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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 18:33
Brexit :  «Quittons cette Europe dont les tares ont atteint des dimensions effrayantes»

Quel plaisir de voir les chiens de garde du capital (médias, Banque centrale européenne, FMI, Banque mondiale, Commission européenne etc. etc.) aboyer et se lamenter à longueur de jour et de nuit depuis ce fameux vendredi 24 juin 2016. Le peuple anglais vient de leur infliger une sacrée raclée. Ils sont furieux et inconsolables. Quel pitoyable spectacle donnent-ils lorsque leurs intérêts de classe sont menacés. Autour d'eux, tout n'est qu'agitation et affolement. Le choix de ces vilains britanniques «est un véritable big bang contraire à l’avis de presque tous les experts, à la raison économique et au souhait des autres Européens. L’incroyable s’est produit. Les Britanniques veulent quitter l’Union européenne (UE)» (1). La valeur de la livre sterling chute, le Royaume-Uni perd son triple A, les marchés financiers sont désorientés, les bourses dégringolent, les actions des banques et des compagnies d'assurance s'effondrent. La panique s'est emparée de la City. Les traders ne dorment plus. «Le quartier d'affaires londonien est groggy, choqué, anéanti, après les résultats du vote qui scellent la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne» (2). La Banque d'Angleterre va injecter des milliards de livres pour consoler les marchés financiers. La Banque centrale suisse va elle aussi intervenir sur les marchés de change pour stabiliser le franc suisse. L'Association bancaire internationale demande aux responsables politiques de clarifier la situation.

Les journalistes, les experts, les politologues et les sociologues déferlent sur les plateaux de télévision exprimant sans retenue leur haine et leur mépris pour la volonté du peuple anglais. Pour tout ce beau monde, l'avenir du Royaume-Unis est sombre. « Tout cela va avoir de sales conséquences» (3), «les agriculteurs britanniques devront dire adieu à une enveloppe de 4 milliards d'euros d'aide» (4); bref en dehors de l'Union européenne point de salut !

Les hommes politiques regrettent une décision douloureuse car «les Britanniques par référendum ont décidé de quitter l’Union européenne. C’est un choix douloureux et je le regrette profondément» déclarait François Hollande (5). Jean-Claude Junker président de la Commission européenne, Martin Schulz président du parlement européen, Donald Tusk président du Conseil européen, eux aussi, regrettent cette décision douloureuse (6). Ils savent qu'il leur sera difficile, pour l'instant, de faire voter à nouveau les anglais comme ils l'ont fait dans le passé avec les autres peuples. Mais ils peuvent très bien bloquer le processus de sortie.Tant que les mécanismes de l'article 50 du traité de Lisbonne ne sont pas enclenchés, le Royaume-Uni reste membre de l'Union. Précisons que ce fameux article 50 est rédigé de manière telle que toute sortie volontaire d'un État membre devient difficile. Ainsi tout est fait pour que la volonté des peuples qui désirent quitter l'Union européenne soit contournée ou ignorée. Toute l'histoire de l'Union n'est que mépris et trahison des volontés des peuples. «Les Irlandais devront revoter» déclarait avec force Nicolas Sarkozy le 15 juillet 2008 après le rejet par le peuple irlandais du Traité de Lisbonne qui reprenait l’essentiel d’un autre traité rejeté lui aussi par les français et les néerlandais en 2005. On consulte les peuples non pas pour qu'ils expriment leur propre volonté mais celle des gouvernements. La démocratie bourgeoise n'est qu'un concept creux sans contenu réel. Les gouvernements sont là pour servir les intérêts de la classe qu'ils représentent. Les classes dominantes l'utilisent comme instrument idéologique au service exclusif de leurs intérêts. L'Union européenne et toutes les institutions qui gravitent autour d'elle sont un exemple éloquent de ce déni de démocratie. L'Union européenne a systématiquement rejeté avec force et mépris la volonté des peuples exprimée démocratiquement à plusieurs reprises. Les peuples danois, français, néerlandais et irlandais ont rejeté par référendum le traité de Maastricht, le projet de traité constitutionnel et le traité de Lisbonne en 1992, en 2005 et en 2008. Mais cette volonté populaire a tout simplement été ignorée. Sa réaction épidermique et agressive contre les résultats du référendum du 5 juillet 2015, où le peuple grec a rejeté par une majorité écrasante (61,31 %) les nouvelles mesures d'austérité, montre combien il lui est insupportable d’accepter le moindre processus permettant aux peuples de s'exprimer. Tous les référendums ont été perdus par l'Union européenne. Dès qu'elle donne la parole aux peuples, la réponse est invariablement la même : NON!

Bertolt Brecht disait dans un de ses poèmes :

«(…)Le peuple, par sa faute, a perdu
La confiance du gouvernement

E ce n’est qu’en travaillant doublement
Qu’il pourra la regagner.
Ne serait-il pas plus simple
Pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un
autre ?» (7)

L'Union invoque le rôle des partis racistes et xénophobes dans le triomphe du « out » britannique. Belle manière pour occulter sa propre responsabilité dans cette débâcle. Elle oublie un peu vite que ces courants politiques sont, non seulement au Royaume-Uni, mais dans toute l'Union européenne ses propre créatures. Impuissantes à surmonter les crises à répétition du capitalisme, les bourgeoisies européennes ont instrumentalisé ces forces du passé, qui veulent faire tourner la roue de l'histoire en arrière, pour maintenir vaille que vaille l’accumulation et la concentration de la richesse entre les mêmes mains. Démagogie, racisme, xénophobie, islamophobie et identité nationale sont les ingrédients essentiels utilisés par les classes dominantes pour mieux détourner les classes populaires des vrais problèmes qui les rongent au quotidien : chômage de masse, précarité, destruction des services publics, suppression progressive des libertés privées et publiques etc. Ces thèses nauséabondes remplacent en quelque sorte le vide des programmes des gouvernements et des partis qui les soutiennent. Leur fuite en avant dans les politiques ultra-libérales d’austérité ne fera qu’aggraver la situation économique et sociale d’une Europe déjà ravagée par le chômage et la pauvreté. L'Union européenne ressemble à ces magiciens qui ne maîtrisent plus les forces maléfiques qu’ils ont eux mêmes créées !

L'Union européenne et toutes ses institutions ne sont pas réformables. Les politiques économiques, dont l'austérité n'est qu'une dimension parmi d'autres, sont intimement liées à la nature de classe de l'Union. Les intérêts des oppresseurs et ceux des opprimés sont irrémédiablement antagonistes. C'est une illusion de croire que l'Europe, telle qu'elle est construite, va se métamorphoser par on ne sait quel miracle en une Europe démocratique, sociale, solidaire, écologique et tutti quanti. Cette idée de vouloir réformer l'Europe de l'intérieur est non seulement erronée mais dangereuse. Rester dans l'Union et la zone euro pour les réformer de l'intérieur ne peut que prolonger encore la souffrance que connaissent aujourd'hui des millions de travailleurs européens et consolider un peu plus la dictature du capital. Il faut donc rompre définitivement avec cette hideuse Europe qui a transformé les travailleurs en véritables esclaves travaillant sans relâche sous les ordres des créanciers, spéculateurs, usuriers et autres parasites du monde entier.

Il faut se saisir du «Brexit» comme d'une opportunité pour mobiliser les travailleurs et les progressistes de toute l'Europe afin de commencer l'édification d'une autre Europe, celle du progrès, de la prospérité et de la paix entre les peuples. Il faut briser cette construction méprisante et arrogante qui nous condamne à l'austérité perpétuelle. Il faut quitter cette Europe dont les tares ont atteint des dimensions effrayantes. Il est urgent de changer de bord, de sortir au plus vite de cette longue nuit et marcher vers un jour nouveau, vers une Europe nouvelle.

Mohamed Belaali

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(1)http://www.courrierinternational.com/article/vu-dallemagne-brexit-un-desastre-pour-angela-merkel

(2)http://tempsreel.nouvelobs.com/brexit/20160624.OBS3292/un-suicide-economique-apres-le-brexit-la-city-se-reveille-en-panique.html

(3)http://www.liberation.fr/planete/2016/06/24/brexit-tout-cela-va-avoir-de-sales-consequences_1461959

(4)http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/06/25/20002-20160625ARTFIG00015-sept-consequences-economiques-a-retenir-sur-le-brexit.php

(5)http://www.elysee.fr/declarations/article/declaration-a-la-suite-du-referendum-britannique/

(6)http://europa.eu/rapid/press-release_STATEMENT-16-2329_fr.htm

(7) Bertolt Brecht «La solution».

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 17:29
Le véritable scandale, c'est le capitalisme

«Le gouvernement moderne n'est qu'un comité qui gère les affaires communes

de la classe bourgeoise toute entière».

K. Marx

F. Engels

«Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux».

Étienne de La Boétie

Le scandale des «Panama papers» qui vient d'éclater à la face du monde n'est que l'arbre qui cache la jungle capitaliste. Fraudes fiscales, blanchiment d'argent noir, sociétés écrans, détournement de fonds, paradis fiscaux, corruption généralisée etc. montrent à la fois le degré de pourriture atteint par ce système et la décadence morale des sociétés capitalistes.

La collusion quasi organique du monde politique avec celui des affaires est une caractéristique fondamentale du capitalisme. Leurs liens sont tellement intimes qu'il devient difficile de les distinguer. Les hommes politiques et le milieu des affaires voire parfois le milieu tout court se nourrissent les uns des autres. Les premiers gèrent et couvrent les affaires des seconds. Dans ces scandales à répétition, on trouve à côté des grandes entreprises, des banques, des institutions sportives, des célébrités, des milliardaires, des rois, des chefs d'Etat, des premiers ministres, des ministres et bien d'autres responsables politiques. Toute cette classe de fraudeurs, pur produit du système, s'acharne par tous les moyens à piller les richesses produites par les travailleurs dont elle ne voit en eux que des êtres méprisés et méprisables.

Le capitalisme mondialisé a généralisé et universalisé la corruption et les scandales. Il a multiplié les montages financiers frauduleux, les paradis fiscaux et judiciaires, les trusts (fiducies), les fondations etc. Aucun domaine de la vie économique, politique, sportive et artistique n'échappe à la corruption et aux manipulations frauduleuses en tout genre. Les sommes astronomiques concernées sont difficilement imaginables par les citoyens (1). La corruption, les affaires, la fraude fiscale et les détournements des fonds publics sont des phénomènes intrinsèques au capitalisme qui les produit sans cesse.

Le pouvoir politique encourage le système, lui offre des opportunités à travers des politiques de dérégulation, de privatisation et par l'absence totale de sanctions. Il l'incite à poursuivre sur la voie des pratiques frauduleuses, de l'escroquerie et de la criminalité financière. Les gouvernements ne sont là que pour servir les intérêts de cette classe ou plus précisément cette couche de parasites qui ne produit aucune richesse et ne vit que des dividendes, des intérêts, des commissions, de la spéculation, bref de l'argent produit lui même par de l'argent. «Le propre du capitalisme, écrivait Lénine, est de séparer la propriété du capital de son application à la production, de séparer le rentier, qui ne vit que du revenu qu'il tire du capital-argent. La suprématie du capital financier sur toutes les formes du capital signifie l'hégénmonie du rentier et de l'oligarchie financière» (2).

