiques, intellectuels, syndicalistes, étudiants et militaires» (1). Le prestigieux dirigeant du parti Abdel Khaliq Mahjoub fut pendu le 28 juillet 1971. Cette période marque le déclin du parti communiste

soudanais qui était sur tous les fronts, de toutes les révoltes et de toutes les révolutions avant et après l'indépendance du Soudan. Mais ces idées révolutionnaires pour un Soudan moderne restent encore aujourd'hui l'emblème de tous les soulèvements populaires contre les dictatures militaires.

 

Débarrassé des communistes, Nimeiry se rapproche des Etats-Unis, de l'Arabie Saoudite, d'Israël et se réconcilie avec les partis fondamentalistes. Il impose la Charia, l'islamisation des institutions et de la société y compris au Sud Soudan dont la population est majoritairement chrétienne et animiste. Il a même exécuté par pendaison Mahmoud Mohamed Taha, un penseur musulman moderniste et fondateur du parti des Frères Républicains d'inspiration socialiste. Devant la Cour avant son exécution Taha déclare «J'ai affirmé à plusieurs reprises mon opinion, selon laquelle les lois de septembre 1983 bafouent la charia islamique et l'islam lui-même. De plus, ces lois ont défiguré la charia islamique et l'islam jusqu'à les rendre repoussants. Plus encore, ces lois ont été édictées et utilisées pour terroriser le peuple et le soumettre à force d'humiliation» (2).

 

En mars 1985, les soudanais sont descendus massivement dans la rue, une fois encore, pour protester contre les augmentations des prix des denrées alimentaires de base et contre Nimeiry qui les a appliquées sur les injonctions du FMI. Le régime réagit violemment. Mais cette brutalité n'a fait que renforcer la volonté des révoltés à se débarrasser du dictateur : «18 manifestants furent tués par la police anti-émeute. L'annonce du procès de 300 personnes arrêtées accrut la combativité des étudiants et de la population vite rejoints par les travailleurs organisés par les syndicats et partis interdits qui lancèrent un ordre de grève générale » (3). Tout le pays est alors paralysé.

En avril de la même année, le général Nimeiry est renversé par un autre général Abdel Rahman Suwar al-Dahab. Un gouvernement transitoire est constitué. Les prisonniers politiques sont libérés, les libertés publiques restaurées et le parti communiste est de nouveau autorisé. Les élections sont organisées en 1986 et les négociations pour trouver un accord avec les rebelles du Sud sont entamées. Mais cette relative liberté permise par la nouvelle révolution a été de courte durée.

 

Le 30 juin 1989, le colonel Omar Al-Bashir s'empare du pouvoir par un coup d'Etat militaire mettant un terme au gouvernement civil de Sadek el-Mahdi. Une nouvelle dictature s'installe. Le parlement est dissout. Les partis politiques ainsi que les syndicats sont interdits et leurs dirigeants emprisonnés. Omar Al Bachir s'allie un temps avec les Frères musulmans et leur guide Hassan Al Tourabi qui inspirait sa politique. Il concentre tous les pouvoirs entre ses mains : il est à la fois Président de la république, premier ministre, chef des armées et ministre de la défense. Le dictateur introduit un nouveau «code islamique» encore plus rigoriste que celui imposé par Gaafar Nimeiry. Al Bachir commet au Darfour, l'une des régions les plus pauvres du Soudan malgré la richesse de son sous-sol, de véritables crimes de guerre qualifiés de crime contre l'humanité par l'ONU (4).

 

Il intensifie la guerre au Sud avant de signer avec les rebelles en 2005 un accord de paix et l’organisation d’un référendum d’autodétermination en janvier 2011. En juillet de la même année Al Bachir est contraint d'accepter la sécession du Sud (600 000 kilomètres carrés).

Il privatise les chemins de fer ainsi que de nombreux secteurs de l'économie soudanaise. Il applique les politiques d'austérité et la « vérité des prix » imposées par le FMI. Et c'est justement cette politique dictée par le Fonds monétaire qui a allumé l'étincelle qui va embraser tout le Soudan.

