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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 06:47

«Ce n'est pas la richesse qui manque dans ce monde, c'est le partage»

 

 

 

 

 

 

 

Au début du Mouvement, ils étaient encore des dizaines sur le rond-point. Aujourd'hui il ne reste qu'une vingtaine d'irréductibles. Ici comme sur des milliers d'autres ronds-points, des hommes et des femmes, samedi après samedi, acte après acte, se dévouent pour maintenir en vie la flamme de ce formidable soulèvement populaire. Ils sont en quelque sorte les représentants de toute cette France, très abîmée par le pouvoir et les grandes fortunes du pays, mais toujours debout.

 

 

Le rond-point et ses environs immédiats (routes, gare de péage, parking de supermarché, pompe à essence etc.) ne sont pas seulement des lieux géographiques sans charme, mais des espaces où s'expriment la colère et la révolte de celles et ceux qui ne peuvent s'exprimer nulle part. Par sa régularité et sa durée, le combat des Gilets jaunes sur le rond-point se différencie nettement des manifestations épisodiques classiques et des parcours syndicaux bien encadrés. Le rond-point ainsi que la gare de péage située à proximité, voient passer des milliers de voitures chaque samedi. Les automobilistes, dans leur immense majorité, ralentissent l'allure, klaxonnent, saluent avec sympathie, montrent leur gilet jaune en guise de solidarité ou parfois de générosité en donnant quelques victuailles... Certains font le détour et viennent échanger et encourager les réfractaires. Les opérations «péage gratuit», lorsqu'elles se produisent, se déroulent dans une ambiance bon enfant au milieu des klaxons approbateurs des passagers. Les Gilets jaunes profitent alors de ces moments pour appeler la population à les rejoindre et à se mobiliser contre la politique de misère sociale de Macron à travers des revendications écrites directement sur les gilets ou sur des banderoles et pancartes bricolées à la hâte.

 

Sans ce soutien et cette solidarité des automobilistes et de l'opinion en général, les Gilets jaunes n'auraient probablement jamais pu tenir aussi longtemps. Si beaucoup d'automobilistes partagent leurs revendications, très rares malheureusement, sont ceux qui franchissent le pas et viennent régulièrement sur le rond-point. Le soutien de la population reste donc très symbolique.

 

Il faut dire que Macron, le président banquier, avait pris la responsabilité de mener la guerre à ces gueux qui ont osé défier son pouvoir quasi-monarchique et l'ont même, un moment, fait vaciller en sortant massivement tous les samedis dans toute la France pour crier leur détresse et leur colère. Macron et les siens avaient réellement pris peur. Il fallait donc se venger de ce petit peuple en jaune qui n'aspire qu'à vivre de son travail. Il fallait terroriser cette « foule haineuse » par des châtiments corporels d'un autre âge : mains arrachées, yeux crevés, visages défigurés, crânes fracassés etc. La haine du pouvoir bourgeois pour les Gilets jaunes est sans limite.

Cette répression sauvage, la propagande des grands médias tous entre les mains de puissants milliardaires, les expulsions des rond-points, les poursuites judiciaires interminables, les interdictions de manifester, les parcours défendus dans les centres-villes, les pressions et intimidations de toutes sortes ainsi que les mesures restrictives liées à la crise sanitaire, tous ces éléments et bien d'autres ont nettement affaibli le Mouvement.

Il faut beaucoup de courage aujourd'hui pour être encore Gilet jaune !

 

Le mouvement ou tout du moins ce qu'il en reste tente, vaille que vaille, de résister avec des effectifs nettement réduits. Même si globalement la population lui apporte encore son soutien, les derniers Gilets jaunes retranchés sur leurs ronds-points se sentent terriblement seuls, abandonnés à leur triste sort par toutes les forces qui, théoriquement du moins, devraient être à leurs côtés permettant ainsi aux éléments d'extrême droite d'infiltrer le Mouvement.

Certains «professionnels de la lutte» qui se prennent pourtant pour des «révolutionnaires purs», ne s'étaient pour ainsi dire jamais aventurés sur un rond-point. Le combat des Gilets jaunes ne correspond peut-être pas tout à fait à leur catéchisme révolutionnaire. Ils sont restés, avec leur vision un peu idéalisée des mobilisations, à l'écart du Mouvement.

D'autres militants plus sincères et plus expérimentés, mais issus pour la plupart de la petite bourgeoisie, étaient quant à eux mal à l'aise sur les ronds-points et ont fini par les déserter abandonnant progressivement cette partie de la population ignorée et méprisée par les gouvernements bourgeois successifs. Probablement les barrières de classe qui les séparent des Gilets jaunes restent pour eux infranchissables.

Plus grave encore est l'attitude des syndicats et des partis politiques (à l'exception de l'Union syndicale Solidaires, de la France insoumise et du NPA) envers les Gilets jaunes. Dès le début de cette immense colère populaire, les directions de certains syndicats, des partis politiques et les intellectuels de gauche à quelques exceptions près, leur ont littéralement et honteusement tourné le dos. Ils ont assisté en spectateurs à ce conflit ouvert comme s'ils n'étaient pas concernés. Même les syndicats et les partis de gauche qui ont apporté leur soutien au Mouvement, ne se sont pas réellement impliqués dans cette formidable révolte. Ils ont laissé les Gilets jaunes seuls face à un pouvoir réactionnaire et extrêmement violent.

 

Le combat des Gilets jaunes, dans une certaine mesure, constitue un refus, une révolte contre cet immobilisme des organisations syndicales et politiques réduites à gérer conjointement avec le pouvoir le système en place, alors même que la tendance générale du capitalisme n'est pas d'améliorer les conditions de celles et ceux qui produisent la richesse, mais à les dégrader.

 

C'est une remise en cause profonde de leurs tactiques et de leurs stratégies. Ce n'est pas un hasard si le Mouvement des Gilets jaune a surgi sur la la scène politique française au moment où le capitalisme semble domestiquer les directions de ces différentes organisations. Certains appareils, tellement à l'aise dans cette situation de collaboration de classe, vont jusqu'à espérer, sans jamais l'avouer, la mort du Mouvement.

 

Il ne s'agit pas tant de critiquer les syndicats en tant qu'instrument précieux et indispensable entre les mains des travailleurs pour combattre le despotisme patronal que de dénoncer l'attitude opportuniste de leurs directions. Leur silence et leur absence au côté du peuple (ouvriers, employés, chômeurs, artisans en situation économique difficile, petits retraités, femmes pauvres...) constituent non seulement un soutien indirect au pouvoir, mais aussi une opportunité offerte à toutes les forces réactionnaires pour s'emparer du Mouvement. C'est une blessure qui restera longtemps ouverte.

 

 

Le Mouvement populaire des Gilets jaunes malgré sa grandeur n'a jamais réussi réellement à se structurer, même s'il a senti la nécessité de s'organiser (Assemblée des assemblées), pour pouvoir mener une lutte politique de classe contre classe. Le combat des Gilets jaunes s'apparente davantage à une révolte, à une contestation populaire spontanée qu' à un mouvement organisé et guidé par une direction consciente et déterminée. Le Mouvement des Gilets jaunes, nonobstant ses faiblesses et ses contradictions, restera un événement majeur dans cette lutte qui fait rage entre les dominants et les dominés. Il entrera dans l'histoire avec une aura qui lui est propre.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 07:27

 

Je publie à nouveau ce texte écrit en 2015 sur la liberté d'expression après le drame de Charlie Hebdo. Aujourd'hui comme hier, la classe dirigeante instrumentalise et exploite sans limite l'émotion et l'indignation suscitées par l'assassinat de Samuel Paty pour ses propres intérêts politiques et idéologiques. Ce crime ignoble constitue dans un contexte de paupérisation, de précarisation de masse et de colère contre une gestion chaotique de la pandémie, une véritable aubaine pour un pouvoir qui, pour se maintenir, s'appuie de plus en plus sur la manipulation, le mensonge et sur son appareil répressif.

 

«Je continue de prendre pour modèle de référence le « Charlie » originel : le grand Charlie Chaplin qui ne s’est jamais moqué des pauvres » - Schlomo Sand

 

 

Président de la République, Gouvernement, Parlement, médias et intellectuels, dans une étrange communion, célèbrent avec enthousiasme et exubérance la liberté d'expression. Et pendant que la classe dirigeante, à travers le pouvoir exécutif, prétend défendre cette précieuse liberté, ses institutions répressives traquent, répriment, calomnient, dénigrent et censurent tous ceux et toutes celles qui expriment une pensée différente ou tout simplement profèrent des mots vite interprétés comme faisant l'apologie du terrorisme et de l'islamisme. Un climat détestable règne aujourd'hui en France. Une forme de terrorisme intellectuel et de fascisation des esprits s'installe insidieusement au nom de la liberté d'expression.

 

La classe dominante, sans vraiment le vouloir, présente sa liberté d'expression comme étant celle de toutes les autres classes sociales. Lorsqu'elle évoque la liberté d'expression, c'est à sa propre liberté qu'elle pense. Car elle est justement l'expression de ses intérêts. Ce qui est permis aux uns est interdit aux autres. Autrement comment peut-on expliquer cet acharnement à vouloir taire et étouffer tout ce qui se dresse, d'une manière ou d'une autre, contre la pensée dominante.

 

Les grands médias, concentrés entre les mains de puissants groupes industriels et financiers, qui ont une influence considérable sur l'opinion publique utilisent la liberté d'expression uniquement pour servir leurs intérêts économiques et idéologiques. La liberté d'expression reste un privilège de classe.

Est libre toute expression qui sert directement ou indirectement les intérêts dominants. Est suspecte, voire parfois criminelle, toute pensée différente. Même les enfants n'échappent pas à cette logique de suspicion. Leur parole spontanée heurte la vérité officielle. Il faut la condamner. Cette répression constitue par elle-même une éclatante négation de cette fameuse liberté bourgeoise d'expression.

Les idées autres que celles du pouvoir deviennent insupportables. Seule la liberté d'expression de la classe dominante doit régner: «L’école est en première ligne aussi pour répondre à une autre question car même là où il n’y a pas eu d’incidents il y a eu de trop nombreux questionnements de la part des élèves, et nous avons tous entendu les oui je soutiens Charlie, mais…, les deux poids deux mesures. Pourquoi défendre la liberté d’expression ici et pas là ? Ces questions nous sont insupportables» déclarait une éminente représentante du Gouvernement (1). Seuls les «oui» ont le droit à cette liberté. Les «mais» en sont exclus ! Pas de place pour les hérétiques. A l'école, plus de questionnements, plus d'interrogations, plus d'esprit critique, plus rien. Place au formatage, au gavage et au dressage !

