«Le gouvernement moderne n'est qu'un comité qui gère les affaires communes
de la classe bourgeoise toute entière».
K. Marx
F. Engels
«Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux».
Étienne de La Boétie
Je reproduis ici un texte écrit en 2012. Bien que dépassé sur certains points, il reste quant au fond d'une brûlante actualité.
Les manifestations contre la dynastie des Al Saoud notamment dans les provinces orientales se poursuivent et se ressemblent. Chaque manifestation se termine par une répression sanglante. Cette violence exercée sur des manifestants pacifiques se fait à huis clos. Le silence des États-Unis, de l'Europe et de leurs médias sur ces exactions est impressionnant. Leur complicité avec ce Royaume moyenâgeux est totale. Les richesses pétrolières enfouies sous le sable de l'Arabie, le rôle de défenseur des intérêts impériaux de l'impérialisme américain font de cet État féodal un «ami» de toutes les bourgeoisies occidentales et l'ennemi de tous les travailleurs et de tous les peuples qui aspirent à se libérer du joug des régimes d'un autre âge et de leurs protecteurs impérialistes.
« Nous ne sommes pas la Tunisie, ni l’Égypte, ni ...» répètent souvent le régime saoudien et ses médias. Certes la contestation en Arabie Saoudite n'a ni l'ampleur ni la portée des soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, à Bahreïn ou au Yémen. Mais le peuple saoudien, comme l'ensemble des peuples arabes, aspire lui aussi à se débarrasser de la dynastie des Al Saoud et à se réapproprier sa fabuleuse richesse pétrolière. Il sait également que cette richesse est la plus convoitée et la plus protégée au monde. La famille royale qui possède tous les pouvoirs, n'est en fait qu'un instrument entre les mains de l'impérialisme américain qui l'utilise conformément à ses propres intérêts. Le pétrole reste encore une ressource économique vitale pour la bourgeoisie américaine d'autant plus que ses propres réserves ne cessent de diminuer.
Les compagnies pétrolières des États-Unis étaient présentes sur le sol saoudien dès 1933 avec la Standard Oil of California (Socal) qui formera un groupe avec Texas Oil Company (Texaco) et Mobil (1). A la fin de la deuxième guerre mondiale, la mainmise américaine sur le pétrole saoudien est totale avec la création d'Arabian American Oil Company (Aramco). Pour parachever leur domination et protéger les puits de pétrole saoudiens, une base de l'US Air Force est créée à Dhahran dans l'est du pays. Il est donc très difficile pour le peuple de l'Arabie Saoudite d'affronter dans ces conditions l'un des régimes les plus protégés et les plus cruels au monde.
Cette cruauté du régime saoudien plonge ses racines dans les sources même du pouvoir des Al Saoud. Il faut revenir au XVIIIe siècle et plus exactement à l'époque de Mohammad Ibn Abdel Wahhâb (1703-1792), prêcheur fanatique, et le «mithaq» (pacte) qu'il a conclu en 1744 avec Mohammad Ibn Saoud, un émir qui rackettait ses propres sujets et ambitionnait de soumettre les autres tribus à son autorité, pour comprendre les origines despotiques du pouvoir saoudien actuel.
La violence de l'ultra-dogmatisme d' Ibn Abdel Wahhâb se manifestait non seulement dans ses discours (inégalité homme/femme, rigorisme des rapports sociaux etc.), mais surtout dans les châtiments corporels : lapidation à mort de l'adultère, amputation des voleurs, exécutions publiques, etc. Il s'agit à la fois d'une doctrine et d'une pratique. Les sanctions découlent directement des normes et préceptes avancés par Abdel Wahhâb. Cette mise en pratique des prêches et les effets des châtiments cruels ont effrayé les chefs religieux. Contraint de quitter son oasis natale, Abdel Wahhâb se réfugia dans les bras d' Ibn Saoud, émir de la province de Najd. Ensemble ils ont créé le wahhabisme. Mais Ibn Saoud a su mettre le talent, la ferveur et l'énergie d'Abdel Wahhâb au service de ses ambitions personnelles : la religion au service de la politique. Le prêcheur du désert est devenu le serviteur exclusif de l'émir et donne ainsi une justification et une couverture religieuse aux ambitions politiques de son protecteur. Le wahhabisme est la rencontre entre le fanatisme religieux et le cynisme politique.