 

En effet le 19 décembre 2018, alors que l'économie du pays traverse une crise profonde, le gouvernement d'Al Bachir annonce le triplement du prix du pain et augmente celui de l'essence de 30 % alors que l'inflation a déjà atteint les 40 %. Des émeutes éclatent d'abord dans les villes ouvrières notamment à Atbara fief du parti communiste et berceau de tous les soulèvements populaires soudanais avant de se répandre dans tout le pays. Mais les émeutes se sont vite transformées en contestation du régime d'Al Bachir : «Le peuple veut la chute du régime» clament les manifestants. Une dynamique révolutionnaire impulsée et guidée par l'Association des Professionnels Soudanais (APS) s'est emparée de tout un peuple. Malgré une féroce répression et ses dizaines de morts, malgré la présence des Janjawid, ces soldats de sinistre mémoire pour leurs atrocités commises au Darfour, malgré l'instauration d'état d'urgence et le couvre-feu, les manifestants réclament toujours avec force le départ d'Al Bachir et des forces islamistes réactionnaires qui le soutiennent. «La révolution est le choix du peuple» scandent, jour et nuit, les manifestants devant le quartier général de l’armée symbole du pouvoir.

Le 11 avril 2019 Omar Al Bachir est destitué par l'armée : «J'annonce en tant que ministre de la défense la chute du régime» disait le communiqué lu par le ministre de la défense le général Awad Ibn Awf (5). Un Conseil militaire de transition est mis en place présidé par le général Al Burhan. C'est une première étape de la révolution remportée par le peuple soudanais. La deuxième a commencé le 17 août 2019 avec la constitution d'un Conseil souverain appelé à superviser «la transition démocratique». Ce Conseil est composé de 11 membres, 5militaires et 6 civils, dont deux femmes. Un nouveau gouvernement, 18 membres dont 4 femmes, est constitué un mois après et dirigé par un économiste Abdallah Hamdok.

Al Bachir est tombé mais son régime est toujours en place et les islamistes se tiennent en embuscade. Le ministère de l'intérieur et celui de la défense sont toujours entre les mains des militaires. La victoire n'est pas encore là et la lutte des classes se poursuit. La troisième étape de la révolution soudanaise reste donc à écrire.

 

Mais on ne peut parler de ces révoltes et de ces révolutions récurrentes sans évoquer le rôle majeur joué par les femmes. En première ligne, les femmes sont en quelque sorte l'avant garde de toutes les révoltes soudanaises. Leur combat pour la justice sociale et pour la démocratie ne date pas de la dernière révolte qui a emporté Omar Al Bachir. Sans remonter aux « kandakats», ces reines nubiennes du royaume de Kush qui ont combattu l'empire romain, elles ont toujours fait face courageusement à toutes les formes d'oppressions et d'humiliations. Ainsi sous l'occupation britannique par exemple, une femme, Khalida Zahir membre du parti communiste, seul parti à l'époque acceptant des femmes dans ses rangs, luttait à la fois contre le colonialisme et pour les droits des femmes. «Khalida Zahir fait partie des pionnières qui ont contribué à ouvrir la voie à des avancées comme cette loi de 1973 accordant un salaire égal pour un travail égal» (6).

Elle reste dans la mémoire des soudanais comme une grande figure de résistance à toutes les oppressions. Aujourd'hui encore, l'une des icônes de cette nouvelle révolution est une femme, Alaa Salah. Elle a impressionné les masses de Khartoum par son courage, sa ténacité et par son charisme. Hissée sur le toit d'une voiture chantant la révolution et appelant au soulèvement une foule déchaînée qui lui répond à son tour « Thawrat !» Révolution ! (7) ( Voir la vidéo ici)

 

 

Cette présence massive des femmes dans toutes les révolutions soudanaises s'explique dans une large mesure par leurs conditions sociales proches de l'esclavage. Les femmes subissent une double violence : l'exploitation de classe et l'oppression de genre.

Ainsi «les femmes ont été employées à titre gratuit par les hommes dans les maisons. Ce travail domestique prenait – et prend toujours – de multiples formes, et faisait peser sur elles de nombreuses responsabilités, comme celle d’amener l’eau ou le bois de chauffage, de le ramener sur de longues distances. C’est toujours le cas dans les villages et camps de réfugiés, où elles continuent à fournir la nourriture, les moyens de subsistance, à travailler dans les fermes et sur les terres qui appartiennent aux hommes» (8).

Quant à leur instruction, elle était réduite dans le meilleur des cas, à quelques préceptes religieux dispensés par des écoles coraniques ou d'évangélisation chrétienne. La colonisation britannique n'a pas bouleversé les structures archaïques de la société soudanaise et les efforts de Babiker Badri pour un enseignement public et laïc sont restés très limités.

