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28 novembre 2020 6 28 /11 /novembre /2020 08:10

 

 

Sans F. Engels, Marx n'aurait probablement jamais pu surmonter tous les obstacles qui se dressaient sur son chemin et mener jusqu'à son terme sa tâche prométhéenne de révolutionnaire. Leur amitié était exemplaire. De «La sainte famille» au «Manifeste du Parti communiste» en passant par «l'Idéologie allemande» et une abondante et riche correspondance, les deux hommes ont travaillé en étroite collaboration sans jamais se soucier le moins du monde de leur amour-propre. Détesté par les gouvernements réactionnaires d'Allemagne, de France et de Belgique, Marx a trouvé refuge à Londres où il a vécu dans des conditions matérielles extrêmement difficiles jusqu'à la fin de ses jours. «Il m'est extrêmement difficile, écrivait-il à Engels, de t'entretenir une fois de plus de ma misère, mais que faire ?» (1) . Sans l'aide matérielle régulière d'Engels, Marx n'aurait jamais pu écrire le Capital. Et lorsqu'il a terminé le Livre I, Marx s'est empressé à remercier son ami : «Voilà donc ce volume terminé. Si cela a été possible, c'est à toi seul que je le dois! Sans ton dévouement pour moi, il m'aurait été impossible de faire des travaux énormes que demandent les trois volumes» (2) . Ajoutons que c'est Engels qui rédigea le Livre II du Capital (1885) et le livre III (1894) à partir des manuscrits laissés inachevés par Marx. Il n'a pas eu le temps de préparer le livre IV.

Par ces temps obscurs, il est utile d'évoquer même très brièvement la vie et les activités de ce grand révolutionnaire et guide spirituel du mouvement ouvrier. La lecture ou la relecture des œuvres d'Engels comme celles de son ami sont indispensables pour tous ceux qui veulent comprendre et surtout changer ce monde de plus en plus insupportable.

 

 

Engels est né le 28 novembre 1820 à Barmen dans le Royaume de Prusse dans une famille conservatrice et orthodoxe. Son père était un riche industriel du textile. A l'âge de dix-huit ans, pour des raisons familiales, Engels abandonna ses études et s'installa comme apprenti au comptoir de commerce à Brême. D'octobre 1841 à octobre 1842, Engels effectua son service militaire dans l'artillerie et portera durant toute sa vie un intérêt particulier à la science militaire pensant que c'était une nécessité pratique dans les conflits révolutionnaires.

 

Il se rendra par la suite à Manchester pour travailler comme employé dans la filature Ermen & Engels dont le père était actionnaire. L'industrie britannique, plus avancée que dans le reste de l'Europe, produisait déjà des bouleversements économiques et sociaux d'une grande importance. La structure de classes de la société anglaise était beaucoup plus évidente qu'en Allemagne ou en France par exemple. Le développement accéléré de l'industrie britannique et les ravages qu'il produisait sur les ouvriers ont appris à Engels que les faits économiques, souvent négligés par les historiens, constituent des éléments décisifs dans la compréhension des sociétés modernes.

Le Lancashire et notamment Manchester étaient le centre de l'industrie de l'empire britannique. Engels ne se contentait pas seulement de son travail d'employé dans un bureau, il parcourait tous les quartiers ouvriers misérables. «La ville elle-même est construite d'une façon si particulière qu'on peut y habiter des années sans jamais entrevoir un quartier ouvrier ni même rencontrer d'ouvriers, si l'on se borne à vaquer à ses affaires ou à se promener» (3) .

Il étudia en profondeur la situation faite aux prolétaires avant de publier en 1845

«La Situation de la classe laborieuse en Angleterre». Engels non seulement a décrit la détresse et la souffrance des prolétaires avec une minutie et une rigueur dont lui seul est capable, mais il a surtout annoncé que la misère dans laquelle se trouvait cette classe, la pousserait inévitablement à lutter pour révolutionner de fond en comble sa situation matérielle et morale et pour son émancipation définitive. Le livre d'Engels constitue un véritable réquisitoire contre la bourgeoisie anglaise : «Je n'ai jamais vu une classe si profondément immorale, si incurablement pourrie et inté­rieu­rement rongée d'égoïsme, si incapable du moindre progrès que la bourgeoisie anglaise» (4) .

De 1845 à 1847, Engels et Marx ont collaboré avec la Ligue des communistes qui leur demanda de rédiger les principes essentiels du communisme. De cette exigence de la Ligue est né le célèbre «Manifeste du Parti communiste», œuvre universelle qui a résisté à l'épreuve du temps. Les idées exprimées dans ce petit livre n'ont jamais été aussi vivantes et aussi actuelles qu'aujourd'hui. 

 

En 1848, l'Europe est submergée par une vague révolutionnaire. Engels participa activement à cette insurrection armée des peuples. Après l'écrasement de ce soulèvement, Engels se réfugia en Suisse avant de regagner Londres.

 

Pour pouvoir aider financièrement Marx et sa famille installés également dans la capitale britannique, Engels retourna travailler avec son père à Manchester jusqu'en 1870. Durant cette période, les deux hommes correspondaient et échangeaient d'une manière intense leurs réflexions et leurs connaissances et continuaient à construire le socialisme scientifique.

 

Pour s'emparer du pouvoir politique indispensable à leur émancipation, les prolétaires doivent s'organiser au niveau planétaire. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'appel de Marx et d'Engels à l'union de tous les travailleurs : « PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !». Le 28 septembre 1864 Marx et Engels ont participé activement à la création de l'Association internationale des travailleurs (AIT) au cours d'un grand meeting ouvrier à Saint-Martin's Hall de Londres. L'Association a joué un rôle essentiel dans la solidarité et le développement de la classe ouvrière .

 

En 1870, Engels rejoignit Marx à Londres. Les deux amis poursuivirent leurs activités intellectuelles et pratiques toujours au service de la classe laborieuse. Membre du Conseil général de l'Association internationale des travailleurs, Engels organisa, entre autres, l'aide apportée aux communards exilés à Londres après la défaite de la Commune en 1871.

Marx écrivit, en parallèle de ses activités militantes, «Le Capital» et Engels toute une série de travaux comme «L'Anti-Dühring», «L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat», « Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande» ou encore des articles sur la question du logement pour ne citer que ces quelques ouvrages.

 

Le 14 mars 1983, Marx, le grand Karl Marx a cessé de vivre. Sur la tombe de son ami, Engels prononça sobrement en anglais ces quelques mots «Le 14 mars, le plus grand des penseurs vivants a cessé de penser. (...)Marx était avant tout un révolutionnaire.(...) La lutte était son élément. Et il a lutté avec une passion, une opiniâtreté et un succès rares.(...)  Il est mort, vénéré, aimé et pleuré par des millions de militants révolutionnaires du monde entier, dispersés à travers l'Europe, et l'Amérique, depuis les mines de la Sibérie jusqu'en Californie» (5) .

 

Après la mort de Marx, Engels poursuivra seul le combat pour l'émancipation du prolétariat moderne.

 

En1872/1873 la première Internationale a cessé d'exister après l'écrasement de la Commune. Le 14 juillet 1889, un siècle donc après la grande révolution française, les partis socialistes européens se sont réunis à Paris à l'initiative d'Engels pour le congrès fondateur de la deuxième Internationale, dite Internationale socialiste. Dans la salle, une grande banderole surplombe la tribune : «PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !».

 

Dans cette nouvelle Internationale, les idées révolutionnaires de Marx et d'Engels sont majoritaires.

A la fin du congrès, une immense couronne d'immortelles a été déposée au mur des Fédérés à la mémoire des martyrs de la Commune.

 

Au crépuscule de sa vie, Engels restait encore celui auprès de qui les ouvriers du monde entier venaient chercher conseil : « (... ) ils puisaient tous au riche trésor des lumières et de l'expérience du vieil Engels» (6) .

 

Friedrich Engels s'est éteint à Londres le 5 août 1895. Sa mémoire est conservée jalousement dans le cœur des millions de révolutionnaires à travers le monde.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) Lettre de Marx à Engels, 18 juin 1862 cité in K Marx, sociologie critique. M Rubel, page 119.

 

(2) Le Capital, livre I, page 7. Éditions du Progrès.

 

(3) F Engels «La Situation de la classe laborieuse en Angleterre»

 

(4) https://www.persee.fr/docAsPDF/genes_1155-3219_1996_num_22_1_1367.pdf

 

Voir également : https://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315_pref.htm

 

(4) https://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315_11.htm

(5) https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/03/fe18830317.htm

(6) https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1895/00/fe.html

 

 

 

 

 

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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 06:47

«Ce n'est pas la richesse qui manque dans ce monde, c'est le partage»

 

 

 

 

 

 

 

Au début du Mouvement, ils étaient encore des dizaines sur le rond-point. Aujourd'hui il ne reste qu'une vingtaine d'irréductibles. Ici comme sur des milliers d'autres ronds-points, des hommes et des femmes, samedi après samedi, acte après acte, se dévouent pour maintenir en vie la flamme de ce formidable soulèvement populaire. Ils sont en quelque sorte les représentants de toute cette France, très abîmée par le pouvoir et les grandes fortunes du pays, mais toujours debout.

 

 

Le rond-point et ses environs immédiats (routes, gare de péage, parking de supermarché, pompe à essence etc.) ne sont pas seulement des lieux géographiques sans charme, mais des espaces où s'expriment la colère et la révolte de celles et ceux qui ne peuvent s'exprimer nulle part. Par sa régularité et sa durée, le combat des Gilets jaunes sur le rond-point se différencie nettement des manifestations épisodiques classiques et des parcours syndicaux bien encadrés. Le rond-point ainsi que la gare de péage située à proximité, voient passer des milliers de voitures chaque samedi. Les automobilistes, dans leur immense majorité, ralentissent l'allure, klaxonnent, saluent avec sympathie, montrent leur gilet jaune en guise de solidarité ou parfois de générosité en donnant quelques victuailles... Certains font le détour et viennent échanger et encourager les réfractaires. Les opérations «péage gratuit», lorsqu'elles se produisent, se déroulent dans une ambiance bon enfant au milieu des klaxons approbateurs des passagers. Les Gilets jaunes profitent alors de ces moments pour appeler la population à les rejoindre et à se mobiliser contre la politique de misère sociale de Macron à travers des revendications écrites directement sur les gilets ou sur des banderoles et pancartes bricolées à la hâte.

