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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 21:20
Cologne : Viols, racisme, xénophobie et islamophobie

Il est étrange de constater combien les événements qui se sont déroulés à Cologne la nuit de la Saint Sylvestre ont fait de bruit. En France par exemple, les viols ou tentatives de viols (considérés comme des crimes dans le droit français) exercés sur les femmes se font au rythme de 230 par jour (1) ! Mais ces crimes sont souvent passés sous silence par les médias bourgeois et les intellectuels de l'ordre établi. Pire, non seulement les femmes sont violées chaque jour, mais elles sont aussi humiliées, stigmatisées et moquées («elles l'ont évidemment bien cherché») sans que cela ne déchaîne l'hystérie médiatique et politique actuelle.

Les viols des femmes par des personnalités célèbres comme Dominique Strauss-Khan ou Roman Polanski entre autres, ne sont que l'arbre qui cache la forêt. D'ailleurs ces hommes ne sont pas considérés comme des violeurs. Dominique Strauss-Khan par exemple est présenté tout bonnement comme «L’homme qui aime les femmes sans modération» (2). Ce genre de crime n'est que rarement condamné par les tribunaux et encore moins dénoncé par les médias. Silence assourdissant par contre sur tous les autres viols ! Les images des femmes violées sont rares. Elles doivent rester invisibles. 90 % des agressions sexuelles ne sont pas déclarées à la police (3).

Pourquoi alors tant d'indignation sur les viols de la Saint-Sylvestre ? En quoi ces viols commis à Cologne et ailleurs en Europe sont-ils différents des autres crimes. Un viol est un viol, qu'il soit commis par un noir ou un blanc, un musulman ou un chrétien, au Caire sur la place Tahrir ou près de la gare centrale de Cologne, ne change rien à la nature du crime. Pourquoi cette dénonciation à géométrie variable ? En fait, derrière ces condamnations hypocrites se cachent des raisons et des mobiles détestables. Les agresseurs de Cologne, alors que les enquêtes ne sont pas encore terminées et les zones d'ombre nombreuses, sont présentés d'abord comme des arabes, des immigrés, des réfugiés, des musulmans voire des terroristes et non comme des violeurs qui doivent, si les faits sont avérés, être traduit devant la justice et condamnés pour leur crime. L'accent mis par les médias sur l'origine ethnique des agresseurs montre bien que ce n'est pas la dignité des femmes que l'on cherche à défendre mais plutôt à montrer du doigt le réfugié qui est en même temps immigré, musulman et pourquoi pas terroriste alimentant ainsi les préjugés les plus répugnants. Il est violeur parce qu'il est réfugié !

Le réfugié est un violeur congénital, un violeur-né. Le colonisateur français disait la même chose du Nord-Africain en général et de l'algérien en particulier : «le Nord-Africain est un violent, héréditairement violent. Oui, l'algérien est un impulsif congénital. Cette impulsivité est fortement agressive et généralement homicide» (4). Les médias bourgeois et certaines féministes convenaient de façon unanime que la violence sexuelle du réfugié pose un véritable problème à la société et à la civilisation européenne. Barbara Sichtermann, écrivaine et journaliste allemande considère les agressions sexuelles de Cologne comme «une déclaration de guerre contre notre civilisation» (5). D'autres se sentent même menacées par ces hordes de violeurs musulmans qui mettent en danger l'heureuse spécificité des femmes françaises : «Et bien entendu, quand cette culture religieuse/patriarcale/identitaire/anti-femmes prétend s’exercer chez nous, en France, nous devons être vent debout à défendre notre heureuse spécificité» (5). Les forces les plus rétrogrades et les plus obscures tiennent à peu près le même discours (6). L'hebdomadaire islamophobe et raciste Charlie Hebdo est tombé très bas avec sa caricature «Migrants» présentant le petit Aylan s'il n'était pas mort noyé sur une plage turque de violeur en devenir: « Que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi ? Tripoteur de fesses en Allemagne».

Il faut inculquer à ces sauvages de violeurs la spécificité et la grandeur des valeurs occidentales c'est à dire bourgeoises. Cette « heureuse spécificité » n'inclut évidemment pas la violence des destructions militaires par ce même occident des sociétés afghane, irakienne, libyenne etc. dont les réfugiés et leur drame ne constituent qu'une infime conséquence (7).

En période de crise économique, la classe dominante cherche toujours des boucs émissaires. Hier c'était le juif, aujourd'hui c'est le réfugié, l'immigré, le musulman, le Rom etc. Le racisme, la xénophobie, l'islamophobie sont instrumentalisés par la classe dominante pour maintenir, vaille que vaille, l'accumulation et la concentration des richesses entre les mêmes mains et pour mieux détourner les masses populaires des vrais combats et des vrais problèmes : chômage de masse, , suppression progressive des acquis sociaux, précarisation de l'emploi, criminalisation des luttes syndicales etc. etc.(8). La défense des droits des femmes et la lutte contre le terrorisme relèvent de la même démarche.

Le viol des femmes ici et ailleurs n'est pas la conséquence d'une impulsivité des réfugiés ou d'une quelconque originalité caractérielle, mais le produit direct des rapports sociaux marqués profondément par la domination économique, politique et idéologique masculine. L'émancipation des femmes passe nécessairement par la remise en cause de l'ensemble des rapports sociaux.

Mohamed Belaali

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(1) http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/violences-de-genre/reperes-statistiques-79/

(2) http://www.acrimed.org/Le-viol-dans-les-medias-un-fait-divers

(3) http://www.crepegeorgette.com/2016/01/12/violence-sexuelles-instrumentalisation-raciste/

(4) Frantz Fanon, «Les damnés de la terre», petite collection maspero, page 219.

(5) https://www.mediapart.fr/journal/international/210116/apres-cologne-les-feministes-se- divisent-sur-l-interpretation-des-agressions?page_article=1

(6) http://www.fn27.fr/index.php/2016/01/14/tribune-de-marine-le-pen-dans-le-journal-lopinion-un-referendum-pour-sortir-de-la-crise-migratoire/

(7) http://www.belaali.com/2015/10/les-interventions-militaires-imperialistes-et-le-drame-des-refugies.html

(8) http://www.belaali.com/article-le-visage-hideux-de-la-bourgeoisie-en-temps-de-crise-64266132.html

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 19:38
 13 novembre 2015 ou la guerre des terrorismes

Le terrorisme vient de frapper la France, une fois encore, laissant derrière lui des dizaines de morts, des centaines de blessés et des familles le cœur brisé par la douleur. Les terroristes ont accompli méthodiquement et froidement leur travail. Leur mépris et leur négation de la vie sont sans limites. Leur détermination à tuer le maximum de personnes innocentes est totale. Ils sont à l'image de ceux qui les ont créés, endoctrinés, fanatisés, financés, armés et finalement déshumanisés. Le terrorisme et les terroristes ne tombent pas du ciel. Ils sont, en dernière analyse, le produit des intérêts et des calculs économiques, stratégiques et idéologiques des classes dominantes occidentales et leurs alliés locaux.

Poussée par le profit, cet impératif vital pour elle, la bourgeoisie a envahi et colonisé le monde entier. Toutes entraves à la réalisation de cet objectif impérieux constituent autant de chaînes qu'il faut briser.Toutes les nations qui se dressent contre elle sont impitoyablement écrasées. La démocratie, lorsqu'elle ne sert pas ses intérêts, le Droit notamment celui des peuples à disposer d'eux-mêmes, le progrès etc. ne sont pour elle que des obstacles qu'il faut éliminer. La bourgeoisie a détruit des pays et des sociétés entières lorsqu'ils résistent à son exploitation et à sa domination. Elle n'hésite pas à renverser des gouvernements démocratiquement élus, à s'allier avec les dictateurs les plus féroces et les régimes les plus rétrogrades pour asseoir son pouvoir et étendre son hégémonie. La bourgeoisie a infligé à toute l'humanité deux terribles guerres et largué des bombes atomiques sur des populations civiles innocentes pour les terroriser et pour mieux les dominer. Elle possède partout des bases militaires pour être près des sources d'énergie et des matières premières qui lui sont nécessaires. Elle a étouffé et brisé les soulèvements populaires dans le monde arabe avec l'aide de ses alliés régionaux pour perpétuer le pouvoir des régimes d'un autre âge et éviter qu'une force progressiste prenne la direction et oriente la lutte vers le progrès et la démocratie.

Elle a dressé contre les régimes nationalistes, laïcs et progressistes, les fanatiques religieux les plus obtus et les terroristes les plus barbares ouvrant ainsi la boîte de Pandore libérant des monstres qui répandent la mort et la désolation un peu partout dans le monde. En un mot, la bourgeoisie ne recule devant aucun moyen pour assouvir sa soif inextinguible du profit. Son histoire est une longue suite de guerres, de violence et de massacres.

La bourgeoisie porte en elle les germes de la terreur. Le terrorisme fait partie de son ADN. Derrière chaque acte terroriste, on retrouve ses traces directement ou indirectement. Talibans, Moudjahidins de la liberté, Al Qaeda, Daech, Al Nosra, rebelles libyens, rebelles syriens... portent sa marque. Ces organisations terroristes sont ses propres créatures. Elle les a enfantées avec l'aide de ses alliés comme le Pakistan, l'Arabie Saoudite, le Qatar ou encore la Turquie. La bourgeoisie occidentale est la mère de tous les terrorismes.

Ainsi le dictateur pakistanais Zia après avoir renversé (juillet 1977) le gouvernement démocratiquement élu d'Ali Bhutto, grâce au soutien de Washington, a instrumentalisé l'Islam pour étouffer toute opposition laïque et progressiste et surtout pour combattre le gouvernement communiste installé à Kaboul et ses alliés soviétiques. La bourgeoisie américaine ne pouvait supporter qu'un pays aussi stratégique que l'Afghanistan sorte de son influence. Des écoles religieuses contrôlées par les services de renseignements, les fameux Inter-Services Intelligence (ISI) fleurissaient un peu partout au Pakistan. De ces centres d'endoctrinement naquirent les premiers Talibans (étudiants) fanatisés et prêts à livrer le djihad, la «guerre sainte», aux communistes afghans et leurs protecteurs soviétiques. Et c'est à Ben Laden, dépêché par l'Arabie Saoudite à la demande du gouvernement pakistanais, que revient l'honneur de superviser cette guerre contre les mécréants. Pour leurs intérêts économiques et stratégiques, la bourgeoisie américaine, le général dictateur Zia et les émirs d'Arabie ont donné naissance à une organisation qui continue à semer aujourd'hui encore la terreur aux quatre coins du monde, Al Qaeda.

Le 20 mars 2003, l'armée américaine et ses alliés notamment britanniques ont franchi les frontières irakiennes au mépris de toutes les protestations, manifestations, lois et conventions internationales. C'est le début pour le peuple irakien d'un long, très long cauchemar qui, hélas, perdure encore. Les morts se comptent par centaines de milliers. Les blessés, les estropiés, les veuves, les orphelins et les réfugiés, leur nombre se chiffre par millions. Le régime laïque de Saddam est vaincu par cette opération militaire appelée d'ailleurs par l'occupant «shock & awe» (choc et terreur). La population doit subir le diktat des vainqueurs. La terreur exercée directement ou indirectement sur la population civile par l'armée américaine règne dans les villes irakiennes. Arrestations arbitraires, exécutions sommaires, humiliations, tortures... la liste des exactions de l'occupant est longue. L'unité nationale et territoriale de l'Irak ainsi que sa souveraineté ne sont désormais que de lointains souvenirs. La société irakienne est détruite.