C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre les agissements du pouvoir politique totalement soumis à cette oligarchie financière. Le gouvernement français par exemple, a retiré en 2012 le Panama de la liste noire des paradis fiscaux. La Société Générale, le Crédit Agricole, la BNP Paribas et le Crédit mutuel sont parmi les plus gros clients de Mossack Fonseca. Toutes sont impliquées, à travers des centaines de filiales, dans le blanchissement d'argent sale et la fraude fiscale (3). Comme réponse à ces scandales, le ministre des finances et des comptes publics s'est contenté de publier un simple communiqué d'une platitude affligeante « il ne serait pas tolérable que des banques puissent permettre des opérations de fraude, d’évasion fiscale ou de blanchiment» (4). Pourtant le gouvernement français savait depuis longtemps que les grandes banques françaises utilisaient des structures offshore, par centaines, spécialisées dans la criminalité financière et que les dirigeants de ces banques n'avaient jamais été inquiétés. A chaque nouveau scandale, les hommes politiques feignent l'indignation et promettent de mettre un terme à l'évasion fiscale et de châtier sévèrement les responsables fraudeurs : «Il n’y a plus de paradis fiscaux. Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est fini» proclamait avec force Nicolas Sarkozy en 2009. La commission des finances du Sénat qui a auditionné le11 mai 2016 Frédéric Oudéa, patron de la Société Générale, ne trouvait aucune raison valable de poursuivre le dirigeant de la banque !

Le gouvernement britannique dirigé par David Cameron a organisé le 12 mai 2016 à Londres un sommet international pour lutter contre la corruption ! Rappelons tout de même que sur les 214 488 sociétés offshore administrées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca, plus de la moitié sont domiciliées dans les îles britanniques. David Cameron lui-même ainsi que sa famille sont impliqués dans le scandale des fraudes fiscales des Panama papers. Le premier ministre britannique a tenté dans un premier temps de nier l'évidence en affirmant qu' il ne possédait «aucune action, aucun trust offshore, aucun fonds offshore, rien de tout cela» (5), avant de tout avouer.

Les vingt gouvernements les plus riches de la planète (groupe G20) qui représentent l'essentiel des richesses produites dans le monde, se sont réunis à Londres en avril 2009, à Saint-Pétersbourg en septembre 2013, se sont engagés fermement à lutter contre les paradis fiscaux et le secret bancaire. Force est de constater que la criminalité financière sous toutes ses formes n'a jamais été aussi florissante qu'aujourd'hui.

Les Etats-Unis qui dénoncent la criminalité financière et les privilèges exorbitants accordés à leurs multinationales à travers le monde, abritent eux-mêmes sur leur propre territoire des paradis fiscaux considérés comme les plus opaques (6) et les plus favorables aux grandes entreprises et aux milliardaires du monde entier. Le Dakota du Sud, le Nevada, leWyoming mais surtout le Delawar sont de véritables édens fiscaux sur terre. Même Donald Trump et Hillary Clinton, favoris des primaires, y possèdent des sociétés à côté d'Apple, d'American Airlines, de Coca-Cola et de biens d'autres multinationales (7). La fusion ici entre le pouvoir économique et le pouvoir politique est totale.

Invoquer, dans le cadre du capitalisme, la morale, l'éthique, la bonne volonté, la bonne gouvernance est une véritable chimère. Mobiliser les pouvoirs économiques et politiques nationaux et internationaux contre les scandales financiers est une hypocrisie pour ne pas dire une absurdité. Ces pouvoirs sont eux-mêmes les organisateurs et les bénéficiaires. Rien ne sert de gémir sur les scandales financiers, tant qu'on laisse dans l'ombre les racines qui les produisent. Ces gérémiades ne font que perpétuer un système qui se nourrit et se développe de ces scandales.

On peut adopter les lois que l’on veut contre la corruption, les affaires et les privilèges, contre le secret bancaire et la fraude fiscale, mener toutes les enquêtes possibles, on peut même diminuer et limiter leur importance, mais on ne peut pas les éliminer. Car leur existence et celle du capitalisme sont tellement imbriquées l’une dans l’autre que l’on ne peut supprimer l’une sans éliminer l’autre. Les lois et les mesures prises pour lutter contre les scandales en tout genre ne sont que des paravents derrière lesquels la bourgeoisie sous toutes ses formes dissimule ses forfaits. Le problème n’est donc pas l’existence des scandales financiers, des affaires et autres privilèges, mais celle du capitalisme qui les engendre. Il y a eu dans le passé des scandales, il y a aujourd’hui des scandales et il y aura dans l’avenir d’autres scandales tant que ce système existe. Le véritable scandale, c’est le capitalisme lui-même.

Mohamed Belaali

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(1)https://www.theguardian.com/business/2012/jul/21/global-elite-tax-offshore-economy

Voir également les données de Tax Justice Network :

http://www.taxjustice.net/cms/upload/pdf/Price_of_Offshore_Revisited_120722.pdf

(2) «Limpérialisme, stade suprême du capitalisme», page 68 . Editions en langues étrangères, Pekin.

(3) http://www.lemonde.fr/panama-papers/article/2016/05/11/panama-papers-le-business-offshore-du-credit-agricole-et-de-la-bnp_4917399_4890278.html

(4) http://proxy-pubminefi.diffusion.finances.gouv.fr/pub/document/18/20924.pdf

(5) http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20160412.OBS8308/comment-david-cameron-tente-de-glisser-les-panama-papers-sous-le-tapis.html

(6) http://ccfd-terresolidaire.org/IMG/pdf/ccfd-rapport-g20-2011-net.pdf

(7) https://www.theguardian.com/business/2016/apr/25/delaware-tax-loophole-1209-north-orange-trump-clinton?CMP=fb_gu

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 06:34
Hommage à la glorieuse Commune de Paris

«A l'aube du 18 mars, Paris fut réveillé par ce cri de tonnerre : vive la commune !» (1). Mais la Commune de Paris n'a vécu que 72 jours ! Pendant cette éphémère période, la Commune n'a pas fait de miracles, mais elle a réalisé des avancées sociales et politiques qui font encore aujourd'hui l'admiration des peuples du monde entier. Des femmes de Montmartre, qui ont fait barrage de leurs corps pour protéger les canons de la garde nationale, jusqu'au dernier communard tombé au Père-La chaise le fusil à la main, la Commune s'est battue héroïquement contre toutes les injustices et toutes les aliénations de l'ordre social établi. La commune fut battue mais ses principes restent éternels.

«Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l'heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques...en s'emparant du pouvoir» disait le manifeste du 18 mars du Comité central.

La Commune a d'emblée supprimé deux instruments de domination de classe en abolissant la police et en remplaçant l'armée permanente par le le peuple en arme.

Les représentants de la Commune étaient non seulement tous élus au suffrage universel, mais surtout responsables et révocables à tout moment. Pour la Commune «les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables» (voir l'appel du 22 mars 1871). Quel contraste avec les hommes politiques d'aujourd'hui qui cumulent plusieurs mandats à la fois et n'ont de compte à rendre à personne une fois élus; il s'agit d'une véritable confiscation du pouvoir ! Les citoyens n'ont aucun contrôle sur leurs représentants qui ne sont absolument pas tenus de respecter leurs promesses. Dans cette démocratie, le peuple est réduit à voter à intervalles réguliers pour des «représentants» qui vont le trahir.

La Commune a instauré un traitement maximum de 6000 francs annuels pour tous les fonctionnaires du haut au bas de l'échelle y compris les juges et les magistrats c'est-à-dire l'équivalent d'un salaire d'ouvrier. Lorsque l'on pense aujourd'hui à ces hommes politiques corrompus qui confondent deniers publics et argent privé, on se rend vite compte combien la démocratie communale était en avance.

La majorité des élus de la Commune était naturellement des ouvriers à côté des autres élus du peuple. Or l'assemblée nationale issue des élections de 2012 ne compte dans ses rangs aucun ouvrier alors même qu'ils représentent plus de 20 % de la population active; qu'elle est jolie la démocratie représentative bourgeoise ! Mais ces ouvriers, que la bourgeoisie méprise tant, ont produit l'une des plus belles et des plus originales expériences politiques de l'Histoire moderne.

La Commune a arraché l'enseignement à l'église et à l’État pour le mettre gratuitement entre les mains du peuple. Elle a banni de l'instruction publique tout «ce qui relève de la conscience individuelle de chacun». Dans «La guerre civile en France», Marx écrivait «La totalité des établissements d'instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l'église et de l’État. Ainsi non seulement l'instruction était rendue accessible à tous mais la science elle-même était libérée des fers dont les préjugés de classe et le pouvoir gouvernemental l'avaient chargée».

Si aujourd'hui la bourgeoisie française organise la chasse policière aux étrangers et alimente contre eux les préjugés les plus répugnants, les portes de la Commune,elles, étaient grandes ouvertes à des milliers de travailleurs du monde entier. Elle a même promu au rang de ministre du Travail un ouvrier hongrois et placé deux généraux polonais pour la défense de Paris dont un est mort sur les barricades. La Commune c'était la République universelle.

La colonne Vendôme, symbole des horreurs des guerres napoléoniennes, que le peuple de Paris ne voulait plus voir, fut renversée. Le 12 avril 1871, la Commune vote le décret suivant, sur proposition de Felix Pyat : «La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète : article unique - La colonne Vendôme sera démolie».

Au cri «A bas la peine de mort», les communards, au milieu de la joie populaire, ont brûlé la guillotine. Il a fallu plus d'un siècle pour que la bourgeoisie concède l’abolition de cette pratique barbare. Rappelons que ces mesures sont d'autant plus remarquables qu'elles étaient prises alors que Paris était assiégé par les prussiens et par les versaillais.

Même si les hommes et les femmes de la Commune n'ont pas atteint leurs objectifs, la portée de leur expérience reste immense. La beauté de l’œuvre de la Commune n'a d'égal que la laideur de l'ordre bourgeois. La Commune restera à jamais gravée dans la mémoire des ouvriers et des opprimés du monde entier.

Mohamed Belaali

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(1) K Marx, La guerre civile en France 1871, éditions sociales

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 21:29
Une sale époque

De la répression du mouvement ouvrier à la soumission aveugle aux forces du capital en passant par l'état d'urgence permanent, la France vit une sale époque. De l’État de droit à l’État de police, la France se dirige, consciemment ou non, vers un système autoritaire dans lequel la population n'aura ni liberté ni sécurité. Le Chômage de masse n'est que l'aspect visible d'une situation économique et sociale désastreuse. La misère matérielle et morale, conséquence directe d'une politique économique d'austérité voulue et imposée par la classe dirigeante, touche une large part de la population. La richesse se concentre de plus en plus entre les mains d'une minorité sans foi ni loi. Les classes populaires sont paupérisées, humiliées, méprisées et par-dessus le marché manipulées par une classe inconséquente aveuglée par son arrogance et son despotisme.

Hollande et Valls, serviles serviteurs des puissants et dont la tactique et la stratégie politiques se réduisent à plaire à la bourgeoisie pour se maintenir au pouvoir, appliquent avec un zèle singulier une politique économique entièrement dédiée aux industriels, banquiers, financiers et autres spéculateurs. Des milliards et des milliards d'euros, puisés dans les deniers publics, sont ainsi offerts aux chefs d'entreprises, aux Pigeons(1) et autres Bonnets rouges pour ... créer des emplois ! Mais ces offrandes aux patrons, petits et grands, n'ont nullement empêché le chômage et la précarité de poursuivre leur fulgurante ascension et battre tous les records. Le nombre de chômeurs, toutes catégories confondues, dépasse les six millions (6 110 000 dans la France entière) (2) et celui des précaires, les trois millions (3 182 000 exactement) (3). Une nouvelle forme de précarisation extrême comme l'uberisation de l'emploi ou le contrat zéro heure se développent, hélas, de plus en plus.