 

Les citoyens ne doivent plus s'interroger sur le drame de Charlie Hebdo. Plus de questions sur les racines du terrorisme, sur le rôle des États-Unis, de la France, de l'Arabie Saoudite, du Qatar et de la Turquie dans la création de ces groupes armés qui sèment aujourd'hui la terreur un peu partout à travers la planète . Ils doivent seulement répéter ce que le pouvoir pense à leur place. La seule liberté d'expression qu'on leur laisse, la seule qui est autorisée est la liberté officielle.

Plus de questions également sur la société française qui produit et produira probablement encore des monstres. Car le questionnement, les interrogations et la recherche des causes complexes internes et externes du terrorisme peuvent mettre en exergue les liens intimes qui existent entre les bourgeoisies occidentales et le terrorisme.

 

Pour la classe dirigeante, ces questions sont tout simplement «insupportables». La bourgeoisie est donc incapable de supporter une véritable liberté d'expression. Elle adopte en permanence de nouvelles lois de plus en plus répressives et liberticides pour protéger sa propre liberté d'expression et pour mieux contrôler et confisquer la parole des autres.

Mais au-delà de l'aspect judiciaire, c'est la dimension politique et idéologique qui intéresse la classe dominante. Il s'agit à travers la lutte contre le terrorisme de créer un climat, un sentiment «d'union nationale» permettant et facilitant non seulement de nouvelles attaques contre les libertés individuelles et collectives dont la liberté d'expression mais également l'application de politiques de misère sociale qui ravagent aujourd'hui la France. Cet état d'esprit, basé sur l'exploitation de l'émotion, de la colère et de l'indignation sincères suscitées par les attentats terroristes doit se prolonger le plus longtemps possible tellement il sert les intérêts de la classe dirigeante. « L’esprit du mois de janvier 2015, c’est l’unité de la République(...) Cet esprit-là, je dois le prolonger » disait le chef de l’État (2).

 

La liberté d'expression est une arme idéologique redoutable entre les mains de la bourgeoisie qui lui permet de mieux combattre celle des autres. Elle l'utilise pour marginaliser et réduire ses adversaires au silence tout en se présentant hypocritement et cyniquement comme la grande protectrice de cette précieuse liberté. Rien de plus normal dans une société fondée sur les antagonismes de classes. Il n'existe pas de liberté d'expression en dehors ou au-dessus des classes sociales. En définitive, la liberté d'expression n'est que le reflet de cette lutte des classes qui déchire la société bourgeoise.

 

Mohamed Belaali

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(1)http://www.najat-vallaud-belkacem.com/2015/01/14/najat-vallaud-belkacem-je-mobilise-la-communaute-educative-pour-repondre-par-des-actes-forts/

(2)https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/attaque-au-siege-de-charlie-hebdo/video-l-esprit-de-janvier-2015-je-dois-le-prolonger-lance-hollande-lors-de-sa-conference-de-presse_816747.html

 

 

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31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 08:27

 

Ce texte écrit en 2015, s'il est dépassé sur certains points liés à l'évolution de la situation géopolitique du Moyen-Orient, il reste quant au fond d'une tragique actualité. Le retour sur les liens intimes qui existent entre le terrorisme et les guerres impérialistes peut aider à comprendre ce phénomène qui est en fait l'un des symptômes du pourrissement de la société capitaliste.

 

 

Taliban, Al Qaeda, Aqmi, Boko Haram, Rebelles libyens, Rebelles syriens, Daech, Al Nosra, Khorassane, ne sont que des noms, parmi tant d'autres, pour désigner des organisations et des mouvements créés, financés, entraînés et armés directement et indirectement par l'impérialisme américain et son caniche européen dans le seul et unique but de servir leurs intérêts économiques et stratégiques. En condamnant toutes les voies et toutes les issues progressistes, l'impérialisme a ouvert la boîte de Pandore libérant des monstres qui essaiment un peu partout, mais qui lui servent de prétexte pour d'éventuelles interventions dans les pays qui lui sont réfractaires. L'impérialisme est le père de tous les terrorismes.

 

 

La violence et la cruauté des groupes terroristes, aussi barbares soient-elles, sont peu de chose par rapport à la terreur que l'impérialisme exerce sur les peuples qui refusent de se soumettre à sa domination. Un pays comme l'Irak par exemple est aujourd'hui dans un état de décomposition avancé. L’intégrité du pays et son unité ne sont désormais qu'un lointain souvenir. Les guerres impérialistes dans ce pays ont laissé derrière elles des centaines de milliers de morts. Et c'est Madeleine Albrith qui justifiait froidement en 1996 la mort de 500 000 enfants irakiens (1).

 

L'empire américain a dressé des fanatiques religieux contre Nasser en Egypte, contre Sukarno en Indonésie, contre Bhutto au Pakistan, contre Najibullah en Afghanistan. Le but est de contrer et d'étouffer toute pensée et tout mouvement communiste ou même nationaliste.

 

Au Pakistan, le général dictateur Zia a renversé le gouvernement démocratiquement élu d'Ali Bhutto grâce au soutien décisif de Washington. Pour asseoir son pouvoir et mater toute opposition laïque, le dictateur instrumentalise l'Islam. «Les hommes de Zia étaient obtus, insensibles et cruels. Le nouveau régime avait décidé d'utiliser l'Islam comme machine de guerre ; ses partisans barbus, souvent incroyablement stupides, étaient opportunistes jusqu'à la moelle. Ils mêlaient la religion aux profanations les plus viles» écrivait Tariq Ali dans «Le choc des intégrismes» (2). Des Madrassas (écoles coraniques) fleurissaient alors un peu partout au Pakistan. En plus de la formation religieuse, on apprenait à ces talibans (étudiants) le maniement des armes et les techniques de la guérilla. Il s'agit en fait de centres d'endoctrinement gérés et contrôlés par les fameux services secrets pakistanais ISI (Inter-Services Intelligence). De ces écoles religieuses naquirent des dizaines de milliers de fanatiques prêts à tous les sacrifices. L'impérialisme avait besoin de Zia et de ses talibans pour renverser d'abord le gouvernement pro-soviétique, installé à Kaboul, et surtout livrer la guerre aux troupes Soviétiques présentes sur le sol Afghan ensuite. Les talibans sont ainsi devenus, par la grâce des dollars américains et des pétrodollars saoudiens les « moudjahidins de la liberté» qui allaient mener le djihad (la guerre sainte) contre les « communistes » afghans et leur protecteur soviètique. Dans son interview accordée au Nouvel Observateur, le chef de la sécurité nationale de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski déclarait ceci :

- Nouvel Observateur: «Vous ne regrettez pas non plus d'avoir favorisé l'intégrisme islamiste, d'avoir donné des armes, des conseils à des futurs terroristes?»

- Zbigniew Brzezinski : «Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide?» (3).

Rappelons que pendant la guerre contre l'Union soviétique, le dictateur Zia et ses services de renseignement ont demandé à l'Arabie Saoudite de dépêcher un membre de la famille royale pour superviser la «guerre sainte». Faute de pouvoir trouver un émir, c'est un certain Oussama Ben Laden qui fut envoyé !!

 

Le chaos que connaît actuellement la Libye est la conséquence directe de l'intervention militaire américaine et européenne dans ce pays (4). Les nombreuses milices islamistes qui font régner aujourd'hui la terreur dans ce pays martyr, avaient non seulement servi de troupes terrestres aux bombardements de l'OTAN , bras armé de l'impérialisme, mais également de justification et de légitimation de l'intervention impérialiste pour renverser le régime de Kadhafi. La propagande des médias américains et européens présentaient ces djihadistes comme des «rebelles» et des «révolutionnaires» prêts à se sacrifier pour la liberté et la démocratie. Il fallait donc les entraîner, les armer et les financer. Et c'est grâce à L'OTAN que ces milices sont entrées triomphalement à Tripoli. Abdelhakim Belhaj, «l'émir» du Groupe islamique combattant (GIC) lié à Al Qaeda, remerciait d'ailleurs publiquement les dirigeants américains et européens de lui avoir offert ce triomphe (5). Rappelons que les chefs de ce groupe sont tous formés par la CIA en Afghanistan pour combattre l'armée soviétique. Derna, ville libyenne sur la méditerranée, est aujourd'hui dirigée par ce que l'on appelle communément l'Etat Islamique (EI). Le contrôle de cette ville par EI est rendu possible grâce à la collaboration d'une autre milice, Ansar Al Charia, farouche opposante au régime disparu de Kadhafi.

La destruction de l’État libyen par l'OTAN et ses alliés islamistes a permis par ailleurs le pillage des arsenaux militaires par des groupes djihadistes opérant en Tunisie, en Égypte et surtout au nord Mali. La France qui est intervenue dans ce dernier pays pour mener «la guerre au terrorisme», a participé activement au renversement du régime libyen en soutenant les milices islamistes ! Les mêmes groupes armés sont traités tantôt de «terroristes», tantôt de «rebelles» en fonction des seuls intérêts de la bourgeoisie.

 

La Turquie, dirigée aujourd'hui par un gouvernement islamiste et conservateur, affiche ostensiblement sa volonté de renverser le régime laïc baassiste syrien. Il faut préciser que la Turquie est membre à part entière de l'OTAN et alliée de poids de l'impérialisme américain dans la région. Son soutien aux «rebelles syriens» est total. Les frontières turques sont largement ouvertes aux « rebelles » et aux mercenaires du monde entier pour mener la «guerre sainte» au régime syrien. La Turquie sert de base arrière aux islamistes de tout bord pour se soigner, se reposer et surtout pour s'entraîner. Mais cette volonté de la Turquie de renverser le régime baassiste par tous les moyens n'est rendue possible que grâce à la complicité de l'impérialisme américain et européen.

