Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
21 avril 2023 5 21 /04 /avril /2023 05:55

Le 15 avril 2023, les habitants de Khartoum et d'autres villes du Soudan se sont réveillés sous le bruit des armes. De violents combats opposent deux factions de l'armée soudanaise : les paramilitaires des Forces de Soutien Rapide menés par le général Mohamed Hamdane Daglo et l'armée régulière soudanaise dirigée par le général Abdel Fattah Al-Burhan, à la tête de l'Etat depuis le putsch de 2021. Mais pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui au Soudan, il est nécessaire de revenir sur le passé de ce pays tourmenté. En effet, l'histoire politique du Soudan est riche en révoltes, en révolutions et en coups d'Etat militaires qui ne sont, en dernière analyse, que l'expression d'une lutte de classe plus ou moins ouverte entre oppresseurs et opprimés.

 

Sans remonter à la période coloniale où les « mahdistes » ont mis en déroute l'armée de l'occupation britannique en 1885 avant d'être défaits par le général Kitchener en 1898, le Soudan moderne a connu une série de soulèvements populaires et de putschs militaires entrecoupée d'intermèdes démocratiques. Dès 1958, deux ans seulement après la proclamation de l'indépendance en 1956, le général Ibrahim Abboud s'empare du pouvoir mettant ainsi un terme au régime parlementaire gangrené par la corruption et incapable de sortir le pays de la crise économique liée essentiellement à la chute des prix du coton.

Le nouveau régime militaire soutenu par le Royaume Uni et dont le règne est marqué par de nombreuses mesures impopulaires et discriminatoires notamment vis à vis de la population du Sud majoritairement chrétienne et animiste, est chassé à son tour du pouvoir par la révolution d'octobre 1964 (Thawrat Oktobar) dont l'étincelle est partie de l'université de Khartoum la capitale. La résistance sudiste, l'influence du parti communiste dans les milieux ouvriers, paysans et intellectuels ainsi que, dans une moindre mesure, celle des Frères musulmans ont joué un rôle décisif dans le renversement de la première dictature militaire.

Le nouveau gouvernement provisoire mis en place a promulgué des lois progressistes comme celle qui donne aux femmes, pour la première fois, le droit de vote. Mais la situation a changé rapidement sous l'influence des islamistes qui ont réussi à interdire le parti communiste en 1965 et exclu ses députés de l'Assemblée. Le PC soudanais qui était le fer de lance dans le soulèvement d'octobre 1964 est condamné une nouvelle fois à la clandestinité.

Le 25 mai 1969, un nouveau coup d'Etat mené cette fois par de jeunes officiers nationalistes dont certains sont proches du parti communiste, porte au pouvoir le colonel Gaafar Nimeiry (devenu général puis maréchal par la suite). Admirateur de Nasser, le nouveau maître du Soudan mène une politique de nationalisation et adopte, sur le plan politique, des mesures démocratiques. Mais très tôt Nimeiry entre en conflit ouvert avec les communistes qui doutent fortement du caractère révolutionnaire de son gouvernement. Ils lui reprochent de surcroît son autoritarisme et surtout son projet d'Union tripartite avec l'Egypte de Sadate et la Libye de Khadafi. Les ministres communistes et les officiers proches du parti sont alors exclus du gouvernement.

Le 19 juillet 1971 une tentative de coup d'Etat montée contre Nimeiry et attribuée aux communistes a échoué. Nimeiry décide alors d'écraser définitivement le parti communiste soudanais, le plus important alors du continent africain. «Une effroyable campagne de liquidation physique du parti communiste soudanais et ses sympathisants. Une terrible chasse à l’homme à travers tout le territoire, qui devait engloutir des milliers de cadres politiques, intellectuels, syndicalistes, étudiants et militaires» (1). Le prestigieux dirigeant du parti Abdel Khaliq Mahjoub fut pendu le 28 juillet 1971. Cette période marque le déclin du parti communiste soudanais qui était sur tous les fronts, de toutes les révoltes et de toutes les révolutions avant et après l'indépendance du Soudan. Mais ces idées révolutionnaires pour un Soudan moderne restent encore aujourd'hui l'emblème de tous les soulèvements populaires contre les dictatures militaires.

Débarrassé des communistes, Nimeiry se rapproche des Etats-Unis, de l'Arabie Saoudite, d'Israël et se réconcilie avec les partis fondamentalistes. Il impose la Charia, l'islamisation des institutions et de la société y compris au Sud Soudan dont la population est majoritairement chrétienne et animiste. Il a même exécuté par pendaison Mahmoud Mohamed Taha, un penseur musulman moderniste et fondateur du parti des Frères Républicains d'inspiration socialiste. Devant la Cour avant son exécution Taha déclare «J'ai affirmé à plusieurs reprises mon opinion, selon laquelle les lois de septembre 1983 bafouent la charia islamique et l'islam lui-même. De plus, ces lois ont défiguré la charia islamique et l'islam jusqu'à les rendre repoussants. Plus encore, ces lois ont été édictées et utilisées pour terroriser le peuple et le soumettre à force d'humiliation» (2).

 

En mars 1985, les soudanais sont descendus massivement dans la rue, une fois encore, pour protester contre les augmentations des prix des denrées alimentaires de base et contre Nimeiry qui les a appliquées sur les injonctions du FMI. Le régime réagit violemment. Mais cette brutalité n'a fait que renforcer la volonté des révoltés à se débarrasser du dictateur.

En avril de la même année, le général Nimeiry est renversé par un autre général Abdel Rahman Suwar al-Dahab. Un gouvernement transitoire est constitué. Les prisonniers politiques sont libérés, les libertés publiques restaurées et le parti communiste est de nouveau autorisé. Les élections sont organisées en 1986 et les négociations pour trouver un accord avec les rebelles du Sud sont entamées. Mais cette relative liberté permise par la nouvelle révolution a été de courte durée.

 

Le 30 juin 1989, le colonel Omar Al-Bashir s'empare du pouvoir par un coup d'Etat militaire mettant un terme au gouvernement civil de Sadek el-Mahdi. Une nouvelle dictature s'installe. Le parlement est dissout. Les partis politiques ainsi que les syndicats sont interdits et leurs dirigeants emprisonnés. Omar Al Bachir s'allie un temps avec les Frères musulmans et leur guide Hassan Al Tourabi qui inspirait sa politique. Il concentre tous les pouvoirs entre ses mains : il est à la fois Président de la république, premier ministre, chef des armées et ministre de la défense. Le dictateur introduit un nouveau «code islamique» encore plus rigoriste que celui imposé par Gaafar Nimeiry. Al Bachir commet au Darfour, l'une des régions les plus pauvres du Soudan malgré la richesse de son sous-sol, de véritables crimes de guerre qualifiés de crime contre l'humanité par l'ONU (3).

Il intensifie la guerre au Sud avant de signer avec les rebelles en 2005 un accord de paix et l’organisation d’un référendum d’autodétermination en janvier 2011. En juillet de la même année Al Bachir est contraint d'accepter la sécession du Sud (600 000 kilomètres carrés).

Il privatise les chemins de fer ainsi que de nombreux secteurs de l'économie soudanaise. Il applique les politiques d'austérité et la « vérité des prix » imposées par le FMI. Et c'est justement cette politique dictée par le Fonds monétaire qui a allumé l'étincelle qui va embraser tout le Soudan.

