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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 11:38

 

Je-graverai.jpg

 

Cinq mois après l'horreur des massacres de décembre /janvier derniers, le peuple de gaza dignement et dans la solitude presque totale continue à panser ses profondes blessures. Malgré la douleur et la souffrance liées à la disparition des êtres chers, malgré les privations, les restrictions, les humiliations et les sanctions collectives, l'attachement instinctif à la vie des hommes, des femmes et des enfants de Gaza est plus fort que la machine de mort d'Israël. Cette folle envie de vivre des palestiniens, vaille que vaille, à Gaza assiégée et qui manque de tout n'a d'égale que la farouche volonté d'Israël de les exterminer. Car le Grand Israël (Eretz Israel Hashlema ) ne peut être construit justement que sur les cadavres palestiniens. Cette dialectique de la vie et de la mort déroute Israël et son armée. Il s'agit là peut-être d'une nouvelle forme de résistance palestinienne : vivre pour résister et résister pour vivre.

 

Prise au piège de sa propre logique d'extermination, la société israélienne, élevée depuis 1948 dans la haine du palestinien, non seulement produit des fanatiques en tout genre comme par exemple Yigal Amir l'assassin de Rabin, mais choisit, pour la diriger, des hommes et des femmes qu'elle juge capables d'aller jusqu'au bout de leur mission : Benyamin Netanyahou (Le Likoud), Avigdor Lieberman (Israël Beitenou), Elie Yishaï (Shass), Daniel Herschkowitz (Foyer juif), M.Yaakov Litzman (Judaïsme Unifié de la Torah) etc.(1). Tous ces hommes sont issus de formations politiques de droite et d'ultra-droite. Mais ces qualificatifs ne sont pas assez forts : Un homme comme Ehoud Barak «socialiste» ou Tzipi Livni «centriste» (comme François Bayrou!), ont mené ostensiblement et froidement l'un des massacres le plus horrible de ce début du XXIème siècle. Que dire alors d'un homme comme Lieberman sans parler des fanatiques Daniel Herschkowitz ouYaakov Litzman ?

Un gouvernement de cette nature n'a apparemment pas choqué la bonne conscience des dirigeants américains, européens et arabes. A. Lieberman comme les autres membres de ce gouvernement d'ailleurs ont été et seront reçus dans ces pays. Car les intégristes, les fanatiques et autres extrémistes infréquentables sont évidemment toujours du côté palestinien et d'une manière générale du côté musulman! Pourtant tel qu'il est constitué, le gouvernement israélien représente bel et bien un véritable danger pour la paix dans la région et dans le monde.

Mais Israël nous a habitués à ce genre de dirigeants dont l'unique objectif est la réalisation du Grand Israël et la négation des palestiniens : Ben Gourion, Moshe Dayan, Itzhak shamir, Menahem Begin, Ariel Sharon, Ehud Olmert, Ehud Barak et bien d'autres encore. Anéantir toute entité et toute identité palestinienne reste la singularité la plus profonde de ces hommes. Leur «carrière» dans ce domaine est bien remplie. Leurs noms sont intimement liés à des lieux, aujourd'hui connus de tout le monde: Deir Yassine, Kafr Qassem, Sabra et Chatila, Jenine et Gaza pour ne citer que ceux là.

D'autres dirigeants viendront allonger cette liste macabre déjà trop longue. Avigdor Lieberman ne reprochait-il pas à Barak et à Livni «le travail inachevé» par l'armée israélienne à Gaza ? Il propose non seulement de «transférer» les palestiniens, mais surtout de «continuer à combattre le Hamas comme les Etats-Unis ont combattu les Japonais durant la Seconde guerre mondiale" en faisant clairement allusion à l'utilisation de la bombe atomique(2). L'accession de cet homme au pouvoir ne fait que refléter le vrai visage et la vraie nature d'Israël.

Combien de temps les dirigeants occidentaux et leurs médias continueront-ils à soutenir de tels gouvernements extrémistes ?

 

Etrange Etat où l'existence d'un peuple, le peuple israélien, doit passer nécessairement par la négation de l'autre peuple, le peuple palestinien. Le modèle d'extermination qui fonde cet Etat, structure l'ensemble des rapports de la société israélienne. Une société fermée, raciste, sans opposition ou presque, qui s'habitue de plus en plus aux souffrances qu'elle inflige tous les jours aux palestiniens, qui devient insensible à leurs malheurs, sourde à leurs cris de douleurs et aveugle à leur présence.

Elle s'entoure d'un immense mur qui, à certains endroits, atteint neuf mètres de hauteur avec des miradors armés, des tranchées, des clôtures électriques et qui lui permet en même temps d'annexer un peu plus de terres et d'isoler davantage les populations palestiniennes les unes des autres. Contre ce mur, personne ne viendra se lamenter sur les malheurs des palestiniens !

Elle sème un peu partout les checkpoints qui réduisent la mobilité des palestiniens, les empêchent de se rencontrer, de voyager et les obligent à supporter, dans l'humiliation, des files d'attente interminables. Combien de femmes palestiniennes enceintes ont dû accoucher dans ces checkpoints faute de pouvoir arriver à temps à l'hôpital? Se rendre à son travail, à l'école ou tout simplement rendre visite à ses proches devient, dans ces conditions, une insupportable corvée.

Elle multiplie les colonies en arrachant les villageois palestiniens à leur terre au mépris de toutes les lois internationales. A leur place elle installe, dans des maisons confortables, des colons fanatisés qui peuvent admirer de leurs fenêtres des paysages magnifiques sans jamais voir le drame palestinien qui se déroule pourtant sous leur yeux.

A Washington, le 18 mai 2009, Benyamin Netanyahu expliquait fermement à Barack Obama son désir de «poursuivre la politique d'agrandissement des implantations existantes» tuant ainsi toute tentative et tout espoir de paix avec les palestiniens (3). L'ancien porte-parole de la Maison Blanche Joe Lockhart, n'avait-il pas décrit d'ailleurs le premier ministre israélien comme "l'un des personnages les plus odieux qu'il (lui) a été donné de rencontrer, doublé d'un menteur et d'un tricheur"(4).

 

 

Comme la mort doit planer constamment sur eux, les palestiniens s'accrochent de toute leur force à la vie. Chaque instant, chaque moment qui passe est, pour eux, une victoire sur la mort. La résistance à la mort et donc à l'occupant devient dans ces conditions une nécessité vitale.«Ni la faim, ni la mort ne nous feront plier et notre résistance se poursuivra» dit un slogan palestinien . Il ne s'agit là que d'un slogan, mais à bien des égards, il reflète une certaine réalité. Les palestiniens que le sionisme politique ne veut plus voir sont toujours là. Plus de soixante ans d'occupation, de massacres, de nettoyage ethnique, de déportation, d'exode, d'errance à travers le monde; plus de soixante ans que les palestiniens comptent leurs morts dans l'indifférence quasi générale, mais leur volonté à vouloir vivre sur cette terre qu'ils aiment tant et qui les a vu naître et grandir reste totale. Chaque parcelle volée de cette terre palestinienne, chaque enfant, chaque femme, chaque homme tué est gravé dans leur mémoire collective blessée. Les poètes mieux peut-être que quiconque savent traduire cet attachement indéfectible à la terre et à la vie comme l'écrivait le grand poète palestinien Toufik Zayyad :

 

«Je graverai le numéro de chaque parcelle

de notre terre violée

et l’emplacement de notre village et ses limites

et ses maisons qu’ils ont dynamitées

et mes arbres qu’ils ont déracinés

et toutes les fleurs sauvages qu’ils ont arrachées

afin de me souvenir.

Je graverai inlassablement

toutes les saisons de mes douleurs...» (5).

 

 

Mohamed Belaali.

 

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(1) http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo

(2) http://www.japoninfos.com/Gaza-faire-au-Hamas-ce-que-les.html

(3) http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-39326023@7-37,0.html

(4) http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/05/18/a-washington-benyamin-netanyahou-defend-sa-vision-du-dossier-palestinien_1194619_3218.ht

(5) http://www.humanite.fr/1998-05-14_International_Poeme-pour-ne-pas-oublier

 

 

 

 

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 11:43

 

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« La délinquance ne procède que très rarement de la souffrance sociale.(...)   L’idéologie dominante était fondée sur l’idée que la misère engendre naturellement la criminalité qui ne peut donc être traitée que par des mesures sociales. Je dis exactement le contraire : c’est la criminalité qui favorise la misère en aggravant l’exclusion, et la stigmatisation d’une partie de la société française»(1). Ainsi s'exprimait, en grand théoricien, Nicolas Sarkozy le 28 mai juste avant les élections européennes du 7 juin 2009. Et il poursuit «Une vingtaine de quartiers en région parisienne sont particulièrement victimes de la violence des bandes (...)Les agressions dirigées contre les policiers ou les gendarmes ne sont ni plus ni moins qu’un défi lancé à la République». Ce discours plaît non seulement à l'extrême droite, à la droite, mais aussi à une partie de la gauche.

 

En France pour gagner les élections, il faut « taper» sur les plus démunis notamment les enfants et les petits enfants des travailleurs immigrés. Car c'est cette «racaille» là qui est responsable des millions de chômeurs, de la destruction des services publics, de la disparition des libertés individuelles et de tous les malheurs de la France. C'est le mal absolu ! Il faut les pourchasser partout ces voyous des cités populaires et «aucune rue, aucune cave, aucune cage d’escalier ne doit être abandonnée aux voyous. Je souhaite que se multiplient, immédiatement, les opérations “coup de poing” dans les cités» (1). Tous les moyens doivent être mobilisés : les grands médias, les experts en tout genre, tout l'appareil judiciaire, les unités mobiles, la police, la gendarmerie et peut-être aussi l'armée : «Je souhaite une mobilisation complète des forces de l’ordre sur cet impératif majeur» (1). Ce déploiement extraordinaire de la force contraste avec l'impunité et la complicité de ce même gouvernement envers les vrais responsables de la situation de crise dans laquelle se trouve la France aujourd'hui : les dirigeants d'entreprises et la classe au pouvoir. Plus de liberté et de tolérance pour les uns et plus de contrôle et de «tolérance zéro» pour les autres.

Mais la traque ne s'arrête pas là. Elle se poursuit à l'intérieur même de l'école. Préfets, recteurs, procureurs, chefs d'établissement, policiers à la retraite et autres personnes volontaires sont sommés de repérer ces collégiens et lycéens responsables de l'insécurité en France. Entre les trousses, les cahiers et les livres, des révolvers, des bombes et autres explosifs peuvent être dissimulés. Les cartables doivent être fouillés, les portiques de sécurité et la vidéo surveillance installés; car c'est la sécurité de la république qui est en jeu . Il faut rappeler que l'on voulait même détecter la délinquance dès l'âge de 3 ans c'est-à-dire dès la crèche ou la première année de la maternelle en s'appuyant sur le rapport de l' INSERM publié en 2005 (2). Misérable politique !