 

 

Vouloir installer par la violence des gouvernements à leur solde, l'impérialisme et ses alliés locaux n'ont pas hésité à soutenir des mouvements politiques dont l'Islam n'est qu'un voile derrière lequel se cachent les intérêts des uns et des autres. Les mauvaises graines qu'ils ont semées à travers la planète ont produit une moisson abondante de groupes dont la cruauté et la barbarie s'inspirent directement de celles de leurs maîtres. L'Arabie Saoudite, modèle de démocratie et du respect des droits de l'homme et surtout de la femme, décapite au sabre et en public chaque année des dizaines d'hommes. Or l'Arabie reste le soutien financier et idéologique (le wahhabisme) le plus décisif des nombreuses organisations djihadistes réactionnaires qui opèrent notamment en Irak et en Syrie. Mais l'Arabie Saoudite est également pour l'impérialisme américain, en plus de ses richesses pétrolières, le rempart le plus solide contre toute idée et tout régime démocratique, progressiste et laïc : «Les richesses pétrolières enfouies sous le sable de l'Arabie, le rôle de défenseur des intérêts impériaux de l'impérialisme américain font de cet État féodal un «ami» de toutes les bourgeoisies occidentales et l'ennemi de tous les travailleurs» (6). Le terrorisme est à l'image de l'impérialisme.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)http://www.belaali.com/article-les-ravages-de-la-guerre-imperialiste-en-irak-48981793.html

 

 

(2)Tarik Ali «Le choc des intégrismes »,Textuel,2002, page 215

 

(3)Le Nouvel Observateur du 15-21 janvier 1998

 

(4)http://www.belaali.com/article-la-libye-apres-l-intervention-imperialiste-108002868.html

 

(5)http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/libye-abdelhakim-belhaj-l-islamiste-qui-remercie-les-occidentaux_1027938.html

 

Voir également son portrait dressé par le journal Libération :

http://www.liberation.fr/monde/2011/08/26/abdelhakim-belhaj-le-retour-d-al-qaeda_757094

 

(6)http://www.belaali.com/article-arabie-saoudite-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-sur-les-revoltes-populaires-109557989.html

 

 

 

 

 

 

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 19:19

 

Contre la culture de l'amnésie, une date à ne pas oublier : 17 octobre 1961.

Des centaines d'algériens ont été noyés et massacrés ce jour-là en plein Paris par l’État français.

 

https://m.ina.fr/video/1838481001002/dossier-historique-rafle-du-17-octobre-1961-video.html

 

 

 

 

 

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 06:54

A l'occasion du 53 ème  anniversaire de l'assassinat du Che et contre la culture de l'amnésie, je reposte ce texte.

 

 

 

«Toute notre action est un cri de guerre contre l'impérialisme et un appel vibrant à l'unité des peuples contre le grand ennemi du genre humain : les Etats-Unis».

Ernesto Che Guevara

 

 

 

Il y a cinquante trois ans jour pour jour, Ernesto Che Guevara a été exécuté à la Higuera le

9 octobre 1967 par l'armée bolivienne encadrée par la CIA américaine. Pour l'impérialisme yankee, le Che était devenu l'homme à abattre. Non seulement il représentait un danger pour les intérêts de la bourgeoisie américaine parce que la révolution a triomphé à Cuba à moins de 150 km des Etats-Unis, mais aussi et surtout parce que son combat contre l'impérialisme était total, planétaire. Le Che a bien compris que l'impérialisme, stade suprême du capitalisme, était le véritable ennemi des peuples. Combattre l'impérialisme partout à travers le monde était pour lui «le plus sacré des devoirs» (1) .

 

 

Poussé par la recherche effrénée du profit, l'impérialisme en tant qu'instrument de pouvoir de la bourgeoisie, tente de soumettre par la violence les peuples des trois continents. Pour le Che, la richesse des pays impérialistes et leur niveau de vie élevé reposent sur l'exploitation des autres peuples de la planète. Leur misère est directement liée à l'hégémonie et à la domination impérialiste :

 

«Depuis que les capitaux monopolistes se sont emparés du monde, ils maintiennent dans la misère la plus grande partie de l'humanité et partagent tous les profits à l'intérieur du groupe des pays les plus puissants. Le niveau de vie de ces pays repose sur la misère des nôtres. Pour élever le niveau de vie des peuples sous-développés, il faut donc lutter contre l'impérialisme» (2) .

 

Cette domination planétaire de l'impérialisme exige donc une lutte et une résistance également planétaires :

 

«En définitive, disait le Che, il faut tenir compte du fait que l’impérialisme est un système mondial, stade suprême du capitalisme, et qu’il faut le battre dans un grand affrontement mondial. Le but stratégique de cette lutte doit être la destruction de l’impérialisme» (3).

 

L'impérialisme américain et sa puissance restent le danger principal de l'humanité, «le grand ennemi du genre humain » comme disait le Che. L'impérialisme pour lui ce sont d'abord les États-Unis :

 

«En envisageant la destruction de l’impérialisme, il convient d’identifier sa tête, qui n’est autre que les Etats-Unis d’Amérique (…) L’impérialisme américain est coupable d’agression : ses crimes sont immenses et s’étendent au monde entier». (4)

 

Que faire alors face à cet ennemi des peuples, puissant et violent ?

 

«Le rôle qui nous revient à nous, exploités et sous-développés du monde, c’est d’éliminer les bases de subsistance de l’impérialisme : nos pays opprimés, d’où ils tirent des capitaux, des matières premières, des techniciens et des ouvriers à bon marché et où ils exportent de nouveaux capitaux (des instruments de domination) des armes et toutes sortes d’articles, nous soumettant à une dépendance absolue. (…) Puisque les impérialistes, avec la menace de la guerre, exercent leur chantage sur l’Humanité, la réponse juste c’est de ne pas avoir peur de la guerre. Attaquer durement et sans interruption à chaque point de l’affrontement doit être la tactique générale des peuples.Cela veut dire une guerre longue. Et, nous le répétons une fois de plus, une guerre cruelle. Que personne ne se trompe au moment de la déclencher et que personne n’hésite à la déclencher par crainte des conséquences qu’elle peut entraîner pour son peuple. C’est presque la seule espérance de victoire» (5).

 

Ernesto Che Guevara était persuadé que la défaite de l'impérialisme passe nécessairement par le triomphe de la révolution mondiale. La victoire ne sera jamais complète tant que d'autres peuples restent soumis à la domination impérialiste. La révolution cubaine n'était pour lui qu'un tremplin pour d'autres bouleversements à travers la planète. L'internationalisme non seulement reste un devoir pour tout révolutionnaire, mais surtout une nécessité stratégique dans la lutte anti-impérialiste. Il faut donc partout étendre et généraliser les luttes et les fronts anti-impérialistes afin de forcer l'ennemi à éparpiller ses forces :

 

«Comme nous pourrions regarder l’avenir proche et lumineux, si deux, trois, plusieurs Vietnam fleurissaient sur la surface du globe, avec leur part de morts et d’immenses tragédies, avec leur héroïsme quotidien, avec leurs coups répétés assénés à l’impérialisme, avec pour celui ci l’obligation de disperser ses forces, sous les assauts de la haine croissante des peuples du monde !»

(6)

 

Mais le Che ne se contentait pas seulement de discourir et de théoriser la lutte contre l'impérialisme. Il a mené personnellement, les armes à la main, un combat héroïque contre l'impérialisme américain que ce soit dans la Sierra Maestra cubaine, dans le maquis congolais ou encore dans la forêt et les montagnes boliviennes. Il ne suffit pas «de souhaiter le succès à la victime de l’agression, mais de partager son sort, de l’accompagner dans la mort ou dans la victoire» (7).

La pratique et la théorie pour le Che étaient étroitement liées et tellement imbriquées l'une dans l'autre qu'elles ne forment qu'un tout inséparable. Son intégrité, sa sincérité et son honnêteté, de l'avis même de ses ennemis, étaient totales. Sa vie, brève mais intense, se confondait avec ses idées. Il a été jusqu'au bout de ses convictions révolutionnaires, «dans une révolution on triomphe ou on meurt (si elle est véritable)» (8). Le pouvoir, le prestige, les honneurs... ne l'ont jamais corrompu. Son mode de vie gênait et irritait tous les bureaucrates qui s'installent confortablement dans leurs nouveaux postes de commandement.

Dans son combat permanent contre l'impérialisme yankee, Ernesto Che Guevara n'a pas hésité à troquer son poste de ministre de l'industrie contre celui de guérillero dans les maquis congolais et bolivien; «d’autres terres du monde réclament le concours de mes modestes efforts» disait-il (9) . Pour sa famille, il n'a légué aucun bien matériel. A ses enfants, il ne leur a laissé qu'une lettre dans laquelle il leur conseillait «d'étudier beaucoup» mais avant tout, ajoute-t-il «soyez surtout capables de sentir, au plus profond de vous-mêmes, toute injustice commise contre quiconque en quelque partie du monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire» (10) .

 

Le Che pensait que «Chaque fois qu'un pays se détache de l'arbre impérialiste, ce n'est pas seulement une bataille partielle gagnée contre l'ennemi principal, c'est aussi une contribution à son affaiblissement réel et un pas de plus vers la victoire finale. Il n'est pas de frontières dans cette lutte à mort. Nous ne pouvons rester indifférents devant ce qui se passe ailleurs dans le monde, car toute victoire d'un pays sur l'impérialisme est une victoire pour nous ; de même que toute défaite d'une nation est une défaite pour nous» (11) .

C'est dans cet esprit qu'il faut situer l'engagement du Che au Congo et en Bolivie, même si d'autres considérations entrent en ligne de compte, comme ses critiques de plus en plus virulentes à l'égard des pays socialistes : «Les pays socialistes, écrit-il dans son discours d'Alger, ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l'Ouest» (12) . Mais pour lui le combat anti-impérialiste partout à travers le monde, le seul qui vaille, l'emporte sur toute autre considération.

Ernesto Che Guevara était convaincu que «la victoire au Congo montrera aux africains que la libération nationale ouvre la voie au socialisme ; une défaite ouvrira la voie au néo-colonialisme» (13) .

En juin 1960 le Congo, un pays immensément riche en minerais de toute sorte, obtient son indépendance et Patrice Lumumba est élu chef du gouvernement. «Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle, nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang (…) L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain» déclarait Lumumba lors des cérémonies d'indépendance (14) .

Mais, Lumumba avant même de devenir premier ministre était déjà un farouche ennemi du colonialisme et de l'impérialisme. C'est lui qui disait «L’Afrique toute entière est irrésistiblement engagée dans une lutte sans merci contre le colonialisme et l’impérialisme» (15).