La dynastie des Al Saoud qui gouverne aujourd'hui l'Arabie Saoudite est née de cette alliance confessionnelle et politique. La découverte du pétrole dans les années trente n'a fait que renforcer cette instrumentalisation de la religion. L'Islam est utilisé comme idéologie de légitimation pour perpétuer le pouvoir et les privilèges du clan des Al Saoud.
La religion et le pétrole sont des armes dont se sert cette monarchie d'un autre âge pour étouffer et éliminer toute contestation. Les châtiments cruels et inhumains sont régulièrement prononcés par les tribunaux saoudiens. Le nombre d'hommes et de femmes décapités dans ce pays ami des États-Unis et de l'Europe ne cesse d'augmenter (2). En Arabie Saoudite, les manifestations sont strictement interdites comme d'ailleurs les partis politiques, les syndicats et les associations. Aucune critique du roi et aucune opposition à son gouvernement ne sont tolérées dans cette monarchie absolutiste choyée et protégée par les bourgeoisies occidentales. Toute protestation et toute critique sont condamnées et considérées par le pouvoir comme contraire à L'Islam.
Pourtant, depuis les soulèvements populaires dans le monde arabe, l'Arabie Saoudite est le théâtre de manifestations récurrentes nonobstant l'appareil répressif sophistiqué du régime et sa cruauté. Craignant la contagion des soulèvements tunisien et égyptien à la péninsule, la caste au pouvoir a distribué sous forme d'avantages divers l'équivalent de 130 milliards de dollars pour taire la protestation et calmer la colère qui montait dans tout le pays. Mais le peuple saoudien, à l'instar des peuples arabes, aspire profondément au changement. Les manifestations, même d'une manière sporadique, se poursuivent. La répression est devenue encore plus brutale. Personne ne connaît avec précision le nombre de victimes tombées sous les balles de la police saoudienne formée et armée par les États-Unis. La tuerie se déroule à huis clos !
Les médias bourgeois, «profondément attachés aux droits de l'homme», se taisent lâchement sur les massacres des Al Saoud. Les assassinats des manifestants pacifiques sont occultés et souvent justifiés. Les contestataires qui défient courageusement, au prix de leur vie, l'ordre moyenâgeux saoudien, sont présentés par les gouvernements occidentaux et leurs médias comme des «terroristes» ou comme des «chiites manipulés par l'Iran». Le même discours est tenu par le régime saoudien qui parle de complot iranien qui vise à déstabiliser toute la région. «Les chiites sont des demi-juifs cachés» (3) disait Nayef ben Abdul-Aziz al Saoud, prince héritier et ministre de l'Intérieur d'Arabie Saoudite, demi-frère de l'actuel roi Abdallah, décédé le 16 juin 2012 et remplacé par le prince Salman, ministre de la Défense.
C'est cette même propagande et cette même complicité des bourgeoisies américaines et européennes qui ont conduit, entre autres, à l'intervention saoudienne à Bahreïn le 14 mars 2011 pour mater ces «chiites manipulés par l'Iran» et ces «demi-juifs cachés» afin de sauver une autre dynastie, celle des Al Khalifa, au pouvoir depuis des siècles(4). Ce sont donc les gouvernements et les classes dominantes américaines et européennes qui ont permis à l'Arabie Saoudite de briser le soulèvement populaire à Bahreïn et de maintenir une véritable dictature au pouvoir. Les victimes de ces interventions et ingérences étrangères sont toujours les mêmes : des hommes et des femmes qui se sont soulevés pour une société meilleure et qui ont vu leur révolte confisquée par l'impérialisme et ses auxiliaires régionaux. Dans cette guerre menée contre les aspirations à la démocratie et à la dignité des masses arabes opprimées, l'Arabie Saoudite, soutenue par les États-Unis et l'Europe, joue un rôle majeur. Elle est le rempart contre tout changement démocratique et progressiste dans le monde arabe. Elle est l'incarnation de la contre-révolution.