 

Sans ce soutien et cette solidarité des automobilistes et de l'opinion en général, les Gilets jaunes n'auraient probablement jamais pu tenir aussi longtemps. Si beaucoup d'automobilistes partagent leurs revendications, très rares malheureusement, sont ceux qui franchissent le pas et viennent régulièrement sur le rond-point. Le soutien de la population reste donc très symbolique.

 

Il faut dire que Macron, le président banquier, avait pris la responsabilité de mener la guerre à ces gueux qui ont osé défier son pouvoir quasi-monarchique et l'ont même, un moment, fait vaciller en sortant massivement tous les samedis dans toute la France pour crier leur détresse et leur colère. Macron et les siens avaient réellement pris peur. Il fallait donc se venger de ce petit peuple en jaune qui n'aspire qu'à vivre de son travail. Il fallait terroriser cette « foule haineuse » par des châtiments corporels d'un autre âge : mains arrachées, yeux crevés, visages défigurés, crânes fracassés etc. La haine du pouvoir bourgeois pour les Gilets jaunes est sans limite.

Cette répression sauvage, la propagande des grands médias tous entre les mains de puissants milliardaires, les expulsions des rond-points, les poursuites judiciaires interminables, les interdictions de manifester, les parcours défendus dans les centres-villes, les pressions et intimidations de toutes sortes ainsi que les mesures restrictives liées à la crise sanitaire, tous ces éléments et bien d'autres ont nettement affaibli le Mouvement.

Il faut beaucoup de courage aujourd'hui pour être encore Gilet jaune !

 

Le mouvement ou tout du moins ce qu'il en reste tente, vaille que vaille, de résister avec des effectifs nettement réduits. Même si globalement la population lui apporte encore son soutien, les derniers Gilets jaunes retranchés sur leurs ronds-points se sentent terriblement seuls, abandonnés à leur triste sort par toutes les forces qui, théoriquement du moins, devraient être à leur côté.

Certains «professionnels de la lutte» qui se prennent pourtant pour des «révolutionnaires purs», ne s'étaient pour ainsi dire jamais aventurés sur un rond-point. Le combat des Gilets jaunes ne correspond peut-être pas tout à fait à leur catéchisme révolutionnaire. Ils sont restés, avec leur vision un peu idéalisée des mobilisations, à l'écart du Mouvement.

D'autres militants plus sincères et plus expérimentés, mais issus pour la plupart de la petite bourgeoisie, étaient quant à eux mal à l'aise sur les ronds-points et ont fini par les déserter abandonnant progressivement cette partie de la population ignorée et méprisée par les gouvernements bourgeois successifs. Probablement les barrières de classe qui les séparent des Gilets jaunes restent pour eux infranchissables.

Plus grave encore est l'attitude des syndicats et des partis politiques (à l'exception de l'Union syndicale Solidaires, de la France insoumise et du NPA) envers les Gilets jaunes. Dès le début de cette immense colère populaire, les directions de certains syndicats, des partis politiques et les intellectuels de gauche à quelques exceptions près, leur ont littéralement et honteusement tourné le dos. Ils ont assisté en spectateurs à ce conflit ouvert comme s'ils n'étaient pas concernés. Même les syndicats et les partis de gauche qui ont apporté leur soutien au Mouvement, ne se sont pas réellement impliqués dans cette formidable révolte. Ils ont laissé les Gilets jaunes seuls face à un pouvoir réactionnaire et extrêmement violent.

 

Le combat des Gilets jaunes, dans une certaine mesure, constitue un refus, une révolte contre cet immobilisme des organisations syndicales et politiques réduites à gérer conjointement avec le pouvoir le système en place, alors même que la tendance générale du capitalisme n'est pas d'améliorer les conditions de celles et ceux qui produisent la richesse, mais à les dégrader.

 

C'est une remise en cause profonde de leurs tactiques et de leurs stratégies. Ce n'est pas un hasard si le Mouvement des Gilets jaune a surgi sur la la scène politique française au moment où le capitalisme semble domestiquer les directions de ces différentes organisations. Certains appareils, tellement à l'aise dans cette situation de collaboration de classe, vont jusqu'à espérer, sans jamais l'avouer, la mort du Mouvement.

 

Il ne s'agit pas tant de critiquer les syndicats en tant qu'instrument précieux et indispensable entre les mains des travailleurs pour combattre le despotisme patronal que de dénoncer l'attitude opportuniste de leurs directions. Leur silence et leur absence au côté du peuple (ouvriers, employés, chômeurs, artisans en situation économique difficile, petits retraités, femmes pauvres...) constituent non seulement un soutien indirect au pouvoir, mais aussi une opportunité offerte à toutes les forces réactionnaires pour s'emparer du Mouvement. C'est une blessure qui restera longtemps ouverte.

 

 

Le Mouvement populaire des Gilets jaunes malgré sa grandeur n'a jamais réussi réellement à se structurer, même s'il a senti la nécessité de s'organiser (Assemblée des assemblées), pour pouvoir mener une lutte politique de classe contre classe. Le combat des Gilets jaunes s'apparente davantage à une révolte, à une contestation populaire spontanée qu' à un mouvement organisé et guidé par une direction consciente et déterminée. Le Mouvement des Gilets jaunes, nonobstant ses faiblesses et ses contradictions, restera un événement majeur dans cette lutte qui fait rage entre les dominants et les dominés. Il entrera dans l'histoire avec une aura qui lui est propre.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 07:27

 

Je publie à nouveau ce texte écrit en 2015 sur la liberté d'expression après le drame de Charlie Hebdo. Aujourd'hui comme hier, la classe dirigeante instrumentalise et exploite sans limite l'émotion et l'indignation suscitées par l'assassinat de Samuel Paty pour ses propres intérêts politiques et idéologiques. Ce crime ignoble constitue dans un contexte de paupérisation, de précarisation de masse et de colère contre une gestion chaotique de la pandémie, une véritable aubaine pour un pouvoir qui, pour se maintenir, s'appuie de plus en plus sur la manipulation, le mensonge et sur son appareil répressif.

 

«Je continue de prendre pour modèle de référence le « Charlie » originel : le grand Charlie Chaplin qui ne s’est jamais moqué des pauvres » - Schlomo Sand

 

 

Président de la République, Gouvernement, Parlement, médias et intellectuels, dans une étrange communion, célèbrent avec enthousiasme et exubérance la liberté d'expression. Et pendant que la classe dirigeante, à travers le pouvoir exécutif, prétend défendre cette précieuse liberté, ses institutions répressives traquent, répriment, calomnient, dénigrent et censurent tous ceux et toutes celles qui expriment une pensée différente ou tout simplement profèrent des mots vite interprétés comme faisant l'apologie du terrorisme et de l'islamisme. Un climat détestable règne aujourd'hui en France. Une forme de terrorisme intellectuel et de fascisation des esprits s'installe insidieusement au nom de la liberté d'expression.

 

La classe dominante, sans vraiment le vouloir, présente sa liberté d'expression comme étant celle de toutes les autres classes sociales. Lorsqu'elle évoque la liberté d'expression, c'est à sa propre liberté qu'elle pense. Car elle est justement l'expression de ses intérêts. Ce qui est permis aux uns est interdit aux autres. Autrement comment peut-on expliquer cet acharnement à vouloir taire et étouffer tout ce qui se dresse, d'une manière ou d'une autre, contre la pensée dominante.

 

Les grands médias, concentrés entre les mains de puissants groupes industriels et financiers, qui ont une influence considérable sur l'opinion publique utilisent la liberté d'expression uniquement pour servir leurs intérêts économiques et idéologiques. La liberté d'expression reste un privilège de classe.

Est libre toute expression qui sert directement ou indirectement les intérêts dominants. Est suspecte, voire parfois criminelle, toute pensée différente. Même les enfants n'échappent pas à cette logique de suspicion. Leur parole spontanée heurte la vérité officielle. Il faut la condamner. Cette répression constitue par elle-même une éclatante négation de cette fameuse liberté bourgeoise d'expression.

Les idées autres que celles du pouvoir deviennent insupportables. Seule la liberté d'expression de la classe dominante doit régner: «L’école est en première ligne aussi pour répondre à une autre question car même là où il n’y a pas eu d’incidents il y a eu de trop nombreux questionnements de la part des élèves, et nous avons tous entendu les oui je soutiens Charlie, mais…, les deux poids deux mesures. Pourquoi défendre la liberté d’expression ici et pas là ? Ces questions nous sont insupportables» déclarait une éminente représentante du Gouvernement (1). Seuls les «oui» ont le droit à cette liberté. Les «mais» en sont exclus ! Pas de place pour les hérétiques. A l'école, plus de questionnements, plus d'interrogations, plus d'esprit critique, plus rien. Place au formatage, au gavage et au dressage !

 

Les citoyens ne doivent plus s'interroger sur le drame de Charlie Hebdo. Plus de questions sur les racines du terrorisme, sur le rôle des États-Unis, de la France, de l'Arabie Saoudite, du Qatar et de la Turquie dans la création de ces groupes armés qui sèment aujourd'hui la terreur un peu partout à travers la planète . Ils doivent seulement répéter ce que le pouvoir pense à leur place. La seule liberté d'expression qu'on leur laisse, la seule qui est autorisée est la liberté officielle.

Plus de questions également sur la société française qui produit et produira probablement encore des monstres. Car le questionnement, les interrogations et la recherche des causes complexes internes et externes du terrorisme peuvent mettre en exergue les liens intimes qui existent entre les bourgeoisies occidentales et le terrorisme.