C'est dans ce cadre d'extrême violence que sont nées la plupart des organisations djihadistes. Profitant du chaos qui règne dans ce pays martyr, Abou Moussaab Al-Zarkaoui, chef de la Jamaat Al-Tawhid Wal-Djihad (JTD), décide de transférer son groupe de la Jordanie à l'Irak avec la bénédiction de Ben Laden. Ce groupe qui s'est distingué par sa brutalité et sa cruauté, à l'image de l'armée américaine, est devenu après la mort de son chef en 2006, l’État Islamique en Irak (EII) dirigé à partir de 2010 par Abou Bakr Al-Baghdadi. La guerre en Syrie a permis au groupe djihadiste d'étendre son pouvoir sur les deux pays. En 2013 L'EII devient, après un échec de fusion avec l'autre groupe djihadiste Al-Nosra (filiale syrienne de la maison mère Al Qaeda), l'État Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou en arabe Daech)

Après l'invasion militaire de l'Irak et ses tragiques conséquences, les bourgeoisies américaines et européennes ont profité des soulèvements populaires dans le monde arabe pour détruire la Libye et son régime. Nicolas Sarkozy et David Cameron se sont rendus le 15 septembre 2011 dans la ville de Benghazi pour célébrer cette destruction de la société libyenne.

Aujourd'hui, la Libye est un bastion et un sanctuaire d'innombrables organisations extrémistes et terroristes. La terreur et le chaos qui règnent dans ce pays sont, comme en Irak, la conséquence directe de cette violence extrême qu'est la guerre menée par L'OTAN et les milices extrémistes et réactionnaires appelées à l'époque (2011) les «rebelles libyens». L’État islamique est de plus en plus présent dans ce pays et contrôle déjà la ville de Syrte et sa région. Il est également implanté dans la ville de Benghazi et de Derna. Les bourgeoisies américaine et européenne qui ont permis aux organisations djihadistes d'entrer triomphalement à Tripoli et de s'emparer du pouvoir, feignent aujourd'hui de redouter l'arrivée en force de Daech à qui la plupart des milices extrémistes ont fait allégeance. Cette posture leur permet d'envisager un éventuel retour sur le sol libyen.

Les Balkans, en plein cœur de l'Europe, sont à leur tour touchés par le développement du fanatisme religieux et par le wahhabisme saoudien. Des vagues entières de jeunes bosniaques et kosovars quittent leur pays pour rejoindre l’État islamique en Syrie. Des ONG des monarchies du Golfe, très présentes dans les Balkans, font du prosélytisme sous couvert d'activités humanitaires. Des mosquées sont construites avec les pétrodollars et des imams formés en Arabie Saoudite prêchent les enseignements violents et ultra-dogmatiques de Mohammad Ibn Abdel Wahhâb (1703-1792) sources du wahhabisme. Cette nouvelle situation est le produit de l'assaut sauvage de l'OTAN sur la Yougoslavie et son unité depuis 1991 et surtout en 1999 qui a vu l'occupation du Kosovo par cette organisation militaire, bras armé des bourgeoisies occidentales. Le vide et la misères morale et matérielle laissés par ces guerres impérialistes ont permis à des prêcheurs sans scrupules de répandre la parole de haine et de violence tout en incitant les jeunes désœuvrés à rejoindre les rangs des organisations extrémistes se réclamant de l'Islam pour mener la guerre sainte.

Le terrorisme est une véritable aubaine pour la bourgeoisie. Il lui sert de justification stratégique et de prétexte pour d'éventuelles interventions dans les pays qui lui sont réfractaires ou difficilement contrôlables. L'Afghanistan et l’Irak sont les premières victimes de cette «lutte contre le terrorisme» devenue l'axe central de la politique étrangère américaine. L'implantation de Daech en Libye ouvre à la bourgeoisie occidentale de nouvelles perspectives d'intervention militaire sur le territoire libyen. «Nous avons un ennemi, Daech, l’Etat islamique, que nous devons combattre et écraser, en Syrie, en Irak et demain sans doute en Libye» disait Manuel Valls sur les ondes de France Inter. L'armée française effectue déjà des vols de reconnaissance au-dessus de la Libye préparant «sans doute» une nouvelle campagne de bombardement.

Le terrorisme permet également à la classe dominante de promulguer des lois liberticides qui donnent d'immenses pouvoirs à l'appareil répressif. C'est la bourgeoisie américaine, profitant des attentats du 11 septembre 2001, qui est derrière le «USA Patriot Act». Ce texte lui confère, entre autres, la possibilité de détenir sans limites et sans cadre juridique toute personne soupçonnée de terrorisme. Même la torture et la cruauté sont permises. Guantánamo est toujours là et la moitié de ses prisonniers à combinaison orange restera indéfiniment renfermée dans cet enfer sur terre. Mais au-delà de ces «combattants ennemis», le simple citoyen, dans cette guerre contre le terrorisme, se confond presque avec le terroriste. Il faut surveiller tout le monde. L'emprise de l’État sur la société tend à se généraliser et les pouvoirs de police à se renforcer. En France, avec l’état d'urgence, l’État de droit est devenu provisoirement un État de police. Cette exception risque, comme l'expérience nous l'enseigne, de devenir la règle avec toutes les conséquences sur les libertés individuelles et collectives.

L'instrumentalisation du terrorisme par la classe dirigeante permet aussi de museler et d'étouffer toute opposition, toute critique et toute résistance à sa politique de classe. La rhétorique guerrière contre le terrorisme, chère à Bush et à Hollande, n'a pour but que de mobiliser la population derrière la bourgeoisie. La lutte des classes doit s'effacer pour laisser place à l'unité nationale, à la collaboration de classes. Qui osera briser cette belle unanimité pour la sécurité et la guerre contre le terrorisme ? Le Gouvernement, cette commission qui gère les intérêts de la bourgeoisie, peut dans ces conditions faire passer toutes les lois économiques, sociales et sécuritaires sans trop de difficultés. Dans le cas de la France, «Le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité» disait Hollande lui-même. La politique d'austérité s'arrête là où commencent les dépenses pour renforcer l'appareil répressif (police, renseignements, armée etc.).

Les grèves et les rassemblements sont tolérés lorsqu'ils ne sont pas interdits. Par contre, les manifestations commerciales et sportives, elles, sont autorisées voire encouragées. Les perquisitions et assignations à résidence des opposants se multiplient dans l'indifférence quasi générale. Les médias et les instituts de sondages sont eux aussi enrôlés dans ce combat interminable contre le terrorisme.

Le climat de peur créé par les attentats et amplifié par la classe dirigeante est utilisé pour contrôler toute la société et surtout pour paralyser les luttes sociales.

L'omniprésence du discours patriotique permet à la bourgeoisie en crise de désigner des boucs émissaires. L'amalgame entre l'Islam et le terrorisme, l'islamophobie, le racisme sont utilisés par la classe dominante pour mieux occulter sa responsabilité dans la situation économique et sociale désastreuse que connaît la France aujourd'hui et détourner ainsi les masses populaires des vrais problèmes qui les rongent au quotidien. Les musulmans sont ainsi stigmatisés, agressés et criminalisés. Aux États-Unis, certains candidats à l'investiture républicaine dont le milliardaire Donald Trump distillent comme un poison leur haine du musulman et de l'immigré. Les réfugiés, premières victimes des guerres impérialistes, sont eux aussi montrés du doigt. La bourgeoisie française et européenne en général utilisent les attentats perpétrés par des kamikazes de l'EI, tous de nationalité française ou belge, pour fermer les portes de l'Europe aux demandeurs d'asile.

Profitant des tueries du 13 novembre, Hollande et Valls, serviles serviteurs de la bourgeoisie, introduisent dans la constitution de la République la déchéance de nationalité pour les binationaux nés français condamnés pour terrorisme, créant ipso facto deux catégories de citoyens : ceux qui peuvent commettre des actes terroristes tout en restant français et ceux, pour les mêmes faits, qui seront déchus de leur nationalité. Rappelons pour mémoire que même le gouvernement de Vichy (1940-1944) n'avait osé aller aussi loin puisqu'il a retiré la nationalité française aux juifs naturalisés et non nés français. Ce retour, sur ce point, au régime collaborationniste de Vichy par la social-démocratie est lourd de conséquences pour l'ensemble des classes populaires. Précisons que cette mesure nauséabonde n'a strictement aucun effet sur les terroristes. Mais elle montre clairement que la lutte contre le terrorisme n'est qu'un prétexte permettant à la bourgeoisie de diviser les citoyens pour mieux les dominer.

Comme on le voit, la bourgeoisie entretient des rapports complexes avec sa propre créature.Tantôt elle ressemble à ces magiciens qui ne maîtrisent plus les forces maléfiques qu'ils ont créées, tantôt elle instrumentalise les monstres qu'elle a enfantés pour servir ses intérêts économiques et stratégiques. Mais dans tous les cas, la terreur et le terrorisme ne sont que des armes de guerre parmi tant d'autres qu'elle utilise pour, en dernière analyse, maintenir la concentration des richesses entre ses propres mains. Elle n'hésite pas à utiliser les moyens les plus abjectes et les plus barbares pour perpétuer son hégémonie précipitant ainsi le monde vers le précipice. La bourgeoisie a joué un rôle éminemment révolutionnaire dans l'histoire. Mais aujourd'hui elle n'arrive plus à surmonter les crises à répétition de son système, le capitalisme. Elle n'avance qu'à travers les guerres et les destructions. Son organisation politique peut passer facilement de l’État de droit à l’État de police. Elle n'a ni valeurs ni éthique qui durent dans le temps. En période de crise, elle produit et propage des «valeurs» de haine, de xénophobie, d'islamophobie, de racisme pour mieux occulter ses responsabilités dans la situation de chaos que connaît le monde aujourd'hui. Du moteur du progrès et de l'émancipation, la bourgeoisie est devenue un frein. Seul le renversement de tout l'ordre social bourgeois mettra un terme à cette marche vers la barbarie.