Voilà donc la tonalité de ce discours. Il s'agit de propos vides politiquement, mais chargés de démagogie et de calculs politiciens. Il s'adresse à une partie de la population imbibée d'idées rétrogrades et xénophobes. Cette frange de la population a été éduquée, élevée et habituée à ce genre de discours. A la veille de chaque élection on lui ressasse inlassablement les mêmes mots et les mêmes images : l'insécurité et l'immigration restent et demeurent le problème le plus grave de la France ! Apeurée, elle se jette dans les bras d'un pouvoir qu'elle croit protecteur notamment en période de crise économique. Ce type de discours démagogique arrive, grâce au matraquage méthodique et systématique des grands médias, à transformer l'insécurité sociale, bien réelle, en insécurité tout court; c'est sa force. Le chômage, la déréglementation et la précarisation de l'emploi, des notions intimement liées au mode de production capitaliste, plongent l'individu dans l'incertitude et l'insécurité économique et sociale. Pour calmer son angoisse, il faut lui présenter, en chaire et en os, les responsables de cette situation. Le travailleur immigré, ses enfants , ses petits enfants etc. sont les parfaits boucs émissaires. On «ne peut accueillir toute la misère du monde» n'est-ce pas? La désignation et la stigmatisation de l'étranger permettent également de créer un semblant de «cohésion nationale» sans cesse mise à mal par la mondialisation libérale.


Le drame, c'est qu'une partie de la gauche adopte la même position et utilise, elle aussi, à quelques nuances près le même discours. Elle est convaincue que le pouvoir est au bout du chemin tracé par la droite voire l'extrême droite. Il suffit donc de le suivre. Car comme le disait Manuel Valls «Une grande partie des idées de gauche se sont épuisées». Alors il faut que les idées de gauche deviennent les idées de droite «Nous pouvons faire un bout de chemin avec la majorité(...)Je pense aux moyens qu'il faut donner à la justice, à la lutte contre la criminalité ou encore au dossier de l’immigration» (Le Figaro, 22 août 2007). Plus récemment, il récidive en s'adressant à Christian Gravel, son directeur de cabinet : «Belle image de la ville d'Evry… Tu me mets quelques blancs, quelques whites, quelques blancos…» ! Encore et toujours l'insécurité et l'immigration. La politique est ainsi réduite à ces deux mots. Valls est non seulement dirigeant du PS, mais maire et député. Misérable politique !

Un autre député-maire André Gerin, lui, veut libérer la femme musulmane en décidant à sa place. Il lui choisira ses vêtements, ce qu'elle doit porter et surtout ce qu'elle ne doit pas porter comme le voile dit islamique ou la Burqa par exemple. Pour lui, la libération de la femme passe par les vêtements ! La marchandisation du corps de la femme par la publicité, l'insupportable inégalité de salaires pour le même diplôme, le même niveau de qualification entre homme et femme, la présence ridicule des femmes au sein du parlement et dans toutes les instances de décision, le chômage, la précarité et le temps partiel subi qui frappent davantage les femmes que les hommes etc. sont des vieilleries d'un autre âge pour lesquelles aucun combat digne de ce nom ne mérite d'être mené. Le véritable problème de la France c'est la Burqa ! A. Gerin, incapable d'affronter la bourgeoisie et le capitalisme qui rabaissent l'être humain ( hommes et femmes) à l'état de marchandise, préfère s'unir avec la droite pour mener un combat d'arrière garde en s'attaquant à la frange de la population la plus fragile, la femme musulmane. Mais les Valls et les Gerin ne sont que quelques arbres qui cachent une véritable forêt dans cette partie de la gauche à la dérive, toujours prête à vendre son âme pour plaire à la classe dominante.


Malheureusement les femmes (musulmanes ou non), les «sauvageons» comme disait Chevènement, ne sont pas les seuls à subir les foudres du pouvoir. Les lycéens, les étudiants et tous les jeunes qui contestent la politique de ce pouvoir omniprésent et omnipotent lui ont déjà payé un lourd tribut.

Face aux revendications légitimes des lycéens, le gouvernement oppose répression et brutalité. Combien d'adolescents et d'adolescentes ont été insultés, giflés, matraqués, gazés, humiliés et brutalisés par les CRS pour avoir tout simplement revendiqué dans la rue un enseignement de qualité ouvert à tous ? Que garderont ces enfants plus tard de cette société qui les méprise tant ?

Les étudiants de leur côté, ont mené un long et admirable combat, comme d'ailleurs leurs camarades grecs, espagnols, italiens etc., contre la transformation de l'université en entreprise et le savoir en vulgaire marchandise. La répression, le mensonge et la stigmatisation de la contestation à travers les grands médias tous entre les mains de la classe au pouvoir, sont utilisés comme moyens pour atteindre ces objectifs. La guerre est menée sans trêve contre toute contestation de cette pitoyable et misérable politique du gouvernement.

Pour empêcher la moindre résistance, pour intimider les citoyens les plus conscients politiquement, on invente de toute pièce des ennemis de l'Etat, auxquels on attribue des qualificatifs parfois surprenants : militants de l'ultra-gauche, terroristes, anarchos autonomes, anarchistes, néosituationnistes et même nihilistes nietzschéo-corézienne ! Pour faire peur à la population, on organise des opérations policières spectaculaires médiatisées à outrance. Ainsi le 11 novembre 2008, policiers et journalistes débarquent à Tarnac. Les premiers procèdent à des interpellations musclées (c'est un euphémisme), les seconds braquent leurs projecteurs et leurs caméras sur...des jeunes corréziens parmi lesquels le désormais célèbre Julien Coupat. Il s'agit pour la police comme pour les grands médias, d'un commando violent qui a saboté des lignes TGV : «Le commando avait fait de ce village en Corrèze son QG .(...) Le groupe a décidé de rentrer en clandestinité et de s’installer en Corrèze. Plus de téléphone, plus d’Internet mais des actions comme celles commises sur les voies ferrées» affirmait sans aucune précaution dès le 11 novembre Audrey Goutard journaliste à France 2 (3). Puisque le dossier est vide, il faut absolument trouver quelque chose qui ressemble à «une preuve».

Le vide sera comblé par... un livre ! Il s'agit de «l'insurrection qui vient». La justice, la police et les grands médias se précipitent alors sur l'ouvrage comme la meute sur sa proie. On verse carrément un livre au dossier de l'instruction ! C'est un fait rarissime qui en dit long sur l'état des libertés aujourd'hui sous le régime de Sarkozy et de la démocratie bourgeoise. Mais l'opuscule est signé par un «comité invisible». Eric Hazan auteur et éditeur (La Fabrique) de livres progressistes, antisioniste courageux fut entendu par la Police Judiciaire le 9 avril 2009 sans vraiment savoir pourquoi puisqu'il n'était pas témoin des faits qu'on lui reproche. Il est juste l'éditeur de «L'insurrection qui vient». Mais le dossier reste désespérément vide. Julien Coupat, le dangereux terroriste, fut libéré le 28 mai 2009 après plus de six mois de détention pour rien. Michèle Alliot-Marie ne sachant comment justifier cette débandade politique , judiciaire et médiatique, déclarait que si Julien Coupat «demeure sous contrôle judiciaire, cela signifie quelque chose» (4). Mais justement que signifie sur le plan du Droit «cela signifie quelque chose»? En fait cela ne signifie absolument rien, si ce n'est l'arbitraire.


Le 22 juin 2009, Sarkozy a réuni à Versailles ses courtisans dans un faste ( au frais du contribuable) digne des monarques des siècles passés, humiliant ainsi un peu plus une république qui ne lui reste de démocratique que les apparences. Là encore le président a parlé, entre autres, de la Burqa. Emu, A Gerin ne pouvait que saluer «l'attitude positive et pondérée» de Sarkozy (5). Le comble pour un communiste !

En cette période de chômage de masse, l' insécurité, l' immigration, le terrorisme, la Burqa, bref des discours et des mots vides, voilà ce que la classe dominante, qui continue à s'enrichir et qui capte l'essentiel des ressources financières de l'Etat, offre à la population comme solution pour la soulager de ses souffrances sociales. Pitoyable politique !


Mohamed Belaali


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(1) http://www.elysee.fr/download/?mode=press&

(2) http://ist.inserm.fr/basisrapports/trouble-conduites.html

(3) http://www.acrimed.org/article3152.html

(4)http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200922/coupat-un-fiasco-selon-la-gauche_212914.html

(5)http://www.lemonde.fr/politique/son/2009/06/23/burqa-andre-gerin-salue-l-attitude-positive-et-ponderee-de-nicolas-sarkozy_1210532_823448.html#xt


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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 10:43

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Il n'est pas un jour qui passe sans entendre les hommes politiques, les institutions internationales, les économistes, les dirigeants d'entreprises, les ONG, les grands médias etc. vanter les mérites du microcrédit, du commerce équitable et du développement durable.    De quoi s'agit-il ? Selon les tenants de ce paradigme, il s'agit de lutter contre la pauvreté, de rémunérer équitablement le producteur et de préserver les besoins des générations présentes et à venir. Mais en réalité, il ne s'agit là que d'un maquillage idéologique pour mieux masquer et perpétuer la brutalité des rapports sociaux de production de la société capitaliste.

 

Pour Jacques Attali, symbole vivant de l'opportunisme et du cynisme, ancien conseiller de Mitterrand et ami de Sarkozy, la lutte contre la pauvreté passe par le microcrédit. Attali le riche veut ainsi aider les pauvres! Il fonde alors PlaNet Finance, une ONG internationale aux ramifications multiples et obscures, soutenue par une kyrielle de patrons et d'hommes politiques. Dans son conseil d'administration on trouve pêle-mêle Henri Lachmann Président du Conseil de Surveillance de Schneider Electric, Anne-Claire Taittinger Ancienne Présidente du Directoire du Groupe Taittinger, Bertrand Lavayssière Directeur Général de Global Financial Services ( Capgemini), Bernard Kouchner, Rachida Dati etc. Et comme présidents d'honneurs de ce groupe à but non lucratif, on peut citer Muhammad Yunus, Edouard Balladur, Thierry Breton, Michel Rocard etc. PlaNet Finance reçoit l'aide de multiples fondations dont celle de Bill Gates.