 

Pour la classe dirigeante, ces questions sont tout simplement «insupportables». La bourgeoisie est donc incapable de supporter une véritable liberté d'expression. Elle adopte en permanence de nouvelles lois de plus en plus répressives et liberticides pour protéger sa propre liberté d'expression et pour mieux contrôler et confisquer la parole des autres.

Mais au-delà de l'aspect judiciaire, c'est la dimension politique et idéologique qui intéresse la classe dominante. Il s'agit à travers la lutte contre le terrorisme de créer un climat, un sentiment «d'union nationale» permettant et facilitant non seulement de nouvelles attaques contre les libertés individuelles et collectives dont la liberté d'expression mais également l'application de politiques de misère sociale qui ravagent aujourd'hui la France. Cet état d'esprit, basé sur l'exploitation de l'émotion, de la colère et de l'indignation sincères suscitées par les attentats terroristes doit se prolonger le plus longtemps possible tellement il sert les intérêts de la classe dirigeante. « L’esprit du mois de janvier 2015, c’est l’unité de la République(...) Cet esprit-là, je dois le prolonger » disait le chef de l’État (2).

 

La liberté d'expression est une arme idéologique redoutable entre les mains de la bourgeoisie qui lui permet de mieux combattre celle des autres. Elle l'utilise pour marginaliser et réduire ses adversaires au silence tout en se présentant hypocritement et cyniquement comme la grande protectrice de cette précieuse liberté. Rien de plus normal dans une société fondée sur les antagonismes de classes. Il n'existe pas de liberté d'expression en dehors ou au-dessus des classes sociales. En définitive, la liberté d'expression n'est que le reflet de cette lutte des classes qui déchire la société bourgeoise.

 

Mohamed Belaali

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(1)http://www.najat-vallaud-belkacem.com/2015/01/14/najat-vallaud-belkacem-je-mobilise-la-communaute-educative-pour-repondre-par-des-actes-forts/

(2)https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/attaque-au-siege-de-charlie-hebdo/video-l-esprit-de-janvier-2015-je-dois-le-prolonger-lance-hollande-lors-de-sa-conference-de-presse_816747.html

 

 

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31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 08:27

 

Ce texte écrit en 2015, s'il est dépassé sur certains points liés à l'évolution de la situation géopolitique du Moyen-Orient, il reste quant au fond d'une tragique actualité. Le retour sur les liens intimes qui existent entre le terrorisme et les guerres impérialistes peut aider à comprendre ce phénomène qui est en fait l'un des symptômes du pourrissement de la société capitaliste.

 

 

Taliban, Al Qaeda, Aqmi, Boko Haram, Rebelles libyens, Rebelles syriens, Daech, Al Nosra, Khorassane, ne sont que des noms, parmi tant d'autres, pour désigner des organisations et des mouvements créés, financés, entraînés et armés directement et indirectement par l'impérialisme américain et son caniche européen dans le seul et unique but de servir leurs intérêts économiques et stratégiques. En condamnant toutes les voies et toutes les issues progressistes, l'impérialisme a ouvert la boîte de Pandore libérant des monstres qui essaiment un peu partout, mais qui lui servent de prétexte pour d'éventuelles interventions dans les pays qui lui sont réfractaires. L'impérialisme est le père de tous les terrorismes.

 

 

La violence et la cruauté des groupes terroristes, aussi barbares soient-elles, sont peu de chose par rapport à la terreur que l'impérialisme exerce sur les peuples qui refusent de se soumettre à sa domination. Un pays comme l'Irak par exemple est aujourd'hui dans un état de décomposition avancé. L’intégrité du pays et son unité ne sont désormais qu'un lointain souvenir. Les guerres impérialistes dans ce pays ont laissé derrière elles des centaines de milliers de morts. Et c'est Madeleine Albrith qui justifiait froidement en 1996 la mort de 500 000 enfants irakiens (1).

 

L'empire américain a dressé des fanatiques religieux contre Nasser en Egypte, contre Sukarno en Indonésie, contre Bhutto au Pakistan, contre Najibullah en Afghanistan. Le but est de contrer et d'étouffer toute pensée et tout mouvement communiste ou même nationaliste.

 

Au Pakistan, le général dictateur Zia a renversé le gouvernement démocratiquement élu d'Ali Bhutto grâce au soutien décisif de Washington. Pour asseoir son pouvoir et mater toute opposition laïque, le dictateur instrumentalise l'Islam. «Les hommes de Zia étaient obtus, insensibles et cruels. Le nouveau régime avait décidé d'utiliser l'Islam comme machine de guerre ; ses partisans barbus, souvent incroyablement stupides, étaient opportunistes jusqu'à la moelle. Ils mêlaient la religion aux profanations les plus viles» écrivait Tariq Ali dans «Le choc des intégrismes» (2). Des Madrassas (écoles coraniques) fleurissaient alors un peu partout au Pakistan. En plus de la formation religieuse, on apprenait à ces talibans (étudiants) le maniement des armes et les techniques de la guérilla. Il s'agit en fait de centres d'endoctrinement gérés et contrôlés par les fameux services secrets pakistanais ISI (Inter-Services Intelligence). De ces écoles religieuses naquirent des dizaines de milliers de fanatiques prêts à tous les sacrifices. L'impérialisme avait besoin de Zia et de ses talibans pour renverser d'abord le gouvernement pro-soviétique, installé à Kaboul, et surtout livrer la guerre aux troupes Soviétiques présentes sur le sol Afghan ensuite. Les talibans sont ainsi devenus, par la grâce des dollars américains et des pétrodollars saoudiens les « moudjahidins de la liberté» qui allaient mener le djihad (la guerre sainte) contre les « communistes » afghans et leur protecteur soviètique. Dans son interview accordée au Nouvel Observateur, le chef de la sécurité nationale de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski déclarait ceci :

- Nouvel Observateur: «Vous ne regrettez pas non plus d'avoir favorisé l'intégrisme islamiste, d'avoir donné des armes, des conseils à des futurs terroristes?»

- Zbigniew Brzezinski : «Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide?» (3).

Rappelons que pendant la guerre contre l'Union soviétique, le dictateur Zia et ses services de renseignement ont demandé à l'Arabie Saoudite de dépêcher un membre de la famille royale pour superviser la «guerre sainte». Faute de pouvoir trouver un émir, c'est un certain Oussama Ben Laden qui fut envoyé !!

 

Le chaos que connaît actuellement la Libye est la conséquence directe de l'intervention militaire américaine et européenne dans ce pays (4). Les nombreuses milices islamistes qui font régner aujourd'hui la terreur dans ce pays martyr, avaient non seulement servi de troupes terrestres aux bombardements de l'OTAN , bras armé de l'impérialisme, mais également de justification et de légitimation de l'intervention impérialiste pour renverser le régime de Kadhafi. La propagande des médias américains et européens présentaient ces djihadistes comme des «rebelles» et des «révolutionnaires» prêts à se sacrifier pour la liberté et la démocratie. Il fallait donc les entraîner, les armer et les financer. Et c'est grâce à L'OTAN que ces milices sont entrées triomphalement à Tripoli. Abdelhakim Belhaj, «l'émir» du Groupe islamique combattant (GIC) lié à Al Qaeda, remerciait d'ailleurs publiquement les dirigeants américains et européens de lui avoir offert ce triomphe (5). Rappelons que les chefs de ce groupe sont tous formés par la CIA en Afghanistan pour combattre l'armée soviétique. Derna, ville libyenne sur la méditerranée, est aujourd'hui dirigée par ce que l'on appelle communément l'Etat Islamique (EI). Le contrôle de cette ville par EI est rendu possible grâce à la collaboration d'une autre milice, Ansar Al Charia, farouche opposante au régime disparu de Kadhafi.

La destruction de l’État libyen par l'OTAN et ses alliés islamistes a permis par ailleurs le pillage des arsenaux militaires par des groupes djihadistes opérant en Tunisie, en Égypte et surtout au nord Mali. La France qui est intervenue dans ce dernier pays pour mener «la guerre au terrorisme», a participé activement au renversement du régime libyen en soutenant les milices islamistes ! Les mêmes groupes armés sont traités tantôt de «terroristes», tantôt de «rebelles» en fonction des seuls intérêts de la bourgeoisie.

 

La Turquie, dirigée aujourd'hui par un gouvernement islamiste et conservateur, affiche ostensiblement sa volonté de renverser le régime laïc baassiste syrien. Il faut préciser que la Turquie est membre à part entière de l'OTAN et alliée de poids de l'impérialisme américain dans la région. Son soutien aux «rebelles syriens» est total. Les frontières turques sont largement ouvertes aux « rebelles » et aux mercenaires du monde entier pour mener la «guerre sainte» au régime syrien. La Turquie sert de base arrière aux islamistes de tout bord pour se soigner, se reposer et surtout pour s'entraîner. Mais cette volonté de la Turquie de renverser le régime baassiste par tous les moyens n'est rendue possible que grâce à la complicité de l'impérialisme américain et européen.