Mohamed Belaali

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 12:30
Les interventions militaires impérialistes et le drame des réfugiés

Le drame que connaissent les réfugiés est dans une large mesure la conséquence directe des interventions militaires impérialistes en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. Les gouvernements successifs américains et européens sont les premiers et les derniers responsables de cette tragédie humaine. Ce sont eux les véritables coupables de cette effroyable situation dans laquelle se trouvent non seulement les réfugiés mais aussi les survivants des guerres impérialistes dans ces pays. Ce sont ces criminels de guerre qui versent cyniquement aujourd'hui des larmes de crocodile sur leurs propres victimes tout en se barricadant derrière des barbelés et des murs érigés un peu partout en Europe. Les souffrances qu'endurent les réfugiés ne doivent pas nous faire oublier le nombre de morts, de blessés, d’estropiés, de veuves, d’orphelins etc. que les guerres impérialistes illégales et illégitimes ont laissés derrière elles. La négation et le mépris de la vie humaine par l'impérialisme américain et européen se traduisent concrètement par des destructions, des génocides, des massacres, et par la violence la plus extrême. Le chaos et l'anarchie, au mauvais sens du terme, qui règnent aujourd'hui en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie sont les témoins éloquents de cette barbarie impérialiste. Les graines de malheur que les Etats-Unis, l'Europe et leurs alliés locaux ont semées dans cette région du monde ont produit également une moisson abondante d'organisations réactionnaires et terroristes. Le terrorisme, que l'impérialisme prétend combattre, est son produit le plus authentique (1).

L'essentiel des réfugiés qui tentent aujourd'hui de rejoindre l'Europe viennent de Syrie, d'Afghanistan et d'Irak. Le chaos qui règne en Libye provoque de son côté des déplacements massifs de population vers les pays voisins et vers l'Europe. Or ce sont justement ces pays qui ont été ravagés par l'impérialisme américain et son supplétif européen. L'hypocrisie et le cynisme avec lesquels les gouvernements occidentaux et leurs médias traitent les souffrances humaines n'ont d'égal que leur silence sur les causes de ce crime contre l'humanité. Mettre en exergue les conséquences du drame sans jamais évoquer ses causes permet au discours médiatique de mieux éluder la responsabilité de l'impérialisme et de ses alliés locaux dans cette tragédie. Les réfugiés que les bourgeoisies européennes feignent de découvrir ne sont pas tombés du ciel comme la pluie; ils sont le fruit amer des manœuvres et stratégies impérialistes. Faut-il rappeler que les syriens, les libyens ou les irakiens ne quittent pas leur pays de leur propre gré pour un avenir meilleur en Europe, mais fuient cette terrible guerre qui leur a été imposée par les États-Unis et l'Europe. Ils sont chassés par la force brutale de l'impérialisme et de ses alliés locaux comme l'Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie.

Un pays comme la Syrie était, avant la guerre, le deuxième pays au monde qui accueillait le plus de réfugiés selon le HCR. Aujourd'hui, il est le deuxième à fournir le plus de réfugiés au monde : «En l'espace de cinq ans à peine,la République Arabe Syrienne est passée du deuxième pays à accueillir le plus grand nombre de réfugiés dans le monde au deuxième pays à en produire le plus grand nombre» (2).

Les interventions militaires impérialistes en Afghanistan (1979), en Irak (1991 et 2003), en Libye (2011) et aujourd'hui en Syrie non seulement ont fait des centaines de milliers de morts mais aussi ont jeté sur le chemin de l'exil des millions d'hommes, de femmes et d'enfants notamment en Irak et en Syrie :«Quelque deux millions de réfugiés iraquiens seraient dispersés à travers tout le Moyen- Orient -il s’agit du plus important mouvement de réfugiés dans la région, depuis l’exode des Palestiniens après la création d’Israël, en 1948 » écrivait le HCR (3). Quant au nombre de réfugiés syriens qui ont fui la guerre, il dépasse depuis juillet 2015 les quatre millions de personnes. Ils sont concentrés pour l'essentiel dans des camps en Turquie, au Liban et en Jordanie où ils survivent dans des conditions infra-humaines. Celui des personnes déplacées à l'intérieur même de la Syrie s'élève à 7,6 millions (4). Au total plus de la moitié des syriens sont ainsi contraints par la guerre impérialiste et ses conséquences d'abandonner leur foyer : «C'est la plus importante population de réfugiés générée par un seul conflit en une génération» déclarait le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres (5).

Vouloir, vaille que vaille, renverser des régimes réfractaires à l'hégémonie et à l'exploitation de l'occident capitaliste ne peut conduire qu' à des tragédies humaines et provoquer des souffrances sans limites des populations innocentes. L'impérialisme a toujours usé de sa puissance de feu pour soumettre les nations sans défense à ses propres intérêts économiques et stratégiques. Esclavage, colonialisme, néocolonialisme etc., toute son histoire n'est que crimes et violences. Son mépris de la volonté des peuples à disposer d'eux-mêmes est totale. Il ne peut supporter que les peuples prennent eux-mêmes en charge leur propre destin. Les cas de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Libye et de la Syrie sont des exemples de cette négation absolue de ce Droit à l'autodétermination reconnu pourtant universellement et constitue même l'un des fondements de la charte des Nations Unies (6). Mais pour l'impérialisme, le droit c'est le droit du plus fort !

Le soutien indéfectible, passé et présent, de l'impérialisme aux dictatures les plus féroces et aux régimes les plus rétrogrades (7) n'a d'équivalent que sa haine et son mépris pour les gouvernements, un tant soit peu, nationalistes et laïcs. L'alliance entre l'impérialisme et le terrorisme est une réalité que la propagande des médias bourgeois n'arrive plus à occulter. Les destructions des sociétés irakiennes, libyennes et aujourd'hui syriennes ont entraîné dans ces pays un foisonnement de mouvements obscurantistes et terroristes constituant ainsi, avec l'aide de l'impérialisme et de ses alliés locaux, autant de remparts contre toute idée de progrès et de démocratie. Rappelons que le Parti Baas (la Renaissance), qui a longtemps gouverné l'Irak, toujours au pouvoir aujourd'hui encore en Syrie, a été fondé dans les années quarante par deux intellectuels laïcs et progressistes, Michel Aflak et Salah Bitar. Le VIème congrès de ce parti organisé à Damas en octobre 1963 s'est prononcé majoritairement pour une « planification socialiste » et pour « un contrôle démocratique des moyens de production par les ouvriers » (8). Il est vrai aussi qu'au fil du temps «le parti est devenu un repère d’officiers assoiffés de pouvoir. « La renaissance arabe », « L’unité arabe » et « Le socialisme arabe » ont été relégués aux calendes grecques. Leur seul et unique objectif est de se maintenir, vaille que vaille, au pouvoir» (9). Najibullah dernier président communiste de l'Afghanistan, avant d'être renversé par les Talibans armés et financés par les américains, reste dans la mémoire collective des afghans comme le président « modernisateur et patriote » (10). Les communistes afghans même s'ils n'avaient pas de base sociale en dehors de Kaboul et en dépit des méthodes détestables qu'ils pratiquaient à l'encontre de leurs opposants, ont entamé un processus de modernisation du pays notamment dans le domaine de l'éducation : « En 1978 l'analphabétisme représentait 90% de la population masculine et était de 98 % chez les femmes. Dix ans plus tard, la proportion a été considérablement réduite. Une génération nouvelle de jeunes afghans, hommes et femmes , deviennent médecins, enseignants, scientifiques, techniciens » (11).

Rappelons également pour mémoire que c'est l'impérialisme, avec l'aide des monarchies du Golfe, qui a brisé l'élan formidable vers la démocratie et la dignité des soulèvements populaires dans le monde arabe. Les ravages de la guerre au Yémen (12) que mènent aujourd'hui l'Arabie Saoudite et ses alliés, avec la bénédiction des Etats-Unis, vont encore renforcer la présence des groupes terroristes dans ce pays, l'un des plus pauvres au monde, et forcer des millions de personnes à l'exode.

A la paix, à la démocratie et au progrès, l'impérialisme préfère la guerre, la mort, la destruction et le chaos. Pour servir ses intérêts économiques et stratégiques, l'impérialisme, cet instrument de pouvoir de la bourgeoisie, préfère s'allier avec des régimes d'un autre âge et instrumentaliser des mouvements terroristes. Il suffit de voir ce que sont devenus aujourd'hui, après les interventions militaires impérialistes, des pays comme la Libye ou l'Irak naguère prospères. La Libye par exemple, ravagée et défigurée par la sauvagerie terroriste, où, selon les dires même du secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, « les mouvements terroristes y établissent une implantation stratégique, le pays est devenu un paradis pour les criminels et les trafiquants d'êtres humains » (13). Amnesty International de son côté souligne que « la communauté internationale a regardé la Libye s’enfoncer dans le chaos depuis la fin de l’intervention militaire menée par l’OTAN en 2011. Les dirigeants du monde doivent assumer leurs responsabilités et les conséquences, notamment le flux de réfugiés et de migrants fuyant le conflit et les atteintes aux droits humains endémiques en Libye» (14).

Si l'impérialisme est une nécessité historique, lui résister n'en est pas moins nécessaire. Car l'impérialisme est partout l'ennemi des peuples et du progrès. Il faut dénoncer ses guerres, ses médias, ses mensonges et sa propagande. Il faut le combattre partout. Les travailleurs et les opprimés du monde entier doivent se soulever contre cette domination et cette barbarie impérialistes s'ils ne veulent pas être ravalés au rang d'esclaves.

MB

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  1. http://belaali.com/2014/11/le-terrorisme-produit-authentique-de-l-imperialisme.html

(2) http://www.unhcr.fr/53edc9a39.html

(3) http://www.unhcr.fr/4ad2f926155.html

(4) http://www.unhcr.fr/559e2ca6c.html

(5) Ibid.

(6) « Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde »

http://www.un.org/fr/documents/charter/chap1.shtml

«Tous les peuples ont le droit de disposer d'eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel».

http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CCPR.aspx

(7) Comme par exemple Suharto l’indonésien, Marcos le philippin, Pinochet le chilien, Videla l’argentin, Uribe le colombien, Ben Ali le tunisien, Moubarak l’égyptien, mais aussi Israël, l'Arabie Saoudite, le Qatar, Bahreïn, l'Egypte, le Yémen, le Honduras, la Colombie, la quasi totalité des dirigeants africains etc.etc.

  1. « Bush à Babylon », Tariq Ali, La Fabrique édition, page 133.

(9) « L’impérialisme est l’ennemi des peuples : le cas de la Syrie »

http://belaali.com/article-l-imperialisme-est-l-ennemi-des-peuples-le-cas-de-la-syrie- 95898575.html

(10) http://www.monde-diplomatique.fr/2012/08/PARENTI/48065

(11) Tariq Ali «Le choc des intégrismes », Textuel, 2002, page 236.

(12) http://belaali.com/2015/03/l-intervention-saoudienne-au-yemen.html

(13) Le Monde du 8 octobre 2015, page 3.

(14) http://www.amnesty.fr/CP-rapport-libye-migrants-refugies-15093

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 20:04
Arabie Saoudite : le silence complice des bourgeoisies occidentales sur les révoltes populaires

Je reproduis ici un texte écrit en 2012. Bien que dépassé sur certains points, il reste quant au fond d'une brûlante actualité.

Les manifestations contre la dynastie des Al Saoud notamment dans les provinces orientales se poursuivent et se ressemblent. Chaque manifestation se termine par une répression sanglante. Cette violence exercée sur des manifestants pacifiques se fait à huis clos. Le silence des États-Unis, de l'Europe et de leurs médias sur ces exactions est impressionnant. Leur complicité avec ce Royaume moyenâgeux est totale. Les richesses pétrolières enfouies sous le sable de l'Arabie, le rôle de défenseur des intérêts impériaux de l'impérialisme américain font de cet État féodal un «ami» de toutes les bourgeoisies occidentales et l'ennemi de tous les travailleurs et de tous les peuples qui aspirent à se libérer du joug des régimes d'un autre âge et de leurs protecteurs impérialistes.