Par contre, en Syrie, l'occident impérialiste et ses serviteurs locaux comme l'Arabie Saoudite parlent plutôt «de combattants pour la démocratie», «des révolutionnaires», «des rebelles» pour désigner en fait des hommes armés, entraînés, dirigés et financés par les États-Unis, l'Europe, la Turquie et bien sûr «la grande démocratie» qu'est l'Arabie Saoudite ! Il faut, vaille que vaille, installer à Damas un pouvoir servile à leur botte comme en Libye.
Mais le pouvoir saoudien aussi puissant soit-il connaît des fissures qui ne cessent de s'élargir. La dynastie des Al Saoud est contestée dans tout le pays. Elle ne tient sa «légitimité» que de la répression et de la protection de la bourgeoisie américaine. Au sein même de la famille régnante, des rivalités entre princes, clans et autres réseaux plus ou moins formels se font jour quant à la succession du roi Abdallah (88 ans). Une crise de succession pourrait être, pour l'avenir du régime, un facteur sinon d'instabilité du moins d'incertitude. A cela s'ajoutent des problèmes d'ordre économique, conséquences d'une concentration excessive des richesses entre les mains de la famille royale et de l'élite des affaires qui lui est liée. Les politiques libérales préparées par les experts du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale avec la complicité du pouvoir ont dégradé, entre autres, la situation du marché du travail notamment pour les jeunes saoudiens. En Arabie Saoudite, pays riche, les jeunes peinent à trouver du travail !
Le contraste est violent entre une gérontocratie qui vit dans un luxe suranné et une jeunesse frustrée à qui le pouvoir, pour la calmer, jette quelques miettes de cette fabuleuse richesse dont regorge le pays. Le Wall Street Journal, porte-parole du capital, laisse passer ces remarques:«L'âge moyen du triumvirat de princes régnants est de 83ans, alors que 60 % des Saoudiens ont moins de 18 ans. Grâce à la télévision par satellite, à Internet et aux réseaux sociaux, les jeunes sont désormais parfaitement conscients de la corruption des autorités - tout comme ils savent que 40 % des Saoudiens vivent dans la pauvreté et que près de 70 % ne peuvent se payer un logement. Ces Saoudiens vivent des vies dignes du Tiers Monde, ils souffrent d'une éducation lamentable et sont incapables de trouver du travail dans un secteur privé où 90 % des employés sont des étrangers» (5). Les hommes qui dirigent l'Arabie Saoudite ainsi que leur régime ont fait leur temps. Ils ne correspondent plus à la marche de l'histoire. S'ils sont toujours au pouvoir, c'est essentiellement grâce au soutien indéfectible des bourgeoisies américaines et européennes.
Ainsi va le monde absurde et barbare de la bourgeoisie. Elle méprise les peuples et leur volonté à disposer d'eux-mêmes. Grâce à sa puissance de feu, elle force toutes les nations qui ne peuvent se défendre à se soumettre à ses intérêts. La bourgeoisie est l'ennemie de la paix et du progrès. Elle soutient les régimes les plus rétrogrades et les plus cruels. Son «triomphe» en ex-Yougoslavie, en Irak, en Côte d'Ivoire, en Libye et peut-être demain en Syrie, c'est aussi le triomphe du despotisme, de la corruption et de la misère économique et politique. Les opprimés en Arabie Saoudite comme dans l'ensemble du monde arabe n'ont pas dit leur dernier mot malgré les avancées réelles de la contre-révolution et la prise du pouvoir par les forces réactionnaires et obscurantistes en Tunisie et en Égypte. La révolte gronde toujours. Leur espoir dans une société nouvelle est aussi grand que leur détermination à se débarrasser de leurs oppresseurs et de leurs despotes anciens et nouveaux.