L'islamisation de la société imposée par les dictateurs Gaafar Nimeiry en 1983 renforcée par Omar Al Bachir à partir de 1989 influencés par des extrémistes religieux ont ôté aux femmes le peu de droits qu'elles avaient arrachés durant les courtes périodes démocratiques. Les lois d'Omar Al Bachir, en plus des châtiments corporels, limitent les déplacements des femmes et leur présence dans l'espace public. Elles sont réduites pour ainsi dire à leur corps devenu enjeu politique, un corps qu'il faut pourtant cacher et dissimuler. Une de ces lois oblige par exemple les femmes «de porter le hijab dans les écoles et universités et impose aussi des règles relatives aux vêtements, à l’apparence, aux comportements. Elle punit la possession de tout matériel à caractère sexuel (comme les préservatifs), et interdit toute publication ou partage de contenu (par exemple dans des expositions ou pièces de théâtre) qui serait passible d’ « outrage aux mœurs» » (9).

Si les femmes soudanaises sont en première ligne, c'est aussi parce qu'elles sont les premières victimes de toutes les oppressions. Elles ont bien compris qu'elles n'ont rien à perdre à part leurs conditions proches de l'esclavage.

 

 

Les révoltes et les révolutions à répétition des soudanais, hommes et femmes, montrent à quel point leur soif de justice sociale, de démocratie et de dignité est insatiable. Leur victoire là-bas c'est aussi la notre ici. Le combat contre toutes les oppressions n'a pas de frontière.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)http://www.afrique-asie.fr/561-2/

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Mohamed_Taha

Voir également le livre de Taha « L'islam à vocation libératrice » publié chez l'Harmattan en 2002 préfacé pat Samir Amin.

(3)https://aan.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/AAN-1988-27_13.pdf

(4)http://www.iccnow.org/documents/Rapport_Commission_lONU_Darfour.pdf

(5)https://www.jeuneafrique.com/761484/politique/soudan-omar-el-bechir-destitue-par-larmee/

(6)https://www.ulyces.co/malaurie-chokouale/comment-les-femmes-soudanaises-changent-le-futur-de-leur-pays-soudan-revolution/

(7)https://www.levif.be/actualite/international/kandaka-la-resurrection-des-reines-nubiennes/article-normal-1119883.html

Voir également le reportage d'Arte :

https://www.arte.tv/fr/videos/089499-000-A/soudan-les-femmes-en-premiere-ligne/

(8)https://blogs.mediapart.fr/sudfa/blog/040519/revolutions-4-la-double-oppression-des-femmes-soudanaises

(9)https://blogs.mediapart.fr/sudfa/blog/040519/revolutions-4-la-double-oppression-des-femmes-soudanaises

 

 

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 17:55

Depuis quelque temps maintenant, une vague de «dérapages», de « phrases choc », de « clashs », de « badbuzz », de « polémiques » etc. tourne en boucle dans les médias dominants. Cette richesse dans le vocabulaire contraste tristement avec la misère morale et politique de celles et ceux qui saturent l'espace médiatique par leurs propos haineux. Les journalistes, les philosophes, les écrivains, les hommes et les femmes politiques etc. se précipitent et se succèdent sur les plateaux de télévision et les stations de radio pour déverser leur haine de classe sur une partie de la population notamment la fraction la plus vulnérable, les femmes musulmanes. Elles doivent être, au nom de la laïcité et de la libération des femmes, pourchassées, humiliées, stigmatisées et livrées à la vindicte populaire. La surenchère de propos ignobles, encadrés par des présentateurs réactionnaires, fait rage. Mais derrière ces « dérapages », spontanés ou contrôlés, pour faire parler de soi et faire le buzz... se cache la classe dominante. Car les idées ne tombent pas du ciel comme la pluie. Elles sont l'expression générale de la réalité économique et sociale des hommes et des femmes vivant en société. Comme disaient Marx et Engels «les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante» (1).