Aucune perspective d'amélioration de la situation économique ne se profile à l'horizon. Les bourgeoisies européennes sont déterminées à faire appliquer par leurs gouvernements respectifs des politiques de «rigueur et d'austérité» qui ne font qu'appauvrir l'immense majorité de la population et enrichir une petite minorité d'exploiteurs. De nouveaux plans d'austérité plus durs et plus sauvages encore vont succéder aux anciens, jetant toujours plus d'hommes et de femmes dans le chômage et la précarité. Comme on le voit, les classes dirigeantes n'ont rien d'autre à offrir aux travailleurs que le désarroi et la misère.

En organisant ce gigantesque transfert de richesses du travail vers le capital, les classes dominantes préparent en même temps d'autres crises plus violentes et plus imprévisibles. Alors que les conséquences de la crise de 2007 sont toujours présentes, le spectre d'une nouvelle dépression étend son ombre sur le monde. L'angoisse s'empare à nouveau des banques et des tensions palpables agitent les marchés. Le système financier global est de plus en plus sous pression, comme le souligne le FMI porte-parole du capital : «Les problèmes hérités des turbulences passées amplifient ces tensions, d’où une aggravation des risques pesant sur la stabilité financière» (4). D'autres facteurs comme la chute des prix du pétrole et des matières premières, le ralentissement de la croissance chinoise, le niveau gigantesque de l'endettement, les bulles spéculatives, les licenciements massifs opérés par les grandes multinationales etc. ne font que préparer les conditions d'une nouvelle crise. Même si le capitalisme possède des capacités extraordinaires d'adaptation, il devient de plus en plus un obstacle au développent de la production et un frein au progrès économique, social et politique. L'avenir reste donc sombre, d'autant plus sombre que cette situation attise les tensions géopolitiques et exacerbe les luttes d'intérêt, précipitant le monde dans le chaos et les guerres.

Incapable de combattre le chômage et la misère qui s'installent durablement en France, Hollande bat les tambours de la guerre et mobilise toute la nation derrière lui pour… «lutter contre le terrorisme»! Le guerrier Hollande envoie ainsi l'armée au Mali, en Irak, en Syrie et mène aujourd'hui des opérations militaires plus ou moins secrètes en Libye pour livrer la guerre à un ennemi qu'il a, avec ses prédécesseurs, largement contribué à créer ! La guerre est déclarée non pas contre son adversaire, le despotisme du « monde de la finance» , comme il le disait lui-même (5), mais contre les attentats terroristes. Belle manière pour occulter la faillite de sa politique économique et détourner les masses populaires des vrais combats et des vrais problèmes : chômage de masse, précarité de l'emploi, disparition progressive des acquis sociaux etc. La guerre que la classe dirigeante mène à l'extérieur n'est que le prolongement de celle livrée à l'intérieur contre les salariés en général et les travailleurs en particulier.

Le mépris de Hollande et de Valls pour la classe ouvrière n'a d'égal que leur soumission aux patrons. C'est sous leur règne que des ouvriers sont condamnés à de la prison ferme pour avoir défendu leurs emplois. Hollande et Valls, à travers leurs procureurs, ont décidé de punir les salariés de Goodyear alors même que la direction et les deux cadres séquestrés avaient retiré leur plainte ! Le procès s'est donc déroulé sans plaignant ! Rappelons que les salariés de cette multinationale américaine mènent depuis 2007 des luttes dures et ininterrompues contre les plans de licenciement de Goodyear Tire. Le 31 janvier 2013 la direction annonce la fermeture de l'usine d'Amiens-Nord supprimant du même coup 1143 emplois ! Seulement 120 des «ex-goodyear » ont trouvé un CDI, 12 sont décédés et 3 se sont suicidés (6). Et comme si ce drame ne suffisait pas, le procureur de la République voulait, vaille que vaille, jeter les travailleurs les plus combatifs en prison. Précisons que les procureurs de la République sont des magistrats nommés par décret du président de la République et placés «sous l'autorité du garde des sceaux, ministre de la justice» (7). Ils sont donc directement dépendants du pouvoir politique c'est-à-dire de Hollande et de Valls. C'est une trahison historique.

Mais la condamnation des « ex-goodyear» n'est que l'arbre qui cache la forêt. Car brutalité patronale et résistance ouvrière vont de pair. Les séquestrations, occupations d'usines, grèves et autres manifestations se succèdent et se développent au rythme des licenciements et des fermetures de sites : capital contre travail, exploiteurs contre exploités, profit contre salaire, violence sociale ouvrière contre violence sociale patronale. Seulement la violence patronale est masquée, invisible, alors que la lutte des salariés, elle, est montrée, médiatisée et de surcroît rendue illégale. Il suffit de se rappeler l'hystérie des médias bourgeois concernant «la chemise déchirée » dans le conflit d'Air France pour s'en convaincre. D'un côté les images de deux cadres avec chemises déchirées qui ont fait le tour du monde, de l'autre un silence assourdissant sur les 2 900 licenciements prévus par la direction d'Air France ; c'est que «la lutte des classe ça déchire» ! (8).

Hollande et Valls ne se contentent pas de criminaliser les luttes ouvrières. Ce sont deux hommes politiques sans principes ni convictions. Leur seule préoccupation est de rester au pouvoir en s'agenouillant devant les puissants tout en méprisant les travailleurs. Ils comptent en ce moment engager «une réforme» qui va bouleverser de fond en comble le code du travail. Ils sont déterminés à détruire un siècle d'avancées sociales arrachées de haute lutte par des générations successives de travailleurs. En vidant le code du travail de sa substance, ils cherchent, au profit du patronat, à venir à bout de l'essentiel des acquis sociaux. Cette nouvelle attaque a pour ultime objectif de réduire le salaire à sa limite la plus basse pour un profit le plus élevé. Elle s'inscrit parfaitement dans cette tendance générale de la production capitaliste contre laquelle les travailleurs doivent s'élever en permanence s'ils ne veulent pas être ravalés au rang d' esclaves.

Cette régression sociale généralisée est grandement facilitée et accentuée par l'instauration de l'état d'urgence voulu par le gouvernement dans le cadre de sa «guerre contre le terrorisme». Car pour que les «réformes» passent, il faut surveiller, ficher et réprimer : «L'instrumentalisation du terrorisme par la classe dirigeante permet de museler et d'étouffer toute opposition, toute critique et toute résistance à sa politique de classe» (10).

L'état d'urgence permet également au président de la République et à son premier ministre de promulguer des lois liberticides accordant d'immenses pouvoirs à l'appareil répressif ouvrant ainsi la porte à toutes les dérives, à tous les dérapages et à tous les abus. Le pouvoir, par exemple, peut désormais ordonner des perquisitions de jour comme de nuit, assigner à résidence les citoyens, de préférence musulmans, sans aucun contrôle judiciaire. Combien d'enfants ont été traumatisés et violentés, de citoyens brutalisés et humiliés pour rien lors des perquisitions ? (11). Les Nations Unies, le Conseil de l'Europe et les organisations de défense des droits de l'homme (12) ont tous condamné ces dérives.

Ce régime d'exception risque, comme l'expérience nous l'enseigne, de devenir la règle, de se banaliser avec toutes les conséquences sur les libertés individuelles et collectives. L'état d'urgence a déjà été prolongé deux fois et le gouvernement tente d'entretenir un climat de peur pour légitimer le maintien, sous une forme ou sous une autre, de cet état d'urgence :«Il ne faut aujourd’hui rien exclure et je le dis avec toutes les précautions qui s’imposent, mais nous le savons et nous l’avons à l’esprit, il peut y avoir aussi le risque d’armes chimiques et bactériologiques» disait Manuel Valls (13). La France glisse ainsi lentement vers un régime où la police et l'appareil répressif en général auront des pouvoirs exorbitants. Le citoyen sera enserré par un État omniprésent et omnipotent qui, comme les tentacules d’une pieuvre géante, l’étouffe.

Malgré cette triste période toute peinte de noir, le combat se poursuit. Car il est le produit des injustices, du despotisme et de l'arrogance des puissants. Malgré les défaites, les humiliations, les souffrances, les luttes se renouvellent en permanence. C'est un éternel recommencement et comme disait Max-pol Fouchet :«Les barricades s'écroulent, mais pour se relever, pour renaître, comme les vagues de la mer». Hollande et Valls ne sont que des marionnettes entre les mains d'une classe sociale qui a fait son temps mais qui possède encore tous les pouvoirs. De crise en crise, son système de production prépare les conditions matérielles d'une transformation radicale de la société. Les travailleurs, producteurs de richesses, doivent unir leurs forces pour hâter sa disparition et pour leur émancipation définitive.

Mohamed Belaali

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  1. Mouvement des patrons de PME qui contestaient notamment l'augmentation des cotisations et des taxes sur les plus-values en cas de revente d'entreprises. Le gouvernement a cédé rapidement à leur revendications.

(2) http://www.pole-emploi.org/statistiques-analyses/le-chomage-a-fin-septembre-2015-@/524/view-article-123355.html

(3) http://www.inegalites.fr/spip.php?article957

(4) http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/gfsr/2015/01/pdf/execsumf.pdf

(5) «Mais avant d’évoquer mon projet, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des Etats ».

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/election-presidentielle-2012/sources-brutes/20120122.OBS9488/l-integralite-du-discours-de-francois-hollande-au-bourget.html

(6) http://www.humanite.fr/goodyear-le-vrai-bilan-dune-fermeture-1-143-licencies-12-deces-dont-3-suicides-596638

(7) Article 5 de l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 :

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000339259

(8) http://www.liberation.fr/futurs/2015/10/22/air-france-une-manif-je-suis-chemise-devant-l-assemblee-nationale_1408114

(9) http://www.belaali.com/article-brutalite-patronale-et-resistance-ouvriere-49555591.html

(10) http://www.belaali.com/2016/01/13-novembre-2015-guerre-des-terrorismes.html

(11) https://wiki.laquadrature.net/%C3%89tat_urgence/Recensement

Voir également le rapport d' Amnesty International sur l'impact de l'état d'urgence

http://www.amnesty.fr/etat-urgence

(12) http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=16961&LangID=F

Voir également la charge du Défenseurs des droits :

https://www.mediapart.fr/journal/france/260216/la-charge-du-defenseur-des-droits-contre- letat-durgence

(13) https://www.youtube.com/watch?v=4zuwpP8FKf8

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 21:20
Cologne : Viols, racisme, xénophobie et islamophobie

Il est étrange de constater combien les événements qui se sont déroulés à Cologne la nuit de la Saint Sylvestre ont fait de bruit. En France par exemple, les viols ou tentatives de viols (considérés comme des crimes dans le droit français) exercés sur les femmes se font au rythme de 230 par jour (1) ! Mais ces crimes sont souvent passés sous silence par les médias bourgeois et les intellectuels de l'ordre établi. Pire, non seulement les femmes sont violées chaque jour, mais elles sont aussi humiliées, stigmatisées et moquées («elles l'ont évidemment bien cherché») sans que cela ne déchaîne l'hystérie médiatique et politique actuelle.

Les viols des femmes par des personnalités célèbres comme Dominique Strauss-Khan ou Roman Polanski entre autres, ne sont que l'arbre qui cache la forêt. D'ailleurs ces hommes ne sont pas considérés comme des violeurs. Dominique Strauss-Khan par exemple est présenté tout bonnement comme «L’homme qui aime les femmes sans modération» (2). Ce genre de crime n'est que rarement condamné par les tribunaux et encore moins dénoncé par les médias. Silence assourdissant par contre sur tous les autres viols ! Les images des femmes violées sont rares. Elles doivent rester invisibles. 90 % des agressions sexuelles ne sont pas déclarées à la police (3).