Jacques Attali, avec tout ces bourgeois derrière lui, peut « résoudre le problème de la pauvreté en généralisant la microfinance aux 500 millions d'entrepreneurs qui n'ont pas accès au crédit» (1). Pour éradiquer la misère, il faut transformer les pauvres en entrepreneurs, par la magie du microcrédit. Banquiers, experts et conseillers en microcrédit sont envoyés aux quatre coins de la planète pour accomplir cette noble mission. Mais ces études et ces conseils ne sont pas toujours prodigués gratuitement. Jacques Attali, en bon bourgeois, a réalisé en 1997 une lucrative étude sur le microcrédit pour le gouvernement angolais qui lui a rapporté 200 000 dollars. Il faut préciser que Pierre Falcone, poursuivi et condamné dans l'affaire Angolagate, n'est pas étranger à cette fameuse étude sur le microcrédit dans un pays en pleine guerre civile !

Jacques Attali est également président «d'Attali et Associés» célèbre et rentable cabinet de conseil international spécialisé dans l'ingénierie financière. Il est difficile de distinguer les deux structures. Car PlaNet Finance est, elle aussi, spécialisée dans le conseil aux fonds internationaux de micro crédit et dans la notation des organismes de microcrédit. On ne sait pas vraiment quand s'arrête le conseil payant et quand commence l'aide gratuite.

Mais le pape du micro crédit reste quand même Muhammad Yunus prix Nobel de la paix. Sa Grameen Bank est, elle aussi, soutenue par les multinationales comme Danone par exemple. L'engouement des grands groupes pour le microcrédit est réel. Car celui-ci est non seulement rentable, mais il est aussi et surtout au service du capital. Comme le précise Muhammad Yunus lui même «Le social-business est la pièce manquante du système capitaliste. Son introduction peut permettre de sauver le système» (2). Il s'agit donc de sauver le capitalisme! Comment? En exploitant les pauvres, de plus en plus nombreux, par le biais du crédit et des taux d'intérêt élevés. En effet ceux-ci varient entre 15 et 20 % et parfois beaucoup plus. Ces taux sont donc supérieurs à ceux appliqués par les banques traditionnelles. A l'asservissement du pauvre au patron, s'ajoute l'asservissement au banquier. Celui-ci n'hésite pas à pousser le pauvre, dans l'incapacité d'honorer sa dette, à contracter de nouveaux emprunts pour rembourser les premiers avec des taux encore plus élevés. L'exploitation n'a pas de limites! Sur-exploité et sur-endetté, le pauvre au lieu de devenir petit entrepreneur, devient plus pauvre encore. Traqué par ses créanciers et ne pouvant plus rembourser, il va utiliser le suicide comme ultime moyen de protestation. C'est ainsi que des milliers de paysans indiens ont été poussés au suicide, entre autres, à cause du sur-endettement lié à des taux usuriers du microcrédit (3).


Alors pour éviter ces cas extrêmes et pour améliorer le sort des producteurs pauvres des pays du sud, on leur propose le commerce équitable. Il s'agit de rendre équitables les échanges internationaux, dans le cadre du capitalisme bien sûr. Comment ? «En garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète»(4). ONG caritatives et humanitaires, organismes de labellisation, grands groupes de distribution et multinationales du Nord, dans un formidable élan de générosité, vont secourir les producteurs du Sud. Quelle époque formidable!

Nestlé, MacDonald’s, Carrefour, Leclerc etc. dont la violence sociale exercée sur leurs propres salariés est assumée ouvertement, sont eux aussi solidaires des petits producteurs! Mais derrière cette «solidarité» se cache le profit. Pour les responsables des magasins Leclerc «le commerce équitable ne constitue qu’un marché émergent. Avec les volumes, les fournisseurs vont pouvoir écraser leurs coûts de production et nous pourrons ainsi augmenter nos marges» (5). «Le commerce équitable, c'est d'abord du commerce», rappelle Catherine Gomy directrice qualité et développement durable chez Leclerc avant d'ajouter «On paie plus cher la matière première mais, pour nous, la marge est la même. C'est le consommateur qui paie la différence» (6).

Les grands groupes exploitent ainsi les sentiments altruistes des consommateurs pour s'engraisser un peu plus. Le commerce équitable leur permet également de redorer leur blason bien terni par la brutalité des rapports sociaux qu'ils entretiennent avec leurs employés.

Et le producteur du Sud que ces multinationales, ONG et autres organismes caritatives ou humanitaires du Nord veulent, vaille que vaille, aider que gagne-t-il dans ce commerce de l'équitable? Pas grand-chose. Il doit se contenter de quelques miettes et supporter de surcroît toute une série de frais imposés par une horde d'intermédiaires parasites qui, comme des vampires, lui pompent ses maigres ressources. Au final, on arrive à cette étrange situation où «ceux qui travaillent ne gagnent pas et que ceux qui gagnent ne travaillent pas» (7).


Mais pour continuer à s'enrichir et pour perpétuer son système, la bourgeoisie exploite également et sans retenue la misère humaine et la misère écologique. Elle a inventé le concept du développement durable ou soutenable pour justement soutenir et faire durer son propre système, le capitalisme, premier et dernier responsable de la destruction de l'homme et de la nature : «un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs »(8).

Grâce à sa puissance économique, elle impose sa vision sociale et écologique du monde : faire du profit tout en faisant croire qu'elle travaille à la sauvegarde des intérêts des générations actuelles et futures. Là encore les entreprises, petites et grandes, les gouvernements, les collectivités locales, les ONG, l'Union Européenne, l'ONU et ses institutions etc. tentent, chaque jour qui passe, de nous convaincre que la lutte contre la pauvreté et le salut de notre planète passent par le développement durable. Séminaires, colloques, conférences, rencontres internationales, forums, expositions, bref des manifestations en tout genre et en tout lieu se multiplient à travers la planète pour promouvoir le développement durable. Le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD) qui regroupe 175 entreprises internationales participe lui aussi au «développement durable par la croissance économique, l’équilibre écologique et le progrès social». Global 100, un cabinet américain de conseil en investissement spécialisé dans la gestion des risques non traditionnels, sélectionne et classe les 100 multinationales les plus engagées dans le développement durable. Il publie un rapport à l'occasion du forum économique mondial de Davos (9).

Toute cette agitation n'a qu'un seul but, masquer l'horrible réalité d'un système dont les lois et les mécanismes sont en profonde contradiction avec l'homme et son environnement. Et pendant que l'on s'agite autour du développement durable, plus d'un milliard d'êtres humains selon la FAO souffrent de la faim alors même que la production des richesses atteint des niveaux jamais égalés dans l'histoire de l'humanité (10). La finance globalisée spécule sur le blé, le riz, le maïs et autres denrées de première nécessité transformées en produits financiers permettant aux spéculateurs parasites de s'engraisser toujours plus. Les grands groupes industriels et bancaires distribuent sans scrupules dividendes et bonus par dizaines, par centaines de milliards d'euros à leurs actionnaires et «collaborateurs» tout en continuant à licencier par milliers leurs salariés.

Le saccage de la nature et sa destruction systématique par les multinationales avides de profit et qui participent en même temps avec enthousiasme à la promotion du développement durable, se poursuivent inlassablement.


Microcrédit, commerce équitable et développement durable ne sont pour le système que des instruments qui lui facilitent grandement la réalisation de son seul et unique but, le profit. Ils lui permettent également de se perpétuer en le présentant paré de toutes les vertus : un capitalisme à visage humain ! Il ne s'agit en fait que d'un vulgaire maquillage sur un visage hideux, un masque derrière lequel se cache toute la laideur et toute la brutalité du capitalisme.


Mohamed Belaali


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(1) http://www.challenges.fr/magazine/coulisses/0171.023397/?xtmc=attali&xtcr=2


(2) Muhammad Yunus, «Vers le nouveau capitalisme», J C Lattès, 2008


(3) http://w3.cerises.univ-tlse2.fr/download/down/microfinance%20et%20lib%E9ralisme.pdf


(4) Voici la définition «offocielle»du commerce équitable élaborée par quatre structures internationales ( (FLO, IFAT, NEWS, EFTA) : «Le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l'objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleurs conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète. Les organisations du commerce équitable (soutenues par les consommateurs) s'engagent activement à soutenir les producteurs, à sensibiliser l'opinion et à mener campagne en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionne».


(5) Cité par Christian Jacquiau « Max Havelaar ou les ambiguïtés du commerce équitable», in Le Monde Diplomatique, seprembre 2007.


(6) http://www.lefigaro.fr/conso/2008/04/26/05007-20080426ARTFIG00005-des-tetes-de-gondole-equitables.php


(7) Manifeste du Parti Communiste, K Marx et F Engels.


(8) Définition de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le Rapport Brundtland.


(9) Voir la liste http://www.global100.org/


(10) Rapport 2009 de la FAO ( Food and Agriculture Organization)

ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/012/i0876f/i0876f00.pdf





























 

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 14:49

Travailler plus pour gagner plus, travailler jusqu’à 70 ans, travailler le dimanche, le lundi, le mardi et tous les autres jours, travailler jour et nuit avec des heures supplémentaires et plus de trente cinq heures par semaine ! Les hommes et les femmes (et bientôt peut-être les enfants) sont ainsi réduits à l’état de machine à produire sans trêve du travail.


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Dans la nuit, celle du vendredi à samedi pendant le week-end de la Toussaint, les députés ont adopté, au détour de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2009, une mesure permettant aux employeurs de faire travailler les salariés « volontaires » jusqu’à 70 ans. Le ridicule de la justification contraste tristement avec les conséquences de la mesure : « Vous savez depuis combien de temps on en parle de ce dossier ? Depuis le départ du professeur Montagnier. Parce que le professeur Montagnier était trop âgé pour chercher et pour trouver en France, mais il ne l'était pas assez pour aller aux Etats-Unis et avoir des succès aux Etats-Unis. (…) L'an dernier, même chose, Guy Roux. Guy Roux trop âgé pour rester en activité, pour entraîner. Alors on s'était dit qu'il fallait faire bouger les choses...» (1)

Il faut préciser qu’à 35 ans l’espérance de vie d’un ouvrier, par rapport aux autres catégories sociales, n’est que de 41 ans c'est-à-dire il ne pourra profiter, en moyenne, de sa retraite que quelques années et dans des conditions matérielles et sanitaires déplorables, cumulant ainsi vieillesse et misère. Pire, son espérance de vie, toujours à 35 ans, mais sans incapacité n’est que de 24 ans (sur les 41) contre par exemple 34 pour un cadre (2).