« Nous ne sommes pas la Tunisie, ni l’Égypte, ni ...» répètent souvent le régime saoudien et ses médias. Certes la contestation en Arabie Saoudite n'a ni l'ampleur ni la portée des soulèvements populaires en Tunisie, en Égypte, à Bahreïn ou au Yémen. Mais le peuple saoudien, comme l'ensemble des peuples arabes, aspire lui aussi à se débarrasser de la dynastie des Al Saoud et à se réapproprier sa fabuleuse richesse pétrolière. Il sait également que cette richesse est la plus convoitée et la plus protégée au monde. La famille royale qui possède tous les pouvoirs, n'est en fait qu'un instrument entre les mains de l'impérialisme américain qui l'utilise conformément à ses propres intérêts. Le pétrole reste encore une ressource économique vitale pour la bourgeoisie américaine d'autant plus que ses propres réserves ne cessent de diminuer.

Les compagnies pétrolières des États-Unis étaient présentes sur le sol saoudien dès 1933 avec la Standard Oil of California (Socal) qui formera un groupe avec Texas Oil Company (Texaco) et Mobil (1). A la fin de la deuxième guerre mondiale, la mainmise américaine sur le pétrole saoudien est totale avec la création d'Arabian American Oil Company (Aramco). Pour parachever leur domination et protéger les puits de pétrole saoudiens, une base de l'US Air Force est créée à Dhahran dans l'est du pays. Il est donc très difficile pour le peuple de l'Arabie Saoudite d'affronter dans ces conditions l'un des régimes les plus protégés et les plus cruels au monde.

Cette cruauté du régime saoudien plonge ses racines dans les sources même du pouvoir des Al Saoud. Il faut revenir au XVIIIe siècle et plus exactement à l'époque de Mohammad Ibn Abdel Wahhâb (1703-1792), prêcheur fanatique, et le «mithaq» (pacte) qu'il a conclu en 1744 avec Mohammad Ibn Saoud, un émir qui rackettait ses propres sujets et ambitionnait de soumettre les autres tribus à son autorité, pour comprendre les origines despotiques du pouvoir saoudien actuel.

La violence de l'ultra-dogmatisme d' Ibn Abdel Wahhâb se manifestait non seulement dans ses discours (inégalité homme/femme, rigorisme des rapports sociaux etc.), mais surtout dans les châtiments corporels : lapidation à mort de l'adultère, amputation des voleurs, exécutions publiques, etc. Il s'agit à la fois d'une doctrine et d'une pratique. Les sanctions découlent directement des normes et préceptes avancés par Abdel Wahhâb. Cette mise en pratique des prêches et les effets des châtiments cruels ont effrayé les chefs religieux. Contraint de quitter son oasis natale, Abdel Wahhâb se réfugia dans les bras d' Ibn Saoud, émir de la province de Najd. Ensemble ils ont créé le wahhabisme. Mais Ibn Saoud a su mettre le talent, la ferveur et l'énergie d'Abdel Wahhâb au service de ses ambitions personnelles : la religion au service de la politique. Le prêcheur du désert est devenu le serviteur exclusif de l'émir et donne ainsi une justification et une couverture religieuse aux ambitions politiques de son protecteur. Le wahhabisme est la rencontre entre le fanatisme religieux et le cynisme politique.

La dynastie des Al Saoud qui gouverne aujourd'hui l'Arabie Saoudite est née de cette alliance confessionnelle et politique. La découverte du pétrole dans les années trente n'a fait que renforcer cette instrumentalisation de la religion. L'Islam est utilisé comme idéologie de légitimation pour perpétuer le pouvoir et les privilèges du clan des Al Saoud.

La religion et le pétrole sont des armes dont se sert cette monarchie d'un autre âge pour étouffer et éliminer toute contestation. Les châtiments cruels et inhumains sont régulièrement prononcés par les tribunaux saoudiens. Le nombre d'hommes et de femmes décapités dans ce pays ami des États-Unis et de l'Europe ne cesse d'augmenter (2). En Arabie Saoudite, les manifestations sont strictement interdites comme d'ailleurs les partis politiques, les syndicats et les associations. Aucune critique du roi et aucune opposition à son gouvernement ne sont tolérées dans cette monarchie absolutiste choyée et protégée par les bourgeoisies occidentales. Toute protestation et toute critique sont condamnées et considérées par le pouvoir comme contraire à L'Islam.

Pourtant, depuis les soulèvements populaires dans le monde arabe, l'Arabie Saoudite est le théâtre de manifestations récurrentes nonobstant l'appareil répressif sophistiqué du régime et sa cruauté. Craignant la contagion des soulèvements tunisien et égyptien à la péninsule, la caste au pouvoir a distribué sous forme d'avantages divers l'équivalent de 130 milliards de dollars pour taire la protestation et calmer la colère qui montait dans tout le pays. Mais le peuple saoudien, à l'instar des peuples arabes, aspire profondément au changement. Les manifestations, même d'une manière sporadique, se poursuivent. La répression est devenue encore plus brutale. Personne ne connaît avec précision le nombre de victimes tombées sous les balles de la police saoudienne formée et armée par les États-Unis. La tuerie se déroule à huis clos !

Les médias bourgeois, «profondément attachés aux droits de l'homme», se taisent lâchement sur les massacres des Al Saoud. Les assassinats des manifestants pacifiques sont occultés et souvent justifiés. Les contestataires qui défient courageusement, au prix de leur vie, l'ordre moyenâgeux saoudien, sont présentés par les gouvernements occidentaux et leurs médias comme des «terroristes» ou comme des «chiites manipulés par l'Iran». Le même discours est tenu par le régime saoudien qui parle de complot iranien qui vise à déstabiliser toute la région. «Les chiites sont des demi-juifs cachés» (3) disait Nayef ben Abdul-Aziz al Saoud, prince héritier et ministre de l'Intérieur d'Arabie Saoudite, demi-frère de l'actuel roi Abdallah, décédé le 16 juin 2012 et remplacé par le prince Salman, ministre de la Défense.

C'est cette même propagande et cette même complicité des bourgeoisies américaines et européennes qui ont conduit, entre autres, à l'intervention saoudienne à Bahreïn le 14 mars 2011 pour mater ces «chiites manipulés par l'Iran» et ces «demi-juifs cachés» afin de sauver une autre dynastie, celle des Al Khalifa, au pouvoir depuis des siècles(4). Ce sont donc les gouvernements et les classes dominantes américaines et européennes qui ont permis à l'Arabie Saoudite de briser le soulèvement populaire à Bahreïn et de maintenir une véritable dictature au pouvoir. Les victimes de ces interventions et ingérences étrangères sont toujours les mêmes : des hommes et des femmes qui se sont soulevés pour une société meilleure et qui ont vu leur révolte confisquée par l'impérialisme et ses auxiliaires régionaux. Dans cette guerre menée contre les aspirations à la démocratie et à la dignité des masses arabes opprimées, l'Arabie Saoudite, soutenue par les États-Unis et l'Europe, joue un rôle majeur. Elle est le rempart contre tout changement démocratique et progressiste dans le monde arabe. Elle est l'incarnation de la contre-révolution.

Par contre, en Syrie, l'occident impérialiste et ses serviteurs locaux comme l'Arabie Saoudite parlent plutôt «de combattants pour la démocratie», «des révolutionnaires», «des rebelles» pour désigner en fait des hommes armés, entraînés, dirigés et financés par les États-Unis, l'Europe, la Turquie et bien sûr «la grande démocratie» qu'est l'Arabie Saoudite ! Il faut, vaille que vaille, installer à Damas un pouvoir servile à leur botte comme en Libye.

Mais le pouvoir saoudien aussi puissant soit-il connaît des fissures qui ne cessent de s'élargir. La dynastie des Al Saoud est contestée dans tout le pays. Elle ne tient sa «légitimité» que de la répression et de la protection de la bourgeoisie américaine. Au sein même de la famille régnante, des rivalités entre princes, clans et autres réseaux plus ou moins formels se font jour quant à la succession du roi Abdallah (88 ans). Une crise de succession pourrait être, pour l'avenir du régime, un facteur sinon d'instabilité du moins d'incertitude. A cela s'ajoutent des problèmes d'ordre économique, conséquences d'une concentration excessive des richesses entre les mains de la famille royale et de l'élite des affaires qui lui est liée. Les politiques libérales préparées par les experts du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale avec la complicité du pouvoir ont dégradé, entre autres, la situation du marché du travail notamment pour les jeunes saoudiens. En Arabie Saoudite, pays riche, les jeunes peinent à trouver du travail !

Le contraste est violent entre une gérontocratie qui vit dans un luxe suranné et une jeunesse frustrée à qui le pouvoir, pour la calmer, jette quelques miettes de cette fabuleuse richesse dont regorge le pays. Le Wall Street Journal, porte-parole du capital, laisse passer ces remarques:«L'âge moyen du triumvirat de princes régnants est de 83ans, alors que 60 % des Saoudiens ont moins de 18 ans. Grâce à la télévision par satellite, à Internet et aux réseaux sociaux, les jeunes sont désormais parfaitement conscients de la corruption des autorités - tout comme ils savent que 40 % des Saoudiens vivent dans la pauvreté et que près de 70 % ne peuvent se payer un logement. Ces Saoudiens vivent des vies dignes du Tiers Monde, ils souffrent d'une éducation lamentable et sont incapables de trouver du travail dans un secteur privé où 90 % des employés sont des étrangers» (5). Les hommes qui dirigent l'Arabie Saoudite ainsi que leur régime ont fait leur temps. Ils ne correspondent plus à la marche de l'histoire. S'ils sont toujours au pouvoir, c'est essentiellement grâce au soutien indéfectible des bourgeoisies américaines et européennes.

Ainsi va le monde absurde et barbare de la bourgeoisie. Elle méprise les peuples et leur volonté à disposer d'eux-mêmes. Grâce à sa puissance de feu, elle force toutes les nations qui ne peuvent se défendre à se soumettre à ses intérêts. La bourgeoisie est l'ennemie de la paix et du progrès. Elle soutient les régimes les plus rétrogrades et les plus cruels. Son «triomphe» en ex-Yougoslavie, en Irak, en Côte d'Ivoire, en Libye et peut-être demain en Syrie, c'est aussi le triomphe du despotisme, de la corruption et de la misère économique et politique. Les opprimés en Arabie Saoudite comme dans l'ensemble du monde arabe n'ont pas dit leur dernier mot malgré les avancées réelles de la contre-révolution et la prise du pouvoir par les forces réactionnaires et obscurantistes en Tunisie et en Égypte. La révolte gronde toujours. Leur espoir dans une société nouvelle est aussi grand que leur détermination à se débarrasser de leurs oppresseurs et de leurs despotes anciens et nouveaux.