Contre l'amnésie historique, rappelons tout de même que «La Belgique était la puissance coloniale européenne la plus sanguinaire et répressive en Afrique. Les belges tant wallons que flamands avaient tués 10 à 12 millions de congolais» (16) .

Sentant leurs intérêts économiques et stratégiques menacés, le pouvoir colonial belge et l'impérialisme américain ont tout simplement décidé d'éliminer physiquement Patrice Lumumba par Tshombé et Mobutu interposés (17).

Après l'assassinat de Lumumba, dans des conditions atroces, d'autres hommes comme Pierre Mulele par exemple ont continué le combat anticolonialiste et anti-impérialiste du héros africain. Mais Mobutu avec l'aide notamment des américains et des belges a réussi à écraser la rébellion au prix de milliers de congolais loyalistes massacrés.

En décembre 1964, de la tribune des Nations Unies, Ernesto Che Guevara dénonce ce carnage et l'exploitation des pays pauvres par l'impérialisme :

 

«La philosophie du pillage, non seulement n'a pas cessé mais elle se maintient, plus forte que jamais; c'est pourquoi ceux-là mêmes qui ont utilisé le nom des Nations Unies pour assassiner Lumumba, assassinent aujourd'hui des milliers de Congolais, au nom de la défense de la race blanche».

Dans son discours du 30 novembre 1964, à l'occasion du 6ème anniversaire du soulèvement de Santiago de Cuba, le Che va encore plus loin dans sa dénonciation des crimes de l'impérialisme qui transforme les hommes en bêtes féroces et rend un vibrant hommage à Patrice Lumumba :

 

«(...) la bestialité de l'impérialisme, bestialité qui n'a pas de frontière précise et qui n'appartient pas à un pays déterminé. Les hordes hitlériennes se sont conduites comme des bêtes féroces, les américains d'aujourd'hui se conduisent comme des bêtes féroces, les parachutistes belges se conduisent comme des bêtes féroces, comme les impérialistes français en Algérie parce que il est dans la nature de l'impérialisme de transformer les hommes en bêtes, d'en faire des bêtes féroces assoiffées de sang qui sont disposées à égorger, assassiner, détruire jusqu'à la dernière image d'un révolutionnaire, d'un partisan d'un régime qui s'est retrouvé sous leur botte et qui lutte pour la liberté. Et la statue qui perpétue le souvenir de Lumumba - aujourd'hui détruite et reconstruite demain - nous rappelle aussi, avec l'histoire tragique de ce martyr de la Révolution mondiale, que l'on ne peut pas faire confiance à l'impérialisme, même pas un tout petit peu, en rien».

 

L’expérience congolaise était un échec. Le Che le dit lui-même sans détours : «Cette histoire est celle d’un échec» (18) . Ernesto Che Guevara ne se limitait pas à critiquer les autres. Il s'accusait lui-même. L'autocritique faisait partie intégrante de son caractère. N'est-ce pas lui qui disait à propos de l'étape congolaise «(...) nous avons échoué. Ma responsabilité est grande» ? (19) . Mais cet échec n'a pas entamé sa volonté de poursuivre son combat anti-impérialiste : « j’ai appris au Congo; il y a des erreurs que je ne ferai plus. Peut-être en répéterai-je d’autres, en commettrai-je de nouvelles aussi. J’en suis sorti avec plus de foi que jamais dans la guérilla» (20) .

Le voilà parti, une fois de plus, avec ses compagnons de différentes nationalités, allumer «deux, trois, plusieurs Viêt-nam» ailleurs qu'en Afrique. C'est «l'heure des brasiers et il ne faut voir que la lumière», cette phrase de José Marti, chère à Guevara, résume bien le nouveau combat anti-impérialiste que le Che veut livrer en Bolivie au cœur même du sous-continent américain. «L’Amérique, disait-il, constitue un ensemble plus ou moins homogène et dans presque tout son territoire les capitaux monopolistes américains maintiennent une primauté absolue. Les gouvernements fantoches, ou, dans le meilleur des cas, faibles et timorés, ne peuvent s’opposer aux ordres du maître yankee.(...) Par ailleurs, les bourgeoisies nationales ne sont plus du tout capables de s’opposer à l’impérialisme ( si elles l’ont jamais été) et elles forment maintenant son arrière-cour. Il n’y a plus d’autres changements à faire : ou révolution socialiste ou caricature de révolution» (21) .

Propager la guérilla révolutionnaire, ouvrir de nouveaux foyers pour affaiblir l'impérialisme yankee qui étouffe tous les peuples d'Amérique latine à commencer par le peuple cubain, voilà la nouvelle mission du Che en Bolivie. «Une nouvelle étape commence aujourd'hui» écrit-il dans la première page de son Journal de Bolivie. Il s'agit de réveiller par la guérilla les consciences endormies des peuples d'Amérique latine et les dresser contre leur ennemi commun, les Etat-Unis. Cette fois, il veut marcher sur les traces du grand libérateur Simon Bolivar.

A peine libérés de l'esclavage colonial espagnol et portugais, les peuples d'Amérique latine sont tombés dans une autre dépendance non moins féroce, celle de l'impérialisme nord-américain. Ce sont ces liens d'exploitation et d'oppression qui les maintiennent dans le sous développement et dans la misère que le Che a voulu, à sa manière, briser.

 

Mais cette «nouvelle étape», aussi désespérée qu'héroïque, sur son chemin de lutte contre l'impérialisme, était la dernière. Sa mort tragique et prématurée ne lui a pas laissé le temps d'aller jusqu'au bout de ses convictions libératrices. Le 9 octobre 1967, le grand Ernesto Che Guevara est mort sur le sol de cette Amérique latine où il a rencontré dans sa jeunesse tant de misères et de souffrances de ses ouvriers, de ses mineurs, de ses lépreux, de ses indigènes et de ses paysans. Mais le Che en tant qu'internationaliste disait «Qu’importe où nous surprendra la mort ; qu’elle soit la bienvenue pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu’une main se tende pour empoigner nos armes, et que d’autres hommes se lèvent pour entonner les chants funèbres dans le crépitement des mitrailleuses et des nouveaux cris de guerre et de victoire» (22).

 

Aujourd'hui l'impérialisme américain contre lequel s'est élevé le Che, les armes à la main, sème encore la terreur et la désolation à travers le monde. C'est lui qui menace d'attaquer le Venezuela et l'Iran comme il a attaqué hier l'Afghanistan, la Yougoslavie, l'Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen etc.

L'impérialisme américain est toujours aussi déterminé que par le passé à détruire et à anéantir tout gouvernement, toute opposition et toute résistance qui menacent ses intérêts économiques et stratégiques. Il est la négation du Droit des nations à disposer d'elles-mêmes.

Aujourd'hui l'impérialisme américain dans sa forme guerrière est devenu un monstre dont les conséquences notamment pour les peuples du Sud ont atteint des dimensions épouvantables.

Aujourd'hui, les États-Unis sont dirigés par un président réactionnaire, misogyne et raciste. Ce président milliardaire vient de durcir encore l’embargo sur Cuba. Rappelons que les américains occupent toujours une parcelle du territoire cubain où ils ont installé la base militaire de Guantanamo qui leur sert, entre autres, de centre de... torture !

L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, demeure toujours comme le disait le Che l'ennemi de l'homme. Et le système qui méprise les hommes ne peut respecter la nature.

Le combat héroïque et parfois désespéré mené par le Che à son époque et dans d'autres conditions contre l'impérialisme américain, n'a jamais été aussi actuel qu'aujourd'hui. La résistance se poursuivra inévitablement, dans des conditions différentes, tant que la violence et l'oppression impérialistes existent.

 

Le Che est mort, mais son souvenir restera, pour celles et ceux qui luttent contre l'impérialisme et contre toutes les formes d'injustices, «enfoui tel un trésor dans la partie la plus profonde, la plus secrète et la plus riche de leur être, réchauffant leur courage, attisant leur énergie» (23).

 

Mohamed Belaali

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(1)«En los nuevos campos de batalla llevaré la fe que me inculcaste, el espíritu revolucionario de mi pueblo, la sensación de cumplir con el más sagrado de los deberes: luchar contra el imperialismo dondequiera que esté: esto reconforta y cura con creces cualquier desgarradura». discursos/1965/esp/f031065e.html ierno/http://www.cuba.cu/gob

(2)Discours d'Alger (24 février 1965) :

https://unitecommuniste.fr/wp-content/uploads/2017/04/alger.pdf

(3)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(4)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(5) https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(6)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(7)Ibid.

(8)http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/1965/esp/f031065e.html

(9) http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/1965/esp/f031065e.html

(10)http://www.cubadebate.cu/especiales/2017/10/04/che-a-sus-hijos-su-padre-ha-sido-un-hombre-que-actua-como-piensa/#.XY25EUYzaUk

(11)https://unitecommuniste.fr/wpcontent/uploads/2017/04/alger.pdf

(12)Ibid.

(13)Pierre Kalfon « Che Ernesto Guevara, une légende du siècle » p.403.

(14)http://africultures.com/le-discours-dindependance-de-lumumba-9826/.

(15)[Exposé de Patrice Lumumba, Congrès pour la Liberté et la Culture», Université d'Ibadan. 22 mars 1959. Texte extrait du livre "La pensée politique de Patrice Lumumba" éditions Présence Africaine 1963 ] http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1447

(16)Tariq Ali dans « Les dilemmes de Lénine », page 186.

Voir aussi : https://information.tv5monde.com/afrique/Il-pleut-des-mains-sur-le-congo-lethnocide-colonial-belge-oublie

(17)https://www.jeuneafrique.com/105156/culture/assassinat-de-lumumba-2/

(18) « Passages de la guerre révolutionnaire : le Congo ».

(19)Ibid.

(20)Ibid.

Sur la Guérilla, voir « La guerre de guérilla » du Che, voir également le travail de MICHAEL LOWY https://www.persee.fr/docAsPDF/homso_0018-4306_1971_num_21_1_1443.pdf .

(21)Message à la Tricontinentale. Op. cit.

(22) Op.Cit.

(23)Ahmed Ben Bella premier président de l'Algérie indépendante. Le Monde diplomatique, octobre 1997.