Avant cette retraite très tardive, la vie du salarié se confond presque avec sa force de travail. Son temps libre ou libéré du travail salarié se réduit de plus en plus. De moins en moins il aura du temps à consacrer à sa famille, à ses amis, à la lecture, à l’écriture, au sport, à la pêche à la vie politique et associative, bref à la vie tout simplement. Le travail salarié tend à le priver de toutes ses fonctions sociales indispensables à son développement physique et intellectuel. Il lui laisse tout de même  le temps, après une journée de travail bien chargée, de se « divertir » notamment devant le petit écran (qui le poursuit un peu partout) en regardant des émissions aussi médiocres que vulgaires. Les mots et les images qu’il reçoit, en plus des spots publicitaires, forment son cerveau à des représentations légitimant l’ordre établi.

Pour l’idéologie dominante, le travail salarié est présenté comme source de tout développement et de tout épanouissement physique et psychique.

Mais les statistiques, elles, montrent une réalité bien différente. Ainsi l’épidémie de troubles musculo-squelettique (TMS)  provoquée par des gestes répétitifs a quasiment doublé entre 2000 et 2006 (3). Les accidents mortels du travail continuent à tuer beaucoup de salariés (537 exactement  en augmentation de 13,3 % en 2006)  notamment sur les chantiers (4).

4 à 8,5 %  des décès par cancer sont imputables à l’activité professionnelle selon le Plan national santé-environnement 2004. Le travail reste, hélas, en tête des facteurs des risques de cancer. L’amiante, entre autres substances toxiques et cancérigènes, continue à faire des victimes. Le travail salarié génère également des souffrances psychiques (harcèlement, humiliations, stress, dépression, etc.) et pousse parfois le salarié, ouvrier ou cadre, à commettre l’irréparable. La multiplication des cas de suicides sur le lieu de travail ou lié au travail est une réalité dramatique mais qui tend, malheureusement, à se banaliser.

Pour la classe dominante, le temps libéré pour vivre n’est que paresse, mère de tous les vices. La « fainéantise » est le péché …capital. Les chômeurs par exemple ne sont que rarement  présentés comme des victimes des lois et des mécanismes implacables du capitalisme. Ils sont, par contre, souvent montrés comme des paresseux qui ne cherchent pas et ne veulent pas travailler. Les chômeurs sont donc seuls responsables de leur triste sort. Or le chômage, en exerçant une pression à la baisse sur les salaires, constitue une véritable aubaine pour les entreprises. Ainsi non seulement il faut faire travailler le salarié plus longtemps, mais sa rémunération doit être la plus faible possible.


Derrière ce fétichisme pour le travail se cache le capital, le vrai, c'est-à-dire ce rapport social qui permet d’exploiter le travail. L’une des caractéristiques de ce capital là, est qu’il a une passion sans bornes pour le travail. Car c’est le seul et l’unique moyen qui lui permet de faire du profit sans lequel il lui est impossible de survivre. Le capital ne s’inquiète guère de la santé des salariés, ni de leurs souffrances au travail. Toutes les avancées sociales dont bénéficient aujourd’hui les travailleurs lui ont été arrachées de haute lutte.

« Le capital est du travail mort, qui semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage »(5).

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1) http://www.marianne2.fr/Travail-jusqu-a-70-ans-la-faute-a-Guy-Roux-!_a92946.html

(2) http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1341/publi_pdf1_441.pdf

(3) 4e enquête européenne sur les conditions de travail, citée par Alternatives Economiques hors série n° 78 page 44.

(4) http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/Chap_19-2.pdf

(5) K. Marx, Le Capital. Livre I, chapitre X.

 

 

 

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 16:08

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«L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de lutte de classes.(...) Oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée». (1)

«Qu'est ce que c'est que cette histoire d'aller séquestrer les gens ? (...) Je ne laisserai pas faire les choses comme ça» menaçait N. Sarkozy» (2). De leur côté, les organisations patronales s'inquiètent de la multiplication de cette forme de lutte sociale : «La CGPME, le MEDEF et l’UPA sont préoccupés par l’évolution du débat sur les séquestrations de dirigeants ou de collaborateurs d’entreprises»(3).

«Plutôt crever que de satisfaire les salariés» déclarait brutalement Didier Leroy, directeur de Toyota France. (4)

«Ils ne comprennent pas que ça fait cinq semaines qu'on est gentils, qu'on ne dit rien, qu'on se retient. Ils ont eu des moutons, et maintenant ils ont des lions» disait Xavier Mathieu délégué CGT de Continental (5).

«Toutes mes propositions ont pour objectif d'associer les salariés et les actionnaires à la destinée des entreprises(...). Cette coopération permettrait de mettre fin à l'esprit de lutte des classes» pense très sincèrement Serge Dassault (6).

N'en déplaise au chef de l'Etat et aux patrons, la lutte des classes est bel et bien une réalité.

 

 

Séquestrations, occupations d'usines, grèves et autres manifestations se succèdent et se développent au rythme des licenciements et des fermetures de sites. Capital contre travail, exploiteur contre exploité, profit contre salaire, violence sociale ouvrière contre violence sociale patronale !


Mais la violence patronale est masquée, invisible; elle est même légale. Licencier les salariés pour motif économique par exemple est une disposition inscrite dans le code du travail : «Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs (…) résultant d'une suppression ou transformation d'emploi consécutives notamment à des difficultés économiques ou à des mutations technologiques»(article L 321-1).

 

La violence salariale, elle, est montrée, visible, médiatisée et de surcroît rendue illégale. «Les salariés de Continental saccagent la sous-préfecture de Compiègne» titrait en gros le journal Le Monde(7). «La colère explose chez les salariés de Continental» annonce de son côté Le Dauphiné Libéré (8). Et toute «entrave à la liberté de travailler» est punie par la loi. Ainsi le17 avril 2009, dix-neuf salariés de l'entreprise Caterpillar ont été traînés devant la justice et condamnés pour ce motif (9). Le 22 avril le premier ministre François Fillon menaçait les salariés de Continental de «poursuites judiciaires». Combien de salariés ont été et seront traduits devant les tribunaux alors qu'ils ne demandent justement qu'à travailler ? «On pourrait travailler. La fermeture, c'est pour mettre une pression supplémentaire», a déclaré à l'AFP un salarié de Continental (10). Mais pour les patrons, «liberté de travailler» signifie avant tout liberté de licencier !


Le vocabulaire utilisé n'est pas innocent non plus: plan de restructuration, plan social, licenciement, chômage partiel etc. ne sont pas en eux-même des termes violents même s'ils masquent des réalités terribles pour les salariés. Par contre des mots comme séquestrations, occupations et blocages d'usines, piquets de grève etc. évoquent une certaine violence même s'il ne s'agit, le plus souvent, que de moyens symboliques utilisés par les ouvriers pour se défendre justement contre la violence sociale patronale. Elle constitue une réaction à la violence sociale des employeurs. Il serait plus juste de parler de résistance ouvrière contre brutalité patronale. C'est peut-être l'une des raisons qui explique qu'elle est comprise voire soutenue par une majorité de citoyens. Les salariés sont contraints et poussés par le fonctionnement même du capitalisme à se défendre, à se révolter. Ils refusent cette situation aliénante qu'on leur impose. Ils sont conscients de leur existence inhumaine. La bourgeoisie, elle, ne voit dans cette situation que les signes de sa puissance et de sa domination. Cet état lui donne l'illusion d'une existence humaine. Elle se complaît dans sa propre aliénation ! Elle est inconsciente des ravages qu'elle engendre. Cette classe est condamnée par l'histoire. Seule la classe des travailleurs est porteuse d'espoir.


Aujourd'hui, les salariés sont sur la défensive. Leur lutte contre le capital ne vise pas à arracher de nouveaux droits sociaux, mais, dans la plupart des cas, se battent pour garder leurs emplois ou obtenir de meilleures conditions pour les quitter.


Offensive ou défensive, le combat des salariés contre leurs employeurs reste permanent. Les lois et les mécanismes du système basés sur l'exploitation du travail salarié, les intérêts contradictoires des deux classes qu'il engendre, ne peuvent que produire et reproduire cette guerre de classes. Celle-ci n'est cependant pas toujours menée ouvertement.mais toujours présente et, somme toute, brutale nonobstant les apparences. Ici, les salariés et les patrons se transforment en «partenaires sociaux». Ils se rencontrent, discutent, dialoguent, signent des accords, lisent ensemble des communiqués de presse etc. Ils donnent l'impression de s'entendre, que leurs intérêts sont, à quelques nuances près, les mêmes. Ils représentent «les forces vives de la nation» qui travaillent main dans la main au maintien de la paix sociale. Classes et lutte de classes seraient désormais des mots du passé , des vieilleries d'un autre âge. La lutte des classes est ter-mi-née( pour paraphraser Orwell). Souvent, elle est feutrée, voilée, maquillée,


Mais la réalité est têtue. Elle s'impose à tout le monde malgré l'intense propagande de l'idéologie dominante pour la dissimuler. La guerre livrée sans pitié aux ouvriers par les patrons continue à faire ravage dans les usines, dans les ateliers, sur les chaînes de montage et partout où le profit impose sa loi : licenciements collectifs, précarité, flexibilité, chômage partiel et heures supplémentaires souvent non payées, cadences infernales, humiliations, harcèlement en tout genre, etc.

A l'extérieur de l'entreprise, l'Etat prend la relève : démantèlement du droit du travail, remise en cause des trente-cinq heures, atteinte au droit de grève, suppression de l'autorisation administrative de licenciement et de l'indexation des salaires sur les prix. En même temps, L'Etat accorde des milliards et des milliards d'euros aux patrons des banques et de de l'automobile, réduit la TVA dans la restauration, supprime la taxe professionnelle et l'impôt forfaitaire annuel, diminue les cotisations sur les bas salaires, en particulier la fameuse «ristourne Juppé» et «Réduction Fillon». La liste des exonérations et des cadeaux fiscaux octroyés aux employeurs est trop longue pour pouvoir la reproduire ici.

La lutte des classes est donc menée par ceux-là même qui la nient !


Les salariés qui luttent pour sauvegarder leurs emplois, pour l'augmentation des salaires ou pour l'amélioration générale de leur situation, doivent comprendre aussi qu'ils se battent contre les effets et non contre les causes de ces mêmes effets. Ce combat est indispensable s'ils veulent éviter de tomber encore plus bas dans la misère. Mais cela ne suffit pas. Il faut qu'ils s'attaquent également aux racines du mal c'est à dire au capitalisme lui-même.


Mohamed Belaali



 

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(1) K. Marx, F Engels. Manifeste du parti communiste


(2) http://www.lefigaro.fr/politique/2009/04/07/01002-20090407ARTFIG00493-sequestrations-des-patrons-sarkozy-ne-laissera-pas-faire-.php


(3) http://www.medef92nord.fr/main/core.php?pag_id=138275

(4) http://www.usinenouvelle.com/article/toyota-onnaing-usine-debloquee-apres-14-jours-de-greve.162890


(5) Le Monde Diplomatique, mai 2009 p.15.