En effet le 19 décembre 2018, alors que l'économie du pays traverse une crise profonde, le gouvernement d'Al Bachir annonce le triplement du prix du pain et augmente celui de l'essence de 30 % alors que l'inflation a déjà atteint les 40 %. Des émeutes éclatent d'abord dans les villes ouvrières notamment à Atbara fief du parti communiste et berceau de tous les soulèvements populaires soudanais avant de se répandre dans tout le pays. Mais les émeutes se sont vite transformées en contestation du régime d'Al Bachir : «Le peuple veut la chute du régime» clament les manifestants. Une dynamique révolutionnaire impulsée et guidée par l'Association des Professionnels Soudanais (APS) s'est emparée de tout un peuple. Malgré une féroce répression et ses dizaines de morts, malgré la présence des Janjawid, ces soldats de sinistre mémoire pour leurs atrocités commises au Darfour, malgré l'instauration d'état d'urgence et le couvre-feu, les manifestants réclament toujours avec force le départ d'Al Bachir et des forces islamistes réactionnaires qui le soutiennent. «La révolution est le choix du peuple» scandent, jour et nuit, les manifestants devant le quartier général de l’armée symbole du pouvoir.

Le 11 avril 2019 Omar Al Bachir est destitué par l'armée : «J'annonce en tant que ministre de la

défense la chute du régime» disait le communiqué lu par le ministre de la défense le général Awad Ibn Awf (4). Un Conseil militaire de transition est mis en place présidé par le général Al Burhan. C'est une première étape de la révolution remportée par le peuple soudanais.

La deuxième a commencé le 17 août 2019 avec la constitution d'un Conseil souverain appelé à superviser «la transition démocratique». Ce Conseil est composé de 11 membres, 5 militaires et 6 civils, dont deux femmes. Un nouveau gouvernement, 18 membres dont 4 femmes, est constitué un mois après et dirigé par un économiste Abdallah Hamdok.

Al Bachir est tombé mais son régime est toujours en place et les islamistes se tiennent en embuscade. Le ministère de l'intérieur et celui de la défense sont toujours entre les mains des militaires. La victoire n'est pas encore là et la lutte des classes se poursuit.

Le 25 octobre 2021, le Soudan a connu un nouveau coup d'Etat mené cette fois par le général Al- Burhan président du Conseil militaire. Ce putsch met fin au processus de transition démocratique entamé depuis la chute du dictateur Omar Al Bachir en avril 2019.

Aujourd'hui Al-Burhan est à son tour contesté par un autre général, Mohamed Hamdane Daglo.

La troisième étape de la révolution soudanaise reste donc à écrire.

 

Mohamed Belaali

 

-----------------------------------

(1)http://www.afrique-asie.fr/561-2/

(2)https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Mohamed_Taha

Voir également le livre de Taha « L'islam à vocation libératrice » publié chez l'Harmattan en 2002 préfacé pat Samir Amin.

(3)https://news.un.org/fr/story/2009/03/152002

(4)https://www.jeuneafrique.com/761484/politique/soudan-omar-el-bechir-destitue-par-larmee/

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
1 avril 2023 6 01 /04 /avril /2023 09:37

La répression qui s'abat aujourd'hui sur les mouvements sociaux et écologiques n'est que le prolongement des châtiments corporels d'un autre âge infligés aux gilets jaunes : mains arrachées, yeux crevés, visages défigurés, crânes fracassés etc. Malheureusement la violence exercée sur ce mouvement populaire n'a pas été suffisamment dénoncée. Une partie des directions syndicales assistait en spectatrice à ce conflit ouvert comme si elle n'était pas concernée. Les gilets jaunes sont restés seuls face à un pouvoir réactionnaire et extrêmement violent.

Aujourd'hui le même pouvoir utilise la même violence contre la colère sociale qui s'exprime partout dans le pays. Aux problèmes sociaux, écologiques et politiques, l'État bourgeois répond par des mesures guerrières ! Car lorsque le conflit s'aiguise la classe dirigeante n'a d'autres choix que d'utiliser la répression pour briser la contestation et perpétuer sa domination. Et plus la lutte perdure et prend de l'ampleur, plus cette classe devient brutale, arrogante et odieuse. Rien de plus normal dans une société fondée sur la lutte des classes.

Cette violence est d'abord une violence d'Etat. Elle est banalisée et légitimée par le discours médiatique et institutionnalisée à travers la police. La mission essentielle de la police n'est pas la sécurité publique mais le maintien de l'ordre politique. Son rôle est de briser toute résistance à l'ordre établi aussi minime soit-elle. C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre toute cette surenchère sécuritaire, cette militarisation de la police et le renforcement extraordinaire de ses pouvoirs.

Aucune république, aucune monarchie même la plus démocratique, ne peut se passer de la violence pour maintenir la majorité de la population dans la soumission. L'existence du suffrage universel, du gouvernement, du parlement et de toutes les institutions qui gravitent autour de l’État ne change rien au fond du problème : l’État reste ce qu'il est réellement c'est-à-dire un appareil qui réprime par la violence toute contestation de l'ordre établi. La terrible répression exercée sur les Gilets jaunes et en ce moment sur le mouvement de contestation sociale et écologique sont des exemples éloquents à cet égard. Il ne peut en être autrement dans une société de classes où l’État possède le monopole de la violence. L’État au service du peuple, de l'ordre public, de l'intérêt général etc. ne sont que des grossiers mensonges véhiculés par la classe dirigeante pour mieux justifier ses privilèges et sa domination.

L’État français peut en totale impunité éborgner les manifestants, arracher leurs mains, les défigurer, ou tout simplement les éliminer physiquement par des armes de guerre. Ni la justice, ni l'Inspection Générale de la Police Nationale, ni le Conseil d’État, ni le Défenseur des Droits, ni l'ONU, ni le Parlement européen, ni le Conseil de l'Europe, ni toutes les autres institutions nationales et internationales ne sont en mesure d'arrêter cette violence de classe. 

 

Mohamed Belaali

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
18 mars 2023 6 18 /03 /mars /2023 07:00

                                                         «L'histoire ne connaît pas encore d'exemple d'une pareille grandeur!»

                                                                                                                                                          K.Marx

 

Les communards se sont battus héroïquement contre l'une des plus féroces bourgeoisies au monde. Aujourd'hui, Macron est le digne représentant de cette même classe sociale comme l'était Adolphe Thiers hier.

 

«A l'aube du 18 mars, Paris fut réveillé par ce cri de tonnerre : vive la commune !» (1). Mais la Commune de Paris n'a vécu que 72 jours ! Pendant cette éphémère existence, la Commune n'a certes pas fait de miracles, mais elle a réalisé des avancées sociales et politiques qui font encore aujourd'hui l'admiration des peuples du monde entier. Des femmes de Montmartre, qui ont fait barrage de leurs corps pour protéger les canons de la Garde nationale, jusqu'au dernier communard tombé au Père-La chaise le fusil à la main, la Commune s'est battue héroïquement contre toutes les injustices et toutes les aliénations de l'ordre social établi. La commune fut battue mais ses principes restent éternels.

 

 

«Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l'heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques...en s'emparant du pouvoir» disait le manifeste du 18 mars du Comité central. La Commune a d'emblée supprimé deux instruments de domination de classe en abolissant la police et en remplaçant l'armée permanente par le peuple en arme. Les représentants de la Commune étaient non seulement tous élus au suffrage universel, mais surtout responsables et révocables à tout moment. Pour la Commune «les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables» (voir l'appel du 22 mars 1871). Quel contraste avec les hommes politiques d'aujourd'hui qui cumulent plusieurs mandats à la fois et n'ont de comptes à rendre à personne une fois élus; il s'agit d'une véritable confiscation du pouvoir ! Les citoyens n'ont aucun contrôle sur leurs représentants qui ne sont absolument pas tenus de respecter leurs promesses. Étrange démocratie où le peuple est réduit à voter à intervalles réguliers pour des «représentants» qui vont immédiatement le trahir. La Commune a instauré un traitement maximum de 6000 francs annuels pour tous les fonctionnaires du haut au bas de l'échelle y compris les juges et les magistrats c'est-à-dire l'équivalent d'un salaire d'ouvrier. Lorsque l'on pense aujourd'hui à ces hommes politiques corrompus qui confondent deniers publics et argent privé, on se rend vite compte combien la démocratie communale était en avance !