Pourquoi alors tant d'indignation sur les viols de la Saint-Sylvestre ? En quoi ces viols commis à Cologne et ailleurs en Europe sont-ils différents des autres crimes. Un viol est un viol, qu'il soit commis par un noir ou un blanc, un musulman ou un chrétien, au Caire sur la place Tahrir ou près de la gare centrale de Cologne, ne change rien à la nature du crime. Pourquoi cette dénonciation à géométrie variable ? En fait, derrière ces condamnations hypocrites se cachent des raisons et des mobiles détestables. Les agresseurs de Cologne, alors que les enquêtes ne sont pas encore terminées et les zones d'ombre nombreuses, sont présentés d'abord comme des arabes, des immigrés, des réfugiés, des musulmans voire des terroristes et non comme des violeurs qui doivent, si les faits sont avérés, être traduit devant la justice et condamnés pour leur crime. L'accent mis par les médias sur l'origine ethnique des agresseurs montre bien que ce n'est pas la dignité des femmes que l'on cherche à défendre mais plutôt à montrer du doigt le réfugié qui est en même temps immigré, musulman et pourquoi pas terroriste alimentant ainsi les préjugés les plus répugnants. Il est violeur parce qu'il est réfugié !

Le réfugié est un violeur congénital, un violeur-né. Le colonisateur français disait la même chose du Nord-Africain en général et de l'algérien en particulier : «le Nord-Africain est un violent, héréditairement violent. Oui, l'algérien est un impulsif congénital. Cette impulsivité est fortement agressive et généralement homicide» (4). Les médias bourgeois et certaines féministes convenaient de façon unanime que la violence sexuelle du réfugié pose un véritable problème à la société et à la civilisation européenne. Barbara Sichtermann, écrivaine et journaliste allemande considère les agressions sexuelles de Cologne comme «une déclaration de guerre contre notre civilisation» (5). D'autres se sentent même menacées par ces hordes de violeurs musulmans qui mettent en danger l'heureuse spécificité des femmes françaises : «Et bien entendu, quand cette culture religieuse/patriarcale/identitaire/anti-femmes prétend s’exercer chez nous, en France, nous devons être vent debout à défendre notre heureuse spécificité» (5). Les forces les plus rétrogrades et les plus obscures tiennent à peu près le même discours (6). L'hebdomadaire islamophobe et raciste Charlie Hebdo est tombé très bas avec sa caricature «Migrants» présentant le petit Aylan s'il n'était pas mort noyé sur une plage turque de violeur en devenir: « Que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi ? Tripoteur de fesses en Allemagne».

Il faut inculquer à ces sauvages de violeurs la spécificité et la grandeur des valeurs occidentales c'est à dire bourgeoises. Cette « heureuse spécificité » n'inclut évidemment pas la violence des destructions militaires par ce même occident des sociétés afghane, irakienne, libyenne etc. dont les réfugiés et leur drame ne constituent qu'une infime conséquence (7).

En période de crise économique, la classe dominante cherche toujours des boucs émissaires. Hier c'était le juif, aujourd'hui c'est le réfugié, l'immigré, le musulman, le Rom etc. Le racisme, la xénophobie, l'islamophobie sont instrumentalisés par la classe dominante pour maintenir, vaille que vaille, l'accumulation et la concentration des richesses entre les mêmes mains et pour mieux détourner les masses populaires des vrais combats et des vrais problèmes : chômage de masse, , suppression progressive des acquis sociaux, précarisation de l'emploi, criminalisation des luttes syndicales etc. etc.(8). La défense des droits des femmes et la lutte contre le terrorisme relèvent de la même démarche.

Le viol des femmes ici et ailleurs n'est pas la conséquence d'une impulsivité des réfugiés ou d'une quelconque originalité caractérielle, mais le produit direct des rapports sociaux marqués profondément par la domination économique, politique et idéologique masculine. L'émancipation des femmes passe nécessairement par la remise en cause de l'ensemble des rapports sociaux.

Mohamed Belaali

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(1) http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/violences-de-genre/reperes-statistiques-79/

(2) http://www.acrimed.org/Le-viol-dans-les-medias-un-fait-divers

(3) http://www.crepegeorgette.com/2016/01/12/violence-sexuelles-instrumentalisation-raciste/

(4) Frantz Fanon, «Les damnés de la terre», petite collection maspero, page 219.

(5) https://www.mediapart.fr/journal/international/210116/apres-cologne-les-feministes-se- divisent-sur-l-interpretation-des-agressions?page_article=1

(6) http://www.fn27.fr/index.php/2016/01/14/tribune-de-marine-le-pen-dans-le-journal-lopinion-un-referendum-pour-sortir-de-la-crise-migratoire/

(7) http://www.belaali.com/2015/10/les-interventions-militaires-imperialistes-et-le-drame-des-refugies.html

(8) http://www.belaali.com/article-le-visage-hideux-de-la-bourgeoisie-en-temps-de-crise-64266132.html

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 19:38
 13 novembre 2015 ou la guerre des terrorismes

Le terrorisme vient de frapper la France, une fois encore, laissant derrière lui des dizaines de morts, des centaines de blessés et des familles le cœur brisé par la douleur. Les terroristes ont accompli méthodiquement et froidement leur travail. Leur mépris et leur négation de la vie sont sans limites. Leur détermination à tuer le maximum de personnes innocentes est totale. Ils sont à l'image de ceux qui les ont créés, endoctrinés, fanatisés, financés, armés et finalement déshumanisés. Le terrorisme et les terroristes ne tombent pas du ciel. Ils sont, en dernière analyse, le produit des intérêts et des calculs économiques, stratégiques et idéologiques des classes dominantes occidentales et leurs alliés locaux.

Poussée par le profit, cet impératif vital pour elle, la bourgeoisie a envahi et colonisé le monde entier. Toutes entraves à la réalisation de cet objectif impérieux constituent autant de chaînes qu'il faut briser.Toutes les nations qui se dressent contre elle sont impitoyablement écrasées. La démocratie, lorsqu'elle ne sert pas ses intérêts, le Droit notamment celui des peuples à disposer d'eux-mêmes, le progrès etc. ne sont pour elle que des obstacles qu'il faut éliminer. La bourgeoisie a détruit des pays et des sociétés entières lorsqu'ils résistent à son exploitation et à sa domination. Elle n'hésite pas à renverser des gouvernements démocratiquement élus, à s'allier avec les dictateurs les plus féroces et les régimes les plus rétrogrades pour asseoir son pouvoir et étendre son hégémonie. La bourgeoisie a infligé à toute l'humanité deux terribles guerres et largué des bombes atomiques sur des populations civiles innocentes pour les terroriser et pour mieux les dominer. Elle possède partout des bases militaires pour être près des sources d'énergie et des matières premières qui lui sont nécessaires. Elle a étouffé et brisé les soulèvements populaires dans le monde arabe avec l'aide de ses alliés régionaux pour perpétuer le pouvoir des régimes d'un autre âge et éviter qu'une force progressiste prenne la direction et oriente la lutte vers le progrès et la démocratie.

Elle a dressé contre les régimes nationalistes, laïcs et progressistes, les fanatiques religieux les plus obtus et les terroristes les plus barbares ouvrant ainsi la boîte de Pandore libérant des monstres qui répandent la mort et la désolation un peu partout dans le monde. En un mot, la bourgeoisie ne recule devant aucun moyen pour assouvir sa soif inextinguible du profit. Son histoire est une longue suite de guerres, de violence et de massacres.

La bourgeoisie porte en elle les germes de la terreur. Le terrorisme fait partie de son ADN. Derrière chaque acte terroriste, on retrouve ses traces directement ou indirectement. Talibans, Moudjahidins de la liberté, Al Qaeda, Daech, Al Nosra, rebelles libyens, rebelles syriens... portent sa marque. Ces organisations terroristes sont ses propres créatures. Elle les a enfantées avec l'aide de ses alliés comme le Pakistan, l'Arabie Saoudite, le Qatar ou encore la Turquie. La bourgeoisie occidentale est la mère de tous les terrorismes.

Ainsi le dictateur pakistanais Zia après avoir renversé (juillet 1977) le gouvernement démocratiquement élu d'Ali Bhutto, grâce au soutien de Washington, a instrumentalisé l'Islam pour étouffer toute opposition laïque et progressiste et surtout pour combattre le gouvernement communiste installé à Kaboul et ses alliés soviétiques. La bourgeoisie américaine ne pouvait supporter qu'un pays aussi stratégique que l'Afghanistan sorte de son influence. Des écoles religieuses contrôlées par les services de renseignements, les fameux Inter-Services Intelligence (ISI) fleurissaient un peu partout au Pakistan. De ces centres d'endoctrinement naquirent les premiers Talibans (étudiants) fanatisés et prêts à livrer le djihad, la «guerre sainte», aux communistes afghans et leurs protecteurs soviétiques. Et c'est à Ben Laden, dépêché par l'Arabie Saoudite à la demande du gouvernement pakistanais, que revient l'honneur de superviser cette guerre contre les mécréants. Pour leurs intérêts économiques et stratégiques, la bourgeoisie américaine, le général dictateur Zia et les émirs d'Arabie ont donné naissance à une organisation qui continue à semer aujourd'hui encore la terreur aux quatre coins du monde, Al Qaeda.

Le 20 mars 2003, l'armée américaine et ses alliés notamment britanniques ont franchi les frontières irakiennes au mépris de toutes les protestations, manifestations, lois et conventions internationales. C'est le début pour le peuple irakien d'un long, très long cauchemar qui, hélas, perdure encore. Les morts se comptent par centaines de milliers. Les blessés, les estropiés, les veuves, les orphelins et les réfugiés, leur nombre se chiffre par millions. Le régime laïque de Saddam est vaincu par cette opération militaire appelée d'ailleurs par l'occupant «shock & awe» (choc et terreur). La population doit subir le diktat des vainqueurs. La terreur exercée directement ou indirectement sur la population civile par l'armée américaine règne dans les villes irakiennes. Arrestations arbitraires, exécutions sommaires, humiliations, tortures... la liste des exactions de l'occupant est longue. L'unité nationale et territoriale de l'Irak ainsi que sa souveraineté ne sont désormais que de lointains souvenirs. La société irakienne est détruite.

C'est dans ce cadre d'extrême violence que sont nées la plupart des organisations djihadistes. Profitant du chaos qui règne dans ce pays martyr, Abou Moussaab Al-Zarkaoui, chef de la Jamaat Al-Tawhid Wal-Djihad (JTD), décide de transférer son groupe de la Jordanie à l'Irak avec la bénédiction de Ben Laden. Ce groupe qui s'est distingué par sa brutalité et sa cruauté, à l'image de l'armée américaine, est devenu après la mort de son chef en 2006, l’État Islamique en Irak (EII) dirigé à partir de 2010 par Abou Bakr Al-Baghdadi. La guerre en Syrie a permis au groupe djihadiste d'étendre son pouvoir sur les deux pays. En 2013 L'EII devient, après un échec de fusion avec l'autre groupe djihadiste Al-Nosra (filiale syrienne de la maison mère Al Qaeda), l'État Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou en arabe Daech)

Après l'invasion militaire de l'Irak et ses tragiques conséquences, les bourgeoisies américaines et européennes ont profité des soulèvements populaires dans le monde arabe pour détruire la Libye et son régime. Nicolas Sarkozy et David Cameron se sont rendus le 15 septembre 2011 dans la ville de Benghazi pour célébrer cette destruction de la société libyenne.