M B

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(1) http://www.lesclesdumoyenorient.fr/Etats-Unis-et-petrole-saoudien.html

(2) http://www.amnesty.org/fr/region/saudi-arabia/report-2012

(3) http://www.grotius.fr/wp-content/uploads/2012/02/POLE_MO_PDF_chiite_La-menace-g+%C2%AEopolitique-chiite-%C3%A1-analyse-dune-repr+%C2%AEsentation-saoudienne.pdf

(4) http://www.belaali.com/article-l-intervention-saoudienne-a-bahrein-et-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-69874090.html

(5)The Wall Street Journal cité par le Courrier international du 26 août 2012 : http://www.courrierinternational.com/article/2011/02/18/attention-la-jeunesse-est-sur-facebook

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 11:41
L'économie du partage au service du capital

«Je suis disposé à vous donner ma montre si vous me donnez cinquante euros».

Anonyme.

Économie du partage, économie collaborative, économie du peer-to-peer, économie solidaire, économie post-capitaliste, nouvelle approche de l'économie etc., sont des appellations derrière lesquelles se cachent les rapports d'exploitation et de domination du capitalisme. L'économie du partage n'a pour but ni la satisfaction des besoins des individus ni le partage des richesses, mais la maximisation des profits. Le partage n'est qu'un prétexte, un moyen au service de cet objectif. Le véritable partage se fait entre les actionnaires d'Uber, d'Airbnb, de Blablacar, de Drivy, du Bon Coin etc. Après le microcrédit, le commerce équitable et autre développement durable, c'est au tour de l'économie du partage d'être un instrument au service du capital (1).

L'Entraide, la Mutualisation, la Convivialité, la Solidarité, l'Hospitalité, la Coopération sont réduites, dans l'économie du partage, à de simples valeurs d'échange, à de simples rapports d'argent.Votre logement, votre voiture, votre machine à laver, vos livres, vos outils de bricolages, vos vêtements, votre repas, votre temps libre etc. sont transformés en vulgaires marchandises qui s'achètent et se vendent (même temporairement) sur le marché de l'économie du partage dominé par de prospères et puissantes entreprises. Il n' y a pas de services rendus mais que des services vendus.

La révolution informationnelle, la publicité, le marketing sous toutes ses formes, les techniques de gestion les plus sophistiquées sont des moyens efficaces qui permettent à ces entreprises de pénétrer davantage encore les sphères les plus protégées et les plus éloignées du marché. L'économie du partage élargit ainsi les possibilités de développement du capital aux domaines qui , jusqu'alors, lui échappaient.

L'économie du partage est non seulement présente dans quasiment tous les secteurs, mais elle a aussi envahi le monde entier. Selon PwC le marché mondial de l'économie collaborative devrait atteindre près de 335 milliards de dollars d'ici à 2025, contre 15 milliards en 2014 ! (2). Le capitalisme, pour survivre, doit créer constamment à l'échelle planétaire de nouveaux besoins, de nouveaux marchés, de nouvelles techniques de production et de consommation.

Ce nouveau business attire de plus en plus les grands groupes qui investissent massivement dans ce marché très rentable. Ainsi des géants comme Nestlé, Hyatt, Avis, General Electric, Ikea, Tyota, Bmw, Frd etc., rachètent des start-up, créent leurs propres services de location temporaire et leurs propres plateformes de partage (3). La SNCF, de son côté, non seulement possède déjà son propre service de covoiturage (iDvroom) mais travaille aussi en partenariat avec Wattmobile et Zipcar deux acteurs importants de l'économie collaborative. Le groupe public vient également de prendre 75% du capital (28 millions d'euros) de « OuiCar », une plateforme de location de voitures entre particuliers qui revendique 20 000 véhicules en « autopartage » et 400 000 adhérents en France.

L'économie du partage n'est donc pas une menace pour les grandes entreprises, mais bien au contraire une opportunité formidable pour étendre leur champ d'action. Elle leur offre ainsi de nouvelles perspectives de profit tout en exploitant les valeurs de partage, d'entraide etc.. «Il suffit de voir le nombre de campagnes de publicité qui sortent et qui nous vendent à toutes les sauces les valeurs de partage, alors même que les entreprises en question sont incapables de porter ces valeurs», déplore Marc-Arthur Gauthey, du think tank OuiShare pourtant grand défenseur de l'économie collaborative (4).

Quant aux travailleurs de l'économie du partage ou collaborative (travailleurs indépendants, entrepreneurs individuels, « particuliers »), leur situation reste pour le moins inquiétante. Ils ne sont pas considérés comme des salariés et ne bénéficient donc pas des avantages liés au salariat (protection sociale, congés payés, conventions collectives etc.). Le statut juridique de ces « freelancers » comme on les appelle parfois reste ambigu. Ils ne sont ni salariés ni vraiment patrons. Ils ne bénéficient ni des droits des premiers ni des privilèges des seconds. Mais dans tous les cas ils doivent exécuter les règles et les ordres dictés par les plateformes collaboratives qui les emploient. Ce flou et ce vide juridique constituent une véritable aubaine pour les entreprises de l'économie du partage. Elles échappent ainsi largement à la réglementation du droit du travail. Derrière l'économie collaborative se cachent de nouveaux rapports de domination et d'exploitation. Aux salaires de misère (5) s'ajoutent une hyper- flexibilité et une précarité accrue qui font le bonheur des patrons. Youpijob, TaskRabbit (6), UberPop, UberRush (un service de coursiers à pied ou à vélo) ou Amazon Turk, pour ne citer que celles-là , sont des exemples et des symboles de cette « gig economy ». Les emplois créés sont des petits boulots mal rémunérés, mal protégés, limités dans le temps avec des horaires déstructurés et sans perspective aucune : «Au lieu de la révolution du travail promise, je n'ai trouvé que des tâches pénibles, un faible salaire et un système défavorable pour les salariés» (7). Les nouveaux prolétaires de ces entreprises collaboratives sont la plupart du temps des hommes et des femmes à tout faire.

L'économie du partage renforce et accélère ainsi les tendances déjà existantes au sein du capitalisme et détruit chaque jour un peu plus les acquis sociaux arrachés de haute lutte par des générations successives de travailleurs salariés.

L'économie collaborative ne crée paradoxalement aucune collaboration ni aucune solidarité entre les travailleurs qui restent totalement dépendants des puissantes plateformes avec leurs règles et leurs systèmes de notations basés sur le jugement des clients. Au contraire, elle les isole, les atomise pour mieux les dominer.

L'économie du partage n'est qu'un avatar du capitalisme qui répond à la nécessité de celui-ci de conquérir de nouveaux marchés, de créer de nouveaux besoins pour surmonter ses crises. Dans ce sens elle n'est qu'un instrument au service du capital dont elle perpétue l'asservissement et la domination. Dire que l'économie du partage est une économie post-capitaliste est non seulement une chimère, mais aussi une absurdité.

M B

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(1) http://belaali.com/article-microcredit-commerce-equitable-et-developpement-durable-instruments-au-service-de-l-ordre-etabli-49785480.html(1)

(2) http://www.pwc.fr/le-marche-mondial-de-leconomie-collaborative-devrait-atteindre-pres-de-335-milliards-de-dollars-ici-a-2025-contre-15-milliards-en-2014.html

  1. http://www.usinenouvelle.com/article/les-grandes-entreprises-seduites-par-l-economie-du-partage.N260447
  2. http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/pour-riposter-a-l-uberisation-de-l-economie-les-grands-groupes-se-mettent-en-quatre_1684256.html
  3. http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/jul/23/gig-economy-silicon-valley-taskrabbit-workers
  4. http://valleywag.gawker.com/if-taskrabbit-is-the-future-of-employment-the-employed-1609221541
  5. http://www.lesechos.fr/20/05/2014/LesEchos/21691-059-ECH_economie-du-partage---les-limites-d-une-utopie.htm

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 19:56
Grèce : la petite bourgeoisie face au grand capital

«L'émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes».

K. Marx

Le rejet massif de l'austérité exprimé par le peuple grec le 5 juillet 2015 a été suivi immédiatement par l'acceptation d'un nouveau plan d'austérité encore plus extrême que les précédents (1) ! Le «non» est ainsi transformé en «oui» et la résistance en soumission. La séparation entre les aspirations du peuple et les discours de ses dirigeants est totale : « Nous n’avons ni l’intention ni la possibilité de vous tromper. De soustraire aujourd’hui votre vote et l’utiliser après les élections comme chèque en blanc. Et nous n’avons pas la possibilité de vous tromper parce que SYRIZA c’est vous» avait déclaré pourtant avec force Alexis Tsipras le 17/01/2015 (2). Il est étrange qu'un parti qui se nomme lui-même coalition de la gauche radicale et qui prétend, pour mener sa politique, s'appuyer uniquement sur le peuple souverain le trompe à ce point : «Nous ne nous appuyons ni sur des entrepreneurs ni sur des banquiers ni sur des propriétaires de médias. Nous nous appuyons sur vous. Ni sur l’oligarchie, ni sur les grandes familles. Sur le peuple souverain»(3). Ces formules hypnotiques répétées ont soulevé un immense espoir chez un peuple humilié et écrasé par des plans d'austérité sans fin, appliqués avec un zèle singulier par la droite et la social-démocratie. Le peuple grec a voté alors majoritairement le 25 janvier 2015 pour Syriza, le parti qui a promis la fin de l'austérité : « Le peuple grec souverain a délégué aujourd’hui un mandat clair, fort, et sans ambiguïté. La Grèce tourne la page. La Grèce laisse derrière elle la politique désastreuse de l’austérité» (4).

Après avoir tout accepté et tout renié à Bruxelles le 13 juillet 2015, Alixis Tsipras déclarait «j'ai signé un accord auquel je ne crois pas » ! Il assume pourtant la responsabilité de ce mémorandum pour, disait-il, éviter tout désastre au pays. Il demande alors au parlement et surtout aux partis qu'il combattait hier encore le Pasok et la Nouvelle démocratie de voter ce nouveau plan d'austérité le plus brutal et le plus violent que la Grèce n'ait jamais connu. Son appel a été entendu. Le 16 juillet,

ce « catalogue des horreurs », selon l'expression même des fonctionnaires qui ont participé aux « négociations », a été adopté par une large majorité (229 voix pour, 64 contre et 6 abstentions). Il faut souligner que 32 députés de la gauche radicale ont voté contre et 6 se sont abstenus. Le comité central de Syriza a rejeté quant à lui majoritairement (109 sur 201 membres) ce plan d'austérité. L'accord a été adopté donc grâce aux partis qui faisaient de l'austérité la priorité des priorités !

Pendant que les députés discutaient à l'intérieur du parlement, des milliers de manifestants anti-austérité affrontaient les forces de l'ordre à l'extérieur. Et si la lutte s’aiguisait, le gouvernement Syriza/Anel ferait-t-il appel aux troupes pour mater les révoltes populaires ?

Après le Pasok et la Nouvelle Démocratie, c'est le tour maintenant de Syriza d'appliquer, dans des conditions autrement plus difficiles, les mesures d'austérité dictées par la classe dominante européenne.