 

 

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 06:58

 

«Transition écologique», «Croissance verte », «Développement durable», etc. l'écologie est devenue aujourd'hui la ruse du capitalisme, son cheval de Troie qui lui permet de poursuivre sa course effrénée au profit. Il suffit de voir avec quelle facilité le système a réussi à intégrer et à domestiquer la plupart des partis, organisations, mouvements, associations, personnalités etc. qui se réclament de la défense de la nature. Le combat écologique est ainsi transformé en combat pour la survie du système lui-même.

 

De par sa logique, le capitalisme tend à transformer l'écologie en une vulgaire marchandise, un article de commerce qui se vend et s'achète sur le marché. Pour les entreprises, l'écologie est un bon produit marketing, un marketing vert bien sûr, qui peut se révéler rentable même à court terme. Il s'agit de vendre aux consommateurs «responsables» des produits «protégeant» la nature, comme les voitures, le pétrole, les produits cosmétiques ou ceux de l'industrie agroalimentaire ! Les multinationales les plus polluantes et leurs patrons se présentent et se considèrent déjà comme des «militants» écologistes. Dans une lettre ouverte, ils appellent «à une mobilisation collective pour faire de la relance économique un accélérateur de la transition écologique». Parmi ces grands dirigeants d'entreprises, on trouve le patron de Total, d'Air France, de Saint-Gobain, d'Airbus, ArcelorMittal etc. (1) . Près de 200 responsables politiques, syndicaux, dirigeants d'entreprises, think tanks et ONG appellent à une «alliance européenne pour une relance verte» (2) . Même le Pape déplore une «conscience trop faible de la classe dirigeante face à l'urgence climatique» (3). Ainsi tout le monde ou presque s'inquiète pour l'avenir de notre planète. Tout le monde donc est « écolo » .

 


L'écologie politique (ou plutôt l'écologie dépolitisante) n'est pas en reste. Son but, en dernière analyse, n'est pas de sauver la planète, mais bel et bien le système qui est directement responsable de sa destruction, le capitalisme. C'est sa raison d'être. D'Al Gore à Greta Thunberg en passant par Nicolas Hulot et Yannick Jadot pour ne citer que ceux-là, leur rhétorique consiste, chaque jour qui passe, à nous convaincre que la lutte contre le réchauffement climatique passe inévitablement par le développement durable, la transition écologique et autre économie soutenable. Aucune de ces figures médiatisées ne remet en cause le capitalisme, premier et dernier responsable de la destruction de l'homme et de la nature. Bien au contraire. Elles ne sont là que pour le servir tout en faisant croire qu'elles travaillent pour préserver l'environnement.

 

Al Gore, le héros écologiste et fondateur du fonds d’investissement durable Generation Investment Management, le dit lui-même : le capitalisme est «fondamentalement supérieur à tout autre système d’organisation de l’activité économique» (4) . Il est même «impressionné par Emmanuel Macron» qui a nommé Nicolas Hulot comme  ministre d'État, ministre de la Transition écologique et solidaire. Pour Al Gore, Macron «a fait de la crise du climat une priorité absolue» (5) .

 

Nicolas Hulot, «personnalité préférée des français» et ministre de la Transition écologique de Macron donc, est une bonne marque, une garantie écologiste fiable pour le système. Tous les présidents français voulaient travailler avec lui, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron en passant par Nicolas Sarkozy et François Hollande. Pourtant son bilan écologique en tant que ministre de Macron est catastrophique. Il a même fini par démissionner. Mais cela ne l'a pas empêché de garder «une immense amitié pour ce gouvernement» (6) .

Nicolas Hulot continue à s'enrichir en vendant des shampoings et gels douches "Ushuaïa", des produits classés par Greenpeace sur la "liste rouge" des produits chimiques dangereux (7) .

 

J'admire et je soutiens Greta Thunberg disait l'aristocrate Christine Lagarde à Davos, haut lieu des des puissants grands défenseurs de la planète. Rappelons que Christine Lagarde était directrice du Fonds monétaire international avant de devenir présidente de la Banque centrale européenne, deux institutions capitalistes par excellence, ennemies des peuples et de la nature (8) .

Pendant que les maîtres du monde se réunissent à Davos, année après année avec ou sans Greta Thunberg, leur système continue d'affamer les peuples et de détruire la nature. Chaque jour, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants meurent de faim (9). Un système qui méprise l'homme ne peut respecter la nature.

 

Quant àYanick Jadot, un opportuniste dont l'écologie n'est qu'un paravent derrière lequel l'homme cache ses ambitions personnelles, il n'exclut aucune alliance y compris avec les forces politiques les plus réactionnaires pour arriver à ses fins. Même le Medef juge que le candidat Jadot est «le plus convaincant» pour les élections présidentielles de 2022 (10).

Il faut dire que Jadot n'a cessé de se prosterner devant le patronat en défendant «le capitalisme européen et le modèle social européen, qui ne sont pas les modèles chinois ou américain». Christiane Lambert présidente de la FNSEA, un syndicat dont le respect de la nature est de notoriété publique, est séduite par Yanick Jadot : «Vous n’êtes pas un vert radical, un vert foncé, vous êtes un vert nuancé» (11). Et pour être tout à fait crédible aux yeux de la classe dirigeante, Jadot n'a pas hésité à surfer lui aussi sur les thèmes de l'extrême droite comme la sécurité ou l'islamophobie devenues aujourd'hui, hélas, la doxa dominante. Dans une interview accordée à l'Obs, il déclare entre autres : «Nos sociétés sont tellement crispées et déstabilisées que des groupes tentent de remettre en question la sécularisation, de sortir des lois de la République au nom d’une idéologie ou de principes religieux. C’est inacceptable. Le burkini, ça n’a rien à faire dans une piscine !» (12). Rappelons pour mémoire qu'en 2005 déjà, Jadot avait défendu, avec tous les serviteurs de la classe dominante, le « oui » au référendum sur le traité établissant une constitution pour l'Europe(13).

D'ici les élections présidentielles, Yanick Jadot aura encore le temps de présenter d'autres gages aux oppresseurs capitalistes, responsables des catastrophes écologiques à répétition au nom bien sûr de la défense de l'environnement. Mais Jadot n'est que l'arbre qui cache la forêt. Europe écologie les verts ( EELV) a produit d'autres opportunistes de la trempe de Jadot comme Cohn-Bendit,  Pascal Canfin, Barbara Pompili ou encore François de Rugy. EELV est une véritable machine à fabriquer des carriéristes utiles au capitalisme qui les instrumentalise pour ses propres fins : exploitation de l'homme et destruction de la nature. Elle produira sans nul doute encore et encore des hommes et des femmes qui au nom de l'écologie viendront légitimer un système dont les lois et les mécanismes sont en profonde contradiction avec l'homme et son environnement.

 

L'écologie telle qu'elle est véhiculée par l'idéologie dominante est une immense manipulation de masse. C'est un instrument efficace au service du capital. Elle lui permet de masquer la rapidité et la brutalité avec lesquelles le système continue de détruire l'homme et la nature.  Il ne faut pourtant pas être d'une grande perspicacité pour comprendre que la destruction systématique de notre planète est intimement liée à cette course effrénée au profit qui caractérise le capitalisme. Faut-il en déduire qu'il ne faut rien faire dans l'immédiat ? Absolument pas. Mais il ne faut pas se limiter à cette guerre d'escarmouches. Il faut être conscient qu'on s'attaque aux effets et non aux causes qui engendrent ces effets. Il est illusoire de vouloir sauver la planète sans remettre en cause le système lui-même. La tendance générale du capitalisme n'est pas de préserver l'environnement, mais de le détruire. Il ne s'agit donc pas de le transformer ou de le réformer pour le rendre compatible avec l'environnement, mais de l'abolir par une révolution socialiste.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/03/mettons-l-environnement-au-c-ur-de-la-reprise-economique_6038523_3232.html?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1588524788

(2)https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/140420/coronavirus-pres-de-200-signataires-pour-une-relance-verte-europeenne?onglet=full

(3)https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/COP25-pape-Francois-appelle-une-volonte-politique-claire-2019-12-04-1201064440

(4)https://www.rse-magazine.com/Al-Gore-poursuit-sa-promotion-d-un-capitalisme-durable_a117.html

(5)https://www.parismatch.com/Actu/Environnement/Al-Gore-Je-suis-impressionne-par-Emmanuel-Macron-1269464

(6)https://reporterre.net/Nicolas-Hulot-demissionne-ce-qu-il-a-dit

(7)https://www.challenges.fr/politique/shampoings-ushuaia-la-machine-a-cash-de-nicolas-hulot-dans-le-viseur-du-canard-enchaine_485239

(8)https://www.srf.ch/play/tv/news-clip/video/greta-thunberg-trifft-christine-lagarde-engl-?urn=urn:srf:video:9d498101-0f0d-4409-a2cf-26799c446c27

(9)https://www.un.org/fr/chronicle/article/chaque-jour-25-000-personnes-meurent-de-faim

(10)https://www.franceinter.fr/eelv-et-le-medef-du-dialogue-de-l-ouverture-mais-pas-de-connivence

(11)https://www.la-croix.com/France/Yannick-Jadot-vert-nuance-devant-entrepreneurs-2020-08-28-1201111137

(12)https://www.nouvelobs.com/politique/20200916.OBS33387/exclusif-securite-laicite-islamisme-yannick-jadot-devoile-ce-que-ferait-un-president-ecolo.html

(13)https://fr.wikipedia.org/wiki/Yannick_Jadot

 

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8 septembre 2020 2 08 /09 /septembre /2020 07:10

Les violences policières sont d'abord et avant tout l'expression de la violence qui règne dans la société fondée sur la lutte des classes. Derrière la police il y a l'Etat et derrière l'Etat il y a le capital.

La violence policière n'est qu'un moyen d'asservissement et de domination de classe. La violence, la brutalité, le racisme, la xénophobie etc. font partie intégrante du fonctionnement de la société bourgeoise. L'oppression dans le capitalisme est multidimensionnelle. Les violences policières exercées sur les travailleurs immigrés, leurs enfants et leurs petits enfants, sur les Gilets jaunes et sur le mouvement social dans sa globalité s'inscrivent dans cette logique du maintien de l'ordre politique établi. Par cette violence et cette haine des classes populaires, la bourgeoisie tente de faire tourner la roue de l'histoire en arrière. Dans ce sens, elle est réactionnaire.