 

La majorité des élus de la Commune était naturellement des ouvriers à côté des autres élus du peuple. Aujourd'hui la démocratie bourgeoise ignore totalement dans sa représentation l'existence des ouvriers et des classes populaires en général alors même qu'elles représentent près de la moitié des producteurs de richesses. Qu'elle est jolie la démocratie «représentative» bourgeoise ! Mais ces ouvriers, que la bourgeoisie méprise tant, ont produit avec la Commune l'une des plus belles et des plus originales expériences politiques de l'histoire moderne.

 

La Commune a arraché l'enseignement à l'église et à l’État pour le mettre gratuitement entre les mains du peuple. Elle a banni de l'instruction publique tout «ce qui relève de la conscience individuelle de chacun». Dans «La guerre civile en France», Marx écrivait «La totalité des établissements d'instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l'église et de l’État. Ainsi non seulement l'instruction était rendue accessible à tous mais la science elle-même était libérée des fers dont les préjugés de classe et le pouvoir gouvernemental l'avaient chargée».

 

Si aujourd'hui Macron et son ministre de l'intérieur Gérald Darmanin organisent la chasse policière aux étrangers, accablent de mille et une misères les travailleurs sans papiers et alimentent contre eux les préjugés les plus répugnants, les portes de la Commune, elles, étaient grandes ouvertes à des milliers de travailleurs du monde entier. Elle a même promu au rang de ministre du Travail un ouvrier hongrois et placé deux généraux polonais pour la défense de Paris dont un est mort sur les barricades. La Commune c'était la République universelle.

 

La colonne Vendôme, symbole des horreurs des guerres napoléoniennes, que le peuple de Paris ne voulait plus voir fut renversée. Ainsi le 12 avril 1871, la Commune vote le décret suivant, sur proposition de Felix Pyat : «La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète : article unique - La colonne Vendôme sera démolie».

 

Au cri «A bas la peine de mort», les citoyens du 11e arrondissement au milieu de la joie populaire, ont brûlé le 6 avril 1871 la guillotine. Il a fallu plus d'un siècle pour que la bourgeoisie concède l’abolition de cette pratique barbare.

Contre la justice marchandise, la Commune a tenté d'établir une justice égale et gratuite pour tous. Eugène Protot délégué à la justice avait proposé le 23 avril 1871 que les huissiers, notaires, commissaires-priseurs et greffiers de tribunaux soient des fonctionnaires appointés (2).

 

Rappelons que toutes les mesures de la Commune sont d'autant plus remarquables qu'elles étaient prises alors que Paris était assiégé par les prussiens et par les versaillais.

 

Même si les hommes et les femmes de la Commune n'ont pas atteint leurs objectifs, la portée de leur expérience reste immense. La beauté de l’œuvre de la Commune n'a d'égal que la laideur de l'ordre bourgeois. La Commune restera à jamais gravée dans la mémoire des ouvriers et des opprimés du monde entier.

 

Mohamed Belaali

------------------

(1)K Marx, La guerre civile en France 1871, éditions sociales, page 59.

https://www.marxists.org/francais/ait/1871/05/km18710530c.htm

(2)https://maitron.fr/spip.php?article136007

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
3 mars 2023 5 03 /03 /mars /2023 07:53

«Si dans 10 ans on existe encore, ça voudra dire qu'on aura perdu», disait Coluche en 1985.

38 ans après, les Restos du cœur non seulement sont toujours là, mais fleurissent un peu partout comme, paradoxalement, la misère qui leur permet d’exister et de se développer. Chaque année, des millions de repas sont distribués par des bénévoles dévoués à des centaines de milliers de pauvres sans parler des milliers de bébés aidés par des «Restos et points Bébés du cœur» (1). Ces chiffres sont en augmentation constante. Il s’agit d’une véritable institution aimée par les grands médias et aidée par l’Etat. Mais c’est aussi et surtout le miroir d’une société qui célèbre, presque dans la joie, année après année la détresse et la souffrance humaine.

 

Des hommes et des femmes attendent sagement alignés derrière une ligne imaginaire, souvent dans le froid et sous la pluie, de recevoir leurs colis alimentaires dans l’indifférence quasi générale. Des femmes seules avec ou sans enfants, retraités avec pension de misère, jeunes précaires, étudiants, travailleurs pauvres, personnes en fin de droit, bénéficiaires des minima sociaux, agriculteurs, SDF, etc. etc. L’afflux massif de retraités aux Restos montre à quel point les pensions sont insuffisantes pour vivre et mourir dignement.

Des hommes et des femmes pauvres dans un pays riche ! Des hommes et des femmes broyés par la machine infernale de l’économie de marché ! Une économie qui produit sans trêve richesse pour les uns et misère pour les autres. Cette misère plonge donc ses racines dans cette recherche sans limites du profit.

De la gestion des situations provisoires, les Restos se sont transformés, sous la pression des politiques ultra-libérales, en une véritable institution condamnée à durer et à se développer. Leur sort est intimement lié au capitalisme. La crise de celui-ci va leur envoyer des bataillons entiers de laissés-pour-compte : «la situation des personnes que l'on accueille s'est aggravée : 60% d'entre elles sont en-deça de la moitié du seuil de pauvreté (qui s'établit à 1102 euros par mois, donc 551 euros)... En trente-sept années d'existence, les Restos du cœur n'avaient jamais connu une telle situation» disait Patrice Douret président de l’association (2). Les Restos du cœur, comme d’ailleurs toutes les associations caritatives, ont un « bel » avenir devant eux !

Ces aspects de la charité sont souvent ignorés par les grands médias notamment la télévision. Les images qu’elle diffuse tendent à occulter les véritables causes de la misère. Par contre, les concerts, spectacles et autres show organisés en faveur des Restos, eux, sont bien montrés. Artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques…bref, tout ce beau monde est ainsi mobilisé et projeté régulièrement sur la scène médiatique. Cette médiatisation à outrance de la charité permet de mieux exploiter la générosité des bénévoles et des citoyens et d’éviter du même coup tout travail de réflexion sur les racines politiques et économiques de la misère. Cela permet également à l’Etat de se décharger sur les associations caritatives et de remplacer les prestations fondées sur le droit par la charité et la morale avec tous ses préjugés et toutes ses culpabilisations. L’Etat, par le biais de la loi Coluche, offre aux généreux donateurs une réduction d’impôt égale à 75 % du montant du don. Un manque à gagner qui aurait pu contribuer par exemple à la construction des logements sociaux dont les familles et leurs enfants qui errent dans les rues par milliers ont tant besoin. Or «Depuis 1984, l’effort public pour le logement n’a jamais été aussi faible : les aides au logement sont en effet passées de 1,82 % du PIB en 2017 à 1,63 % en 2020» écrit la Fondation Abbé Pierre dans son rapport annuel (3).