(6)http://www.lefigaro.fr/debats/20061109.FIG000000038_la_gestion_participative_pour_en_finir_avec_la_lutte_des_classes.html


(7) http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/04/21/les-salaries-de-continental-deboutes-sur-tous-les-points_1183615_3234.html


(8) http://www.ledauphine.com/la-colere-explose-chez-les-salaries-de-continental-deboutes-par-le-tribunal-de-sarreguemines-@/index.jspz?article=122669


(9) http://www.ledauphine.com/justice-dix-neuf-salaries-condamnes-caterpillar-a-eu-gain-de-cause-@/index.jspz?article=121114&chaine=14


(10)http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gvJpKM23DQXorzDAMFCN_ZzvpMJw

 

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 19:52

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« Les Irlandais devront revoter » déclarait avec force Nicolas Sarkozy le 15 juillet 2008 après le rejet par le peuple irlandais du Traité de Lisbonne qui  reprenait l’essentiel d’un autre traité  rejeté lui aussi par les français et les néerlandais en 2005. Les peuples lorsque les gouvernements les consultent doivent voter non pas  pour exprimer leur propre volonté mais celle de « leurs » dirigeants. Mais il ne s’agit là que d’un exemple parmi tant d’autres, montrant  que la démocratie bourgeoise n’est qu’un concept creux sans réel contenu. Les classes dominantes l’utilisent comme instrument idéologique au service de leurs seuls intérêts de classes.

 

Effrayés par le « Non » français et néerlandais (les seuls peuples consultés par référendum) au Traité instituant une Constitution pour l’Europe (TCE), les dirigeants européens ont signé  le 13 décembre 2007 à Lisbonne un traité qui ressemble étrangement à celui qui vient d’être rejeté. Pendant que les chefs d’Etats ou de gouvernements sabraient le champagne dans le splendide monastère des Hiéronymites, des centaines de milliers de manifestants scandaient dans les rues de la capitale portugaise des slogans hostiles à cette Europe  libérale qui se fait contre la volonté des peuples. Ce contraste rappelle un peu une scène de la Ferme des Animaux  de G. Orwell où la majorité des animaux regardaient ébahis  les cochons faire la fête « (…) et les chopes furent vidées avec entrain. Mais alors que les animaux observaient la scène du dehors, il leur parut que quelque chose de bizarre était en train de se passer. » (1).

 

La rencontre de Lisbonne n’avait pour ainsi dire qu’un seul objectif : faire passer le nouveau traité sans consulter les peuples concernés. Chaque Etat doit alors se « débrouiller » pour trouver le moyen qui lui permet de faire avaler à sa propre population, sous des apparences démocratiques, la potion très amère d’un traité entièrement au service d’une minorité de nantis. Un seul pays ne pouvait le faire, l’Irlande dont la constitution exige un référendum pour chaque traité européen. Les irlandais furent donc consultés le 12 juin 2008 et comme les français et les néerlandais, ils ont à leur tour rejeté le nouveau traité.

 

Mais les dirigeants européens méprisent la volonté des peuples. Ils sont d’abord là pour gérer les intérêts de la classe qu’ils représentent. Traités, accords et autres directives doivent, vaille que vaille, passer. Les irlandais doivent donc revoter et re-revoter tant que le « Oui » n’est pas obtenu. Le vote n’a qu’une seule fonction ici, soumettre le peuple à la volonté et aux intérêts de la classe qui l’organise. Il ne faut pas que le peuple déçoive la confiance des dirigeants. Bertolt Brecht disait dans un de ses poèmes « (…) Le peuple avait par sa faute perdu la confiance du gouvernement et que seul un travail redoublé lui permettrait de la reconquérir. Ne serait-il pas encore plus simple que le gouvernement dissolve le peuple et en élise un autre?».(2).

 

Le fonctionnement « très démocratique » de l’Union Européenne n’est, hélas, pas le seul exemple ; l’omniprésence voire l’omnipotence du président de la république et l’absence quasi-permanente du premier ministre des affaires politiques en est un autre. Or L'article 21 de la Constitution du 4 octobre 1958 stipule « Le Premier Ministre dirige l'action du Gouvernement » et l’article 20 de la même constitution précise « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ». Force est de constater que ces deux articles sont violés au quotidien par l’omni président Sarkozy. C’est une situation singulière où Mr. Fillon, le premier ministre fantôme, n’est que l’ombre de son maître. Il est réduit à faire quelques apparitions ici ou là pour « radoter » des décisions déjà prises et connues par tout le monde avant de disparaître à nouveau ! Fin décembre 2008, le Premier ministre a « choisi » d’être absent physiquement et politiquement, et ce, pour une durée indéterminée. Il a décidé de prolonger ses vacances de luxe, déjà longues, dans la station balnéaire de Charm el-Cheikh en Egypte.

On est à mille lieux de la constitution, loi suprême source de la légalité et de la légitimité comme disent les juristes. Loi suprême, légalité et légitimité sont des mots qui n’ont de sens que par rapport aux intérêts de la classe dominante qui, seule, possède le pouvoir de les transgresser en toute impunité.

Mr. Sarkozy, lui, décide de tout, nomme les ministres (encore une autre violation de la constitution), marginalise gouvernement et  parlement, empiète sur le pouvoir judiciaire, contrôle les grands médias, nomme le président de France Télévisions, surveille tout grâce à sa police et à ses innombrables fichiers, déplace préfets et commissaires  sans se soucier le moins du monde des règles et procédures tout simplement parce que le président était chahuté par des manifestants en colère contre sa politique etc. etc.

Ainsi le principe sacré de la séparation des pouvoirs, cher à Montesquieu et garanti par la constitution, celui de la liberté de la presse etc. sont, chaque jour, profanés.

 

La société française s’enfonce lentement, dans le cadre d’un capitalisme mondialisé et en crise, dans un régime qui n’a de démocratique que la forme, qui paupérise des franges de populations de plus en plus larges, étouffe petit à petit le peu de libertés qui  restent encore aux citoyens et réprime toute velléité de résistance.

Mais M. Sarkozy n’est pas seul responsable de cette situation. Il est le fruit des circonstances et des rapports sociaux engendrés par la lutte des classes aujourd’hui en France. Peut-être M. Sarkozy a su profiter de ces circonstances dont il n’est que l’agent inconscient.

 

Victor Hugo parlait de Napoléon (le petit) en ces termes : « M. Louis Bonaparte a réussi. Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte »(3). Sévère réquisitoire ! Mais un réquisitoire  qui reste essentiellement moral. Victor Hugo attaquait Louis-Napoléon lui-même rendu responsable de tous les malheurs. Marx, lui, raisonne en termes de classes et de luttes des classes : « je montre comment la lutte des classes en France créa des circonstances et une situation telle qu’un personnage médiocre et grotesque put faire figure de héros » (4).

La France d’aujourd’hui n’est pas celle de 1851 et Nicolas Sarkozy n’est pas Louis-Napoléon Bonaparte. Mais toute tentative d’analyse doit tenir compte du rapport de force actuel.

 Les masses populaires, même s’il faut rester très prudent, ont montré à plusieurs reprises quelles sont mûres pour affronter ce pouvoir qui les méprise. La belle  et imposante manifestation du 29 janvier 2009 est un signe  fort envoyé à la classe dominante. Alors que la situation économique et sociale des plus démunis devient chaque jour plus dramatique,   M. Sarkozy, comme à son habitude, à opposé aux revendications des millions de manifestants mépris et arrogance. Par contre, au patronat (une petite minorité), il a, une fois de plus, prodigué quelques milliards d’euros tout en appauvrissant gravement les caisses des collectivités locales (suppression de la taxe professionnelle). Reconnaissante, Mme. Parisot, présidente du MEDEF, s’est félicitée de ce nouveau cadeau : «Bien sûr, c'est une bonne mesure, très compliquée à mettre en œuvre, mais c'est une bonne mesure à condition qu'elle ne soit pas remplacée par un autre impôt qui va pénaliser le même secteur d'activité». (5)

Les classes populaires, elles, avaient bien compris qu’il n’y avait rien à attendre de ce pouvoir

de classes qui se présente pourtant comme le représentant de tous les français. Elles « appellent à poursuivre la mobilisation »(6). Seront-elles entendues par les directions syndicales et politiques ?

 

Ces quelques exemples montrent que la démocratie bourgeoise, même si elle est utile sur le chemin de l’émancipation de l’esclavage du salariat, non seulement sert les intérêts de la classe dominante, mais surtout permet de les perpétuer en donnant l’illusion qu’elle est la clef  de tout changement, capable de réaliser les aspirations les plus profondes de l’immense majorité de la population. Or elle n’est qu’un paravent à la domination économique et, partant, politique.

 

Mohamed Belaali

 

 

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(1)G. Orwell : « La ferme des animaux ». Gallimard. Folio. Page 150.

(2) Bertolt Brecht « La solution ».

(3) Victor Hugo : « Napoléon le Petit ». Réédité chez Actes Sud (2007) par Jean-Marc Hovasse.

(4) K. Marx. Le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte, préface de 1869, p.60

(5)                      http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=34d97b560c26b72ebca47ef6709eaa7c

(6) http://www.humanite.fr/Ce-que-veulent-les-Francais-apres-le-29-janvier-notre-sondage-exclusif#nb1

 

sondage-exclusif#nb1

 

 

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 20:44

 

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Le capitalisme s'enfonce profondément dans la crise. Ses places financières sont désorientées. La panique s'empare de ses institutions. Le profit et la croissance sont en baisse. Le chômage et la misère sont en hausse. La nature est saccagée et l'espèce humaine menacée. Ses experts, ses théoriciens et politiciens ne savent plus à quel saint se vouer.

Économique, sociale, écologique et morale, la crise du capitalisme est totale. Créé par l'homme, ce système est en train de se retourner contre lui comme les puissances maléfiques se retournent contre leurs magiciens. Les hommes et les femmes, qui ont fait et font leur histoire, paraissent, déroutés, désenchantés et dépassés. Ils assistent impuissants à leur lente destruction ainsi que celle de leur environnement. Ils constatent effarés, malgré l'idéologie dominante qui tente de masquer la réalité, les ravages du capitalisme. Mais les hommes qui ont produit ce système sont également capables de se dresser contre lui et le dépasser.

 

«Tous les indicateurs arrivent au même résultat : la crise est beaucoup plus profonde que prévu » titrait le journal Le Monde(1). Parmi ces indicateurs la destruction d'emplois par les entreprises qui licencient à tour de bras demeure la première et la plus angoissante de toutes les préoccupations. Plans de restructuration, plan sociaux, chômage partiel, chômage technique et chômage tout court, cette richesse dans le vocabulaire masque une misère insoutenable pour des millions d'hommes et de femmes. Suicides, dépressions, désespoirs, angoisses et souffrances sont les conséquences directes de cette crise.