En fait les dirigeants de Syriza, en bons réformateurs et petits bourgeois qu'ils sont, n'ont jamais remis réellement en cause le capitalisme, source des malheurs du peuple grec et de tous les peuples. Ils n'ont pas compris que la tendance générale de ce système n'est pas d'améliorer les conditions d'existence des travailleurs et des salariés en général, mais de les dégrader. Au lieu de s'attaquer aux racines du mal, ils préfèrent mener une guerre d'escarmouche contre les conséquences du régime sans jamais œuvrer en même temps à sa transformation. Les problèmes économiques, sociaux et politiques que connaît la Grèce sont les effets de la crise du capitalisme et non les causes.

Les dirigeants de Syriza ne se conduiront jamais en révolutionnaire mais en réformistes.

Logiques avec eux-mêmes, les dirigeants de Syriza ont accepté les institutions de l'Union européenne, sa monnaie et son marché uniques espérant ainsi les changer de l'intérieur ou tout du moins les moraliser. Or l'Union européenne et la zone euro non seulement sont amorales comme le capitalisme, mais elles ne sont pas réformables. Les politiques économiques, dont l'austérité n'est qu'une dimension parmi d'autres, sont intimement liées à la nature de classe de l'Union. Les intérêts des oppresseurs et ceux des opprimés sont irrémédiablement antagonistes. C'est une illusion de croire que l'Europe, telle qu'elle est construite, va se métamorphoser par on ne sait quel miracle en une Europe démocratique, sociale, solidaire, écologique et tutti quanti. La reddition de la petite bourgeoisie grecque montre d'une manière éclatante combien cette idée de vouloir changer l'ensemble des institutions européennes de l'intérieur est erronée et dangereuse. Vouloir rester, vaille que vaille, dans l'Union européenne et la zone euro pour « négocier » des réformes ne peut conduire qu'à la situation dramatique que connaît la Grèce aujourd'hui.

L'Union européenne et la zone euro sont des constructions non démocratiques et une véritable dictature du capital qui inflige aux peuples européens des souffrances insupportables et les prive de toute autonomie, de toute souveraineté. Dans cette Europe là, les travailleurs sont ainsi transformés en esclaves condamnés à travailler sans relâche sous les ordres des créanciers, spéculateurs, usuriers et autres parasites du monde entier. Toute la construction européenne n'a qu'un seul objectif, servir les intérêts des puissants. Le cas de la Grèce est un exemple éloquent à cet égard. Dans ces conditions quel est l'intérêt des travailleurs et de l'ensemble des salariés à rester dans l'Union européenne et la zone euro ? Aucun. Il faut donc rompre définitivement avec cette construction hideuse.

Mais il ne suffit pas de comprendre que le changement est nécessaire pour le rendre possible.

Pour réaliser ce changement historique, il faut une force matérielle et sociale organisée sans laquelle aucune évolution qualitative n'est possible. La petite bourgeoisie incarnée par la direction de Syriza a montré d'une manière éclatante , alors qu'elle avait une grande partie de la population derrière elle, qu'elle était incapable d'affronter la classe dominante européenne toute puissante. Seule la classe ouvrière, produit authentique de la bourgeoisie, a objectivement intérêt à se préparer à cette lutte que lui impose le capital. Malheureusement la classe ouvrière européenne est dans un état de division et de faiblesse tel, qu'il lui très difficile de relever le défi. Les politiques d’austérité imposées par la bourgeoisie ne font que préparer d’autres crises plus violentes et moins prévisibles avec toutes les conséquences terribles pour les travailleurs. La classe ouvrière même divisée et affaiblie par un chômage de masse n'a d'autres choix que de se dresser contre la dictature du capital si elle ne veut pas que sa situation matérielle déjà dégradée ne s’aggrave encore davantage. Mais ce combat de longue haleine ne peut être mené efficacement que dans l'unité de l'ensemble des travailleurs.

Prolétaires de toute l'Europe unissez-vous.

M.B

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  1. http://www.naftemporiki.gr/finance/story/976680/the-greek-reform-proposals

  2. http://syriza-fr.org/2015/01/28/le-cadre-de-programme-gouvernemental-de-syriza/

  3. Ibid

  4. http://syriza-fr.org/tag/alexis-tsipras/page/4/

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 20:15
Que l'étincelle grecque embrase toute l'Europe !

La Grèce, pays de Thalès, de Socrate, de Démocrite et d’Épicure, pour ne citer que ceux-là, est aujourd'hui mise à terre, méprisée et humiliée par une horde de barbares, comme des vampires sans foi ni loi, qui pompent et vident le peuple grec de sa substance vitale. Ils portent des noms étranges : Fonds vautours, hedge funds, Zinzins, Troïka etc. Certains sont même sans visage : marchés financiers, Fonds de pension, Fonds de placement, agences de notation, Fonds souverains, Fonds européen de stabilité financière etc. Ils utilisent un langage dont les mots signifient souvent le contraire de ce qu'ils annoncent : réforme, stabilité, solidarité, assistance, dialogue, modernisation, aide, sauvetage. Le caractère monstrueux de ces mensonges reste, pour l'immense majorité des citoyens, invisible. Leurs discours omniprésents et omnipotents n'ont de sens que dans le contexte de la propagande, en dehors de ce cadre ils restent des sons vide de tout sens. Avec ou sans visage, ils poursuivent tous inlassablement un seul et même objectif : confisquer les richesses de tout un peuple pour les transférer par des mécanismes complexes aux banquiers, aux créanciers, aux spéculateurs, aux usuriers et autres parasites du monde entier.

Ces monstres sont soutenus, encouragés et protégés par des hommes et des femmes plus ou moins impliqués dans des affaires de corruption, de scandales fiscaux, de mœurs comme Dominique Strauss khan ancien président du FMI, remplacé par Christine Lagarde (affaire Tapie-Crédit lyonnais), Jean Claude Juncker président de la Commission européenne(affaire LuxLeaks, accords secrets passés avec 340 multinationales qui leur permettent de transférer leurs profits au Luxembourg pour échapper à l'impôt sur les bénéfices) etc.

Ces dirigeants corrompus ou dissolus s'appuient eux-mêmes sur des politiciens dont la seule et unique mission est de servir les puissants : A. Merkel, W. Schäuble (ministre allemand des finances) N. Sarkozy, F. Hollande, D. Tusk (président du Conseil européen), George Papandréou et Antonis Samaras (anciens premiers ministres grecs chantres de l'austérité) etc.

Leur soif du sang grec est insatiable. Plus ils en sucent, mieux ils se portent. Plus la situation économique est catastrophique plus ils exigent de se servir davantage et cela jusqu'au dernier euro. Même les plages, les forêts, les ports, les sites culturels, les autoroutes, les îles, la Poste, les chemins de fer, les aéroports etc. doivent passer entre les mains de spéculateurs dont le visage hideux change constamment. La privatisation doit être totale, intégrale.

La meute, comme les chacals, ne quitte jamais sa proie avant de l'épuiser pour mieux la dévorer ; c'est la curée. Elle s'attaque d'abord aux maillons faibles, les PIGS (cochons) comme les appellent avec mépris les technocrates de Bruxelles : Portugal, Italie, Grèce et Espagne avant de se retourner contre les autres pays membres de l'Union. La Grèce ne constitue que le point de départ vers un modèle qui sera généralisé et où la meute des spéculateurs, des banquiers et autres créanciers dominera les peuples d'Europe qui perdront leur autonomie, leur souveraineté et la maîtrise de leur destin. Ils seront ainsi réduits à travailler sans relâche, comme des esclaves, pour le plus grand bonheur des détenteurs du capital.

Le peuple grec s'est montré cependant plus résistant et plus combatif que ne l'imaginaient ses oppresseurs. Il s'est dressé courageusement face à ses tyrans qui veulent le réduire à l'esclavage. Mais dans ce combat inégal, le peuple grec est quasiment seul. Les bourgeoisies de tous les pays et leurs institutions se sont coalisées contre ce petit pays. Non seulement elles lui imposent une succession de plans d'une extrême austérité qui ont ruiné son économie, mais elles lui dictent ses choix politiques et la manière même de choisir ses propres dirigeants. J.C Juncker, président de la Commission européenne, avait appelé pour les élections législatives anticipées du 25 janvier 2015 à voter contre A.Tsipras dont le programme s'opposait justement à cette terrible politique d'austérité qui a plongé la Grèce dans la misère et le désespoir. Et lorsque A. Tsipras, face aux ultimatums de la meute des créanciers et leurs représentants, a décidé de faire appel au peuple pour dire « Non » à un énième plan d'austérité en organisant un référendum, J.C Juncker, encore lui, appelle à voter pour le plan des créanciers ( réduction des pensions de retraite, augmentation de la TVA supportée essentiellement par les plus démunis, baisse du nombre et des salaires des fonctionnaires etc.).

Le combat du peuple grec montre d'une manière éclatante combien les institutions européennes sont antidémocratiques. Le mépris de la volonté des peuples et de la démocratie est une constante de l'Union. Rappelons pour mémoire que les peuples danois, français, néerlandais et irlandais ont rejeté par référendum le traité de Maastricht, le projet de traité constitutionnel et le traité de Lisbonne en 1992, en 2005 et en 2008. Mais cette volonté populaire a tout simplement été ignorée par l'Union européenne. Sa réaction épidermique et agressive contre le référendum grec du 5 juillet 2015 montre combien il lui est insupportable d'accepter le moindre processus permettant aux peuples d'exprimer leur volonté. La plupart des décisions de l'Union européenne sont prises dans l'ombre pour ne pas dire dans l'obscurité la plus totale. Les négociations qu'elle a menées avec les États-Unis pour conclure un accord de libre échange (Trans-Atlantic Free Trade Agreement ou TAFTA) est un exemple éloquent de cette opacité. Les intérêts qu'elle défend sont en totale contradiction avec ceux des peuples. L' Union se présente ainsi comme un pouvoir indépendant et au-dessus des citoyens. Elle est l'ennemie des peuples et de la démocratie. La démocratie du capital reste un concept creux sans contenu réel utilisé par la classe dominante comme instrument idéologique au service exclusif de ses intérêts.

Le combat du peuple grec n'est donc pas seulement économique, il est aussi politique et constitue une véritable lutte pour des valeurs et des principes de démocratie et de souveraineté des peuples : «Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec.» a déclaré A.Tsipras dans la nuit du 26 au 27 juin sur la télévision publique grecque (1).