M B
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(1) http://www.lesclesdumoyenorient.fr/Etats-Unis-et-petrole-saoudien.html
(2) http://www.amnesty.org/fr/region/saudi-arabia/report-2012
(5)The Wall Street Journal cité par le Courrier international du 26 août 2012 : http://www.courrierinternational.com/article/2011/02/18/attention-la-jeunesse-est-sur-facebook
«L'émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes».
K. Marx
Le rejet massif de l'austérité exprimé par le peuple grec le 5 juillet 2015 a été suivi immédiatement par l'acceptation d'un nouveau plan d'austérité encore plus extrême que les précédents (1) ! Le «non» est ainsi transformé en «oui» et la résistance en soumission. La séparation entre les aspirations du peuple et les discours de ses dirigeants est totale : « Nous n’avons ni l’intention ni la possibilité de vous tromper. De soustraire aujourd’hui votre vote et l’utiliser après les élections comme chèque en blanc. Et nous n’avons pas la possibilité de vous tromper parce que SYRIZA c’est vous» avait déclaré pourtant avec force Alexis Tsipras le 17/01/2015 (2). Il est étrange qu'un parti qui se nomme lui-même coalition de la gauche radicale et qui prétend, pour mener sa politique, s'appuyer uniquement sur le peuple souverain le trompe à ce point : «Nous ne nous appuyons ni sur des entrepreneurs ni sur des banquiers ni sur des propriétaires de médias. Nous nous appuyons sur vous. Ni sur l’oligarchie, ni sur les grandes familles. Sur le peuple souverain»(3). Ces formules hypnotiques répétées ont soulevé un immense espoir chez un peuple humilié et écrasé par des plans d'austérité sans fin, appliqués avec un zèle singulier par la droite et la social-démocratie. Le peuple grec a voté alors majoritairement le 25 janvier 2015 pour Syriza, le parti qui a promis la fin de l'austérité : « Le peuple grec souverain a délégué aujourd’hui un mandat clair, fort, et sans ambiguïté. La Grèce tourne la page. La Grèce laisse derrière elle la politique désastreuse de l’austérité» (4).
Après avoir tout accepté et tout renié à Bruxelles le 13 juillet 2015, Alixis Tsipras déclarait «j'ai signé un accord auquel je ne crois pas » ! Il assume pourtant la responsabilité de ce mémorandum pour, disait-il, éviter tout désastre au pays. Il demande alors au parlement et surtout aux partis qu'il combattait hier encore le Pasok et la Nouvelle démocratie de voter ce nouveau plan d'austérité le plus brutal et le plus violent que la Grèce n'ait jamais connu. Son appel a été entendu. Le 16 juillet,
ce « catalogue des horreurs », selon l'expression même des fonctionnaires qui ont participé aux « négociations », a été adopté par une large majorité (229 voix pour, 64 contre et 6 abstentions). Il faut souligner que 32 députés de la gauche radicale ont voté contre et 6 se sont abstenus. Le comité central de Syriza a rejeté quant à lui majoritairement (109 sur 201 membres) ce plan d'austérité. L'accord a été adopté donc grâce aux partis qui faisaient de l'austérité la priorité des priorités !
Pendant que les députés discutaient à l'intérieur du parlement, des milliers de manifestants anti-austérité affrontaient les forces de l'ordre à l'extérieur. Et si la lutte s’aiguisait, le gouvernement Syriza/Anel ferait-t-il appel aux troupes pour mater les révoltes populaires ?
Après le Pasok et la Nouvelle Démocratie, c'est le tour maintenant de Syriza d'appliquer, dans des conditions autrement plus difficiles, les mesures d'austérité dictées par la classe dominante européenne.