Dans ce système, l'individu est réduit à l'état de marchandise qui se vend et s'achète sur le marché du travail. Thomas Hobbes dans son Léviathan disait «la valeur d'un homme, son estimation, est, comme pour toutes les autres choses, son prix, c'est à dire exactement ce qu'on en donne pour l'usage de sa force» (2). On peut ajouter pour l'usage de sa force de travail. Mais celle-ci, la seule qui intéresse le capitaliste, est soumise aux aléas de l'économie. On peut donc s'en passer lorsque son usage devient inutile. On la jette comme on a jeté les salariés de la Camif, de Texas Instrument, de Sanofi, de la Redoute, de Total, de Sony, de Continental, de Rhodia et tous les licenciés de toutes les entreprises et de tous les pays. Le salarié c'est à dire le producteur et tout ce qu'il représente, est ainsi réduit au prix de sa force de travail. Le capitalisme méprise l'homme, le rabaisse à l'état d'article de commerce. Il est nié, il n'a pas de place dans ce système. Seule compte la réalisation maximale du profit. L'homme est ainsi amené, par ce processus de déshumanisation, à servir l'économie dont il n'est finalement qu'un simple rouage.


Un système qui méprise l'homme ne peut respecter la nature.

La course effrénée au profit, le fonctionnement même de ce système sont en profonde contradiction avec la nature. Les problèmes écologiques sont donc inséparables du mode de production capitaliste. Celui-ci est basé sur l'exploitation de l'homme et de la nature : «La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse; la terre et le travailleur» (3).

L'homme évidemment fait partie de la nature tout en se distinguant d'elle. Il la transforme pour satisfaire ses besoins. L'homme par son activité transforme les matières fournies par la nature pour les rendre utiles à son propre usage. Mais dans le système capitaliste, la transformation de la nature n'a pas pour objet la satisfaction des besoins humains par la création des valeurs d'usage (valeur utile), mais la production de marchandises destinées à être échangées entre elles (valeur d'échange) pour réaliser un profit maximum. Il faut préciser que le profit est non seulement la raison d'être de ce système, mais aussi une fin en soi. Le procès de production peut donc se répéter à l'infini. Or les ressources naturelles ou tout du moins une partie d'entre elles sont finies.

Les problèmes écologiques sont intimement liés au mode de production capitaliste.

Ce n'est pas un hasard si les patrons des secteurs, entre autres, de la chimie, de la construction automobile, de l'agroalimentaire, de la pêche industrielle, etc. sont systématiquement et farouchement hostiles à tout accord sur l'environnement mettant en cause, même partiellement, leurs marges bénéficiaires.

Détacher ces problèmes de leur contexte économique, social, et historique est une chimère et par-dessus le marché une absurdité.

Aucune conférence, aucun accord, aucun forum, aucune convention ni aucun protocole ne peut mettre fin au «massacre» de l'environnement sans remettre en cause le système lui-même. C'est ce qui explique d'ailleurs, et dans une large mesure, l'échec de ces rencontres et engagements internationaux. Le dernier en date est le Forum mondial de l'eau qui s'est achevé à Istanbul le 22 mars 2009. Ce Forum a réuni 25 000 participants de 192 nationalités. Tout le monde ou presque était présent : entreprises privées, délégations ministérielles, ONG, organisations internationales, associations agricoles etc. etc. Eh bien tout ce beau monde, après de longues palabres, a laissé derrière lui une déclaration finale qui satisfaisait les participants, mais vide de tout sens. Un échec de plus ! (4). Il y aura d'autres protocoles, d'autres accords, d'autres rencontres et...d'autres échecs.

Le «développement durable» ou «soutenable» n'est, lui aussi, qu'un gadget qui permet de faire durer le système et de le soutenir. L'ancien PDG de Renault, Louis Schweitzer, ne déclarait-il pas dans le mensuel «Enjeux Les Echos» en décembre 2004, «le développement durable n'est ni une utopie ni même une contestation, mais la condition de survie de l'économie de marché». Par économie de marché il faut entendre le capitalisme. Il n'est qu'un simple slogan publicitaire rentable pour les entreprises.


En crise totale, le capitalisme donne et continue à donner de belles leçons à celles et ceux qui cherchent encore dans ce système une quelconque morale. Il suffit de voir dans quel état de déconfiture et de faillite sont toutes les valeurs de la bourgeoisie aujourd'hui sans revenir aux guerres terribles, aux crimes innombrables et aux scandales multiples du passé. Des principes comme la démocratie, les droits de l'homme, la séparation des pouvoir, la liberté de la presse etc. s'effondrent les uns après les autres sinon en théorie du moins dans la pratique(5).

Le capitalisme foule aux pieds chaque jour qui passe toute la morale bourgeoise c'est à dire cette immense hypocrisie parée de toutes les vertus. Or comme disait Aristote il y a très longtemps «la richesse, loin d'être la récompense de la vertu, dispensait d'être vertueux» (6).

La crise économique a fait sortir de l'ombre les pratiques les plus sordides et les a projetées dans la lumière la plus éclatante. Parachutes dorés, retraites chapeau, actions gratuites, primes, bonus et autres stock-options sont ainsi distribués allègrement aux dirigeants des entreprises en contre partie des licenciements des salariés et des millions voire des milliards d'euros offerts généreusement par le gouvernement Sarkozy !

Au moment même où des millions d'hommes et de femmes criaient leur colère dans la rue contre le chômage et la baisse de leur pouvoir d'achat, fruit de la politique de classe de ce gouvernement, l'Assemblée nationale a reconduit pour 2009 le bouclier fiscal et a écarté toute taxation des hauts revenus. C'était le 19 mars 2009, le jour de la grève générale!

Il faut préciser que les contribuables les plus riches ( patrimoine de plus de 15,5 millions d'euros), ont reçu au titre de 2008 comme restitution d'impôt, grâce à ce bouclier fiscal, un chèque moyen de 368 261 euros du fisc (7). Mais ce bouclier n'est qu'un cadeau pour les riches parmi tant d'autres. La loi du 21 août 2007 en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat, dite loi «TEPA» ou «paquet fiscal» prévoit d'autres offrandes à «la divinité patronale» : diminution de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), allègement des droits de succession etc. Concernant l'ISF, le gouvernement s'achemine progressivement vers sa suppression purement et simplement(8).

La fraude fiscale n'est pas en reste.Total, Michelin et Adidas font l'objet d'une enquête pour blanchiment de fraude fiscale». Selon Le Parisien, ils possèderaient des «comptes au Liechtenstein détenus par des Fondations liées aux trois groupes français»(9). Ainsi va la morale bourgeoise!

Ce qui est vrai pour la France est également valable pour tous les pays ou règne cette ardente et insatiable soif du profit. Car il s'agit d'un fonctionnement «naturel» du capitalisme. Les lois et mesures adoptées par les Etats pour le «moraliser et le moderniser», comme le décret Fillon par exemple, non seulement sont ridicules, mais permettent de renforcer le capitalisme en donnant l'illusion qu'il est «réformable».




Mais, un léger vent d'espoir souffle sur la planète. Des hommes et des femmes relèvent la tête et se mettent en mouvement contre ce système. Des luttes éclatent un peu partout. De Pointe-à-Pitre au Caire, de Mexico à Tokyo en passant par Athènes et Berlin. En France, et sans parler des combats quotidiens menés par les salariés contre leurs patrons,des millions de citoyens se sont mobilisés, entre autres, contre le chômage, c'est à dire le produit le plus authentique de la crise et, partant, du capitalisme.

Au sommet du G20 à Londres, très nombreux étaient les citoyens qui manifestaient au cœur du quartier des affaires et devant la Banque d'Angleterre. Tout un symbole ! Malheureusement un homme est mort dans cette contestation anticapitaliste. La police veille et protège les banques et les banquiers bras financier de ce système ! Sarkozy, lui, est «heureux», et trouve que le sommet a été «au-delà de ce que nous pouvions imaginer»(10).

«Nous allons mettre au défi le capitalisme. Nous voulons montrer qu’il y a de meilleurs moyens de faire marcher le monde. Parce qu’ils ont complètement déconné. Le capitalisme se meurt, il se ronge lui-même» déclarait un manifestant de Londres(11).

A Strasbourg, ville assiégée, les citoyens ont massivement manifesté contre cette organisation guerrière, bras armé du capital.

Partout où les représentants de ce système se présentent, ils trouvent en face d'eux des hommes et des femmes déterminés à lutter contre le capitalisme. Autant les premiers se terrent dans leur bunker, autant les seconds se montrent au grand jours.


En ce début du 21ème siècle, le monde connaît un niveau de développement scientifique, technique, médical etc. jamais atteint dans l'histoire de l'humanité. Pourtant, ce système créé par les hommes mais qui se situe au-dessus d'eux, provoque encore leur malheur et peut être leur perte. Mais ce système est en crise totale et de plus en plus contesté. C'est une occasion historique offerte aux hommes pour qu'ils songent à le remplacer.




Mohamed Belaali




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(1) Le Monde du 21 mars 2009, page10.

(2) T. Hobbes «Léviathan», cité par K Marx dans «Salaire, Prix et Profit».

(3) K. Marx, Le Capital. Tome 1, livre premier, section IV.

(4) Le Monde du 24 mars 2009

(5) Mohamed Belaali, «L'illusion d'une démocratie». http://www.legrandsoir.info/article8006.html

(6) Cité par P. Lafargue dans «Le déterminisme économique de Marx». 1909.

(7) Les Echos http://www.lesechos.fr/patrimoine/impots/300337773-impots---le-bouclier-fiscal-est-maintenu.htm

(8) http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/04/03/une-baisse-de-l-isf-serait-envisagee-pour-ceux-qui-investissent-dans-des-pme_1176083_3234.html

(9) http://www.leparisien.fr/faits-divers/michelin-elf-et-adidas-dans-le-collimateur-de-la-justice-31-03-2009-460351.php

(10) http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04/02/g20-plus-de-1-000-milliards-de-dollars-pour-la-relance-et-l-aide-aux-institutions-financieres

(11) http://fr.euronews.net/2009/04/01/g20-londres-capitale-de-la-contestation/


 

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 20:30

 

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Une fois encore le cas de Haïti vient de démontrer d'une manière éclatante combien l'humanitaire est au service du capital. Tous les pays impérialistes, grands et petits, se sont précipités comme des vautours, au nom de l'humanitaire, sur la tragédie de ce petit pays.