 

 

Vouloir installer par la violence des gouvernements à leur solde, l'impérialisme et ses alliés locaux n'ont pas hésité à soutenir des mouvements politiques dont l'Islam n'est qu'un voile derrière lequel se cachent les intérêts des uns et des autres. Les mauvaises graines qu'ils ont semées à travers la planète ont produit une moisson abondante de groupes dont la cruauté et la barbarie s'inspirent directement de celles de leurs maîtres. L'Arabie Saoudite, modèle de démocratie et du respect des droits de l'homme et surtout de la femme, décapite au sabre et en public chaque année des dizaines d'hommes. Or l'Arabie reste le soutien financier et idéologique (le wahhabisme) le plus décisif des nombreuses organisations djihadistes réactionnaires qui opèrent notamment en Irak et en Syrie. Mais l'Arabie Saoudite est également pour l'impérialisme américain, en plus de ses richesses pétrolières, le rempart le plus solide contre toute idée et tout régime démocratique, progressiste et laïc : «Les richesses pétrolières enfouies sous le sable de l'Arabie, le rôle de défenseur des intérêts impériaux de l'impérialisme américain font de cet État féodal un «ami» de toutes les bourgeoisies occidentales et l'ennemi de tous les travailleurs» (6). Le terrorisme est à l'image de l'impérialisme.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)http://www.belaali.com/article-les-ravages-de-la-guerre-imperialiste-en-irak-48981793.html

 

 

(2)Tarik Ali «Le choc des intégrismes »,Textuel,2002, page 215

 

(3)Le Nouvel Observateur du 15-21 janvier 1998

 

(4)http://www.belaali.com/article-la-libye-apres-l-intervention-imperialiste-108002868.html

 

(5)http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/libye-abdelhakim-belhaj-l-islamiste-qui-remercie-les-occidentaux_1027938.html

 

Voir également son portrait dressé par le journal Libération :

http://www.liberation.fr/monde/2011/08/26/abdelhakim-belhaj-le-retour-d-al-qaeda_757094

 

(6)http://www.belaali.com/article-arabie-saoudite-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-sur-les-revoltes-populaires-109557989.html

 

 

 

 

 

 

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 19:19

 

Contre la culture de l'amnésie, une date à ne pas oublier : 17 octobre 1961.

Des centaines d'algériens ont été noyés et massacrés ce jour-là en plein Paris par l’État français.

 

https://m.ina.fr/video/1838481001002/dossier-historique-rafle-du-17-octobre-1961-video.html

 

 

 

 

 

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 06:54

A l'occasion du 53 ème  anniversaire de l'assassinat du Che et contre la culture de l'amnésie, je reposte ce texte.

 

 

 

«Toute notre action est un cri de guerre contre l'impérialisme et un appel vibrant à l'unité des peuples contre le grand ennemi du genre humain : les Etats-Unis».

Ernesto Che Guevara

 

 

 

Il y a cinquante trois ans jour pour jour, Ernesto Che Guevara a été exécuté à la Higuera le

9 octobre 1967 par l'armée bolivienne encadrée par la CIA américaine. Pour l'impérialisme yankee, le Che était devenu l'homme à abattre. Non seulement il représentait un danger pour les intérêts de la bourgeoisie américaine parce que la révolution a triomphé à Cuba à moins de 150 km des Etats-Unis, mais aussi et surtout parce que son combat contre l'impérialisme était total, planétaire. Le Che a bien compris que l'impérialisme, stade suprême du capitalisme, était le véritable ennemi des peuples. Combattre l'impérialisme partout à travers le monde était pour lui «le plus sacré des devoirs» (1) .

 

 

Poussé par la recherche effrénée du profit, l'impérialisme en tant qu'instrument de pouvoir de la bourgeoisie, tente de soumettre par la violence les peuples des trois continents. Pour le Che, la richesse des pays impérialistes et leur niveau de vie élevé reposent sur l'exploitation des autres peuples de la planète. Leur misère est directement liée à l'hégémonie et à la domination impérialiste :

 

«Depuis que les capitaux monopolistes se sont emparés du monde, ils maintiennent dans la misère la plus grande partie de l'humanité et partagent tous les profits à l'intérieur du groupe des pays les plus puissants. Le niveau de vie de ces pays repose sur la misère des nôtres. Pour élever le niveau de vie des peuples sous-développés, il faut donc lutter contre l'impérialisme» (2) .

 

Cette domination planétaire de l'impérialisme exige donc une lutte et une résistance également planétaires :

 

«En définitive, disait le Che, il faut tenir compte du fait que l’impérialisme est un système mondial, stade suprême du capitalisme, et qu’il faut le battre dans un grand affrontement mondial. Le but stratégique de cette lutte doit être la destruction de l’impérialisme» (3).

 

L'impérialisme américain et sa puissance restent le danger principal de l'humanité, «le grand ennemi du genre humain » comme disait le Che. L'impérialisme pour lui ce sont d'abord les États-Unis :

 

«En envisageant la destruction de l’impérialisme, il convient d’identifier sa tête, qui n’est autre que les Etats-Unis d’Amérique (…) L’impérialisme américain est coupable d’agression : ses crimes sont immenses et s’étendent au monde entier». (4)

 

Que faire alors face à cet ennemi des peuples, puissant et violent ?

 

«Le rôle qui nous revient à nous, exploités et sous-développés du monde, c’est d’éliminer les bases de subsistance de l’impérialisme : nos pays opprimés, d’où ils tirent des capitaux, des matières premières, des techniciens et des ouvriers à bon marché et où ils exportent de nouveaux capitaux (des instruments de domination) des armes et toutes sortes d’articles, nous soumettant à une dépendance absolue. (…) Puisque les impérialistes, avec la menace de la guerre, exercent leur chantage sur l’Humanité, la réponse juste c’est de ne pas avoir peur de la guerre. Attaquer durement et sans interruption à chaque point de l’affrontement doit être la tactique générale des peuples.Cela veut dire une guerre longue. Et, nous le répétons une fois de plus, une guerre cruelle. Que personne ne se trompe au moment de la déclencher et que personne n’hésite à la déclencher par crainte des conséquences qu’elle peut entraîner pour son peuple. C’est presque la seule espérance de victoire» (5).

 

Ernesto Che Guevara était persuadé que la défaite de l'impérialisme passe nécessairement par le triomphe de la révolution mondiale. La victoire ne sera jamais complète tant que d'autres peuples restent soumis à la domination impérialiste. La révolution cubaine n'était pour lui qu'un tremplin pour d'autres bouleversements à travers la planète. L'internationalisme non seulement reste un devoir pour tout révolutionnaire, mais surtout une nécessité stratégique dans la lutte anti-impérialiste. Il faut donc partout étendre et généraliser les luttes et les fronts anti-impérialistes afin de forcer l'ennemi à éparpiller ses forces :

 

«Comme nous pourrions regarder l’avenir proche et lumineux, si deux, trois, plusieurs Vietnam fleurissaient sur la surface du globe, avec leur part de morts et d’immenses tragédies, avec leur héroïsme quotidien, avec leurs coups répétés assénés à l’impérialisme, avec pour celui ci l’obligation de disperser ses forces, sous les assauts de la haine croissante des peuples du monde !»

(6)

 

Mais le Che ne se contentait pas seulement de discourir et de théoriser la lutte contre l'impérialisme. Il a mené personnellement, les armes à la main, un combat héroïque contre l'impérialisme américain que ce soit dans la Sierra Maestra cubaine, dans le maquis congolais ou encore dans la forêt et les montagnes boliviennes. Il ne suffit pas «de souhaiter le succès à la victime de l’agression, mais de partager son sort, de l’accompagner dans la mort ou dans la victoire» (7).

La pratique et la théorie pour le Che étaient étroitement liées et tellement imbriquées l'une dans l'autre qu'elles ne forment qu'un tout inséparable. Son intégrité, sa sincérité et son honnêteté, de l'avis même de ses ennemis, étaient totales. Sa vie, brève mais intense, se confondait avec ses idées. Il a été jusqu'au bout de ses convictions révolutionnaires, «dans une révolution on triomphe ou on meurt (si elle est véritable)» (8). Le pouvoir, le prestige, les honneurs... ne l'ont jamais corrompu. Son mode de vie gênait et irritait tous les bureaucrates qui s'installent confortablement dans leurs nouveaux postes de commandement.

Dans son combat permanent contre l'impérialisme yankee, Ernesto Che Guevara n'a pas hésité à troquer son poste de ministre de l'industrie contre celui de guérillero dans les maquis congolais et bolivien; «d’autres terres du monde réclament le concours de mes modestes efforts» disait-il (9) . Pour sa famille, il n'a légué aucun bien matériel. A ses enfants, il ne leur a laissé qu'une lettre dans laquelle il leur conseillait «d'étudier beaucoup» mais avant tout, ajoute-t-il «soyez surtout capables de sentir, au plus profond de vous-mêmes, toute injustice commise contre quiconque en quelque partie du monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire» (10) .

 

Le Che pensait que «Chaque fois qu'un pays se détache de l'arbre impérialiste, ce n'est pas seulement une bataille partielle gagnée contre l'ennemi principal, c'est aussi une contribution à son affaiblissement réel et un pas de plus vers la victoire finale. Il n'est pas de frontières dans cette lutte à mort. Nous ne pouvons rester indifférents devant ce qui se passe ailleurs dans le monde, car toute victoire d'un pays sur l'impérialisme est une victoire pour nous ; de même que toute défaite d'une nation est une défaite pour nous» (11) .

C'est dans cet esprit qu'il faut situer l'engagement du Che au Congo et en Bolivie, même si d'autres considérations entrent en ligne de compte, comme ses critiques de plus en plus virulentes à l'égard des pays socialistes : «Les pays socialistes, écrit-il dans son discours d'Alger, ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l'Ouest» (12) . Mais pour lui le combat anti-impérialiste partout à travers le monde, le seul qui vaille, l'emporte sur toute autre considération.

Ernesto Che Guevara était convaincu que «la victoire au Congo montrera aux africains que la libération nationale ouvre la voie au socialisme ; une défaite ouvrira la voie au néo-colonialisme» (13) .

En juin 1960 le Congo, un pays immensément riche en minerais de toute sorte, obtient son indépendance et Patrice Lumumba est élu chef du gouvernement. «Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle, nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang (…) L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain» déclarait Lumumba lors des cérémonies d'indépendance (14) .

Mais, Lumumba avant même de devenir premier ministre était déjà un farouche ennemi du colonialisme et de l'impérialisme. C'est lui qui disait «L’Afrique toute entière est irrésistiblement engagée dans une lutte sans merci contre le colonialisme et l’impérialisme» (15).