Les riches, eux, peuvent se donner bonne conscience à peu de frais en jetant quelques miettes aux plus démunis qui doivent de surcroît «se courber» pour les ramasser. Cette forme de violence sociale, soigneusement masquée par l’idéologie dominante, reste invisible.

 

L’Histoire nous enseigne que les avancées sociales, petites et grandes, n’ont jamais été données par générosité ou par charité, mais toujours arrachées de haute lutte.

 

Mohamed Belaali

------------------------------------

(1)https://www.restosducoeu

r.org/chiffres-cles/

(2)https://www.francetvinfo.fr/sante/alimentation/precarite-alimentaire-nous-n-avons-jamais-connu-une-telle-situation-s-alarme-le-president-des-restos-du-coeur_5482797.html

(3)https://www.fondation-abbe-pierre.fr/sites/default/files/reml_2022_cahier_2_web_-bilan_2017-2022_le_logement_parent_pauvre_du_quinquennat.pdf

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
24 février 2023 5 24 /02 /février /2023 07:29

Le 24 février 2022 l'armée de la Fédération de Russie a envahi l'Ukraine. Cette intervention militaire va à l'encontre des intérêts des peuples russe et ukrainien. Toutes les guerres entre les peuples sont à bannir. La seule guerre que les peuples doivent mener est la guerre de classe, la guerre contre les oppresseurs, la minorité d'exploiteurs capitalistes à l'intérieur de chaque pays. Ce sont eux qui dressent les peuples les uns contre les autres en exacerbant leurs préjugés nationaux, raciaux, ethniques et religieux afin de maximiser leurs profits et perpétuer leurs privilèges de classe. Mais l'invasion de l'Ukraine s'inscrit dans un rapport de force mondial. L'impérialisme américain et ses alliés européens sont les premiers responsables de cette guerre et portent une lourde responsabilité dans ce conflit armé. Les pays capitalistes ont une longue et terrible tradition dans l'oppression et l'asservissement des peuples. Leur histoire n'est en dernière analyse que pillage des richesses des nations par la violence et la cruauté.

 

Poutine n'est pas un révolutionnaire, loin s'en faut. Il est à la tête d'un Etat capitaliste qui sert les intérêts des plus riches. Son anti-communisme et son nationalisme exacerbé le poussent jusqu'à critiquer Lénine et son Droit des nations à disposer d'elles-mêmes (1). Dans son discours du 22 février 2022, il a déclaré :

 

"Permettez-moi donc de commencer par le fait que l'Ukraine moderne a été entièrement créée
par la Russie, ou plus précisément, par la Russie bolchevique et communiste. Le processus a
commencé presque immédiatement après la révolution de 1917, et Lénine et ses compagnons
d'armes l'ont fait d'une manière très grossière à la Russie elle-même - par la sécession, en
arrachant des parties de ses propres territoires historiques (...)
. En fait,
comme je l'ai déjà dit, la politique bolchevique a abouti à l'émergence de l'Ukraine soviétique,
qui, même aujourd'hui, peut être appelée à juste titre "Ukraine de Vladimir Lénine".
(2)

 

La guerre qu'il mène aujourd'hui en Ukraine est en quelque sorte la faute à Lénine et de sa défense acharnée du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Dans sa logique nationaliste et réactionnaire, Poutine reproche à Lénine d'avoir inscrit dans la constitution la possibilité pour toutes les républiques de pouvoir quitter l'Union Soviétique. En 1917 Lénine écrivait déjà :

 

"Pas un démocrate, pour ne rien dire d'un socialiste, n'osera contester l'entière légitimité des revendications ukrainiennes. Pas un démocrate, de même, ne peut nier le droit de l'Ukraine à se séparer librement de la Russie. (...) Seule la reconnaissance sans réserve de ce droit peut rompre effectivement, à jamais et complètement, avec le maudit passé tsariste qui a tout fait pour rendre étrangers les uns aux autres des peuples si proches par leur langue, leur territoire, leur caractère et leur histoire" (3).

 

Aujourd'hui Poutine tente par cette guerre, aidé en cela par le gouvernement fascisant de Kiev, de rendre ennemis deux peuples qui ont vécu longtemps ensemble en paix.

Mais cette guerre s'inscrit dans un rapport de force mondial. L'impérialisme américain et ses alliés européens sont les premiers responsables et portent une lourde responsabilité dans ce conflit qui oppose en fait l'OTAN à la Russie. La visite de Biden à Kiev, lundi 20 février 2023, montre clairement que les Etats-Unis et l'OTAN s'engagent massivement dans cette guerre avec toutes les conséquences qui en découlent.

Rappelons pour mémoire que les pays capitalistes ont une longue et terrible tradition dans l'oppression et l'asservissement des peuples. Poussé par la recherche effrénée du profit, l'impérialisme en tant qu'instrument de pouvoir de la bourgeoisie, tente de soumettre tous les peuples de la planète. Esclavage, colonialisme..., leur histoire n'est en dernière analyse que pillage des richesses des nations par la violence, caractéristique fondamentale du capitalisme. Ce système est en guerre permanente. Les Etats-Unis, l'Europe et leurs alliés locaux ont détruit l'Afghanistan, la Yougoslavie, ravagé l'Irak, la Lybie, la Syrie, Bahreïn, le Yémen, la Côte d'Ivoire, etc. etc. Ils imposent à tous les pays qui refusent leur hégémonie et leur despotisme, des embargos et des sanctions les plus violents et les plus inhumains (Cuba, Venezuela, Iran, Irak, Corée du nord ...). Précisons qu' Israël qui occupe militairement des territoires palestiniens ou la Turquie qui a annexé des terres de ses voisins, ces deux pays non seulement n'ont jamais fait l'objet de sanctions, mais ils sont même soutenus par l'impérialisme américain. Les peuples opprimés du monde entier savent que les Etats-Unis et leurs alliés ont soutenu à travers la planète les dictateurs et des dictatures les plus féroces comme Augusto Pinochet au Chili, Soeharto en Indonésie, Hosni Moubarak en Egypte pour ne citer que ces trois exemples tellement la liste est longue. Tous les gouvernements à la botte de l'impérialisme américain ne peuvent survivre sans le soutien financier et militaire décisif de Washington. Partout, l'impérialisme américain est l'ennemi des peuples. C'est ce qui explique peut-être une certaine sympathie des pays du sud envers la Russie de Poutine confondue parfois avec les positions progressistes de L'URSS.

Aujourd'hui, les Etats-Unis grâce à leur supériorité militaire et leur bras armé l'OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) vont jusqu'à menacer les intérêts vitaux des puissances comme la Chine et la Russie. Rappelons que depuis la disparition de l'Union Soviétique et le Pacte de Varsovie en 1991, l'OTAN, cette machine de guerre totalement dominée par les américains et dirigée contre l'Union Soviétique, n'a cessé, contrairement aux promesses données à Gorbatchev, de s'élargir aux pays de l'Europe de l’Est désormais sous domination américaine (4).

A sa création en 1949, l'OTAN ne comptait que 12 membres. Aujourd'hui il en regroupe 30 dont 14 anciens pays membres du Pacte de Varsovie (5). La Russie se trouve ainsi encerclée.

Washington refuse obstinément de trouver un compromis avec Moscou concernant l'adhésion éventuelle de l'Ukraine à l'OTAN. Cette attitude est directement liée à la nature impérialiste des Etats-Unis.

L'échec des négociations a conduit Poutine à reconnaître l'indépendance de Louhansk et de Donetsk tout en affirmant que les accords de Minsk (6) sont morts avant d'intervenir militairement en Ukraine. “La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens” disait Clausewitz.