 

 

La situation faite aux enfants des travailleurs immigrés par la classe dominante, dont elle n'a plus besoin de leur force de travail (« armée de réserve industrielle»), est insupportable. Parqués dans des ghettos entourant les grandes métropoles industrielles, ils subissent plus que les autres catégories de la population toute sorte de violence, de racisme, d’humiliation et de mépris (1).

Pour les jeunes des banlieues, la lutte contre toute sorte de brimades et de brutalités est un combat quotidien. Ils affrontent constamment un système judiciaire qui les condamne promptement et injustement à de lourdes peines de prison et une police dont la violence les conduit souvent à la mort (2). Adama Traoré n'est que l'arbre qui cache la forêt tellement la liste des hommes morts dans les commissariats ou lors des interpellations policières est longue, trop longue.

L'ordre bourgeois, défendu par les forces de l'ordre, a constamment besoin pour se maintenir, d'inventer des boucs émissaires. Chaque période, chaque crise produit ses propres victimes. Aujourd'hui en France, les enfants et les petits-enfants des travailleurs immigrés sont l'une des cibles privilégiées de la classe dirigeante, ce qui lui permet de mieux masquer son désastre économique, social et politique. L'amalgame entre islam, terrorisme, séparatisme... sont des armes efficaces utilisées par la classe dominante, à travers le pouvoir médiatique, judiciaire et politique, pour mieux occulter sa responsabilité dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît la France aujourd'hui.

 

La violence médiatique, l'autre face de l'Etat, présente constamment les jeunes des cités populaires comme des «voleurs», «dealers», «violeurs», «terroristes»... Les grands médias, service public compris, donnent systématiquement des quartiers populaires une image partielle et partiale réduisant ainsi les injustices de classes à des phénomènes de violence et de délinquance.

 

La justice n'est pas en reste. Les verdicts sont connus d'avance. La présomption d'innocence est rarement respectée. Les peines d’emprisonnement ferme et les comparutions immédiates restent largement supérieures à la moyenne nationale . La rapidité avec laquelle les jeunes des quartiers ouvriers sont jetés en prison n'a d'égale que la lenteur des procédures impliquant des policiers. En France, il est difficile pour cette partie de la population d'obtenir la condamnation d'un policier. C'est une constante inscrite non pas dans un quelconque code, loi ou constitution, mais dans les faits. 

 

Cette situation facilite énormément la tâche d'une classe politique totalement domestiquée par le capital et en mal de voix d'une frange de la population élevée dans la haine de l'autre.

Les habitants des quartiers populaires sont traités de «sauvageons» (3) et de «racaille» qu'il faut nettoyer au «Kärcher» (4). Macron lui, veut tout simplement bâtir une société de vigilance contre l'islamisme et la radicalisation : «Une société de vigilance voilà ce qu’il nous revient de bâtir (…). C’est tout simplement savoir repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois et les valeurs de la République» (5). Cet appel intervient juste après un «débat» à l'Assemblée nationale sur l'immigration. Jean Castex à peine nommé premier ministre, déclarait préparer «Un projet de loi sur la lutte contre les séparatismes» (6). Quant à Gérald Darmanin, le nouveau Ministre de l'intérieur de Macron, « l'islam politique est un ennemi mortel pour la République» (7) et «il faut stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société» (8).

L'ironie de l'histoire, est que ce terme de «l'ensauvagement» a été déjà utilisé par Aimé Césaire il y a longtemps mais cette fois pour désigner la colonisation européenne qui a entraîné «l'ensauvagement du continent» ! (9)

 

«Sauvageons », «ensauvagement», «racaille», «séparatistes», «terroristes», les musulmans, les travailleurs immigrés, leurs enfants et leurs petits-enfants sont ainsi montrés du doigt.

En France, à la veille de chaque élection notamment présidentielle, la classe dominante et ses serviteurs nous ressassent inlassablement les mêmes mots et les mêmes propos haineux : démagogie, racisme (voir l'affaire Obono entre autres), islamophobie, xénophobie etc. Il s'agit d'ingrédients essentiels instrumentalisés par cette classe pour maintenir, vaille que vaille, l’accumulation et la concentration de la richesse entre les mêmes mains. Il lui est facile dans ces conditions de créer de toute pièce des boucs émissaires et de les jeter en pâture à la vindicte populaire.

Mais les jeunes, et les moins jeunes d'ailleurs, des quartiers populaires ne sont pas les seuls à subir les violences policières. Les Gilets jaunes sont probablement le mouvement le plus réprimé dans l'histoire récente de la France : utilisation des armes de guerre qu'aucun pays en Europe n'utilise, des yeux crevés, des mains arrachées, des blessures à la tête par centaines, des personnes placées en garde à vue par milliers etc. etc. (10).

Cette violence d'Etat condamnée par le Défenseur des Droits (11), Amnesty International (12), l'ONU (13), le Parlement européen (14) , le Conseil de l'Europe (15) reste impunie.

 

Et comme cette répression physique et judiciaire ne suffit pas, la classe au pouvoir utilise une autre arme non moins violente que les LBD ou les condamnations à des peines d’emprisonnement ferme; il s'agit de la propagande médiatique pour stigmatiser et discréditer le Mouvement aux yeux de « l'opinion publique » nationale et internationale. Président de la République, Gouvernement, journalistes, intellectuels, experts...défilent sur les plateaux de télévisions et stations de radio pour déverser leur haine de classe : une «foule haineuse», des «bœufs», des casseurs », des «nervis», des «salopards d’extrême droite et extrême gauche», des «fascistes», des «conspirationnistes», des «antisémites» etc. Certains vont même jusqu'à appeler les forces de l'ordre et l'armée à se servir des armes : «qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois ! […] On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies» disait Luc ferry ancien ministre de l'Education nationale ! (16).

 

La répression sauvage subie par les Gilets jaunes a mis en lumière le caractère de classe des violences policières. Au-delà des revendications économiques légitimes, la lutte des Gilets jaunes est d'abord un combat politique. «Macron démission » scandent les manifestants tous les samedis. Dès les premières manifestations, les Gilets jaunes sont allés crier leur colère et leur indignation sur les lieux même du pouvoir. «Emmanuel Macron oh tête de c. on vient te chercher chez toi» chantaient à pleins poumons les Gilets jaunes. Leur combat ne se limite donc pas seulement à des revendications immédiates mais s'attaque aussi aux conditions dans lesquelles les injustices de classe se reproduisent. Ce combat, le pouvoir ne peut le tolérer.

Dès que les damnés de la terre relèvent la tête et tentent d'améliorer leur misérable sort, ils trouvent face à eux non seulement la police et l'armée (le peuple comme ennemi intérieur), mais aussi une justice aux ordres et une propagande médiatique sans bornes. Et plus la lutte dure dans le temps et prend de l'ampleur, plus la classe au pouvoir devient brutale, arrogante et odieuse. Tous les discours sur l'Etat de droit, droit de l'homme, droit de manifester... ne sont que des mensonges qui, hélas, perdurent depuis trop longtemps.

 

La bourgeoisie ne recule devant rien pour se maintenir au pouvoir et perpétuer ses privilèges. Guerres, Esclavagisme, Colonialisme, Nazisme etc. toute son histoire n'est que violence et mépris des classes opprimées. La bourgeoisie française en attaquant les travailleurs immigrés et les Gilets jaunes s'attaque en fait à l'ensemble de la classe ouvrière. Toutes les forces progressistes, tous les citoyens appauvris, méprisés et humiliés doivent se dresser unis contre cette classe violente et arrogante. Sans cette unité, sans ce lien fraternel de solidarité, la classe dirigeante, ennemie du progrès, poursuivra sa politique de mépris et de haine de classe.


 

Mohamed Belaali

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(1)https://www.maire-info.com/upload/files/onzus_rapport_2014.pdf

(2)Voir, entre autres, l'intéressante étude de Fabien Jobard et Sophie Névanen «La couleur du jugement» : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2007-2-page-243.htm

(3)https://www.dailymotion.com/video/x780qfe

(4) https://www.youtube.com/watch?v=JvS6eG0JFOk

(5)https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2019/10/07/ceremonie-nationale-dhommage-aux-victimes-de-lattaque-du-3-octobre-2019-a-la-prefecture-de-police-de-paris

(6)https://www.gouvernement.fr/partage/11654-declaration-de-politique-generale-de-m-jean-castex-premier-ministre-assemblee-nationale

(7)https://www.youtube.com/watch?v=oLvT7-2ExDc

(8)https://twitter.com/gdarmanin/status/1286734267515572224

(9)https://www.socialgerie.net/IMG/pdf/cesairediscours_sur_le_colonialisme.pdf

(10)https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan

(11)http://www.assemblee-nationale.fr/presidence/Rapport-MO-09-01-18.pdf

(12)https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/usage-excessif-de-la-force-lors-des-manifestations

(13)https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=24166&LangID=F

(14)https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-8-2019-0127_FR.pdf?redirect(14)

(15)https://www.coe.int/fr/web/commissioner/-/maintaining-public-order-and-freedom-of-assembly-in-the-context-of-the-yellow-vest-movement-recommendations-by-the-council-of-europe-commissioner-for-

(16)https://www.dailymotion.com/video/x70bgv3

 

 

 

 

 

 

 

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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 06:05

«Toute violence politique repose primitivement sur une fonction économique»

F. Engels (1)

 

 

Aujourd'hui la peine de mort et les crimes à répétition de la police américaine contre les noirs remplacent les lynchages, les bûchers, les mutilations et autres pendaisons d'hier. Mais derrière la violence raciale se cache l'oppression de classe.

 

 

Aux États-Unis, 28 États sur 50 appliquent encore la peine de mort. 1518 personnes ont été exécutées depuis 1977 (2) . 2817 condamnés dont 53 femmes attendent dans les couloirs de la mort (Death Row) (3) . On va taire par pudeur la cruauté de ces exécutions.

 

L'arme politique que constitue la peine capitale est essentiellement utilisée contre les classes défavorisées : 95 % des personnes condamnées à mort provenaient de milieux pauvres (4).

Les privilégiés quant à eux, même en commettant les pires crimes, ont tous les moyens d'échapper à la mort.

 

Aux condamnations de classes, s'ajoutent les préjugés de race. La peine de mort constitue un indicateur essentiel du racisme anti-noir qui règne aux États-Unis. Ainsi, 42 % des condamnés sont noirs alors qu'ils ne représentent que 12 % de la population totale (5). 98 % des Procureurs, c'est à dire ceux qui décident réellement de la vie ou de la mort des accusés, sont blancs ! (6).