Cette lutte inégale qui semble perdue d'avance reste cependant porteuse d'espoir. Elle élargit un peu plus les fissures , encore minuscules, qui apparaissent dans cette construction hideuse qu'est l'Union européenne. Ce combat nous enseigne également que la social-démocratie sous toutes ses formes (PASOK, SPD, PS, PSOE, Parti travailliste etc.) porte une lourde responsabilité dans l'étouffement des mouvements sociaux et constitue un frein à toute transformation qualitative de la société. Elle est au service de la classe dominante (2). Il faut donc construire une alternative en dehors de ce courant politique. Les contradictions entre les intérêts des peuples et ceux des institutions européennes n'exploseront pas d'elles-mêmes. Le combat du peuple grec peut servir d'étincelle qui embraserait toute l'Europe si les autres peuples prenaient conscience de l'urgence du changement. Mais même la conscience la plus lucide, reste impuissante tant qu'elle ne s'appuie pas sur des forces sociales organisées et déterminées à mener ce combat jusqu’à son terme. Seule la classe ouvrière, négation vivante de l'ordre établi de part sa position dans le processus de production, a objectivement intérêt à se préparer à cette lutte que lui impose le capital. Elle trouvera en face d'elle une classe puissante qui possède tous les pouvoirs et qui est déterminée à briser la moindre résistance afin de perpétuer ses privilèges. La classe ouvrière, même affaiblie par un chômage de masse, n'a d'autres choix que de se dresser contre la dictature du capital si elle ne veut pas que sa situation matérielle déjà dégradée ne s’aggrave encore davantage. Mais ce combat de longue haleine ne peut-être mené efficacement que dans l'unité de l'ensemble des travailleurs.

Prolétaires de toute l'Europe unissez-vous.

M.B

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(1) http://syriza-fr.org/2015/06/27/allocution-du-premier-ministre-a-tsipras-au-peuple-grec-le-choix-au-peuple-souverain-referendum/

(2) http://belaali.over-blog.com/article-social-democratie-et-collaboration-de-classes-50152165.html

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 17:54
Qu'elle est jolie la république bourgeoise ! (acte 4)

« Le vol est la passion maîtresse de la bourgeoisie, et il faut qu'à tout prix

elle satisfasse sa passion». Paul Lafargue.

Un premier ministre qui voyage avec ses deux fils aux frais des contribuables, un ancien président de la République condamné en correctionnelle à deux ans de prison avec sursis, un autre ancien président poursuivi par la justice pour une demi-douzaine d'affaires, un ancien ministre de l'intérieur utilise de l'argent public pour ses dépenses privées, un éphémère secrétaire d’État refuse de payer ses impôts, un conseillé du président de la République se fait cirer ses trente paires de chaussures de luxe au château, etc. etc. Il ne s'agit là que du début d'une très longue liste d'hommes sans éthique ni morale politique. Et même ceux parmi ces dirigeants qui sont honnêtes et intègres, sont obligés de laisser faire, montrant ainsi leur impuissance face à un système qui les dépasse.

Une seule chose compte pour eux : servir les puissants qui leurs permettent de se servir dans les deniers publics. Leur mépris du peuple n'a d'égal que leur vile soumission aux plus riches. Tous ces hommes corrompus mènent directement et indirectement des politiques de classe qui consistent à confisquer la richesse produite par l'immense majorité pour l'offrir à une minorité de parasites.

Le parti « Socialiste » comme l'UMP (les Républicains aujourd'hui) qui alternent au pouvoir déploient un zèle singulier à servir les puissants : destruction systématique des services publics de l’Éducation, de la Santé, des Transports, de l'Emploi, de la Culture, baisse continue des retraites, précarisation et flexibilisation du marché du travail, démantèlement du Droit du travail, augmentation de la TVA payée essentiellement par les plus démunis, cadeaux fiscaux pour les plus riches, des milliards d'euros octroyés sans contrepartie aucune aux banques et aux grandes entreprises, bref tout pour le capital et les patrons et rien pour le travail et les travailleurs.

La rigueur de cette politique d'austérité contraste violemment avec la lâcheté et la misère morale de ceux qui l'appliquent.

La paupérisation de larges franges de la population est la conséquence directe de cette politique économique de classe. Les « socialistes » par exemple qui ont tant promis au peuple, ont plongé le pays en si peu de temps dans la misère et le désespoir ouvrant ainsi la voie à une extrême droite toujours prête à sauter sur le pouvoir pour servir encore mieux les plus riches.

En contrepartie, la classe dominante les laisse se servir dans les fonds publics. Mieux, elle leur offre sa protection judiciaire et politique. Les hommes politiques corrompus sont rarement condamnés. La relaxe et le non lieu restent largement majoritaires et l’inéligibilité rarissime. Les condamnations, lorsqu'elles existent, se résument à des peines symboliques comme la prison avec sursis ou des amendes dérisoires par rapport aux sommes concernées. L'impunité n'est donc pas un sentiment mais une réalité. Mr. Sarkozy, malgré l'impressionnante liste des affaires qui le concernent reste insaisissable par la justice .

La politique, à condition de savoir gérer et servir les intérêts des riches, est un vaste domaine qui offre des possibilités fabuleuses d'enrichissement personnel ou de son organisation en puisant dans l'argent public.

Plus un homme politique est corrompu, plus il a de chances d'être réélu ! Le cas d'Alain Juppé est exemplaire à cet égard. L'ancien premier ministre de Jacques Chirac (1995 /1997) a été condamné en appel le 1er. décembre 2004 à 14 mois de prison avec sursis et un an d'inéligibilité pour « prise illégale d'intérêt » c'est à dire qu'il utilisait l'argent public pour rémunérer les militants de son propre parti (RPR à l'époque). Voici un court extrait des attendus justifiant cette condamnation : « Que la nature des faits commis est insupportable au corps social comme contraire à la volonté générale exprimée par la loi ; qu’agissant ainsi, Alain Juppé a, alors qu’il était investi d’un mandat électif public, trompé la confiance du peuple souverain » (1). Malgré cette condamnation, Alain Juppé est réélu en 2006 (élection partielle), en 2008 et en 2014 maire de Bordeaux et à chaque fois dès le premier tour !

Mr. Juppé se prépare maintenant à être président de cette République exemplaire et irréprochable. Mais le cas d'Alain Juppé n'est que l'arbre qui cache la forêt. Les hommes politiques condamnés ou inquiétés par la justice pour des scandales financiers et réélus sont innombrables. La classe dominante qui les nourrit a constamment besoin, pour ses propres intérêts, de ces politiciens corrompus. Elle est capable de produire et de reproduire autant que nécessaire cette catégorie d'hommes et de femmes qui ne reculent devant rien pour la servir.

Aujourd'hui on peut être un homme politique corrompu jusqu'à la moelle épinière et gagner les élections, c'est un trait caractéristique de la démocratie bourgeoise. Mieux, la corruption des hommes politiques est d'autant plus brutale, plus cynique que la République est plus démocratique.

On peut adopter les lois que l’on veut contre la corruption, les affaires et les privilèges, mener toutes les enquêtes possibles, on peut même diminuer et limiter leur importance, mais on ne peut pas les éliminer. Car leur existence et celle du capitalisme sont tellement imbriquées l’une dans l’autre que l’on ne peut supprimer l’une sans éliminer l’autre. Les lois et les mesures prises pour lutter contre la corruption ne sont que des paravents derrière lesquels la bourgeoisie dissimule ses forfaits. Le problème n’est donc pas l’existence de la corruption, des scandales financiers, des affaires et autres privilèges, mais celle du capitalisme qui les engendre. Il y a eu dans le passé des scandales, il y a aujourd’hui des scandales et il y aura dans l’avenir d’autres scandales tant que ce système existe. Le véritable scandale, c’est le capitalisme lui-même.

M.B

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(1) http://www1.rfi.fr/actufr/articles/049/article_26255.asp

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 08:29
Peine de mort, violence policière et racisme aux États-Unis

«Toute violence politique repose primitivement sur une fonction économique»

F. Engels

Aujourd'hui la peine de mort et les crimes à répétition de la police américaine contre les noirs remplacent les lynchages, les bûchers, les mutilations et autres pendaisons d'hier. Mais derrière la violence raciale se cache l'oppression de classe.

Aux États-Unis, 32 États sur 50 appliquent encore la peine de mort.13 personnes ont été exécutées depuis janvier 2015. Plus de 3000 condamnés attendent dans les couloirs de la mort. On va taire par pudeur la cruauté de ces exécutions.

L'arme politique que constitue la peine capitale est essentiellement utilisée contre les classes défavorisées : 80% des condamnés sont sans ressources (1). Les privilégiés quant à eux, même en commettant les pires crimes, ont tous les moyens d'échapper à la mort.

Aux condamnations de classes, s'ajoutent les préjugés de race. La peine de mort constitue un indicateur essentiel du racisme anti-noir qui règne aux Etats-Unis. Ainsi, 42 % des condamnés sont noirs alors qu'ils ne représentent que 12 % de la population totale (2). 98 % des Procureurs, c'est à dire ceux qui décident réellement de la vie ou de la mort des accusés, sont blancs !(3).

Les crimes perpétrés par la police contre les citoyens noirs et pauvres se succèdent et se ressemblent. Des policiers blancs tirent à plusieurs reprises sur des noirs désarmés. Les policiers criminels sont très rarement condamnés (4). La complicité du système judiciaire américain avec l'institution policière est totale.

L'oppression raciale et l'oppression économique vont de pair. L'oppression raciale sert de justification et de légitimation à l'oppression économique. Pour comprendre cette relation et cette violence extrême exercée sur les noirs et les plus démunis en général, pour mieux les exploiter, il faut remonter aux XVIIème et au XVIIIème siècles avec la création des plantations coloniales qui nécessitaient une main-d’œuvre massive et servile.

Après l'extermination des indiens, les anglais et les français ont d'abord utilisé des esclaves blancs venus d'Europe. Mais avec le développement prodigieux des plantations de riz, coton, tabac et autres canne à sucre, le travail des esclaves blancs ne suffisait plus. L'importation d'esclaves africains devenait vitale pour la survie des plantations. L’Afrique est ainsi transformée comme disait Marx «en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires» (5). Il fallait absolument fournir ces plantations en force de travail la plus servile et la plus rentable possible :«Les esclaves sont envoyés dans toutes les plantations américaines de Sa Majesté qui ne peuvent subsister sans eux» (6). Aucun planteur n'était encore prêt à embaucher des salariés.

Ainsi la richesse fabuleuse accumulée par les planteurs américains était produite, sous le fouet, par des africains arrachés à leur continent par la force et la violence. Combien ont succombé à leurs souffrances dans les champs de coton, de tabac ou de canne à sucre ? Combien ont été castrés, mutilés, lynchés (7), brûlés vif, ou encore pendus ? Nul ne le sait avec précision.

A cette époque c'est à dire fin XVIIème et début du XVIIIème siècle, les esclaves blancs et noirs étaient considérés comme une main-d’œuvre servile et rentable, traités par conséquent avec la même violence. Les historiens rapportent même leurs luttes communes contre l'esclavage : «Parce qu'ils travaillent ensemble dans les mêmes champs, les premiers américains de race noire et de race blanche, à l'exception des aristocrates, ont tissé de puissants liens de sympathie et de réciprocité. Ils se sont révoltés ensemble » (8). L'esclave noir n'était pas considéré comme un être inférieur ou supérieur à l'esclave blanc. Seules comptaient leur productivité et leur rentabilité. On ne trouve dans les écrits des trafiquants d'esclaves de cette époque aucune trace, aucun relent de racisme (9).