L'élargissement voulu par l'impérialisme américain de l'OTAN jusqu'aux frontières mêmes de la Fédération de Russie est une cause déterminante de la guerre en Ukraine. L'impérialisme américain et son bras armé l'OTAN sont en dernière analyse les vrais responsables de cette guerre.

Les Etats-Unis et l'Union européenne ne cherchent absolument pas à trouver une solution pacifique à cette intervention militaire de la Russie en Ukraine. Bien au contraire. Ils intensifient leurs pressions économiques et militaires sur la Russie créant ainsi une situation propice à une guerre entre puissances nucléaires qui remettrait en cause l'avenir même de la société humaine.

En tout état de cause, cette maudite guerre entre l'OTAN et la Russie par Ukraine interposée va à l'encontre des intérêts non seulement des peuples russe et ukrainien, mais aussi de tous les peuples de la planète. Les pays pauvres sont les premières victimes de ce conflit. L'ONU parle déjà de "l'Ouragan de famines" (7). A l'intérieur de chaque pays, ce sont bien évidemment les classes populaires qui vont subir les conséquences de ce conflit. Il va aggraver encore leurs conditions misérables d'existence. Mais en même temps la guerre pourrait créer une situation favorable au soulèvement des masses opprimées contre leurs dirigeants fragilisés par les crises économiques et politiques.

Dans le système capitaliste, les guerres trouvent leurs racines dans la violence des rapports de d'exploitation de l'homme par l'homme. La guerre et la lutte des classes sont tellement imbriquées l'une dans l'autre que l'on ne peut supprimer l'une sans éliminer l'autre. C'est le capitalisme et ses rapports de domination et d'exploitation qu'il faut abolir. "Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation" disaient Marx et Engels.

 

Mohamed Belaali

-----------------------------

(1)Du droit des nations à disposer d'elles-mêmes (marxists.org)

(2)https://france.mid.ru/fr/presse/intervention_du_president_russie_/

(3)https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/vil19170628.htm

(4)https://nsarchive.gwu.edu/briefing-book/russia-programs/2017-12-12/nato-expansion-what-gorbachev-heard-western-leaders-early

(5)https://www.nato.int/cps/fr/natolive/topics_52044.htm

(6)Minsk II — Wikipédia (wikipedia.org)

(7)https://twitter.com/afpfr/status/1503460961830641664

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
20 février 2023 1 20 /02 /février /2023 07:48

Douze années déjà ! Le 20 février 2011 les masses populaires au Maroc, comme un peu partout dans le monde arabe, se sont soulevées contre un système archaïque, sclérosé et corrompu qui les opprime, le Makhzen. "Répartition des richesses", "démocratie", "dignité" etc. scandaient à l'unisson les manifestants. Ces cris collectifs jaillissaient des décennies d'esclavage social, d'humiliations et de frustrations.

Le grand mérite du Mouvement du 20 février résidait dans son existence même. Il a ravivé une lutte de classes que le pouvoir croyait révolue. Jamais l'histoire récente du Maroc n'avait connu une période aussi riche et aussi chargée de luttes populaires intenses même si le combat contre le Makhzen ne date pas du 20 février 2011.

Le Mouvement avait libéré la vitalité et la créativité des masses opprimées qui avaient fait preuve d'une grande maturité politique et organisationnelle. Dans la lutte, elles avaient aussi appris à relever la tête et à se dresser contre leur ennemi de classe. Les contestataires n'avaient plus peur d'exposer à la face du régime leurs revendications et leurs buts. Ces «damnés de la terre» savaient que le pouvoir ne lâcherait rien sans combat et sans sacrifices.

Des hommes et des femmes, poussés par les injustices et les humiliations insupportables, ont été jusqu'à mettre le feu à leur propre corps se transformant ainsi en torches humaines. Le souvenir de Mohamed Bouazizi est toujours vivant dans la mémoire collective et individuelle.

Face au Mouvement, se dressaient, en plus du Makhzen et son appareil répressif et médiatique, toute une kyrielle de partis politiques anciens et nouveaux, tous domestiqués par le Palais depuis longtemps : le Parti de l'Istiqlal (conservateur), l'Union Socialiste des Forces Populaires (social-démocrate), le Parti de la Justice et du Développement (islamiste), le Parti du Progrès et du Socialisme (ancien parti communiste) et un ensemble de partis créés de toutes pièces par le Makhzen au gré des élections qu'il fabrique régulièrement depuis l'indépendance politique du Maroc en 1956. Contrairement à la Tunisie de Ben Ali ou à l'Égypte de Moubarak qui ont éliminé ou poussé à la clandestinité les organisations politiques (en dehors des Frères Musulmans en Égypte), le régime marocain, lui, multiplie le nombre de partis qui servent ses intérêts, consolidant ainsi son hégémonie et sa domination de classe.

Le Mouvement a été également combattu par les Etats-Unis, la France et les monarchies pétrolières du Golfe. Le soutien de ces forces ennemies du progrès et de la démocratie au Makhzen est total.

En France par exemple, le Maroc était présenté comme un modèle à suivre. Les aspirations du peuple marocain à la démocratie et à la modernité ne pèsent pas lourd face aux intérêts économiques de la bourgeoisie française dans ce pays. Les médias bourgeois occidentaux, quasiment tous entre les mains d'industriels et de financiers, et Al Jazeera propriété du «grand démocrate», l'émir du Qatar, se taisaient lamentablement sur les manifestations pacifiques qui se déroulaient depuis plus d'un an non seulement au Maroc, mais aussi à Bahreïn, au Yémen, en Jordanie, en Arabie Saoudite etc.

Le Mouvement du 20 février avait montré aux masses populaires que la lutte contre le Makhzen ne suffisait pas si elle n'était pas accompagnée par un combat anti-impérialiste. L'impérialisme est partout l'ennemi des peuples et du progrès. Il a tenté d'écraser les soulèvements authentiques des peuples du monde arabe contre des régimes d'un autre âge, soit pour maintenir au pouvoir ces régimes, qui servent ses intérêts, soit pour renverser des gouvernements qui ne lui sont pas totalement soumis. Ainsi il a écrasé dans le sang la révolte du peuple de Bahreïn par l'intermédiaire d'une «grande démocratie», l'Arabie Saoudite. Il a détruit tout un pays, la Libye pour y installer un nouveau pouvoir lui permettant de pomper allègrement le pétrole du peuple libyen.

Le Mouvement du 20 février avait également accordé une large place dans ses revendications à l'émancipation de la femme notamment dans le domaine économique et scolaire. Dans le Maroc d'aujourd'hui, l'accès des femmes au marché du travail reste faible (28 femmes contre 84 hommes) et plus de la moitié d'entre elles ne sait ni lire ni écrire. Leur revenu est quatre fois inférieur à celui des hommes.

Ces événements politiques majeurs non seulement au Maroc, mais dans tout le monde arabe sont loin de constituer une histoire achevée. Bien au contraire, ils ouvrent une ère nouvelle de contestations dans toute la région. La flamme de la résistance à l'oppression allumée par Mohamed Bouazizi est toujours vivante. Du Maroc au Soudan, des vagues de révoltes font encore trembler les régimes en place. Cette contestation toujours renouvelée est née et a grandi sur le sol de la misère économique et du despotisme politique. On peut toujours la réprimer et même l'écraser, mais elle renaîtra tel un phénix de ses cendres.