 

Les crimes perpétrés par la police contre les citoyens noirs et pauvres se succèdent et se ressemblent. Des policiers blancs asphyxient ou tirent à plusieurs reprises sur des noirs désarmés. Les policiers criminels sont très rarement condamnés (7). La complicité du système judiciaire américain avec l'institution policière est totale.

 

L'oppression raciale et l'oppression économique vont de pair. L'oppression raciale sert de justification et de légitimation à l'oppression économique. Pour comprendre cette relation et cette violence extrême exercée sur les noirs et les plus démunis en général, pour mieux les exploiter, il faut remonter aux XVIIème et au XVIIIème siècles avec la création des plantations coloniales qui nécessitaient une main-d’œuvre massive et servile.

 

Après l'extermination des indiens, les anglais et les français ont d'abord utilisé des esclaves blancs venus d'Europe. Mais avec le développement prodigieux des plantations de riz, coton, tabac et autres canne à sucre, le travail des esclaves blancs ne suffisait plus. L'importation d'esclaves africains devenait vitale pour la survie des plantations. L’Afrique est ainsi transformée comme disait Marx «en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires» (8). Il fallait absolument fournir ces plantations en force de travail la plus servile et la plus rentable possible :«Les esclaves sont envoyés dans toutes les plantations américaines de Sa Majesté qui ne peuvent subsister sans eux» (9). Aucun planteur n'était encore prêt à embaucher des salariés.

 

Ainsi la richesse fabuleuse accumulée par les planteurs américains était produite, sous le fouet, par des africains arrachés à leur continent par la force et la violence. Combien ont succombé à leurs souffrances dans les champs de coton, de tabac ou de canne à sucre ? Combien ont été castrés, mutilés, lynchés (10), brûlés vif, ou encore pendus ? Nul ne le sait avec précision.

 

A cette époque c'est à dire fin XVIIème et début du XVIIIème siècle, les esclaves blancs et noirs étaient considérés comme une main-d’œuvre servile et rentable, traités par conséquent avec la même violence. Les historiens rapportent même leurs luttes communes contre l'esclavage  : «Parce qu'ils travaillent ensemble dans les mêmes champs, les premiers américains de race noire et de race blanche, à l'exception des aristocrates, ont tissé de puissants liens de sympathie et de réciprocité. Ils se sont révoltés ensemble » (11). L'esclave noir n'était pas considéré comme un être inférieur ou supérieur à l'esclave blanc. Seules comptaient leur productivité et leur rentabilité. On ne trouve dans les écrits des trafiquants d'esclaves de cette époque aucune trace, aucun relent de racisme (12).

 

L'apparition du racisme anti-africain a commencé avec la lutte pour l'abolition de l'esclavage dans un contexte de développement du salariat en Europe et en Amérique du Nord. Pour faire face à cette menace, défendre leurs privilèges et perpétuer l'esclavage, les planteurs, les marchands d'esclaves et les esclavagistes en général ont utilisé des théories pseudo-scientifiques montrant que le noir s'approche davantage du singe que de l'homme (13). Les blancs (les européens) sont donc supérieurs aux noirs (les africains) physiquement et intellectuellement. Le racisme vient ainsi justifier et légitimer l'esclavage. Le concept économique et social de l'esclavage est devenu un concept racial. Le racisme est un produit authentique de l'esclavage.

 

Le racisme anti-noir s'est nettement développé par la suite. Il a fallu toute une guerre civile (guerre de Sécession 1861/1865), dont le rôle des anciens esclaves était décisif, pour mettre un terme au commerce des êtres humains entre l'Afrique et les États-Unis.

 

Si l'esclavage a été aboli, au moins formellement, le racisme quant à lui continue à se développer au grès des vicissitudes du développent du capitalisme. A l'esclavage succède le salariat, nouvelle forme de servitude. Le racisme doit s'adapter à son tour, sans disparaître totalement, à la nouvelle forme d'exploitation pour mieux la servir.

 

Malgré la nouvelle situation, le Sud défait, humilié et ruiné continuait pourtant à s'accrocher à ses valeurs esclavagistes et racistes. La frustration et la haine du noir devenu citoyen, ont créé un climat propice au développement d'organisations terroristes et racistes. La plus connue et la plus violente aussi est certainement le Ku Klux Klan. L'organisation jouissait à ses débuts d'une grande popularité et d'une complicité des autorités politiques (président Andrew Johnson) et judiciaires( codes noirs, lois Jim Krow). Le Klan se présentait comme le défenseur de la suprématie de la race blanche menacée par le péril noir. Sa priorité était de s'attaquer aux noirs affranchis. L'organisation ne reculait devant aucun moyen pour terroriser la population noire: lynchages, bûchers sur les places publiques , pendaisons, assassinats, mutilations, viols etc. Il est difficile de donner un nombre précis des victimes noires du Klan (14).

 

Le Ku Klux Klan a connu plusieurs vies et plusieurs versions différentes de 1865, date de sa création, à aujourd'hui sans jamais abandonner réellement sa doctrine originelle, la suprématie de la race blanche et la haine du noir même si le racisme basé sur la supériorité biologique n'a aucune base scientifique. Le Klan a mené en fait un combat d'arrière garde. Il n'a jamais compris que l'esclavage ne correspondait plus à la réalité d'un capitalisme en plein développement et que le prolétaire avait remplacé l'esclave. De surcroît le prolétaire noir est plus rentable et plus corvéable que le prolétaire blanc.

 

Mais le nouveau Klan tente de s'adapter, avec beaucoup de retard et de difficultés, à la réalité d'aujourd'hui. Car le Ku Klux Klan est toujours utile pour la classe dominante ne serait-ce que pour entretenir et perpétuer, par son agitation et les préjugés raciaux qu'il propage, la division au sein de la classe ouvrière. Le Klan a réussi à transmettre à de nombreuses organisations racistes cette culture de violence et de haine envers la population noire. C'est d'ailleurs l'une de ces organisations, le « New empire knights » se réclamant du Klan, qui a appelé à soutenir Darren Wilson le policier qui a assassiné le jeune noir Michael Brown à Ferguson le 9 août 2014. Pour cette organisation, le policier blanc « n'a fait que son boulot contre le nègre criminel» (15).

 

 

Le racisme, la violence et d'une manière générale l'oppression de classe et de race ne sont que des moyens au service du profit et de l'accumulation du capital. Le racisme a servi dans le passé l'esclavage, il sert aujourd'hui, sous des formes différentes, l'esclavage capitaliste, le salariat. Il est vrai aussi que cette violence revêt une dimension spécifique aux États-Unis du fait du fardeau de l'histoire. Le travailleur noir subit l'exploitation de classe mais aussi l'oppression de race. Pour les travailleurs noirs, la lutte contre le racisme est un combat quotidien, vital. Ils affrontent constamment, entre autres, les brutalités policières et la violence d'un système judiciaire qui les envoie souvent et injustement dans les couloirs de la mort. Mais la lutte des travailleurs noirs, aussi fondamentale soit-elle, ne suffit pas à les libérer des chaînes du capital. L'alliance avec les travailleurs blancs est indispensable pour améliorer leurs conditions quotidiennes d'existence et surtout pour entreprendre ensemble une lutte d'envergure pour l'abolition du salariat source de leurs division et de leur oppression.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)F. Engels «Le rôle de la violence dans l'histoire». Éditions Sociales, page 37.

(2)https://www.peinedemort.org/usa/executions

(3)https://acatfrance.fr/public/manuel-pdm2018-web.pdf

(4)https://www.acatfrance.fr/actualite/peine-de-mort-aux-etats-unis---les-pauvres-en-premiere-ligne

(5)http://www.deathpenaltyinfo.org/documents/FactSheet.pdf

 

https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/us.html

 

(6)https://files.deathpenaltyinfo.org/legacy/files/pdf/WholivesFrench.pdf

 

(7)https://www.americanbar.org/groups/crsj/publications/human_rights_magazine_home/human_rights_vol36_2009/spring2009/the_right_to_life_policing_race_and_criminal_injustice/

(8)Le Capital - Livre premier. L'accumulation primitive :

 

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm

 

(9)Document de la Royal African Company fondée en 1672, cité par S.U. Abramova in «Aspects idéologiques, doctrinaux, philosophiques, religieux et politiques du commerce des esclaves noirs » :

 

http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001236/123654fo.pdf

 

(10)L'origine du mot « lynchage » est controversée. Certains l'attribuent à William Lynch (1742-1820) , d'autres à Charles Lynch (1736-1796), d'autres encore citent Willy (ou Willie) Lynch auteur présumé d'un texte de 1712 où il explique comment briser la résistances des esclaves noirs. Mais dans tous les cas le terme « lynchage » désigne des exécutions sommaires et barbares se généralisant au sud des États-Unis notamment pour mieux soumettre la population noire.

(11)Lerone Bennett cité par Haïti Infos :

 

http://www.haitiinfos.net/2012/12/les-origines-du-racisme/

 

(12)S.U. Abramova, op cit. Voir également sur ce point les travaux de l'historien américain Isaac Saney

 

(13)Voir entre autres, les travaux de : P. Camper sur l'angle facial :

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Petrus_Camper

 

(14)Par contre Equal Justice Initiative a publié récemment une étude sur le Lynchage aux Etats-Unis :

 

https://eji.org/wp-content/uploads/2019/10/lynching-in-america-3d-ed-080219.pdf

 

 

(15)http://www.usatoday.com/story/news/nation-now/2014/08/19/ku-klux-klan-ferguson-police-michael-brown/14275115/

 

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 06:09

 

   

   Macron vient de démontrer d'une manière éclatante que la séparation des pouvoirs chère à John Locke, à Montesquieu et à tous les bourgeois n'existe tout simplement pas. La preuve ? Le Président de la République rédige de ses propres mains une lettre envoyée au Parquet national financier pour lui demander de classer l'affaire de son ami Kohler, secrétaire général de l’Élysée. Effectivement, le premier rapport de police qui accablait le bras droit de Macron a été réécrit à nouveau à la lumière de cette attestation afin de dédouaner Alexis Kohler. Résultat, l'affaire a été classée. Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres (1).

 

La séparation des pouvoirs est un gros mensonge que l'idéologie dominante, c'est-à-dire celle de la classe qui domine économiquement, a réussi à fixer dans le crâne des citoyens comme une vérité indiscutable.