Aujourd'hui, la Libye est un bastion et un sanctuaire d'innombrables organisations extrémistes et terroristes. La terreur et le chaos qui règnent dans ce pays sont, comme en Irak, la conséquence directe de cette violence extrême qu'est la guerre menée par L'OTAN et les milices extrémistes et réactionnaires appelées à l'époque (2011) les «rebelles libyens». L’État islamique est de plus en plus présent dans ce pays et contrôle déjà la ville de Syrte et sa région. Il est également implanté dans la ville de Benghazi et de Derna. Les bourgeoisies américaine et européenne qui ont permis aux organisations djihadistes d'entrer triomphalement à Tripoli et de s'emparer du pouvoir, feignent aujourd'hui de redouter l'arrivée en force de Daech à qui la plupart des milices extrémistes ont fait allégeance. Cette posture leur permet d'envisager un éventuel retour sur le sol libyen.

Les Balkans, en plein cœur de l'Europe, sont à leur tour touchés par le développement du fanatisme religieux et par le wahhabisme saoudien. Des vagues entières de jeunes bosniaques et kosovars quittent leur pays pour rejoindre l’État islamique en Syrie. Des ONG des monarchies du Golfe, très présentes dans les Balkans, font du prosélytisme sous couvert d'activités humanitaires. Des mosquées sont construites avec les pétrodollars et des imams formés en Arabie Saoudite prêchent les enseignements violents et ultra-dogmatiques de Mohammad Ibn Abdel Wahhâb (1703-1792) sources du wahhabisme. Cette nouvelle situation est le produit de l'assaut sauvage de l'OTAN sur la Yougoslavie et son unité depuis 1991 et surtout en 1999 qui a vu l'occupation du Kosovo par cette organisation militaire, bras armé des bourgeoisies occidentales. Le vide et la misères morale et matérielle laissés par ces guerres impérialistes ont permis à des prêcheurs sans scrupules de répandre la parole de haine et de violence tout en incitant les jeunes désœuvrés à rejoindre les rangs des organisations extrémistes se réclamant de l'Islam pour mener la guerre sainte.

Le terrorisme est une véritable aubaine pour la bourgeoisie. Il lui sert de justification stratégique et de prétexte pour d'éventuelles interventions dans les pays qui lui sont réfractaires ou difficilement contrôlables. L'Afghanistan et l’Irak sont les premières victimes de cette «lutte contre le terrorisme» devenue l'axe central de la politique étrangère américaine. L'implantation de Daech en Libye ouvre à la bourgeoisie occidentale de nouvelles perspectives d'intervention militaire sur le territoire libyen. «Nous avons un ennemi, Daech, l’Etat islamique, que nous devons combattre et écraser, en Syrie, en Irak et demain sans doute en Libye» disait Manuel Valls sur les ondes de France Inter. L'armée française effectue déjà des vols de reconnaissance au-dessus de la Libye préparant «sans doute» une nouvelle campagne de bombardement.

Le terrorisme permet également à la classe dominante de promulguer des lois liberticides qui donnent d'immenses pouvoirs à l'appareil répressif. C'est la bourgeoisie américaine, profitant des attentats du 11 septembre 2001, qui est derrière le «USA Patriot Act». Ce texte lui confère, entre autres, la possibilité de détenir sans limites et sans cadre juridique toute personne soupçonnée de terrorisme. Même la torture et la cruauté sont permises. Guantánamo est toujours là et la moitié de ses prisonniers à combinaison orange restera indéfiniment renfermée dans cet enfer sur terre. Mais au-delà de ces «combattants ennemis», le simple citoyen, dans cette guerre contre le terrorisme, se confond presque avec le terroriste. Il faut surveiller tout le monde. L'emprise de l’État sur la société tend à se généraliser et les pouvoirs de police à se renforcer. En France, avec l’état d'urgence, l’État de droit est devenu provisoirement un État de police. Cette exception risque, comme l'expérience nous l'enseigne, de devenir la règle avec toutes les conséquences sur les libertés individuelles et collectives.

L'instrumentalisation du terrorisme par la classe dirigeante permet aussi de museler et d'étouffer toute opposition, toute critique et toute résistance à sa politique de classe. La rhétorique guerrière contre le terrorisme, chère à Bush et à Hollande, n'a pour but que de mobiliser la population derrière la bourgeoisie. La lutte des classes doit s'effacer pour laisser place à l'unité nationale, à la collaboration de classes. Qui osera briser cette belle unanimité pour la sécurité et la guerre contre le terrorisme ? Le Gouvernement, cette commission qui gère les intérêts de la bourgeoisie, peut dans ces conditions faire passer toutes les lois économiques, sociales et sécuritaires sans trop de difficultés. Dans le cas de la France, «Le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité» disait Hollande lui-même. La politique d'austérité s'arrête là où commencent les dépenses pour renforcer l'appareil répressif (police, renseignements, armée etc.).

Les grèves et les rassemblements sont tolérés lorsqu'ils ne sont pas interdits. Par contre, les manifestations commerciales et sportives, elles, sont autorisées voire encouragées. Les perquisitions et assignations à résidence des opposants se multiplient dans l'indifférence quasi générale. Les médias et les instituts de sondages sont eux aussi enrôlés dans ce combat interminable contre le terrorisme.

Le climat de peur créé par les attentats et amplifié par la classe dirigeante est utilisé pour contrôler toute la société et surtout pour paralyser les luttes sociales.

L'omniprésence du discours patriotique permet à la bourgeoisie en crise de désigner des boucs émissaires. L'amalgame entre l'Islam et le terrorisme, l'islamophobie, le racisme sont utilisés par la classe dominante pour mieux occulter sa responsabilité dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît la France aujourd'hui et détourner ainsi les masses populaires des vrais problèmes qui les rongent au quotidien. Les musulmans sont ainsi stigmatisés, agressés et criminalisés. Aux États-Unis, certains candidats à l'investiture républicaine dont le milliardaire Donald Trump distillent comme un poison leur haine du musulman et de l'immigré. Les réfugiés, premières victimes des guerres impérialistes, sont eux aussi montrés du doigt. La bourgeoisie française et européenne en général utilisent les attentats perpétrés par des kamikazes de l'EI, tous de nationalité française ou belge, pour fermer les portes de l'Europe aux demandeurs d'asile.

Profitant des tueries du 13 novembre, Hollande et Valls, serviles serviteurs de la bourgeoisie, introduisent dans la constitution de la République la déchéance de nationalité pour les binationaux nés français condamnés pour terrorisme, créant ipso facto deux catégories de citoyens : ceux qui peuvent commettre des actes terroristes tout en restant français et ceux, pour les mêmes faits, qui seront déchus de leur nationalité. Rappelons pour mémoire que même le gouvernement de Vichy (1940-1944) n'avait osé aller aussi loin puisqu'il a retiré la nationalité française aux juifs naturalisés et non nés français. Ce retour, sur ce point, au régime collaborationniste de Vichy par la social-démocratie est lourd de conséquences pour l'ensemble des classes populaires. Précisons que cette mesure nauséabonde n'a strictement aucun effet sur les terroristes. Mais elle montre clairement que la lutte contre le terrorisme n'est qu'un prétexte permettant à la bourgeoisie de diviser les citoyens pour mieux les dominer.

Comme on le voit, la bourgeoisie entretient des rapports complexes avec sa propre créature.Tantôt elle ressemble à ces magiciens qui ne maîtrisent plus les forces maléfiques qu'ils ont créées, tantôt elle instrumentalise les monstres qu'elle a enfantés pour servir ses intérêts économiques et stratégiques. Mais dans tous les cas, la terreur et le terrorisme ne sont que des armes de guerre parmi tant d'autres qu'elle utilise pour, en dernière analyse, maintenir la concentration des richesses entre ses propres mains. Elle n'hésite pas à utiliser les moyens les plus abjectes et les plus barbares pour perpétuer son hégémonie précipitant ainsi le monde vers le précipice. La bourgeoisie a joué un rôle éminemment révolutionnaire dans l'histoire. Mais aujourd'hui elle n'arrive plus à surmonter les crises à répétition de son système, le capitalisme. Elle n'avance qu'à travers les guerres et les destructions. Son organisation politique peut passer facilement de l’État de droit à l’État de police. Elle n'a ni valeurs ni éthique qui durent dans le temps. En période de crise, elle produit et propage des «valeurs» de haine, de xénophobie, d'islamophobie, de racisme pour mieux occulter ses responsabilités dans la situation de chaos que connaît le monde aujourd'hui. Du moteur du progrès et de l'émancipation, la bourgeoisie est devenue un frein. Seul le renversement de tout l'ordre social bourgeois mettra un terme à cette marche vers la barbarie.

Mohamed Belaali

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 12:30
Les interventions militaires impérialistes et le drame des réfugiés

Le drame que connaissent les réfugiés est dans une large mesure la conséquence directe des interventions militaires impérialistes en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. Les gouvernements successifs américains et européens sont les premiers et les derniers responsables de cette tragédie humaine. Ce sont eux les véritables coupables de cette effroyable situation dans laquelle se trouvent non seulement les réfugiés mais aussi les survivants des guerres impérialistes dans ces pays. Ce sont ces criminels de guerre qui versent cyniquement aujourd'hui des larmes de crocodile sur leurs propres victimes tout en se barricadant derrière des barbelés et des murs érigés un peu partout en Europe. Les souffrances qu'endurent les réfugiés ne doivent pas nous faire oublier le nombre de morts, de blessés, d’estropiés, de veuves, d’orphelins etc. que les guerres impérialistes illégales et illégitimes ont laissés derrière elles. La négation et le mépris de la vie humaine par l'impérialisme américain et européen se traduisent concrètement par des destructions, des génocides, des massacres, et par la violence la plus extrême. Le chaos et l'anarchie, au mauvais sens du terme, qui règnent aujourd'hui en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie sont les témoins éloquents de cette barbarie impérialiste. Les graines de malheur que les Etats-Unis, l'Europe et leurs alliés locaux ont semées dans cette région du monde ont produit également une moisson abondante d'organisations réactionnaires et terroristes. Le terrorisme, que l'impérialisme prétend combattre, est son produit le plus authentique (1).

L'essentiel des réfugiés qui tentent aujourd'hui de rejoindre l'Europe viennent de Syrie, d'Afghanistan et d'Irak. Le chaos qui règne en Libye provoque de son côté des déplacements massifs de population vers les pays voisins et vers l'Europe. Or ce sont justement ces pays qui ont été ravagés par l'impérialisme américain et son supplétif européen. L'hypocrisie et le cynisme avec lesquels les gouvernements occidentaux et leurs médias traitent les souffrances humaines n'ont d'égal que leur silence sur les causes de ce crime contre l'humanité. Mettre en exergue les conséquences du drame sans jamais évoquer ses causes permet au discours médiatique de mieux éluder la responsabilité de l'impérialisme et de ses alliés locaux dans cette tragédie. Les réfugiés que les bourgeoisies européennes feignent de découvrir ne sont pas tombés du ciel comme la pluie; ils sont le fruit amer des manœuvres et stratégies impérialistes. Faut-il rappeler que les syriens, les libyens ou les irakiens ne quittent pas leur pays de leur propre gré pour un avenir meilleur en Europe, mais fuient cette terrible guerre qui leur a été imposée par les États-Unis et l'Europe. Ils sont chassés par la force brutale de l'impérialisme et de ses alliés locaux comme l'Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie.

Un pays comme la Syrie était, avant la guerre, le deuxième pays au monde qui accueillait le plus de réfugiés selon le HCR. Aujourd'hui, il est le deuxième à fournir le plus de réfugiés au monde : «En l'espace de cinq ans à peine,la République Arabe Syrienne est passée du deuxième pays à accueillir le plus grand nombre de réfugiés dans le monde au deuxième pays à en produire le plus grand nombre» (2).