 

Malgré ses faiblesses et sa défaite, le Mouvement du 20 février reste un événement majeur dans l'histoire des luttes de classes au Maroc. Il a pu courageusement tenir tête à tous ses ennemis, à commencer par le puissant Makhzen. Les masses populaires opprimées n'espéraient pas de miracles du Mouvement. D'autres étapes et d'autres combats l'attendent. Elles savent que la lutte sera dure et la marche vers cette forme de vie supérieure sera longue. Mais elles savent également que le processus de changement et de transformation sociale est enclenché. Par ses manifestations hebdomadaires massives et pacifiques pour une société meilleure, le Mouvement du 20 février a redonné considération, dignité et espoir à toutes celles et ceux qui, hier encore, étaient sans espoir.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
2 février 2023 4 02 /02 /février /2023 08:19

 

 

Deux classes aux intérêts diamétralement opposés s'affrontent ouvertement. D'un côté des millions d'hommes et de femmes, soutenus par une large majorité de leurs concitoyens, qui défendent leur retraite durement acquise et refusent de travailler toujours plus plus, de l'autre, une classe minoritaire, corrompue et parasite mais disposant de tous les pouvoirs et s'accrochant à ses privilèges.

cette classe ne peut comprendre que de simples ouvriers peuvent lui tenir tête en sacrifiant des journées, voire parfois des semaines de salaires. Ses représentants au gouvernement, eux, attendent tranquillement et cyniquement l'essoufflement de la révolte en usant de la propagande et de la répression physique, psychologique et idéologique. Un combat inégal !

La classe dominante ne reculera devant rien pour défendre ses intérêts si le mouvement populaire perdure. Toute l'histoire de luttes de classes le montre.

Quelle que soit l'issue du conflit, les salariés en général et les ouvriers en particulier ont déjà gagné, non seulement sur le plan moral en se battant massivement contre une «réforme» réellement injuste, mais surtout ils ont pris conscience que l'État, le parlement, la police, les médias etc. sont contre eux et, partant, sont au service des patrons qui les exploitent tous les jours. La lutte dans l'unité leur a permis d'identifier clairement leurs ennemis de classe et le caractère bourgeois de la démocratie. Leurs intérêts et ceux de la classe dominante sont en contradiction totale. Ce combat de classe à classe dépasse, de ce fait, le cadre syndical et devient un combat politique.

 

Mohamed Belaali

 

Addenda

 

Deux classes irréconciliables que tout sépare:

 

Ils sont les exploiteurs

Nous sommes les exploités

 

Ils sont les oppresseurs

Nous sommes les opprimés

 

Ils sont les dominants

Nous sommes les dominés

 

Ils sont les bourgeois

Nous sommes les prolétaires

 

Ils sont le capital

Nous sommes le travail

 

Ils ont le profit

Nous avons le salaire

 

Ils gagnent sans travailler

Nous travaillons sans gagner

 

Ils sont les parasites

Nous sommes les travailleurs

 

Ils sont une petite minorité

Nous sommes la grande majorité

 

Ils défendent la société de classes

Nous luttons pour une société sans classe

 

Ils sont le passé

Nous sommes l'avenir

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
17 janvier 2023 2 17 /01 /janvier /2023 07:51

 

Benyamin Netanyahou malgré ses affaires de corruption remporte les élections législatives du 1er novembre 2022. Avec une nouvelle coalition qui totalise 64 sièges sur 120 à la Knesset, il est à nouveau premier ministre d'Israël. Son parti, le Likoud obtient 32 sièges et les partis d'extrême droite totalisent 32 sièges également (1). La caractéristique essentielle de tous ces partis est la négation absolue des droits du peuple palestinien sur sa terre. Leur obsession est de faire de la Palestine l'Etat exclusif du "peuple juif". C'est une "Promesse" divine faite au peuple élu. Tous les dirigeants israéliens, religieux ou laïcs, de droite, d'extrême droite ou de gauche instrumentalisent ce mythe pour mieux escamoter l'histoire réelle du sionisme qui est avant tout un projet colonialiste. Mais un colonialisme qui ne ressemble à aucun autre.

La déclaration Balfour reconnue par La Société des Nations (SDN) plaçait en effet les palestiniens dans une situation bien particulière. Ils doivent faire face à la fois aux britanniques et aux sionistes. Les premiers étaient chargés de préparer la colonisation de la Palestine par les seconds. Comme disait l'écrivain Arthur Koestler, "une nation a solennellement promis à une seconde le territoire d’une troisième." (2)

Contrairement à toutes les autres colonisations, le rapport de force ici est triangulaire. Dans le régime colonial classique, le colonisé, l'opprimé affronte directement le colonisateur, l'oppresseur. En Palestine, la partie ne pouvait se jouer qu'à trois. Les palestiniens n'avaient d'autres choix que de se dresser, dans un combat très inégal, contre la Grande-Bretagne puissance mandataire et contre la colonisation sioniste qui cherche à les déposséder de leur terre et à les remplacer. Les dirigeants arabes, quant à eux, sont restés spectateurs et se sont contentés de demander aux anglais de jouer les arbitres.

Mais pour mieux comprendre l'essence du colonialisme sioniste et son exclusivisme, il faut peut-être se référer à un leader sioniste nettement moins hypocrite que la plupart des dirigeants israéliens. Il s'agit de Vladimir Jabotinsky (1880-1940), le fondateur du courant "révisionniste". Dans un article intitulé "Le mur d'acier" publié dans la revue Rassviet le 4 novembre 1923, Jabotinsky écrit :

" (...) Peu importe les mots. La colonisation porte en elle sa propre définition, totale et inéluctable. Elle est comprise par chaque juif et par chaque Arabe. La colonisation ne peut avoir qu'un seul objectif. Pour les Arabes palestiniens, cet objectif est inadmissible. Telle est la nature des choses. Changer cette nature est impossible. La colonisation ne peut être menée que contre la volonté des Arabes palestiniens. La colonisation sioniste, même la plus restreinte, doit ou bien cesser, ou bien être menée contre la volonté de la population indigène. Par conséquent, cette colonisation ne peut continuer et se développer que sous la protection d'une force indépendante de la population locale, d'un mur d'acier que la population locale ne peut forcer. Telle est, in toto, notre politique envers les Arabes. La formuler d'une autre manière relève de l'hypocrisie. (...) Tout cela ne signifie pas qu'un accord soit impossible. C'est l'accord volontaire qui est impossible. Tant qu'ils auront une lueur d'espoir de pouvoir se débarrasser de nous, ils ne vendront pas cette lueur pour n'importe quelles douces paroles ou quelques friandises, parce que ce ne sont pas des grippe-sous, mais une nation, peut-être quelque peu dépenaillée, mais encore vivante. Un peuple vivant ne fait de concessions aussi énormes sur des questions aussi importantes que lorsqu'il ne lui reste plus aucun espoir. C'est seulement lorsque aucune brèche ne sera laissée dans notre mur d'acier que les groupes extrémistes perdront leur empire et que l'influence passera du côté des groupes modérés. Et c'est alors seulement que ces groupes modérés pourront venir à nous avec des propositions de concessions mutuelles sur des questions pratiques, telle une garantie contre l'expulsion ou une égalité avec une autonomie nationale... Mais la seule voie pour parvenir à un tel accord est le mur d'acier, c'est-à-dire le renforcement, en Palestine, d'un gouvernement sur lequel les Arabes n'auront aucune influence, d'aucune sorte, d'un gouvernement contre lequel les Arabes lutteront. En d'autres termes, pour nous, la seule voie qui mène à un accord est le refus absolu de toute sorte d'accord."(3)

Ce texte a au moins le mérite d'être clair et sans hypocrisie sur le but final du sionisme : la colonisation doit se poursuivre d'une manière implacable contre la volonté des palestiniens à l'abri d'un "mur d'acier".