Contre l'amnésie historique, rappelons tout de même que «La Belgique était la puissance coloniale européenne la plus sanguinaire et répressive en Afrique. Les belges tant wallons que flamands avaient tués 10 à 12 millions de congolais» (16) .

Sentant leurs intérêts économiques et stratégiques menacés, le pouvoir colonial belge et l'impérialisme américain ont tout simplement décidé d'éliminer physiquement Patrice Lumumba par Tshombé et Mobutu interposés (17).

Après l'assassinat de Lumumba, dans des conditions atroces, d'autres hommes comme Pierre Mulele par exemple ont continué le combat anticolonialiste et anti-impérialiste du héros africain. Mais Mobutu avec l'aide notamment des américains et des belges a réussi à écraser la rébellion au prix de milliers de congolais loyalistes massacrés.

En décembre 1964, de la tribune des Nations Unies, Ernesto Che Guevara dénonce ce carnage et l'exploitation des pays pauvres par l'impérialisme :

 

«La philosophie du pillage, non seulement n'a pas cessé mais elle se maintient, plus forte que jamais; c'est pourquoi ceux-là mêmes qui ont utilisé le nom des Nations Unies pour assassiner Lumumba, assassinent aujourd'hui des milliers de Congolais, au nom de la défense de la race blanche».

Dans son discours du 30 novembre 1964, à l'occasion du 6ème anniversaire du soulèvement de Santiago de Cuba, le Che va encore plus loin dans sa dénonciation des crimes de l'impérialisme qui transforme les hommes en bêtes féroces et rend un vibrant hommage à Patrice Lumumba :

 

«(...) la bestialité de l'impérialisme, bestialité qui n'a pas de frontière précise et qui n'appartient pas à un pays déterminé. Les hordes hitlériennes se sont conduites comme des bêtes féroces, les américains d'aujourd'hui se conduisent comme des bêtes féroces, les parachutistes belges se conduisent comme des bêtes féroces, comme les impérialistes français en Algérie parce que il est dans la nature de l'impérialisme de transformer les hommes en bêtes, d'en faire des bêtes féroces assoiffées de sang qui sont disposées à égorger, assassiner, détruire jusqu'à la dernière image d'un révolutionnaire, d'un partisan d'un régime qui s'est retrouvé sous leur botte et qui lutte pour la liberté. Et la statue qui perpétue le souvenir de Lumumba - aujourd'hui détruite et reconstruite demain - nous rappelle aussi, avec l'histoire tragique de ce martyr de la Révolution mondiale, que l'on ne peut pas faire confiance à l'impérialisme, même pas un tout petit peu, en rien».

 

L’expérience congolaise était un échec. Le Che le dit lui-même sans détours : «Cette histoire est celle d’un échec» (18) . Ernesto Che Guevara ne se limitait pas à critiquer les autres. Il s'accusait lui-même. L'autocritique faisait partie intégrante de son caractère. N'est-ce pas lui qui disait à propos de l'étape congolaise «(...) nous avons échoué. Ma responsabilité est grande» ? (19) . Mais cet échec n'a pas entamé sa volonté de poursuivre son combat anti-impérialiste : « j’ai appris au Congo; il y a des erreurs que je ne ferai plus. Peut-être en répéterai-je d’autres, en commettrai-je de nouvelles aussi. J’en suis sorti avec plus de foi que jamais dans la guérilla» (20) .

Le voilà parti, une fois de plus, avec ses compagnons de différentes nationalités, allumer «deux, trois, plusieurs Viêt-nam» ailleurs qu'en Afrique. C'est «l'heure des brasiers et il ne faut voir que la lumière», cette phrase de José Marti, chère à Guevara, résume bien le nouveau combat anti-impérialiste que le Che veut livrer en Bolivie au cœur même du sous-continent américain. «L’Amérique, disait-il, constitue un ensemble plus ou moins homogène et dans presque tout son territoire les capitaux monopolistes américains maintiennent une primauté absolue. Les gouvernements fantoches, ou, dans le meilleur des cas, faibles et timorés, ne peuvent s’opposer aux ordres du maître yankee.(...) Par ailleurs, les bourgeoisies nationales ne sont plus du tout capables de s’opposer à l’impérialisme ( si elles l’ont jamais été) et elles forment maintenant son arrière-cour. Il n’y a plus d’autres changements à faire : ou révolution socialiste ou caricature de révolution» (21) .

Propager la guérilla révolutionnaire, ouvrir de nouveaux foyers pour affaiblir l'impérialisme yankee qui étouffe tous les peuples d'Amérique latine à commencer par le peuple cubain, voilà la nouvelle mission du Che en Bolivie. «Une nouvelle étape commence aujourd'hui» écrit-il dans la première page de son Journal de Bolivie. Il s'agit de réveiller par la guérilla les consciences endormies des peuples d'Amérique latine et les dresser contre leur ennemi commun, les Etat-Unis. Cette fois, il veut marcher sur les traces du grand libérateur Simon Bolivar.

A peine libérés de l'esclavage colonial espagnol et portugais, les peuples d'Amérique latine sont tombés dans une autre dépendance non moins féroce, celle de l'impérialisme nord-américain. Ce sont ces liens d'exploitation et d'oppression qui les maintiennent dans le sous développement et dans la misère que le Che a voulu, à sa manière, briser.

 

Mais cette «nouvelle étape», aussi désespérée qu'héroïque, sur son chemin de lutte contre l'impérialisme, était la dernière. Sa mort tragique et prématurée ne lui a pas laissé le temps d'aller jusqu'au bout de ses convictions libératrices. Le 9 octobre 1967, le grand Ernesto Che Guevara est mort sur le sol de cette Amérique latine où il a rencontré dans sa jeunesse tant de misères et de souffrances de ses ouvriers, de ses mineurs, de ses lépreux, de ses indigènes et de ses paysans. Mais le Che en tant qu'internationaliste disait «Qu’importe où nous surprendra la mort ; qu’elle soit la bienvenue pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu’une main se tende pour empoigner nos armes, et que d’autres hommes se lèvent pour entonner les chants funèbres dans le crépitement des mitrailleuses et des nouveaux cris de guerre et de victoire» (22).

 

Aujourd'hui l'impérialisme américain contre lequel s'est élevé le Che, les armes à la main, sème encore la terreur et la désolation à travers le monde. C'est lui qui menace d'attaquer le Venezuela et l'Iran comme il a attaqué hier l'Afghanistan, la Yougoslavie, l'Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen etc.

L'impérialisme américain est toujours aussi déterminé que par le passé à détruire et à anéantir tout gouvernement, toute opposition et toute résistance qui menacent ses intérêts économiques et stratégiques. Il est la négation du Droit des nations à disposer d'elles-mêmes.

Aujourd'hui l'impérialisme américain dans sa forme guerrière est devenu un monstre dont les conséquences notamment pour les peuples du Sud ont atteint des dimensions épouvantables.

Aujourd'hui, les États-Unis sont dirigés par un président réactionnaire, misogyne et raciste. Ce président milliardaire vient de durcir encore l’embargo sur Cuba. Rappelons que les américains occupent toujours une parcelle du territoire cubain où ils ont installé la base militaire de Guantanamo qui leur sert, entre autres, de centre de... torture !

L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, demeure toujours comme le disait le Che l'ennemi de l'homme. Et le système qui méprise les hommes ne peut respecter la nature.

Le combat héroïque et parfois désespéré mené par le Che à son époque et dans d'autres conditions contre l'impérialisme américain, n'a jamais été aussi actuel qu'aujourd'hui. La résistance se poursuivra inévitablement, dans des conditions différentes, tant que la violence et l'oppression impérialistes existent.

 

Le Che est mort, mais son souvenir restera, pour celles et ceux qui luttent contre l'impérialisme et contre toutes les formes d'injustices, «enfoui tel un trésor dans la partie la plus profonde, la plus secrète et la plus riche de leur être, réchauffant leur courage, attisant leur énergie» (23).

 

Mohamed Belaali

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(1)«En los nuevos campos de batalla llevaré la fe que me inculcaste, el espíritu revolucionario de mi pueblo, la sensación de cumplir con el más sagrado de los deberes: luchar contra el imperialismo dondequiera que esté: esto reconforta y cura con creces cualquier desgarradura». discursos/1965/esp/f031065e.html ierno/http://www.cuba.cu/gob

(2)Discours d'Alger (24 février 1965) :

https://unitecommuniste.fr/wp-content/uploads/2017/04/alger.pdf

(3)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(4)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(5) https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(6)https://www.marxists.org/francais/guevara/works/1967/00/tricontinentale.htm

(7)Ibid.

(8)http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/1965/esp/f031065e.html

(9) http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/1965/esp/f031065e.html

(10)http://www.cubadebate.cu/especiales/2017/10/04/che-a-sus-hijos-su-padre-ha-sido-un-hombre-que-actua-como-piensa/#.XY25EUYzaUk

(11)https://unitecommuniste.fr/wpcontent/uploads/2017/04/alger.pdf

(12)Ibid.

(13)Pierre Kalfon « Che Ernesto Guevara, une légende du siècle » p.403.

(14)http://africultures.com/le-discours-dindependance-de-lumumba-9826/.

(15)[Exposé de Patrice Lumumba, Congrès pour la Liberté et la Culture», Université d'Ibadan. 22 mars 1959. Texte extrait du livre "La pensée politique de Patrice Lumumba" éditions Présence Africaine 1963 ] http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1447

(16)Tariq Ali dans « Les dilemmes de Lénine », page 186.

Voir aussi : https://information.tv5monde.com/afrique/Il-pleut-des-mains-sur-le-congo-lethnocide-colonial-belge-oublie

(17)https://www.jeuneafrique.com/105156/culture/assassinat-de-lumumba-2/

(18) « Passages de la guerre révolutionnaire : le Congo ».

(19)Ibid.

(20)Ibid.