En fait les dirigeants de Syriza, en bons réformateurs et petits bourgeois qu'ils sont, n'ont jamais remis réellement en cause le capitalisme, source des malheurs du peuple grec et de tous les peuples. Ils n'ont pas compris que la tendance générale de ce système n'est pas d'améliorer les conditions d'existence des travailleurs et des salariés en général, mais de les dégrader. Au lieu de s'attaquer aux racines du mal, ils préfèrent mener une guerre d'escarmouche contre les conséquences du régime sans jamais œuvrer en même temps à sa transformation. Les problèmes économiques, sociaux et politiques que connaît la Grèce sont les effets de la crise du capitalisme et non les causes.
Les dirigeants de Syriza ne se conduiront jamais en révolutionnaire mais en réformistes.
Logiques avec eux-mêmes, les dirigeants de Syriza ont accepté les institutions de l'Union européenne, sa monnaie et son marché uniques espérant ainsi les changer de l'intérieur ou tout du moins les moraliser. Or l'Union européenne et la zone euro non seulement sont amorales comme le capitalisme, mais elles ne sont pas réformables. Les politiques économiques, dont l'austérité n'est qu'une dimension parmi d'autres, sont intimement liées à la nature de classe de l'Union. Les intérêts des oppresseurs et ceux des opprimés sont irrémédiablement antagonistes. C'est une illusion de croire que l'Europe, telle qu'elle est construite, va se métamorphoser par on ne sait quel miracle en une Europe démocratique, sociale, solidaire, écologique et tutti quanti. La reddition de la petite bourgeoisie grecque montre d'une manière éclatante combien cette idée de vouloir changer l'ensemble des institutions européennes de l'intérieur est erronée et dangereuse. Vouloir rester, vaille que vaille, dans l'Union européenne et la zone euro pour « négocier » des réformes ne peut conduire qu'à la situation dramatique que connaît la Grèce aujourd'hui.
L'Union européenne et la zone euro sont des constructions non démocratiques et une véritable dictature du capital qui inflige aux peuples européens des souffrances insupportables et les prive de toute autonomie, de toute souveraineté. Dans cette Europe là, les travailleurs sont ainsi transformés en esclaves condamnés à travailler sans relâche sous les ordres des créanciers, spéculateurs, usuriers et autres parasites du monde entier. Toute la construction européenne n'a qu'un seul objectif, servir les intérêts des puissants. Le cas de la Grèce est un exemple éloquent à cet égard. Dans ces conditions quel est l'intérêt des travailleurs et de l'ensemble des salariés à rester dans l'Union européenne et la zone euro ? Aucun. Il faut donc rompre définitivement avec cette construction hideuse.
Mais il ne suffit pas de comprendre que le changement est nécessaire pour le rendre possible.
Pour réaliser ce changement historique, il faut une force matérielle et sociale organisée sans laquelle aucune évolution qualitative n'est possible. La petite bourgeoisie incarnée par la direction de Syriza a montré d'une manière éclatante , alors qu'elle avait une grande partie de la population derrière elle, qu'elle était incapable d'affronter la classe dominante européenne toute puissante. Seule la classe ouvrière, produit authentique de la bourgeoisie, a objectivement intérêt à se préparer à cette lutte que lui impose le capital. Malheureusement la classe ouvrière européenne est dans un état de division et de faiblesse tel, qu'il lui très difficile de relever le défi. Les politiques d’austérité imposées par la bourgeoisie ne font que préparer d’autres crises plus violentes et moins prévisibles avec toutes les conséquences terribles pour les travailleurs. La classe ouvrière même divisée et affaiblie par un chômage de masse n'a d'autres choix que de se dresser contre la dictature du capital si elle ne veut pas que sa situation matérielle déjà dégradée ne s’aggrave encore davantage. Mais ce combat de longue haleine ne peut être mené efficacement que dans l'unité de l'ensemble des travailleurs.
Prolétaires de toute l'Europe unissez-vous.