 

Ainsi fonctionne la justice bourgeoise. Pour les uns, la justice frappe durement et lourdement, pour les autres, elle est plus indulgente et complaisante.

 

La justice, le droit, la loi...ne sont en dernière analyse que l'expression des rapports de production et de domination. Ils n'ont aucune autonomie, aucune histoire ni aucune logique propre.

 

Macron comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs, représentants serviles de la bourgeoisie, peuvent en totale impunité violer non seulement la séparation des pouvoirs mais aussi toutes les lois.

 

Toutes les protestations si elles sont utiles voire indispensables pour montrer ce visage hideux de la bourgeoisie, demeurent insuffisantes. Il ne faut pas se faire d'illusion sur le résultat final de ces dénonciations ; car elles s'attaquent aux conséquences et non aux racines du mal. 

 

 Il ne faut donc pas se borner à lutter seulement contre les effets du système qui produit cette violation et cette violence, mais à travailler en même temps au renversement du pouvoir du capital.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.mediapart.fr/journal/france/090620/emmanuel-macron-s-exempte-de-la-separation-des-pouvoirs

 

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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 07:09

 

Ce texte a été écrit en janvier 2012. Il reste, hélas, dramatiquement actuel. Depuis cette date, de nombreuses victimes des violences policières sont venues allonger une liste déjà trop longue. Adama Traoré, Steve Caniço, Cédric Chouviat, Sabri Chouhbi... morts comme beaucoup d'autres lors de leur interpellation ne seront, malheureusement, pas les derniers à mourir entre les mains de la police.

 

 

 

Ali Ziri 69 ans, Mohamed Boukrourou 41 ans, Abou Bakari Tandia 38 ans, Amadou Koumé 33 ans, Pascal Taïs 32 ans, Abdelkarim Aouad 30 ans, Wissam El-Yamni 30 ans, Mohammed Saoud 26 ans, Abdelilah El Jabri 25 ans, Lamine Dieng 25 ans, Malik Oussekin 22 ans, Hakim Ajimi 22 ans, Rémi Fraisse 21 ans, Zied et Bouna 17 et 15 ans … La liste des hommes morts dans les commissariats, ou lors des interpellations policières est longue, trop longue. Et il ne s'agit là que de quelques noms des victimes connues et répertoriées. D'autres morts viendront, hélas s'ajouter à cette interminable liste macabre. Car la police n'est qu'un instrument parmi tant d'autres que la bourgeoisie utilise pour asseoir sa domination de classe. L'ordre bourgeois, défendu par les forces de l'ordre, a constamment besoin pour se maintenir d'inventer des boucs émissaires. Chaque période, chaque crise produit ses propres victimes. Aujourd'hui en France, les enfants et les petits-enfants des travailleurs immigrés parqués dans des ghettos entourant les grandes métropoles industrielles sont l'une des cibles privilégiées de la classe dirigeante, ce qui lui permet de mieux masquer son désastre économique, social et politique.

 

La brutalité exercée sur cette partie de la population fragilisée par le chômage de masse (1) n'est pas seulement le fait de la police. La propagande médiatique présente souvent les jeunes des quartiers populaires comme des «voleurs», «dealeurs», «violeurs», «terroristes» etc. Cette stigmatisation généralisée facilite par la suite la tâche des hommes politiques en mal de voix d'une frange de la population élevée dans la haine de l'autre. Il faut nettoyer au «Kärcher» les cités de ces «sauvageons» et de cette «racaille» qui troublent la paix des «honnêtes gens». Il faut reconquérir ces «zones de non droit».

Les tribunaux, où les verdicts sont connus d'avance, prennent la relève des hommes politiques. La présomption d'innocence est rarement respectée. Les peines d’emprisonnement ferme et les comparutions immédiates où les droits de la défense sont moins garantis, restent largement supérieures à la moyenne nationale (2). La rapidité avec laquelle les jeunes des quartiers ouvriers sont jetés en prison n'a d'égale que la lenteur des procédures impliquant des policiers. En France, il est difficile pour cette partie de la population d'obtenir la condamnation d'un policier. C'est une constante inscrite non pas dans un quelconque code, loi ou constitution, mais dans les faits. «Il vaut mieux être policier que simple citoyen. Ils sont couverts» disait Boubaker Ajimi, père d'Hakim Ajimi mort, victime des violences policières(3). Amnesty International constate les faits suivants : «Insultes racistes, recours excessif à la force, coups, homicides illégaux – telles sont les allégations de violations des droits humains commises par certains policiers français». L'organisation dénonce «un système qui favorise l'impunité des policiers accusés de ces actes» (4). Il s'agit d'une véritable justice de classe. L'indépendance de la justice est une chimère que le discours dominant a du mal à masquer.

Police, justice, médias et hommes politiques sont ainsi unis, sans jamais le reconnaître, dans leur croisade contre les jeunes des cités populaires. Ce sont eux qui attisent la haine entre citoyens pour mieux les diviser en jouant sur les préjugés nationaux, raciaux et religieux. Ce sont eux qui fabriquent des coupables en utilisant la délation rémunérée. Et ce sont toujours eux qui présentent les jeunes des cités comme responsables des malheurs de la France pour mieux masquer la faillite économique, sociale et morale de la bourgeoisie qu'ils servent.

Paupérisés, marginalisés et méprisés par une bourgeoisie qui n'a plus besoin de leur force de travail, les jeunes des cités se révoltent à intervalles réguliers. Leur rage et leur colère jaillissent, comme les flammes des voitures qu'ils brûlent, des conditions matérielles d'existence inhumaines. Leur révolte n'est pas dirigée uniquement contre les brutalités policières; elle embrasse l'ensemble des symboles et institutions de l'ordre bourgeois qui les opprime au quotidien à commencer par l'école. Celle-ci n'est que le reflet d'une société de classe. Le tri, le classement, la hiérarchisation et la sélection restent, pour l'essentiel, son mode de fonctionnement. L'école broie celles et ceux qui ne possèdent pas ou qui ne maîtrisent pas les codes culturels eux-mêmes déterminés par le milieu social malgré le courage et le dévouement de ses personnels qui travaillent dans des conditions difficiles. Même les experts d'une organisation libérale comme l'OCDE le reconnaissent : « En France plus qu’ailleurs, la réussite dépend du milieu économique» (5).

La révolte des cités n'est pas seulement le fait des jeunes. Nombre d'adultes témoignent de leur solidarité à l'égard des émeutiers, sans parler des familles qui soutiennent leurs enfants, car elles subissent les mêmes problèmes et les mêmes humiliations.

Ces humiliés ont montré à plusieurs reprises qu'ils sont capables de se mettre en colère, de se révolter et de se dresser contre un ordre injuste contrairement à un lumpenproletariat qui se trouve souvent du côté de la classe dominante. Leur révolte est un acte social et politique dirigé contre un État policier qui opprime et punit les plus fragiles de la classe ouvrière même si l'on s'obstine à ne pas le reconnaître. Pour la classe dirigeante, il ne s'agit que de «voyous» et de brûleurs de voitures organisés en bandes qui troublent l'ordre public et qu'il faut impitoyablement réprimer. «le rétablissement de l'ordre public était un préalable(...) Nous faisons face à des individus déterminés, à des bandes structurées, à de la criminalité organisée, qui ne recule devant aucun moyen pour faire régner le désordre et la violence» déclarait Dominique de Villepin dans un ton aristocratique devant un hémicycle de l'Assemblée Nationale comble (6).

«La racaille» va alors payer cher son audace et son insolence à vouloir secouer cet ordre qui l'humilie et la méprise en permanence. Après les émeutes de 2005, la police a procédé à des milliers d'interpellations et les tribunaux ont distribué des années de prison ferme. Le gouvernement a même proclamé l'état d'urgence et le couvre-feu qui l'accompagne; décision rare dans l'histoire récente de la France. En fouillant dans son passé, la République bourgeoise a trouvé une loi, celle 1955, conçue pour imposer l'ordre colonial en Algérie. Cinquante ans après, elle l'exhume pour mater la révolte des enfants et des petits-enfants des travailleurs immigrés ! Aux problèmes sociaux et politiques, l'État français répond par des mesures guerrières !

Cet État qui mobilise des moyen répressifs extraordinaires pour briser les révoltes d'une population qui n'aspire qu'à vivre dignement, montre une grande faiblesse complice face, entre autres, aux hommes politiques corrompus, face aux marchés financiers qui détruisent l'économie de tout un peuple. La bonne société bourgeoise qui s'indigne tant de la violence des jeunes des quartiers ouvriers s'accommode très bien de la brutalité autrement plus profonde des vautours de la finance internationale. Cette révolte a eu au moins le mérite de montrer au grand jour la lâcheté de la bourgeoisie et les valeurs hypocrites de sa République.

 

Les forces du progrès ne doivent pas abandonner les habitants des ghettos-cités aux forces obscures et réactionnaires. Les travailleurs immigrés, leurs enfants et leurs petits-enfants qui sont nés sur le sol de ce pays font partie intégrante, pour la majorité d'entre eux, de la classe ouvrière. Ils subissent plus que les autres les ravages du chômage, de la précarité et les affres des humiliations en tout genre. Cette insécurité et cette violence permanentes exercées sur cette fraction fragile de la société par une bourgeoisie arrogante et brutale, montrent à l'évidence que leur révolte est légitime. Ses morts, nombreux et anonymes, ne sont pas reconnus et encore moins décorés par la République.

Leur combat doit être celui de toutes les forces qui s'opposent à cet ordre injuste. Prolétaires, précaires et chômeurs de tous les quartiers unissez-vous contre votre ennemi commun, la bourgeoisie.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.ville.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_onzus_2011.pdf

(2)Voir l'intéressante étude de Fabien Jobard et Sophie Névanen «La couleur du jugement» :

http://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2007-2-page-243.ht

(3)http://lmsi.net/Des-policiers-au-dessus-des-lois

(4)http://www.amnesty.org/fr/library/asset/EUR21/003/2009/fr/37f51e9b-e064-4f1f-8656-1683851cc215/eur210032009fra.html

(5)http://www.france24.com/fr/20101207-france-education-ocde-rapport-systeme-enseignement-baisse-niveau-scolaire-chatel-zep

(6)http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/11/08/a-l-assemblee-m-de-villepin-justifie-l-etat-d-urgence_708050_3224.html

 

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