Si le courant "révisionniste" était minoritaire et peu influent à ses débuts, aujourd'hui il domine et détermine largement la politique israélienne fondée sur la stratégie du "mur d'acier". Tous les dirigeants sionistes, à un degré ou à un autre, sont acquis aux conceptions de Jabotinsky. Rappelons que le père de Benyamin Netanyahou était membre de l’Union mondiale des sionistes révisionnistes et un fervent adepte de Jabotinsky dont il était le secrétaire personnel. Benzion Netanyahou a élevé ses enfants dans la fidélité des idées de Jabotinsky (4).

Cet héritage idéologique familial, Netanyahou l'applique avec un zèle singulier. Son nouveau gouvernement multiplie déjà les provocations contre les palestiniens et proclame haut et fort le droit inaliénable et exclusif du "peuple juif" sur toute la terre palestinienne. C'est un gouvernement de continuité et non de changement ou de rupture. C'est un produit authentique du sionisme. Le visage sans fard du sionisme que les gouvernements successifs de gauche arrivaient plus ou moins à masquer, apparaît avec la nouvelle coalition au grand jour.

Avec ce gouvernement, les démolitions de maisons, les expulsions, la colonisation de ce qui reste des terres palestiniennes vont probablement s'accélérer. Car l'existence même du peuple palestinien est incompatible avec leur rêve du "Grand Israël". La haine du palestinien qui constitue un obstacle vivant à leur projet exclusiviste et la violence que cela implique s'inscrivent dans cette longue tradition du sionisme en général et des révisionnistes en particulier. La Haganah, l'Irgoun et le Betar sont intimement liés à Jabotinsky et son "mur d'acier" (5).

 

Le poète palestinien Tawfik Zayyad dont la poésie se confond avec cette "terre violée" de la Palestine ressentait, peut être plus que les autres poètes palestiniens, la tragique histoire de la Palestine et de son peuple qui lutte toujours pour sa survie. Dans un de ces poèmes (6) il écrivait :

Ici nous resterons

Gardiens de l'ombre des orangers et des oliviers

Si nous avons soif nous presserons les pierres

Nous mangerons de la terre si nous avons faim mais nous ne partirons pas !!

Ici nous avons un passé un présent et un avenir

 

Mohamed Belaali

 

---------------------------------

(1)https://www.gov.il/en/departments/units/25-election-commitee/govil-landing-page

(2))https://www.monde-diplomatique.fr/publications/manuel_d_histoire_critique/a53242

(3) Cité par Lotfallah Soliman, " Pour une histoire profane de la Palestine". La Découverte, 1989 page 34.

(4)https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873

(5)https://ujfp.org/lextreme-droite-dans-le-monde/

(6)https://www.belaali.com/2022/05/un-poete-palestinien-tawfik-zayyad.html

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
3 janvier 2023 2 03 /01 /janvier /2023 07:57

Nous publions aujourd'hui, après d'autres écrits, une partie des conférences données par Marx devant le Conseil Général de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) les 20 et 27 juin 1865 en réponse à John Weston, membre influent de l'AIT et représentant des travailleurs anglais (1). Weston affirmait qu'une augmentation générale des salaires ne pouvait améliorer la situation des salariés. Selon lui, toute augmentation du niveau des salaires se traduirait par une hausse du prix moyen des marchandises et par conséquent le pouvoir d'achat des travailleurs resterait le même. Une hausse générale du taux du salaire, précise-t-il, n'a donc aucune utilité pour les ouvriers car "les prix des marchandises sont déterminés ou réglés par les salaires".

Marx tout en réfutant les conceptions de Weston, montre "qu'une hausse générale des salaires entraînerait une baisse générale du taux du profit, mais qu'elle serait sans effet sur les prix moyens des marchandises".

La théorie de Weston et des économistes bourgeois constituait et constitue encore aujourd'hui non seulement une arme efficace entre les mains des patrons contre les ouvriers, mais aussi une justification théorique de leur exploitation. Elle correspond aux intérêts des capitalistes dont l'une des priorités reste la compression des salaires.

Macron serviteur zélé de la classe dominante refuse obstinément d'augmenter les salaires. La loi sur le pouvoir d'achat du 16 août 2022 en est un exemple éloquent. De son côté, le patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux va dans le même sens en affirmant qu' "une augmentation des salaires, c'est aussi une augmentation des prix". Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, tient lui aussi le même discours.

La réfutation par Marx des conceptions de Weston est non seulement très acuelle, mais constitue aussi une véritable arme entre les mains de la classe ouvrière éclairée face aux attaques quotidiennes des exploiteurs capitalistes. "La tendance générale de la production capitaliste, écrivait Marx, n'est pas d'élever le niveau moyen des salaires, mais de l'abaisser, c'est-à-dire de ramener, plus ou moins, la valeur du travail à sa limite la plus basse".

Mais au-delà du combat pour arracher aux capitalistes des hausses de salaires, Marx incite les travailleurs non seulement à combattre les conséquences inévitables du système, mais surtout à s'attaquer en même temps au régime du salariat qui lui est lié : "Les trade-unions agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du capital. Elles manquent en partie leur but dès qu'elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent entièrement leur but dès qu'elles se bornent à une guerre d'escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d'un levier pour l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat".

 

Voici le chapitre 14 des conférences regroupées dans " Salaires, prix et profit" :

 

"La lutte entre le Capital et le Travail et ses résultats"

 

"Après avoir montré que la résistance périodiquement exercée de la part de l'ouvrier contre la réduction des salaires et les efforts qu'il entreprend périodiquement pour obtenir des augmentations de salaires sont inséparablement liés au système du salariat et sont provoqués par le fait même que le travail est assimilé aux marchandises et soumis par conséquent aux lois qui règlent le mouvement général des prix; après avoir montré, en outre, qu'une hausse générale des salaires entraînerait une baisse générale du taux du profit, mais qu'elle serait sans effet sur les prix moyens des marchandises ou sur leurs valeurs, maintenant il s'agit finalement de savoir jusqu'à quel point, au cours de la lutte continuelle entre le capital et le travail, celui-ci a chance de l'emporter.

Je pourrais répondre de façon générale et vous dire que le prix du marché du travail, de même que celui de toutes les autres marchandises, s'adaptera, à la longue, à sa valeur; que, par conséquent, en dépit de toute hausse et de toute baisse, et quoi que fasse l'ouvrier, il ne recevra finalement en moyenne que la valeur de son travail, qui se résout dans la valeur de sa force de travail, laquelle est déterminée, à son tour, par la valeur des moyens de subsistance nécessaires à sa conservation et à sa reproduction, et dont la valeur est finalement réglée par la quantité de travail qu'exige leur production.

 

(...) Ces quelques indications suffiront à montrer que le développement même de l'industrie moderne doit nécessairement faire pencher toujours davantage la balance en faveur du capitaliste contre l'ouvrier et que, par conséquent, la tendance générale de la production capitaliste n'est pas d'élever le niveau moyen des salaires, mais de l'abaisser, c'est-à-dire de ramener, plus ou moins, la valeur du travail à sa limite la plus basse. Mais, telle étant la tendance des choses dans ce régime, est-ce à dire que la classe ouvrière doive renoncer à sa résistance contre les atteintes du capital et abandonner ses efforts pour arracher dans les occasions qui se présentent tout ce qui peut apporter une amélioration temporaire à sa situation ? Si elle le faisait, elle se ravalerait à n'être plus qu'une masse informe, écrasée, d'êtres faméliques pour lesquels il n'y aurait plus de salut. Je pense avoir montré que ses luttes pour des salaires normaux sont des incidents inséparables du système du salariat dans son ensemble, que, dans 99 cas sur 100, ses efforts pour relever les salaires ne sont que des tentatives pour maintenir la valeur donnée au travail, et que la nécessité d'en disputer le prix avec le capitaliste est en connexion avec la condition qui l'oblige à se vendre elle-même comme une marchandise. Si la classe ouvrière lâchait pied dans son conflit quotidien avec le capital, elle se priverait certainement elle-même de la possibilité d'entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande envergure.