Sur la Guérilla, voir « La guerre de guérilla » du Che, voir également le travail de MICHAEL LOWY https://www.persee.fr/docAsPDF/homso_0018-4306_1971_num_21_1_1443.pdf .

(21)Message à la Tricontinentale. Op. cit.

(22) Op.Cit.

(23)Ahmed Ben Bella premier président de l'Algérie indépendante. Le Monde diplomatique, octobre 1997.

 

 

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 06:58

 

«Transition écologique», «Croissance verte », «Développement durable», etc. l'écologie est devenue aujourd'hui la ruse du capitalisme, son cheval de Troie qui lui permet de poursuivre sa course effrénée au profit. Il suffit de voir avec quelle facilité le système a réussi à intégrer et à domestiquer la plupart des partis, organisations, mouvements, associations, personnalités etc. qui se réclament de la défense de la nature. Le combat écologique est ainsi transformé en combat pour la survie du système lui-même.

 

De par sa logique, le capitalisme tend à transformer l'écologie en une vulgaire marchandise, un article de commerce qui se vend et s'achète sur le marché. Pour les entreprises, l'écologie est un bon produit marketing, un marketing vert bien sûr, qui peut se révéler rentable même à court terme. Il s'agit de vendre aux consommateurs «responsables» des produits «protégeant» la nature, comme les voitures, le pétrole, les produits cosmétiques ou ceux de l'industrie agroalimentaire ! Les multinationales les plus polluantes et leurs patrons se présentent et se considèrent déjà comme des «militants» écologistes. Dans une lettre ouverte, ils appellent «à une mobilisation collective pour faire de la relance économique un accélérateur de la transition écologique». Parmi ces grands dirigeants d'entreprises, on trouve le patron de Total, d'Air France, de Saint-Gobain, d'Airbus, ArcelorMittal etc. (1) . Près de 200 responsables politiques, syndicaux, dirigeants d'entreprises, think tanks et ONG appellent à une «alliance européenne pour une relance verte» (2) . Même le Pape déplore une «conscience trop faible de la classe dirigeante face à l'urgence climatique» (3). Ainsi tout le monde ou presque s'inquiète pour l'avenir de notre planète. Tout le monde donc est « écolo » .

 


L'écologie politique (ou plutôt l'écologie dépolitisante) n'est pas en reste. Son but, en dernière analyse, n'est pas de sauver la planète, mais bel et bien le système qui est directement responsable de sa destruction, le capitalisme. C'est sa raison d'être. D'Al Gore à Greta Thunberg en passant par Nicolas Hulot et Yannick Jadot pour ne citer que ceux-là, leur rhétorique consiste, chaque jour qui passe, à nous convaincre que la lutte contre le réchauffement climatique passe inévitablement par le développement durable, la transition écologique et autre économie soutenable. Aucune de ces figures médiatisées ne remet en cause le capitalisme, premier et dernier responsable de la destruction de l'homme et de la nature. Bien au contraire. Elles ne sont là que pour le servir tout en faisant croire qu'elles travaillent pour préserver l'environnement.

 

Al Gore, le héros écologiste et fondateur du fonds d’investissement durable Generation Investment Management, le dit lui-même : le capitalisme est «fondamentalement supérieur à tout autre système d’organisation de l’activité économique» (4) . Il est même «impressionné par Emmanuel Macron» qui a nommé Nicolas Hulot comme  ministre d'État, ministre de la Transition écologique et solidaire. Pour Al Gore, Macron «a fait de la crise du climat une priorité absolue» (5) .

 

Nicolas Hulot, «personnalité préférée des français» et ministre de la Transition écologique de Macron donc, est une bonne marque, une garantie écologiste fiable pour le système. Tous les présidents français voulaient travailler avec lui, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron en passant par Nicolas Sarkozy et François Hollande. Pourtant son bilan écologique en tant que ministre de Macron est catastrophique. Il a même fini par démissionner. Mais cela ne l'a pas empêché de garder «une immense amitié pour ce gouvernement» (6) .

Nicolas Hulot continue à s'enrichir en vendant des shampoings et gels douches "Ushuaïa", des produits classés par Greenpeace sur la "liste rouge" des produits chimiques dangereux (7) .

 

J'admire et je soutiens Greta Thunberg disait l'aristocrate Christine Lagarde à Davos, haut lieu des des puissants grands défenseurs de la planète. Rappelons que Christine Lagarde était directrice du Fonds monétaire international avant de devenir présidente de la Banque centrale européenne, deux institutions capitalistes par excellence, ennemies des peuples et de la nature (8) .

Pendant que les maîtres du monde se réunissent à Davos, année après année avec ou sans Greta Thunberg, leur système continue d'affamer les peuples et de détruire la nature. Chaque jour, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants meurent de faim (9). Un système qui méprise l'homme ne peut respecter la nature.

 

Quant àYanick Jadot, un opportuniste dont l'écologie n'est qu'un paravent derrière lequel l'homme cache ses ambitions personnelles, il n'exclut aucune alliance y compris avec les forces politiques les plus réactionnaires pour arriver à ses fins. Même le Medef juge que le candidat Jadot est «le plus convaincant» pour les élections présidentielles de 2022 (10).

Il faut dire que Jadot n'a cessé de se prosterner devant le patronat en défendant «le capitalisme européen et le modèle social européen, qui ne sont pas les modèles chinois ou américain». Christiane Lambert présidente de la FNSEA, un syndicat dont le respect de la nature est de notoriété publique, est séduite par Yanick Jadot : «Vous n’êtes pas un vert radical, un vert foncé, vous êtes un vert nuancé» (11). Et pour être tout à fait crédible aux yeux de la classe dirigeante, Jadot n'a pas hésité à surfer lui aussi sur les thèmes de l'extrême droite comme la sécurité ou l'islamophobie devenues aujourd'hui, hélas, la doxa dominante. Dans une interview accordée à l'Obs, il déclare entre autres : «Nos sociétés sont tellement crispées et déstabilisées que des groupes tentent de remettre en question la sécularisation, de sortir des lois de la République au nom d’une idéologie ou de principes religieux. C’est inacceptable. Le burkini, ça n’a rien à faire dans une piscine !» (12). Rappelons pour mémoire qu'en 2005 déjà, Jadot avait défendu, avec tous les serviteurs de la classe dominante, le « oui » au référendum sur le traité établissant une constitution pour l'Europe(13).

D'ici les élections présidentielles, Yanick Jadot aura encore le temps de présenter d'autres gages aux oppresseurs capitalistes, responsables des catastrophes écologiques à répétition au nom bien sûr de la défense de l'environnement. Mais Jadot n'est que l'arbre qui cache la forêt. Europe écologie les verts ( EELV) a produit d'autres opportunistes de la trempe de Jadot comme Cohn-Bendit,  Pascal Canfin, Barbara Pompili ou encore François de Rugy. EELV est une véritable machine à fabriquer des carriéristes utiles au capitalisme qui les instrumentalise pour ses propres fins : exploitation de l'homme et destruction de la nature. Elle produira sans nul doute encore et encore des hommes et des femmes qui au nom de l'écologie viendront légitimer un système dont les lois et les mécanismes sont en profonde contradiction avec l'homme et son environnement.

 

L'écologie telle qu'elle est véhiculée par l'idéologie dominante est une immense manipulation de masse. C'est un instrument efficace au service du capital. Elle lui permet de masquer la rapidité et la brutalité avec lesquelles le système continue de détruire l'homme et la nature.  Il ne faut pourtant pas être d'une grande perspicacité pour comprendre que la destruction systématique de notre planète est intimement liée à cette course effrénée au profit qui caractérise le capitalisme. Faut-il en déduire qu'il ne faut rien faire dans l'immédiat ? Absolument pas. Mais il ne faut pas se limiter à cette guerre d'escarmouches. Il faut être conscient qu'on s'attaque aux effets et non aux causes qui engendrent ces effets. Il est illusoire de vouloir sauver la planète sans remettre en cause le système lui-même. La tendance générale du capitalisme n'est pas de préserver l'environnement, mais de le détruire. Il ne s'agit donc pas de le transformer ou de le réformer pour le rendre compatible avec l'environnement, mais de l'abolir par une révolution socialiste.

 

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/03/mettons-l-environnement-au-c-ur-de-la-reprise-economique_6038523_3232.html?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1588524788

(2)https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/140420/coronavirus-pres-de-200-signataires-pour-une-relance-verte-europeenne?onglet=full

(3)https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/COP25-pape-Francois-appelle-une-volonte-politique-claire-2019-12-04-1201064440

(4)https://www.rse-magazine.com/Al-Gore-poursuit-sa-promotion-d-un-capitalisme-durable_a117.html

(5)https://www.parismatch.com/Actu/Environnement/Al-Gore-Je-suis-impressionne-par-Emmanuel-Macron-1269464

(6)https://reporterre.net/Nicolas-Hulot-demissionne-ce-qu-il-a-dit

(7)https://www.challenges.fr/politique/shampoings-ushuaia-la-machine-a-cash-de-nicolas-hulot-dans-le-viseur-du-canard-enchaine_485239

(8)https://www.srf.ch/play/tv/news-clip/video/greta-thunberg-trifft-christine-lagarde-engl-?urn=urn:srf:video:9d498101-0f0d-4409-a2cf-26799c446c27

(9)https://www.un.org/fr/chronicle/article/chaque-jour-25-000-personnes-meurent-de-faim

(10)https://www.franceinter.fr/eelv-et-le-medef-du-dialogue-de-l-ouverture-mais-pas-de-connivence

(11)https://www.la-croix.com/France/Yannick-Jadot-vert-nuance-devant-entrepreneurs-2020-08-28-1201111137

(12)https://www.nouvelobs.com/politique/20200916.OBS33387/exclusif-securite-laicite-islamisme-yannick-jadot-devoile-ce-que-ferait-un-president-ecolo.html

(13)https://fr.wikipedia.org/wiki/Yannick_Jadot

 

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 06:09

 

   

   Macron vient de démontrer d'une manière éclatante que la séparation des pouvoirs chère à John Locke, à Montesquieu et à tous les bourgeois n'existe tout simplement pas. La preuve ? Le Président de la République rédige de ses propres mains une lettre envoyée au Parquet national financier pour lui demander de classer l'affaire de son ami Kohler, secrétaire général de l’Élysée. Effectivement, le premier rapport de police qui accablait le bras droit de Macron a été réécrit à nouveau à la lumière de cette attestation afin de dédouaner Alexis Kohler. Résultat, l'affaire a été classée. Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres (1).