M.B
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La Grèce, pays de Thalès, de Socrate, de Démocrite et d’Épicure, pour ne citer que ceux-là, est aujourd'hui mise à terre, méprisée et humiliée par une horde de barbares, comme des vampires sans foi ni loi, qui pompent et vident le peuple grec de sa substance vitale. Ils portent des noms étranges : Fonds vautours, hedge funds, Zinzins, Troïka etc. Certains sont même sans visage : marchés financiers, Fonds de pension, Fonds de placement, agences de notation, Fonds souverains, Fonds européen de stabilité financière etc. Ils utilisent un langage dont les mots signifient souvent le contraire de ce qu'ils annoncent : réforme, stabilité, solidarité, assistance, dialogue, modernisation, aide, sauvetage. Le caractère monstrueux de ces mensonges reste, pour l'immense majorité des citoyens, invisible. Leurs discours omniprésents et omnipotents n'ont de sens que dans le contexte de la propagande, en dehors de ce cadre ils restent des sons vide de tout sens. Avec ou sans visage, ils poursuivent tous inlassablement un seul et même objectif : confisquer les richesses de tout un peuple pour les transférer par des mécanismes complexes aux banquiers, aux créanciers, aux spéculateurs, aux usuriers et autres parasites du monde entier.
Ces monstres sont soutenus, encouragés et protégés par des hommes et des femmes plus ou moins impliqués dans des affaires de corruption, de scandales fiscaux, de mœurs comme Dominique Strauss khan ancien président du FMI, remplacé par Christine Lagarde (affaire Tapie-Crédit lyonnais), Jean Claude Juncker président de la Commission européenne(affaire LuxLeaks, accords secrets passés avec 340 multinationales qui leur permettent de transférer leurs profits au Luxembourg pour échapper à l'impôt sur les bénéfices) etc.
Ces dirigeants corrompus ou dissolus s'appuient eux-mêmes sur des politiciens dont la seule et unique mission est de servir les puissants : A. Merkel, W. Schäuble (ministre allemand des finances) N. Sarkozy, F. Hollande, D. Tusk (président du Conseil européen), George Papandréou et Antonis Samaras (anciens premiers ministres grecs chantres de l'austérité) etc.
Leur soif du sang grec est insatiable. Plus ils en sucent, mieux ils se portent. Plus la situation économique est catastrophique plus ils exigent de se servir davantage et cela jusqu'au dernier euro. Même les plages, les forêts, les ports, les sites culturels, les autoroutes, les îles, la Poste, les chemins de fer, les aéroports etc. doivent passer entre les mains de spéculateurs dont le visage hideux change constamment. La privatisation doit être totale, intégrale.
La meute, comme les chacals, ne quitte jamais sa proie avant de l'épuiser pour mieux la dévorer ; c'est la curée. Elle s'attaque d'abord aux maillons faibles, les PIGS (cochons) comme les appellent avec mépris les technocrates de Bruxelles : Portugal, Italie, Grèce et Espagne avant de se retourner contre les autres pays membres de l'Union. La Grèce ne constitue que le point de départ vers un modèle qui sera généralisé et où la meute des spéculateurs, des banquiers et autres créanciers dominera les peuples d'Europe qui perdront leur autonomie, leur souveraineté et la maîtrise de leur destin. Ils seront ainsi réduits à travailler sans relâche, comme des esclaves, pour le plus grand bonheur des détenteurs du capital.
Le peuple grec s'est montré cependant plus résistant et plus combatif que ne l'imaginaient ses oppresseurs. Il s'est dressé courageusement face à ses tyrans qui veulent le réduire à l'esclavage. Mais dans ce combat inégal, le peuple grec est quasiment seul. Les bourgeoisies de tous les pays et leurs institutions se sont coalisées contre ce petit pays. Non seulement elles lui imposent une succession de plans d'une extrême austérité qui ont ruiné son économie, mais elles lui dictent ses choix politiques et la manière même de choisir ses propres dirigeants. J.C Juncker, président de la Commission européenne, avait appelé pour les élections législatives anticipées du 25 janvier 2015 à voter contre A.Tsipras dont le programme s'opposait justement à cette terrible politique d'austérité qui a plongé la Grèce dans la misère et le désespoir. Et lorsque A. Tsipras, face aux ultimatums de la meute des créanciers et leurs représentants, a décidé de faire appel au peuple pour dire « Non » à un énième plan d'austérité en organisant un référendum, J.C Juncker, encore lui, appelle à voter pour le plan des créanciers ( réduction des pensions de retraite, augmentation de la TVA supportée essentiellement par les plus démunis, baisse du nombre et des salaires des fonctionnaires etc.).