Les interventions militaires impérialistes en Afghanistan (1979), en Irak (1991 et 2003), en Libye (2011) et aujourd'hui en Syrie non seulement ont fait des centaines de milliers de morts mais aussi ont jeté sur le chemin de l'exil des millions d'hommes, de femmes et d'enfants notamment en Irak et en Syrie :«Quelque deux millions de réfugiés iraquiens seraient dispersés à travers tout le Moyen- Orient -il s’agit du plus important mouvement de réfugiés dans la région, depuis l’exode des Palestiniens après la création d’Israël, en 1948 » écrivait le HCR (3). Quant au nombre de réfugiés syriens qui ont fui la guerre, il dépasse depuis juillet 2015 les quatre millions de personnes. Ils sont concentrés pour l'essentiel dans des camps en Turquie, au Liban et en Jordanie où ils survivent dans des conditions infra-humaines. Celui des personnes déplacées à l'intérieur même de la Syrie s'élève à 7,6 millions (4). Au total plus de la moitié des syriens sont ainsi contraints par la guerre impérialiste et ses conséquences d'abandonner leur foyer : «C'est la plus importante population de réfugiés générée par un seul conflit en une génération» déclarait le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres (5).

Vouloir, vaille que vaille, renverser des régimes réfractaires à l'hégémonie et à l'exploitation de l'occident capitaliste ne peut conduire qu' à des tragédies humaines et provoquer des souffrances sans limites des populations innocentes. L'impérialisme a toujours usé de sa puissance de feu pour soumettre les nations sans défense à ses propres intérêts économiques et stratégiques. Esclavage, colonialisme, néocolonialisme etc., toute son histoire n'est que crimes et violences. Son mépris de la volonté des peuples à disposer d'eux-mêmes est totale. Il ne peut supporter que les peuples prennent eux-mêmes en charge leur propre destin. Les cas de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Libye et de la Syrie sont des exemples de cette négation absolue de ce Droit à l'autodétermination reconnu pourtant universellement et constitue même l'un des fondements de la charte des Nations Unies (6). Mais pour l'impérialisme, le droit c'est le droit du plus fort !

Le soutien indéfectible, passé et présent, de l'impérialisme aux dictatures les plus féroces et aux régimes les plus rétrogrades (7) n'a d'équivalent que sa haine et son mépris pour les gouvernements, un tant soit peu, nationalistes et laïcs. L'alliance entre l'impérialisme et le terrorisme est une réalité que la propagande des médias bourgeois n'arrive plus à occulter. Les destructions des sociétés irakiennes, libyennes et aujourd'hui syriennes ont entraîné dans ces pays un foisonnement de mouvements obscurantistes et terroristes constituant ainsi, avec l'aide de l'impérialisme et de ses alliés locaux, autant de remparts contre toute idée de progrès et de démocratie. Rappelons que le Parti Baas (la Renaissance), qui a longtemps gouverné l'Irak, toujours au pouvoir aujourd'hui encore en Syrie, a été fondé dans les années quarante par deux intellectuels laïcs et progressistes, Michel Aflak et Salah Bitar. Le VIème congrès de ce parti organisé à Damas en octobre 1963 s'est prononcé majoritairement pour une « planification socialiste » et pour « un contrôle démocratique des moyens de production par les ouvriers » (8). Il est vrai aussi qu'au fil du temps «le parti est devenu un repère d’officiers assoiffés de pouvoir. « La renaissance arabe », « L’unité arabe » et « Le socialisme arabe » ont été relégués aux calendes grecques. Leur seul et unique objectif est de se maintenir, vaille que vaille, au pouvoir» (9). Najibullah dernier président communiste de l'Afghanistan, avant d'être renversé par les Talibans armés et financés par les américains, reste dans la mémoire collective des afghans comme le président « modernisateur et patriote » (10). Les communistes afghans même s'ils n'avaient pas de base sociale en dehors de Kaboul et en dépit des méthodes détestables qu'ils pratiquaient à l'encontre de leurs opposants, ont entamé un processus de modernisation du pays notamment dans le domaine de l'éducation : « En 1978 l'analphabétisme représentait 90% de la population masculine et était de 98 % chez les femmes. Dix ans plus tard, la proportion a été considérablement réduite. Une génération nouvelle de jeunes afghans, hommes et femmes , deviennent médecins, enseignants, scientifiques, techniciens » (11).

Rappelons également pour mémoire que c'est l'impérialisme, avec l'aide des monarchies du Golfe, qui a brisé l'élan formidable vers la démocratie et la dignité des soulèvements populaires dans le monde arabe. Les ravages de la guerre au Yémen (12) que mènent aujourd'hui l'Arabie Saoudite et ses alliés, avec la bénédiction des Etats-Unis, vont encore renforcer la présence des groupes terroristes dans ce pays, l'un des plus pauvres au monde, et forcer des millions de personnes à l'exode.

A la paix, à la démocratie et au progrès, l'impérialisme préfère la guerre, la mort, la destruction et le chaos. Pour servir ses intérêts économiques et stratégiques, l'impérialisme, cet instrument de pouvoir de la bourgeoisie, préfère s'allier avec des régimes d'un autre âge et instrumentaliser des mouvements terroristes. Il suffit de voir ce que sont devenus aujourd'hui, après les interventions militaires impérialistes, des pays comme la Libye ou l'Irak naguère prospères. La Libye par exemple, ravagée et défigurée par la sauvagerie terroriste, où, selon les dires même du secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, « les mouvements terroristes y établissent une implantation stratégique, le pays est devenu un paradis pour les criminels et les trafiquants d'êtres humains » (13). Amnesty International de son côté souligne que « la communauté internationale a regardé la Libye s’enfoncer dans le chaos depuis la fin de l’intervention militaire menée par l’OTAN en 2011. Les dirigeants du monde doivent assumer leurs responsabilités et les conséquences, notamment le flux de réfugiés et de migrants fuyant le conflit et les atteintes aux droits humains endémiques en Libye» (14).

Si l'impérialisme est une nécessité historique, lui résister n'en est pas moins nécessaire. Car l'impérialisme est partout l'ennemi des peuples et du progrès. Il faut dénoncer ses guerres, ses médias, ses mensonges et sa propagande. Il faut le combattre partout. Les travailleurs et les opprimés du monde entier doivent se soulever contre cette domination et cette barbarie impérialistes s'ils ne veulent pas être ravalés au rang d'esclaves.

MB

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  1. http://belaali.com/2014/11/le-terrorisme-produit-authentique-de-l-imperialisme.html

(2) http://www.unhcr.fr/53edc9a39.html

(3) http://www.unhcr.fr/4ad2f926155.html

(4) http://www.unhcr.fr/559e2ca6c.html

(5) Ibid.

(6) « Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde »

http://www.un.org/fr/documents/charter/chap1.shtml

«Tous les peuples ont le droit de disposer d'eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel».

http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CCPR.aspx

(7) Comme par exemple Suharto l’indonésien, Marcos le philippin, Pinochet le chilien, Videla l’argentin, Uribe le colombien, Ben Ali le tunisien, Moubarak l’égyptien, mais aussi Israël, l'Arabie Saoudite, le Qatar, Bahreïn, l'Egypte, le Yémen, le Honduras, la Colombie, la quasi totalité des dirigeants africains etc.etc.

  1. « Bush à Babylon », Tariq Ali, La Fabrique édition, page 133.

(9) « L’impérialisme est l’ennemi des peuples : le cas de la Syrie »

http://belaali.com/article-l-imperialisme-est-l-ennemi-des-peuples-le-cas-de-la-syrie- 95898575.html

(10) http://www.monde-diplomatique.fr/2012/08/PARENTI/48065

(11) Tariq Ali «Le choc des intégrismes », Textuel, 2002, page 236.

(12) http://belaali.com/2015/03/l-intervention-saoudienne-au-yemen.html

(13) Le Monde du 8 octobre 2015, page 3.

(14) http://www.amnesty.fr/CP-rapport-libye-migrants-refugies-15093

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 20:04
Arabie Saoudite : le silence complice des bourgeoisies occidentales sur les révoltes populaires

Je reproduis ici un texte écrit en 2012. Bien que dépassé sur certains points, il reste quant au fond d'une brûlante actualité.

Les manifestations contre la dynastie des Al Saoud notamment dans les provinces orientales se poursuivent et se ressemblent. Chaque manifestation se termine par une répression sanglante. Cette violence exercée sur des manifestants pacifiques se fait à huis clos. Le silence des États-Unis, de l'Europe et de leurs médias sur ces exactions est impressionnant. Leur complicité avec ce Royaume moyenâgeux est totale. Les richesses pétrolières enfouies sous le sable de l'Arabie, le rôle de défenseur des intérêts impériaux de l'impérialisme américain font de cet État féodal un «ami» de toutes les bourgeoisies occidentales et l'ennemi de tous les travailleurs et de tous les peuples qui aspirent à se libérer du joug des régimes d'un autre âge et de leurs protecteurs impérialistes.

« Nous ne sommes pas la Tunisie, ni l’Égypte, ni ...» répètent souvent le régime saoudien et ses médias. Certes la contestation en Arabie Saoudite n'a ni l'ampleur ni la portée des soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, à Bahreïn ou au Yémen. Mais le peuple saoudien, comme l'ensemble des peuples arabes, aspire lui aussi à se débarrasser de la dynastie des Al Saoud et à se réapproprier sa fabuleuse richesse pétrolière. Il sait également que cette richesse est la plus convoitée et la plus protégée au monde. La famille royale qui possède tous les pouvoirs, n'est en fait qu'un instrument entre les mains de l'impérialisme américain qui l'utilise conformément à ses propres intérêts. Le pétrole reste encore une ressource économique vitale pour la bourgeoisie américaine d'autant plus que ses propres réserves ne cessent de diminuer.

Les compagnies pétrolières des États-Unis étaient présentes sur le sol saoudien dès 1933 avec la Standard Oil of California (Socal) qui formera un groupe avec Texas Oil Company (Texaco) et Mobil (1). A la fin de la deuxième guerre mondiale, la mainmise américaine sur le pétrole saoudien est totale avec la création d'Arabian American Oil Company (Aramco). Pour parachever leur domination et protéger les puits de pétrole saoudiens, une base de l'US Air Force est créée à Dhahran dans l'est du pays. Il est donc très difficile pour le peuple de l'Arabie Saoudite d'affronter dans ces conditions l'un des régimes les plus protégés et les plus cruels au monde.

Cette cruauté du régime saoudien plonge ses racines dans les sources même du pouvoir des Al Saoud. Il faut revenir au XVIIIe siècle et plus exactement à l'époque de Mohammad Ibn Abdel Wahhâb (1703-1792), prêcheur fanatique, et le «mithaq» (pacte) qu'il a conclu en 1744 avec Mohammad Ibn Saoud, un émir qui rackettait ses propres sujets et ambitionnait de soumettre les autres tribus à son autorité, pour comprendre les origines despotiques du pouvoir saoudien actuel.

La violence de l'ultra-dogmatisme d' Ibn Abdel Wahhâb se manifestait non seulement dans ses discours (inégalité homme/femme, rigorisme des rapports sociaux etc.), mais surtout dans les châtiments corporels : lapidation à mort de l'adultère, amputation des voleurs, exécutions publiques, etc. Il s'agit à la fois d'une doctrine et d'une pratique. Les sanctions découlent directement des normes et préceptes avancés par Abdel Wahhâb. Cette mise en pratique des prêches et les effets des châtiments cruels ont effrayé les chefs religieux. Contraint de quitter son oasis natale, Abdel Wahhâb se réfugia dans les bras d' Ibn Saoud, émir de la province de Najd. Ensemble ils ont créé le wahhabisme. Mais Ibn Saoud a su mettre le talent, la ferveur et l'énergie d'Abdel Wahhâb au service de ses ambitions personnelles : la religion au service de la politique. Le prêcheur du désert est devenu le serviteur exclusif de l'émir et donne ainsi une justification et une couverture religieuse aux ambitions politiques de son protecteur. Le wahhabisme est la rencontre entre le fanatisme religieux et le cynisme politique.