Que voit-on sous nos yeux? D'un côté l'armée américaine, avec ses boys surarmés, qui se déploie dans les rues de Port-au-Prince, qui contrôle l'aéroport de la capitale haïtienne et tous les axes stratégiques. De l'autre, des survivants, hommes, femmes et enfants hagards, affamés et assoiffés qui errent à la recherche d'un introuvable point d'eau, d'une introuvable nourriture. Les uns cherchent à occuper le pays, les autres tentent,vaille que vaille, à survivre au milieu des cris des blessés et des cadavres jonchés à même le sol ou enfouis sous des bâtiments effondrés. Si les troupes américaines sont arrivées dès les premières heures du séisme, la population, elle, attend toujours dans des conditions inhumaines cette fameuse «aide humanitaire». Huit jours après le séisme, des centaines de milliers de sans-abris vivent dans des campements improvisés ou comme le dit l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) « dans des abris de fortune, sans accès à des réseaux d’eau». La rapidité des vols des avions et la rotation des hélicoptères militaires contraste avec la lenteur des secours. Dans les petites villes avoisinantes de la capitale haïtienne, «l'aide humanitaire» est totalement absente.

Et c'est la population elle- même, à mains nues puisqu'elle manque de tout, qui a procédé aux secours d'urgence loin des caméras et du battage médiatique hypocrite. C'est cette même population c'est à dire des rescapés, dans le dénuement total, qui luttent contre la mort, qui sont traités par les grands médias occidentaux de pillards, de bandits, d'émeutiers etc. Ce sont peut-être ces «émeutiers» des quartiers populaires que les américains et leurs caniches européens craignent le plus. Car l'émeute peut se transformer en révolte et celle-ci en résistance à l'occupant.

Barack Obama en compagnie de Bill Clinton et même de Bush promet au peuple haïtien de rester à ses côtés «aujourd'hui, demain et à l'avenir». Les GI ne sont donc pas prêts à quitter le sol de ce pays qu'ils occupent au nom de l'humanitaire mais en toute illégalité.

ONG, entreprises multinationales, artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques sont ainsi enrôlés dans cette sinistre opération coordonnée par un commandement militaire. «La coopération s’opère à tous les niveaux sous la conduite du Pentagone, seul capable d’assurer le rôle de leader(...) le contrôle est laissé au militaire, subordonnant l’acteur civil et humanitaire» disait Stéphane Sisco membre du Conseil d’administration de Médecins du Monde(1). Aujourd'hui à Haïti rien n'échappe à l'œil vigilent du Pentagone. C'est lui qui contrôle, coordonne, dirige et refoule; il est le maître de la situation.10 000 soldats, des navires de guerre dont un porte-avion nucléaire, des hélicoptères en tout genre une base militaire permanente au nord de Port-au Prince etc. sont à la disposition du général Ken Keen qui n'est que l' exécutant des ordres du pentagone.

L'aide humanitaire est évidemment la mission officielle de cette armada : «Notre mission est de fournir une assistance humanitaire", déclarait à L'AFP le colonel Pat Haynes. C'est d'ailleurs le président de l'USAID, agence gouvernementale américaine d'aide au développement, qui a accompagné samedi 16 janvier 2010 Hillary Clinton dans son voyage à Haïti pour accomplir cette noble mission humanitaire. «Nous travaillons de concert avec la constellation d'organisation non gouvernementales qui s'efforcent depuis des années d'améliorer la vie du peuple haïtien.(...) L'argent afflue à la Croix-Rouge et dans d'autres organisations humanitaires» soulignait de son côté Barack Obama président des États-Unis dans un texte publié par Newsweek et Le Monde du 20 janvier 2010.

Les multinationales dont la brutalité exercée sur leurs propres salariés est quotidienne( exploitation, conditions de travail insupportables etc) se métamorphosent en entreprises philanthropiques et envoient, dans un élan de générosité, des millions d'euros ou de dollars aux pauvres haïtiens. Ainsi des banques comme la Société Générale ou le Crédit Agricole, après avoir distribué à leurs dirigeants et «collaborateurs» de substantiels bonus et autres stock options, se sont engagées à envoyer 1 million d'euros aux sinistrés du tremblement de terre. France Telecom, dont la direction des relations humaines a poussé au suicide nombre de ses salariés, a lancé par le biais de sa filiale Orange et en collaboration avec les autres opérateurs Mobile une campagne de récolte de dons par SMS. EADS, célèbre groupe aéronautique pour ses scandales financiers, prête à l'association Action contre la faim un gros porteur A 340 pour porter secours aux haïtiens.

Pour ces entreprises et pour bien d'autres qui participent à cette grande messe humanitaire, le drame haïtien est utilisé, avec beaucoup de cynisme, comme opération de relations publiques. L'humanitaire constitue, pour elles, une aubaine qui leur permet, à peu de frais, d'améliorer leur image de marque bien ternie par des scandales multiples et par leur attitude inhumaine vis à vis de leurs propres salariés.

Quant aux grands médias, notamment la télévision, la tragédie haïtienne est un show rentable qui permet d'augmenter l'audimat et d'engranger des recettes publicitaires en exploitant, eux-aussi, la compassion et la générosité des téléspectateurs. Elle leur permet, par ailleurs, de ne pas parler ou de ne pas montrer les luttes sociales qui éclatent ici ou là.

L'humanitaire sert de paravent aux visées hégémoniques impérialistes. Il exploite cyniquement les sentiments altruistes et de solidarité des citoyens pour servir, en dernière analyse, les intérêts d'une classe sociale minoritaire, mais qui possède tous les pouvoirs.


Mohamed Belaali


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(1) Mohamed Belaali « L'humanitaire au service du capital»:http://www.legrandsoir.info/L-humanitaire-au-service-du-capital.html


























 

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 12:46

 

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« nous avons les meilleures relations avec les ONG, qui sont un tel multiplicateur de forces pour nous, une part si importante de notre équipe de combat. (...) Car [nous] sommes tous engagés vers le même but singulier, aider l’humanité, aider chaque homme et chaque femme dans le monde qui est dans le besoin, qui a faim (...), donner à tous la possibilité de rêver à un avenir qui sera plus radieux » disait Collin Powell (1). «Les Etats démocratiques doivent se mobiliser et exiger ce qui n'est au fond que le début de la démocratie, que des personnels humanitaires d'autres pays puissent porter secours à des populations innocentes» renchérit Nicolas Sarkozy à l'occasion du 90ème anniversaire de la Croix Rouge (2).« Ensemble pour l’humanité : 90 ans et au-delà » lui répond Juan Manuel Suárez del Toro son président. Bernard Kouchner, lui, parle de «l'idéologie occidentale des droits de l'homme» et du «droit d'ingérence humanitaire ». Mais ce droit n'est, en fait, que le droit du plus fort c'est-à-dire du non droit. L'humanitaire, quelques soient sa forme et ses acteurs, sert de prétexte et de couverture à des visées hégémoniques et impérialistes. Il est strictement au service du capital et des classes dominantes.



 

Hier on envoyait les missionnaires pour civiliser les «sauvages» en leur apportant lumière et civilisation, aujourd'hui on « s'ingère humainement » pour leur offrir démocratie et liberté. L'humanitaire a remplacé le missionnaire.

Un homme comme Bernard Kouchner, principal promoteur du «droit d'ingérence humanitaire», symbolise très bien l'hypocrisie, le cynisme et la violence de cette vision «humanitaire» du monde utilisée par les pays riches. Il est l'incarnation vivante de ce que représente ce droit. Payé par Total, il rédige un rapport niant, si l'on peut dire, totalement le travail forcé et les traitements inhumains infligés par le groupe pétrolier aux ouvriers birmans. Kouchner l'humanitaire, était également un farouche partisan de la guerre contre l'Irak (3) dont le nombre de victimes dépasse le million de morts. Kouchner, après Bush et Sarkozy, préparait aussi le monde au «pire» c'est-à-dire à «la guerre» contre, cette fois, l'Iran (4).Son amour pour l'humanitaire n'a d'égal que son admiration pour la guerre!

L'humanitaire et la guerre sont deux moyens contradictoires mais complémentaires avec un seul objectif :servir les intérêts des classes dominantes. Il est difficile de distinguer clairement l'humanitaire du militaire tellement les deux instruments sont imbriqués l'un dans l'autre. On fait la guerre au nom de l'humanitaire et on invoque l'humanitaire pour justifier la guerre. Mais l'humanitaire reste souvent subordonné au militaire comme le rappelle Stéphane Sisco membre du Conseil d'administration de Médecins du Monde, «La coopération s'opère à tous les niveaux sous la conduite du Pentagone, seul capable d'assurer le rôle de leader. Comme nous le voyons en Irak les forces armées fixent l'ordre des priorités et maîtrisent le déroulement de la mission, du pré-déploiement à la sortie de crise (exit strategy). Le contrôle est laissé au militaire, subordonnant l'acteur civil et humanitaire»(5). Idem en Afghanistan : «La militarisation de l’aide, les ERP [Equipes de reconstruction provinciales dirigées par l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord, OTAN], le trop grand nombre de services de sécurité et la confusion croissante des rôles ont contribué à réduire l’espace humanitaire et à véhiculer de fausses images sur le travail des ONG », confiait à l'IRIN (un département d'informations humanitaires des Nations Unies) Ashley Jackson, chercheur pour Oxfam à Kaboul(6). Les mêmes raisons engendrent les mêmes comportements au-delà des convictions des militants.

C'est au nom du droit d'ingérence humanitaire que les pays occidentaux (États-Unis,Union Européenne notamment) souvent avec l'aide de l'OTAN, leur bras armé, que le Kurdistan irakien fut envahi en 1991, l'opération «Restore hope» menée en Somalie en 1992, ou l’envoi d’une force d’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999 etc. Quant à l'opération «Turquoise» menée par la France au Rwanda en 1994, toujours au nom de l'humanitaire, après le génocide des Tutsi auquel elle a largement contribué , voilà ce qu'en pensent les prêtres catholiques rescapés de cette tragédie humaine: «Les responsables du génocide sont les soldats et les partis politiques du MRND et de la CDR, à tous les échelons, mais plus particulièrement aux échelons supérieurs, appuyés par la France qui a entraîné leurs milices. C’est pourquoi nous considérons que l’intervention soi-disant humanitaire de la France est une entreprise cynique» (7).

Ainsi le droit d'ingérence, sous des prétextes humanitaires, permet et facilite l'ingérence impérialiste. Le droit d'ingérence est le droit du plus fort. Seuls les États les plus puissants peuvent intervenir et envahir militairement les pays pauvres sous la bannière humanitaire pour mieux piller leurs richesses. C'est pourquoi les pays du sud ont rejeté ce «droit d’intervention humanitaire» à la Havane en 2000 lors du sommet du G77(qui représente tout de même environ les 4/5 de l'humanité).