 

La séparation des pouvoirs est un gros mensonge que l'idéologie dominante, c'est-à-dire celle de la classe qui domine économiquement, a réussi à fixer dans le crâne des citoyens comme une vérité indiscutable.

 

Ainsi fonctionne la justice bourgeoise. Pour les uns, la justice frappe durement et lourdement, pour les autres, elle est plus indulgente et complaisante.

 

La justice, le droit, la loi...ne sont en dernière analyse que l'expression des rapports de production et de domination. Ils n'ont aucune autonomie, aucune histoire ni aucune logique propre.

 

Macron comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs, représentants serviles de la bourgeoisie, peuvent en totale impunité violer non seulement la séparation des pouvoirs mais aussi toutes les lois.

 

Toutes les protestations si elles sont utiles voire indispensables pour montrer ce visage hideux de la bourgeoisie, demeurent insuffisantes. Il ne faut pas se faire d'illusion sur le résultat final de ces dénonciations ; car elles s'attaquent aux conséquences et non aux racines du mal. 

 

 Il ne faut donc pas se borner à lutter seulement contre les effets du système qui produit cette violation et cette violence, mais à travailler en même temps au renversement du pouvoir du capital.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.mediapart.fr/journal/france/090620/emmanuel-macron-s-exempte-de-la-separation-des-pouvoirs

 

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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 07:09

 

Ce texte a été écrit en janvier 2012. Il reste, hélas, dramatiquement actuel. Depuis cette date, de nombreuses victimes des violences policières sont venues allonger une liste déjà trop longue. Adama Traoré, Steve Caniço, Cédric Chouviat, Sabri Chouhbi... morts comme beaucoup d'autres lors de leur interpellation ne seront, malheureusement, pas les derniers à mourir entre les mains de la police.

 

 

 

Ali Ziri 69 ans, Mohamed Boukrourou 41 ans, Abou Bakari Tandia 38 ans, Amadou Koumé 33 ans, Pascal Taïs 32 ans, Abdelkarim Aouad 30 ans, Wissam El-Yamni 30 ans, Mohammed Saoud 26 ans, Abdelilah El Jabri 25 ans, Lamine Dieng 25 ans, Malik Oussekin 22 ans, Hakim Ajimi 22 ans, Rémi Fraisse 21 ans, Zied et Bouna 17 et 15 ans … La liste des hommes morts dans les commissariats, ou lors des interpellations policières est longue, trop longue. Et il ne s'agit là que de quelques noms des victimes connues et répertoriées. D'autres morts viendront, hélas s'ajouter à cette interminable liste macabre. Car la police n'est qu'un instrument parmi tant d'autres que la bourgeoisie utilise pour asseoir sa domination de classe. L'ordre bourgeois, défendu par les forces de l'ordre, a constamment besoin pour se maintenir d'inventer des boucs émissaires. Chaque période, chaque crise produit ses propres victimes. Aujourd'hui en France, les enfants et les petits-enfants des travailleurs immigrés parqués dans des ghettos entourant les grandes métropoles industrielles sont l'une des cibles privilégiées de la classe dirigeante, ce qui lui permet de mieux masquer son désastre économique, social et politique.

 

La brutalité exercée sur cette partie de la population fragilisée par le chômage de masse (1) n'est pas seulement le fait de la police. La propagande médiatique présente souvent les jeunes des quartiers populaires comme des «voleurs», «dealeurs», «violeurs», «terroristes» etc. Cette stigmatisation généralisée facilite par la suite la tâche des hommes politiques en mal de voix d'une frange de la population élevée dans la haine de l'autre. Il faut nettoyer au «Kärcher» les cités de ces «sauvageons» et de cette «racaille» qui troublent la paix des «honnêtes gens». Il faut reconquérir ces «zones de non droit».

Les tribunaux, où les verdicts sont connus d'avance, prennent la relève des hommes politiques. La présomption d'innocence est rarement respectée. Les peines d’emprisonnement ferme et les comparutions immédiates où les droits de la défense sont moins garantis, restent largement supérieures à la moyenne nationale (2). La rapidité avec laquelle les jeunes des quartiers ouvriers sont jetés en prison n'a d'égale que la lenteur des procédures impliquant des policiers. En France, il est difficile pour cette partie de la population d'obtenir la condamnation d'un policier. C'est une constante inscrite non pas dans un quelconque code, loi ou constitution, mais dans les faits. «Il vaut mieux être policier que simple citoyen. Ils sont couverts» disait Boubaker Ajimi, père d'Hakim Ajimi mort, victime des violences policières(3). Amnesty International constate les faits suivants : «Insultes racistes, recours excessif à la force, coups, homicides illégaux – telles sont les allégations de violations des droits humains commises par certains policiers français». L'organisation dénonce «un système qui favorise l'impunité des policiers accusés de ces actes» (4). Il s'agit d'une véritable justice de classe. L'indépendance de la justice est une chimère que le discours dominant a du mal à masquer.

Police, justice, médias et hommes politiques sont ainsi unis, sans jamais le reconnaître, dans leur croisade contre les jeunes des cités populaires. Ce sont eux qui attisent la haine entre citoyens pour mieux les diviser en jouant sur les préjugés nationaux, raciaux et religieux. Ce sont eux qui fabriquent des coupables en utilisant la délation rémunérée. Et ce sont toujours eux qui présentent les jeunes des cités comme responsables des malheurs de la France pour mieux masquer la faillite économique, sociale et morale de la bourgeoisie qu'ils servent.

Paupérisés, marginalisés et méprisés par une bourgeoisie qui n'a plus besoin de leur force de travail, les jeunes des cités se révoltent à intervalles réguliers. Leur rage et leur colère jaillissent, comme les flammes des voitures qu'ils brûlent, des conditions matérielles d'existence inhumaines. Leur révolte n'est pas dirigée uniquement contre les brutalités policières; elle embrasse l'ensemble des symboles et institutions de l'ordre bourgeois qui les opprime au quotidien à commencer par l'école. Celle-ci n'est que le reflet d'une société de classe. Le tri, le classement, la hiérarchisation et la sélection restent, pour l'essentiel, son mode de fonctionnement. L'école broie celles et ceux qui ne possèdent pas ou qui ne maîtrisent pas les codes culturels eux-mêmes déterminés par le milieu social malgré le courage et le dévouement de ses personnels qui travaillent dans des conditions difficiles. Même les experts d'une organisation libérale comme l'OCDE le reconnaissent : « En France plus qu’ailleurs, la réussite dépend du milieu économique» (5).

La révolte des cités n'est pas seulement le fait des jeunes. Nombre d'adultes témoignent de leur solidarité à l'égard des émeutiers, sans parler des familles qui soutiennent leurs enfants, car elles subissent les mêmes problèmes et les mêmes humiliations.

Ces humiliés ont montré à plusieurs reprises qu'ils sont capables de se mettre en colère, de se révolter et de se dresser contre un ordre injuste contrairement à un lumpenproletariat qui se trouve souvent du côté de la classe dominante. Leur révolte est un acte social et politique dirigé contre un État policier qui opprime et punit les plus fragiles de la classe ouvrière même si l'on s'obstine à ne pas le reconnaître. Pour la classe dirigeante, il ne s'agit que de «voyous» et de brûleurs de voitures organisés en bandes qui troublent l'ordre public et qu'il faut impitoyablement réprimer. «le rétablissement de l'ordre public était un préalable(...) Nous faisons face à des individus déterminés, à des bandes structurées, à de la criminalité organisée, qui ne recule devant aucun moyen pour faire régner le désordre et la violence» déclarait Dominique de Villepin dans un ton aristocratique devant un hémicycle de l'Assemblée Nationale comble (6).

«La racaille» va alors payer cher son audace et son insolence à vouloir secouer cet ordre qui l'humilie et la méprise en permanence. Après les émeutes de 2005, la police a procédé à des milliers d'interpellations et les tribunaux ont distribué des années de prison ferme. Le gouvernement a même proclamé l'état d'urgence et le couvre-feu qui l'accompagne; décision rare dans l'histoire récente de la France. En fouillant dans son passé, la République bourgeoise a trouvé une loi, celle 1955, conçue pour imposer l'ordre colonial en Algérie. Cinquante ans après, elle l'exhume pour mater la révolte des enfants et des petits-enfants des travailleurs immigrés ! Aux problèmes sociaux et politiques, l'État français répond par des mesures guerrières !

Cet État qui mobilise des moyen répressifs extraordinaires pour briser les révoltes d'une population qui n'aspire qu'à vivre dignement, montre une grande faiblesse complice face, entre autres, aux hommes politiques corrompus, face aux marchés financiers qui détruisent l'économie de tout un peuple. La bonne société bourgeoise qui s'indigne tant de la violence des jeunes des quartiers ouvriers s'accommode très bien de la brutalité autrement plus profonde des vautours de la finance internationale. Cette révolte a eu au moins le mérite de montrer au grand jour la lâcheté de la bourgeoisie et les valeurs hypocrites de sa République.

 

Les forces du progrès ne doivent pas abandonner les habitants des ghettos-cités aux forces obscures et réactionnaires. Les travailleurs immigrés, leurs enfants et leurs petits-enfants qui sont nés sur le sol de ce pays font partie intégrante, pour la majorité d'entre eux, de la classe ouvrière. Ils subissent plus que les autres les ravages du chômage, de la précarité et les affres des humiliations en tout genre. Cette insécurité et cette violence permanentes exercées sur cette fraction fragile de la société par une bourgeoisie arrogante et brutale, montrent à l'évidence que leur révolte est légitime. Ses morts, nombreux et anonymes, ne sont pas reconnus et encore moins décorés par la République.