La dynastie des Al Saoud qui gouverne aujourd'hui l'Arabie Saoudite est née de cette alliance confessionnelle et politique. La découverte du pétrole dans les années trente n'a fait que renforcer cette instrumentalisation de la religion. L'Islam est utilisé comme idéologie de légitimation pour perpétuer le pouvoir et les privilèges du clan des Al Saoud.

La religion et le pétrole sont des armes dont se sert cette monarchie d'un autre âge pour étouffer et éliminer toute contestation. Les châtiments cruels et inhumains sont régulièrement prononcés par les tribunaux saoudiens. Le nombre d'hommes et de femmes décapités dans ce pays ami des États-Unis et de l'Europe ne cesse d'augmenter (2). En Arabie Saoudite, les manifestations sont strictement interdites comme d'ailleurs les partis politiques, les syndicats et les associations. Aucune critique du roi et aucune opposition à son gouvernement ne sont tolérées dans cette monarchie absolutiste choyée et protégée par les bourgeoisies occidentales. Toute protestation et toute critique sont condamnées et considérées par le pouvoir comme contraire à L'Islam.

Pourtant, depuis les soulèvements populaires dans le monde arabe, l'Arabie Saoudite est le théâtre de manifestations récurrentes nonobstant l'appareil répressif sophistiqué du régime et sa cruauté. Craignant la contagion des soulèvements tunisien et égyptien à la péninsule, la caste au pouvoir a distribué sous forme d'avantages divers l'équivalent de 130 milliards de dollars pour taire la protestation et calmer la colère qui montait dans tout le pays. Mais le peuple saoudien, à l'instar des peuples arabes, aspire profondément au changement. Les manifestations, même d'une manière sporadique, se poursuivent. La répression est devenue encore plus brutale. Personne ne connaît avec précision le nombre de victimes tombées sous les balles de la police saoudienne formée et armée par les États-Unis. La tuerie se déroule à huis clos !

Les médias bourgeois, «profondément attachés aux droits de l'homme», se taisent lâchement sur les massacres des Al Saoud. Les assassinats des manifestants pacifiques sont occultés et souvent justifiés. Les contestataires qui défient courageusement, au prix de leur vie, l'ordre moyenâgeux saoudien, sont présentés par les gouvernements occidentaux et leurs médias comme des «terroristes» ou comme des «chiites manipulés par l'Iran». Le même discours est tenu par le régime saoudien qui parle de complot iranien qui vise à déstabiliser toute la région. «Les chiites sont des demi-juifs cachés» (3) disait Nayef ben Abdul-Aziz al Saoud, prince héritier et ministre de l'Intérieur d'Arabie Saoudite, demi-frère de l'actuel roi Abdallah, décédé le 16 juin 2012 et remplacé par le prince Salman, ministre de la Défense.

C'est cette même propagande et cette même complicité des bourgeoisies américaines et européennes qui ont conduit, entre autres, à l'intervention saoudienne à Bahreïn le 14 mars 2011 pour mater ces «chiites manipulés par l'Iran» et ces «demi-juifs cachés» afin de sauver une autre dynastie, celle des Al Khalifa, au pouvoir depuis des siècles(4). Ce sont donc les gouvernements et les classes dominantes américaines et européennes qui ont permis à l'Arabie Saoudite de briser le soulèvement populaire à Bahreïn et de maintenir une véritable dictature au pouvoir. Les victimes de ces interventions et ingérences étrangères sont toujours les mêmes : des hommes et des femmes qui se sont soulevés pour une société meilleure et qui ont vu leur révolte confisquée par l'impérialisme et ses auxiliaires régionaux. Dans cette guerre menée contre les aspirations à la démocratie et à la dignité des masses arabes opprimées, l'Arabie Saoudite, soutenue par les États-Unis et l'Europe, joue un rôle majeur. Elle est le rempart contre tout changement démocratique et progressiste dans le monde arabe. Elle est l'incarnation de la contre-révolution.

Par contre, en Syrie, l'occident impérialiste et ses serviteurs locaux comme l'Arabie Saoudite parlent plutôt «de combattants pour la démocratie», «des révolutionnaires», «des rebelles» pour désigner en fait des hommes armés, entraînés, dirigés et financés par les États-Unis, l'Europe, la Turquie et bien sûr «la grande démocratie» qu'est l'Arabie Saoudite ! Il faut, vaille que vaille, installer à Damas un pouvoir servile à leur botte comme en Libye.

Mais le pouvoir saoudien aussi puissant soit-il connaît des fissures qui ne cessent de s'élargir. La dynastie des Al Saoud est contestée dans tout le pays. Elle ne tient sa «légitimité» que de la répression et de la protection de la bourgeoisie américaine. Au sein même de la famille régnante, des rivalités entre princes, clans et autres réseaux plus ou moins formels se font jour quant à la succession du roi Abdallah (88 ans). Une crise de succession pourrait être, pour l'avenir du régime, un facteur sinon d'instabilité du moins d'incertitude. A cela s'ajoutent des problèmes d'ordre économique, conséquences d'une concentration excessive des richesses entre les mains de la famille royale et de l'élite des affaires qui lui est liée. Les politiques libérales préparées par les experts du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale avec la complicité du pouvoir ont dégradé, entre autres, la situation du marché du travail notamment pour les jeunes saoudiens. En Arabie Saoudite, pays riche, les jeunes peinent à trouver du travail !

Le contraste est violent entre une gérontocratie qui vit dans un luxe suranné et une jeunesse frustrée à qui le pouvoir, pour la calmer, jette quelques miettes de cette fabuleuse richesse dont regorge le pays. Le Wall Street Journal, porte-parole du capital, laisse passer ces remarques:«L'âge moyen du triumvirat de princes régnants est de 83ans, alors que 60 % des Saoudiens ont moins de 18 ans. Grâce à la télévision par satellite, à Internet et aux réseaux sociaux, les jeunes sont désormais parfaitement conscients de la corruption des autorités - tout comme ils savent que 40 % des Saoudiens vivent dans la pauvreté et que près de 70 % ne peuvent se payer un logement. Ces Saoudiens vivent des vies dignes du Tiers Monde, ils souffrent d'une éducation lamentable et sont incapables de trouver du travail dans un secteur privé où 90 % des employés sont des étrangers» (5). Les hommes qui dirigent l'Arabie Saoudite ainsi que leur régime ont fait leur temps. Ils ne correspondent plus à la marche de l'histoire. S'ils sont toujours au pouvoir, c'est essentiellement grâce au soutien indéfectible des bourgeoisies américaines et européennes.

Ainsi va le monde absurde et barbare de la bourgeoisie. Elle méprise les peuples et leur volonté à disposer d'eux-mêmes. Grâce à sa puissance de feu, elle force toutes les nations qui ne peuvent se défendre à se soumettre à ses intérêts. La bourgeoisie est l'ennemie de la paix et du progrès. Elle soutient les régimes les plus rétrogrades et les plus cruels. Son «triomphe» en ex-Yougoslavie, en Irak, en Côte d'Ivoire, en Libye et peut-être demain en Syrie, c'est aussi le triomphe du despotisme, de la corruption et de la misère économique et politique. Les opprimés en Arabie Saoudite comme dans l'ensemble du monde arabe n'ont pas dit leur dernier mot malgré les avancées réelles de la contre-révolution et la prise du pouvoir par les forces réactionnaires et obscurantistes en Tunisie et en Égypte. La révolte gronde toujours. Leur espoir dans une société nouvelle est aussi grand que leur détermination à se débarrasser de leurs oppresseurs et de leurs despotes anciens et nouveaux.

M B

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(1) http://www.lesclesdumoyenorient.fr/Etats-Unis-et-petrole-saoudien.html

(2) http://www.amnesty.org/fr/region/saudi-arabia/report-2012

(3) http://www.grotius.fr/wp-content/uploads/2012/02/POLE_MO_PDF_chiite_La-menace-g+%C2%AEopolitique-chiite-%C3%A1-analyse-dune-repr+%C2%AEsentation-saoudienne.pdf

(4) http://www.belaali.com/article-l-intervention-saoudienne-a-bahrein-et-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-69874090.html

(5)The Wall Street Journal cité par le Courrier international du 26 août 2012 : http://www.courrierinternational.com/article/2011/02/18/attention-la-jeunesse-est-sur-facebook

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 11:41
L'économie du partage au service du capital

«Je suis disposé à vous donner ma montre si vous me donnez cinquante euros».

Anonyme.

Économie du partage, économie collaborative, économie du peer-to-peer, économie solidaire, économie post-capitaliste, nouvelle approche de l'économie etc., sont des appellations derrière lesquelles se cachent les rapports d'exploitation et de domination du capitalisme. L'économie du partage n'a pour but ni la satisfaction des besoins des individus ni le partage des richesses, mais la maximisation des profits. Le partage n'est qu'un prétexte, un moyen au service de cet objectif. Le véritable partage se fait entre les actionnaires d'Uber, d'Airbnb, de Blablacar, de Drivy, du Bon Coin etc. Après le microcrédit, le commerce équitable et autre développement durable, c'est au tour de l'économie du partage d'être un instrument au service du capital (1).

L'Entraide, la Mutualisation, la Convivialité, la Solidarité, l'Hospitalité, la Coopération sont réduites, dans l'économie du partage, à de simples valeurs d'échange, à de simples rapports d'argent.Votre logement, votre voiture, votre machine à laver, vos livres, vos outils de bricolages, vos vêtements, votre repas, votre temps libre etc. sont transformés en vulgaires marchandises qui s'achètent et se vendent (même temporairement) sur le marché de l'économie du partage dominé par de prospères et puissantes entreprises. Il n' y a pas de services rendus mais que des services vendus.

La révolution informationnelle, la publicité, le marketing sous toutes ses formes, les techniques de gestion les plus sophistiquées sont des moyens efficaces qui permettent à ces entreprises de pénétrer davantage encore les sphères les plus protégées et les plus éloignées du marché. L'économie du partage élargit ainsi les possibilités de développement du capital aux domaines qui , jusqu'alors, lui échappaient.

L'économie du partage est non seulement présente dans quasiment tous les secteurs, mais elle a aussi envahi le monde entier. Selon PwC le marché mondial de l'économie collaborative devrait atteindre près de 335 milliards de dollars d'ici à 2025, contre 15 milliards en 2014 ! (2). Le capitalisme, pour survivre, doit créer constamment à l'échelle planétaire de nouveaux besoins, de nouveaux marchés, de nouvelles techniques de production et de consommation.

Ce nouveau business attire de plus en plus les grands groupes qui investissent massivement dans ce marché très rentable. Ainsi des géants comme Nestlé, Hyatt, Avis, General Electric, Ikea, Tyota, Bmw, Frd etc., rachètent des start-up, créent leurs propres services de location temporaire et leurs propres plateformes de partage (3). La SNCF, de son côté, non seulement possède déjà son propre service de covoiturage (iDvroom) mais travaille aussi en partenariat avec Wattmobile et Zipcar deux acteurs importants de l'économie collaborative. Le groupe public vient également de prendre 75% du capital (28 millions d'euros) de « OuiCar », une plateforme de location de voitures entre particuliers qui revendique 20 000 véhicules en « autopartage » et 400 000 adhérents en France.