En même temps, et tout à fait en dehors de l'asservissement général qu'implique le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s'exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne. Ils ne doivent pas oublier qu'ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu'ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction, qu'ils n'appliquent que des palliatifs, mais sans guérir le mal. Ils ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par les escarmouches inévitables que font naître sans cesse les empiétements ininterrompus du capital ou les variations du marché. Il faut qu'ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères dont il les accable, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales nécessaires pour la transformation économique de la société. Au lieu du mot d'ordre conservateur: "Un salaire équitable pour une journée de travail équitable", ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire: "Abolition du salariat".

Après cet exposé très long et, je le crains, bien fatigant, mais qu'il me fallait faire pour traiter de façon satisfaisante mon sujet, je conclurai en proposant d'adopter la résolution suivante:

  1. Une hausse générale du niveau des salaires entraînerait une baisse générale du taux des profits, mais ne toucherait pas en somme au prix des marchandises.

  2. La tendance générale de la production capitaliste n'est pas d'élever le salaire normal moyen, mais de l'abaisser.

  3. Les trade-unions agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du capital. Elles manquent en partie leur but dès qu'elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent entièrement leur but dès qu'elles se bornent à une guerre d'escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d'un levier pour l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat."

 

Karl Marx, Salaire, prix et profit.

Source : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626.htm

 

Mohamed Belaali

------------------------------

(1) Ces conférences n'ont jamais été publiées du vivant de Marx. C'est sa fille Eleanor qui les a publiées en 1898 sous le titre Value, Price and Profit avec une préface d'Edward Aveling.

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B
13 décembre 2022 2 13 /12 /décembre /2022 07:58

En janvier 2007, Nicolas Sarkozy disait : "Je veux changer la pratique de la République. Je veux une République irréprochable" (1). Aujourd'hui l'ancien président de la République est jugé pour toute une série "d'affaires" (Bygmalion, financement libyen, «Azibert», Karachi etc...). Il a même été condamné deux fois à de la prison ferme dans deux affaires différentes. C'est historique ! Et plusieurs autres "affaires" attendent encore Nicolas Sarkozy devant les tribunaux. Mais ce passage à répétition devant les juges n'est que l'arbre qui cache la forêt. Le nombre d'hommes et de femmes politiques impliqués, à un degré ou à un autre, dans les "affaires" est impressionnant. Voici une liste non exhaustive qui ne doit pas masquer le caractère récurrent et structurel de la corruption qui règne dans toutes les sphères de l’État. Sans remonter aux diamants centrafricains de Giscard, on peut citer pêle-mêle à titre d'exemple seulement quelques responsables politiques :

 

Raymond Barre, Jacques Médecin, Michel Mouillot, Christine Boutin, Christian Blanc, Christian Estrosi, Alain Joyandet, Eric Worth, Jérôme Cahuzac, Alain Juppé, André Santini, Claude Guéant, le couple Balkany, Serge Dassault, Jean-Michel Baylet, Jean-Noël Guérini, Jean-François Copé, Edouard Balladur, Jacques Chirac, Jean-Pierre Bechter, Maryse Joissains, Gaston Flosse, Jacques Mellick, Charles Pasqua, Pierre Bedier, Aquilino Morelle, Alain Carignon, Bernard Tapie, Thomas Thévenoud, Georges Tron, François Léotard, François Fillon, Léon Bertrand, François Bayrou, François de Rugy, Richard Ferrand, Laura Flessel, Jean-Paul Delevoye, Sylvie Goulard, Marielle de Sarnez, Françoise Nyssen, Alexis Kohler, Jean-Christophe Lagarde, Caroline Cayeux etc. etc.

 

D'autres noms viendront allonger cette liste déjà longue. Car ces "affaires" et ces scandales sont intimement liés au fonctionnement même du système capitaliste qui les produit et reproduit de manière permanente. Il ne s'agit pas ici d'une affaire de morale, républicaine ou non, mais la conséquence d’un système économique dont les intérêts de classes constituent le fondement matériel. Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron ne disaient-ils pas : "Nous conjurerons le pire en remettant de la morale dans la politique" (2) par "une vraie stratégie de moralisation de la vie publique" (3).

 

"La moralisation de la vie publique" (4), "la nécessité d'une lutte implacable contre les dérives de l'argent" (5) etc. ne sont en réalité que de grossiers mensonges derrière lesquels la classe dirigeante tente de dissimuler ses pratiques mafieuses pour mieux leurrer les classes populaires. Invoquer la morale dans le cadre du système actuel est non seulement une illusion, mais par dessus le marché une grande hypocrisie.

 

Aujourd'hui, en guise de la république "irréprochable" et "exemplaire", on a plutôt une république corrompue livrée, pieds et poings liés, au capital, aux cabinets de conseils, aux ministres millionnaires qui la violent chaque jour sous le regard stupéfait des plus démunis. Les travailleurs découvrent que ces corrompus, qui de surcroît cachent souvent leur magot dans les paradis fiscaux pour échapper à l'impôt, possèdent des patrimoines sans commune mesure avec leurs propres salaires. Combien de siècles de labeur et de souffrance au travail faut-il à un smicard par exemple pour atteindre le patrimoine déclaré et non déclaré de ces ministres? Et ce sont ces mêmes possédants qui exigent des salariés de travailler toujours plus et leur imposent toujours plus de sacrifices. Le cynisme et le mépris pour le peuple de ces hommes et de ces femmes corrompus n'ont d'égal que leur soumission aux puissants. Qu'elle est belle la république bourgeoise !

 

On peut adopter les lois que l’on veut contre la corruption, les affaires et les privilèges, mener toutes les enquêtes possibles, on peut même diminuer et limiter leur importance, mais on ne peut pas les éliminer. Car leur existence et celle du capitalisme sont tellement imbriquées l’une dans l’autre que l’on ne peut supprimer l’une sans éliminer l’autre. Les lois et les mesures prises pour lutter contre la corruption ne sont que des paravents derrière lesquels la bourgeoisie dissimule ses forfaits. Le problème n’est donc pas l’existence de la corruption, des scandales financiers, des affaires et autres privilèges, mais celle du capitalisme qui les engendre. Il y a eu dans le passé des scandales, il y a aujourd’hui des scandales et il y aura dans l’avenir d’autres scandales tant que ce système existe. Le véritable scandale, c’est le capitalisme lui-même.

 

Mohamed Belaali

 

------------------------------

(1)https://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/26/la-republique-irreprochable-pour-memoire_1691151_3232.html

(2)https://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/26/la-republique-irreprochable-pour-memoire_1691151_3232.html

(3).https://www.dailymotion.com/video/x5do11u

(4)https://www.vie-publique.fr/loi/20774-loi-confiance-dans-la-vie-politique-moralisation-de-la-vie-publique

(5)https://www.vie-publique.fr/discours/187662-francois-hollande-10042013-moralisation-de-la-vie-politique-fraude

 

Partager cet article
Repost0
Published by M B