Leur combat doit être celui de toutes les forces qui s'opposent à cet ordre injuste. Prolétaires, précaires et chômeurs de tous les quartiers unissez-vous contre votre ennemi commun, la bourgeoisie.

 

Mohamed Belaali

 

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(1) http://www.ville.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_onzus_2011.pdf

(2)Voir l'intéressante étude de Fabien Jobard et Sophie Névanen «La couleur du jugement» :

http://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2007-2-page-243.ht

(3)http://lmsi.net/Des-policiers-au-dessus-des-lois

(4)http://www.amnesty.org/fr/library/asset/EUR21/003/2009/fr/37f51e9b-e064-4f1f-8656-1683851cc215/eur210032009fra.html

(5)http://www.france24.com/fr/20101207-france-education-ocde-rapport-systeme-enseignement-baisse-niveau-scolaire-chatel-zep

(6)http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/11/08/a-l-assemblee-m-de-villepin-justifie-l-etat-d-urgence_708050_3224.html

 

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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 07:18

«Keep America great!» dit Trump. Regardons de plus près cette prétendue «grandeur» de l'Amérique : près de 2 000 000 de personnes infectées par le covid-19, plus de 100 000 morts, des cadavres jetés dans des fosses communes creusées par des prisonniers dans la ville de New York, des chômeurs par millions avec des indemnités dérisoires, des soupes populaires avec leurs files d'attente interminables distribuées dans tout le pays, des infrastructures sanitaires défaillantes, une assurance maladie quasi inexistante, un racisme toujours présent qui s'étend même à d'autres couches de la société (1) et choque le monde entier par sa brutalité et sa barbarie (2), des ventes d'armes à feu qui ont doublé (3), un président irresponsable et incompétent...Voilà le triste visage de l'Amérique révélé au grand jour par le coronavirus. Et pour mieux cacher cette situation honteuse qui résume à elle seule toutes les tares de la société américaine, le milliardaire Trump passe son temps à tweeter et à inventer des boucs émissaires externalisant ainsi sa gestion criminelle de la pandémie, le tout à quelques mois des élections de novembre 2020. Étrange président qui tire sa force de sa faiblesse, qui justifie son échec présent contre le virus par des victoires futures, qui puise sa science médicale dans le charlatanisme (4) et sa popularité dans le mépris qu'il inspire.

 

 

La première puissance est ainsi incapable de soigner et de protéger ses propres citoyens dont une partie souffrait déjà de maladies chroniques et d'obésité (5) et a fortiori incapable d'apporter la moindre assistance aux autres pays du monde. Non seulement les États-Unis n'apportent aucune aide aux autres nations, mais empêchent des pays comme Cuba, dont le système de santé est l'un des plus efficaces au monde, d'envoyer ses brigades en blouses blanches partout à travers le monde pour combattre le terrible virus (6).

Alors que la pandémie est planétaire, les États-Unis n'envisagent aucune aide ni aucune coopération avec les autres nations en matière de recherche d'un vaccin par exemple pour combattre cette maladie mortelle. Ils sont restés sourds à toute forme de solidarité internationale. L'Amérique n'a pas pris non plus la tête d'une coalition contre le virus comme elle sait bien le faire lorsque il s'agit d'envahir militairement les autres pays. Autant elle est prompte à semer la mort un peu partout à travers le monde pour défendre ses intérêts économiques et stratégiques, autant elle est totalement impuissante lorsqu'il s'agit de sauver des vies humaines. «On observe dans la crise actuelle une absence totale de leadership américain» constate le politologue Matthew Kavanagh (7).

Certains vont jusqu'à penser que «nous sommes peut-être en train de vivre le moment où la puissance géopolitique va se détourner des États-Unis et de leurs alliés» (8).

Il est donc manifeste que les États-Unis sont incapables de jouer pour longtemps le rôle de leadership mondial. Désormais ils ne peuvent plus, comme par le passé, imposer aux autres nations leur vision du monde.

 

Pour mieux détourner l'opinion mondiale et masquer sa responsabilité dans la gestion criminelle de la pandémie, l'administration Trump invente, sur fond des élections de novembre, des boucs émissaires. Ainsi le président des États-Unis a décidé de punir l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) alors en pleine bataille contre la pandémie en lui retirant sa contribution financière «sous prétexte qu’elle a  gravement failli dans la gestion de la pandémie et qu’elle en a dissimulé la propagation» (9). Le 29 mai 2020, Trump rompt définitivement ses relations avec l'OMS (10).

Les conséquences de cette décision peuvent se révéler à court terme dramatiques notamment pour les pays pauvres dont le système de santé dépend en partie de l'OMS. La revue scientifique médicale The Lancet affirme que «la décision du président Trump de nuire à une agence dont le seul but est de protéger la santé et le bien-être des peuples du monde est un crime contre l'humanité» (11).

Mais l'ennemi principal des États-Unis reste la Chine. Dès le début de la crise sanitaire, Trump parlait du «virus chinois», expression qu'il utilisait ad libitum (12). En accusant la Chine, Trump non seulement externalise son propre échec, mais cela lui permet de se présenter comme un «sauveur», un «chef de guerre» contre un ennemi puissant et dangereux qui a laissé «échapper» volontairement le virus d'un laboratoire de Wuhan que Mike Pompeo appelle d'ailleurs «le virus de Wuhan». Il n'en faut pas plus pour exciter sa base et la mettre en ordre de bataille surtout si ce qualificatif de «chinois» s'accompagne de l'indignation des militants des droits de l'homme, des anti-racistes... Peu importe s'il n'existe aucune preuve, jusqu'à aujourd'hui, pour corroborer ces accusations. Le président américain veut même «limiter l’entrée des ressortissants chinois sur son territoire». L'administration Trump va encore plus loin. Elle veut faire payer la Chine pour tous les dégâts causés par le coronavirus non seulement aux États-Unis mais dans le monde entier ! (13).

Mais pour sa réélection, qui reste la priorité absolue, Trump ne se contente pas d'attaquer la Chine,

il faut aussi et surtout que l'économie redémarre. La crise économique et son corollaire le chômage de masse peuvent entraver sérieusement cette réélection. Les mesures de restriction constituent pour lui des obstacles qu'il faut éliminer quitte à sacrifier des dizaines de milliers de vies humaines. Il multiplie alors ouvertement les appels à la révolte contre le confinement (14). Des manifestants, certains les armes à la main, sont descendus dans la rue dans plusieurs Etats répondant ainsi aux appels de rébellion de Trump (15). Alors que le virus est hors de contrôle, Trump ordonne aux américains de reprendre le travail.

Pendant ce temps, la pandémie continue à ravager le pays. Le seuil des 100 000 morts est franchi sachant que le nombre réel des contaminations et des décès est beaucoup plus élevé (16). Mais Trump est déjà en campagne électorale et promet aux américains «une année incroyable, économiquement.(...)l’année prochaine va être une très grande année. Il y a une énorme demande. Vous le voyez avec le marché boursier» (17). Il transforme ainsi sa défaite actuelle sur le plan sanitaire avec toutes ses conséquences par une victoire future sur le plan économique.

 

Il ne s'agit pas de rendre Trump seul responsable de cette situation ni de lui attribuer des forces extraordinaires qu'il ne possède pas. Les événements qui se déroulent actuellement sous nos yeux aux États-Unis ne se sont pas produits comme un éclair dans un ciel sans nuages. Ils sont le produit des rapports de classes que la crise sanitaire et économique ont exacerbés. Ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis n'est ni un problème local ni national mais un problème social qui touche, avec évidemment d'énormes différences de degré mais jamais d'essence, tous les pays où règne la loi du profit.

 

Mohamed Belaali

 

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(1)https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/09/coronavirus-aux-etats-unis-victimes-de-discrimination-les-asiatiques-contre-attaquent_6036105_3210.html

(2)https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/aux-etats-unis-la-violence-contre-les-noirs-de-plus-en-plus-exposee-en-images-cac95e546320f28269856dbd630637bd

(3)https://www.nytimes.com/interactive/2020/04/01/business/coronavirus-gun-sales.html

(4)https://www.ladepeche.fr/2020/04/24/coronavirus-donald-trump-suggere-un-traitement-aux-uv-ou-des-injections-a-leau-de-javel,8860606.php

(5)https://www.nytimes.com/2018/03/23/health/obesity-us-adults.html

(6)http://www.belaali.com/2020/04/hommage-a-l-aide-medicale-internationale-de-cuba.html

(7)https://www.liberation.fr/planete/2020/03/31/face-au-coronavirus-on-observe-une-absence-totale-de-leadership-americain_1783673

(8)http://www.slate.fr/story/189642/covid-19-trump-fin-leadership-americain-chine

(9)https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/16/trump-et-l-oms-un-jeu-dangereux_6036778_3232.html

(10)https://www.20minutes.fr/monde/2789419-20200530-video-coronavirus-donald-trump-coupe-ponts-oms

(11)https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30969-7/fulltext

(12)https://factba.se/search#chinese%2Bvirus

(13)http://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20200428-coronavirus-trump-n-exclut-pas-demander-r%C3%A9parations-chine

(14)https://www.liberation.fr/direct/element/trump-appelle-a-la-revolte-contre-le-confinement_112465/

(15)https://www.20minutes.fr/monde/2762919-20200418-coronavirus-manifestations-anti-confinement-multiplient-etats-unis-trump-semble-encourager

(16)https://www.france24.com/fr/20200527-covid-19-les-%C3%A9tats-unis-passent-la-barre-des-100-000-morts

(17)https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/07/coronavirus-donald-trump-determine-a-rouvrir-au-plus-vite-les-etats-unis_6038938_3210.html

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