L'économie du partage n'est donc pas une menace pour les grandes entreprises, mais bien au contraire une opportunité formidable pour étendre leur champ d'action. Elle leur offre ainsi de nouvelles perspectives de profit tout en exploitant les valeurs de partage, d'entraide etc.. «Il suffit de voir le nombre de campagnes de publicité qui sortent et qui nous vendent à toutes les sauces les valeurs de partage, alors même que les entreprises en question sont incapables de porter ces valeurs», déplore Marc-Arthur Gauthey, du think tank OuiShare pourtant grand défenseur de l'économie collaborative (4).

Quant aux travailleurs de l'économie du partage ou collaborative (travailleurs indépendants, entrepreneurs individuels, « particuliers »), leur situation reste pour le moins inquiétante. Ils ne sont pas considérés comme des salariés et ne bénéficient donc pas des avantages liés au salariat (protection sociale, congés payés, conventions collectives etc.). Le statut juridique de ces « freelancers » comme on les appelle parfois reste ambigu. Ils ne sont ni salariés ni vraiment patrons. Ils ne bénéficient ni des droits des premiers ni des privilèges des seconds. Mais dans tous les cas ils doivent exécuter les règles et les ordres dictés par les plateformes collaboratives qui les emploient. Ce flou et ce vide juridique constituent une véritable aubaine pour les entreprises de l'économie du partage. Elles échappent ainsi largement à la réglementation du droit du travail. Derrière l'économie collaborative se cachent de nouveaux rapports de domination et d'exploitation. Aux salaires de misère (5) s'ajoutent une hyper- flexibilité et une précarité accrue qui font le bonheur des patrons. Youpijob, TaskRabbit (6), UberPop, UberRush (un service de coursiers à pied ou à vélo) ou Amazon Turk, pour ne citer que celles-là , sont des exemples et des symboles de cette « gig economy ». Les emplois créés sont des petits boulots mal rémunérés, mal protégés, limités dans le temps avec des horaires déstructurés et sans perspective aucune : «Au lieu de la révolution du travail promise, je n'ai trouvé que des tâches pénibles, un faible salaire et un système défavorable pour les salariés» (7). Les nouveaux prolétaires de ces entreprises collaboratives sont la plupart du temps des hommes et des femmes à tout faire.

L'économie du partage renforce et accélère ainsi les tendances déjà existantes au sein du capitalisme et détruit chaque jour un peu plus les acquis sociaux arrachés de haute lutte par des générations successives de travailleurs salariés.

L'économie collaborative ne crée paradoxalement aucune collaboration ni aucune solidarité entre les travailleurs qui restent totalement dépendants des puissantes plateformes avec leurs règles et leurs systèmes de notations basés sur le jugement des clients. Au contraire, elle les isole, les atomise pour mieux les dominer.

L'économie du partage n'est qu'un avatar du capitalisme qui répond à la nécessité de celui-ci de conquérir de nouveaux marchés, de créer de nouveaux besoins pour surmonter ses crises. Dans ce sens elle n'est qu'un instrument au service du capital dont elle perpétue l'asservissement et la domination. Dire que l'économie du partage est une économie post-capitaliste est non seulement une chimère, mais aussi une absurdité.

M B

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(1) http://belaali.com/article-microcredit-commerce-equitable-et-developpement-durable-instruments-au-service-de-l-ordre-etabli-49785480.html(1)

(2) http://www.pwc.fr/le-marche-mondial-de-leconomie-collaborative-devrait-atteindre-pres-de-335-milliards-de-dollars-ici-a-2025-contre-15-milliards-en-2014.html

  1. http://www.usinenouvelle.com/article/les-grandes-entreprises-seduites-par-l-economie-du-partage.N260447
  2. http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/pour-riposter-a-l-uberisation-de-l-economie-les-grands-groupes-se-mettent-en-quatre_1684256.html
  3. http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/jul/23/gig-economy-silicon-valley-taskrabbit-workers
  4. http://valleywag.gawker.com/if-taskrabbit-is-the-future-of-employment-the-employed-1609221541
  5. http://www.lesechos.fr/20/05/2014/LesEchos/21691-059-ECH_economie-du-partage---les-limites-d-une-utopie.htm

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 19:56
Grèce : la petite bourgeoisie face au grand capital

«L'émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes».

K. Marx

Le rejet massif de l'austérité exprimé par le peuple grec le 5 juillet 2015 a été suivi immédiatement par l'acceptation d'un nouveau plan d'austérité encore plus extrême que les précédents (1) ! Le «non» est ainsi transformé en «oui» et la résistance en soumission. La séparation entre les aspirations du peuple et les discours de ses dirigeants est totale : « Nous n’avons ni l’intention ni la possibilité de vous tromper. De soustraire aujourd’hui votre vote et l’utiliser après les élections comme chèque en blanc. Et nous n’avons pas la possibilité de vous tromper parce que SYRIZA c’est vous» avait déclaré pourtant avec force Alexis Tsipras le 17/01/2015 (2). Il est étrange qu'un parti qui se nomme lui-même coalition de la gauche radicale et qui prétend, pour mener sa politique, s'appuyer uniquement sur le peuple souverain le trompe à ce point : «Nous ne nous appuyons ni sur des entrepreneurs ni sur des banquiers ni sur des propriétaires de médias. Nous nous appuyons sur vous. Ni sur l’oligarchie, ni sur les grandes familles. Sur le peuple souverain»(3). Ces formules hypnotiques répétées ont soulevé un immense espoir chez un peuple humilié et écrasé par des plans d'austérité sans fin, appliqués avec un zèle singulier par la droite et la social-démocratie. Le peuple grec a voté alors majoritairement le 25 janvier 2015 pour Syriza, le parti qui a promis la fin de l'austérité : « Le peuple grec souverain a délégué aujourd’hui un mandat clair, fort, et sans ambiguïté. La Grèce tourne la page. La Grèce laisse derrière elle la politique désastreuse de l’austérité» (4).

Après avoir tout accepté et tout renié à Bruxelles le 13 juillet 2015, Alixis Tsipras déclarait «j'ai signé un accord auquel je ne crois pas » ! Il assume pourtant la responsabilité de ce mémorandum pour, disait-il, éviter tout désastre au pays. Il demande alors au parlement et surtout aux partis qu'il combattait hier encore le Pasok et la Nouvelle démocratie de voter ce nouveau plan d'austérité le plus brutal et le plus violent que la Grèce n'ait jamais connu. Son appel a été entendu. Le 16 juillet,

ce « catalogue des horreurs », selon l'expression même des fonctionnaires qui ont participé aux « négociations », a été adopté par une large majorité (229 voix pour, 64 contre et 6 abstentions). Il faut souligner que 32 députés de la gauche radicale ont voté contre et 6 se sont abstenus. Le comité central de Syriza a rejeté quant à lui majoritairement (109 sur 201 membres) ce plan d'austérité. L'accord a été adopté donc grâce aux partis qui faisaient de l'austérité la priorité des priorités !

Pendant que les députés discutaient à l'intérieur du parlement, des milliers de manifestants anti-austérité affrontaient les forces de l'ordre à l'extérieur. Et si la lutte s’aiguisait, le gouvernement Syriza/Anel ferait-t-il appel aux troupes pour mater les révoltes populaires ?

Après le Pasok et la Nouvelle Démocratie, c'est le tour maintenant de Syriza d'appliquer, dans des conditions autrement plus difficiles, les mesures d'austérité dictées par la classe dominante européenne.

En fait les dirigeants de Syriza, en bons réformateurs et petits bourgeois qu'ils sont, n'ont jamais remis réellement en cause le capitalisme, source des malheurs du peuple grec et de tous les peuples. Ils n'ont pas compris que la tendance générale de ce système n'est pas d'améliorer les conditions d'existence des travailleurs et des salariés en général, mais de les dégrader. Au lieu de s'attaquer aux racines du mal, ils préfèrent mener une guerre d'escarmouche contre les conséquences du régime sans jamais œuvrer en même temps à sa transformation. Les problèmes économiques, sociaux et politiques que connaît la Grèce sont les effets de la crise du capitalisme et non les causes.

Les dirigeants de Syriza ne se conduiront jamais en révolutionnaire mais en réformistes.

Logiques avec eux-mêmes, les dirigeants de Syriza ont accepté les institutions de l'Union européenne, sa monnaie et son marché uniques espérant ainsi les changer de l'intérieur ou tout du moins les moraliser. Or l'Union européenne et la zone euro non seulement sont amorales comme le capitalisme, mais elles ne sont pas réformables. Les politiques économiques, dont l'austérité n'est qu'une dimension parmi d'autres, sont intimement liées à la nature de classe de l'Union. Les intérêts des oppresseurs et ceux des opprimés sont irrémédiablement antagonistes. C'est une illusion de croire que l'Europe, telle qu'elle est construite, va se métamorphoser par on ne sait quel miracle en une Europe démocratique, sociale, solidaire, écologique et tutti quanti. La reddition de la petite bourgeoisie grecque montre d'une manière éclatante combien cette idée de vouloir changer l'ensemble des institutions européennes de l'intérieur est erronée et dangereuse. Vouloir rester, vaille que vaille, dans l'Union européenne et la zone euro pour « négocier » des réformes ne peut conduire qu'à la situation dramatique que connaît la Grèce aujourd'hui.

L'Union européenne et la zone euro sont des constructions non démocratiques et une véritable dictature du capital qui inflige aux peuples européens des souffrances insupportables et les prive de toute autonomie, de toute souveraineté. Dans cette Europe là, les travailleurs sont ainsi transformés en esclaves condamnés à travailler sans relâche sous les ordres des créanciers, spéculateurs, usuriers et autres parasites du monde entier. Toute la construction européenne n'a qu'un seul objectif, servir les intérêts des puissants. Le cas de la Grèce est un exemple éloquent à cet égard. Dans ces conditions quel est l'intérêt des travailleurs et de l'ensemble des salariés à rester dans l'Union européenne et la zone euro ? Aucun. Il faut donc rompre définitivement avec cette construction hideuse.

Mais il ne suffit pas de comprendre que le changement est nécessaire pour le rendre possible.

Pour réaliser ce changement historique, il faut une force matérielle et sociale organisée sans laquelle aucune évolution qualitative n'est possible. La petite bourgeoisie incarnée par la direction de Syriza a montré d'une manière éclatante , alors qu'elle avait une grande partie de la population derrière elle, qu'elle était incapable d'affronter la classe dominante européenne toute puissante. Seule la classe ouvrière, produit authentique de la bourgeoisie, a objectivement intérêt à se préparer à cette lutte que lui impose le capital. Malheureusement la classe ouvrière européenne est dans un état de division et de faiblesse tel, qu'il lui très difficile de relever le défi. Les politiques d’austérité imposées par la bourgeoisie ne font que préparer d’autres crises plus violentes et moins prévisibles avec toutes les conséquences terribles pour les travailleurs. La classe ouvrière même divisée et affaiblie par un chômage de masse n'a d'autres choix que de se dresser contre la dictature du capital si elle ne veut pas que sa situation matérielle déjà dégradée ne s’aggrave encore davantage. Mais ce combat de longue haleine ne peut être mené efficacement que dans l'unité de l'ensemble des travailleurs.

Prolétaires de toute l'Europe unissez-vous.

M.B

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  1. http://www.naftemporiki.gr/finance/story/976680/the-greek-reform-proposals

  2. http://syriza-fr.org/2015/01/28/le-cadre-de-programme-gouvernemental-de-syriza/

  3. Ibid

  4. http://syriza-fr.org/tag/alexis-tsipras/page/4/

Published by M B
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