 

En ces temps de crise, les valeurs dont se targue encore la république bourgeoise s’effondrent lentement sous la pression des changements économiques et avec eux toute cette construction idéologique : droit de l’homme, laïcité, démocratie, État de droit, égalité entre citoyens, liberté de culte etc. Elles sont remplacées aujourd'hui par la propagation d'autres « valeurs » comme la haine, l'islamophobie, la xénophobie, la misogynie, la démagogie, la délation, etc. Il s'agit là des ingrédients essentiels utilisés ou plus précisément instrumentalisés par la classe dominante pour, en dernière analyse, maintenir les privilèges et les richesses entre ses propres mains.

 

Mais pour pouvoir imposer sa politique en temps de crise, la bourgeoisie a besoin non seulement de gouvernements autoritaires, mais aussi de tromper les masses populaires pour obtenir leur passivité voire leur complicité. Il lui faut des boucs émissaires capables de détourner la colère des masses des vrais problèmes et du combat politique. La stigmatisation du musulman aujourd'hui comme, toute proportion gardée, du juif hier, correspond à cette nécessité pour la classe dirigeante d'occulter sa propre responsabilité dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît la France et son incapacité à sortir le pays de la crise. Elle attise la haine religieuse à travers ses hommes politiques, ses journalistes, ses intellectuels, ses philosophes etc. afin de dresser les citoyens les uns contre les autres pour les diviser et pour mieux attirer, tel un prestidigitateur habile, l'attention de la population sur le voile, la construction des mosquées, les jupes longues, le burkini, la viande hallal etc. Il faut donc construire cet ennemi à force d'images et de phrases haineuses pour cimenter une population traumatisée par les différents plans d'austérité et dégoûtée par le comportement d’une classe politique corrompue et totalement soumise aux intérêts d’une minorité de très riches. Ce faisant la classe dominante déforme et travestit la réalité.

 

Mais cette prolifération et ce développement fulgurant dans l'espace médiatique de ces « dérapages/ commentaires/dérapages... » constituent, dans une certaine mesure, les symptômes d'une société en crise profonde qui glisse progressivement et insidieusement vers un régime encore plus autoritaire que celui qui est déjà en place (2). On ne compte plus, dans l'espace médiatique, le nombre de débats sur le port du voile, de tribunes, d'éditoriaux et de chronique sur l'islam. Les mots et les « théories » utilisés sont souvent vides de sens mais toujours chargés de haine. Avec ces « dérapages » à répétition, on assiste à un processus irrésistible de résignation, de dépolitisation et de fascisation des esprits.

 

C'est dans ce cadre qu'il faut peut-être comprendre cette omniprésence et cette audience démesurée donnée à l'idéologie d'extrême droite dans les grands médias. Par exemple, sur BFM-TV, Cnews, France Info et LCI, on compte 161 invitations des représentants du Rassemblement national sur une période de moins de 3 mois : «Sur la période allant du 1er janvier au 17 mars 2019, on ne dénombre pas moins de 161 invitations sur BFM-TV, Cnews, France Info ou LCI, soit plus de deux apparitions par jour en moyenne. (...) Cette omniprésence des représentants du parti d’extrême-droite s’accompagne d’un traitement médiatique tout en complaisance à l’égard de Marine Le Pen» (3). Les idées et les thèmes fétiches et obsessionnels de ce parti comme l'immigration, l'islam, le voile, les banlieues, le terrorisme, la sécurité etc, sont ainsi, grâce au matraquage des grands médias, légitimés, banalisés et intériorisés.

Rappelons pour mémoire que dans les années 80 par exemple les journalistes traitaient autrement Jean-Marie Le Pen, le père de Marine (4). Autrefois indésirable et peu fréquentable, le parti d'extrême droite est devenu aujourd'hui l'objet de toutes les convoitises médiatiques.

 

Aujourd'hui, le capitalisme en crise produit et continuera à produire des «valeurs» de haine, de xénophobie, d’islamophobie, de délation etc. C'est à ce système qu'il faut s'attaquer et à la minorité d'oppresseurs qui dresse les citoyens les uns contre les autres jouant sur leurs préjugés nationaux et religieux et non aux femmes, aux travailleurs immigrés, aux réfugiés quelque soit leur confession.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm

(2)Voir la répression exercée sur le Mouvement des Gilets jaunes par le gouvernement Macron http://www.belaali.com/2019/11/gilets-jaunes-une-annee-de-combat-et-d-espoir.html

(3)https://www.acrimed.org/Les-chaines-tele-deroulent-le-tapis-rouge-devant

(4)https://www.ina.fr/video/CAB85106298

 

 

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