Les pays capitalistes ne font appel au droit d'ingérence humanitaire que pour mieux servir leurs propres intérêts. Dans le cas contraire, ils invoquent le droit de non ingérence dans les affaires intérieures des États souverains. Cette vision sélective de l'humanitaire conduit ces États à intervenir massivement par exemple au Kosovo et à rester passif face aux massacres perpétrés par l'armée israélienne à Gaza. C'est de l'humanitaire à géographie variable!

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) et autres associations liées à l'humanitaire, quelque soit par ailleurs la sincérité de leurs militants, ne peuvent que se mouvoir dans les limites de ce cadre général tracées par les intérêts économiques des classes dominantes. La plupart des ONG humanitaires dépendent financièrement de leurs propres États, des instances européennes comme le service d’aide humanitaire de la Commission Européenne (DG-ECHO) ou des institutions internationales. Ainsi par exemple Save the Children USA, International Rescue Committee et World Vision ont reçu un financement de 2 millions de dollars de USAID, l’agence américaine pour la coopération et l’aide humanitaire, pour «soulager» la population irakienne(8). C'est le cas également des ONG humanitaires scandinaves, belges et hollandaises où la part du financement public reste prédominante (9). Et même lorsque ces ONG et associations sont financées essentiellement par des fonds privés comme c'est le cas de Médecins sans frontières(MSF), Médecins du monde(MDM), La Fédération internationale de la Croix-Rouge, Action contre la Faim etc(10), l'influence de l'État reste déterminante ne serait-ce qu'à travers les très généreuses exonérations d'impôts liées aux dons.

La collecte de dons justement (fundraising comme elles disent) devient, de plus plus, l'une des priorités pour ne pas dire la priorité des grandes associations humanitaires. Pour atteindre cet objectif vital pour elles, les ONG humanitaires recourent aux mêmes techniques de gestion que les entreprises privées. Pour séduire le généreux donateur, toute une panoplie de techniques est utilisée: marketing (humanitaire?), publicité commerciale, recours aux agences spécialisées dans les techniques de communication, alliance avec les fondations comme celle du milliardaire bill Gates par exemple et surtout avec les multinationales (on dit partenariat cela fait plus moderne) qui à leur tour instrumentalisent ces associations pour améliorer leur image de marque etc.(11).

Mais au-delà de ces techniques, ce qui est frappant c'est cette marchandisation croissante et sans scrupules des principes même de l'humanitaire. Celui-ci, là encore, se révèle un outil intéressant au service de l'entreprise et, partant, du capital.

Les entreprises se servent volontiers également de la loi du 4 février 1995 sur le congé de solidarité internationale qui leur permet d'envoyer leurs salariés en mission humanitaire à l'étranger. Le Crédit Agricole , le Club Méditerranée, Price Waterhouse Coopers, IBM, L'Oréal, SFR, Areva etc.(12) ont bien compris l'intérêt de cette opération de relations publiques qui leur permet, à peu de frais, de redorer leur blason bien terni par des scandales sociaux, écologiques et éthiques liés à leur recherche effrénée du profit.

L'humanitaire et les grands médias notamment la télévision entretiennent des relations intimes, voire incestueuses. La misère du monde est régulièrement projetée sur la scène médiatique non pas pour expliquer aux citoyens ses véritables causes et dénoncer ses responsables, pourtant connus, mais pour augmenter l'audimat en exploitant les bons sentiments altruistes du téléspectateur. La souffrance humaine se transforme en spectacle. Artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques etc. sont ainsi utilisés dans ce show médiatique. Le malheur des autres, l'émotion, la détresse humaine attirent le public et, par conséquent, augmentent les recettes publicitaires des chaînes télévisuelles.

Les acteurs de l'humanitaire, eux, avec leur rationalité capitaliste de gestion, tentent de «vendre» les souffrances des victimes, à travers les médias, aux précieux donateurs qui sont en quelque sorte leurs «clients».


L'humanitaire ne fait que soulager, dans le meilleur des cas, très momentanément la détresse humaine. Il ne s'attaque pour ainsi dire jamais aux racines des malheurs des hommes c'est-à-dire au capitalisme et son fonctionnement. Dans ce sens, il est non seulement au service de l'ordre établi, mais il le perpétue. L'humanitaire dans un système inhumain, est donc une illusion pour ne pas dire une absurdité.


Mohamed Belaali


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(1) Conférence à Washington, 26 octobre 200, cité par Rony Brauman «Mission civilisatrice, ingérence humanitaire» in Le Monde diplomatique de septembre 2005:

(2) http://www.francesoir.fr/politique/2009/05/04/nicolas-sarkozy-defend-l-ingerence-humanitaire.html

(3) http://www.rue89.com/2007/08/22/kouchner-en-2003-facile-detre-contre-la-guerre

(4) voir l'AFP du 16 septembre 2007.

(5) http://www.infosentinel.com/info/article_09_sisco.php

(6) http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=85779

(7) African Rights, Death, Despair, 1142. http://www.voltairenet.org/article8056.html

(8) http://www.grip.org/bdg/g2050.html

(9) «Les organisations non gouvernementales (ONG) : un acteur incontournable de l'aide

humanitaire», Philippe Ryfman

(10) Voir les sites officiels de ces ONG/Associations notamment leurs rapports financiers.

(11) Pour plus de développements sur cet aspect du sujet, voir le travail de Zsuzsa Ferenczy «Les ONG humanitaires, leur financement et les médias». Institut Européen des Hautes études Internationales. Comme exemple de ce marketing «humanitaire», voir l'affiche d'Action contre la Faim http://www.culture-buzz.fr/blog/Street-Marketing-Humanitaire-261.html

(12) Pour plus de détails, voir le site de Planète Urgence http://www.planete-urgence.org/


 

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 22:26

Najialali1

Trois cent soixante-cinq jours sont passés et la tragédie est encore dans toutes les mémoires.

Le responsable ? Un État, mais un État qui ne ressemble à aucun autre. Un État fondé sur une immense injustice. Face à lui, un peuple qui subit chaque jour les pires persécutions et les pires humiliations mais qui est toujours debout.

 

Il s'agit d'un État au-dessus de toutes les lois.

Un État qui tue froidement hommes et femmes, enfants et vieillards, filles et garçons.

Un État qui viole tous les jours le droit international et toutes les résolutions de l'ONU.

Un État où le racisme est érigé en institution.

Un État qui défie tous les peuples et tous les autres États du monde.

Un État dirigé par un gouvernement d'extrémistes et de fanatiques.

Un État qui au nom du droit à l'existence d'un peuple est déterminé à exterminer un autre peuple. Un État qui dresse un mur de quelques 700 Kilomètres de longueur et de plusieurs mètres de hauteur et fait construire par, gouvernement interposé, un autre mur souterrain entièrement en acier de 20 à 30 mètres de profondeur pour assiéger et étouffer toute une population.

Un État qui sème des check-points un peu partout pour briser tout mouvement libre de l'autre peuple.

Un État qui fait inlassablement la guerre au nom de la paix.

Un État qui capture les enfants et les rend la nuit à leur famille le corps recousu du menton à l'abdomen et vidé de ses organes vitaux.

Un État qui bombarde sans scrupules écoles, hôpitaux, ambulances, maisons d'habitation et lieux de culte.

Un État qui pratique des crimes de guerre en toute impunité.

Un État sans véritable opposition interne ni réelle pression externe.

 

Face à cet État oppresseur, se dresse un peuple opprimé.

Un peuple qui a été arraché à sa terre comme on a arraché ses vignes, ses oliviers, ses citronniers et ses orangers.

Un peuple dont on a effacé jusqu'aux noms de ses villages détruits et sur leurs ruines on a élevé kibboutz et colonies.

Un peuple qui, transformé en exilé et en réfugié, est réduit à errer à travers le monde et à survivre dans des camps de concentration sous des tentes .

Un peuple qui continue à payer de son sang et de sa chaire la complaisance, l'hypocrisie et la lâcheté de ce que l'on appelle encore la communauté internationale.

Un peuple dont le nom évoque irrésistiblement les massacres les plus cruels et les plus horribles qu'aient connu le XX et ce début du XXI siècle.


Mais aujourd'hui à l'intérieur même de cet État, quelques bourgeons ici et là éclatent. Ils fleurirons peut-être demain sur l'ensemble de cette terre martyre. Ouvriers solidaires, soldats désobéissants, religieux ouverts, pacifistes humanistes, journalistes, intellectuels et universitaires courageux s'opposent de toute leur énergie à la barbarie de leur propre État.

De son côté, la résistance, comme ces petites fleurs sauvages qui traversent les murs les plus solides, ira rejoindre celle, encore embryonnaire, de ces hommes et de ces femmes admirables qui refusent et rejettent avec courage ce monstre/ État qui se place au-dessus de tout.

De leur lutte commune naîtra un autre État et un autre peuple formé des deux peuples qui, auparavant, s'opposaient et s'entretuaient. Ils démentiront et remplaceront par leur existence même le mensonge qui a fait couler trop de sang :« une terre sans peuple pour un peuple sans terre».

Ensemble, ils mettront un terme à des décennies de drames, de souffrances et de malheurs.

 

Mais le chemin à parcourir est encore long, très long. Des morts viendront s'ajouter à d'autres morts. Des tragédies succéderont à d'autres tragédies.

Cependant cet État très singulier et très puissant n'est pas invincible; car élevé sur les cadavres et les terres d'un autre peuple.

Les puissances qui l'ont porté à bout de bras des décennies durant ne sont plus aujourd'hui les maîtres absolus du monde. D'autres États contestent de plus en plus ouvertement cet État devenu anachronique.

Cet État n'a plus en face de lui comme avant des armées régulières qu'il peut vaincre en quelques jours, mais des hommes et des femmes armés qui sont partout et nulle part qui le harcèlent en permanence. Incapable de leur venir à bout, il retourne alors sa puissance de feu démesurée contre des civils innocents.

Des citoyens de plus en plus nombreux, de toutes nationalités, de toutes professions et de toutes confessions, boycottent les activités économiques et culturelles de ce régime d'apartheid. C'est un phénomène ancien dans son principe mais nouveau par son ampleur. Il se nourrit de la résistance armée en même temps qu'il la consolide.

 

Des fissures fines et minuscules encore apparaissent sur le visage hideux de ce monstre/État. Il faut les élargir pour que cette terre tant aimée et tant disputée devienne ce qu'elle a toujours été, une terre de paix.

Les murs tomberont et le soleil pourra alors «passer sans que les soldats lui tirent dessus» comme le disait le poète Salim Jabrane.

 

Mohamed Belaali

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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