L'apparition du racisme anti-africain a commencé avec la lutte pour l'abolition de l'esclavage dans un contexte de développement du salariat en Europe et en Amérique du Nord. Pour faire face à cette menace, défendre leurs privilèges et perpétuer l'esclavage, les planteurs, les marchands d'esclaves et les esclavagistes en général ont utilisé des théories pseudo-scientifiques montrant que le noir s'approche davantage du singe que de l'homme (10). Les blancs (les européens) sont donc supérieurs aux noirs (les africains) physiquement et intellectuellement. Le racisme vient ainsi justifier et légitimer l'esclavage. Le concept économique et social de l'esclavage est devenu un concept racial. Le racisme est un produit authentique de l'esclavage.

Le racisme anti-noir s'est nettement développé par la suite. Il a fallu toute une guerre civile (guerre de Sécession 1861/1865), dont le rôle des anciens esclaves était décisif, pour mettre un terme au commerce des êtres humains entre l'Afrique et les États-Unis.

Si l'esclavage a été aboli, au moins formellement, le racisme quant à lui continue à se développer au grès des vicissitudes du développent du capitalisme. A l'esclavage succède le salariat, nouvelle forme de servitude. Le racisme doit s'adapter à son tour, sans disparaître totalement, à la nouvelle forme d'exploitation pour mieux la servir.

Malgré la nouvelle situation, le Sud défait, humilié et ruiné continuait pourtant à s'accrocher à ses valeurs esclavagistes et racistes. La frustration et la haine du noir devenu citoyen, ont créé un climat propice au développement d'organisations terroristes et racistes. La plus connue et la plus violente aussi est certainement le Ku Klux Klan. L'organisation jouissait à ses débuts d'une grande popularité et d'une complicité des autorités politiques (président Andrew Johnson) et judiciaires( codes noirs, lois Jim Krow). Le Klan se présentait comme le défenseur de la suprématie de la race blanche menacée par le péril noir. Sa priorité était de s'attaquer aux noirs affranchis. L'organisation ne reculait devant aucun moyen pour terroriser la population noire: lynchages, bûchers sur les places publiques , pendaisons, assassinats, mutilations, viols etc. Il est difficile de donner un nombre précis des victimes noires du Klan (11).

Le Ku Klux Klan a connu plusieurs vies et plusieurs versions différentes de 1865, date de sa création, à aujourd'hui sans jamais abandonner réellement sa doctrine originelle, la suprématie de la race blanche et la haine du noir même si le racisme basé sur la supériorité biologique n'a aucune base scientifique. Le Klan a mené en fait un combat d'arrière garde. Il n'a jamais compris que l'esclavage ne correspondait plus à la réalité d'un capitalisme en plein développement et que le prolétaire avait remplacé l'esclave. De surcroît le prolétaire noir est plus rentable et plus corvéable que le prolétaire blanc.

Mais le nouveau Klan tente de s'adapter, avec beaucoup de retard et de difficultés, à la réalité d'aujourd'hui. Car le Ku Klux Klan est toujours utile pour la classe dominante ne serait-ce que pour entretenir et perpétuer, par son agitation et les préjugés raciaux qu'il propage, la division au sein de la classe ouvrière. Le Klan a réussi à transmettre à de nombreuses organisations racistes cette culture de violence et de haine envers la population noire. C'est d'ailleurs l'une de ces organisations, le « New empire knights » se réclamant du Klan, qui a appelé à soutenir Darren Wilson le policier qui a assassiné le jeune noir Michael Brown à Ferguson le 9 août 2014. Pour cette organisation, le policier blanc « n'a fait que son boulot contre le nègre criminel» (12).

Selon une équipe canadienne de recherche sur le terrorisme, le Klan entretient des relations étroites avec l'armée et les marchands d'armes (13). Mais, en dernière analyse, le Ku Klux Klan n'est qu'un instrument parmi tant d'autres entre les mains de la bourgeoisie américaine.

Le racisme, la violence et d'une manière générale l'oppression de classe et de race ne sont que des moyens au service du profit et de l'accumulation du capital. Le racisme a servi dans le passé l'esclavage, il sert aujourd'hui, sous des formes différentes, l'esclavage capitaliste, le salariat. Il est vrai aussi que cette violence revêt une dimension spécifique aux États-Unis du fait du fardeau de l'histoire. Le travailleur noir subit l'exploitation de classe mais aussi l'oppression de race. Pour les travailleurs noirs, la lutte contre le racisme est un combat quotidien, vital. Ils affrontent constamment, entre autres, les brutalités policières et la violence d'un système judiciaire qui les envoie souvent et injustement dans les couloirs de la mort. Mais la lutte des travailleurs noirs, aussi fondamentale soit-elle, ne suffit pas à les libérer des chaînes du capital. L'alliance avec les travailleurs blancs est indispensable pour améliorer leurs conditions quotidiennes d'existence et surtout pour entreprendre ensemble une lutte d'envergure pour l'abolition du salariat source de leurs division et de leur oppression.

MB

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(1) http://www.mrap.fr/international/peine-de-mort/la-peine-de-mort-aux-etats-unis-en-quelques-chiffres

(2) http://www.deathpenaltyinfo.org/documents/FactSheet.pdf

https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/us.html

(3) http://www.deathpenaltyinfo.org/WholivesFrench.pdf

(4)http://www.americanbar.org/publications/human_rights_magazine_home/human_rights_vol36_2009/spring2009/the_right_to_life_policing_race_and_criminal_injustice.html

(5) Le Capital - Livre premier. L'accumulation primitive.

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm

(6) Document de la Royal African Company fondée en 1672, cité par S.U. Abramova in «Aspects idéologiques, doctrinaux, philosophiques, religieux et politiques du commerce des esclaves noirs »

http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001236/123654fo.pdf

(7) L'origine du mot « lynchage » est controversée. Certains l'attribuent à William Lynch (1742-1820) , d'autres à Charles Lynch (1736-1796), d'autres encore citent Willy (ou Willie) Lynch auteur présumé d'un texte de 1712 où il explique comment briser la résistances des esclaves noirs. Mais dans tous les cas le terme « lynchage » désigne des exécutions sommaires et barbares se généralisant au sud des États-Unis notamment pour mieux soumettre la population noire.

(8) Lerone Bennett cité par Haïti Infos http://www.haitiinfos.net/2012/12/les-origines-du-racisme/

(9) S.U. Abramova, op cit. Voir également sur ce point les travaux de l'historien américain Isaac Saney

(10) Voir entre autres, les travaux de :

P. Camper sur l'angle facial http://fr.wikipedia.org/wiki/Petrus_Camper

Charles White dans An Account of the Regular Gradations in Man and in Different Animals and Vegetables, 1799. cité in :

http://www.deshumanisation.com/phenomene/negre-primate

(11) Par contre Equal Justice Initiative a publié récemment une étude sur le Lynchage aux Etats-Unis de 1877 à 1950 : selon ce rapport près de 4000 noirs, hommes, femmes et enfants, auraient été lynchés http://www.eji.org/files/EJI%20Lynching%20in%20America%20SUMMARY.pdf

(12) http://www.usatoday.com/story/news/nation-now/2014/08/19/ku-klux-klan-ferguson-police-michael-brown/14275115/

(13) http://www.erta-tcrg.org/cri6224/2004-2006/kkk1.htm

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 17:10
L'intervention saoudienne au Yémen

L'Arabie Saoudite est intervenue militairement au Yémen dans la nuit du mercredi au jeudi 26 mars 2015 avec l'aide des armées des pays du Golfe et des forces égyptiennes notamment.

Les États-Unis apportent leur soutien en logistique et en renseignement selon la porte-parole du Conseil national de sécurité (NSC) de la présidence américaine Bernadette Meehan.

Barack Obama a téléphoné au roi de l'Arabie saoudite pour l'assurer de son soutien. Le président yéménite Hadi a fui son pays sous protection saoudienne.

Une fois encore, L'Arabie Saoudite intervient dans les affaires intérieures du Yémen en violation flagrante du Droit international après avoir brisé le soulèvement pacifique de 2011.

Rappelons pour mémoire que cette révolte populaire a réussi à renverser le président Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 1978. Celui-ci s'est réfugié en Arabie Saoudite le lendemain du bombardement de son palais le 3 juin 2011 par le chef tribal Sadek al-Ahmar. C’est également l’Arabie Saoudite qui a soigné dans ses hôpitaux le président gravement blessé et permis enfin son retour au Yémen le 23 septembre de la même année. Et c'est à Riyad que l'accord de transfert de pouvoir entre Saleh et son vice président Abd Rabbo Mansour Hadi a été signé en présence du Roi d'Arabie (1).

Ces manœuvres saoudiennes ont créé une situation propice au chaos et à la guerre civile. Ce qui se passe aujourd'hui au Yémen est la conséquence directe de cette farouche volonté de l'Arabie Saoudite, sous l'égide de l'impérialisme américain, de maintenir le Yémen et toute cette région sous sa domination. L'Arabie Saoudite a toujours considéré le Yémen comme le prolongement de son propre territoire.

Rappelons également que c'est toujours l'Arabie Saoudite qui a envahi le petit royaume de Bahreïn le 14 mars 2011 mettant ainsi un terme, là encore, au magnifique combat pacifique contre la tyrannie de la dynastie des Al-Khalifa au pouvoir depuis plus de trois siècles.

La place de la Perle, au cœur de Manama la capitale de Bahreïn et haut lieu de la révolte populaire, a été évacuée dans le sang le 16 mars 2011. Le monument de la Place a été détruit et remplacé par les chars de l'armée saoudienne. Aujourd'hui encore, malgré une terrible répression, le peuple de Bahreïn résiste toujours à l'oppression dans l'indifférence absolue des bourgeoisies occidentales (2).

Toutes ces interventions contre des peuples en lutte sont rendues possibles grâce à la complicité totale des bourgeoisies américaines et européennes. Chaque soulèvement pacifique contre des régimes qui oppriment et maintiennent leurs peuples dans le sous développement et la misère, trouve sur son chemin l'impérialisme américain et ses alliés locaux à leur tête l'Arabie Saoudite. Chaque marche vers le progrès et la démocratie est stoppée par les forces réactionnaires qui cherchent à faire tourner la roue de l'histoire en arrière.

L'écrasement des soulèvements populaires et pacifiques des peuples du monde arabe, la destruction de l'Irak, de la Libye et la volonté de détruire la Syrie par l'impérialisme américain et ses alliés locaux ont créé les conditions matérielles pour le développement de l'obscurantisme, du terrorisme et de la guerre civile. L'impérialisme et la contre-révolution incarnée par l'Arabie Saoudite mènent une véritable guerre contre les aspirations à la démocratie et à la prospérité des masses opprimées.

L'impérialisme américain a toujours assigné au régime moyenâgeux d'Arabie Saoudite le rôle de rempart contre tout changement démocratique et progressiste dans cette région du monde.

Maintenir les peuples sous le joug de la servitude qui brise leur élan et leur vitalité reste pour l'impérialisme et ses valets locaux le meilleur moyen pour les dominer.

L'impérialisme est partout et toujours l'ennemi des peuples.

MB

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(1) http://www.belaali.com/article-manoeuvres-imperialistes-au-yemen-et-en-libye-86117584.html

(2) http://www.belaali.com/article-l-intervention-saoudienne-a-bahrein-et-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-69874090.html

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