Le combat du peuple grec montre d'une manière éclatante combien les institutions européennes sont antidémocratiques. Le mépris de la volonté des peuples et de la démocratie est une constante de l'Union. Rappelons pour mémoire que les peuples danois, français, néerlandais et irlandais ont rejeté par référendum le traité de Maastricht, le projet de traité constitutionnel et le traité de Lisbonne en 1992, en 2005 et en 2008. Mais cette volonté populaire a tout simplement été ignorée par l'Union européenne. Sa réaction épidermique et agressive contre le référendum grec du 5 juillet 2015 montre combien il lui est insupportable d'accepter le moindre processus permettant aux peuples d'exprimer leur volonté. La plupart des décisions de l'Union européenne sont prises dans l'ombre pour ne pas dire dans l'obscurité la plus totale. Les négociations qu'elle a menées avec les États-Unis pour conclure un accord de libre échange (Trans-Atlantic Free Trade Agreement ou TAFTA) est un exemple éloquent de cette opacité. Les intérêts qu'elle défend sont en totale contradiction avec ceux des peuples. L' Union se présente ainsi comme un pouvoir indépendant et au-dessus des citoyens. Elle est l'ennemie des peuples et de la démocratie. La démocratie du capital reste un concept creux sans contenu réel utilisé par la classe dominante comme instrument idéologique au service exclusif de ses intérêts.
Le combat du peuple grec n'est donc pas seulement économique, il est aussi politique et constitue une véritable lutte pour des valeurs et des principes de démocratie et de souveraineté des peuples : «Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec.» a déclaré A.Tsipras dans la nuit du 26 au 27 juin sur la télévision publique grecque (1).
Cette lutte inégale qui semble perdue d'avance reste cependant porteuse d'espoir. Elle élargit un peu plus les fissures , encore minuscules, qui apparaissent dans cette construction hideuse qu'est l'Union européenne. Ce combat nous enseigne également que la social-démocratie sous toutes ses formes (PASOK, SPD, PS, PSOE, Parti travailliste etc.) porte une lourde responsabilité dans l'étouffement des mouvements sociaux et constitue un frein à toute transformation qualitative de la société. Elle est au service de la classe dominante (2). Il faut donc construire une alternative en dehors de ce courant politique. Les contradictions entre les intérêts des peuples et ceux des institutions européennes n'exploseront pas d'elles-mêmes. Le combat du peuple grec peut servir d'étincelle qui embraserait toute l'Europe si les autres peuples prenaient conscience de l'urgence du changement. Mais même la conscience la plus lucide, reste impuissante tant qu'elle ne s'appuie pas sur des forces sociales organisées et déterminées à mener ce combat jusqu’à son terme. Seule la classe ouvrière, négation vivante de l'ordre établi de part sa position dans le processus de production, a objectivement intérêt à se préparer à cette lutte que lui impose le capital. Elle trouvera en face d'elle une classe puissante qui possède tous les pouvoirs et qui est déterminée à briser la moindre résistance afin de perpétuer ses privilèges. La classe ouvrière, même affaiblie par un chômage de masse, n'a d'autres choix que de se dresser contre la dictature du capital si elle ne veut pas que sa situation matérielle déjà dégradée ne s’aggrave encore davantage. Mais ce combat de longue haleine ne peut-être mené efficacement que dans l'unité de l'ensemble des travailleurs.
Prolétaires de toute l'Europe unissez-vous.
M.B
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(2) http://belaali.over-blog.com/article-social-democratie-et-collaboration-de-classes-50152165.html